Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Archive for janvier 2011

Document authentique ou processus de langue authentique ?

Posted by Philippe Liria sur 30/01/2011

À l’occasion des événements qui ont marqué le mois de janvier en Tunisie, le site Educafrances a proposé de travailler un document authentique : l’entretien d’un spécialiste[1] donnant son opinion sur les faits qui ont entrainé la fuite du dictateur et la mise en place d’un gouvernement provisoire. Je me demande si on peut continuer à proposer des exercices à trous en guise d’exploitation pédagogique alors que nous pouvons, à partir de documents authentiques créer aussi des processus de travail collaboratifs et ancrés dans l’authenticité des processus de langue.

La consigne expliquait que, grâce à ce document, les apprenants pourraient améliorer leur compréhension du français ; en revanche aucune mention à la teneur des propos de ce spécialiste. Pourtant, il me paraît intéressant de s’interroger sur la fonction du document authentique. En effet, l’exploitation d’un tel document peut-il se limiter à « améliorer la compréhension de l’oral » ? Or, à en croire la proposition qui accompagnait l’énoncé, il s’agissait surtout de remplir des espaces vides de la transcription par les mots ou expressions de l’interviewé. Ce type d’activité est donc avant tout un exercice portant sur l’identification d’éléments de détail. Quel en est l’intérêt ?

Par ailleurs, on m’a fait remarquer qu’il appartient à chaque professeur d’intégrer ce document et son exploitation dans son contexte de classe, ce qui serait le signe de notre liberté d’enseignant. Je crois qu’on exagère mes propos : ma critique de l’exploitation proposée ne revient pas à dire qu’il faudrait tout donner à l’enseignant et par conséquent limiter sa liberté ; par contre il me paraît utile de réfléchir au type d’exploitation que l’on veut donner à un enseignant. En quoi proposer une fiche pédagogique plus complète limiterait-il la liberté du professeur ?

Donner une vidéo et un texte à trous, avec comme objectif clairement énoncé de chercher à « améliorer la compréhension de l’oral », présente un intérêt très limité. On se demande même pourquoi prendre un document authentique. L’exercice à trous est de plus en plus banni des cours car on sait qu’il n’apporte rien à l’apprentissage. En plus d’être une activité peu « authentique ». Or l’authenticité réside bien plus dans le processus que dans l’objet sur lequel se fonde le travail. Et ce document permettrait d’aller beaucoup plus loin sans pour autant porter atteinte à liberté du professeur. On veut seulement fournir une fiche un peu plus élaborée.

Dans le cas contraire, l’apprenant risque de se retrouver face à un document difficile d’accès, sans aucun support d’aide (photos, vidéo des événements) et où ils devront finalement simplement s’intéresser aux mots qui manquent. Peu motivant, à mon avis.

Ci-dessous, sur la base de cette même interview, quelques suggestions…

Janvier… La Tunisie se soulève !

Objectif : écoutez une interview d’un spécialiste du monde arabe et musulman et réagir à ses propos dans un courrier des lecteurs d’un journal ou sur la page « commentaires » (en ligne). (Niv. B2 du CECR)

1)   Demandez à vos élèves s’ils ont entendu parler des évènements qui se déroulent dans le monde arabe, en Tunisie ou en Égypte par exemple. Que peuvent-ils dire ?
On pourra envisager d’apporter des photos de manifestation, de slogans (une occasion en plus pour prendre conscience de la place du français), etc.

2)   Lisez les documents fournis et élaborer un court texte sur la situation actuelle en Tunisie.
On pourra apporter inviter les élèves à s’informer aussi sur la Tunisie (à travers Wikipédia par exemple), leur suggérer la lecture de quelques articles qui leur permettront de se familiariser à la problématique. Comme on attend des élèves une production écrite à la fin de la séquence didactique, on s’arrangera pour que dans les documents écrits fournis, il y ait des modèles répondant à la fois à la forme (courrier des lecteurs / commentaires) et au contenu (réaction, c’est-à-dire donner son avis).

3)   Écoutez l’interview de V. Geisser et relevez les informations qui vous paraissent importantes et, en groupe, élaborez un résumé de ses propos.
La prise de notes (compétence B2) débouche sur une négociation afin d’obtenir un texte unique résumant cet entretien. En recoupant leurs différentes notes, les élèves peuvent vérifier leur compréhension et doivent se mettre d’accord pour que le résumé soit cohérent.
Ils pourront bien sûr réécouter plusieurs l’entretien. La compréhension orale détaillée n’a pas de sens ici, comme elle n’a pas de sens dans la réalité : nous ne le faisons jamais nous-mêmes.

4)   À partir du résumé et de ce que vous connaissez sur la situation, élaborez votre courrier des lecteurs ou vos commentaires. Si vous le souhaitez, vous pourrez mettre en ligne vos réactions sur un des nombreux sites consacrés à ces événements.
Les élèves doivent être compétents pour réaliser cette activité sans la transcription de l’interview.

Ces pistes de travail correspondent, à mon sens, bien plus à ce qu’on peut attendre d’un élève de niveau B2. Elles permettent de s’intéresser avant tout au sens en apportant les outils dont l’élève a besoin pour réagir à ce qu’il entend. Faut-il, dès lors, travailler le texte à trous de l’interview ? Dans le meilleur des cas, cette étape ne serait pas la première mais au contraire, la dernière même si je ne saisis pas vraiment son intérêt.

Je comprends qu’il s’agit seulement d’un avis et j’invite tout le monde à réagir, améliorer cette exploitation du document voire la rejeter.

Mais il clair que pour moi, ce qui compte vraiment, c’est ce qui se passe avec un document, ce qu’on en fait et qui doit véritablement avoir du sens. Ce que je cherche quand je conçois une classe, c’est la dynamique de tout ce qui va tourner autour d’un document central pour que ce que devront faire les élèves soient le plus authentique possible. Ce qui est bien plus motivant que d’utiliser un document authentique et de le transformer en une passoire. Aucun intérêt et aucune motivation !


[1] Vincent Geisser, chercheur au CNRS, spécialiste du monde arabe et musulman

 

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Dépassés par les TICE ?

Posted by Philippe Liria sur 06/01/2011

En France, on le sait, malgré le discours dominant, les TICE sont encore à la traine. En Espagne et plus particulièrement en Catalogne, pour parler d’un cas que je connais bien, on voit les contradictions entre discours et réalité : les élèves sont prêts, mais les écoles n’ont pas ou mal implanté les ordinateurs ou les TBI, les livres ne sont pas disponibles ou que partiellement et surtout, les professeurs ne sont pas formés. Ce constat est aussi valable dans des pays qui ont pourtant depuis longtemps misé sur Internet et l’ordinateur en classe comme c’est le cas du Québec (à lire : Nos écoles en retard dans le Journal de Montréal). Or, on ne pourra vraiment tirer profit de ces nouveaux outils que si on met en place une véritable politique de formation des enseignants. On en parle beaucoup, mais j’ai l’impression qu’il s’agit d’une autre Arlésienne. Au cours de mes différents voyages à travers le monde, j’ai pu malheureusement constaté que c’est trop souvent le cas un peu partout, même si on peut applaudir d’excellentes initiatives prises en Amérique Latine et qui vont dans le bon sens : on cherche à former les professeurs tout en distribuant des ordinateurs, en développant la présence d’internet dans les lieux les plus reculés, etc. À ce sujet, je recommande la lecture de ¡Basta de historias! de Andrés Oppenheimer.

 

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