Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Classe inversée… Un collège de Bretagne s’y met !

Posted by Philippe Liria sur 17/11/2012

Il y a quelques semaines, dans un billet de ce blog, je vous parlais de la classe inversée. Je faisais remarquer qu’on trouvait très peu d’information sur cette nouvelle façon de « faire classe » dans les réseaux sociaux français. Rien dans la presse française. Bref, on aurait dit que le phénomène n’existait pas en France. Il fallait aller chercher ailleurs, surtout de l’autre côté de l’Atlantique, notamment au Canada. Pourtant, depuis la rentrée 2012, dans un petit coin de Bretagne, un prof de physique s’est lancé dans l’aventure.
Une fois de plus, c’est en sciences et non en langues qu’on trouve des mises en place de ce type de classe. À quand des classes de FLE basées sur cette méthodologie ? Les cours de langue ne se prêteraient pas autant que ceux de sciences à ce type de pratique ? Pourtant j’y vois une façon d’appliquer réellement cette approche actionnelle que nous préconisons : le prof n’est plus derrière son bureau mais va d’îlot en îlot dans cette classe qui a dit adieu aux rangées d’oignons pour guider les élèves qui mettent en pratique ce qu’ils ont préparé à la maison. On donne véritablement du sens à un apprentissage où l’élève est actif et construit lui-même son parcours d’apprentissage – développement de l’autonomie de l’apprenant -, sous l’oeil attentif et vigilant de l’enseignant qui s’assure que les objectifs sont atteints. Il semblerait que l’interaction qu’on recherche tant dans nos cours soit une réalité quand on fait une classe inversée. Alors pourquoi ne pas oser l’expérimentation en classe de FLE ?
Mais je me trompe peut-être et, comme ce prof de physique, certain(e)s d’entre vous êtes en train de mener à bien des cours qui suivent ces principes pédagogiques. Si c’est le cas, pourquoi ne m’envoyez-vous pas votre témoignage ?

En attendant, je vous propose la lecture de cet article du Point qui rapporte cette expérimentation de la classe inversée au Collège Sainte-Marie de Saint-Brieuc.

La classe inversée

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2 Réponses to “Classe inversée… Un collège de Bretagne s’y met !”

  1. Serge Priniotakis said

    Bonjour à tous,

    les questionnements que soulève le billet de mon collègue et ami Philippe Liria dans son blog à propos de la classe inversée se situent exactement au carrefour d’une réflexion théorique sur l’enseignement et le rôle des différentes parties impliquées (enseignants, élèves, parents), la place des TIC dans l’enseignement-apprentissage et les institutions (Education nationale ou institutions privées ou semi-privées : je pense surtout, dans le domaine du FLE, aux Alliances françaises et aux Instituts français).

    D’un point du vue théorique, le phénomène de la classe inversée se situe dans et prolonge la lignée anglo-saxonne du Task based-teaching (l’enseignement par les tâches : approche dite « actionnelle ») et en représente le côté apprentissage : l’inquiry-based learning. On demandera à l’étudiant de résoudre des « tâches » plutôt que de faire des exercices décontextualisés, afin de développer ses capacités de réflexion et de transfert : de cette manière l’étudiant est amené à émettre lui-même, à partir de l’observation et de l’analyse d’un certain nombre de documents, des hypothèses quant à la règle ou le principe à découvrir. Dans cette perspective les TIC interviennent en tant que supports regroupant et confrontant les documents à partir desquels la réflexion des étudiants se construira.

    Or comme souvent dans les questions d’éducation, le choix d’une méthodologie à appliquer dans la classe ne peut pas se résumer uniquement à un choix personnel de l’enseignant : la seule façon pour qu’une méthode d’enseignement soit efficace, c’est qu’elle résulte une décision d’ordre institutionnel avec tout ce que cela comporte de décisions annexes, depuis l’accueil des étudiants (leur expliquer comment on travaille et quel est le but de ce type de pédagogie), en passant par l’implication des parents (afin qu’ils comprennent l’importance par exemple du travail à la maison), la formation des enseignants, jusqu’aux modalités d’évaluation (qu’elles soient cohérentes avec l’enseignement proposé). Aussi, en France on observe une première différence entre les institutions : si dans le contexte des Alliances françaises ou des Instituts français la mise en place de classes inversées est assez courante (je peux en témoigner longuement), dans l’Education Nationale elle est plus rare et paraît beaucoup plus difficile à organiser. Pourquoi ?

    1. Problèmes évidents de coût (matériel) et de temps : matériel TIC inégalement réparti, classes et programmes surchargés, public captif pas toujours motivé à enquêter tout seul ;
    2. Freins déontologiques : à l’heure où l’on parle de supprimer les devoirs à la maison on voit mal comment on peut défendre une approche construite sur l’extension du temps de travail de l’école vers la maison. D’autre part, le risque d’aggraver encore la fameuse inégalité numérique (tous les élèves n’ont pas la même facilité d’accès aux ressources chez eux) est doublé du risque d’aggraver les inégalités sociales (à la maison tous les élèves ne bénéficient pas de la même qualité d’aide de la part de leur entourage) ;
    3. Freins d’ordre idéologique : si une Alliance et une école maternelle dispensent toutes deux des enseignements, seule l’une des deux institutions dispense aussi et surtout une éducation. On atteint là un point où la tension entre les deux notions devient critique : un élève n’est pas un client qui choisit les produits qui lui conviennent sur le marché des enseignements : à l’école il y va de son avenir. Or l’idéologie qui soutient la réflexion sur la classe inversée est celle, économique, de la rentabilité (voir les travaux de Jean-Jacques Richer sur le CECRL, notamment Le cadre Européen Commun de Référence pour les Langues, ou l’émergence d’un nouveau paradigme didactique in Le Français dans le Monde n° 359), incompatible en France (du moins pour l’instant…) avec les idéaux de la société civile.

    On comprend aisément ainsi comment du monde du travail ce modèle d’enseignement centré notamment sur la notion de compétence s’est imposé facilement dans l’enseignement privé des langues et rencontre plus de difficultés à s’implanter dans l’Education nationale. Si on peut imaginer des solutions à court et moyen terme à la première série de freins d’ordre organisationnel, les deux séries de freins déontologiques et idéologiques paraissent en revanche plus solides parce que fondés sur une conception saine et républicaine de l’éducation. Si dans le modèle de l’enseignement privé et optionnel à public non captif la classe inversée peut paraître plus attractive (marketing), plus agréable (pour le client), voire plus efficace (on retient mieux ce qu’on a découvert soi-même) qu’une classe « traditionnelle », il ne faut pas perdre de vue qu’elle est aussi plus inégalitaire, plus élitiste et qu’elle ne propose aucune barrière contre le décrochage lorsqu’elle est transposée dans l’Education.
    Serge Priniotakis

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    • Bonjour Serge et merci pour ton commentaire,

      Je rejoins sur certains points ton analyse de la classe inversée. Sur les autres, quelques remarques (au passage : je suis l’auteur du site classeinversee.com, dont est tirée l’image de l’article, mais j’essaye toujours d’être le plus objectif possible) :

      1. Concernant les problèmes de coût, ce modèle devrait sur le long terme être économique puisqu’il permet de remplacer les nombreux manuels scolaires par une simple tablette. La Nexus 7 de Google ne coute par exemple que 199€, et il ne serait pas étonnant qu’ils en proposent une à 99€ prochainement (une rumeur court même concernant Noël 2012). Ceci sans compter le fait que les ordinateurs portables et tablettes se généralisent, et que chaque élève qui en a un peut apporter le sien, il n’y aurait donc pas forcément besoin de mettre à disposition autant d’ordinateurs ou de tablettes qu’il y a d’élèves dans une classe pour que chacun en ait un.

      Les programmes scolaires sont par contre effectivement surchargés et rendent difficile la mise en place d’activités et de projets pédagogiques intéressants. Les premiers retours de professeurs utilisant le modèle inversé disent que les élèves avancent plus vite qu’avec le modèle classique (rien d’étonnant vu qu’ils progressent à une vitesse qui leur est optimale), ce qui permet de gagner du temps et d’inclure des éléments de pédagogie active ; mais on est encore loin d’avoir un contexte idéal. Je soupçonne que d’ici quelques années, quand certaines écoles privées auront probablement démontré les avantages et le potentiel de la classe inversée, l’Education Nationale reconnaîtra qu’il y a quelque chose à en tirer, ajustera le programme scolaire et utilisera des méthodes plus modernes. Cette transition me paraît inévitable dans le futur, espérons juste qu’elle ne prendra pas une éternité à se faire. C’est là que des gens comme nous peuvent intervenir, pour populariser des méthodes et accélérer le progrès.

      2. Concernant le temps de travail à la maison, la plupart des professeurs disent que le modèle inversé ne demande pas plus de temps chez soi, et qu’il peut même en demander moins (comme on peut le lire dans l’article du Point cité par Philippe : « Globalement les élèves préfèrent la physique nouvelle version, ils disent avoir moins de travail à la maison et être plus actifs en classe »). Certains se passent même totalement de cette étape et n’utilisent que le temps de classe, considérant qu’une semaine de 30h de cours devrait amplement suffire et qu’il n’est pas judicieux, pédagogiquement, d’imposer des devoirs à la maison. Je suis séduit par cette idée mais n’ai pas d’avis tranché sur la question. Ce qui est sûr, c’est que les élèves préfèrent voir des vidéos et pendre des notes que de faire des suites d’exercices tirées d’un manuel, donc à priori, sur la question des devoirs, le modèle inversé est préférable au modèle classique.

      Au sujet de « l’inégalité numérique », c’est un point qui sera de moins en moins problématique : rare sont ceux qui n’ont pas d’ordinateur relié à internet, et bientôt tout le monde en aura un, comme ce fut le cas pour le téléphone. En attendant, pour ceux qui n’en ont pas, ils peuvent utiliser ceux qui sont disponibles en classe. C’est un autre avantage de ce modèle : les élèves ayant plus d’indépendance, on peut procéder à des ajustements au cas par cas.

      Concernant l’inégalité de l’aide de l’entourage, le problème se pose dans les deux modèles, mais encore une fois il vaut mieux un système où on peut trouver de l’aide à tout moment (en contactant son professeur ou ses camarades par mail, par forum ou par chat, ou en postant et lisant des commentaires sous des vidéos), qu’un système où on se retrouve tout seul devant ses livres le soir.

      3. Tu dis « l’idéologie qui soutient la réflexion sur la classe inversée est celle, économique, de la rentabilité (voir les travaux de Jean-Jacques Richer) ». J’avoue ne pas avoir lu les travaux de Jean-Jacques Richer, mais s’il soutient cette idée, je trouve ironique qu’il ne semble pas vouloir partager ses opinions librement sur internet mais seulement dans des ouvrages payants. Dans tous les cas, je n’avais jamais entendu cette position, et j’aimerais comprendre son fondement étant donné que la majorité des adeptes de la classe inversée prônent un partage libre de la connaissance et offrent gratuitement leurs propres vidéos. Je suis curieux de connaitre ton avis.

      Pour ta dernière remarque sur le coté élitiste et inégalitaire de la classe inversée, cette fois je ne te rejoins pas, car les résultats les plus positifs ont justement été observés auprès des élèves qui avaient le plus de difficultés. C’est dû au fait qu’ils peuvent enfin avancer à leur rythme plutôt que d’être perdus, et que le professeur peut focaliser son temps sur ceux qui ont le plus besoin d’aide. C’est au contraire dans un modèle où tout le monde est forcé d’avancer au même rythme que les plus défavorisés se heurtent le plus à des difficultés et se retrouvent en échec scolaire.

      J’attends vos retours, c’est une discussion intéressante, d’ailleurs merci beaucoup à Philippe pour cet article.

      – Florent Berthet

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