Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Archive for the ‘Actualité du français’ Category

Liens utiles et ressources pour le soutien et l’accompagnement des élèves et des enseignants (COVID-19)

Posted by Philippe Liria sur 24/03/2020

(Source : photo par Andrew Neal, en libre accès, via Unsplash) * Note –> Depuis quelques jours (impacts de la #COVID-19 sur le monde de l’éducation),…

Liens utiles et ressources pour le soutien et l’accompagnement des élèves et des enseignants (COVID-19)

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Mobilisation en FLE par temps de coronavirus : réinventer la classe et se réinventer

Posted by Philippe Liria sur 16/03/2020

Fête de la Francophonie 2020 reportée à Lisbonne pour cause de coronavirus.

C’est la Fête de la Francophonie mais, avouons-le, le coeur n’y est pas vraiment. Nous traversons toutes et tous de drôles de temps, inconnus pour la plupart et incertains pour tous. La mondialisation physique, celle qui devrait nous permettre d’aller librement d’un lieu à un autre sur cette planète est soudainement remise en cause par un virus qui n’en a rien à faire de ces frontières que nous nous sommes inventées. Un virus contre lequel nous ne savons pas vraiment lutter. Il est plus simple en Europe de freiner à coups de gaz lacrymogène voire à coups de feu réel les réfugiés syriens, pakistanais, sénégalais et d’ailleurs qui fuient la guerre et la misère que de se mettre d’accord pour mobiliser tous les moyens nécessaires permettant d’en finir avec COVID-19

Ce coup de frein à la circulation des personnes dans le monde entier est en train de favoriser l’autre mondialisation, celle que nous permet internet. Fortement critiqué pourtant, il n’y encore pas si longtemps par tout un pan de la population qui reprochait le manque de contact social de l’outil. Voilà qu’en ces moments de confinement obligatoire, internet permet de ne pas nous retrouver dans l’isolement le plus complet. Non seulement pour recevoir des nouvelles de l’extérieur, des nouvelles du monde entier, que nous devons, certes, filtrer pour ne pas tomber dans le piège des fake news mais qui sont toujours mieux que les infos censurées du temps où seul les canaux officiels – souvent ceux de l’Etat – prétendaient nous dire les choses.

L’apprentissage en quarantaine mondiale

Comme des dominos tombant l’un après l’autre, les pays ont baissé le rideau dans l’espoir d’en finir avec le coronavirus. C’est dans ce contexte de crise sanitaire mondiale que les lieux d’enseignement en présentiel d’un peu partout sur cette planète se sont soudain retrouvés fermés, comme à peu près tous les autres espaces naturels de rencontre et de partage – car l’école dans son sens général en est bel et bien un -. Tout à coup, on voit des milliers et milliers de professionnels de l’enseignement se retourner, parfois malgré eux, vers internet et les possibilités – et même les nouvelles opportunités – que leur offre la grande Toile, souvent si décriée par beaucoup d’enseignants. Le monde du FLE ne réchappe pas à cette dure réalité. 

Le monde du FLE touché mais mobilisé

C’est même le branle-bas de combat en FLE ! Du jour au lendemain, de Hong Kong à Cusco en passant par Milan, Barcelone, Riyad, Washington et un très long etc. professeurs, responsables pédagogiques, directeurs ont renforcé leur offre de cours en ligne ou, et c’est souvent le cas, ont dû commencer à mettre en place des stratégies pour compenser au maximum, à défaut de les remplacer complètement, leurs cours en présentiel qui avaient les jours comptés. L’enseignement du français langue étrangère n’allait tout de même pas laisser abattre par un virus. Il s’agissait, et s’agit toujours de garantir la continuité pédagogique – et, j’ajouterai, économique -. En quelques jours donc, on a assisté à une mobilisation générale et sur tous les fronts : celui de la création de nouvelles ressources adaptées à la situation de crise. On voyait ainsi les profs de l’Alliance française de Hong Kong se lancer dans l’élaboration de capsules vidéos. Son directeur, David Cordina soulignait dès le 5 février sur son compte Twiter que “la seule chose positive de cette crise majeure et très inquiétante pour l’avenir, c’est le travail d’équipe des professeurs” qui se préparait à une vraie “transition numérique”. Pas le choix quand il n’existe aucune alternative pour ne pas disparaître et c’est en quatre jours qu’ils ont monté HKids in French, un réseau social (accompagné de session avec Zoom, outil gratuit pour visioconférence) qui s’adresse aux apprenants d’entre 8 et 16 ans. Il a fallu se mettre à produire des capsules vidéos quand on en n’avait jamais faites pour certains, sans oublier d’être créatifs. Le réseau comptait au début du mois de mars plus de 50 capsules sur la chaîne Youtube de cette Alliance française précurseuse malgré elle. Mais depuis, et de façon exponentielle au rythme de l’extension du virus et de ses mises en quarantaine, d’autres s’y sont mis comme à l’Institut français de Milan où Jérôme Rambert, le coordinateur TICE de qui a accompagné le passage 100% en ligne des cours de cette institution. En fait, c’est l’ensemble de la planète FLE qui est touché par ce fléau complètement inédit. Du prof en cours particulier aux grands réseaux d’Alliance françaises en passant par les très nombreux formateurs/-trices indépendants qui voient leurs missions annulées les une après les autres, les sites dédiés et les éditeurs FLE, il s’agit de trouver des réponses pour que l’apprentissage de la langue ne s’arrête pas.

Annick Hatterer, professeure FLE et déléguée pédagogique CLE International en webinaire comme alternative pendant la crise du Coronavirus.

Le numérique comme réponse

On le voit bien, le numérique, si décrié parfois dans le monde enseignant, peut être une réponse satisfaisante parce qu’il est ce “levier de transformation” pour reprendre le terme que Jacques Pécheur emploie dans un article du dernier numéro du Français dans le Monde (nº428, mars-avril 2020) consacré aux mots qui “ont changé la didactiques”. Car avec le numérique, écrit-il, “les relations qui se créent sont certes dématérialisées mais aussi bien réelles”.  Cela veut dire de se mettre à travailler à l’aide de plateformes, de généraliser la pratique des webinaires, de mettre en avant les espaces digitaux contenant des ressources, activités en ligne mais aussi des espaces profs/élèves d’échange et d’interaction, des outils d’apprentissage comme les manuels numériques… Bref, il s’agit de mobiliser tous les outils que nous fournit internet ! Enseignants et apprenants qui sont familiarisés avec les techniques de la classe inversée connaissent déjà bien ces supports et dispositifs, mais aussi et c’est très important l’usage pédagogique à donner. Je suis sûr que certains collègues enseignants qui ne voulaient pas entendre parler de tablettes ou de portables, qu’ils diabolisaient, vont se rendre compte à leur tour du potentiel qu’ils représentent en ces moments de crise. 

On dit que c’est alors qu’il était confiné chez lui en raison de la peste bubonique qui faisait des ravages dans l’Angleterre de la deuxième moitié du XVIIe siècle qu’Isaac Newton a développé sa théorie de la gravité. Souhaitons que ce mauvais moment que nous traversons, où que nous soyons sur cette planète, soit l’occasion à toutes et tous qui sommes dans le monde du FLE de réinventer une façon de faire les cours et de se réinventer. Souhaitons-le pour que la Francophonie, dont c’est la fête en ce mois de mars, retrouve toutes ses couleurs l’année prochaine.

 

Pour en savoir plus

A lire ou relire, l’ouvrage Pratiques et Projets numériques en classe de FLE dont David cordina et Jérôme Rambert sont co-auteurs avec Marc Oddou.

« 2000-2020 : Des mots qui ont changé la didactique », Jacques Pécheur dans Le Français dans le monde, nº428, p.34-35 (mars-avril 2020)

Pour créer vos propres capsules, suivez les conseils de Marc Oddou (cf. La classe inversée)

Un exemple de ressources en ligne : les activités autocorrectives de Tendances (accès gratuit, illimité, du A1 au B2)

 

 

 

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« Trop, c’est trop ! » Crient haut et fort les professeurs de français de Madrid

Posted by Philippe Liria sur 06/03/2020

Rien de nouveau sous le soleil d’Espagne mais la coupe est pleine cette fois ! C’est en tout cas ce que les professeurs de français (mais aussi d’allemand, d’italien, etc.) semblent commencer à vouloir faire savoir. Le ton monte. Les réseaux se sont remplis de messages (#50minutosnobastan, #Madridsemerecesegundoidioma, #elfrancesnosetoca, #quieroestudiarfrances) pour mobilier et soutenir les enseignants, défendre la deuxième heure tout en disant bien que c’est plus qu’insuffisant et souligner les contradictions d’un gouvernement local qui vend du vent avec son bilinguisme à quatre sous. Une concentration est d’ailleurs prévue ce vendredi à Madrid pour freiner le décret de la Comunidad de Madrid qui réduirait à une simple misérable petite heure. J’en parlais déjà dans mon précédent post.

Trop, c’est trop !

En effet, trop, c’est trop ! Les professeurs de français de Madrid ont raison de protester. Certainement que ce sont toutes et tous les professeurs de français d’Espagne qui devraient le faire. Car, au bout du compte, ce décret dont Isabel Díaz Ayuso, la présidente de la région Madrid, se vante car il favoriserait l’éducation physique n’est qu’un exemple de plus du peu de cas que l’Espagne dans sa globalité fait à l’enseignement d’une deuxième langue étrangère. On réforme pour la énième fois l’enseignement obligatoire (l’ESO) mais sans introduire la moindre mesure qui serait un véritable pas en avant pour que les langues occupent la place qu’elles devraient avoir dans la formation des citoyens dès leur plus jeune âge. Julián Serrano, président de la FEAPF rappelle que  “Le Gouvernement central n’apporte pas de réponse univoque au niveau de l’Etat qui garantirait l’apprentissage de deux langues, important pour jouer le rôle de compensation social du système éducatif. Si cet apprentissage n’est accessible qu’à un petit nombre, c’est un grande partie de la société qui en pâtit » (Elconfidencial.com, 05/03/2020). Je dirais de toute façon qu’un pays qui a déjà du mal à assumer sa propre pluralité linguistique a certainement du mal à accepter qu’en plus, on y développe un vrai enseignement d’autres langues. Et pourtant tout le monde y gagnerait et sur tous les points ! Malheureusement, plutôt que de réfléchir à une amélioration des contenus et des techniques d’un enseignement qui vise des objectifs de B1 voire de B2, il faut se battre pour en maintenir la place dans les collèges, et souvent dans l’indifférence de beaucoup trop de parents encore qui ne voient pas l’intérêt d’une deuxième langue sauf au dernier moment, en cas de crise. Mais c’est souvent trop tard !

Espérons que l’Espagne comprendra que la politique (y en a-t-il vraiment une) d’enseignement des langues telle qu’elle existe aujourd’hui ne mène nulle part. Alors que nous pouvons constater que plusieurs pays qui avaient abandonné l’enseignement du français au profit du tout-anglais sont en train de revenir sur leur décision et cherchent à favoriser le plurilinguisme, non pas sans difficulté car personne n’a dit que c’était facile, assisterons-nous enfin à un changement de cap ?   Saurons-nous prendre la voie du plurilinguisme ? J’aimerais y croire… mais je ne vois rien dans la nouvelle réforme. Hélas !

Pour en savoir plus

A lire dans Elconfidencial.com du 5 mars 2020 : Mucho bilingüismo, pocos idiomas: España se queda atrás y los profesores estallan (en espagnol)

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L’enseignement du français en Espagne : du plomb dans les ailes ?

Posted by Philippe Liria sur 29/02/2020

A en croire les chiffres, et après des années dans la grisaille, le français affiche plutôt une bonne santé avec son 1,5 million d’apprenants si l’on en croit l’Institut français d’Espagne. Il faut dire qu’après des années plongé dans une certaine torpeur, le français a repris son envol dans la dernière décennie. Les choses ont bien été reprises en main et depuis, les actions ne cessent de se multiplier sur l’ensemble du territoire. Ça et là, des conventions ont été signées pour que le français retrouve une certaine place dans les différents systèmes scolaires espagnols. Fin janvier, Julián Serrano, président de la Federación española de asociaciones de profesores de francés (FEAPF) signait avec l’Institut français d’Espagne une convention pour renforcer l’enseignement du français dans le pays.

 

 

 

 

Journée de formation FLE (Tolède, février 2020) – Atelier CLE animé par Jeanne Renaudin

Cela va dans le sens de ce qui se passe un peu dans chaque communauté autonome. On a vu une augmentation exponentielle des effectifs dans le primaire, grâce notamment à l’Andalousie mais aussi des chiffres, élevés, qui se maintiennent dans le secondaire. On ne peut que regretter la baisse (légère) en Bachillerato. Le succès du DELF, notamment scolaire, est aussi un indice que le français est bien portant. Avec ses quelque 30 000 candidats en 2019, le DELF en Espagne se situe vraiment dans les pays de tête. Les collèges « bilingues » vont bien et ils sont nombreux, en Andalousie bien sûr depuis déjà de très nombreuses années mais aussi, par exemple, dans la très pro-anglais Communauté de Madrid. Sans compter les 37 établissements labellisés, que l’on retrouve surtout, encore une fois, en Andalousie mais aussi à Madrid ou en Aragon. Un tel panorama peut faire croire que le titre de cet article est complètement erroné. Et pourtant, on peut se demander si le français n’est pas en train de prendre du plomb dans les ailes, en tout cas dans certaines régions.

Madrid, la religion plutôt que les langues

Récemment, on a vu en effet comment la Communauté de Madrid a l’air de préférer les heures de religion – rien d’étonnant quand on voit qui est au pouvoir – au détriment des heures de langue. Comme si parler à un dieu, quel qu’il soit, était plus important que de savoir parler des langues étrangères. Ce n’est certes qu’un projet de décret de la présidente de la Région Madrid, Isabel Díaz Ayuso, mais on peut craindre le pire surtout qu’on connaît les penchants historiques vers le tout-anglais dans les écoles madrilènes avec des programmes bilingues qui n’ont pourtant pas l’air d’avoir été très efficaces. Pourquoi le français serait-il en danger à Madrid ? Il se trouve que la présidente Ayuso propose d’augmenter les heures de sport – ce qui en apparence une bonne idée – et que, plutôt que d’aller en chercher en religion, on va les prendre dans ces matières optionnelles comme le sont les arts, l’informatique et bien sûr, la seconde langue étrangère, c’est-à-dire presque tout le temps le français. Evidemment elle le vend dans un emballage qui est dans l’air du temps en vantant les mérites de l’activité sportive, comme le recommande l’OMS. A aucun moment, elle ne s’est dit – elle ou quelqu’un d’autre de son gouvernement autonome – que c’était peut-être l’occasion de revoir le traitement que son système scolaire donne aux langues étrangères – autres que l’anglais, of course – ? C’est en tout cas une mesure absurde et qui éloigne un peu plus la Région Madrid des objectifs de faire des collégiens Madrilènes des citoyens européens pleinement plurilingues. Avec deux heures, on pouvait légitimement se demander comment atteindre le niveau A2 en fin de l’ESO mais avec une heure, c’est tout simplement impossible ! Les professeurs essaient de se mobilier : une pétition a été lancée pour essayer de freiner ce décret.

Andalousie, un combat permanent pour le maintien du français

Mais cette attaque à l’enseignement des langues étrangères, on la retrouve aussi en Andalousie. Rien de définitif non plus mais il semblerait que le français ne sera plus présent dans le primaire dès la première année et qu’à partir de la rentrée 2020, on ne le retrouverait qu’en 5è et 6è du Primaire. Une bien mauvaise nouvelle si cette information finit par être confirmée. Point positif, c’est qu’en Bachillerato, la deuxième langue étrangère obligatoire (souvent le français) est maintenue – grâce à une pétition qui a fait reculer le Gouvernement andalou -. En novembre, la presse andalouse s’était largement fait écho de la menace qui pesait sur le français. On a donc eu chaud, mais jusqu’à quand ? Andogalia, l’association andalouse des professeurs de français, est sur le pied de guerre elle aussi. Elle relaie activement sur les réseaux l’appel du 2 mars en faveur du français comme deuxième langue obligatoire et qui consiste à envoyer sur twitter un message sous les étiques #quieroestudiarfrances (je veux étudier le français) et #elfrancesnosetoca (toucher pas au français) et qui sera adressé à la ministre de l’Éducation (@CelaaIsabel) ou à son ministère (@educaciongob), ou encore aux différents ministères régionaux.

La deuxième langue étrangère, la 5è roue d’un carrosse éducatif branlant

Je n’ai fait référence qu’à la Région Madrid et à l’Andalousie mais en fait, le combat vaut pour l’ensemble des régions qui, malgré certains efforts parfois, ne misent pas vraiment sur un vrai enseignement d’une deuxième langue obligatoire dès la première année de l’ESO (tranche des 12-16 ans). Certes, le français voit ses effectifs augmenter et on ne peut que s’en réjouir mais il est clair que c’est largement insuffisant car souvent, cela se fait dans des conditions précaires, avec peu d’heures, peu de moyens financiers et humains, pas assez de formations – même si on ne peut qu’applaudir la généralisation des Journées de français sur l’ensemble du territoire -. Le français, comme la musique, les arts et d’autres matières ne sont donc que la 5è roue d’un carrosse éducatif déjà branlant et peu audacieux, comme si les autorités espagnoles ou régionales ne voyaient pas que l’anglais est loin d’être suffisant et que c’est bien du français dont auraient besoin les citoyens d’un pays ayant comme partenaires essentielles, au Sud, le Maroc, l’Algérie ou encore la Tunisie et au Nord, la France.

 

Pour en savoir plus :

Nueva apuesta educativa: tres horas de educación física, menos de música y las mismas de religión

En defensa de la Segunda Lengua Extranjera en la ESO. ¡NO A LA REDUCCIÓN HORARIA DE LOS IDIOMAS EN LA ESO!

La Comunidad de Madrid provoca la alarma con la subida de horas de Educación Física

Proyecto de Decreto del Consejo de Gobierno por el que se modifica el Decreto 48/2015, de 14 de mayo, del Consejo de Gobierno, por el que se establece para la Comunidad de Madrid el currículo de la Educación Secundaria Obligatoria.

Fédération Espagnole des Associations de Professeurs de Français

La comunidad educativa rechaza el sistema de bilingüismo de la Junta

 

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Une bibliothèque virtuelle pour toutes les Amériques

Posted by Philippe Liria sur 30/01/2020

Lecteurs et lectrices qui ne vous trouvez pas dans les Amériques du Nord, centrale ou du Sud ni dans les Caraïbes, vous n’en avez peut-être jamais entendu parler et c’est pourtant toute une institution : je me réfère bien entendu au Centre de la Francophonie des Amériques (CFA). Le CFA contribue, comme on peut le lire sur le site internet, “à la promotion et à la mise en valeur d’une francophonie porteuse d’avenir pour la langue française dans le contexte de la diversité culturelle en misant sur le renforcement et l’enrichissement des relations ainsi que sur la complémentarité d’action entre les francophones et les francophiles du Québec, du Canada et des Amériques”. Un bel objectif qui se traduit par un vaste et ambitieux programme qui comprend, entre autres, une université d’été dont ce sera la 6è édition en mai prochain ou encore le déjà célèbre concours Slame tes accents qui s’adresse aux élèves d’entre 12 et 18 ans et à leurs enseignants.

Des lectures en ligne par milliers

Le CFA propose aussi des outils comme la merveilleuse Bibliothèque des Amériques. Cette initiative entièrement gratuite pour les membres du CFA permet d’accéder à des milliers d’ouvrages en ligne. Comme l’a déclaré l’écrivain et académicien Dany Laferrière, elle “ouvre, pour beaucoup de gens dans ce monde d’inégalités, de fantastiques possibilités. Brusquement une grande partie de cette Amérique aura accès à un savoir jusque-là hors de leur portée !” Plusieurs de ces livres sont d’ailleurs empruntables dans la Bibliothèque des Amériques. A partir d’un simple clic, vous pourrez lire ou relire l’Autoportrait de Paris avec un chat, le Journal d’un écrivain en pyjama et bien d’autres encore ! Le catalogue est très bien fourni avec presque 10 000 titres (environ 6600 pour adultes et environ 2300 pour la jeunesse) aussi bien dans la catégorie Fiction que des documentaires. Impossible de ne pas y trouver son bonheur ! Le lecteur peut choisir une lecture en ligne, en PDF ou un ePub. Et en plus, depuis cette année, une sélection de livre audios est disponible grâce à un partenariat entre le CFA et Radio-Canada. On peut ainsi écouter, en ligne ou en le téléchargeant, l’ouvrage La petite poule d’eau (1950) de l’incontournable autrice manitobaine, Gabrielle Roy ou encore le très récent recueil de poésie de Gabriel Robichaud Acadie road qui a obtenu le prix Champlain en 2019.

La Bibliothèque des Amériques, c’est bien plus qu’une bibliothèque, c’est aussi un lieu de rencontres grâce à aux Rendez-vous littéraires qui permet à des écrivains francophones d’échanger en ligne avec des étudiants de français où qu’ils soient dans les Amériques. En 2019, il y a eu ainsi 12 Rendez-vous littéraires qui ont permis des échanges avec des étudiants du Canada, des Etats-Unis, du Mexique, du Pérou ou d’Argentine de rencontrer virtuellement des écrivains et écrivaines de différents horizons de la Francophonie (Canada, Louisiane, Haïti). N’est-ce pas merveilleux et motivant pour les apprenants ? Renseignez-vous pour la saison 2020 ! Toujours dans le cadre de ces actions en faveur de la promotion de la littérature francophone, la Bibliothèque annonce sur son site qu’elle va bientôt lancer le Club de lecture des Amériques pour les plus jeunes (8 – 12 ans). Soyez attentifs à leur actualité !

Pour les enseignants, la Bibliothèque des Amériques dispose d’une zone pédagogique avec des fiches pour accompagner les lectures ou encore des liens vers des ouvrages sur l’enseignement du français et l’enseignement en français.

On le voit bien, cette bibliothèque est un merveilleux outil, surtout pour tous ces coins des Amériques mais aussi, après tout, pour tous ces coins du monde où, malheureusement on ne trouve pas une seule bibliothèque ni la moindre librairie. Elle donne accès à une impressionnante quantités d’ouvrages qui seraient inaccessibles autrement. C’est pourquoi il faut que cette initiative du CFA bénéficie d’une plus large diffusion encore. Allez donc y faire un tour !

Voilà quelques années déjà que nos chemins se croisent, parfois dans le froid canadien et plus souvent sous la chaleur des Tropiques, et je ne peux que confirmer que tout ce que fait le Centre de la Francophonie des Amériques est énormément apprécié des enseignants et des étudiants. Je l’ai dit, grâce à un superbe programme mais aussi, et ce n’est pas un détail, grâce à une équipe motivée et absolument extraordinaire !

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Dix ans de blog déjà ! Merci à toutes et tous !

Posted by Philippe Liria sur 30/12/2019

Article du 2 janvier 2010 sur le livre scolaire à l’ère du numerique

Il y a 10 ans maintenant, je décidais sur les conseils d’un collègue de l’époque d’ouvrir ce blog sur http://www.wordpress.com. Dix ans déjà ! D’abord sporadiquement et très discrètement, j’ai commencé par un article sur les TNI que j’appelais encore TBI d’ailleurs. En le relisant, 10 ans après, je me rends compte aussi qu’il est nécessaire d’apprendre à relativiser l’enthousiasme ou l’émerveillement que peut susciter une nouveauté technologique. Au centre des inquiétudes, déjà, était la motivation et j’augurais à tort que le TNI allait vraiment y contribuer. Le temps et surtout la pratique à montrer qu’il n’en est presque rien car trop souvent, l’outil, même s’il s’est généralisé, n’a pas vraiment changé la façon de faire la classe dans bien des cas. En me plongeant dans les archives de ce blog, j’y retrouve des réflexions sur l’avenir des manuels scolaires dans un monde numérisé. Je notais déjà que nous avancions « inexorablement vers une classe où le virtuel, notamment dans l’enseignement des langues, permettra de faire de cet espace-classe un lieu d’interactions véritables avec une vraie présence de la langue-cible. » Au long de toutes ces années, j’ai souvent écrit au sujet de la place des technologies dans notre domaine que ce soit les TNI, les manuels numériques, la tablette, les plateformes, les MOOC, la réalité virtuelle ou encore, comme dans mon tout dernier article, une référence aux robots. Il ne s’agit ni d’encenser le numérique ni de le mettre à l’index mais bien de faire le point sur l’avancée des technologies au service de l’apprentissage car le risque des mauvais usages n’est jamais bien loin des avantages que celles-ci présentent. Je l’évoquais déjà en 2015 dans un article qui s’interrogeait sur ce que signifie apprendre à partir des ouvrages de Roberto Casati et Michel Serres respectivement.

Mais il n’y pas que la technologie et d’ailleurs, je n’ai jamais voulu la dissocier de la didactique car rien ne sert de la faire entrer dans la classe si ce n’est pas pour la mettre au service d’une didactique plus efficace ; pour qu’elle permette aux apprenants de mieux acquérir des compétences. J’y ai donc souvent parlé de l’approche actionnelle non sans faire évoluer mon opinion dessus. Certains me reprocheront peut-être d’avoir mis de l’eau dans mon vin. Et ceux qui me connaissent bien savent ô combien un tel mélange est un sacrilège pour moi ! Mais c’est aussi parce que je crois que la démarche est juste qu’elle demande d’être mise à la portée de tous et pour cela, nous devons peut-être savoir renoncer à certains postulats trop radicaux. La didactique doit avancer mais elle ne peut ignorer le contexte dans lequel elle le fait. D’ailleurs, c’est parce que je continue à y croire tout en étant conscient des difficultés à la mettre en oeuvre que j’ai perçu dès le départ que la classe inversée en être un facilitateur.

On assiste aussi aujourd’hui, et peut-être dans cet effet de pendule qu’on retrouve régulièrement en didactique,  à une certaine demande d’un retour à des fondamentaux comme par exemple de la grammaire. Comment rendre à la fois compatible la nécessité d’avoir des connaissances grammaticales solides sans que son étude ne soit une obsession et même un frein à l’acquisition de compétences de communication et d’action dans la langue-cible ? La grammaire inductive est-elle une réponse possible ? Dès décembre 2012, j’envisageais dans un article qu’elle le soit dans les propositions devant faciliter la place d’une grammaire autrement en classe. On veut y croire mais on voit là encore que sur le terrain les choses ne sont pas si simples. J’y ai parlé du CECRL, de ses implications dans notre enseignement et plus récemment, j’ai commencé à m’intéresser à ce volume complémentaire qui contient de nouveaux éléments ou en tout cas en propose une vision enrichie grâce à de nouveaux descripteurs. Certainement que nous en reparlerons. Parmi ces éléments, la place à réserver, chaque fois plus grande au bilinguisme et mieux encore au plurilinguisme.

Il y a eu aussi cet article paru en octobre 2012 sur la pédagogie inversée. Le tout premier d’une série sur le sujet. Et d’ailleurs l’un des tous premiers à essayer de faire le lien entre FLE, approche actionnelle et cette pédagogie au nom encore hésitant en français à ce moment-là. Puis vinrent plusieurs autres articles sur la question pour aboutir finalement avec Cynthia Eid et Marc Oddou à la publication chez CLE International à un ouvrage qui y est justement consacrée à qu’aujourd’hui nous nommons plus généralement la classe inversée.

Premier article dans lequel j’évoquais la classe inversée (Octobre 2012)

Dans ce blog, essentiellement dédié à la didactique du français langue étrangère, je n’ai jamais manqué aussi d’être critique (et continuerai à l’être) quand c’est nécessaire quand on parle de la situation du français dans le monde, non sans hypocrisie parfois comme lors de congrès ou à l’occasion des célébrations autour de la Francophonie ; de m’insurger parfois sur le statut des enseignants FLE (un des articles les plus consultés) mais aussi par rapport à certaines situations pédagogiques comme la place du smartphone en classe ou les polémiques autour de la féminisation des noms de métiers ou plus récemment autour de la médiation (un sujet épineux en Espagne par exemple) mais aussi plus politique car, notre monde du FLE ne peut rester indifférent face à ces phobies qui se dressent comme j’intitulais mon article de mars dernier, contre la glottophobie aussi ou une réflexion sur les inquiétudes que provoquent la monté de l’extrême-droite et des populismes en général un peu partout dans le monde.

Et si j’ai continué à écrire au fil des mois puis des années, c’est parce que vous êtes des milliers à me lire régulièrement et souvent à partager mes réflexions en les diffusant sur les réseaux. Je vous en remercie du fond du coeur. Ce n’est pas simple de maintenir le rythme. Parfois les événements extérieurs ne le permettent pas toujours. Je sais aussi que ce que j’écris n’a aucune prétention si ce n’est apporter quelques éléments pour, modestement, essayer de faire avancer le monde de la didactique des langues et plus particulièrement celle du FLE dans lequel je suis tombé, un peu sans le vouloir, en 1989, loin d’imaginer que j’en ferais encore partie 30 ans après !

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Apprendre les langues avec un robot ?

Posted by Philippe Liria sur 29/12/2019

MERO 3 (capture tirée de la présentation chinoise du robot sur You tube)

La mutation de l’apprentissage des langues

Vous vous souvenez peut-être du moment où on a commencé à généraliser l’installation des TNI et des vidéo-projecteurs, puis des VNI. Imaginez qu’en entrant dans votre salle de classe, aux côtés de votre tableau interactif, se trouve, posé sur votre bureau, un sympathique Mero-3 qui vous dit bonjour. Il est là pour vous assister en cours et qui sait, un jour peut-être, vous remplacer. « Pure science-fiction ! » me direz-vous. « Jamais une machine ne pourra vraiment prendre la place d’un prof ! ». Rassurez-vous, ce n’est pas demain la veille qu’un robot fera tout un cours à votre place, quoique… L’avenir est au coin de la rue et déjà nous voyons comment la technologie est en train de gagner du terrain sur le cours traditionnel. Qu’il s’agisse de plateforme ou d’applications, de façon plus ou moins virtuelle, on voit des outils qui permettent d’acquérir des compétences en langue, à un degré insoupçonnable il y a à peine quelques années. Le succès de Duolingo, l’invention du Guatémaltèque Luis Van Ahn qui compte quelque 200 millions d’utilisateurs, en est certainement la preuve. On aurait tord de mépriser la place que cette application a réussi à se faire dans l’apprentissage des langues (leader mondial dans son domaine), malgré ses imperfections ou ses limites. Et elle n’est pas toute seule à se frayer un chemin dans le secteur du marché de l’apprentissage des langues – n’en déplaise aux professionnels de l’enseignement de celles-ci.

Nous voyons aussi comment le développement de la réalité virtuelle fait plonger l’apprenant dans des situations qui pourraient bien dans un avenir très proche faire oublier les jeux de rôle ou de simulation tels que nous les connaissons traditionnellement (cf. article sur le sujet ici). N’assistons-nous pas dernièrement à un véritable engouement pour les escape games ou jeux d’évasion ? Dans notre petit monde du FLE, nous voyons ça et là des propositions de formation pour sensibiliser coordinateurs pédagogiques et enseignants aux avantages que présentent ces jeux. Alors, même si les lunettes de réalité virtuelle ne sont pas indispensable pour que les apprenants résolvent les énigmes auxquelles ils sont soumis afin de pouvoir sortir d’une pièce, celles-ci sont de plus en plus utilisées car elles contribuent à les plonger dans un univers 3D presque aussi authentique que ce qu’ils trouveraient dans le monde réel. Voilà qui donne une toute autre dimension à l’apprentissage des langues. J’aurais l’occasion de vous parler plus longuement des jeux d’évasion dans un prochain article.

Alors un robot en classe ?

Alors un robot en classe ? Peut-être pas tout de suite, mais soyons attentifs car rien n’est impossible au rythme où la technologie avance ! D’ailleurs, des expériences sont menées déjà depuis de une bonne quinzaine d’années mais semble à être restées là, au stade purement expérimental. Donc pas de précipitation mais d’importantes avancées que l’intelligence artificiel devrait contribuer à développer. C’est en tout cas ce que je retiendrai de la récente lecture de deux articles en lien avec la didactique des langues et la robotique. Le premier Social Robots for Language Learning: A Review a été publié en avril dernier par une équipe de chercheurs de l’Université d’Utrecht dans Review of Educational Research. Le deuxième, Apprentissage des langues, jeu et robotique – Le projet Ludibot,  d’Haydée Silva, responsable de la section de Didactique de la langue et la littérature du département de lettres modernes de la Faculté de philosophie et lettres de l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM), est paru en ligne dans Alsic le 8 septembre dernier.

Je vois déjà les moues sceptiques de certain.e.s d’entre vous et vous n’avez pas tout à fait tort. Les résultats de l’étude menée par le groupe de chercheurs de l’Université d’Utrecht relèvent clairement de nombreuses imperfections. Cependant, le fait même que des robots existent et sont déjà utilisés dans des cours de langue (après tout le lapin multifonctions Nabaztag n’est plus tout jeune) , même si ce n’est qu’à titre expérimental, nous oblige à nous poser des questions sur la manière d’enseigner les langues et aussi, ou surtout, celle de les apprendre. Les chercheurs s’y intéressent tout particulièrement comme ceux qui travaillent sur Tega par exemple. Haydée Silva cite dans son article le nombre d’utilisations potentielles de la robotique en DLC qu’ont relevées Ferguson et al. : « la robotique devrait permettre d’accroitre l’interaction en classe, en aidant le professeur à déléguer certaines tâches (répondre à des questions récurrentes, évaluer) et donc à diriger son énergie vers des interactions spécifiquement humaines, qui exigent d’exercer la capacité de jugement ou de fournir un soutien émotionnel (2019 : 3). Ils ajoutent, dans le cas de l’apprentissage des langues : « Les robots conçus pour communiquer socialement fournissent des occasions d’apprendre les langues. Le robot peut agir comme un tuteur, disponible à tout moment quand l’apprenant souhaite dialoguer ».

On peut bien sûr légitimement se demander si cette disponibilité « à tout moment » signifie aussi capacité à pouvoir répondre aux véritables besoins ou attentes de l’apprenant, surtout dans le cas d’un robot non-télédirigé. Or, l’adaptabilité aux besoins de l’apprenant sera certainement déterminante pour évaluer la réelle efficacité de la machine. On voit bien que qu’en l’état actuel du développement des robots sociaux, ceux-ci ont encore des compétences limitées en production orale pour travailler efficacement avec les apprenants. Les recherches indiqueraient que, même si dans un premier temps la présence d’un robot a des effets positifs sur les apprenants, l’absence d’une certaine empathie deviendrait vite un frein à l’enthousiasme initial.

Ce point et d’autres encore ont été observés par l’équipe d’Utrecht qui a analysé les réactions des enfants, des ados ou des adultes placés en situation d’apprentissage d’une langue en présence d’un robot, parfois télédirigé, parfois programmé. Ils l’ont fait dans le but d’essayer de mieux comprendre les implications actuelles, les limites et donc les défis à relever pour que ces robots sociaux puissent vraiment avoir leur place dans la didactique des langues et cultures.

Des éléments qui n’échapperont certainement pas au groupe de travail du projet Ludibot dont nous parle Haydée Silva dans son article. Ludibot est un robot qui existe déjà sous forme de prototype : « Il s’agit d’un robot mobile de service, d’aspect non humanoïde, à contrôle visuel, à usage professionnel, destiné à un cadre scolaire ou extra-scolaire, pour une utilisation guidée (en classe) ou en autonomie (en médiathèque). » Un projet qui, à terme (2021), vise à développer « des outils théoriques et pratiques favorisant un meilleur apprentissage médiatisé par la technologie dans la classe de langue en général et la classe de FLE en particulier, selon une approche intégrale propice à une interaction humain/machine attirante, significative et efficace ».

Un émerveillement technologique réfléchi

A la lecture de l’analyse de l’équipe d’Utrecht notamment concernant la motivation, on peut se demander s’il ne faudrait pas lui donner un aspect humanoïde. Un point qui pourrait (le conditionnel est important ici) renforcer l’intérêt de l’apprenant, voire cet « émerveillement » dont nous parle Silva en référence au Learning through wonder qu’elle définit comme la tendance novatrice de la didactique qui ouvrirait de nouvelles « pistes pour l’apprentissage ». Un facteur déterminant certes, mais attention aux effets mirage : l’émerveillement ne doit pas se transformer en éblouissement. Les études, qui restent cependant peu nombreuses, montrent que l’intérêt initial peut vite décroître si, au-delà de cet « émerveillement », le robot ne peut personnaliser son rapport avec l’apprenant. Certes, on pourrait se dire que ce rôle ne reviendrait qu’à l’enseignant – ce qui est certainement vrai dans un premier temps – mais on peut imaginer que l’avancée de la recherche en intelligence artificielle contribuera à surmonter les limites actuelles de la robotique au service de la DLC.

J’introduisais cet article en faisant référence aux fameux TNI ou mieux encore aux VNI. On se souvient qu’au début les prix étaient exorbitants et qu’il a fallu un certain temps pour les voir se généraliser dans les salles de classe. On se souvient aussi que cela n’a pas été simple car leur installation n’était pas toujours accompagnée de la formation nécessaire – d’ailleurs, encore aujourd’hui ces outils sont infra-utilisés – ; sans parler des cas où ils sont restés dormir dans un cagibi de l’établissement faute de savoir comment les monter. Il faudra que, dans le cas des robots, on ne tombe pas dans le même piège. Dans ce sens, le projet Ludibot s’inscrit dans une démarche que Silva décrit comme étant une « logique de conception d’outils robotiques aisément adaptables et à un prix accessible », ce qui n’est pas négligeable dans la période de vaches maigres (encore une) que traverse le monde du FLE.

Alors que je terminais d’écrire ces lignes un ami à qui je faisais part du contenu de l’article semblait surpris que je traite la question et il m’a demandé ce que j’en pensais vraiment de ces robots et si cela ne risquait pas d’entrainer la disparition des enseignants. Je suis convaincu qu’il n’en est rien parce que, justement comme le signale Silva au début de son texte, « de la tablette en cire de l’Antiquité à la tablette numérique du XXIème siècle, l’ « art d’enseigner les langues » a toujours fait preuve d’une relative ouverture face aux innovations technologiques ». C’est de cette ouverture dont nous devons faire preuve non pas pour nous jeter aveuglement sur la première innovation venue, mais au contraire apprendre à en tirer tous les avantages pour mettre la technologie au service (et aussi à la portée économique) de nos apprenants. Quitte aussi à savoir faire marche arrière si cela ne donne pas les résultats attendus comme nous pouvons l’observer concernant par exemple ce retour au manuel traditionnel dans nombreux établissements qui s’étaient précipités peut-être un peu trop vite dans le tout-numérique.

Pour en savoir plus :

Sur la robotique dans l’apprentissage des langues :

Van den Berghe , R. (U. d’Utrecht), Verhagen, J. (U. d’Utrecht/U. d’Amsterdam), Oudgenoeg-Paz, O., van der Ven, S. &  Leseman, P. (U. d’Utrecht) : Social Robots for Language Learning: A Review in Review of Educational Research (Avril 2019), Vol. 89, No. 2, pp. 259–295 DOI: 10.3102/0034654318821286 Article reuse guidelines: sagepub.com/journals-permissions © 2018 AERA. http://rer.aera.net (en anglais)

Silva, H. : Apprentissage des langues, jeu et robotique – Le projet Ludibot, Alsic [En ligne],  | 2019, mis en ligne le 08 septembre 2019, Consulté le 26 décembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/alsic/3848

Silva, H. : Ludibot: au carrefour de l’apprentissage des langues, du jeu et de la robotique, Alsic [En ligne],  | 2019, mis en ligne le 15 mars 2019, Consulté le 27 décembre 2019. URL : http://journals.openedition.org/alsic/3631 

Visioconférence d’Haydée Silva : Ludibot : Au carrefour de l’apprentissage des langues, le jeu et la robotique https://youtu.be/YXx5yzE88ag (16/01/2019)

Social robot helps teaching toddlers a second language https://youtu.be/vlmjvKgWtmU (13/04/2017)

NABAZTAG:TAG by Violet en français https://youtu.be/SlM3L9jUTsA (4/12/2008)

TEGA, the new robot in school, https://youtu.be/U4srV1Icnb0 (7/11/2017)

Sur les jeux d’évasion en FLE

Les Agités du FLE sur les jeux d’évasion en FLE :

 https://agi.to/podcast/escape-games-en-fle/ (20/9/2019)

Escape game pédagogique : https://www.fle-adrienpayet.com/escape-game-pédagogique/

Jeux d’évasion (pédagogique) – mini-guide : https://carrefour-education.qc.ca/guides_thematiques/jeu_devasion_pedagogique_-_miniguide

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Innovation et créativité sont au rendez-vous le 28 novembre prochain

Posted by Philippe Liria sur 23/11/2019

Un grand jour dans votre agenda… enfin peut-être

Le 28 novembre sera un grand jour pour beaucoup d’entre vous, lectrices et lecteurs : c’est le Jour du prof de français ! Le premier de l’histoire ! Pas question d’aigrir la fête mais j’aurais quand même une pensée pour toutes et tous qui n’aurez peut-être pas le temps de célébrer quoi que ce soit (car ce n’est pas férié) en raison d’un emploi du temps compliqué, entre 7 heures du mat et 23 heures, pris entre votre cours en entreprise, l’école de langues qui vous donne quelques heures par-ci par-là – si elles ne sont pas annulées au dernier moment -, les cours particuliers en présentiel et peut-être, parce que vous êtes de plus en plus à en avoir, votre cours en ligne à pas d’heure avec un apprenant à l’autre bout du monde… D’ailleurs, si vous êtes parmi celles et ceux qui donnez justement un cours en ligne et si vous avez deux minutes de battement, entre un cours, des copies à corriger et un sandwich avalé à la va-vite, contribuez à cette journée en témoignant de votre expérience sur ces cours en ligne. C’est l’occasion car cette Journée internationale des professeurs de français est justement consacrée à l’innovation et la créativité. Les cours de FLE en ligne, avant de devenir des produits des écoles de langues, ont d’abord été un moyen pour plusieurs d’entre vous d’arrondir les fins de mois en proposant de faire classe grâce aux possibilités que nous donnent les visioconférences, même très élémentaires parfois mais de plus en plus sophistiquées aujourd’hui.

J’ai dit que je ne voulais pas aigrir la journée en ne parlant que de la grande précarité qui règne dans le monde du FLE. J’ai entendu récemment qu’il n’était pas question que les profs de français ne tombent dans l’ubérisation. Ils ne risquent pas, ils l’ont précédée ! On peut même se demander s’ils n’ont pas inspiré les Glovo et autres coursiers précarisés de la nouvelle économie. Bref, pensons en positif, sans être bisonours pour autant ! Célébrons donc que tout à coup, on se soit souvenu que les profs de FLE existent ainsi que toutes celles et tous ceux qui enseignent dans les filières bilingues un peu partout dans le monde – et vous êtes de plus en plus nombreux/-euses -. Et qui aussi devez faire souvent preuve d’une grande créativité pour pallier le manque de ressources quand il s’agit d’enseigner en français de l’histoire, des maths, des SVT… même si depuis quelques temps, il semblerait que les choses s’améliorent.

Une journée pour partager expériences et pratiques

L’objectif de cette journée n’est d’ailleurs pas de parler de toutes ces choses qui fâchent. Le 28 novembre, c’est un peu comme un repas de famille où on demande aux grincheux de ne parler ni politique ni religion. L’objectif est bel et bien de « valoriser le métier d’enseignant de français » mais sans aborder les conditions dans lesquelles il ou elle exerce sa profession. Non, il s’agira tout simplement de « créer du lien » mais aussi, – c’est gentil – « de la solidarité ». On ne parle pas des problèmes mais on compatit. Ça doit être un des points en lien avec cette empathie dont on parle tant aujourd’hui et dont il faut faire preuve dans les cours. L’idée de cette journée est de « partager (…) expériences et (…) pratiques » nous rappelle la brochure éditée pour l’occasion. Une idée qui remonte à un souhait du Président Emmanuel Macron de valoriser le métier de professeurs de français dans le monde, « ces héros bien particuliers qu’on appelle les professeurs de français« , déclarait-il le 20 mars 2018 à l’occasion de la Journée de la Francophonie. C’était clairement exprimé dans le point 6 du chapitre Apprendre du dossier de presse du même jour : Une ambition pour la langue française et le plurilinguisme et publié directement par les services de l’Elysée. Ce n’est peut-être pour le moment qu’une petite goutte dans le désert budgétaire du FLE mais à défaut de moyens, il y a l’ambition. Avant, chez ses prédécesseurs, le prof de français à l’étranger n’existait même pas ! Ce dossier étant d’ailleurs public, il faudrait peut-être s’appuyer un peu plus dessus, et pas simplement depuis les services de coopération des ambassades, pour faire remonter des initiatives permettant d’améliorer le statut du prof de FLE qui n’a guère évolué ces derniers années (en tout cas pas en mieux). Car c’est en améliorant les conditions dans lesquelles ils / elles réalisent leur profession que nous pourront aussi relever le défi de « redonner à la langue française sa place et son rôle dans le monde« . Car à travers cette amélioration absolument nécessaire dépend aussi la qualité des cours donnés… parce qu’il faut bien avoir le temps de les préparer (eh oui !) et pour les préparer, il faut avoir du temps pour mener une veille pédagogique (et même pédago-numérique), se pencher sur les ressources existantes (ou en créer de nouvelles), en prendre pour expérimenter du matériel et des techniques de classe. On n’innove pas d’un coup de baguette magique (eh non !). L’innovation demande du temps. Et on ne peut qu’applaudir tout le talent dont vous faites preuve parce que, malgré justement le manque de temps, vous arrivez déjà à être innovants et créatifs. Imaginez donc si en plus, vous aviez le temps et les moyens !

Des initiatives un peu partout sur la planète

L’idée de cette grande fête du 28 novembre semble avoir pris et depuis quelques jours, on voit apparaître sur les profils des profs de français un peu partout dans le monde un cadre aux couleurs de cette journée. Et c’est une bonne chose (même si je grogne un peu). C’est peut-être un premier pas vers une prise de conscience que les acteurs du FLE formons une grande famille, au-delà même des associations locales ou nationales ou de la FIPF qui participe bien sûr à cette journée et propose la #jipf en vidéo. Le mouvement autour de ce 28 novembre n’est pas que symbolique autour de ce ruban qui enveloppe nos profils : on a vu qu’autour de cette journée, ce sont montées des activités multiples et variées aux quatre coins de la planète. Parfois ce sont des conférences, parfois des ateliers, parfois encore des jeux ou des concerts… Pas question ici de reprendre tout ce qui va se passer mais allez jeter un oeil sur le site dédié et vous verrez qu’il y a vraiment beaucoup de choses qui se passent. D’ailleurs le site a mis en ligne un programme interactif qui permet de retrouver facilement pays par pays, ville par ville et même catégorie par catégorie tout ce qui se fera ce jour-là. On remarquera la nombre impressionnant d’événements programmés en Europe mais aussi en au Mexique et en Amérique centrale. On peut certainement faire mieux mais c’est déjà bien pour une première, surtout quand on sait que le temps, encore lui, a terriblement manqué pour organiser ce grand moment pour les professeurs de français du monde entier.

Dans le cadre justement de cette grande journée internationale des professeurs de français, je vous propose de retrouver le miniMooc que nous proposons depuis CLE International au sujet de la classe inversée. Ce sera à partir de 16 heures (heure de Paris) mais vous pourrez ensuite visionner à tout moment les capsules sur la chaîne Youtube de CLE International. Et si vous êtes au Mexique, vous pouvez aussi vous assister à la conférence que prononcera Sébastien Langevin, rédacteur en chef du Français dans le Monde (revue dont c’est aussi un peu la fête en quelque sorte) à la Casa de Francia (Ciudad de México). Une façon pour les partenaires que nous sommes dans votre quotidien d’enseignant de FLE d’être aussi avec vous pendant cette journée.

Pour en savoir plus

Le site officiel du Jour du prof de français : https://lejourduprof.com

Le jour du prof de français, mode d’emploi. Brochure en ligne : https://www.auf.org/wp-content/uploads/2019/07/K3990_Brochure_JPF_web.pdf

Une ambition pour la langue française et le plurilinguisme, Services de presse de la Présidence de la République : https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/une_ambition_pour_la_langue_francaise_et_le_plurilinguisme_cle816221.pdf

MiniMooc CLE Formation « La classe inversée », 28 novembre 2019 (à partir de 16h) : https://www.cleformation.org/agenda-cle-formation/minimooc-la-classe-inversée/

La #jipf en vidéo. Pour y participer : http://fipf.org/actualite/participez-la-jipf-en-video

 

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La classe inversée : méthodologie, mise en oeuvre et témoignages

Posted by Philippe Liria sur 18/09/2019

La classe inversée, l’ouvrage est maintenant disponible !

La classe inversée – ou devrais-je écrire les classes inversées ? – occupe déjà une certaine place dans la classe en général et même dans celle de langue, donc en FLE malgré les difficultés qu’on aurait bien tort de nier ou de minimiser. Plusieurs ouvrages sont parus et de nombreux articles ont été publiés pour l’expliquer, y compris dans ce blog. Mais, comme le souligne Marcel Lebrun qui signe la préface de cet ouvrage – et que je remercie ici très chaleureusement pour sa contribution -, “l’originalité (de ce livre) vient d’une part de ses trois parties, l’une davantage conceptuelle, l’autre contextuelle et la dernière plus réflexive et d’autre part de son ancrage disciplinaire dans l’enseignement du français, langue étrangère et langue seconde.” Et c’est exact : même si nous sommes bien conscients qu’il s’agit avant tout d’un “état d’esprit” (quelle que soit la matière enseignée), comme je ne me lasse jamais de le répéter dans les formations que j’anime sur la classe inversée, l’une des particularités de ce livre est qu’il a été conçu par trois professionnels du FLE/S. Les témoignages en fin d’ouvrage que nous apportent trois enseignantes, spécialistes du FLE, renforcent encore un peu plus la perspective que nous avons voulu lui donner. Ils montrent aussi que la pratique de la classe inversée n’a pas de limite territoriale et qu’on peut la trouver dans la classe de français au Canada, en France ou au Liban ; comme on la trouve aussi au Mexique, au Brésil ou dans bien d’autres pays comme nous l’ont régulièrement rapporté les enseignants que nous rencontrons à l’occasion des formations que nous proposons aux quatre coins de la planète. 

Vous trouverez dans la Première partie de l’ouvrage un ensemble de huit chapitres qui vont tout d’abord s’interroger sur le lien entre le FLE/S et les pédagogies actives, puis vous proposer une définition (en 4 temps sans oublier la perspective historique) de la classe inversée voire des classes inversées. Cynthia Eid en a relevé trois types.

Autre point abordé, c’est la répartition des moments. Que se passe-t-il avant le cours puis pendant ? Comment organiser la classe ? Beaucoup de questions auxquelles répond l’ouvrage. On verra dans le chapitre 4 que les scénarios de la classe inversée dépendent du contexte d’enseignement alors que le chapitre 5 non seulement reprendra les avantages de cette démarche mais en pointera aussi les limites, car il est bon de savoir modérer certains “enthousiasmes débridés sous couvert de modernité”. On s’intéressera aussi à ce que nous dit le chapitre 5 sur les outils qui aident à inverser la classe mais aussi, sur des façons de la faire sans y avoir recours. Finalement, pour conclure cette première partie, il sera question de l’évaluation, sommative mais surtout “formative/formatrice dans une pédagogie de l’accompagnement, de l’encouragement et de la bienveillance”.

La Deuxième partie de l’ouvrage se veut plus “pratique”. Le lecteur y découvrira une mise en oeuvre de la classe inversée. On y parlera notamment des fameuses capsules vidéo pédagogique et de leur feuille de route, deux éléments-clé associés au type 1 de cette pratique et qui, comme le rappelle Marc Oddou, “constitue l’un des fondements de l’existence de ce courant pédagogique”. La démarche y est décrite dans le détail et est suivie de 8 fiches pour passer immédiatement à la pratique.

La Troisième (et dernière) partie propose le témoignage de trois enseignantes : Nancy Abi Khalil-Dib, chef du Département de français à l’Université des Arts, des Sciences et de Technologie (Liban), Géraldine Larguier, enseignante à l’Université de Pau et du Pays de l’Adour (France) et Rodine Eid, chargée de cours à la Faculté de l’éducation permanente à l’Université de Montréal (Québec). Toutes trois ont répondu à un questionnaire sur leur pratique de la classe inversée, les réactions de leurs étudiants, les difficultés rencontrées pour la mettre en oeuvre et elles donnent quelques conseils à celles et ceux qui voudraient s’y essayer. 

Ce livre n’a pas la prétention de convertir qui que ce soit à une pratique qui s’inscrit pleinement dans ce que nous appelons les pédagogies actives mais qui n’est pas sans présenter des réticences voire des résistances. Nous savons que la classe inversée, tout comme sa variante, la classe renversée, “ne sont un modèle ou une panacée” mais nous sommes cependant convaincus, tout comme l’écrit Marcel Lebrun, qu’il s’agit “à la fois d’une petite révolution par rapport à l’enseignement traditionnel (…) et une piste d’évolution acceptable et progressive pour les enseignants qui souhaitent se diriger vers une formation centrée sur l’apprenant, ses connaissances et ses compétences”.

Nous espérons que ce livre vous aidera à mieux comprendre ce qu’est la classe inversée et répondra à vos questions sans perdre de vue la nécessité de l’interroger. Bonne lecture !

Pour en savoir plus :

Eid, C., Oddou, M., Liria, P. : La classe inversée. Coll. Techniques et Pratiques de classe. CLE INTERNATIONAL, Paris : 2019. Préface de Marcel Lebrun (148 pages) – ISBN 9782090382297

Vous pouvez en feuilleter un extrait : https://issuu.com/marketingcle/docs/09038229_classe_inversee?fr=sNTFjOTI3ODc1Ng

Commandez-le dès maintenant : https://www.cle-international.com/formation/la-classe-inversee-techniques-et-pratiques-de-classe-livre-9782090382297.html

Le français dans le monde nº422 : Et si on tentait la classe inversée ? 

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La médiation, au coeur des débats

Posted by Philippe Liria sur 01/09/2019

Ce n’est peut-être qu’une fausse impression, mais je trouve qu’on parle peu du Volume complémentaire avec de nouveaux descripteurs du CECR. Passerait-il alors inaperçu ? En tout cas, presque rien (en français) sur les moteurs de recherches d’internet au-delà de la version en ligne de ce complément et quelques très rares articles qui y font référence. Peut-être m’aiderez-vous à en trouver d’autres. Ils sont les bienvenus ! Je m’étonne pourtant de cette absence car, même s’il ne s’agit pas d’applaudir aveuglément ce document, il a le mérite d’exister. Certes, il ne remplace pas le texte de 2001 mais il en précise des parties, en complète et parfois même, en corrige. En donner une plus large diffusion inciterait l’ensemble des professionnels travaillant dans le domaine de l’enseignement des langues à réfléchir sur ce que signifie enseigner/apprendre une langue 20 ans après la sortie du texte original d’autant que l’environnement même de l’apprentissage n’est clairement plus le même. Des apports qui doivent aussi nous faire réfléchir bien évidemment au type de ressources ou aux modèles d’activités habituellement proposées dans le matériel pour la classe, qu’il soit sur papier ou en ligne. Faut-il, par exemple, remettre à plat les programmes, les progressions, les tableaux de contenus… ? Nous devons au moins nous poser la question sans précipitation et avec discernement.

Il y a dans ce document de quelque 254 pages un point qui, comme je l’écrivais déjà en février 2018, n’est pas exempt de polémique, et qui semble en même temps être l’objet d’une attention toute particulière, c’est la médiation. comme le font remarquer les auteurs de ce Volume complémentaire – Brian North, Tim Goodier (Fondation Eurocentres) et Enrica Piccardo (Université de Toronto/Université de Grenoble-Alpes) – qui soulignent qu’il s’agit d’un « concept important, présent dans le CECR, et qui a pris une dimension encore plus grande, à la hauteur de la diversité linguistique et culturelle croissante de nos sociétés. L’élaboration de descripteurs pour la médiation était donc la partie la plus longue et la plus complexe du projet aboutissant à la production du volume complémentaire du CECR. » (p.22)

La médiation, c’est aussi le thème retenu par l’Institut français d’Espagne pour ses Journées pédagogiques annuelles qui se tiendront à Madrid les 13 et 14 septembre prochains : La médiation – apprendre le français, rencontrer l’autre. Ce sera certainement l’occasion de parler de ce Volume complémentaire qui réserve tout un chapitre à la question. 

Vous avez dit “médiation” ?

Avant toute chose, qu’entend-on par “médiation”. Allons donc à la source et voyons ce que nous en disent les auteurs du Volume complémentaire :

l’utilisateur/apprenant agit comme un acteur social créant des passerelles et des outils pour construire et transmettre du sens soit dans la même langue, soit d’une langue à une autre (médiation interlangues). L’accent est mis sur le rôle de la langue dans des processus tels que créer l’espace et les conditions pour communiquer et/ou apprendre, collaborer pour construire un nouveau sens, encourager les autres à construire et à comprendre un nouveau sens et faire passer les informations nouvelles de façon adéquate. Le contexte peut être social, pédagogique, linguistique ou professionnel.” (p.106)

A priori rien de nouveau : “la mise en oeuvre de la compétence de la médiation dans la classe de langue n’est pas une idée neuve” comme le rappellait à juste titre Jacques Pécheur dans sa conférence « Médiation et activités en classe de langue” qu’il avait prononcé à Malaga en mars dernier dans le cadre du XI Congrès des Escuelas oficiales de Idiomas (EOI). Elle est aussi vieille que l’apprentissage des langues et nous l’avons toutes et tous pratiquée en classe, sans nécessairement en être conscient, un peu comme Monsieur Jourdain qui faisait des vers sans en avoir l’air.

 

 

 

 

 

 

 

Les échelles de descripteurs du CECR – Volume complémentaire (p.107)

 

Concernant la médiation, ce que nous apporte ce Volume complémentaire, ce sont donc les échelles de descripteurs (et elles sont nombreuses)… comme si la médiation, intrinsèquement liée à l’interculturel, pouvait se retrouver enfermée “dans des grilles, sauf à vouloir les contrôler en les technicisant pour en assécher toute la diversité et l’hétérogénéité”, critiquait déjà en 2017 une tribune signée par plusieurs associations de professionnels qui s’inquiétaient des risques que comporterait une « utilisation coercitive, normative et, in fine, autoritaire, du CECR”. Car qui dit grilles dit qu’on apporte des critères pour dire si on est ou pas compétent et à quel niveau pour réaliser telle activité de médiation. Et pour mesurer cette compétence, il faudrait l’intégrer dans l’évaluation.

Médiation : quelle évaluation ?

J’ai écrit… « évaluation« . On le sait : rien que d’en parler rappelle à plus d’un le célèbre Dîner de famille de Caran d’Ache évoquant l’affaire Dreyffus. L’évaluation était d’ailleurs le sujet central de II Jornada GIELE (automne 2018). En effet, c’est un débat qui est vif en Espagne où les EOI ont été contraintes, par un décret royal, de faire une place, séance tenante,  à la médiation dans leur programme et donc dans leurs examens. Une décision précipitée ? Est-on allé trop vite ? Certes, cette médiation était parfois déjà présente dans certaines parties de l’évaluation comme le rappellent Núria Bastons et Montse Cañada du Departament d’Ensenyament de la Generalitat de Catalunya. Cette intégration est-elle une réponse possible à la place de la médiation dans l’évaluation ? Ou, au contraire, faudrait-il la rendre plus visible ? En l’isolant par exemple et en la considérant comme une compétence à part entière ?  Pour sa part, Pilar Calatayud de l’EOI d’Elda, l’une des intervenantes à cette journée, a conclu sa présentation en affirmant que l’évaluer en tant que telle renforçait la prise de conscience interculturelle et critique des apprenants et augmentait leur tolérance et leur empathie vis à vis d’autres cultures. Elle admet toutefois que la partie concernant l’interculturel pose encore beaucoup de questions. En effet, les interrogations sont nombreuses autour de la possibilité d’objectiviser, donc d’évaluer certains aspects contenus dans les descripteurs de médiation comme l’empathie, la capacité à mener à débat ou le degré de “conscience interculturelle”. S’agit-il de compétence ou de stratégie que doit mesurer un professeur de langue ? Est-ce son rôle ? S’interrogent plusieurs enseignants. Et si c’est le rôle de l’enseignant, comment l’introduit-il dans sa classe ? Quelles activités ? Comment prépare-t-il ses élèves ? Des questions que se posaient aussi depuis la Suisse, Sandrine Onillon du Hep-Bejune. Cette spécialiste en approche actionnelle et en interculturalité s’interroge dans un article publié en juillet dernier sur la possibilité réelle de mettre en place dans la classe certains des descripteurs proposés par le Volume complémentaire.

Renforcer la médiation, c’est aussi renforcer des aspects que nous avions déjà mis en avant lors de la réflexion sur l’évaluation des projets dans une démarche actionnelle : Les apprenants ne sont plus (uniquement) des apprenants de langue mais de plus en plus des apprenants à vivre, travailler, collaborer dans des environnements culturels différents et multiples.  Le projet doit les y préparer. Les grilles d’évaluation de projets contiennent déjà – dans la section “compétences pragmatiques” des critères proches – voire identiques – à ceux que proposent les descripteurs de la médiation. 

Quelle place pour les autres langues dans la classe ?

Etre critique vis à vis de la médiation ne doit pas non plus nous faire perdre de vue des réflexions intéressantes sur la place des autres de langues de la classe et non pas seulement celle enseignée dans le processus d’apprentissage. Les descripteurs de médiation mentionnent clairement la présence d’au moins deux langues et pas uniquement dans ceux portant sur la traduction. Ainsi dans “transmettre des informations spécifiques à l’oral”, on trouve en A1 : “Peut transmettre (en langue B), des instructions simples et prévisibles concernant des horaires et des lieux. sous forme d’énoncés courts et simples (en langue A).” Et dans “transmettre des informations spécifiques à l’écrit” toujours en A1 : “Peut énumérer (en langue B) des noms, des nombres, des prix et des informations très simples d’un intérêt immédiat (données en langue A), si la personne les énonce très lentement et clairement avec des répétitions. 

C’est d’ailleurs une des questions centrales de l’intervention de Núria Bastons et Montse Cañada. Pour le moment, il semblerait que les EOI de Catalogne, à la différence de celles du Pays valencien, ont décidé de ne faire des activités et de n’en évaluer que dans la langue cible. Ce qui limiterait la médiation culturelle mais contournerait ainsi les questions sur la langue de départ. D’autres envisagent que les apprenants, surtout dans des contextes multilingues, apportent leurs propres textes dans la langue de leur choix… Le débat est ouvert et aucune réponse définitive n’a été apportée mais il est clair que cet aspect de la médiation s’ouvre sur le plurilinguisme.    

A la lecture de ces questions que se posent les professeurs de langue en Espagne – de français, mais aussi d’anglais, d’allemand, d’espagnol ou de catalan pour étrangers, etc. -, je pense bien que certain.e.s sont déjà en train de crier au scandale et jurent déjà par Toutatis que nenni ! Pas question de laisser entrer une autre langue que le français dans leur classe. Certaines institutions qui se vantent même d’interdire tout autre langue que le français dans la salle de classe tout en se targuant de suivre à la lettre le Cadre devront-elles dès lors faire comme si ces nouveaux descripteurs n’existaient pas ? Se résigneront-elles plutôt à manger leur chapeau et à accepter que le plurilinguisme est une voie à (enfin) explorer un peu plus profondément dans l’apprentissage d’une langue ? Toutes celles et tous ceux qui vivons, souvent depuis notre plus jeune âge mais pas seulement, dans des milieux plurilingues le savons, c’est ce contact entre nos langues (de famille, d’environnement social, de travail…) qui a largement contribué à ce que nous en maîtrisions non pas deux mais généralement plusieurs, à des degrés de compétences variables bien sûr selon la langue et au sein même de chacune de ces langues (ce qui parfois surprend). 

 

 

Ce Volume complémentaire est loin d’être parfait. Ces auteurs en sont conscients. Nous l’avons vu : certains descripteurs, comme ceux de médiation mais aussi sur la compétence plurilingue et pluriculturelle, ne manquent pas d’être polémiques. Mais en existant, il nous pousse à la réflexion sur le sens que nous voulons donner à l’enseignement-apprentissage d’une langue. Devons-nous nous arrêter aux questions linguistiques ? Ce que défendent certains professionnels considérant que nous outre-passons les compétences pour lesquelles nous sommes formés. Devons-nous, au contraire, envisager la définition du professeur de langue, en l’occurrence de français dans une toute autre perspective qui dépasse justement le cadre de la langue pour mieux préparer nos apprenants aux nouveaux défis de la société d’aujourd’hui ?

 

Pour en savoir plus

CADRE EUROPÉEN COMMUN DE RÉFÉRENCE POUR LES LANGUES : APPRENDRE, ENSEIGNER, ÉVALUER – VOLUME COMPLÉMENTAIRE AVEC DE NOUVEAUX DESCRIPTEURS : https://rm.coe.int/cecr-volume-complementaire-avec-de-nouveaux-descripteurs/16807875d5 

(et dans sa version originale en anglais : https://rm.coe.int/cefr-companion-volume-with-new-descriptors-2018/1680787989) 

II jornada del Grupo de Interés en Evaluación de Lenguas en España (GIELE) : »Evaluación de lenguas en España: Calidad e innovación” – Centro de Lenguas. Universitat Politècnica de València (26-27/10/2018) : http://giele.webs.upv.es/ii-jornada-giele-3/

Vous trouverez les interventions citées dans l’article à partir de ce lien avec notamment les propositions de grilles d’évaluation. 

Sandrine Onillon : “Développer le répertoire pluriculturel des élèves en classe de langue étrangère : les descripteurs du CECR (vol complémentaire, 2018) sont-ils réalisables dans les classes de langues étrangères?” https://www.2cr2d.ch/developper-le-repertoire-pluriculturel-des-eleves-en-classe-de-langue-etrangere-les-descripteurs-du-cecr-vol-complementaire-2018-sont-ils-realisables-dans-les-classes-de-langues-etran/

La médiation dans la méthode Tendances (J. Girardet, J. Pécheur et al., CLE International)

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