Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Quelle valeur ajoutée pour les contenus numériques dans l’enseignement du FLE ?

Posted by Philippe Liria sur 24/09/2012

Le 21 septembre dernier, s’est tenue à Barcelone la 23e Journée DIM (Didactique, Innovation et Multimédia). Cette année, parmi les thèmes qui centraient l’attention des experts, il y avait la question de la valeur ajoutée des contenus numériques dans l’éducation. Les conclusions de la table ronde de cette journée m’ont paru particulièrement intéressantes, même si je ne les partage pas forcément dans leur globalité. Publiées en espagnol sur le site de Pere Marquès, directeur du groupe DIM, je me suis permis de les traduire car elles apportent des éléments de réflexion intéressants. Vous pouvez retrouver le texte original, dans son intégralité, sur le site du groupe.
La lecture de ce compte rendu suscitera sans aucun doute des réactions en raison de certaines affirmations. C’est normal et c’est la fonction du débat. Il serait intéressant, une fois la lecture faite de s’interroger justement sur la place qui est faite au manuel numérique et plus largement aux contenus numériques dans la classe de langue, notamment celle de FLE que ce soit au collège – comme il est en surtout question dans ce débat -, au lycée ou à l’université mais aussi dans les autres institutions où le FLE est la raison d’être.

Pour aller plus loin aussi dans cette réflexion sur les TICE, je vous propose de visiter le blog de Bruno Devauchelle. Il y est aussi question de TICE et son animateur, spécialiste du sujet, s’interroge sur l’efficacité des TNI ou encore des activités pour tablette allant même jusqu’à parler de « tromperie ». Je vous laisse donc lire et apprécier depuis votre expérience ces points de vue, certainement complémentaires, sur des thèmes qui reviennent régulièrement lors des ateliers que j’anime.

Compte rendu de la 23e Journée DIM (Trad. de l’espagnol)

Les participants à cette journée étaient :
Antonio Cara (conseiller d’Education et Connaissance en Réseau de la Fundación Telefonica), Esteban Lorenzo (Directeur de la maison d’édition scolaire Edebé-Digital), Santiago Serrano (Responsable de la Délégation de Macmillan en Catalogne) et Jordi Vivancos (Département d’Éducation de la Generalitat de Catalogne).
Le débat était moderé par Pere Marquès (professeur à l’Université Autonome de Barcelone (UAB) et responsable du groupe DIM).
Pere Marquès et Paloma Valdivi sont les auteurs de ce compte rendu de cette table ronde.

Face à l’immense galaxie informative qui est aujourd’hui gratuitement à notre portée, les manuels scolaires sélectionnent une partie de cette information (que constitue une réponse complète aux programmes scolaires officiels), ils la préparent et la structurent pour qu’elle soit facilement assimilable par les élèves, tout en l’accompagnant d’une bonne collection d’activités pour faciliter la compréhension/mémorisation ainsi que la mise en pratique des connaissances que suppose le développement des compétences. Ils orientent l’enseignant et lui simplifie le travail (ce n’est pas à lui de chercher l’information) en lui fournissant des ressources élémentaires qui lui font gagner du temps.

1. QUELLE VALEUR AJOUTÉE NOUS APPORTENT LES MANUELS SCOLAIRES NUMÉRIQUES ?

Nous savons aussi que les « bons manuels scolaires numériques » nous apportent la même chose qu’un « bon manuel scolaire papier » et en plus : des vidéos, des animations, des simulations, des liens (vers des sites compagnons), des exercices auto-correctifs… Auncun doute : ils apportent de la « valeur ajoutée ». Voici ce que les participants à cette table rond ont mis en avant parmi les principales contributions du manuel numérique :

– l’interactivité qu’il apporte à l’élève. Jordi Vivancos a d’ailleurs cité les résultats d’une étude de John Hattie (Visible Learning : A Synthesis of Over 800 Meta-Analyses Relating to Achievement) : celle-ci met clairement en évidence que l’apprentissage des élèves est d’autant plus efficace qu’il y a mise en place de l’ interactivité/rétroalimantation ;

– Le feed-back immédiat des exercices auto-correctifs et des simulations (Héctor Ruiz) ;

Plus grande motivation et attention des élèves (en raison surtout de l’environnement multimédia et de l’interactivité, avec des réponses immédiates à ce qu’ils demandent/font) ;

Moins de temps consacré par le professeur à la correction d’exercices puisque la plupart sont auto-correctifs. Il pourra ainsi donner aux élèves plus d’exercices, si nécessaire, puisqu’on dispose de plus de temps. Les élèves pratiquent plus et amélioreront donc leur apprentissage ;

– On peut plus aisément intégrer des activités d’évaluation (et d’autoévaluation) dans les séquences d’apprentissage proposées aux élèves. En outre, on voit apparaître petit à petit des « systèmes adaptatifs » (Antonio Cara) qui permettent d’adapter les séquences d’apprentissage aux connaissances préalables et l’évolution des apprentissages de chaque élève (contenus numériques + intelligence artificielle) ;

– Les rapports/comptes rendus personnalisés fournis par ces supports et rendent plus simple pour l’enseignant le suivi de l’activité que réalise l’élève quand il interagit avec ces supports. (Héctor Ruiz). Comme ils connaissant mieux l’activité et les apprentissages de leurs élèves, les professeurs peuvent traiter de façon adéquate la diversité des besoins formatifs de ces élèves ;

– Il est facile de maintenir ces supports à jour et d’y inclure des informations d’actualité (Santiago Serrano), même si les maisons d’édition ne le font pas toujours ;

Actuellement, aux côtés du modèle classique de « manuel numérique » complet, il existe une offre de contenus éducatifs atomisés (objets d’apprentissage, Pepe Giráldez) de façon à ce que chaque enseignant ou chaque établissement peut élaborer (sur l’espace numérique d’enseignement de l’établissement) ses propres « manuels » (ou contenus de référence pour les élèves) en sélectionnant les « objets d’apprentissage » qui lui plaisent le plus (Esteban Lorenzo) parmi ceux que proposent les différentes maisons d’édition de contenus éducatifs multimédia – pour cela, il faut que les contenus suivent un protocole, le « common cartbridge » (Jordi Vivancos).

Les contenus numériques devraient être facilement malléables pour que les professeurs, et parfois les élèves, puissent les adapter à leurs besoins et contexte d’utilisation (Javi Vizuete).

Complémentarité. Le manuel scolaire numérique est un recours de plus dans la classe ; il ne remet pas en cause le manuel papier si celui est nécessaire (Xavier Gómez). S’il n’est pas nécessaire que chaque élève ait un manuel papier, on peut envisager une « bibliothèque de classe » avec les manuels des différentes maisons d’édition. Il ne faut pas oublier non plus que les départements d’éducation, que certains enseignants et même certaines maisons d’édition font la promotion de fonds structurés de ressources gratuites, qui peuvent, dans certains cas, être suffisants comme compléments à l’usage des manuels scolaires en papier.

2. INFRASTRUCTURES NECESSAIRES

Pour pouvoir utiliser les manuels numériques, il faut que les salles de classe disposent d’une bonne connexion à Internet (Héctor Ruiz) tant en réseau qu’en haut débit et que les élèves puissent avoir accès à un dispositif numérique (PC, tablettes, Smartphones…) leur permettant d’accéder et d’interagir sur les informations des contenus numériques et d’interagir avec (environ 30% du temps de classe hebdomadaire car les TICE ne doivent pas nécessaires pour toutes les activités).
Il ne faut pas seulement prendre en compte les spécificités de chaque méthodologie mais aussi, cas par cas, se demander si l’usage de contenus numériques dans chaque matière et à tout âge est nécessaire (Antonio Cara).
Pour Jordi Vivancos, actuellement, la salle de classe idéale, c’est « celle que nous avons ». Nous devons tirer le meilleur profit de ce que nous avons car les temps ne sont pas aux grands investissements. Il faut en outre profiter du fait que 90% des familles avec des enfants en âge de scolarité disposent d’ordinateur et d’Internet chez elles, ce qui permet aux élèves de faire une partie des activités TICE à la maison. Ensuite, en classe et grâce au TNI, on peut consacrer du temps à partager et à réviser ces travaux.
Pour éviter les problèmes de haut débit que pourraient avoir les établissements si tous les élèves travaillaient avec les manuels numériques en ligne, les maisons d’édition ont tendance à proposer des formats hybrides qui consistent à insaller des contenus sur les serveurs des établissements et ainsi réduire les téléchargements.
Il faut aussi prendre en compte les besoins en ressources humaines : le coordinateur pédagogique TICE, l’agent de maintenance… (Santiago Serrano).

3. LA PROBLÉMATIQUE ASSOCIÉE À L’USAGE DES MANUELS NUMÉRIQUES

Les manuels papier posent peu de problème : ils sont toujours disponibles y compris avec peu d’éclairage, ils permettent une lecture plus reposée (séquentielle, bonne lisibilité des caractères…) et une prise de note directe ou sur des post-it.
On associe à l’usage des manuels numériques les problèmes suivants : dépendance TIC (il faut un dispositif numérique) ; il faut souvent déplacer les dispositifs de salle en salle (chariots pour ordinateur…) ; les câbles et les connexions, le mobilier (tables fixes…) et les installations (peu de prises…) rendent difficiles le travail collaboratif et l’usage des TIC ; les ordinateurs et les écrans réduisent la visibilité et l’espace de travail ; il y a plus de bruit en classe (Santiago Serrano) ; il y a tendance à lire superficiellement (comme le montrent les résultats de test PISA2009 qui indiquent le peu de compréhension de lecture à l’écran – Jordi Vivancos) ; les hyperliens peuvent finir par désorienter les élèves ou augmenter leur distraction (surtout si l’enseignant ne se promène pas entre les élèves pendant qu’ils travaillent avec des contenus numériques) ; les enseignants n’ont pas toujours (ni les élèves d’ailleurs) la formation nécessaire pour faire un bon usage didactique des contenus numériques…

4. VERS OÙ ALLONS-NOUS ?

Il y a plus de 100 ans, Giner de los Ríos et d’autres fondateurs de la Escuela Nueva (note de trad. : Education nouvelle) faisaient déjà la promotion dans certains cas d’un apprentissage où chaque élève élaborerait son propre manuel, ce qui demandait d’avoir une vision générale des sujets, de chercher et de sélectionner les renseignements, de les analyser et d’en faire la synthèse, de débattre et de corriger ensemble (camarades et professeur)… Actuellement, comme les professeurs et les élèves ont à leur portée une quantité infinie d’information, il serait très facile d’encourager chaque élève à créer son propre livre sur un wiki !
Si dès l’âge de 10 ans chaque élève disposait à l’école d’un dispositif numérique (netbook, tablette…), cela aurait-il un sens pour lui d’utiliser aussi des livres numériques ? Dans ce cas, devrait-il acheter un livre numérique pour chaque matière ? (même à très bas prix). Et plus encore, ne devrait-il pas plutôt disposer d’un « livre-album » qui le guiderait dans les informations à chercher sur Internet (ou sur une base de données fermée de la plateforme de l’établissement scolaire) pour élaborer son propre livre de texte ?

Actuellement les manuels numériques ressemblent énormément aux manuels papier (Antonio Cara). Les manuels numériques n’ont pas encore développé tout leur potentiel grâce aux fonctionnalités que leur apporte la technologie. On attend qu’ils intègrent les techniques de l’intelligence artificielle (systèmes adaptatifs, « teachable agents » que les élèves entrainent) et qu’on profite mieux encore des énormes possibilités d’apprentissage dont on dispose à partir des simulations (Héctor Ruiz).

Comme il a déjà été dit, on assiste à une tendance à la fragmentation des contenus et au micro-paiement pour ces « objets d’apprentissage » qui intéressent (Esteban Lorenzo). Le manuel numérique peut évoluer vers une sorte de « container » de connexions (Antonio Cara).
(…)

5. EFFICACITÉ ET AMÉLIORATION DU RENDEMENT DES ÉLÈVES. L’IMPORTANCE DES MÉTHODOLOGIES.

Bref, ce qui compte, et c’est l’objectif des ressources didactiques, c’est de faciliter les apprentissages des élèves. Il serait absurde de dépenser plus en technologie et en ressources pour obtenir les mêmes résultats qu’auparavant. L’utilisation des livres numériques indique-t-elle une amélioration des résultats scolaires si les élèves les utilisent « bien » ?
Nous avons d’une part les études citées par Jordi Vivancos dans le livre Visible Learning (plus il y a d’interaction/rétroalimentation, mieux on apprend). Il faut par conséquent renforcer au maximum des contenus numériques qui génèrent cette interaction entre les élèves. Les manuels numériques agiront donc comme des catalyseurs d’apprentissages (Santiago Serrano).

Dans le cadre du groupe DIM-UAB les deux études importantes réalisées sur les manuels numériques mettent en avant qu’un « bon usage de ces supports peut vraiment contribuer à améliorer les rendements des élèves » : l’enquête sur l’orthographe avec les manuels de Digital-Text (en espagnol) a démontré de façon empirique une amélioration de 23% dans le rendement des « élèves numériques » par rapport à ceux qui avaient travaillé l’orthographe sans le support de TIC (Héctor Ruiz) ; et dans l’enquête sur les manuels Educaline (en espagnol), 2 professeurs sur 3 ont considéré que leurs élèves avaient appris plus. Dans ces enquêtes, les professeurs ont été orientés de façon à ce qu’ils utilisent les contenus numériques selon des méthodologies qui sont responsables du succès obtenu, en profitant de façon appropriée la « valeur ajoutée » des ressources numériques.
Parfois les contenus numériques ne misent pas sur une méthodologie didactique claire (Esteban Lorenzo). Il serait souhaitable que les manuels numériques soient au service d’une méthodologie novatrice (Antonio Cara).

Comme je l’écrivais au début de cet article, les questions sont nombreuses et on peut légitimement s’interroger sur certaines réponses. On sait aussi que la réalité de la classe rend souvent difficile l’utilisation des TIC et qu’il ne faut pas perdre de vue que, plus que l’interactivité, ce que nous recherchons dans nos classes de français, c’est l’interaction pour mener à bien un projet final ou tâche.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
%d blogueurs aiment cette page :