Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Archive for juin 2013

Pour que la tablette entre dans nos classes

Posted by Philippe Liria sur 30/06/2013

tablette_en_classePendant que la presse française nous parle de ces jeunes Sud-coréens que la technologie numérique abêtirait (Corée du Sud : les jeunes risquent la «démence digitale», Le Figaro 27/06/13), voilà qu’Obama, s’inspirant du modèle du pays asiatique lance un plan quinquennal pour passer au tout digital dans les écoles ! (Discours d’Obama, 06/06/13). President Obama Speaks on Technology in Schools
Je me souviens encore des discours alarmistes autour d’Internet il y a une quinzaine d’années dans une France qui continuait à ne jurer que par le Minitel. Il fallut à l’époque un discours de Jospin pour que tout à coup Internet, cette invention du diable, ait le droit d’être autre chose qu’un antre où se donnaient rendez-vous les esprits les plus vicieux de la République. Internet allait effectivement changer nos pratiques et nous ouvrir sur le monde. Notre universalité en prenait un coup car soudain, grâce à la Toile, nous nous rendions compte que l’Univers était multiple, varié… Bref, Internet nous obligeait à relativiser notre logique cartésienne. Et à mettre au placard, en juin 2012 !, les 3614, 3615…minitel
Laissons les journalistes français gloser sur les maux du réseau et intéressons-nous plutôt à ce qui se passe outre-atlantique. En effet, la révolution que propose Obama n’est pas simplement technologique. Je dirais même que celle-ci n’est qu’un des trois points qui constituent l’axe de son discours. Certes, il en occupe la première place car il est foncièrement nécessaire pour la mise en place des deux autres. Des fonds vont être débloqués pour permettre qu’en 5 ans les écoles publiques soient équipées de façon à ce que le vrai changement, celui au niveau de la pédagogie, puisse se produire. On voit déjà comment en Californie, plus précisément dans le district de Los Angeles, quelque 45000 tablettes ont été distribuées dans les écoles. Ce n’est qu’un début (ce chiffre ne représente même pas 8% des tablettes nécessaires pour couvrir la population scolaire de Californie).
Le vrai changement, et c’est ce point qui nous intéresse, c’est celui qui va devoir nécessairement accompagner le nouvel outil. En effet, le constat qui est fait montre que les pratiques de classe n’ont guère évolué avec l’entrée des outils numériques : on continue à enseigner comme avant sans se demander, en plus, si on apprend comme avant. Or, l’accès généralisé à l’information et les activités que nous permettent de réaliser les nouveaux supports, notamment grâce aux applications, nous montrent bien qu’on ne peut pas continuer à considérer l’apprentissage de la même façon qu’avant. Il va donc falloir accompagner le changement technologique d’un véritable plan de formation des enseignants (point 2) et d’un refonte complète des contenus (point 3).
On ne peut plus continuer à faire la classe comme avant ni prétendre que le flux enseignement/apprentissage fonctionne de la même manière si l’apprenant à entre les mains une tablette, qu’elle soit connectée ou pas.
Et on ne peut pas fermer les yeux face à ce changement. Nous ne pouvons pas nous comporter comme ceux qui s’accrochaient à leur Minitel tel une vieille planche flottant au milieu de l’océan pendant que le reste du monde naviguait déjà sur Internet. Nous devons comprendre qu’un gamin qui a entre ses mains une tablette n’attend pas de voir à l’intérieur quelque chose qui rappellerait un manuel, quand bien même les effets simuleraient à merveille le passage d’une page à l’autre. Non, il faut, justement, tourner la page et passer à autre chose ! Le matériel didactique que l’enseignant va utiliser dans la classe ou faire utiliser à la maison en vue de préparer des activités de classe devra forcément développer une interaction entre utilisateur/apprenant et tablette/ressource. Et ce matériel devra être suffisamment attrayant pour que l’apprenant n’ait pas envie de passer à autre chose trop vite. Pas simple ! Mais ne pas le faire, c’est comme si dans le domaine du jeu, les développeurs continuaient à proposer des matchs de tennis ou des courses de F1 comme ceux de Mattel et de Nintendo du début des années 80. Le secteur éditorial aux États-Unis en est conscient et c’est pourquoi on lit régulièrement que Pearson ou Mc Graw Hill Education, pour ne citer que deux géants, rachètent des sociétés spécialisées dans le développement de produits technologiques destinés aux apprenants et qui s’adaptent à leurs besoins (lire : McGraw-Hill Education to buy adaptive tech firm). videogame
Pourtant, il faut bien l’admettre, et surtout en matière de FLE, ce qui existe rappelle un peu ces premiers modèles de voiture de la fin du XIXe / début XXe : des diligences avec un moteur mais pas de vraies voitures. Il est temps que nous comprenions que les enfants ont besoin de contenus pour apprendre le français qui soient vraiment conçus pour le nouveau support.vieille_voiture
Ces nouveaux contenus devront forcément être accompagnés de formation, comme celles qui se mettent en place aux Etats-Unis, car le rôle même de l’enseignant change. On en parle depuis longtemps quand il est question de enseignant/guide et l’approche actionnelle en a favorisé le développement, mais on peut aisément imaginer que le bouleversement va se produire avec la généralisation de la tablette. En effet, la tablette, connectée au reste du monde, fait véritablement tomber les murs de la classe et fait entrer la langue, sous toutes ses formes, dans l’espace-classe. Un bouleversement qui va justifier la mise en place d’une pédagogie inversée, de plus en plus courante dans le domaine des sciences, mais dont la présence reste encore timide en FLE. Il va donc falloir apprendre à gérer différemment le temps et l’espace dans la classe mais aussi l’apprentissage. La tablette va renforcer un apprentissage basé sur la différenciation de façon à mettre en avant les compétences de chaque élève dans le but qu’il/elle réussisse le mieux possible à réaliser ce qu’on attend de lui.
Une formation nécessaire pour apprendre à gérer la classe et éviter les écueils, qui ne manquent pas, comme la distraction, l’éparpillement… On imagine aussi les questions autour de la santé (mal de dos causé par les manuels vs mal d’yeux causé par les écrans), de l’accès à l’information (sans wifi et internet, on perd une partie de l’information alors que le manuel contient tout)… Et je pourrais continuer avec une longue liste d’arguments que les opposants à la tablette ressortent à chaque fois qu’on essaie d’en défendre les avantages. tablette_en_classe_2
Personnellement, je pense qu’il ne faut pas crier haro sur le baudet mais plutôt analyser tranquillement mais sûrement avantages et inconvénients de l’emploi de la tablette en classe de FLE. La tablette, comme Internet lorsqu’il s’est généralisé, n’est qu’un support : tout dépend de ce qu’on y mettra pour la classe et comment on s’en servira. Il y a bien sûr des expériences intéressantes qui sont menées ici et là en Europe, et qui confirme l’intérêt à développer un enseignement qui motive les plus jeunes à partir de la tablette mais celles-ci partent de contenus présents en ligne et non pas de contenus spécialement élaborés pour favoriser l’apprentissage à partir de la tablette. (v.
Utiliser des tablettes en cours de langues, article de Franck Dubois).
Mais tranquillement ne doit pas être synonyme de s’endormir sur ses lauriers. Il est temps de lancer en FLE une vaste réflexion sur l’usage de la tablette avec l’ensemble des acteurs (éditeurs, enseignants, formateurs de formateurs, institutions, élèves) pour définir et développer des contenus à la hauteur des attentes des apprenants. Et bien sûr se donner les moyens pour le faire si nous ne voulons pas que ce soit l’industrie états-unienne de l’enseignement qui nous impose ses critères.

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La Rencontre FLE à l’Alliance française de Paris

Posted by Philippe Liria sur 16/06/2013

Rencontre FLE - EMDL/AFPIFLe 7 juin dernier, c’était la 2e Rencontre FLE qu’organisaient les Editions Maison des Langues en collaboration avec l’Alliance française de Paris-Ile-de-France. Retrouvez les conférences, les statistiques et les photos sur le site EMDL. Prochain rendez-vous en novembre pour la 8e édition de la Rencontre FLE de Barcelone dont le programme sera très bientôt en ligne.

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L’université d’été sur la Francophonie des Amériques se termine.

Posted by Philippe Liria sur 16/06/2013

Gabriel Tougas, parrain de l'Université d'été sur la Francophonie des AmériquesDu 9 au 15 juin s’est tenue l’Université d’été sur la Francophonie des Amériques. Le rendez-vous de cette année avait comme axe de réflexion « la dualité qui existe entre, d’un côté, la pluralité des expériences francophones et, de l’autre, les possibilités de convergence qui transcendent les réalités particulières de chaque groupe francophone ».
Le programme de ces journées de travail de cette 3e édition était particulièrement chargé autour de conférences, d’ateliers et de tables rondes, dont certains contenus sont en ligne. J’ai recommande la lecture de la conférence de Renaud Govain de l’Université d’État d’Haïti dont le sujet était Le français haïtien et l’expansion du français en Amérique, notamment à partir de la page 20 si on s’intéresse aux différents phénomènes de langue (phonétiqe, lexique, créolisme…). La conférence de Thomas Klingler de l’Université de Nouvelle-Orléans présente un intérêt similaire en posant un regard linguistique sur la place de la Louisiane dans la Francophonie (lire la conférence).
Un autre regard, c’est celui que pose Lía Varela de l’universidad Nacional Tres de Febrero. Dans sa conférence, elle fait le point sur la place du français en Argentine avec des chiffres mis à jour de son enseignement dans différents coins du pays que ce soit dans le secondaire, à l’université et dans l’important réseau des Alliances françaises d’Argentine. Elle s’interroge enfin sur l’avenir du français dans ce pays où d’autres langues gagnent du terrain comme le portugais brésilien et le chinois. (Lire la conférence).

Au-delà des travaux de ces journées disponibles en ligne, il ne faut pas manquer non plus de faire connaissance avec le parrain de cette université d’été : Gabriel Tougas. Ce (très jeune) réalisateur canadien est peut-être peu connu en Hexagone mais il a déjà un long parcours dans la réalisation pour la télévision francophone au Canada et plus récemment dans le cinéma indépendant. Gabriel Tougas, nous l’avions remarqué l’année dernière lorsqu’il présentait Héliosols, son projet de premier long métrage en français réalisé dans l’Ouest canadien (Cliquez ici pour découvrir la bande annonce), un film indépendant qui a vu le jour grâce à la campagne en ligne que Joël Guénette, son producteur, et lui-même avaient mis en place pour récolter des fonds (lire entrevue avec Gabriel Tougas).

Gabriel Tougas (photo : William Sineux, de La liberté)

Gabriel Tougas (photo : William Sineux, de La liberté)


Les documents vidéos cités sont aussi un façon intéressante de s’intéresser à un sujet social et culturel qui se passe au Canada tout en intégrant dans la classe les variantes de la langue française sans tomber dans les clichés puisqu’il ne s’agit pas ici de faire « écouter » un accent mais de faire découvrir un film et un sujet particulièrement intéressant et d’actualité à travers cette fiction journalistique proposée par Gabriel Tougas.

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Parler français, un plus !

Posted by Philippe Liria sur 09/06/2013

parler français, un plus !L’Espagne est en crise. Inutile de le rappeler, tout le monde le sait sauf quelques banquiers bien lotis et leurs complices qui siègent dans un parlement, qu’il soit central ou d’une autonomie, peu importe. Bref, crise oblige, « priorité à la formation ! » devrait être le slogan de tous. Mais ce n’est hélas pas celui choisi par le ministre espagnol de l’Éducation, M. Wert. Au contraire ! Et parmi les grandes décisions de ce sinistre personnage dont l’histoire ne retiendra certainement pas la vision d’avenir de sa politique, il y a la mise à mort de la deuxième langue vivante au collège.
Déjà que les élèves de la ESO ne sont que très peu motivés par l’apprentissage d’une deuxième langue – il faut dire que la qualité des programmes de la LV1 ne les motive guère à en connaître une deuxième -, voilà que la LOMCE (j’en avais déjà parlé en octobre) va même permettre aux établissements scolaires de ne même plus proposer une LV2. Quelle belle vision des besoins de ce monde globale en construction, bravo Wert !!!
Heureusement, les professeurs de français se mobilisent, comme dans la région de Murcie, où l’enseignement de notre langue est encore très présent (v. article). Pas facile dans ce contexte d’austérité, de coupure et de grande ineptie des gouvernants d’espérer aboutir à quelque chose mais qui ne tente rien n’a rien ! Et tous les moyens sont bons comme s’appuyer sur les réseaux sociaux pour faire passer le message. C’est ce qu’a fait la Federación española de los profesores de francés (www.feapf.es) en produisant un petit clip où l’on voit un jeune qui obtient un emploi parce qu’il parle français, en plus de savoir faire des tas d’autres choses !
Wert saura-t-il enlever les ornières d’une politique éducative qui mène les jeunes de ce pays droit contre le mur ? Même si j’applaudis les initiatives de la FEAPF, je crains hélas que ce ministre est bien trop fier – pour ne pas employer un terme plus insultant – et que rien ne le fera changer de cap !

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Une bibliothèque virtuelle pour les (futurs) professionnels du FLE

Posted by Philippe Liria sur 09/06/2013

Bibliothèque Numérique DAEFLEDepuis quelques mois déjà, les étudiants en formation au Diplôme d’aptitude à l’enseignement du français langue étrangère (DAEFLE) disposent d’un site qui fonctionne comme un bibiothèque numérique, c’est la Bibliothèque Numérique du DAEFLE ou BND. La BND se veut être un outil de travail collaboratif et de réflexion, qui s’adresse essentiellement aux étudiants du DAEFLE mais, partiellement ouverte, elle permet à chacun d’entre nous d’avoir accès à de très nombreuses informations sur tout ce qui concerne le monde du FLE.
La BND propose plusieurs entrées auxquelles on accède par les rubriques consacrées aux modules mêmes de la formation, aux carrières, à la formation, aux étudiants, aux enseignants ou encore à la formation continue.
La rubrique MODULES reprend et développe les contenus du programme du DAEFLE, que ce soit les modules communs (Didactique, Phonétique, Grammaire, Évaluation), les options (FLE aux enfants, Civilisation et Littérature, FOS, TICE) ou toute une partie consacrée au FLSco, FLI… Chacune de ces sous-parties contient à son tour une somme importante de renseignements et de liens.Bibliothèque Numérique DAEFLE
Dans l’ESPACE Carrière, le visiteur y trouvera un onglet DOSSIERS PAYS avec des fiches-pays (encore trop peu), des témoignages d’étudiants partis à l’aventure – mot indiscutablement associé à FLE – à l’autre bout du monde ou encore ayant assisté à un congrès de français à Madrid. Toujours dans ce même espace, des expériences d’enseignement, des conseils pour obtenir un poste, des liens de sites professionnels où il peut y avoir des offres d’emploi et finalement une partie consacrée aux autres diplomes du FLE.
Autre rubrique d’intérêt général, celle de l’ESPACE enseignants qui renvoie à des sites de dictionnaires, d’exercicisiers, etc.
La partie FORMATION Continue est encore à compléter mais elle commence à contenir des articles et des liens intéressants pour être à jour de l’actualité du FLE.

À toutes ces rubriques, il faut aussi ajouter sur la page d’accueil la colonne Actualités du site qui regroupe les derniers articles publiés et celle de l’Agenda des formations FLE afin de ne manquer aucun événement, qu’il s’agisse d’un colloque, d’une journée de formation ou de la présentation d’un manuel.

J’en profite pour remercier Philippe Vélard, véritable cheville ouvrière de ce site, pour son compte rendu du publi-atelier que j’ai animé à la Attica, la librairie pédagogique du FLE, dans le cadre de la présentation de Nouveau Rond-Point 3.

Un regret peut-être, c’est l’insupportable publicité en marge qu’impose l’hébergeur du site et aussi la difficulté à naviguer sur le site. Ses contenus méritent un bien meilleur interface. Ceci dit, bravo pour cette excellente initiative qui permet à étudiants et enseignants de se retrouver dans un espace virtuel commun et déjà bien fourni qui ne pourra que se développer ! Bravo !

Bibliothèque Nationale DAEFLEPour en savoir plus sur cette initiative, rendez-vous sur le site de la Bibliothèque Numérique du DAEFLE : http://club.quomodo.com/b-n-daefle/accueil_bnd_.html

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