Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

La classe inversée : des initiatives contre le scepticisme (surtout en FLE) !

Posted by Philippe Liria sur 28/12/2015

clise2016Des airs de renouveau

La fin d’année scolaire de plusieurs pays d’Amérique latine est l’occasion de nombreux congrès, un moment privilégié pour rencontrer les enseignants et de faire le point sur les tendances qui marquent ou vont marquer la classe de français dans les prochains mois. On y a constaté la ferme résolution de mettre en place les recommandations du CECRL et de le faire dans une démarche actionnelle. Les réformes en cours des programmes scolaires s’orientent vers une didactique des langues qui met en avant la pédagogie du projet (enfin !). Autre constat : on doit ouvrir la classe aux autres matières. La transversalité des disciplines est aussi d’actualité, ce qui sous-entend des réformes plus profondes que celles se limitant à la classe de langue. Il y a encore du chemin à faire mais le sujet est sur la table, c’est un premier pas.
Dans cette ambiance de changements, des questions se posent. Comment mener à bien un projet en classe alors que les contenus notamment langagiers doivent être acquis ? En effet, il ne suffit pas de préconiser une démarche actionnelle pour que celle-ci prenne. Il est fondamental de revoir aussi la gestion de la classe et de mettre à contribution les technologies pour y parvenir. Tâche beaucoup plus simple aujourd’hui qu’il y a 10 ans quand nous avons commencé à parler de perspective actionnelle. Plus simple car l’accès aux technologies s’est largement démocratisée, même si on peut légitimement s’interroger sur les priorités budgétaires de certains. Mais c’est une autre affaire ! Le smartphone, plus que le TNI ou la tablette, est un objet courant (même dans les coins les inimaginables et les plus reculés du continent) ; à nous de savoir le transformer en un véritable outil d’apprentissage au moins en classe (oui, oui, en classe !! Fini cet « Eteignez vos portables ! » complètement ringard) et aussi en dehors de la classe.

Pour une gestion de classe différente
Quand la perspective actionnelle est apparue en FLE, la principale question qui revenait en permanence était celle de la gestion de la classe. Inquiétude légitime des enseignants, surtout ceux qui se trouvaient pris dans le carcan des programmes officiels qui ne prenaient pas en compte ce nouveau paradigme d’apprentissage qui demandait pourtant de revoir l’organisation de la classe. Comment élaborer une tâche ou un projet en classe alors qu’il faut faire le programme qui, grosso modo, se limitait à des objectifs grammaticaux ? La compétence en français, la vraie, celle qui permet de faire quelque chose dans la langue et avec les autres, à l’écrit et à l’oral, quel que soit le support, on la réduisait au jeu de rôle ou tout bonnement on la renvoyait au jour où l’apprenant serait en contact avec la réalité (comme si la « réalité » était ailleurs !). Quitte à se prendre une grande claque ! Comme celle que je m’étais prise à Victoria Station après 7 ans d’anglais et de bonnes notes… en grammaire ! Un grand moment où la « réalité » m’a obligé à remettre en cause mes profs et leur enseignement !! Mais revenons au FLE…
Et en FLE, justement, dans les formations, il était courant d’entendre dire « Les projets, c’est très bien mais on n’a jamais le temps de les faire !« . Equation difficile à résoudre. Il faut bien l’avouer, il manquait un élément de réponse. C’est là que la classe inversée fait son apparition. Voilà enfin la réponse idéale : elle permet de revoir notre façon de gérer la classe, d’envisager une nouvelle dynamique où le temps de classe sera consacré non plus à faire des leçons sur la langue, mais bel et bien à des choses avec et dans la langue. Le concept fait son petit bonhomme de chemin et entre petit à petit dans les classes grâce à des enseignants qui cherchent à organiser le temps d’apprentissage différemment. On la voit pénétrer dans les cours de SVT, d’Histoire… mais en FLE ? Avouons-le, en FLE, sa présence reste discrète mais elle arrive. Lentement peut-être mais surement. Les stages comme ceux du BELC ou du CAVILAM proposent dorénavant des modules sur la classe (plutôt que la pédagogie) inversée et les blogs, comme celui-ci, essaient de contribuer à la plus large diffusion de ce concept.

Un certain scepticisme ambiant (en FLE)
Reste que lors des formations, un certain scepticisme l’emporte comme j’ai encore pu le constater récemment. « C’est peut-être bien pour les cours de sciences ou de maths mais pas pour le français« , entend-on ici. Et puis, « ça demande beaucoup de travail« , entend-on aussi. Pour beaucoup, « ça ne change pas beaucoup des devoirs !« . On le sait, réformer n’est jamais simple. Introduire le concept de classe inversée dans les pratiques demande aussi de changer des habitudes d’enseignement, certainement, mais aussi, et il ne faudrait pas le négliger, d’apprentissage. Sans oublier non plus, l’implication des autres acteurs : parents – dans le cas d’apprenants mineurs – ou direction. Et aussi, puisque nous parlons beaucoup de travail collaboratif : celui des apprenants entre eux certes (souvent ils savent faire), mais il y a également celui des enseignants entre eux. Or, trop souvent, la charge voire la surcharge de travail provient d’un manque de collaboration entre collègues. Dommage mais véridique : deux professeurs d’un même établissement essayant de préparer, chacun de leur côté et sans que l’autre ne le sache, une capsule vidéo sur la différence imparfait-passé composé !! Sans commentaire alors que nous pouvons si aisément partager sans tomber dans la réunionite aigüe !!

Une semaine à la découverte de la classe inversée
Convaincu pourtant qu’en inversant la classe, nous pourrons atteindre plus aisément les objectifs que se fixent les nouveaux programmes de français d’Alliances françaises ou de ministères de l’éducation dans les quatre coins du monde, nous devons rassurer les sceptiques – pas question d’ignorer leurs inquiétudes -. Comment ? Certainement en leur permettant de voir comment ça se passe. A ce sujet, je voudrais signaler une initiative intéressante de l’association Inversons la Classe. Elle propose d’aller observer des classes à l’occasion des manifestations de la CLISE 2016 qui se tiendront du 25 au 29 janvier prochains. L’initiative se tient essentiellement dans l’Hexagone mais des enseignants d’autres pays s’y joignent comme c’est le cas en Belgique, au Maroc, en Tunisie, en Suisse… et même au Canada, où la « vétérante » de la classe inversée, Annick Arsenault Carter dont j’ai déjà eu l’occasion de parler dans ce blog, organise à Moncton (New Brunswick) sa propre « classe ouverte » sur deux jours. Une façon intéressante et originale pour voir les différentes pratiques de la classe inversée et son intérêt pour l’apprentissage.

CWVAfYyWwAAHLc8Toujours dans le cadre de la CLISE 2016, je voudrais signaler un atelier Canopé qui se tiendra dans l’Académie de Créteil le 29 janvier et qui comptera sur la présence d’un des experts en la question, Marcel Lebrun.

Si vous êtes intéressé(e), soit pour vous associer à cette initiative en proposant d’ouvrir votre classe soit parce que vous êtes motivé(e) par cette démarche mais vous vous posez mil et une questions sur sa mise en oeuvre, vous pouvez vous rendre sur le site de CLISE 2016 où vous trouverez tous les renseignements pour y participer.

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