Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Archive for the ‘Actualité du français’ Category

Etats des lieux et enjeux, un livre sans complaisance sur le français

Posted by Philippe Liria sur 25/09/2017

Matinée de formation FLE au Centre Danielle Mitterrand (Macapa, Brésil)

Derrière moi, Macapa et quelques bons souvenirs de cette ville du milieu du monde sur les rives de l’Amazone. Et des profs de français enthousiastes que j’ai récemment eu l’occasion de rencontrer lors d’une formation que CLE International avait organisé en collaboration avec l’APROFAP Brésil au Centro Estadual de Lingua e Cultura Francesa Danielle Mitterrand. Des professeurs que je salue car leurs conditions de travail ne sont certainement pas des meilleures. Le Danielle Mitterrand comme on connaît à Macapa le bâtiment qu’inaugura la femme de l’ancien président de la République aurait besoin d’une embellie qui certainement contribuerait à motiver les jeunes de cette région amazonienne à étudier le français. Des conditions pas toujours faciles quand il s’agit de prendre une embarcation pour aller de village en village enseigner le français dans l’Etat d’Amapa, frontalier avec la Guyane avec laquelle l’APROFAP est en train mettre en place un projet d’Escola de Fronteira. Ces professeurs, ils représentent justement cette infanterie qui constitue la véritable avant-garde de l’enseignement du français dans le monde, ces « ambassadeurs anonymes et fervents soutiens de la langue française, partout dans le monde » comme l’écrivent dans leur dédicace Roger Pilhion et Marie-Laure Poletti, les auteurs de … Et le monde parlera français (2017), un ouvrage indispensable pour toutes celles et tous ceux qui s’intéressent à la situation du français dans le monde. Roger Pilhion et Marie-Laure Poletti connaissent bien les réalités des politiques linguistiques du MAE et les actions menées par les différents opérateurs comme le CIEP. Ces fins connaisseurs du « Réseau » comme nous le connaissons dans notre jargon dressent un portrait sans concession de la situation de la langue française. Critiques face à ce qui pourrait paraître un renoncement de la part des autorités françaises, ils revendiquent ouvertement la Francophonie pour redynamiser le dispositif de coopération linguistique et politique qui passe justement par l’aide au développement, en Afrique bien entendu mais aussi ailleurs dans le monde comme c’est le cas au Nord du Brésil par exemple, même si, à mon grand regret, les auteurs semblent avoir délaissé l’Amérique latine (cf. Chapitre 7 consacré aux priorités géographiques).

Présentation du livre par Roger Pilhion (Universités du Monde, Nice 2017)


Il s’agit sans aucun doute de l’ouvrage le plus complet sur le français et la Francophonie de ces dernières années. Divisé en huit chapitres qui abordent, non sans un regard critique, des questions statistiques (Chap. 1), la situation en demi-teinte de l’enseignement du français dans le monde (Chap.2), l’avenir de la langue (Chap.3) et sa promotion (Chap.4) ou encore les atouts de parler français dans la mondialisation (Chap.5). Les auteurs ne sont pas que critiques avec ce qui se fait ou se dit : ils relèvent les bonnes pratiques en matière de promotion du français (Chap. 6) mais sans se mordre la langue pour demander de revoir certaines politiques pour repenser la Francophonie et l’enseignement non seulement du français mais plus généralement des langues étrangères.
A ces chapitres, il faut ajouter plusieurs annexes qui reprennent et décrivent les organismes, les acteurs français ou des autres pays de la Francophonie, les associations… Voici donc un livre qui se veut « un tableau sans complaisance (…) de la situation du français dans le monde (…) » qui « s’accompagne d’une analyse rigoureuse des enjeux que constitue (…) la place du français dans le monde« , écrit Jean-Marie Levitte dans la préface. Roger Pilhion et Marie-Laure Poletti ne s’arrêtent pas là, ils proposent aussi des actions très concrètes et des stratégies pour fuir des menaces de replis et au contraire donner au français et à toutes les langues les espaces d’expression non pas contre l’anglais mais à ses côtés. Et bien entendu, au centre de cette analyse, les professeurs et la formation, deux éléments qui sont les piliers de tous les enjeux dont nous parle ce livre. Alors à quand une vraie (re)valorisation de leur statut ?

Pour en savoir plus :
Amapá e Guiana iniciam processo de implantação de escolas na fronteira (7/12/2016): http://www.seed.ap.gov.br/det2.php?id=11648
Poletti, A.-L. et Pilhion, R. : … et le monde parlera français, 2017 https://etlemondeparlerafrancais.iggybook.com/fr/et-le-monde-parlera-francais/
[Livre] «Et le monde parlera français», plaidoyer décomplexé pour la Francophonie : http://www.rfi.fr/hebdo/20170721-livre-francais-francophonie-pilhion-poletti-anglais-francophone
Dans l’émission La danse des mots du 7/09/2017 : http://www.rfi.fr/emission/20170907-le-monde-parlera-francais-marie-laure-poletti-roger-pilhion

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Le FLE se donne rendez-vous sur les planches

Posted by Philippe Liria sur 01/09/2017

Le rideau tombe. De juillet et d’août il ne reste que les décors de l’animation estivale des stages d’été qui se tiennent un peu partout en France. Les acteurs, profs-stagiaires et profs-formateurs sont repartis. Pour la plupart d’entre eux, c’est la rentrée scolaire avec toutes les « surprises » qu’elle réserve. Mais on est prêts à l’attaquer après le plein d’énergie que nous apporte le repos des vacances mais aussi ces formations données ou suivies ici ou là. L’été est en effet un excellent moment pour se ressourcer. On retrouve de vieilles amitiés et on en tisse de nouvelles. Et c’est certainement l’une des plus belles choses que nous offre ce monde du FLE, cette rencontre avec l’autre, venu(e) des quatre coins du monde pour se former ou partager son expérience de formateur/-trice avec le reste de la planète FLE. Elles et ils arrivent du cercle arctique, de Maurice, de Séoul, de Jordanie ou tout simplement de Pologne ou de Suisse. Peu importe ! Ils ont en commun la volonté de chercher à partager des instants de leur réalité en français, malgré toutes les difficultés que rencontre le prof de FLE dans son quotidien. Mais laissons l’envers du décor pour un autre moment. Je ne veux pas parler de choses qui fâchent aujourd’hui, préférant partager avec mes lecteurs deux projets FLE qui lient l’apprentissage de la langue au plaisir du théâtre. Ancien théâtreux moi-même, convaincu des bienfaits de cet art, comment en pouvait-il être autrement ? Nice, là où se tiennent les Universités du monde qu’organise Francophonia, a donc été le théâtre cet été d’une nouvelle rencontre et de vieilles retrouvailles.

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Jan Nowak et les stagiaires de la semaine 4 (Crédit photo: Lucas Bolea – Universités du Monde)

La nouvelle rencontre arrive de Pologne même si c’est d’abord une Biélorusse qui me l’a si bien présenté, merci Katia Shahoika ! Il s’agit du programme 10 SUR 10 que dirigent Iris Munos et Jan Nowak, fondateurs de Drameducation dont les missions phares de sont la promotion de l’apprentissage de la langue française par le théâtre et du théâtre contemporain francophone en Pologne et plus largement dans le monde. Cette année, Dramaeducation a tourné dans une quinzaine de villes en Europe.

10 SUR 10 ? De quoi s’agit-il ? Je me permets de reprendre la présentation de leur site : « Depuis 3 ans, 10 SUR 10 propose aux amoureux du théâtre contemporain francophone, aux jeunes et professeurs du monde entier de nouvelles et nombreuses pièces de théâtre de qualité. Ecrites chaque année en résidence d’écriture par des auteurs dramatiques francophones reconnus, les pièces 10 SUR 10 sont uniques, originales et actuelles. Elles se distinguent toutes par leur forme et leur originalité: elles sont courtes, rythmées et universelles. 10 SUR 10 est aussi un programme qui aide les professeurs de français dans le monde à réaliser des projets francophones autour du théâtre. Il lie avec cohérence plusieurs actions autour de l’apprentissage du français par le théâtre. Avec la diffusion des pièces dans le monde, des formations de théâtre et de FLE, des festivals, des accompagnements professionnels et personnalisés, vous aurez en main des outils et techniques de qualité d’enseignement-apprentissage du français par le théâtre. 10 SUR 10 – pièces francophones à jouer et à lire promeut à travers son programme les valeurs de la francophonie telles que le respect de la diversité culturelle, l’ouverture au monde et la paix. » Un beau programme qui ne se limite pas à la Pologne, où est né 10 SUR 10, ni même à l’Europe mais prétend atteindre l’ensemble de la planète ! La nouvelle rubrique du Français dans le monde, Étonnants francophones (en partenariat avec Destination Francophonie de TV5Monde) reprend justement dans son numéro 413 (septembre-octobre 2017) le témoignage de Jan Nowak sur cette belle initiative qui combine enseignement et théâtre.

Quant aux vieilles retrouvailles, ce sont celles avec mon ami Adrien Payet qui avait trouvé le temps de passer deux semaines à Nice alors qu’il est en pleine répétition : son école de français, Habla francés, à Ronda (Andalousie) était alors dans les derniers essais avant le levé de rideaux, prévu fin septembre.

Depuis longtemps, Adrien Payet est devenu pour beaucoup d’enseignants une véritable référence de l’art théâtral au service de l’apprentissage du français. Ses conseils et ses fiches pédagogiques que l’on retrouve dans son ouvrage consacré au sujet justement, Activités théâtrales en classe de langues sont toujours très appréciés.

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Photo extraite du spectacle Il était une fois le français (source: https://www.fle-adrienpayet.com/spectacles/)

Ses ateliers d’animation théâtrale font le plein et je connais même des stagiaires qui ne se déplacent que pour participer à l’une de ces classes ! Sa troupe Sur le bout de la langue propose des spectacles multidisciplinaires spécialisés en FLE.

On le sait, le théâtre est une excellente façon de perdre la peur à s’exprimer dans une langue étrangère, quel que soit le niveau et le public. Il permet de développer l’oralité ou le travail du corps pour s’exprimer avec plus d’aisance. Préparer une pièce de théâtre ou même que des extraits en classe de FLE est une bonne façon de favoriser l’interaction et la collaboration des apprenants tout en les incitant à avoir un esprit critique sur les prestations pendant les répétitions… Et tant d’autres choses encore que nous apporte le théâtre en classe. Il peut devenir un véritable projet pour la classe sur un trimestre ou sur toute l’année où toutes les compétences vont pouvoir s’y retrouver. Alors ? Rendez-vous sur les planches ?

(Mis à jour : 06/09/2017)

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Un ouvrage de référence pour le professeur de FLE

Posted by Philippe Liria sur 30/07/2017

Pendant la période estivale, les stages de formation pour professeurs de FLE sont nombreux aux quatre coins de l’Hexagone. A cette occasion, la plupart des organismes proposant ces formules aux enseignants de français venus du monde entier accueillent les éditeurs FLE. Un moment attendu par les enseignants car c’est souvent le moment de l’année pour découvrir les derniers manuels à être sortis mais aussi pour voir les nouveautés en didactique. Cette année, parmi ces nouveautés, on y trouve le Manuel de formation pratique pour le professeur de FLE. Cet ouvrage de Paola Bertocchini et d’Edvige Costanzo vient de sortir dans sa deuxième édition et c’est un petit bijou. Référence pour beaucoup, systématiquement compris dans les bibliographies de masters FLE, ce manuel initialement paru en 2008 a fait peau neuve presque 10 ans après et on ne peut qu’en remercier ses auteures qui ont eu le souci d’intégrer les importants changements qu’a enregistrés la didactique des langues ces dernières années. Des changements dont il faut “rendre compte pour réfléchir aux modifications qu’ils apportent aux pratiques de classe”, écrivent-elles. L’ouvrage introduira ainsi les:

problématiques liées :
– aux nouveaux instruments numériques qui conditionnent de plus en plus le processus
d’enseignement/apprentissage, dont celui des langues ;
– aux nouvelles pratiques de classe qui font la une aujourd’hui en didactique des langues comme la
classe inversée ;
– à la reconsidération de certains domaines de la didactique des langues négligés dans les pratiques
de classe des derniers temps, par exemple la phonétique.

Il ne s’agit pas d’un ouvrage théorique à lire de façon linéaire, mais bien d’un manuel qui invite à la réflexion à partir de documents variés et d’activités que pourront utiliser les enseignants en formation ou les formateurs de formateurs dans leurs cours. On va donc plutôt naviguer de module en module – au nombre de 10 – sans qu’il y ait à suivre une progression quelconque mais plutôt au gré des besoins de chacun, sans avoir peur des va-et-vient entre les modules ou à l’intérieur de ceux-ci. Mais attention ! Suivre son libre cours ne signifie pas aller n’importe où et sans cap mais au contraire en incitant les enseignants à réfléchir sur leurs pratiques ou à s’interroger sur la façon dont ils pourraient introduire telle ou telle démarche en classe voire sa pertinence par rapport à un contexte d’enseignement donné.

Comme le font remarquer à juste titre ses auteures, ce livre n’a pas la prétention d’apporter des recettes toutes faites et moins encore de chercher à soumettre le lecteur à un certain dogme : “l’absolu n’est pas du domaine de la didactique” mais bien de permettre “à chacun, nous dit Jacques Pécheur dans la préface, de répondre dans son enseignement aux défis d’une demande d’apprentissage de plus en plus difficile à appréhender.

A la fin de l’ouvrage, juste avant les corrigés, le lecteur trouvera une riche bliblio-/-sitographie de lectures conseillées ou essentielles qu’apprécieront aussi bien les professeurs dans le cadre de la formation continue que toutes celles et tous ceux qui se lancent dans la belle aventure (eh oui, malgré tout) du FLE.

Pour aller plus loin:
Bertocchini, P. et Constanzo, E : Manuel de formation pratique pour le professeur de FLE. CLE International, Paris 2017 (2è édition)
Préface, introduction, sommaire et module 1 sont feuilletables sur http://issuu.com/marketingcle/docs/manuel_de_formation_pratique_prof_d?e=1396808/51025831

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Un outil pour le sous-titrage

Posted by Philippe Liria sur 22/07/2017

Les capsules vidéos occupent de plus en plus de place dans notre quotidien. Elles sont aussi de plus en plus présentes pour accompagner nos cours et les enrichir. Les sous-titrer (dans la langue de départ ou dans la langue cible) peut aider les apprenants à mieux suivre un tutoriel. On peut aussi envisager le sous-titrage comme une excellente activité pour travailler la réception orale d’un document en demandant à nos apprenants d’en créer les sous-titres. Pour cela, il existe un outil très intéressant que nous présente Fatiha Chahi : il s’agit Amara, un site collaboratif pour sous-titrer les vidéos. Retrouvez-en la présentation complète sur son blog Un, des clics.

QU’EST-CE QUE C’EST ? Amara est un outil collaboratif permettant de sous-titrer des vidéos en ligne. Comment ça marche ?

a través de Amara, sous-titrer des vidéos en ligne — Un, des clics

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La classe inversée en FLE… ça bouge (enfin) !

Posted by Philippe Liria sur 26/06/2017

On aurait dit il n’y a pas encore si longtemps que la classe inversée n’avait pas sa place en FLE. Comme si cette démarche pédagogique était incompatible avec l’apprentissage du français. Pourtant un certain consensus semblait exister autour de la nécessité de revoir l’organisation de la classe de français pour faire plus de place à la pratique réelle et effective de la langue. Après tout, n’est-ce pas l’un des objectifs de l’approche actionnelle ? Ne trouve-t-on pas dans les programmes de plus en plus de référence au CECRL, à l’actionnel et au projet ? Il suffit de faire un tour sur la plupart des sites des centres de langue pour en faire le constat. L’application de ces programmes dans les faits s’avère peut-être moins vraie pour plusieurs raisons : le manque de temps, le fossé entre les (bonnes) intentions pédagogiques de l’institution et les moyens (ridicules) qu’elle donne à ses équipes, la contradiction flagrante entre le projet pédago et les attentes des apprenants, à frustrer plus d’un didacticien du FLE !

Innover en pédagogie implique une prise de risque
Bref, malgré de nombreuses contradictions, que ce soit de la part des institutions, des enseignants ou des apprenants, force est de constater que des changements dans la classe de FLE sont en cours parce qu’apprendre une langue aujourd’hui ne peut plus signifier la même chose qu’il y a à peine quelques années. Et l’apprentissage du français n’en réchappe pas. Nous devons nous tourner vers l’innovation pédagogique, ce qui signifie aussi accepter que celle-ci nous fera emprunter des chemins erronés. Après tout, innover en pédagogie comme dans n’importe quel autre domaine implique aussi une prise de risque. La classe inversée en FLE comprend des risques (certains demandent justement à ce qu’on l’aborde avec prudence), même celui peut-être d’être victime d’un effet de mode alors qu’elle devrait plutôt assurer une continuité dans l’apprentissage entre ce qui se passe en classe et ce qui se passe en dehors, comme le signalait Patrick Rayou lors du CLIC 2016.
Dans le cas du FLE, inverser la classe devrait permettre aussi d’envisager l’apprentissage différemment et en particulier en faisant plus de place à une pratique actionnelle dans le temps et l’espace de la classe. J’ai souvent eu l’occasion d’en parler.

Un intérêt croissant
On peut d’ailleurs constater que cette volonté de changer les pratiques de classe en introduisant cette modalité suscite un vif intérêt des enseignants, friands de formation sur la classe inversée. Les demandes sont croissantes déjà. Personnellement j’anime régulièrement des dizaines de formation sur le sujet en Amérique latine (Mexique, Colombie, Brésil…) et je sais que c’est la même chose pour mes confrères un peu partout aux quatre coin de la planète. Il suffit d’ailleurs de prendre les catalogues des stages d’été pour enseignants pour s’apercevoir qu’on y trouve maintenant des modules sur le sujet (cf. infra).

La classe inversé vue d’Estonie
C’est justement en cherchant ce lien entre la classe inversée et le FLE que je suis (enfin) tombé sur un travail qui fait le lien entre les deux avec des exemples bien pratiques. Il s’agit du mémoire de master d’une étudiante estonienne, Merit Kuldkepp. Elle nous propose d’analyser L’APPLICATION DE LA MÉTHODE DE LA CLASSE INVERSÉE DANS L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS LANGUE ÉTRANGÈRE (17/05/2017, disponible et téléchargeable en PDF). Dans ce mémoire présenté en mai dernier au Département des langues romanes du Collège des langues et des cultures étrangères (Université de Tardu, dans le sud du pays), on peut y lire les avantages que présente la classe inversée en cours. Ce mémoire nous en cite quelques-un auxquels je souscris pleinement :
– Personnalisation de l’apprentissage (une certaine façon de pouvoir enfin mettre en place cet apprentissage différencié) ;
– Changement dans les rapports apprenant(s) / Enseignant mais aussi entre apprenants et, j’ajouterais, entre enseignants (ce qui ne serait pas du luxe). Un changement de paradigme qui nous renvoie à ce que nous explique Ken Robinson. Un changement dans les rapports qui rapprochent les différents acteurs de l’enseignement/apprentissage ;
– Usage plus réfléchi des technologies numériques (lutte contre l’illétrisme numérique) ;
– Développement des compétences sociales, en classe et en ligne, qui s’inscrit pleinement dans l’esprit du travail collaboratif.

Certes, tout n’est pas parfait nous dit Merit Kuldkepp et la classe inversée présente aussi ses inconvénients, certains qui rappellent les pièges que j’avais évoqués en mars dernier. Parmi ceux-ci, il y a :
– les devoirs que les apprenants ne font pas : ne pas faire le travail donné hors classe n’est pas un problème récent mais il prend encore plus d’importance dans le cadre de la classe inversée (mais est-ce que cet éternel problème doit empêcher d’essayer de nouvelles pratiques d’apprentissage ?) ;
– une planification peu appropriée aux besoins des apprenants ou des contenus inadéquats. Comme l’écrit Merit Kuldkepp en citant Ash, « il ne sert à rien de remplacer un cours magistral de salle de cours par un cours magistral à visionner à la maison » ;
– la surcharge de travail. Je préciserai que c’est souvent le premier point qui est mis en avant par de nombreux enseignants qui s’intéressent à la classe inversée mais n’osent pas encore faire le pas en avant. Certes au début, il y aura besoin d’y consacrer plus de temps comme pour toute nouvelle pratique mais il faut aussi penser à partager les outils, à mutualiser les activités que chacun crée plutôt que de les garder pour soi ; s’appuyer aussi sur du matériel didactique que peuvent créer les propres apprenants de niveau avancé et qui pourra être mis à la disposition des apprenants de niveaux élémentaires. Les plateformes internes ou Padlet permettent notamment de partager les productions ;
– l’accès et la formation au numérique. Merit Kuldkepp a raison d’en parler parce qu’il y a encore beaucoup d’établissements qui ne permettent pas l’utilisation du numérique, soit pour des questions purement technologiques soit parce que l’établissement en limite l’usage. Un problème qui pourrait créer des inégalités entre les apprenants (cf. un article à ce sujet sur le blog de Christian Puren).

Le travail de Merit Kuldkepp ne s’arrête pas à une reprise des avantages et inconvénients de la classe inversée. Il détaille la démarche pédagogique suivie et la création de la séquence pédagogique avec la fiche qui reprend les aspects techniques, le déroulement et l’analyse des activités. Trois fiches sont proposées. Pour que tout cela soit possible, le mémoire passe aussi en revue plusieurs outils qui ont été testés pour préparer le contenu des cours ou pour vérifier le travail des apprenants hors classe.

La réticence des enseignants à se lancer dans la classe inversée, ce sont souvent leurs craintes par rapport à la réaction des apprenants. Ce mémoire aborde aussi ce point et on peut lire que les étudiants sont globalement satisfaits même s’ils admettent qu’elle demande plus de discipline.

Voilà un mémoire qui au-delà des rappels théoriques sur la classe inversée, témoigne des possibilités de la classe inversée, même à un niveau débutant et même si les apprenants partent d’une langue éloignée. Deux points qui peuvent contribuer à dissiper des doutes sur les possibilités de la mise en place de cette pratique avec des débutants complets ou avec des apprenants qui ne seraient pas de langue romane.
Ce mémoire présente aussi l’intérêt de présenter une bibliographie actualisée comme par exemple le lien vers l’intéressant article de Le Anne Spino et de D. Trego, « Strategies for Flipping Communicative Language Class » dans la revue en ligne CLEAR News 19, p. 1-8 (Printemps 2015, consulté le 18/06/2017) et bien d’autres encore.

Bonne lecture !

Pour en savoir plus :
Retrouver le mémoire sur lequel s’appuie cet article :
L’APPLICATION DE LA MÉTHODE DE LA CLASSE INVERSÉE DANS L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS LANGUE ÉTRANGÈRE par Merit Kuldkepp (17/05/2017)

Quelques stages d’été proposant des modules sur la classe inversée :
Université d’été BELC 2017 – CIEP
Module A306 – Inverser la classe FLE avec le numérique par Flora Aubin
Université d’été Séville 2017 – Institut français d’Espagne
Module 1.3 Innover et Motiver : La pédagogie inversée par Marc Oddou
Universités du Monde 2017
Et si nous mettions la classe à l’envers ? par Philippe Liria
La classe inversée, une réorganisation gagnante de l’apprentissage actif ? par Cynthia Eid

A paraitre fin 2017, un ouvrage consacré justement à la classe inversée dans le monde du FLE :
Eid, C., Liria, P., Moddou, M. : La classe inversée, Coll. Techniques et Pratiques de classe. CLE International, Paris 2017.

Quelques outils pour votre classe inversée (d’après les suggestions de Merit Kuldkepp)*
Powtoon
Wizer
Quizlet
Socrative
Mentimeter
LearningApps
Canva

*Il y a bien entendu d’autres outils qui peuvent aider à la création de matériel mais je n’ai voulu reprendre ici que ceux cités dans le mémoire.

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Bogota 2018, vers le renouveau du français

Posted by Philippe Liria sur 20/06/2017

(source : Wikipedia)

Enseignement du français en Amérique Latine : du repli au renouveau”, c’est sous ce titre que Javier Reyes, le président récemment reconduit d’ACOLPROF, a annoncé depuis Cali à l’occasion du congrès de l’association colombienne des professeurs de français le lancement de la XVIIè édition des SEDIFRALE. Si la situation du français du côté de l’Amérique Latine vous intéresse, bloquez d’ores et déjà les dates du grand Rendez-vous (avec un R majuscule) des professionnels de notre langue en 2018. Et pas n’importe où… à Bogota ! Organisées par ACOLPROF et la COPALC sous l’égide de la FIPF, cet événement se tiendra donc dans la capitale colombienne, ce qui n’est pas le fait du hasard mais bien parce que le français jouit en Colombie d’une bonne santé (ou devrais-je dire d’un regain de santé ?). En bon râleur, je devrais aussi ajouter qu’il pourrait aller mieux ! Mais il traverse une situation encourageante dans un panorama régional plutôt désolant où on y respire plus le repli que le renouveau.

Bogota avait été désignée en 2014 lors de la dernière édition des SEDIFRALE, c’était à Heredia au Costa Rica. Maintenant c’est parti pour de bon : le site est officiellement ouvert pour y découvrir le nom de quelques intervenants de prestige (Louis-Jean Calvet, Jean-Marie Klinkenberg…) et avec déjà une partie des informations pratiques pour commencer à envoyer les propositions de communication ou tout simplement à mettre quelques économies de côté pour participer à cette grande rencontre des professeurs de français depuis Rio Bravo jusqu’à Ushuaia et de Recife à Lima. Il serait bien dommage de passer à côté !

Javier Reyes, président d’ACOLPROF lors du congrès de Cali – Juin 2017 (Photo: P. LIRIA)

Accueillie par l’Universidad javeriana (qui vient d’accueillir les Assises du français), cette XIIè édition ne sera pas de tout repos au regard des ambitieux mais nécessaires objectifs qu’elle s’est fixés si on en croit la présentation qui en est faite sur le site officiel : “réunir les principaux acteurs de l’enseignement/apprentissage du français afin de proposer une réflexion sur des sujets concernant l’enseignement de la langue française, de fixer une feuille de route et de continuer à développer des stratégies pour enseigner la langue dans l’avenir.” Il y a du pain sur la planche ! A commencer par la Colombie : parce que même si le français est présent dans les universités (croisons les doigts pour que les réformes ne changent cette tendance), sa présence dans les collèges privés ne tient que de la bonne volonté des directions de ces établissements ; quant à la présence de notre langue dans le public, elle est tellement anecdotique qu’il est plus facile de trouver une aiguille dans une botte de foin qu’un petit Colombien (du public) étudiant le français. A noter cependant les efforts faits (je devrais dire le combat de Marcela Echevarri, la directrice de l’AF de Manizales) du côté de l’Eje cafetero (la région cafetière : Manizales, Pereira, Armenia) pour qu’il en soit autrement. Mais si on regarde ce qui se passe dans les pays voisins, ça ne va guère mieux – et je suis gentil – : en Equateur, on promet une éternelle réintroduction du français dans les programmes mais on a surtout l’impression qu’on tourne en rond au rythme des responsables du ministère de l’Education qui valsent en permanence ; au Pérou, retirez l’Alliance française avec son réseau d’Excellence et c’est le français qui disparaît ! Les amitiés politiques franco-péruviennes si souvent mises en avant dans les e-albums photos institutionnels n’ont pas l’air d’avoir de répercutions face au tout-anglais du système péruvien. Certes, j’exagère un peu quoique… pas tant que ça ! Et puis, il y a des pays comme le Costa Rica (avec la dynamique équipe d’ACOPROF) ou la République dominicaine qui sont là pour rappeler que le français peut avoir sa place dans les programmes scolaires (+ de 1000 enseignants de français dans le pays centroaméricain, ce qui permet aux petits Costariciens des zones les plus reculées d’apprendre notre langue). Bref, pas question de faire la liste ici, laissons les participants dresser l’état des lieux de l’enseignement de notre langue en Amérique latine. C’est bien sûr une affaire de politiques linguistiques où ne manquent pas les conflits d’intérêt.
Un autre point qui sera présent dans ces SEDIFRALE, c’est l’amélioration des processus d’enseignement/apprentissage de la langue. L’amour de la langue ne suffit pas, même s’il est fondamental, pour garantir un apprentissage efficace selon les critères établis par le CECR certes, mais adaptés aux besoins régionaux. Et en prenant compte des réalités diverses. A ce sujet, des ateliers autour de l’enseignement dans les grands groupes seraient certainement les bienvenus. Ou encore les questions de la place du numérique justement dans des pays où il est souvent plus facile de jouer sur un clavier de smartphone que de tourner les pages d’un manuel. L’admirable travail mené depuis les universités colombiennes pour former les futurs enseignants va clairement dans ce sens et peut être un exemple à suivre pour de nombreux pays de la région.
Cette question ne saurait être détachée d’une autre intrinsèquement liée, c’est celle du statut des enseignants et de leurs conditions de travail. Eternel sujet que j’avais eu l’occasion d’aborder il y a déjà plus de 5 ans (cf. article sur le statut du professeur FLE) et qui hélas n’a guère évolué. Il est absolument nécessaire de chercher à donner un vrai statut à des professionnels hyperdiplomés mais trop souvent victimes de contrats précaires et par conséquent payés au lance-pierres. Une situation souvent dénoncée d’ailleurs par ACOLPROF qui ne manque pas de le rappeler aux institutions qui derrière le prestige de leur jolie façade oublient que pour leur bon fonctionnement, elles ont besoin de ces professionnels qu’elles négligent trop souvent.

Faites confiance aux organisateurs, il y a aura forcément de superbes à-côtés faits de spectacles et de fêtes, nécessaires après des journées de travail qui s’annoncent donc chargées et espérons-le, productives.

Le français en Amérique latine peut avoir un bel avenir. Si nous voulons que cette sensation de renouveau qu’on respire en Colombie ne soit pas un épiphénomène – c’est tellement plus facile d’opter pour le repli -, il va falloir travailler avec énergie. Les associations de professeurs ont un rôle à jouer dans ce renouveau sans attendre que la France ne bouge mais par contre, grâce à leurs actions, la forcer à se bouger.

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Le weekend prochain, le FLE se donne RDV à Barcelone

Posted by Philippe Liria sur 21/05/2017

Après les Canaries et l’Andalousie, c’est au tour de la Catalogne de recevoir une Journée CLE Formation (JCF). Coorganisée par l’Association des Professeurs de Français de Catalogne, cette journée proposée par les éditions CLE International et qui se tient à l’Institut français de Barcelone le samedi 27 mai, porte sur les nouveaux défis du français en Catalogne. Un thème qui veut mettre en avant les défis à relever pour le français dans ce coin d’Europe où à peine 6% des élèves apprennent la langue du voisin outre-Pyrénées et premier partenaire économique étranger ! 6% !! Dérisoire !! Et triste reflet d’une politique erratique qui pendant trop longtemps a confondu importance de l’anglais avec un certain mépris du français -une confusion encore bien ancrée dans les esprits, même chez les plus éclairés comme le montre un article de Carles Casajuana dans La Vanguardia du 20 mai dernier). Mais un thème qui n’est pas anodin non plus puisqu’il semblerait en effet que les vents tournent du côté de la Generalitat (Siège du gouvernement autonome catalan) depuis quelques années et que le français retrouve, lentement mais espérons-le sûrement, la place qu’il n’aurait jamais dû perdre en Catalogne. Les autorités françaises et le gouvernement catalan ne sont plus dos à dos et c’est une bonne nouvelle. C’est ce qui a permis en janvier 2014 la signature d’un accord entre l’Institut français et le Departament d’Ensenyament (ministère de l’Education catalan) pour la mise en place du DELF scolaire dont nous parlera Adrien Payet dans son atelier Astuces et stratégies pour préparer les apprenants au DELF. Ce rapprochement permet d’assister aussi un développement du Batxibac. En effet, même si son existence n’est pas nouvelle (accord franco-espagnol de 2008), c’est seulement depuis quelques années qu’il connait un certain essor en Catalogne avec dorénavant 54 établissements qui y préparent (un chiffre fort respectable quand on sait qu’en Espagne il y a en 93 au total selon le site du ministère espagnol), répartis sur l’ensemble du territoire. Certes, trop peu de lycéens encore suivent ce double cursus en Catalogne (750 en 2016, selon l’APFC) mais l’intérêt croissant des établissements laissent présager que les responsables sauront organiser des campagnes pour motiver les jeunes Catalans à s’y inscrire.

(source : http://w3.recursostic.edu.es/bachillerato/bachibac/web/es/ Dernière consultation :21/05/17)

On sait aussi que beaucoup de questions demeurent chez les enseignants et c’est en partie à celles-ci que répondra Guilhem Naro, co-président de l’APFC, lors de la conférence plénière de cette JCF de Barcelone puis dans son atelier qui portera sur la prise de notes, la synthèse et le commentaire de texte.
Qu’il s’agisse du DELF scolaire ou du Batxibac ou tout simplement d’un apprentissage du français dans un cadre plus général comme c’est le cas dans les Ecoles Officielles de Langues, les Centres de langues des universités, des Alliances françaises, de l’Institut français ou des nombreuses autres écoles de langues, il y a le souci de l’aborder depuis une approche actuelle qui respecte les recommandations du CECRL en intégrant notamment la tâche finale ou le projet dans une démarche actionnelle ; ainsi que les outils numériques comme la plateforme d’apprentissage. C’est ce dont il sera question dans l’atelier que j’animerai, toujours dans le cadre de cette JCF.

Et pour celles et ceux qui voudraient prolonger ce samedi FLE ou qui n’auraient pas la possibilité de venir à cette demi-journée de formation, il y a un autre RDV FLE ce week end à Barcelone, c’est l’atelier théâtre que propose Adrien Payet. Un atelier de 2h30 que propose l’auteur des Activités théâtrales en classe de langue (CLE International, ISBN 9782090375695) et dont le programme complet est disponible sur son site ou en lui écrivant.

Le temps d’un weekend, Barcelone prend donc les couleurs du FLE du côté de l’Eixample en espérant que l’avenir confirmera ces impressions de renouveau du français dans la capitale catalane et l’ensemble de la Catalogne. Un renouveau encore trop timide si on considère que moins de 20% de la population (selon étude publiée dans La Vanguardia du 20/04/2015) affirme être capable de parler français. Et encore, au fur et à mesure que passent les années, je doute que ce chiffre soit exact !

Pour en savoir plus
Programme et inscription au JCF de Barcelone du 27 mai 2017
Programme de l’atelier théâtre d’Adrien Payet à Barcelone le 28 mai 2017

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Un café avec Fatiha….

Posted by Philippe Liria sur 21/04/2017

Depuis quelques mois, Fatiha Chahi propose sur son blog  de partager avec elle un café avec « des acteurs du monde de l’éducation et de la formation, des pédagogues, tous passionnés de leur métier. »  Ce mois-ci, c’est avec Mariame Camara qu’elle a pris son café, une professeure de FLE devenue directrice pédagogique chez Thot, cette école diplômante à destination des réfugiés et demandeurs d’asile. A lire absolument à l’heure où certains veulent dresser des murs pour se dire qu’heureusement,  d’autres comme Mariame se battent dans leur quotidien pour aider à une meilleure intégration et favoriser le « vivre ensemble » dont ont tant besoin les réfugiés et les demandeurs d’asile. Un « vivre ensemble« , ça ferait un beau slogan pour contrer ces vagues enragées  et haineuses aux couleurs bleu marine (et dont les lames de fond ont déteint sur presque tous les autres discours politiques) qui déferlent sur la France avec la prétension de détruire les valeurs sur lesquelles nous nous sommes construits, celles de l’ouverture sur l’autre pour faire un bout de chemin ensemble.  A lire : Un café avec Mariame — Un, des clics

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De l’air venu d’ailleurs

Posted by Philippe Liria sur 23/01/2017

Stromae a reçu la Grande médaille de la francophonie.

Le chanteur Stromae

Dans son édito du n°409 du Français dans le monde, Sébastien Langevin, rédacteur en chef de la revue des professeurs de français du monde entier, nous rappelle qu’en décembre dernier, Stromae a reçu la Grande médaille de la Francophonie des mains de Xavier Darcos, ancien président de l’Institut français et membre de l’Académie française. Et d’ajouter que ce « n’est pas anodin que la vénérable institution honore ainsi un jeune chanteur belge d’origine rwandaise. Avec cette distinction, les Immortels ont souhaité mettre à l’honneur la langue française telle que nous la considérons, telle que nous l’aimons et telle que nous l’enseignons. »

En effet, les propos tenus dans cet édito sont absolument nécessaires en ce début d’année qui va être marquée par le calendrier électoral. Nous ne pouvons oublier qu’enseigner le français, c’est transmettre aussi et surtout les valeurs intrinsèquement liées à notre langue. Parmi celles-ci, il y a bien entendu la liberté, en particulier celle de circulation des personnes ; celle qui fait que les êtres humains doivent pouvoir choisir librement le territoire où ils vivent. Hélas, beaucoup n’ont d’autre choix que de fuir leur terre en raison de la guerre, de la misère et de plus en plus aussi, des changements climatiques. Quitter sa terre n’est jamais simple et c’est rarement le résultat d’un acte volontaire, sauf si on habite le premier monde. Pourtant des murs se lèvent en même temps que la peur de l’autre croît. Depuis l’Europe nombreuses sont les voix qui s’élèvent contre le mur que veut dresser Trump pour séparer le Mexique (et toute l’Amérique latine) des Etats-Unis. Mais n’oublions pas, non plus, qu’il n’y a pas que les menaces fascisantes en 140 caractères de ce pitre d’outre-Atlantique maintenant président : l’Europe aussi dresse ses murs. Elle le fait à ses frontières, qu’ils aient la forme d’horribles grillages comme dans les colonies de Ceuta ou Melilla ou que ce soient ces camps en Italie ou en Grèce où sévissent la pénurie, l’insalubrité et le terrible froid de l’hiver ; sans parler de la Méditerranée occidentale, autrefois carrefour de civilisations et aujourd’hui témoin involontaire et impuissante du drame dont les eaux, transformées en cimetière humain, sont le terrible scénario !

Dessin de Capdevilla publié dans El Watan (17/09/14)

Dessin de Capdevilla publié dans El Watan (17/09/14)


En fermant nos portes aux réfugiés d’aujourd’hui, nous ne rendons-nous donc pas compte que nos esprits sentent de plus en plus le renfermé ? On voit un peu partout en Europe ces extrémistes bomber le torse, grandis par le succès populiste de Trump. Il est grand temps qu’une bouffée d’air chasse les discours alarmistes qui cherchent à nous faire croire que nous allons perdre notre identité. Notre identité ? Mais n’est-elle pas la somme de tous ces icis et de tous ces ailleurs ? C’est ce qui la rend vivante ! Quand nous transmettons la langue française à travers nos manuels et dans nos cours, nous ne le faisons pas pour glorifier des temps passés qui sentent le souffre. Les Gaulois – qui au passage ne parlaient pas français – et autres Jeanne d’Arc appartiennent à ce roman national franchouillard empreint d’un nationalisme nauséabond d’une IIIè République revancharde. Ce n’est pas notre rôle de nous faire les porte-paroles de ces idées ringardes qui, hélas, refont surface. Le français que nous enseignons est celui qui sent bon la lavande de Provence, peut-être, mais c’est aussi celui du couscous, des shawarmas et de tant d’autres saveurs venues des quatre coins du monde et qui enrichissent nos papilles et nos esprits. C’est peut-être le français de Molière – que nous aurions pourtant certainement du mal à comprendre si nous l’écoutions dans sa version originale -, mais c’est aussi et surtout celui qu’on entend dans le métro parisien, dans les rues de Bamako, de Montréal, de Pointe-à-Pitre ; celui qui s’est brassé depuis ses premiers balbutiements avec le breton, l’occitan, l’arabe, etc. et continue de l’être grâce à toutes celles et tous ceux qui l’emploient que ce soit dans leur vie privée, leur milieu professionnel ou leur expression artistique.
Et le français de demain, avec ses je ne sais combien de centaines de millions de locuteurs annoncés en 2050 surtout sur le continent africain, ne sera une réalité que si ce brassage se poursuit. C’est la seule voie possible pour que la langue française survive dans ce concert multilingue de la planète, n’en déplaise aux tenants de ces discours aux relents xénophobes qui envahissent la scène politique française depuis quelque temps -trop de temps ! Cette langue que nous enseignons doit contribuer, ne fût-ce que très modestement, à empêcher de dresser des murs populistes qui seraient, à écouter ces politiques, le remède de nos maux. J’aimerais en rire et me dire qu’il ne s’agit que d’un cauchemar que j’oublierai en ouvrant les yeux mais les sondages ne sont guère optimistes – croisons les doigts pour qu’une fois de plus ils se trompent mais dans le bon sens -. Et de notre côté, continuons à enseigner le français dans cette optique d’ouverture. Car enseigner / apprendre une langue, c’est avant tout tendre la main vers l’autre et montrer que nos diversités sont nos richesses pour construire ensemble l’avenir humain de cette planète.

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Un, des clics… où la pédagogie et le numérique se donnent RDV

Posted by Philippe Liria sur 06/12/2016

un_des_clicsC’est toujours avec plaisir qu’on accueille de nouveaux sites dans la blogosphère et plus encore si c’est le blog d’une amie. Fatiha Chahi, formatrice et enseignante de FLE, auteure et éditrice, s’intéresse à tout ce qui touche à la pédagogie et au numérique éducatif depuis déjà quelques années, a décidé de nous faire partager sa passion à la fois pour tout ce qui touche à la pédagogie mais aussi à la technologie à travers son tout nouveau blog, Un, des clics. Lecteurs de ce blog, vous la connaissez peut-être déjà à l’occasion d’un article qu’elle avait bien écrit sur la ludification. Depuis deux ans maintenant, elle co-dirige Le Bla Lab dont elle est co-fondatrice, aux côtés de Ginebra Caballero. Responsable Pédagogie & Numérique de cette société spécialisée en packaging éditoriale, elle nous invite à découvrir son « blog qui s’adresse avant tout aux curieux, mais aussi aux enseignants de FLE, aux acteurs du monde de l’éducation, aux formateurs, aux passeurs de savoirs et de savoir-faire de tout domaine, aux technophiles« .
Vous pourrez notamment trouver des ressources et y apprécier aussi une rubrique très sympa, Un café avec… qui propose des entretiens avec « des acteurs du monde de l’éducation et de la formation, des pédagogues, tous passionnés de leur métier.« . Merci Fatiha pour cette belle initiative !

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