Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

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Innovation et créativité sont au rendez-vous le 28 novembre prochain

Posted by Philippe Liria sur 23/11/2019

Un grand jour dans votre agenda… enfin peut-être

Le 28 novembre sera un grand jour pour beaucoup d’entre vous, lectrices et lecteurs : c’est le Jour du prof de français ! Le premier de l’histoire ! Pas question d’aigrir la fête mais j’aurais quand même une pensée pour toutes et tous qui n’aurez peut-être pas le temps de célébrer quoi que ce soit (car ce n’est pas férié) en raison d’un emploi du temps compliqué, entre 7 heures du mat et 23 heures, pris entre votre cours en entreprise, l’école de langues qui vous donne quelques heures par-ci par-là – si elles ne sont pas annulées au dernier moment -, les cours particuliers en présentiel et peut-être, parce que vous êtes de plus en plus à en avoir, votre cours en ligne à pas d’heure avec un apprenant à l’autre bout du monde… D’ailleurs, si vous êtes parmi celles et ceux qui donnez justement un cours en ligne et si vous avez deux minutes de battement, entre un cours, des copies à corriger et un sandwich avalé à la va-vite, contribuez à cette journée en témoignant de votre expérience sur ces cours en ligne. C’est l’occasion car cette Journée internationale des professeurs de français est justement consacrée à l’innovation et la créativité. Les cours de FLE en ligne, avant de devenir des produits des écoles de langues, ont d’abord été un moyen pour plusieurs d’entre vous d’arrondir les fins de mois en proposant de faire classe grâce aux possibilités que nous donnent les visioconférences, même très élémentaires parfois mais de plus en plus sophistiquées aujourd’hui.

J’ai dit que je ne voulais pas aigrir la journée en ne parlant que de la grande précarité qui règne dans le monde du FLE. J’ai entendu récemment qu’il n’était pas question que les profs de français ne tombent dans l’ubérisation. Ils ne risquent pas, ils l’ont précédée ! On peut même se demander s’ils n’ont pas inspiré les Glovo et autres coursiers précarisés de la nouvelle économie. Bref, pensons en positif, sans être bisonours pour autant ! Célébrons donc que tout à coup, on se soit souvenu que les profs de FLE existent ainsi que toutes celles et tous ceux qui enseignent dans les filières bilingues un peu partout dans le monde – et vous êtes de plus en plus nombreux/-euses -. Et qui aussi devez faire souvent preuve d’une grande créativité pour pallier le manque de ressources quand il s’agit d’enseigner en français de l’histoire, des maths, des SVT… même si depuis quelques temps, il semblerait que les choses s’améliorent.

Une journée pour partager expériences et pratiques

L’objectif de cette journée n’est d’ailleurs pas de parler de toutes ces choses qui fâchent. Le 28 novembre, c’est un peu comme un repas de famille où on demande aux grincheux de ne parler ni politique ni religion. L’objectif est bel et bien de « valoriser le métier d’enseignant de français » mais sans aborder les conditions dans lesquelles il ou elle exerce sa profession. Non, il s’agira tout simplement de « créer du lien » mais aussi, – c’est gentil – « de la solidarité ». On ne parle pas des problèmes mais on compatit. Ça doit être un des points en lien avec cette empathie dont on parle tant aujourd’hui et dont il faut faire preuve dans les cours. L’idée de cette journée est de « partager (…) expériences et (…) pratiques » nous rappelle la brochure éditée pour l’occasion. Une idée qui remonte à un souhait du Président Emmanuel Macron de valoriser le métier de professeurs de français dans le monde, « ces héros bien particuliers qu’on appelle les professeurs de français« , déclarait-il le 20 mars 2018 à l’occasion de la Journée de la Francophonie. C’était clairement exprimé dans le point 6 du chapitre Apprendre du dossier de presse du même jour : Une ambition pour la langue française et le plurilinguisme et publié directement par les services de l’Elysée. Ce n’est peut-être pour le moment qu’une petite goutte dans le désert budgétaire du FLE mais à défaut de moyens, il y a l’ambition. Avant, chez ses prédécesseurs, le prof de français à l’étranger n’existait même pas ! Ce dossier étant d’ailleurs public, il faudrait peut-être s’appuyer un peu plus dessus, et pas simplement depuis les services de coopération des ambassades, pour faire remonter des initiatives permettant d’améliorer le statut du prof de FLE qui n’a guère évolué ces derniers années (en tout cas pas en mieux). Car c’est en améliorant les conditions dans lesquelles ils / elles réalisent leur profession que nous pourront aussi relever le défi de « redonner à la langue française sa place et son rôle dans le monde« . Car à travers cette amélioration absolument nécessaire dépend aussi la qualité des cours donnés… parce qu’il faut bien avoir le temps de les préparer (eh oui !) et pour les préparer, il faut avoir du temps pour mener une veille pédagogique (et même pédago-numérique), se pencher sur les ressources existantes (ou en créer de nouvelles), en prendre pour expérimenter du matériel et des techniques de classe. On n’innove pas d’un coup de baguette magique (eh non !). L’innovation demande du temps. Et on ne peut qu’applaudir tout le talent dont vous faites preuve parce que, malgré justement le manque de temps, vous arrivez déjà à être innovants et créatifs. Imaginez donc si en plus, vous aviez le temps et les moyens !

Des initiatives un peu partout sur la planète

L’idée de cette grande fête du 28 novembre semble avoir pris et depuis quelques jours, on voit apparaître sur les profils des profs de français un peu partout dans le monde un cadre aux couleurs de cette journée. Et c’est une bonne chose (même si je grogne un peu). C’est peut-être un premier pas vers une prise de conscience que les acteurs du FLE formons une grande famille, au-delà même des associations locales ou nationales ou de la FIPF qui participe bien sûr à cette journée et propose la #jipf en vidéo. Le mouvement autour de ce 28 novembre n’est pas que symbolique autour de ce ruban qui enveloppe nos profils : on a vu qu’autour de cette journée, ce sont montées des activités multiples et variées aux quatre coins de la planète. Parfois ce sont des conférences, parfois des ateliers, parfois encore des jeux ou des concerts… Pas question ici de reprendre tout ce qui va se passer mais allez jeter un oeil sur le site dédié et vous verrez qu’il y a vraiment beaucoup de choses qui se passent. D’ailleurs le site a mis en ligne un programme interactif qui permet de retrouver facilement pays par pays, ville par ville et même catégorie par catégorie tout ce qui se fera ce jour-là. On remarquera la nombre impressionnant d’événements programmés en Europe mais aussi en au Mexique et en Amérique centrale. On peut certainement faire mieux mais c’est déjà bien pour une première, surtout quand on sait que le temps, encore lui, a terriblement manqué pour organiser ce grand moment pour les professeurs de français du monde entier.

Dans le cadre justement de cette grande journée internationale des professeurs de français, je vous propose de retrouver le miniMooc que nous proposons depuis CLE International au sujet de la classe inversée. Ce sera à partir de 16 heures (heure de Paris) mais vous pourrez ensuite visionner à tout moment les capsules sur la chaîne Youtube de CLE International. Et si vous êtes au Mexique, vous pouvez aussi vous assister à la conférence que prononcera Sébastien Langevin, rédacteur en chef du Français dans le Monde (revue dont c’est aussi un peu la fête en quelque sorte) à la Casa de Francia (Ciudad de México). Une façon pour les partenaires que nous sommes dans votre quotidien d’enseignant de FLE d’être aussi avec vous pendant cette journée.

Pour en savoir plus

Le site officiel du Jour du prof de français : https://lejourduprof.com

Le jour du prof de français, mode d’emploi. Brochure en ligne : https://www.auf.org/wp-content/uploads/2019/07/K3990_Brochure_JPF_web.pdf

Une ambition pour la langue française et le plurilinguisme, Services de presse de la Présidence de la République : https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/une_ambition_pour_la_langue_francaise_et_le_plurilinguisme_cle816221.pdf

MiniMooc CLE Formation « La classe inversée », 28 novembre 2019 (à partir de 16h) : https://www.cleformation.org/agenda-cle-formation/minimooc-la-classe-inversée/

La #jipf en vidéo. Pour y participer : http://fipf.org/actualite/participez-la-jipf-en-video

 

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La classe inversée : méthodologie, mise en oeuvre et témoignages

Posted by Philippe Liria sur 18/09/2019

La classe inversée, l’ouvrage est maintenant disponible !

La classe inversée – ou devrais-je écrire les classes inversées ? – occupe déjà une certaine place dans la classe en général et même dans celle de langue, donc en FLE malgré les difficultés qu’on aurait bien tort de nier ou de minimiser. Plusieurs ouvrages sont parus et de nombreux articles ont été publiés pour l’expliquer, y compris dans ce blog. Mais, comme le souligne Marcel Lebrun qui signe la préface de cet ouvrage – et que je remercie ici très chaleureusement pour sa contribution -, “l’originalité (de ce livre) vient d’une part de ses trois parties, l’une davantage conceptuelle, l’autre contextuelle et la dernière plus réflexive et d’autre part de son ancrage disciplinaire dans l’enseignement du français, langue étrangère et langue seconde.” Et c’est exact : même si nous sommes bien conscients qu’il s’agit avant tout d’un “état d’esprit” (quelle que soit la matière enseignée), comme je ne me lasse jamais de le répéter dans les formations que j’anime sur la classe inversée, l’une des particularités de ce livre est qu’il a été conçu par trois professionnels du FLE/S. Les témoignages en fin d’ouvrage que nous apportent trois enseignantes, spécialistes du FLE, renforcent encore un peu plus la perspective que nous avons voulu lui donner. Ils montrent aussi que la pratique de la classe inversée n’a pas de limite territoriale et qu’on peut la trouver dans la classe de français au Canada, en France ou au Liban ; comme on la trouve aussi au Mexique, au Brésil ou dans bien d’autres pays comme nous l’ont régulièrement rapporté les enseignants que nous rencontrons à l’occasion des formations que nous proposons aux quatre coins de la planète. 

Vous trouverez dans la Première partie de l’ouvrage un ensemble de huit chapitres qui vont tout d’abord s’interroger sur le lien entre le FLE/S et les pédagogies actives, puis vous proposer une définition (en 4 temps sans oublier la perspective historique) de la classe inversée voire des classes inversées. Cynthia Eid en a relevé trois types.

Autre point abordé, c’est la répartition des moments. Que se passe-t-il avant le cours puis pendant ? Comment organiser la classe ? Beaucoup de questions auxquelles répond l’ouvrage. On verra dans le chapitre 4 que les scénarios de la classe inversée dépendent du contexte d’enseignement alors que le chapitre 5 non seulement reprendra les avantages de cette démarche mais en pointera aussi les limites, car il est bon de savoir modérer certains “enthousiasmes débridés sous couvert de modernité”. On s’intéressera aussi à ce que nous dit le chapitre 5 sur les outils qui aident à inverser la classe mais aussi, sur des façons de la faire sans y avoir recours. Finalement, pour conclure cette première partie, il sera question de l’évaluation, sommative mais surtout “formative/formatrice dans une pédagogie de l’accompagnement, de l’encouragement et de la bienveillance”.

La Deuxième partie de l’ouvrage se veut plus “pratique”. Le lecteur y découvrira une mise en oeuvre de la classe inversée. On y parlera notamment des fameuses capsules vidéo pédagogique et de leur feuille de route, deux éléments-clé associés au type 1 de cette pratique et qui, comme le rappelle Marc Oddou, “constitue l’un des fondements de l’existence de ce courant pédagogique”. La démarche y est décrite dans le détail et est suivie de 8 fiches pour passer immédiatement à la pratique.

La Troisième (et dernière) partie propose le témoignage de trois enseignantes : Nancy Abi Khalil-Dib, chef du Département de français à l’Université des Arts, des Sciences et de Technologie (Liban), Géraldine Larguier, enseignante à l’Université de Pau et du Pays de l’Adour (France) et Rodine Eid, chargée de cours à la Faculté de l’éducation permanente à l’Université de Montréal (Québec). Toutes trois ont répondu à un questionnaire sur leur pratique de la classe inversée, les réactions de leurs étudiants, les difficultés rencontrées pour la mettre en oeuvre et elles donnent quelques conseils à celles et ceux qui voudraient s’y essayer. 

Ce livre n’a pas la prétention de convertir qui que ce soit à une pratique qui s’inscrit pleinement dans ce que nous appelons les pédagogies actives mais qui n’est pas sans présenter des réticences voire des résistances. Nous savons que la classe inversée, tout comme sa variante, la classe renversée, “ne sont un modèle ou une panacée” mais nous sommes cependant convaincus, tout comme l’écrit Marcel Lebrun, qu’il s’agit “à la fois d’une petite révolution par rapport à l’enseignement traditionnel (…) et une piste d’évolution acceptable et progressive pour les enseignants qui souhaitent se diriger vers une formation centrée sur l’apprenant, ses connaissances et ses compétences”.

Nous espérons que ce livre vous aidera à mieux comprendre ce qu’est la classe inversée et répondra à vos questions sans perdre de vue la nécessité de l’interroger. Bonne lecture !

Pour en savoir plus :

Eid, C., Oddou, M., Liria, P. : La classe inversée. Coll. Techniques et Pratiques de classe. CLE INTERNATIONAL, Paris : 2019. Préface de Marcel Lebrun (148 pages) – ISBN 9782090382297

Vous pouvez en feuilleter un extrait : https://issuu.com/marketingcle/docs/09038229_classe_inversee?fr=sNTFjOTI3ODc1Ng

Commandez-le dès maintenant : https://www.cle-international.com/formation/la-classe-inversee-techniques-et-pratiques-de-classe-livre-9782090382297.html

Le français dans le monde nº422 : Et si on tentait la classe inversée ? 

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La médiation, au coeur des débats

Posted by Philippe Liria sur 01/09/2019

Ce n’est peut-être qu’une fausse impression, mais je trouve qu’on parle peu du Volume complémentaire avec de nouveaux descripteurs du CECR. Passerait-il alors inaperçu ? En tout cas, presque rien (en français) sur les moteurs de recherches d’internet au-delà de la version en ligne de ce complément et quelques très rares articles qui y font référence. Peut-être m’aiderez-vous à en trouver d’autres. Ils sont les bienvenus ! Je m’étonne pourtant de cette absence car, même s’il ne s’agit pas d’applaudir aveuglément ce document, il a le mérite d’exister. Certes, il ne remplace pas le texte de 2001 mais il en précise des parties, en complète et parfois même, en corrige. En donner une plus large diffusion inciterait l’ensemble des professionnels travaillant dans le domaine de l’enseignement des langues à réfléchir sur ce que signifie enseigner/apprendre une langue 20 ans après la sortie du texte original d’autant que l’environnement même de l’apprentissage n’est clairement plus le même. Des apports qui doivent aussi nous faire réfléchir bien évidemment au type de ressources ou aux modèles d’activités habituellement proposées dans le matériel pour la classe, qu’il soit sur papier ou en ligne. Faut-il, par exemple, remettre à plat les programmes, les progressions, les tableaux de contenus… ? Nous devons au moins nous poser la question sans précipitation et avec discernement.

Il y a dans ce document de quelque 254 pages un point qui, comme je l’écrivais déjà en février 2018, n’est pas exempt de polémique, et qui semble en même temps être l’objet d’une attention toute particulière, c’est la médiation. comme le font remarquer les auteurs de ce Volume complémentaire – Brian North, Tim Goodier (Fondation Eurocentres) et Enrica Piccardo (Université de Toronto/Université de Grenoble-Alpes) – qui soulignent qu’il s’agit d’un « concept important, présent dans le CECR, et qui a pris une dimension encore plus grande, à la hauteur de la diversité linguistique et culturelle croissante de nos sociétés. L’élaboration de descripteurs pour la médiation était donc la partie la plus longue et la plus complexe du projet aboutissant à la production du volume complémentaire du CECR. » (p.22)

La médiation, c’est aussi le thème retenu par l’Institut français d’Espagne pour ses Journées pédagogiques annuelles qui se tiendront à Madrid les 13 et 14 septembre prochains : La médiation – apprendre le français, rencontrer l’autre. Ce sera certainement l’occasion de parler de ce Volume complémentaire qui réserve tout un chapitre à la question. 

Vous avez dit “médiation” ?

Avant toute chose, qu’entend-on par “médiation”. Allons donc à la source et voyons ce que nous en disent les auteurs du Volume complémentaire :

l’utilisateur/apprenant agit comme un acteur social créant des passerelles et des outils pour construire et transmettre du sens soit dans la même langue, soit d’une langue à une autre (médiation interlangues). L’accent est mis sur le rôle de la langue dans des processus tels que créer l’espace et les conditions pour communiquer et/ou apprendre, collaborer pour construire un nouveau sens, encourager les autres à construire et à comprendre un nouveau sens et faire passer les informations nouvelles de façon adéquate. Le contexte peut être social, pédagogique, linguistique ou professionnel.” (p.106)

A priori rien de nouveau : “la mise en oeuvre de la compétence de la médiation dans la classe de langue n’est pas une idée neuve” comme le rappellait à juste titre Jacques Pécheur dans sa conférence « Médiation et activités en classe de langue” qu’il avait prononcé à Malaga en mars dernier dans le cadre du XI Congrès des Escuelas oficiales de Idiomas (EOI). Elle est aussi vieille que l’apprentissage des langues et nous l’avons toutes et tous pratiquée en classe, sans nécessairement en être conscient, un peu comme Monsieur Jourdain qui faisait des vers sans en avoir l’air.

 

 

 

 

 

 

 

Les échelles de descripteurs du CECR – Volume complémentaire (p.107)

 

Concernant la médiation, ce que nous apporte ce Volume complémentaire, ce sont donc les échelles de descripteurs (et elles sont nombreuses)… comme si la médiation, intrinsèquement liée à l’interculturel, pouvait se retrouver enfermée “dans des grilles, sauf à vouloir les contrôler en les technicisant pour en assécher toute la diversité et l’hétérogénéité”, critiquait déjà en 2017 une tribune signée par plusieurs associations de professionnels qui s’inquiétaient des risques que comporterait une « utilisation coercitive, normative et, in fine, autoritaire, du CECR”. Car qui dit grilles dit qu’on apporte des critères pour dire si on est ou pas compétent et à quel niveau pour réaliser telle activité de médiation. Et pour mesurer cette compétence, il faudrait l’intégrer dans l’évaluation.

Médiation : quelle évaluation ?

J’ai écrit… « évaluation« . On le sait : rien que d’en parler rappelle à plus d’un le célèbre Dîner de famille de Caran d’Ache évoquant l’affaire Dreyffus. L’évaluation était d’ailleurs le sujet central de II Jornada GIELE (automne 2018). En effet, c’est un débat qui est vif en Espagne où les EOI ont été contraintes, par un décret royal, de faire une place, séance tenante,  à la médiation dans leur programme et donc dans leurs examens. Une décision précipitée ? Est-on allé trop vite ? Certes, cette médiation était parfois déjà présente dans certaines parties de l’évaluation comme le rappellent Núria Bastons et Montse Cañada du Departament d’Ensenyament de la Generalitat de Catalunya. Cette intégration est-elle une réponse possible à la place de la médiation dans l’évaluation ? Ou, au contraire, faudrait-il la rendre plus visible ? En l’isolant par exemple et en la considérant comme une compétence à part entière ?  Pour sa part, Pilar Calatayud de l’EOI d’Elda, l’une des intervenantes à cette journée, a conclu sa présentation en affirmant que l’évaluer en tant que telle renforçait la prise de conscience interculturelle et critique des apprenants et augmentait leur tolérance et leur empathie vis à vis d’autres cultures. Elle admet toutefois que la partie concernant l’interculturel pose encore beaucoup de questions. En effet, les interrogations sont nombreuses autour de la possibilité d’objectiviser, donc d’évaluer certains aspects contenus dans les descripteurs de médiation comme l’empathie, la capacité à mener à débat ou le degré de “conscience interculturelle”. S’agit-il de compétence ou de stratégie que doit mesurer un professeur de langue ? Est-ce son rôle ? S’interrogent plusieurs enseignants. Et si c’est le rôle de l’enseignant, comment l’introduit-il dans sa classe ? Quelles activités ? Comment prépare-t-il ses élèves ? Des questions que se posaient aussi depuis la Suisse, Sandrine Onillon du Hep-Bejune. Cette spécialiste en approche actionnelle et en interculturalité s’interroge dans un article publié en juillet dernier sur la possibilité réelle de mettre en place dans la classe certains des descripteurs proposés par le Volume complémentaire.

Renforcer la médiation, c’est aussi renforcer des aspects que nous avions déjà mis en avant lors de la réflexion sur l’évaluation des projets dans une démarche actionnelle : Les apprenants ne sont plus (uniquement) des apprenants de langue mais de plus en plus des apprenants à vivre, travailler, collaborer dans des environnements culturels différents et multiples.  Le projet doit les y préparer. Les grilles d’évaluation de projets contiennent déjà – dans la section “compétences pragmatiques” des critères proches – voire identiques – à ceux que proposent les descripteurs de la médiation. 

Quelle place pour les autres langues dans la classe ?

Etre critique vis à vis de la médiation ne doit pas non plus nous faire perdre de vue des réflexions intéressantes sur la place des autres de langues de la classe et non pas seulement celle enseignée dans le processus d’apprentissage. Les descripteurs de médiation mentionnent clairement la présence d’au moins deux langues et pas uniquement dans ceux portant sur la traduction. Ainsi dans “transmettre des informations spécifiques à l’oral”, on trouve en A1 : “Peut transmettre (en langue B), des instructions simples et prévisibles concernant des horaires et des lieux. sous forme d’énoncés courts et simples (en langue A).” Et dans “transmettre des informations spécifiques à l’écrit” toujours en A1 : “Peut énumérer (en langue B) des noms, des nombres, des prix et des informations très simples d’un intérêt immédiat (données en langue A), si la personne les énonce très lentement et clairement avec des répétitions. 

C’est d’ailleurs une des questions centrales de l’intervention de Núria Bastons et Montse Cañada. Pour le moment, il semblerait que les EOI de Catalogne, à la différence de celles du Pays valencien, ont décidé de ne faire des activités et de n’en évaluer que dans la langue cible. Ce qui limiterait la médiation culturelle mais contournerait ainsi les questions sur la langue de départ. D’autres envisagent que les apprenants, surtout dans des contextes multilingues, apportent leurs propres textes dans la langue de leur choix… Le débat est ouvert et aucune réponse définitive n’a été apportée mais il est clair que cet aspect de la médiation s’ouvre sur le plurilinguisme.    

A la lecture de ces questions que se posent les professeurs de langue en Espagne – de français, mais aussi d’anglais, d’allemand, d’espagnol ou de catalan pour étrangers, etc. -, je pense bien que certain.e.s sont déjà en train de crier au scandale et jurent déjà par Toutatis que nenni ! Pas question de laisser entrer une autre langue que le français dans leur classe. Certaines institutions qui se vantent même d’interdire tout autre langue que le français dans la salle de classe tout en se targuant de suivre à la lettre le Cadre devront-elles dès lors faire comme si ces nouveaux descripteurs n’existaient pas ? Se résigneront-elles plutôt à manger leur chapeau et à accepter que le plurilinguisme est une voie à (enfin) explorer un peu plus profondément dans l’apprentissage d’une langue ? Toutes celles et tous ceux qui vivons, souvent depuis notre plus jeune âge mais pas seulement, dans des milieux plurilingues le savons, c’est ce contact entre nos langues (de famille, d’environnement social, de travail…) qui a largement contribué à ce que nous en maîtrisions non pas deux mais généralement plusieurs, à des degrés de compétences variables bien sûr selon la langue et au sein même de chacune de ces langues (ce qui parfois surprend). 

 

 

Ce Volume complémentaire est loin d’être parfait. Ces auteurs en sont conscients. Nous l’avons vu : certains descripteurs, comme ceux de médiation mais aussi sur la compétence plurilingue et pluriculturelle, ne manquent pas d’être polémiques. Mais en existant, il nous pousse à la réflexion sur le sens que nous voulons donner à l’enseignement-apprentissage d’une langue. Devons-nous nous arrêter aux questions linguistiques ? Ce que défendent certains professionnels considérant que nous outre-passons les compétences pour lesquelles nous sommes formés. Devons-nous, au contraire, envisager la définition du professeur de langue, en l’occurrence de français dans une toute autre perspective qui dépasse justement le cadre de la langue pour mieux préparer nos apprenants aux nouveaux défis de la société d’aujourd’hui ?

 

Pour en savoir plus

CADRE EUROPÉEN COMMUN DE RÉFÉRENCE POUR LES LANGUES : APPRENDRE, ENSEIGNER, ÉVALUER – VOLUME COMPLÉMENTAIRE AVEC DE NOUVEAUX DESCRIPTEURS : https://rm.coe.int/cecr-volume-complementaire-avec-de-nouveaux-descripteurs/16807875d5 

(et dans sa version originale en anglais : https://rm.coe.int/cefr-companion-volume-with-new-descriptors-2018/1680787989) 

II jornada del Grupo de Interés en Evaluación de Lenguas en España (GIELE) : »Evaluación de lenguas en España: Calidad e innovación” – Centro de Lenguas. Universitat Politècnica de València (26-27/10/2018) : http://giele.webs.upv.es/ii-jornada-giele-3/

Vous trouverez les interventions citées dans l’article à partir de ce lien avec notamment les propositions de grilles d’évaluation. 

Sandrine Onillon : “Développer le répertoire pluriculturel des élèves en classe de langue étrangère : les descripteurs du CECR (vol complémentaire, 2018) sont-ils réalisables dans les classes de langues étrangères?” https://www.2cr2d.ch/developper-le-repertoire-pluriculturel-des-eleves-en-classe-de-langue-etrangere-les-descripteurs-du-cecr-vol-complementaire-2018-sont-ils-realisables-dans-les-classes-de-langues-etran/

La médiation dans la méthode Tendances (J. Girardet, J. Pécheur et al., CLE International)

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Entretien sur la classe inversée

Posted by Philippe Liria sur 02/08/2019

Voici quelques semaines déjà Marianne Viader de Culture FLE m’a interviewé au sujet de la classe inversée. Je n’avais pas encore eu le temps de relayer cet entretien : La classe inversée avec Philippe Liria https://youtu.be/88W6kZIyh5Q via @YouTube‬

J’en profite pour vous recommander de suivre sa chaîne Youtube Culture et confiture où vous trouverez de nombreux entretiens en podcast sur différents sujets en lien avec le monde du FLE : l’interculturel avec Lionel Favier, la phonétique avec Michel Billières, etc.

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Une francophonie en « mutation »

Posted by Philippe Liria sur 11/07/2019

Décidément, depuis quelques mois, j’ai souvent fait référence au français d’ailleurs dans ce blog. Je vous avais parlé en avril du Tendances C1 dont les contenus font une large place au monde francophone et puis voilà qu’en mai, je vous parlais du français vu depuis les Amériques. Récemment aussi j’annonçais sur ma page Facebook la parution de différents ouvrages où, encore une fois, c’était le français d’outre-atlantique qui était mis en avant avec la sortie d’un ouvrage pour préparer au TEFAQ et deux autres sur l’expression orale dans la collection Compétences.

Cette fois-ci, l’actualité me porte à évoquer de nouveau ces français d’ailleurs (entendez bien ces variantes plus ou moins prononcées du français au-delà de l’Hexagone) et surtout les cultures qu’ils véhiculent. Je le fais à l’occasion d’une « mutation« , celle de la revue Francophonie du Sud qui devient, à partir de ce mois de juillet, Francophonie du Monde. Ce mot, « mutation » est celui qu’emploie Baytir Kâ, président de l’Association des Professeurs de français de l’Afrique et de l’Océan Indien (APFA-OI), dans l’édito du nº 1 de cette toute nouvelle formule du supplément bien connu du Français dans le Monde. La date de parution n’est évidemment pas due au hasard. Elle coïncide justement avec le congrès de l’APFA-OI qui s’est tenu à la fin du mois dernier dans la capitale sénégalaise.

Même si Francophonies du Monde va continuer à faire une large place à l’Afrique, ce qui peut se comprendre si l’on considère les chiffres de l’ODSEF qu’on nous ressasse régulièrement depuis quelque temps. Ceux-ci situent en effet ce continent clairement en tête des zones francophones du monde : 70% de la population parlant français vivra sur le continent africain d’ici une trentaine d’années, nous dit-on. Ce changement donc ou plutôt cette « mutation » du titre de la revue va permettre d’élargir le spectre et de la faire rayonner sur l’ensemble de la Francophonie. Ainsi ce premier numéro propose-t-il des articles en provenance bien entendu d’Afrique (Maghreb et Afrique Sub-saharienne) mais aussi du Sud-Est asiatique. Et on peut imaginer que dans les numéros à venir, il y aura aussi des accents des francophonies des Amériques, dans toute leur pluralité. On sait que l’envie ne manque pas du côté du Canada de mieux faire entendre leur voix francophone bien au-delà de leur frontière, comme s’y emploie déjà le Centre de la Francophonie des Amériques (cf. mon article de mai dernier) ou encore l’Université de Montréal avec son centre de ressources en ligne, Francium.

Une « mutation » qui doit aussi aider les enseignants de français du monde entier à prendre encore plus conscience que la Francophonie est naturellement plurielle et que celle-ci doit donc être naturellement présente dans l’environnement d’apprentissage. Pour les enseignants, cela passe bien évidemment par la nécessité d’avoir une meilleure connaissance de cet espace « dans ses multiples facettes et ses mutations diverses« . Il faut aussi que ces enseignants aient accès à des ressources pour mieux maitriser cette connaissance et disposer d’outils pour créer des cours qui reflètent cette réalité, pendant trop longtemps invisible ou réduite à l’anecdote culturelle (une recette, un accent « bizarre« , etc.). C’est bien dommage mais si vrai hélas ! Récemment, j’ai encore entendu, horrifié, qu’on ne pouvait pas mettre un apprenant débutant en contact avec certains accents français sous prétexte qu’ils seraient trop difficiles à comprendre ! (je renvoie mes lecteurs à cet article que j’avais publié il y a presque deux ans sur la question). Beaucoup de clichés existent encore et il est urgent de les faire faire tomber.

Francophonies du Monde est donc bien une revue qui s’adresse à toutes et tous qui enseignent le français car c’est justement à travers quatre grandes rubriques (actualité, dossier, passerelles et pédagogie) que les lecteurs/enseignants pourront trouver tout ce dont ils ont besoin pour entrer dans ces « francophonies plus que jamais plurielles« . Autant de pistes donc pour ouvrir la salle de classe sur d’autres horizons.

La revue Francophonies du Monde, qu’édite la maison d’édition FLE, CLE International, est disponible par abonnement avec le Français dans le monde (FDLM). J’en profite d’ailleurs pour signaler que le dossier de son dernier numéro (nº424) est consacré aux professeurs de français « dans leur diversité géographique, leur singularité pédagogique et leur engagement associatif » à l’occasion du 50e anniversaire de la Fédération internationale des Professeurs de français (FIPF) dont le FDLM est, rappelons-le, la revue, papier mais aussi, ne pas l’oublier, en ligne, ce qui permet aujourd’hui de surmonter les aléas du service des postes locales et d’accéder à un véritable trésor que constituent les milliers d’articles et de documents audio, et d’y accéder où qu’on habite et enseigne dans ce monde en mutation.

 

 

 

Pour en savoir plus

Francophonies du Monde : http://www.fdlm.org/supplements/francophonies-du-sud/

Français dans le Monde : extrait à feuilleter du nº424 (juillet-août 2019) https://issuu.com/fdlm/docs/fdlm_424

ODSEF : Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone : https://www.odsef.fss.ulaval.ca

Université de Montréal : Francium, centre de ressources en ligne https://francais.umontreal.ca/ressources-et-formations/materiel-pedagogique-francium/

EDMOND, S. (2019) : ABC TEFAQ Test d’évaluation du français – Québec. Paris : CLE International +info

BARFÉTY, M. & altri (2019) : Expression oral B1 Amérique du Nord. Paris : CLE International, Coll. Compétences +info

BARFÉTY, M. & altri (2019) : Expression oral B2 Amérique du Nord. Paris : CLE International, Coll. Compétences +info

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Le français depuis les Amériques

Posted by Philippe Liria sur 29/05/2019

Vu d’Europe, on a peut-être trop souvent tendance à réduire la présence du français en Amérique à un simple point, tout au plus un cercle sur le carte, celui du Québec.

Danilo Braz de l’IFAC à l’occasion du 1er Colloque des Professeurs de Français du Salvador (Mai 2019, photo : P. Liria)

Et pourtant ! La langue française est bien plus présente dans les Amériques que ce qu’on penserait. Dans le reste du Canada tout d’abord où la demande d’enseignement du français n’a cesse de croitre au point qu’il y a une véritable pénurie de professeurs pour couvrir l’ensemble des places. Sans parler des communautés francophones de différentes provinces qui se battent pour défendre leurs droits linguistiques comme on est train de le voir en ce moment en Ontario où le gouvernement de Doug Ford est en train de compresser les services en français ou a mis fin au projet de financement de l’université de l’Ontario français. Pas toujours facile bien évidemment dans un contexte où il semblerait que le français soit en déclin dans certains coins du pays comme le rapportait en mars dernier Radio-Canada au sujet des provinces maritimes. Et pas exempt non plus de polémique comme on peut le voir à la lecture de cet article du quotidien Le devoir de novembre dernier. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la situation du français côté et côté législation, vous pouvez vous rendre sur le site de cliquezjustice.ca

Aux USA, plusieurs Etats – sur les côtes mais aussi dans des Etats comme l’Utha – connaissent une certaine effervescence de l’enseignement bilingue qui fait justement une belle part au français comme j’avais eu l’occasion de l’évoquer dans ce blog en juillet dernier. Les Amériques Centrale et du Sud ou la Caraïbe (je ne parle pas ici  des îles françaises où, bien entendu le français est obligatoire) ne sont pas en reste non plus, même si nous sommes encore bien loin des chiffres d’apprenants de français d’autrefois et qui allaient de paire avec une véritable francophilie. Espérons que les initiatives menées ces dernières années et visant à la réintroduction du français finissent par porter leurs fruits. L’enthousiasme y est, comme on l’a encore vu à la mi-mai lors du 1er Colloque des professeurs de français du Salvador qui a réuni pas loin d’une centaine d’enseignants et futurs enseignants. Il faudra bien sûr que la volonté politique : locale, qui doit comprendre que l’anglais seul n’est pas la bonne réponse ; et française aussi, qui devra faire que les moyens accompagnent. C’est en tout cas un beau projet mené Danilo Braz, l’actuel directeur de l’IFAC qui quitte ses fonctions d’ici quelques mois mais on ne peut qu’espérer que la lettre de mission de son successeur contiendra tous les éléments pour qu’il se poursuive.   

Cette présence du français du Nord au Sud de l’Amérique est souvent méconnue. Les propres acteurs de ces mondes francophones souvent ne se connaissent pas. C’est bien dommage ! C’est dans ce cadre que les actions menées par le Centre de la Francophonie des Amériques (CFA) sont la preuve à la fois de ce dynamisme mais aussi de cette nécessité de coordination à l’échelle continentale. Cet organisme public né en 2006 et que soutient le Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, je l’ai découvert il y a quelques années au Costa Rica – pour rappel, le seul pays d’Amérique latine a être doté d’un programme d’enseignement obligatoire du français au collège – lors d’un congrès d’ACOPROF où Denis Desgagné, alors président-directeur du CFA, présentait les actions du Centre. A l’époque déjà, j’avais été interpellé par l’énergie et la motivation que transmettait le CFA dont le but est de promouvoir une francophonie plurielle et le “renforcement et l’enrichissement des relations ainsi que (pour) la complémentarité d’action entre les francophones et francophiles du Québec, du Canada et des Amériques”. Toutes les Amériques et c’est ce qui est merveilleux !

Slame tes accents !

Au programme, parmi ces actions, il y a Slame tes accents. La 2e édition de ce concours s’est tenue en avril dernier et a été très suivie avec plus 66000 participants à voter pour les meilleurs slams. Après le succès de la 1re édition, les organisateurs ont pu vérifier le dynamisme du français dans toutes ses variantes et sous toutes les latitudes américaines puisqu’il y a eu des participants d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud comme le Brésil ou d’Amérique centrale avec la présence du Costa Rica pour la 2e année. Ce concours s’adresse aux adolescents divisés en deux catégories, les 11-14 ans et les 15-17 ans et il se fixe les objectifs socioculturels et pédagogiques.

Au-delà des prix, non négligeables, ce concours incite à la créativité en français et on a pu constater la motivation des ados à écrire et interpréter leurs textes présentés sous forme de petits clips d’entre 60 et 90 secondes. Ces sont quelque 90 vidéos que le jury international a visionné afin de désigner les heureux vainqueurs dont les slams sont disponibles en ligne. L’évènement est relayé au Canada par les médias comme ce reportage de Radio-Canada Vancouver qui a interviewé les enseignantes de deux établissements gagnants.

L’ensemble des clips est en ligne. Personnellement, j’ai eu un petit coup de coeur pour cette proposition venue d’un lycée ontarien.

Il suffit d’observer l’agenda du CFA pour s’apercevoir de son dynamisme comme le rendez-vous d’août pour le développement du Réseau des villes francophones et francophiles des Amériques ou le programme Mobilisation jeunesse qui propose une formation intensive en français autour de deux axes : Tourisme et Communication et médias.

Le CFA propose aussi le programme Mobilité dans les Amériques qui consiste “à favoriser un transfert des savoirs et outiller davantage les communautés et les organisations francophones des Amériques tout en contribuant à la diffusion de savoirs en français dans les secteurs d’intervention du Centre tels que la culture, l’éducation, l’identité, l’engagement des jeunes et le tourisme culturel”. Ce programme permet aussi d’ ”appuyer le développement et le rayonnement d’espaces francophones dans les Amériques et de favoriser la création de liens durables dans un contexte de collaboration entre le milieu universitaire, les communautés locales et les organismes de la société civile.

Une place pour la lecture 

Une belle initiative du CFA, ce sont Les Rendez-vous littéraires qui favorisent, grâce au numérique, les échanges en français entre auteurs francophones et apprenants de français des Amériques. L’événement en est à sa 5e édition et a permis à des enseignants du Canada, des Etats-unis, du Mexique et du Pérou de faire lire une oeuvre à leurs élèves avant de pouvoir en interroger l’auteur. Ce programme est directement relié à l’un des plus beaux outils du CFA, c’est sa bibliothèque de la Francophonie dont Dany Laferrière est le parrain. Virtuelle, elle met à disposition des lecteurs quelque 8705 titres en version numérique.

 

Le Centre de la Francophonie des Amériques, comme vous le voyez, proposent plusieurs programmes et de nombreux outils qui contribuent à renforcer les liens entre les Francophones des différents territoires américains. Il contribue aussi, comme d’autres initiatives non européennes, à donner une autre dimension à la Francophonie. C’est important et nécessaire à la fois car cela renforce l’idée de pluralité culturelles et linguistiques, indissociable d’une Francophonie ouverte sur le monde. Et aujourd’hui, plus indispensable que jamais dans un monde qui donne trop de signes de replis à commencer par ceux qui se manifestent en Europe.

 

Pour en savoir plus :

Slame tes accents

Les RDV 2019 du CFA

Mobilité dans les Amériques

Bibliothèque des Amériques

 

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Tendances C1 / C2… Tant attendu, le manuel des hauts niveaux est arrivé !

Posted by Philippe Liria sur 30/04/2019

Résultats de recherche d'images pour « Tendances c1 / c2 »Il était temps ! Oui, il était temps d’avoir enfin un manuel actuel pour les niveaux les plus avancés en classe de français langue étrangère. Un manuel qui, à ce niveau, réponde aux attentes et besoins des apprenants et des enseignants. Il y avait vide qu’il fallait combler, c’est désormais chose faite depuis ce début d’année avec l’arrivée de Tendances C1 / C2 (CLE International).

Ce manuel qui complète la collection du même nom était attendu avec impatience par les professeurs du monde entier pour  répondre à la demande croissante de cours FLE à ce niveau du CECR. Sous la coordination de Jacques Pécheur et Jacky Girardet, auteurs des niveaux précédents de la collection Tendances, Denis Liakin, Natallia Liakina, Gabriel Michaud et Fabien Olivry nous proposent un manuel qui va permettre aux apprenants de français d’acquérir les compétences pour faire une synthèse, rédiger une lettre de motivation, mener une enquête sur un enjeu de société, organiser un débat, présenter une oeuvre d’art, lancer une pétition en ligne, etc. Voilà en effet quelques exemples des 18 projets qui composent un ouvrage unique par sa richesse en documents authentiques particulièrement variés (vidéos, extraits d’émission de radio, articles de presse, reproductions artistiques, infographies…)et qu’on saura apprécier à un tel niveau.

Francophonie et pluralité des sujets abordés

L’équipe d’auteurs de Tendances C1 / C2 n’a pas eu besoin de mettre un pense-bête pour que la Francophonie soit présente dans le manuel. Professeurs dans les universités de McGill et de la Concordia, au Québec, c’est tout naturellement qu’ils ont puisé dans des sources francophones plurielles, françaises certes mais aussi québécoises, suisses, camerounaises, etc. Il ne s’agit pas de regarder le monde depuis la France mais bien de s’interroger en français sur les questions qui secouent la société d’aujourd’hui. Et qu’on puisse être outillé pour pouvoir le faire en français quelque soit le coin du monde où l’on se trouve.

Les questions abordées sont nombreuses, actuelles mais avec le regard posé sur l’avenir. On va s’intéresser à l’infox, aux influencers, à notre identité virtuelle, au rôle des réseaux sociaux dans nos sociétés ; aux nouvelles de populisme croissant au sein de nos sociétés ; mais aussi à la recherche scientifique dans les domaines de la technologie (intelligence artificielle) et les conséquences sur nos modes de vie ou dans des domaines comme celui de l’apprentissage des langues…

La réflexion sur la langue n’est pas absente non plus de ce Tendances C1 / C2 : langue et pensée ou encore langue et identités, ce qui va amener à s’interroger sur l’écriture inclusive ou sur notre vision du monde. On va aussi parler des questions environnementales ou de ces mouvements citoyens qui veulent repenser le monde. On abordera bien entendu le monde du travail dans un environnement en pleine évolution, ce qui n’est pas sans provoquer des inquiétudes clairement palpables ici et là sur la planète mais qui invite aussi à réfléchir à de nouveaux rapports à entretenir avec la sphère professionnelle. La culture est aussi présente. Souvent délaissée ou traitée en arrière-plan, elle est ici très présente de façon transversale tout au long du manuel et une unité entière lui est même consacrée (Unité 6) ce qui va dans le sens des trois nouvelles échelles du Volume complémentaire du CECR qui traitent justement du texte créatif et de la littérature, en particulier celle qui aborde la capacité à « analyser et formuler des critiques littéraires (plus i

Tendances C1 / C2 – U4L1 p.90-91

ntellectuel, niveaux supérieurs) » (p.53). On va d’ailleurs demander aux apprenants de réécrire un texte littéraire en français populaire contemporain (Tendances C1 / C2, p.143 U6, leçon 1 activité 9) ou de faire une fiche sur un personnage (Tendances C1 / C2, p.143 U6 activité 10). On ne s’en tiendra cependant pas à la littérature et on appréciera la présence du cinéma ou de la peinture avec des activités qui vont enseigner à présenter un tableau (Tendances C1 / C2, p.153 U6, leçon 2 Savoir-faire)ou plus généralement une oeuvre d’art Tendances C1 / C2, p.155 U6, leçon 2 Projet). Parler de culture ne doit pas nous faire perdre vue qu’elle ne peut être déconnectée de cette société dans laquelle nous vivons et on ouvrira le débat sur les enjeux culturels qui accompagnent l’apparition de nouveaux acteurs sur la scène de la création (cf. Cannes contre Netflix, combat d’arrière-garde ?, Tendances C1 / C2, p.160 U6, leçon 3 activité 4).

 

La médiation dans Tendances C1 / C2

Au-delà des thèmes abordés, ce niveau C1 / C2 de Tendances ne perd pas de vue la nécessité de continuer à travailler des aspects de l’apprentissage qui prennent de plus en plus de place dans la classe, comme c’est le cas de la médiation dont on parle tant aujourd’hui, même si on la pratique depuis tout le temps, souvent comme M. Jourdain quand il faisait des vers sans en avoir l’air. C’est d’ailleurs ce que rappelait Jacques Pécheur, auteur et directeur de la collection Tendances lors du conférence prononcée à Malaga en mars dernier dans le cadre de journées de Escuelas oficiales de idiomas en Andalousie (Espagne) :

« Qui n’a pas demandé à un de ses étudiants d’indiquer à un autre étudiant de lui indiquer l’itinéraire à suivre pour aller là où se trouve le lieu de rendez-vous ? Eh bien chacun qui a fait cette activité a mis en œuvre la compétence de médiation ! C’est dire si la mise en oeuvre de la compétence de  la médiation dans la classe de langue n’est pas une idée neuve, même si elle fait l’objet d’un développement d’une trentaine de pages (sur 250) dans le Volume complémentaire du Cadre paru en 2018. »

Dans Tendances C1 / C2, on trouvera donc différentes activités où la médiation sera présente sous l’une des trois formes décrites dans ce Volume complémentaire :

  • Médiation de textes
  • Médiation de concepts
  • Médiation de la communication

    Extrait Tendances C1 / C2 p.67

Des formes qui ne sont pas compartimentées mais qui au contraire peuvent être combinées comme dans le projet de café citoyen (Tendances C1 / C2, p.67) et, il n’y a pas que la médiation interlinguistique – sur laquelle on insiste peut-être parfois trop, mais aussi et surtout, comme le rappelle encore Jacques Pécheur, « il faut aussi prendre en compte la médiation liée à la communication et à l’apprentissage ainsi que la médiation sociale et culturelle.« 

 

Un complément indispensable : le Cahier d’activitésRésultats de recherche d'images pour « tendances c1 c2 Emilie bucher »

Des activités qui sont renforcées dans le Cahier d’activités avec notamment une partie intitulée “Outils méthodologiques” présente dans chaque leçon et complétée à la fin de chaque unité par un travail sur les “Outils culturels”. Les deux autrices du Cahier, Amélie Brito et Émilie Bucher, proposent aussi tout un travail autour du vocabulaire de la leçon en plus des activités portant sur la grammaire et les quatre compétences habituels (CE, CO, PE, PO), sans oublier bien entendu six pages par unité pour se préparer au DALF.

Tendances C1 / C2 va sans aucun doute devenir la nouvelle référence des cours avancés et de perfectionnement en proposant, au-delà des documents authentiques, qui ne manquent pas, un véritable fil conducteur pour animer un groupe-classe à un tel niveau.

Pour en savoir plus

Feuilletez un extrait de Tendances C1 / C2 : https://tendances.cle-international.com/9782090385373

 

 

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Contre ces phobies qui se dressent, la Francophonie comme lieu de rencontre

Posted by Philippe Liria sur 23/03/2019

Affiche de la Semaine de la langue française et de la Francophonie 2019

La Semaine de la Francophonie touche à sa fin. Du 16 au 24 mars, les Francophones du monde entier ont célébré la langue qui les unit et les réunit. Dommage d’ailleurs que cette semaine passe un peu trop inaperçue dans l’Hexagone, peut-être parce que ses habitants sentent moins le besoin de s’associer à cette célébration.

Une fête célébrée sur tous les continents

Peu importe ! De toute façon, ils ne sont que quelques millions au milieu de centaines de millions qui ont la Francophonie dans leur tête et dans leur coeur. Il suffisait de voir les centaines et certainement les milliers de messages sur les réseaux sociaux pour souhaiter une bonne fête et annoncer ou présenter les événements qui sont organisés à l’occasion ça et là, aux quatre coins de la planète. Et pas uniquement dans les pays francophones, mais bien au-delà grâce aux actions d’institutions officielles, françaises bien sûr mais aussi québécoises, suisses, haïtiennes, roumaines, marocaines, etc. qui se sont souvent coordonnées pour mettre en place un programme d’expositions, de spectacles, de concours dans les établissements scolaires. Et puis aussi grâce à toutes les associations de professeurs de français, qui organisent une soirée amicale autour de la langue ou de véritables événements aux dimensions parfois impressionnantes là où ne s’y attendrait pas forcément. N’est-ce pas pas merveilleux ?

Francophonie et pluralité

Et puis la Francophonie, c’est aussi ce plaisir de pouvoir échanger en français avec des personnes venus de pays et d’horizons complètement différents… comme François, un Camourenais, chauffeur de taxi à Washington ou Jean-Marie, un Haïtien installé avec sa famille à Boston et qui travaille dans une cafétéria pas très loin de l’opéra. Ou encore ces professeures de français venues du Congo, du Mali… et qui partagent leur passion pour la langue française dans les Alliances françaises de New York, Saint-Louis ou d’ailleurs aux Etats-Unis. Cette diversité de provenance de ces Francophones reflète bien cette idée que le français permet d’unir les personnes quelle que soit leur origine ou leur statut, et  sans perdre de vue pour autant la pluralité des langues et cultures qu’elles ou ils représentent. C’est de cette pluralité dont nous parlait encore il y a quelques jours Leïla Slimani sur France Culture. La représentante du chef de l’État français pour la Francophonie mettait ainsi en avant l’importance de combiner la promotion du français avec celle des langues présentes sur les territoires francophones. A ce sujet, je me demande parfois si la France est d’ailleurs vraiment prête à faire véritablement cet effort avec ses propres langues car j’ai trop souvent l’impression que l’Etat français est près à défendre le plurilinguisme partout dans le monde… sauf en France – au-delà bien entendu de la simple reconnaissance patrimoniale associée au breton, au corse, au basque… -.

Leila Slimani

Le plurilinguisme et le français… y compris dans la classe de langue

Ce plurilinguisme dont nous parle Slimani, c’est aussi celui que nous retrouvons dans le volume complémentaire du CECR. Un point qui doit nous inciter à la réflexion sur la place des autres langues présentes dans la classe de français. On sent bien qu’encore aujourd’hui, la pluralité linguistique dans l’espace-classe fait grincer les dents de nombreux enseignants ou coordinateurs. Pour beaucoup, ce serait ouvrir la boîte de Pandore, le risque que les apprenants ne fassent plus d’efforts pour ne parler qu’en français en salle de cours. Pourtant, nous devons dépasser cette vision que l’apprentissage d’une langue ne doit passer que par le non-contact avec d’autres, qu’il s’agisse des langues de l’environnement naturel de ces apprenants ou celles qu’ils apprennent. Si nous voulons que le français soit vraiment la langue de demain en Afrique, il faut apprendre à s’ouvrir encore plus aux autres langues du monde. Si nous n’apprenons pas à le faire, le français perdra véritablement « son pouvoir de séduction« , comme ce serait déjà le cas au Sénégal à en croire les propos de l’écrivain sénégalais en wolof, Boubacar Boris Diop, dans un entretien qu’il a donné le numéro 46 de la revue Apela et repris dans Le Monde le 17 mars dernier.

C’est cette diversité qui en fait une langue bien vivante

D’ailleurs, comprendre que la Francophonie, en matière de langue, c’est forcément comprendre la pluralité et la diversité, il suffit de prendre un dictionnaire français et de savourer la créativité de ses locuteurs qui en font véritablement une langue vivante grâce à ces mots qu’ils empruntent aux autres langues du monde et il ne faut pas s’en inquiéter outre-mesure, même si on peut comprendre certaines réactions quand un pseudo-anglais est préféré au français, comme on l’a vu au Salon « Livre Paris » – ancien Salon du Livre – (voir la tribune « Halte au Globish ! » publiée dans Le Monde du 29 janvier dernier. Bien sûr que plusieurs de ces nouveaux mots proviennent de l’anglais mais pas uniquement comme le montre un excellent article de William Audureau, publié le 22 mars dernier dans Le Monde. Intitulé « D’où viennent les nouveaux mots de la langue française« , l’article analyse les nouvelles entrées depuis 2017 des deux principaux dictionnaires que sont le Larousse et le Robert et il en ressort clairement que, même si l’anglais – essentiellement celui de Californie – est à la tête des langues d’emprunt, plusieurs autres langues (japonais, arabe, espagnol, portugais du Brésil, créoles, alsacien…) ou variantes du français (des régions, d’outre-mer et de la Francophonie). Rien d’étonnant, et heureusement… La langue, c’est comme un arc-en-ciel, on l’aime parce qu’elle est polychrome et reflète la pluralité de ses locuteurs. Cette polychromie est nécessaire pour qu’elle ne cesse d’être vivante et actuelle. Elle est nécessaire aussi pour nous éloigner des discours alarmistes et surtout des sombres discours identitaires qui tentent de dresser des murs ou des barrières grillagées entre les personnes parce qu’elles seraient différentes, parce qu’elles auraient un drôle d’accent…

La Francophonie, c’est aussi ça ou peut-être surtout ça, un lieu de rencontre plurilingue contre ces phobies qui veulent de nouveau nous dresser les uns contre les autres.

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Féminisation des noms de métiers : l’Académie française se met à la page, enfin !

Posted by Philippe Liria sur 01/03/2019

« S’agissant des noms de métiers, l’Académie considère que toutes les évolutions visant à faire reconnaître dans la langue la place aujourd’hui reconnue aux femmes dans la société peuvent être envisagées« . Ces quelques mots marquent certainement la fin d’un long combat pour la féminisation des noms de métiers en français, pardon, de France du moins car cela fait belle lurette que nos amis québécois l’ont introduit sans que leur société ne vivent dans l’autoritarisme d’une féminisation abusive, comme le craignaient Georges Dumézil et Claude Lévi-Strauss en 1984 pour la France parce qu’une commission allait « étudier la féminisation des titres et des fonctions et, d’une manière générale, le vocabulaire concernant les activités des femmes« . Quel scandale !

La fin d’un combat ?

Espérons-le mais ce qui est certain, c’est que cette fois-ci l’Académie française semble avoir enfin compris qu’elle ne pouvait rester figée dans le passé – et peut-être a-telle compris que le français, ce n’est pas la France – et elle donc adopté dans une séance du 28 février 2019, et à une large majorité (il y a encore des réfractaires puisqu’il n’y a pas eu unanimité), le Rapport sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions. Un rapport qui vise à « étudier quelles évolutions pratiques il serait souhaitable de recommander, mais aussi à quelles difficultés linguistiques la démarche peut se heurter, la commission s’est conformée aux méthodes éprouvées à l’Académie, qui a toujours fondé ses recommandations sur le « bon usage » dont elle est la gardienne, ce qui implique, non pas d’avalisertous les usages, ni de les retarder ou de les devancer, ni de chercher à les imposer, mais de dégager ceux qui attestent une formation correcte et sont durablement établis. » Car pas question de révolution chez les académiciens et académiciennes. Féminisation, oui mais pas n’importe comment pour ne pas « bouleverser le système de la langue » nous dit ce rapport. On donc « légitimement recourir (aux formes féminines) » si elles sont « conformes aux modes ordinaires d’expression et de formation propres au français, dans la mesure où ces règles fondamentales ordonnent et guident toutes ses évolutions. Il n’est pas loisible de s’en affranchir« .

Auteure ou autrice ?

Ce rapport ne se veut pas prescripteur mais il aborde des cas très concrets comme par exemple la féminisation des formes en -eur et en -teur (deux pages leur sont consacrées) dont tout un paragraphe pour savoir comment féminiser « auteur » et d’arriver à la conclusion que « autrice » semble avoir « la faveur d’usage » nous disent les académiciens.

Je disais que ce rapport indique bien qu’il ne s’agit pas de bouleverser la langue. Il n’est surtout pas révolutionnaire mais, à sa manière, il aborde la critique sociale puisqu’il souligne la difficulté à féminiser les noms de métiers au fur à mesure que l’on grimpe l’échelle hiérarchique à partir de l’analyse du féminin de « chef ». Au fait, quel est-il ? (voir ce qui dit le rapport p.11).

L’académie se veut aussi respectueuse de la liberté de choix, rappelant que certaines femmes ne veulent pas voir féminiser à outrance tous les noms de métier, préférant « conserver les appellations masculines pour désigner la profession qu’elles exercent« . Elle ne veut pas forcer non plus la féminisation des fonctions, titres ou grades ou encore dansle domaine de la justice : « aucune contrainte imposée au langage ne suffirait à changer les pratiques sociales : forcer une évolution linguistique ne permet pas d’accélérer une mutation sociale. » Le texte s’intéresse plus particulièrement au mot « ambassadrice » et du débat autour de ses connotations qui font écrire que les « fonctions d’ambassadeur revêtent un caractère d’autorité et de prestige tel que l’usage ne s’oriente pas de façon unanime vers le recours à une forme féminine, qui renvoie à une autre réalité. » (p.16) On remarquera que l’armée, si conservatrice par ailleurs, semble avoir facilement introduit la féminisation des grades.

La France, 40 ans après le Québec

Les plus conservateurs de la langue française en auront justement pris pour leur grade. Plus questions de railler les Québécois, comme l’avait fait l’académicien Maurice Druont en 1997. C’est Bernard Cerquiglini qui nous le rappelait dans son livre Le ministre est enceinte : « libre à nos amies québécoises, qui n’en sont pas à une naïveté près en ce domaine, de vouloir se dire ‘une auteure’, ‘une professeure’ ou ‘une écrivaine’; on ne voit pas que ces vocables aient une grande chance d’acclimatation en France et dans le monde francophone« . Un ouvrage d’ailleurs fort recommandable si la question de la féminisation vous intéresse.

Il était temps de tourner la page, 40 ans après les Québécois et 20 ans après le Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions que le CNRS et l’Institut national de la langue française avait publié sous la direction de Bernard Cerquiglini, encore lui, et qui fait tant pour notre langue et que les professeurs de français connaissent bien grâce à la rubrique qu’il tient dans le Français dans le monde.

Cette décision de l’Académie mettra-t-elle vraiment un terme à ces querelles autour de la langue, comme nous les aimons bien ? Sera-t-elle traiter de félonne ? De s’être livrée aux destructeurs de la langue française ? Recevra-t-elle tous les noms d’oiseaux, masculins et féminins d’ailleurs ? Ou au contraire, sera-t-elle applaudie pour avoir enfin compris que la société évoluait et que la féminisation des noms de métiers et des fonctions n’en est finalement que le reflet au niveau du langage ? On est bien conscient que souvent les réticences ne viennent pas tant des risques de voir la langue se corrompre mais, comme l’écrivait Lionel Jospin en 1999 alors qu’il était premier ministre – on remarquera que  dans l’introduction du Guide d’aide à la féminisation… que « cette affaire (…) concerne la société tout entière. Elle véhicule nombre de résistances, pour une large part idéologiques. » Un sujet qu’aborde Jean-Marie Klinkenberg en s’intéressant au rapport qu’il y a entre langue et des éléments aussi importants que l’identité ou le pouvoir. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire le rapport avec l’écriture inclusive et d’autres questions encore : Qu’est-ce que le genre des mots ? Est-il vrai que le masculin est neutre ? Que signifient les résistances à l’innovation langagière ? À le qui appartient la langue ?

Et en classe de français ?

Cette décision de l’Académie est aussi une occasion d’aborder la question avec les étudiants de français dans les classes. Je vous invite à trouver un certain nombre de documents que je mets à disposition ci-dessous parmi tout ce qui est disponible sur internet. C’est évidemment une occasion de réfléchir sur l’évolution de la langue et certainement faire le rapport avec les places des noms féminins dans leur propre langue… mais bien sûr d’aller bien au-delà et aborder les questions autour du rôle des femmes dans la société. Dans des niveaux débutants, des petits questionnaires de type QCM pourraient faire travailler le lexique et l’orthographe en profitant que la question est d’actualité, peu importe si on a déjà traité ce point de langue en classe. C’est un bon moment pour revoir le féminin des noms de métiers.

Et puis aussi une réflexion chez les enseignants, les auteurs et les éditeurs quand ils aborderont le célèbre tableau des féminins des noms de métiers de nos bons manuels de A1 (voilà comment on dit, il y en a qui disent que mais c’est mal dit, ce n’est pas dans le dictionnaire, ce n’est pas joli à entendre…).

 

Pour aller plus loin

La féminisation des noms de métiers et de fonctions http://www.academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/rapport_feminisation_noms_de_metier_et_de_fonction.pdf (texte du rapport approuvé par l’Académie française le 28 février 2019).

Le ministre est enceinte ou la grande querelle de la féminisation des noms, par Bernard Cerquiglini. Ed. Seuil (0ct. 2018)

Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions (1999) http://www.culture.gouv.fr/Espace-documentation/Documentation-administrative/Le-guide-d-aide-a-la-feminisation-des-noms-de-metiers-titres-grades-et-fonctions-1999

Extrait de La grande Librairie (25/10/2018) : https://youtu.be/IyMCAOWWO4g

L’Académie française se prononce pour la féminisation des noms de métiers (28/02/2019) : https://www.franceculture.fr/emissions/journal-de-22h/journal-de-22h-du-jeudi-28-fevrier-2019

La féminisation des titres et fonctions dans la Francophonie : De la morphologie à l’idéologie (Language and Culture / Langue et culture Volume 25, numéro 2, 2003), par Elizabeth Dawes

Banque de dépannage linguistique : Questions fréquentes sur la féminisation : http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=4015

Le Québec, pionnier de la féminisation des noms de métiers (AFP, 28/02/2019) : https://www.tvanouvelles.ca/2019/02/28/le-quebec-pionnier-de-la-feminisation-des-noms-de-metiers

Conférence : De la féminisation des noms de métiers à l’écriture inclusive. Quelle langue pour quelle justice ? par Jean-Marie Klinkenberg le 19 mars 2019 au Palais Provincial Saint-Aubain à Namur

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A Sabadell, le français met les clés sous la porte

Posted by Philippe Liria sur 28/01/2019

Antoni Taule : pati amb llum matinal (Source : https://www.antonitaule.com/series/fragment-thalia/). La série Fragment Thalia a été la première exposition réalisée à la Casa Taulé.

Tout début janvier, alors que les Rois n’étaient pas encore passés, j’ai fait un crochet par Sabadell, profitant de quelques jours de relâche avant de reprendre la route. Accompagné de ma nièce, je me suis dit que j’allais lui montrer l’Alliance française. Un établissement où j’ai travaillé pendant un peu plus de 10 années de ma vie. Ça marque !

Je m’attendais à la trouver fermée mais non, un panneau à l’extérieur indiquait que le bar-restaurant était ouvert. Alors nous sommes entrés, par la porte de derrière, celle qui mène au patio de style moderniste comme l’ensemble du bâtiment, déjà centenaire. C’est dire si la Casa Taulé – c’est le nom de cette belle demeure jadis familiale – en a vu des événements. Le dernier en date, hélas, est plutôt un non-événement ; un fait qu’on aurait aimé ne pas voir inscrit sur l’agenda : la fermeture définitive de l’Alliance française de Sabadell. Ce n’est pas vraiment une surprise et, à vrai dire, je pensais même qu’elle avait déjà mis les clés sous la porte. Elle n’avait déjà pas pu faire la rentrée d’octobre et c’est en effet une Alliance presque fantôme qui nous accueillit. Malgré tout, fidèle au poste, Oriol, le gérant du restaurant était là. Plus pour très longtemps, m’avoua-t-il, dépité pour ne pas dire dégoûté. On sentait bien dans le ton de sa voix, une profonde tristesse et un certain désespoir. Pour Oriol, qui avait été serveur quand l’Alliance venait à peine de s’installer dans les murs de la Casa Taulé, il y a un peu plus de vingt ans, cette fermeture est vécue comme un drame. Plus rien à faire, hélas ! Fini ce brouhaha du midi, avec ces repas de vendredi qui n’en finissaient jamais, ces moments de pause-café avant de monter en cours avec les collègues ou les petits déjeuners du samedi partagés avec les élèves. Finies aussi ces matinées où y lisait des poèmes ou ces soirées de spectacle, souvenir d’une viole, celle de Jordi Savall ou celles de voix féminines merveilleuses qui animaient les nuits estivales de juillet lors du festival Elles… et combien d’autres souvenirs que ce patio gardera à jamais une fois la porte fermée.

En ce petit matin d’hiver, alors que le soleil brille et que la température est agréable, le silence du patio est glaçant. Je colle mon nez contre la porte vitrée qui donne sur les escaliers et la salle d’exposition. Vide bien sûr ! Je me souviens encore de la toute première exposition, celle d’Antoni Taulé, le petit-fils de cette famille d’entrepreneurs textiles de la ville. Peintre installé à Paris, il avait prêté sa collection Fragment Thalia à l’occasion de l’inauguration de l’Alliance française dans ces nouveaux locaux. Un moment qui annonçait de belles années pour ce qui allait devenir bien plus qu’une école de français mais tout un projet culturel qui allait faire de ce lieu une passerelle entre les cultures locales, catalanes ou espagnoles, et celles de la Francophonie à commencer par celles de toutes les rives de la Méditerranée. C’était avant tout le projet de Robert Ferrer i Chaler, fondateur et directeur de l’Alliance, en Robert pour tout le monde, qui comprit très vite, bien plus que nous, l’importance de disposer d’un véritable espace qui regrouperait l’histoire de la ville, le monde des arts et de la culture et bien entendu des langues. Il fallait faire des travaux d’aménagement, et donc trouver des fonds mais Robert y mit toute son énergie pour réunir autour de lui les institutions et les personnes qui allaient l’accompagner dans cet ambitieux projet. La rentrée 95 se fit dans le nouveau bâtiment. Plus question de parler simplement d’une école de français. En s’installant au Sant Joan 35, l’AF avait bel et bien l’intention de s’imposer comme une référence culturelle et éducative de la ville et très vite elle le devint. Tout en devenant aussi une référence pédagogique dans l’enseignement du français bien au-delà de Sabadell. Vide aujourd’hui cette salle d’exposition qui était celle aussi de la plupart des conférences et débats, des présentations de livres, en français, en catalan ou en espagnol.

FAÇANA DE LA CASA TAULÉ, SEU DE L’ALIANÇA / LLUÍS FRANCO

Le nez toujours collé à la vitre de cette porte définitivement fermée, j’essaie d’apercevoir ce qu’il reste de l’accueil ou du bureau de l’administration, ou encore de l’escalier qui mène aux étages et aux salles de classe. Combien de fois on les a montés et descendus, ces escaliers ! J’ai même le souvenir d’un vieux téléviseur dévalant les marches depuis le premier étage… Il m’avait échappé alors que je le changeais de salle à une époque où on baladait appareils TV, magnétoscopes et lecteurs k7-CD sur des chariots. J’en ris encore même si ce jour-là je n’étais pas fier de moi. Ce sont des heures et des heures de préparation de cours, de réunions pédagogiques et de classes que nous avons passées entre ces murs. Des heures à s’interroger sur la meilleure façon de faire, à revoir toutes les progressions et sous la direction de Valérie dont les gueulantes doivent encore hantées les murs de cette Alliance, à didactiser des documents, à en créer tout autant… dans une salle des profs qui n’était jamais assez alimentée à notre goût, même si, des années plus tard, je me rendrais compte que nous étions vraiment des privilégiés. Je me souviens des premiers ordinateurs, de la première connexion à Internet et nos envies d’en profiter pour moderniser encore plus nos cours et en faire profiter nos élèves. J’ai même l’impression d’entendre la voix de Montse chanter Piaf ou les rires des gamins de l’Esplai (sorte de colonie) que Lucile animait chaque été. Cette Alliance a certainement été une des premières à introduire à la fin des années 90 des critères qui annonçaient ceux du CECR car elle avait toujours eu le souci d’avoir une longueur d’avance. Je ne monterai pas à l’étage. Mon nez restera collé contre cette porte vitrée.

Aujourd’hui, l’Alliance ferme cette porte, ferme ses portes. Accablée de dettes, des profs et du personnel administratif abandonnés à leur sort (et avec des mois de salaire impayé) parce que plus personne ne répond… Pas par manque d’élèves pourtant – même s’ils ont fini par se lasser de l’impressionnant turn-over de ces derniers temps -, pas par manque de projets non plus… Mais voilà, il y a, parait-il, un gros trou dans la caisse… Les trous dans les caisses ne se font pas tout seuls… Et en ces temps de vaches maigres, aucune institution d’ici ou de France n’a pu ou voulu sauver cette Alliance historique, née en 1974 de l’envie d’un petit groupe de profs locaux de faire bien plus que des cours de français. Cette page qui se tourne laisse un grand vide, et pas seulement émotionnel. C’est aussi un grand vide pour la présence du français et des cultures francophones dans cette grande et riche région de la banlieue barcelonaise. Quelle tristesse ! Quel dommage ! Et surtout, quel gâchis !


Pour en savoir plus

Un article que l’on retrouve sur l’hémérothèque de La Vanguardia (16 mai 1998): http://hemeroteca.lavanguardia.com/preview/1988/02/04/pagina-5/33835731/pdf.html

 

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