Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

C’était le 20 mars… et alors ?

Posted by Philippe Liria sur 24/03/2013

JLFOn m’a demandé pourquoi je n’avais rien publié de spécial à l’occasion de la Journée internationale de la Francophonie et plus géneralement de cette semaine où le français a été à l’honneur. C’est vrai, j’aurais pu préparer quelques fiches pédagogiques ou publier une liste des sites qui proposent des activités spécifiques réalisées à l’occasion. Pourtant, j’ai préféré le silence. Pourquoi ? Eh bien, désolé si ce que je dis déplaît et a l’effet d’un pavé dans la marre et que les éclaboussures risquent de salir nos beaux habits du dimanche que nous avons mis pour célébrer cette date du calendrier. Désolé, mais je m’interroge sur la valeur réelle de cette Francophonie dans son quotidien. Attention, je ne critique pas les initiatives lancées par les profs de FLE pour impliquer leurs apprenants dans des actions réalisées dans le cadre de leur cours de français. Non, ce que je critique, c’est la valeur en soi de cette Francophonie.
Car c’est bien beau de fêter la communauté des francophones, un canapé dans la bouche et un verre de champagne à la main dans un quelconque salon d’ambassade mais au-delà, dans le quotidien de ces lieux où l’on enseigne le français, que se passe-t-il ? Qu’en est-il de la Francophonie quand il faut se battre pour avoir des crédits ? Certes on pourra se remplir la bouche de mots pour remercier l’intervention de la France au Mali – sans doute nécessaire au point où en était le pays -. Pourtant, plutôt que de dépenser des centaines de millions d’euros à faire tourner la machine de la guerre, n’aurait-on pas mieux fait d’investir en formation et éducation ? Le pays serait-il tombé dans cet extrémisme si justement, avec l’étendard de la Francophonie, nous avions investi quelques centaines de milliers d’euros ?
Non, je ne suis pas naïf ! Je sais que la Francophonie, c’est avant tout créer des liens pour des marchés à prendre ou à défendre face à… À qui d’ailleurs ? La Francophonie, quand on ouvre trop grand la porte du placard me rappelle parfois l’odeur de naphtaline de ces vieilles armoires, celles du temps de nos grands-mères et des colonies.
Mais que fait la France pour que cette Francophonie aille au-delà d’une réception chez M. l’Ambassadeur ? Car c’est bien beau de mettre des petits drapeaux sur une carte du monde et dire que là et là-bas encore on parle notre langue, monsieur, mais qu’en est-il de la réalité ? N’est-elle pas trop souvent le fait d’une élite – que forment des professeurs souvent, très souvent, mal payés et au statut bâtard !
Est-ce la Francophonie que nous voulons ? La Francophonie à défendre, plurilingue et multiculturelle, doit aussi passer par une refonte de nos politiques linguistiques, lesquelles doivent absolument reconnaître le rôle des établissements d’enseignement du français et donc de ceux qui en ont la charge directe, les équipes pédagogiques ! Or, on sait que ce n’est pas le cas aujourd’hui. On revendique haut et fort la Francophonie mais on l’étouffe avec les cordons d’économie de bout de chandelle ridicule ! Il faut rentabiliser les cours, ce qui est légitime, mais cet objectif, est-il, à long terme, réaliste si les principaux acteurs sont mal traités ? Pourtant, l’avancée de la technologie avec la mise en place de plateforme, la mutualisation de contenus et de pratiques, l’accès à internet, etc. sont d’autant d’éléments qui devraient faciliter le développement d’une vraie communauté francophone. En effet, les outils ne manquent pas mais ils ne suffisent pas, il faut aussi que cette force humaine de quelque 900 000 professeurs, coordinateurs, etc. se sentent accompagnés. Ce n’est pas le cas actuellement. La situation n’est pas nouvelle ; elle est régulièrement dénoncée. Je me souviens déjà d’un billet de Francis Nizet à ce sujet. C’était en 2008 ! J’étais moi-même revenu dessus en août dernier dans un billet sur le statut du professeur.
J’aurais tant aimé fêter cette Journée comme il se doit, dans la joie et la bonne humeur. Hélas, toutes ces coupures dans les budgets, toute cette précarité chez les professeurs de FLE ne me donnaient pas envie de lever mon verre au moment du toast de M. l’Ambassadeur mais plutôt de lever le poing contre cette hypocrisie qui prend les plus beaux atours de la Francophonie pour en fait cacher les vrais enjeux, qui eux, rapportent pour de vrai (à certains)… Mais ça, peu importe, ce qui est demandé au prof de FLE, c’est de colporter la bonne parole, ces valeurs de liberté et de droits humains auxquelles il croit vraiment et pour lesquelles il fait faire des activités admirables à ses élèves. Le tout au prix de sacrifices que n’imaginent pas ces messieurs d’en-haut au moment où ils tendent leur coupe pour qu’on les resservent en champagne.

PS : L’ambassade (peu importe laquelle, toutes se ressemblent) avait invité les profs de FLE à écouter le discours et à savourer les petits fours, mais à l’heure de la réception, tous avaient cours jusqu’à 22h. À cette heure-là, M. l’Ambassadeur a des choses bien plus intéressantes à faire.

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