Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Archive for the ‘Actualité du français’ Category

Contre ces phobies qui se dressent, la Francophonie comme lieu de rencontre

Posted by Philippe Liria sur 23/03/2019

Affiche de la Semaine de la langue française et de la Francophonie 2019

La Semaine de la Francophonie touche à sa fin. Du 16 au 24 mars, les Francophones du monde entier ont célébré la langue qui les unit et les réunit. Dommage d’ailleurs que cette semaine passe un peu trop inaperçue dans l’Hexagone, peut-être parce que ses habitants sentent moins le besoin de s’associer à cette célébration.

Une fête célébrée sur tous les continents

Peu importe ! De toute façon, ils ne sont que quelques millions au milieu de centaines de millions qui ont la Francophonie dans leur tête et dans leur coeur. Il suffisait de voir les centaines et certainement les milliers de messages sur les réseaux sociaux pour souhaiter une bonne fête et annoncer ou présenter les événements qui sont organisés à l’occasion ça et là, aux quatre coins de la planète. Et pas uniquement dans les pays francophones, mais bien au-delà grâce aux actions d’institutions officielles, françaises bien sûr mais aussi québécoises, suisses, haïtiennes, roumaines, marocaines, etc. qui se sont souvent coordonnées pour mettre en place un programme d’expositions, de spectacles, de concours dans les établissements scolaires. Et puis aussi grâce à toutes les associations de professeurs de français, qui organisent une soirée amicale autour de la langue ou de véritables événements aux dimensions parfois impressionnantes là où ne s’y attendrait pas forcément. N’est-ce pas pas merveilleux ?

Francophonie et pluralité

Et puis la Francophonie, c’est aussi ce plaisir de pouvoir échanger en français avec des personnes venus de pays et d’horizons complètement différents… comme François, un Camourenais, chauffeur de taxi à Washington ou Jean-Marie, un Haïtien installé avec sa famille à Boston et qui travaille dans une cafétéria pas très loin de l’opéra. Ou encore ces professeures de français venues du Congo, du Mali… et qui partagent leur passion pour la langue française dans les Alliances françaises de New York, Saint-Louis ou d’ailleurs aux Etats-Unis. Cette diversité de provenance de ces Francophones reflète bien cette idée que le français permet d’unir les personnes quelle que soit leur origine ou leur statut, et  sans perdre de vue pour autant la pluralité des langues et cultures qu’elles ou ils représentent. C’est de cette pluralité dont nous parlait encore il y a quelques jours Leïla Slimani sur France Culture. La représentante du chef de l’État français pour la Francophonie mettait ainsi en avant l’importance de combiner la promotion du français avec celle des langues présentes sur les territoires francophones. A ce sujet, je me demande parfois si la France est d’ailleurs vraiment prête à faire véritablement cet effort avec ses propres langues car j’ai trop souvent l’impression que l’Etat français est près à défendre le plurilinguisme partout dans le monde… sauf en France – au-delà bien entendu de la simple reconnaissance patrimoniale associée au breton, au corse, au basque… -.

Leila Slimani

Le plurilinguisme et le français… y compris dans la classe de langue

Ce plurilinguisme dont nous parle Slimani, c’est aussi celui que nous retrouvons dans le volume complémentaire du CECR. Un point qui doit nous inciter à la réflexion sur la place des autres langues présentes dans la classe de français. On sent bien qu’encore aujourd’hui, la pluralité linguistique dans l’espace-classe fait grincer les dents de nombreux enseignants ou coordinateurs. Pour beaucoup, ce serait ouvrir la boîte de Pandore, le risque que les apprenants ne fassent plus d’efforts pour ne parler qu’en français en salle de cours. Pourtant, nous devons dépasser cette vision que l’apprentissage d’une langue ne doit passer que par le non-contact avec d’autres, qu’il s’agisse des langues de l’environnement naturel de ces apprenants ou celles qu’ils apprennent. Si nous voulons que le français soit vraiment la langue de demain en Afrique, il faut apprendre à s’ouvrir encore plus aux autres langues du monde. Si nous n’apprenons pas à le faire, le français perdra véritablement « son pouvoir de séduction« , comme ce serait déjà le cas au Sénégal à en croire les propos de l’écrivain sénégalais en wolof, Boubacar Boris Diop, dans un entretien qu’il a donné le numéro 46 de la revue Apela et repris dans Le Monde le 17 mars dernier.

C’est cette diversité qui en fait une langue bien vivante

D’ailleurs, comprendre que la Francophonie, en matière de langue, c’est forcément comprendre la pluralité et la diversité, il suffit de prendre un dictionnaire français et de savourer la créativité de ses locuteurs qui en font véritablement une langue vivante grâce à ces mots qu’ils empruntent aux autres langues du monde et il ne faut pas s’en inquiéter outre-mesure, même si on peut comprendre certaines réactions quand un pseudo-anglais est préféré au français, comme on l’a vu au Salon « Livre Paris » – ancien Salon du Livre – (voir la tribune « Halte au Globish ! » publiée dans Le Monde du 29 janvier dernier. Bien sûr que plusieurs de ces nouveaux mots proviennent de l’anglais mais pas uniquement comme le montre un excellent article de William Audureau, publié le 22 mars dernier dans Le Monde. Intitulé « D’où viennent les nouveaux mots de la langue française« , l’article analyse les nouvelles entrées depuis 2017 des deux principaux dictionnaires que sont le Larousse et le Robert et il en ressort clairement que, même si l’anglais – essentiellement celui de Californie – est à la tête des langues d’emprunt, plusieurs autres langues (japonais, arabe, espagnol, portugais du Brésil, créoles, alsacien…) ou variantes du français (des régions, d’outre-mer et de la Francophonie). Rien d’étonnant, et heureusement… La langue, c’est comme un arc-en-ciel, on l’aime parce qu’elle est polychrome et reflète la pluralité de ses locuteurs. Cette polychromie est nécessaire pour qu’elle ne cesse d’être vivante et actuelle. Elle est nécessaire aussi pour nous éloigner des discours alarmistes et surtout des sombres discours identitaires qui tentent de dresser des murs ou des barrières grillagées entre les personnes parce qu’elles seraient différentes, parce qu’elles auraient un drôle d’accent…

La Francophonie, c’est aussi ça ou peut-être surtout ça, un lieu de rencontre plurilingue contre ces phobies qui veulent de nouveau nous dresser les uns contre les autres.

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Féminisation des noms de métiers : l’Académie française se met à la page, enfin !

Posted by Philippe Liria sur 01/03/2019

« S’agissant des noms de métiers, l’Académie considère que toutes les évolutions visant à faire reconnaître dans la langue la place aujourd’hui reconnue aux femmes dans la société peuvent être envisagées« . Ces quelques mots marquent certainement la fin d’un long combat pour la féminisation des noms de métiers en français, pardon, de France du moins car cela fait belle lurette que nos amis québécois l’ont introduit sans que leur société ne vivent dans l’autoritarisme d’une féminisation abusive, comme le craignaient Georges Dumézil et Claude Lévi-Strauss en 1984 pour la France parce qu’une commission allait « étudier la féminisation des titres et des fonctions et, d’une manière générale, le vocabulaire concernant les activités des femmes« . Quel scandale !

La fin d’un combat ?

Espérons-le mais ce qui est certain, c’est que cette fois-ci l’Académie française semble avoir enfin compris qu’elle ne pouvait rester figée dans le passé – et peut-être a-telle compris que le français, ce n’est pas la France – et elle donc adopté dans une séance du 28 février 2019, et à une large majorité (il y a encore des réfractaires puisqu’il n’y a pas eu unanimité), le Rapport sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions. Un rapport qui vise à « étudier quelles évolutions pratiques il serait souhaitable de recommander, mais aussi à quelles difficultés linguistiques la démarche peut se heurter, la commission s’est conformée aux méthodes éprouvées à l’Académie, qui a toujours fondé ses recommandations sur le « bon usage » dont elle est la gardienne, ce qui implique, non pas d’avalisertous les usages, ni de les retarder ou de les devancer, ni de chercher à les imposer, mais de dégager ceux qui attestent une formation correcte et sont durablement établis. » Car pas question de révolution chez les académiciens et académiciennes. Féminisation, oui mais pas n’importe comment pour ne pas « bouleverser le système de la langue » nous dit ce rapport. On donc « légitimement recourir (aux formes féminines) » si elles sont « conformes aux modes ordinaires d’expression et de formation propres au français, dans la mesure où ces règles fondamentales ordonnent et guident toutes ses évolutions. Il n’est pas loisible de s’en affranchir« .

Auteure ou autrice ?

Ce rapport ne se veut pas prescripteur mais il aborde des cas très concrets comme par exemple la féminisation des formes en -eur et en -teur (deux pages leur sont consacrées) dont tout un paragraphe pour savoir comment féminiser « auteur » et d’arriver à la conclusion que « autrice » semble avoir « la faveur d’usage » nous disent les académiciens.

Je disais que ce rapport indique bien qu’il ne s’agit pas de bouleverser la langue. Il n’est surtout pas révolutionnaire mais, à sa manière, il aborde la critique sociale puisqu’il souligne la difficulté à féminiser les noms de métiers au fur à mesure que l’on grimpe l’échelle hiérarchique à partir de l’analyse du féminin de « chef ». Au fait, quel est-il ? (voir ce qui dit le rapport p.11).

L’académie se veut aussi respectueuse de la liberté de choix, rappelant que certaines femmes ne veulent pas voir féminiser à outrance tous les noms de métier, préférant « conserver les appellations masculines pour désigner la profession qu’elles exercent« . Elle ne veut pas forcer non plus la féminisation des fonctions, titres ou grades ou encore dansle domaine de la justice : « aucune contrainte imposée au langage ne suffirait à changer les pratiques sociales : forcer une évolution linguistique ne permet pas d’accélérer une mutation sociale. » Le texte s’intéresse plus particulièrement au mot « ambassadrice » et du débat autour de ses connotations qui font écrire que les « fonctions d’ambassadeur revêtent un caractère d’autorité et de prestige tel que l’usage ne s’oriente pas de façon unanime vers le recours à une forme féminine, qui renvoie à une autre réalité. » (p.16) On remarquera que l’armée, si conservatrice par ailleurs, semble avoir facilement introduit la féminisation des grades.

La France, 40 ans après le Québec

Les plus conservateurs de la langue française en auront justement pris pour leur grade. Plus questions de railler les Québécois, comme l’avait fait l’académicien Maurice Druont en 1997. C’est Bernard Cerquiglini qui nous le rappelait dans son livre Le ministre est enceinte : « libre à nos amies québécoises, qui n’en sont pas à une naïveté près en ce domaine, de vouloir se dire ‘une auteure’, ‘une professeure’ ou ‘une écrivaine’; on ne voit pas que ces vocables aient une grande chance d’acclimatation en France et dans le monde francophone« . Un ouvrage d’ailleurs fort recommandable si la question de la féminisation vous intéresse.

Il était temps de tourner la page, 40 ans après les Québécois et 20 ans après le Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions que le CNRS et l’Institut national de la langue française avait publié sous la direction de Bernard Cerquiglini, encore lui, et qui fait tant pour notre langue et que les professeurs de français connaissent bien grâce à la rubrique qu’il tient dans le Français dans le monde.

Cette décision de l’Académie mettra-t-elle vraiment un terme à ces querelles autour de la langue, comme nous les aimons bien ? Sera-t-elle traiter de félonne ? De s’être livrée aux destructeurs de la langue française ? Recevra-t-elle tous les noms d’oiseaux, masculins et féminins d’ailleurs ? Ou au contraire, sera-t-elle applaudie pour avoir enfin compris que la société évoluait et que la féminisation des noms de métiers et des fonctions n’en est finalement que le reflet au niveau du langage ? On est bien conscient que souvent les réticences ne viennent pas tant des risques de voir la langue se corrompre mais, comme l’écrivait Lionel Jospin en 1999 alors qu’il était premier ministre – on remarquera que  dans l’introduction du Guide d’aide à la féminisation… que « cette affaire (…) concerne la société tout entière. Elle véhicule nombre de résistances, pour une large part idéologiques. » Un sujet qu’aborde Jean-Marie Klinkenberg en s’intéressant au rapport qu’il y a entre langue et des éléments aussi importants que l’identité ou le pouvoir. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire le rapport avec l’écriture inclusive et d’autres questions encore : Qu’est-ce que le genre des mots ? Est-il vrai que le masculin est neutre ? Que signifient les résistances à l’innovation langagière ? À le qui appartient la langue ?

Et en classe de français ?

Cette décision de l’Académie est aussi une occasion d’aborder la question avec les étudiants de français dans les classes. Je vous invite à trouver un certain nombre de documents que je mets à disposition ci-dessous parmi tout ce qui est disponible sur internet. C’est évidemment une occasion de réfléchir sur l’évolution de la langue et certainement faire le rapport avec les places des noms féminins dans leur propre langue… mais bien sûr d’aller bien au-delà et aborder les questions autour du rôle des femmes dans la société. Dans des niveaux débutants, des petits questionnaires de type QCM pourraient faire travailler le lexique et l’orthographe en profitant que la question est d’actualité, peu importe si on a déjà traité ce point de langue en classe. C’est un bon moment pour revoir le féminin des noms de métiers.

Et puis aussi une réflexion chez les enseignants, les auteurs et les éditeurs quand ils aborderont le célèbre tableau des féminins des noms de métiers de nos bons manuels de A1 (voilà comment on dit, il y en a qui disent que mais c’est mal dit, ce n’est pas dans le dictionnaire, ce n’est pas joli à entendre…).

 

Pour aller plus loin

La féminisation des noms de métiers et de fonctions http://www.academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/rapport_feminisation_noms_de_metier_et_de_fonction.pdf (texte du rapport approuvé par l’Académie française le 28 février 2019).

Le ministre est enceinte ou la grande querelle de la féminisation des noms, par Bernard Cerquiglini. Ed. Seuil (0ct. 2018)

Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions (1999) http://www.culture.gouv.fr/Espace-documentation/Documentation-administrative/Le-guide-d-aide-a-la-feminisation-des-noms-de-metiers-titres-grades-et-fonctions-1999

Extrait de La grande Librairie (25/10/2018) : https://youtu.be/IyMCAOWWO4g

L’Académie française se prononce pour la féminisation des noms de métiers (28/02/2019) : https://www.franceculture.fr/emissions/journal-de-22h/journal-de-22h-du-jeudi-28-fevrier-2019

La féminisation des titres et fonctions dans la Francophonie : De la morphologie à l’idéologie (Language and Culture / Langue et culture Volume 25, numéro 2, 2003), par Elizabeth Dawes

Banque de dépannage linguistique : Questions fréquentes sur la féminisation : http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=4015

Le Québec, pionnier de la féminisation des noms de métiers (AFP, 28/02/2019) : https://www.tvanouvelles.ca/2019/02/28/le-quebec-pionnier-de-la-feminisation-des-noms-de-metiers

Conférence : De la féminisation des noms de métiers à l’écriture inclusive. Quelle langue pour quelle justice ? par Jean-Marie Klinkenberg le 19 mars 2019 au Palais Provincial Saint-Aubain à Namur

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A Sabadell, le français met les clés sous la porte

Posted by Philippe Liria sur 28/01/2019

Antoni Taule : pati amb llum matinal (Source : https://www.antonitaule.com/series/fragment-thalia/). La série Fragment Thalia a été la première exposition réalisée à la Casa Taulé.

Tout début janvier, alors que les Rois n’étaient pas encore passés, j’ai fait un crochet par Sabadell, profitant de quelques jours de relâche avant de reprendre la route. Accompagné de ma nièce, je me suis dit que j’allais lui montrer l’Alliance française. Un établissement où j’ai travaillé pendant un peu plus de 10 années de ma vie. Ça marque !

Je m’attendais à la trouver fermée mais non, un panneau à l’extérieur indiquait que le bar-restaurant était ouvert. Alors nous sommes entrés, par la porte de derrière, celle qui mène au patio de style moderniste comme l’ensemble du bâtiment, déjà centenaire. C’est dire si la Casa Taulé – c’est le nom de cette belle demeure jadis familiale – en a vu des événements. Le dernier en date, hélas, est plutôt un non-événement ; un fait qu’on aurait aimé ne pas voir inscrit sur l’agenda : la fermeture définitive de l’Alliance française de Sabadell. Ce n’est pas vraiment une surprise et, à vrai dire, je pensais même qu’elle avait déjà mis les clés sous la porte. Elle n’avait déjà pas pu faire la rentrée d’octobre et c’est en effet une Alliance presque fantôme qui nous accueillit. Malgré tout, fidèle au poste, Oriol, le gérant du restaurant était là. Plus pour très longtemps, m’avoua-t-il, dépité pour ne pas dire dégoûté. On sentait bien dans le ton de sa voix, une profonde tristesse et un certain désespoir. Pour Oriol, qui avait été serveur quand l’Alliance venait à peine de s’installer dans les murs de la Casa Taulé, il y a un peu plus de vingt ans, cette fermeture est vécue comme un drame. Plus rien à faire, hélas ! Fini ce brouhaha du midi, avec ces repas de vendredi qui n’en finissaient jamais, ces moments de pause-café avant de monter en cours avec les collègues ou les petits déjeuners du samedi partagés avec les élèves. Finies aussi ces matinées où y lisait des poèmes ou ces soirées de spectacle, souvenir d’une viole, celle de Jordi Savall ou celles de voix féminines merveilleuses qui animaient les nuits estivales de juillet lors du festival Elles… et combien d’autres souvenirs que ce patio gardera à jamais une fois la porte fermée.

En ce petit matin d’hiver, alors que le soleil brille et que la température est agréable, le silence du patio est glaçant. Je colle mon nez contre la porte vitrée qui donne sur les escaliers et la salle d’exposition. Vide bien sûr ! Je me souviens encore de la toute première exposition, celle d’Antoni Taulé, le petit-fils de cette famille d’entrepreneurs textiles de la ville. Peintre installé à Paris, il avait prêté sa collection Fragment Thalia à l’occasion de l’inauguration de l’Alliance française dans ces nouveaux locaux. Un moment qui annonçait de belles années pour ce qui allait devenir bien plus qu’une école de français mais tout un projet culturel qui allait faire de ce lieu une passerelle entre les cultures locales, catalanes ou espagnoles, et celles de la Francophonie à commencer par celles de toutes les rives de la Méditerranée. C’était avant tout le projet de Robert Ferrer i Chaler, fondateur et directeur de l’Alliance, en Robert pour tout le monde, qui comprit très vite, bien plus que nous, l’importance de disposer d’un véritable espace qui regrouperait l’histoire de la ville, le monde des arts et de la culture et bien entendu des langues. Il fallait faire des travaux d’aménagement, et donc trouver des fonds mais Robert y mit toute son énergie pour réunir autour de lui les institutions et les personnes qui allaient l’accompagner dans cet ambitieux projet. La rentrée 95 se fit dans le nouveau bâtiment. Plus question de parler simplement d’une école de français. En s’installant au Sant Joan 35, l’AF avait bel et bien l’intention de s’imposer comme une référence culturelle et éducative de la ville et très vite elle le devint. Tout en devenant aussi une référence pédagogique dans l’enseignement du français bien au-delà de Sabadell. Vide aujourd’hui cette salle d’exposition qui était celle aussi de la plupart des conférences et débats, des présentations de livres, en français, en catalan ou en espagnol.

FAÇANA DE LA CASA TAULÉ, SEU DE L’ALIANÇA / LLUÍS FRANCO

Le nez toujours collé à la vitre de cette porte définitivement fermée, j’essaie d’apercevoir ce qu’il reste de l’accueil ou du bureau de l’administration, ou encore de l’escalier qui mène aux étages et aux salles de classe. Combien de fois on les a montés et descendus, ces escaliers ! J’ai même le souvenir d’un vieux téléviseur dévalant les marches depuis le premier étage… Il m’avait échappé alors que je le changeais de salle à une époque où on baladait appareils TV, magnétoscopes et lecteurs k7-CD sur des chariots. J’en ris encore même si ce jour-là je n’étais pas fier de moi. Ce sont des heures et des heures de préparation de cours, de réunions pédagogiques et de classes que nous avons passées entre ces murs. Des heures à s’interroger sur la meilleure façon de faire, à revoir toutes les progressions et sous la direction de Valérie dont les gueulantes doivent encore hantées les murs de cette Alliance, à didactiser des documents, à en créer tout autant… dans une salle des profs qui n’était jamais assez alimentée à notre goût, même si, des années plus tard, je me rendrais compte que nous étions vraiment des privilégiés. Je me souviens des premiers ordinateurs, de la première connexion à Internet et nos envies d’en profiter pour moderniser encore plus nos cours et en faire profiter nos élèves. J’ai même l’impression d’entendre la voix de Montse chanter Piaf ou les rires des gamins de l’Esplai (sorte de colonie) que Lucile animait chaque été. Cette Alliance a certainement été une des premières à introduire à la fin des années 90 des critères qui annonçaient ceux du CECR car elle avait toujours eu le souci d’avoir une longueur d’avance. Je ne monterai pas à l’étage. Mon nez restera collé contre cette porte vitrée.

Aujourd’hui, l’Alliance ferme cette porte, ferme ses portes. Accablée de dettes, des profs et du personnel administratif abandonnés à leur sort (et avec des mois de salaire impayé) parce que plus personne ne répond… Pas par manque d’élèves pourtant – même s’ils ont fini par se lasser de l’impressionnant turn-over de ces derniers temps -, pas par manque de projets non plus… Mais voilà, il y a, parait-il, un gros trou dans la caisse… Les trous dans les caisses ne se font pas tout seuls… Et en ces temps de vaches maigres, aucune institution d’ici ou de France n’a pu ou voulu sauver cette Alliance historique, née en 1974 de l’envie d’un petit groupe de profs locaux de faire bien plus que des cours de français. Cette page qui se tourne laisse un grand vide, et pas seulement émotionnel. C’est aussi un grand vide pour la présence du français et des cultures francophones dans cette grande et riche région de la banlieue barcelonaise. Quelle tristesse ! Quel dommage ! Et surtout, quel gâchis !


Pour en savoir plus

Un article que l’on retrouve sur l’hémérothèque de La Vanguardia (16 mai 1998): http://hemeroteca.lavanguardia.com/preview/1988/02/04/pagina-5/33835731/pdf.html

 

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L’état de la langue française en 2018 en quelques chiffres

Posted by Philippe Liria sur 28/12/2018

En octobre dernier, s’est tenu le XVIIe sommet de la Francophonie. C’était à Erevan, en Arménie. La déclaration finale est une longue série de points reprenant pour la plupart des lieux-communs de toutes ces déclarations bien intentionnées sur la démocratie ou les droits humains qui n’empêchent en rien hélas les conflits armés ou les regards détournés quand il s’agit d’accueillir des bateaux d’immigrés. Quant aux langues, il faut attendre le 57è point (Chapitre III) pour qu’il en soit question : on fait allusion à la langue française comme « ciment » de l’union des pays membres qui rappellent aussi leur attachement à la diversité linguistique, en dehors du territoire français bien entendu. Parce qu’en France, la diversité linguistique se limite à une reconnaissance patrimoniale et on pousse le cri au ciel quand on veut faire entrer l’arabe, pourtant très certainement deuxième langue – voire première langue – de nombreux Français, sans compter qu’elle est la langue d’importants partenaires économiques internationaux. Hélas, Jean-Michel Blanquer a préféré faire marche arrière. Mais revenons à notre sommet de la Francophonie où il a été finalement peu question de langues (à en croire en tout cas la liste des résolutions). On retiendra, avec un sourire aux lèvres, la proposition arménienne d’organiser un grand concours de la chanson francophone : la Francovision – c’est dans le texte – ! Si celui-ci voit le jour, espérons qu’il saura être pluriel et de qualité et pas la simple copie de cette médiocrité qu’est l’Eurovision. Mais c’est une autre histoire !

Et parmi toutes ces déclarations, toutes pleines de bonnes intentions, aucune portant vraiment sur la situation de l’enseignement-apprentissage de la langue française, à commencer par celle dans les pays qui en sont membres : plusieurs ne réservent au français qu’une faible place dans leur système éducatif (et encore !). Même si l’enseignement-apprentissage du français n’a pas l’air d’intéresser les dirigeants des pays membres de l’OIF, l’Observatoire de la langue française a toutefois trouvé utile de publier une synthèse de l’état de notre langue dans le monde en 2018. C’est un document qui résume des données bien plus complètes qui, elles, feront l’objet d’un rapport dont la publication est prévue en mars prochain. Pour reprendre les termes de ses auteurs, ce document « présente la réalité des usages de la langue française et les chiffres précis sur l’enseignement du français, sa présence dans l’économie, la culture, les médias et l’Internet« . Divisée en 4 parties, cette synthèse en propose donc une plus particulièrement consacrée à l’apprentissage et à l’enseignement du français (partie 2, p.9-16). On y apprend qu’il y a quelques 51 millions d’apprenants FLE mais aussi près de 81 millions qui suivent des cours EN français. Le document souligne d’ailleurs le développement voire l’engouement du bilinguisme comme c’est le cas au Canada – où il manque d’ailleurs des enseignants pour faire face à la demande – ou aux Etats-Unis – où des Etats comme l’Utah mène une véritable politique pour l’ouverture d’écoles bilingues, pas uniquement en français mais où ce dernier occupe une place de plus en plus importante. On constate aussi l’importance relative du réseau Alliance française – Institut français (à peine 2% des apprenants) ou encore des établissements labélisés dans le monde – 209 répartis dans 44 selon les derniers chiffres (cf. site de l’AEFE) – pour enseigner en français (0,5%) même si on sait que le gouvernement français actuel a décidé de miser sur leur développement. Le français connaît globalement une augmentation de +8% depuis le dernier rapport (2014) mais avec une répartition assez inégale selon les territoires : en progrès en Afrique – on a encore vu récemment comment le Ghana cherche à augmenter les compétences en français de ses citoyens (Regardez ces vidéos sur le site de l’ambassade de France dans ce pays anglophone entourés de pays francophones – ou au Moyen-Orient (les chiffres du DELF montrent l’intérêt par exemple des Saoudiens pour la langue française) mais en recul dans les Amériques (même s’il faut saluer les efforts menés pour que le français revienne dans les systèmes éducatifs, comme en Uruguay ou dans certains pays centro-américains) ou stable en Europe (mais tant que des pays comme l’Espagne miseront sur le tout-anglais plutôt que sur la pluralité linguistique européenne, nous n’avancerons pas beaucoup)*. Cette synthèse rappelle aussi les outils existants pour contribuer à l’enseignement et l’apprentissage de la langue ainsi que les organismes qui accompagnent les institutions et les enseignants dans la mise en place de programmes ou de formations initiales ou continues. Elle n’oublie pas de citer aussi les médias (TV5 Monde ou le Français dans le monde) ou encore le réseau associatif qui, fédéré autour de la FIPF, joue un rôle important. Même si personne ne nie aujourd’hui la place du numérique dans l’apprentissage d’une langue (plateformes et applications se multiplient comme des petits pains dans l’univers numérique), on peut toutefois s’étonner que la synthèse – et le rapport ira-t-il dans le même sens ? – ne prenne en compte que ces outils et ne mentionne pas ceux qui sont essentiellement sur papier (manuels, livres d’exercices, lectures faciles) mais continuent, encore aujourd’hui, à être des outils essentiels – souvent incontournables – pour les enseignants et pour les apprenants. Les maisons d’édition, qui sont pourtant des partenaires économiquement bien utiles à l’organisation de nombreux événements autour de la langue française de son apprentissage – n’auraient donc qu’un rôle secondaire ?

Voilà en tout cas quelques chiffres à se mettre sous la dent en attendant le rapport définitif d’ici quelques mois. Et comme nous sommes dans les chiffres, il faut signaler aussi la mise en ligne par la Fondation Alliance française de plusieurs données concernant son réseau et qui permettent de compléter ou préciser certaines informations que nous livre la synthèse de l’OIF sur la situation du français dans le monde. Il s’agit des livrets DATA 2017. Chacun de ces livrets représente une aire géographique avec des renseignements sur les performances des Alliances (nombre d’apprenants, d’heures vendues, de chiffres d’affaires) mais aussi des niveaux du CECR qui y sont enseignés, des certifications qu’on y passe (lesquelles, nombre de candidats…) ou encore la présence sur les réseaux (ont-elles des cours en ligne ? combien de followers sur Facebook ou sur Instagram ?), sans oublier la fonction culturelle du réseau avec le nombre d’événements que les AF proposent. Un document fort intéressant pour mieux connaître l’état des Alliances françaises dans le monde.

 

*Pas question de nier les efforts pour que le français retrouve une place dans le très pluriel système éducatif espagnol et on ne peut qu’applaudir l’ouverture de nouvelles sections bilingues ou l’augmentation exponentielle des candidats au DELF mais la société semble, en général, avoir du mal à percevoir ce réel besoin d’aller vers le plurilinguisme. On assimile encore le savoir une langue étrangère à la connaissance de l’anglais. Un récent article de La Vanguardia sur le bilinguisme (en espagnol) ne faisait d’ailleurs aucune référence au français ou une autre langue et ne s’intéressait qu’au cas de l’anglais, ce qui, à mon sens, reflète bien une certaine vision fermée de l’apprentissage des langues.

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Pas d’économies de bouts de chandelle dans le bilinguisme !

Posted by Philippe Liria sur 11/11/2018

Source : le fil du bilingue

DNL, immersion, enseignement bilingue… Comme j’ai eu l’occasion d’en parler dans les deux derniers articles de ce blog, le sujet de l’enseignement non pas simplement des langues étrangères mais plutôt celui de l’enseignement de matières dans des langues étrangères est en plein essor.

Le fil du bilingue qui, comme son nom l’indique, est le site de référence du CIEP sur ces questions propose sur Sccop.it une très intéressante et très complète revue de presse de tout ce qui se passe dans le monde autour de l’enseignement des langues. Dans ce zoom, on peut voir combien la question du bilinguisme est présente ces dernières semaines aux quatre coins de la planète, avec tous les avantages que cela apporte chez l’enfant bien au-delà de la connaissance d’une ou plusieurs langues étrangères. Et comme j’ai aussi eu l’occasion de le souligner, je trouve peu d’information sur les moyens déployés pour garantir une véritable formation des enseignants, absolument indispensable pour garantir un véritable enseignement bilingue de qualité. Nous ne pouvons accepter que les mathématiques ou l’Histoire soient enseignées dans une autre langue que celles des apprenants si les propres enseignants n’ont pas une parfaite maîtrise de la langue « étrangère » dans laquelle ils enseignent et qu’ils maîtrisent la matière enseignée, une évidence qui ne l’est pas comme il est aisé de le constater lors de la visite de certains établissements ou lors de rencontres sur des salons avec des enseignants en contexte bilingue. On s’aperçoit, hélas, qu’ils sont nombreux à éprouver d’évidentes difficultés à s’exprimer dans la langue dans laquelle ils enseignent.

Il y a quelque chose qui grince dans cette machine qui pourtant apparaît comme merveilleuse sur le papier. La formation pêche alors qu’elle devrait être centrale au risque sinon de mettre la charrue devant les boeufs dans cet ambitieux et merveilleux projet ! Mais pour cela, il faut s’en donner vraiment les moyens. On n’avancera pas dans ce projet en faisant des économies de bouts de chandelle ! Le défi vaut vraiment la peine d’être relevé !

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Bilinguisme, plurilinguisme… Un vaste chantier pour construire l’avenir

Posted by Philippe Liria sur 07/10/2018

De Dakar à Los Angeles, en passant par Buenos Aires, Madrid, New York ou Salt Lake City, le bilinguisme est « à la mode« , comme l’affirme dans une interview sur TV5Monde, Fabrice Jaumont, l’auteur de la Révolution bilingue. Et c’est vrai que depuis quelque temps, on n’entend parler que de ça dans le monde du français. Je l’évoquais déjà dans mon précédent post sur ce blog. Fin septembre, il en a été question lors de l’Univernage de Dakar où Christophe Chaillot de l’Institut français rappelait lors de l’ouverture de cette université régionale les politiques mises en place pour développer le bilinguisme et plus encore le plurilinguisme. Une nécessité dans l’espace africain où se côtoient des dizaines de langues, toutes avec des statuts différents, comme l’évoque le linguiste Louis-Jean Calvet dans le numéro de septembre du Français dans le Monde (nº419).

A l’Assemblée nationale aussi on en parle : le député des Français d’Amérique du Nord, Roland Lescure y a organisé ce 6 octobre le colloque Plurilinguisme, vecteur d’influence, d’attractivité et d’émancipation. Cet événement a permis d’aborder la question autour de deux tables rondes, l’une sur « Le bilinguisme, vecteur d’attractivité et d’émancipation » et l’autre sur comment « Développer l’enseignement français à l’étranger : vecteur d’influence pour la francophonie dans le monde ». Ce dernier thème faisant l’objet d’une commande de rapport de la part du premier ministre Edouard Philippe à la députée Samantha Cazebonne et qu’elle devra remettre en fin d’année.

Ce colloque s’inscrit donc dans la même ligne que la Conférence internationale pour la langue française et le plurilinguisme (Dossier de presse en ligne) qui s’était tenue à Paris l’hiver dernier et qui avait pour but de formuler des propositions innovantes moderniser l’image de la langue française. Il ne s’agit pas seulement de discours mais d’une réalité qui prend forme sur le terrain. On a vu en Espagne comment en quelques années, cet enseignement prend de l’ampleur et on est passé d’une dizaine d’établissements en Andalousie il y a à peine quelques années à environ 300 aujourd’hui, répartis sur l’ensemble du territoire, « ce qui représente près de 30 000 élèves. Les matières peuvent être très variées : de l’histoire-géographie à l’éducation physique en passant par les arts plastiques et les sciences naturelle », nous rappelle le site de l’Institut français d’Espagne. La semaine dernière, c’était un colloque sur l’immersion en français qui se tenait à l’USC et qui, sous la houlette des Services de la Coopération française, représentés par Karl Cogard, le Conseiller de Coopération Educative et Olivier Ngo, l’Attaché de Coopération pour le français (ACPF) sur le sud de la Californie, a réuni une cinquantaine d’enseignants des établissements bilingues de la région. Ces enseignantes (et quelques enseignants) d’établissements étaient venus pour échanger sur leurs pratiques et pour écouter des expériences d’autres Etats. C’était le cas de l’exemple de l’Utah qu’a présenté Anne Lair, la coordinatrice du programme d’immersion en français dans cet Etat de l’Ouest où les écoles bilingues sont de plus en plus nombreuses. Alors qu’il n’y en avait que 10 en 2012, on en dénombre actuellement 30 répartis sur sept districts, ce qui représentait plus de 4500 élèves pendant l’année scolaire 2017-18 (les chiffres de cette rentrée ne sont pas encore disponibles), soit plus qu’en Louisiane. De quoi satisfaire Jean Charconnet, l’ACPF en poste à San Francisco et  qui accompagne ce programme.

Cette volonté de développer l’enseignement bilingue est aussi une affaire canadienne comme nous l’a rapporté Lesley Doell, ancienne présidente de l’ACPI et toujours très active, à l’occasion des SEDIFRALE 2018 en juin dernier à Bogota. Elle y exposait les avantages du programme d’immersion, quelque 50 ans après son lancement. Elle a souligné les bénéfices qu’en dégagent les apprenants dont les résultats sont excellents mais elle a aussi abordé les défis rencontrés, notamment celui de trouver des enseignants bien formés pour garantir la qualité de la mise en oeuvre du programme. Et cette question que soulevait Lesley Doell, elle n’est pas propre au Canada. En effet, cet essor de l’enseignement bilingue, et on ne peut qu’espérer que ça continue, demande bien évidemment la mise en place d’une formation renforcée de ce nouveau profil de professeur que nous décrivait déjà Jean Duverger en 2011 dans un article publié dans le nº349 du Français dans le Monde et que j’invite vivement à (re)lire. Plusieurs formations sont déjà régulièrement proposées mais elles sont insuffisantes. De même, on sait qu’il y a un fort besoin de ressources pour animer les cours et faciliter l’apprentissage.

On le voit bien (et ce ne sont que quelques exemples) le chantier est vaste mais plein d’espoir à la fois pour que le bilinguisme (et pas seulement le français d’ailleurs, comme le fait remarque Fabrice Jaumont) et le plurilinguisme gagnent du terrain dans les établissements scolaires. Cela ne peut être que bon pour que les élèves soient mieux préparés, certes, mais surtout pour qu’ils connaissent mieux l’autre, qu’ils se connaissent mieux pour collaborer dans la construction d’un avenir sans mur.

 

Pour en savoir plus :

Enseignement bilingue – L’enseignement d’une discipline scientifique en section bilingue (référence biblio-/sitographiques proposées en fév. 2011 par Bernadette Plumelle)

Une ambition pour la langue française et le plurilinguisme, dossier de presse (20 mars 2018) suite à la Conférence internationale pour la langue française et le plurilinguisme https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/une_ambition_pour_la_langue_francaise_et_le_plurilinguisme_cle816221.pdf 

http://frenchlanguage.frenchculture.org/sites/default/files/dlp_brochure_2017-lr.pdf

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Bilinguisme (et même plurilinguisme) contre ces murs qui se dressent

Posted by Philippe Liria sur 23/09/2018

Table ronde sur l’enseignement bilingue francophone (Universités de Francophonia, Nice juillet 2018)

L’automne vient d’arriver dans l’hémisphère nord. Mais en Europe, c’est une impression d’hiver en avance qui semble s’installer, un hiver aux relents des années 30 qui refont surface depuis le fin-fond des égouts pestiférés de l’Histoire. Celles/ceux qui vivons au quotidien l’Europe dans sa diversité à tout point de vue avons bien du mal à comprendre ce qui se passe en ce moment. Comme si cette mosaïque plurilingue et pluriculturelle était sur le point d’éclater en morceaux alors que nous croyions que plus rien ne pourrait la briser.

Dans ce contexte fort sombre, il est des initiatives qui, à mon avis, ne peuvent que contribuer à renforcer le rêve de construire une véritable Europe citoyenne -il existe encore-. C’est certainement le cas de l’enseignement bilingue. Qui peut douter de la nécessité universelle du bilinguisme dans ce monde global ? Il est bel et bien révolu le temps où le bilingue était perçu comme une personne perfide ou hypocrite – c’est ainsi que le dictionnaire illustré latin-français de Gaffiot parlait du bilinguis -. Dans ce monde qui semble assis sur une poudrière, le bilinguisme, et mieux encore le plurilinguisme sont une nécessité. Voilà certainement comment nous contribuerons à dépasser les préjudices et la méfiance voire le rejet de l’autre.

L’enseignement bilingue, en l’occurrence francophone, recouvre bien entendu plusieurs réalité. Nous ne parlons pas nécessairement de la même chose, pour ne citer que quelques exemples, au Canada, où est question de l’immersion en français ; en Espagne, où il y a presque 300 collèges bilingues dans le secteur public ; ou au Ghana, où le français devient, en ce mois de septembre, langue d’enseignement de certaines matières dès le primaire. Les enjeux d’apprentissage mais aussi politiques ou culturels ont bien évidemment une influence sur la réalité qu’il y a derrière cet enseignement bilingue. Et c’est ce dont il a été d’ailleurs question lors d’une fort intéressante table ronde qui s’est tenue à Nice en cette fin juillet. Proposée par les Universités de Francophonia et animée par Ivan Kabakoff, elle a permis la présentation de la situation canadienne grâce à l’intervention de Marc-Albert Paquette, président de l’ACPI. Nous avons pu voir que le bilinguisme, qui prend le nom de français en immersion, se decline en trois formes : précoce, (à partir des 4/5 ans), moyenne (dès l’âge de 9/10 ans) et tardive (à partir de 12/13 ans). Quant à Fabrice Jaumont, auteur de La révolution bilingue. Le futur de l’éducation s’écrit en deux langues (TBR Books, 2017), il a parlé de la situation aux USA et plus particulièrement à New York. Partant de sa propre expérience dans la création d’une filière bilingue à Brooklyn, il a mis en avant le rôle que jouent les parents dans cette démarche. Ce n’est pas le seul cas de bilinguisme aux Etats-Unis et on peut aussi applaudir l’initiative de l’Utah qui a favorisé l’ouverture de classes bilingues. Cet Etat américain compte aujourd’hui plus de 4500 écoliers et collégiens et 92 professeurs concernés dans plus de 30 écoles. C’est même plus qu’en Louisiane ! me rappelaient encore récemment les responsables des programmes de français en Utah. L’éducation bilingue a même son salon aux Etats-Unis : la Bilingual Fair dont l’édition 2018 se tiendra à New York le 3 novembre et à San Francisco le 17 novembre. L’évènement contera d’ailleurs sur la présence de Fabrice Jaumont qui y présentera son ouvrage.

Plus globalement, l’enseignement bilingue francophone est en pleine croissante dans le monde. Dans une enquête réalisée par le CIEP en 2016, on signalait qu’il y avait environ 1,7 million élèves dans des sections bilingues de plus de 48 pays. Le CIEP anime d’ailleurs un site, Le fil du bilingue, entièrement consacré à la question.

On sait bien sûr que la polémique existe autour de soi-disants risques pour les enfants en situation de bilinguisme. M.-A. Paquette a rappelé à ce sujet que la recherche a montré que les enfants connaissent des taux de réussite au moins similaires voire supérieurs à ceux qui ne suivent pas de cursus bilingue. Un argument de poids pour convaincre les sceptiques ! 

Cet optimisme ne doit pas cacher les obstacles que rencontre l’implantation d’un enseignement bilingue sur le plan des moyens à mettre en oeuvre pour en garantir l’efficacité. Il faut y mettre de l’argent pour que l’offre soit ouverte à toutes et tous (l’enseignement bilingue ne doit pas être la panacée des établissements ayant les moyens ou se trouvant plutôt en zone urbaine), que les professeurs reçoivent la formation adéquate pour être compétents dans l’enseignement des disciplines non linguistiques (DNL) et que l’on puisse investir dans le développement multi-support de ressources pédagogiques qui vont accompagner apprenants et enseignants dans cette tâche.

Alors que le Brexit est sur le point de devenir une réalité et que l’Europe des populismes semblent vouloir faire son retour avec son lot d’intolérance envers l’autre, il est encore plus indispensable de renforcer la formation de citoyens plurilingues dans l’espoir que cela évitera la construction de nouveaux murs, que ce soit au sein de l’UE ou à ses portes.

 

Pour en savoir plus

Universités de Francophonia : https://www.universitesdefrancophonia.com

Le site de Fabrice Jaumont : https://fabricejaumont.net

Le fil du bilingue (le site de référence du CIEP pour cette question) : http://www.lefildubilingue.org

Bilinguisme et enseignement bilingue (CIEP, 2010) : http://www.ciep.fr/sites/default/files/migration/bibliographie/Enseignement_bilingue_0.pdf (un document qui date un peu mais qui fournit d’intéressantes références sur la question)

L’avantage bilingue : http://thebilingualadvantage.com/a-propos/ Site de Jessica Blin, enseignante bilingue, sur le bilinguisme avec notamment des informations sur les établissements bilingues en Australie.

L’enseignement bilingue francophone dans le monde (Institut français, 2016) : http://www.institutfrancais.com/sites/default/files/enquete-enseignement-bilingue-web.pdf

Les collèges bilingues publics espagnols (proposant le français) : http://www.tuscolegiosbilingues.es/colegios/frances/centro-publico/pag1

Résultats des statistiques des évaluations en Catalogne : http://csda.gencat.cat/web/.content/home/consell_superior_d_avalua/pdf_i_altres/static_file/Indicadors-2n-trimestre-2017.pdf

Formation à Accra pour les enseignants des futures écoles publiques bilingues (12/06/18) : http://lefildubilingue.org/formations/formation-à-accra-pour-les-enseignants-des-futures-écoles-publiques-bilingues

Association Canadienne des Professionnels de l’Immersion (ACPI) : www.acpi.ca

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Du foot dans ma classe de FLE

Posted by Philippe Liria sur 30/06/2018

Alors que j’écris ces lignes, les Bleus viennent de se qualifier pour les quarts de finale du Russia 2018. Je sais, le sport et en particulier le foot n’est pas la tasse de thé de nombreux.ses d’entre vous. Pour beaucoup, l’idée de “pouvoir regarder des millionnaires courir après un ballon” n’est pas une question polémique, contrairement à ce qu’on a récemment vu en France à cause d’un commentaire jugé déplacé d’Anne-Sophie Lapix, la présentatrice du JT de 20h, à l’occasion de l’inauguration de la Coupe du Monde 2018 en Russie. « Lamentable » le commentaire de la journaliste française ? Après tout le foot brasse effectivement beaucoup d’argent – de pognon comme dirait Macron – qui ne profite vraiment qu’à une petite minorité, c’est qui faisait écrire à Ignacio Ramonet en 2006 que le foot « constitue une métaphore de la condition humaine. » Qu’il peut être, écrivait toujours l’ancien directeur du Monde diplomatique « peste émotionnelle » ou « passion exultante » car « le football est le sport international numéro un. Mais c’est indiscutablement plus qu’un sport. Sinon il ne susciterait pas un tel ouragan de sentiments contrastés. » Un article que je vous invite à lire ou à relire, et surtout à partager avec vos élèves (à partir d’un niveau B1+/B2).   

Impossible de passer à côté

Pourtant, qu’on soit un fou de foot ou qu’on abhorre ce sport, difficile de passer à côté. Et avouons-le, alors qu’on se demande comment motiver les apprenant.e.s, nous avons ici un sujet qui délie les langues. C’est ce que j’ai d’ailleurs très vite compris quand, tout jeune prof de FLE, on m’a envoyé faire des cours à des cadres d’une grande banque catalane de la banlieue de Barcelone. La seule façon de motiver cette équipe de cadres le lundi matin, c’était bien sûr de parler des matchs de la Liga et plus généralement de l’actualité du foot. Cette motivation n’était pas complètement désintéressée ! En effet, ils voulaient savoir parler foot parce que, venant de Barcelone, le premier sujet de conversation de leurs interlocuteurs français n’était pas l’état de la bourse ou les taux d’intérêt à la hausse ou à la baisse mais bel et bien les résultats du dernier match du Barça ou les mouvements de joueurs au mercato du moment. Moi qui n’étais pas très footeux – même si mon coeur a toujours eu un penchant pour le FC Barcelona – il a bien fallu que je m’y intéresse de plus près de façon à joindre dans mes cours l’utile à l’agréable en glissant du contenu didactique à ces échanges footballistiques. Depuis, j’ai bien compris que le foot est le vrai passeport, la clé d’entrée dans de nombreuses villes ; la meilleure façon de gagner la confiance avec les chauffeurs de taxi ou les serveurs locaux, même si nous supportons des équipes différentes. Le football est une véritable activité brise-glace, dès le niveau A1 ! Et essayez donc en B2 de lancer un débat autour du vidéo-arbitrage (ou VAR si vous voulez ajouter un nouvel acronyme à votre vocabulaire) : vous verrez comme tous les éléments de l’argumentation seront naturellement mobilisés par vos étudiant.e.s ! Cet article de Thibaut Geffrotin dans Le  Point (29/06/2018) pourra même vous servir de déclencheur : Coupe du monde 2018 : arbitrage vidéo, le grand bazar !

Des pieds et de l’esprit

Malgré l’intérêt évident de passer par le foot pour motiver les élèves, il a du mal – encore aujourd’hui – à faire son entrée dans la classe de français. S’agirait-il du reflet finalement d’un rapport complexe que l’esprit cartésien, celui de la raison, semble maintenir avec l’exercice physique ? Comme si les efforts de l’esprit étaient incompatibles avec ceux du corps ! Pour mieux aborder cette question, vous pouvez (ré-)écouter l’entretien du journaliste sportif Bernard Heimermann en 2010 au sujet de Plumes et crampons, un livre co-écrit avec l’écrivain Patrick Delbourg et qui se proposait à la veille de la Coupe du monde d’Afrique du Sud d’analyser les liens entre les écrivains et le football (Un document intéressant pour la classe – niveaux B2/C1 – et qui aidera à faire réfléchir les étudiants sur cette question). On sait combien des écrivains, et pas des moindre étaient de fervents amateurs de foot. Me viennent à l’esprit Camus bien sûr ou le Catalan Vázquez Montalbán… mais ils sont bien plus nombreux comme le rappelle cet article de L’orient littéraire. Au sujet de Camus, qui avait été gardien de but (ou « goal » comme on disait à l’époque), il y a d’ailleurs eu cette superbe initiative de l’Institut français de Madrid qui, à travers l’opération Le football, une école de la vie ! a permis de rapprocher les élèves des écrits du prix Nobel de littérature.  

Du foot dans le FLE

Plus directement en lien avec le FLE, en 2016, à la veille de la Coupe d’Europe, le site FLE Les Zexperts n’avait pas voulu passer à côté de l’événement : il contribuait ainsi à faire une place au foot dans la classe en proposant une fiche pour parler de foot en FLE à partir de niveau A2. Il y a aussi les mémos de Parlons français, c’est facile qui reprend de façon imaginée le lexique du foot. 

J’imagine parfaitement une classe d’ados – et pas que – présentant à l’oral et/ou à l’écrit leurs équipes, les joueurs… Une bonne occasion pour pratiquer différentes notions d’un programme de A1/A2 en les combinant avec un sujet motivant. D’ailleurs c’était la proposition, très intéressante, qui avait été faite en 2010 à l’occasion de la Coupe du Monde en Afrique du Sud : toute une progression à partir du foot ! Oui, je parle foot !, c’est le nom du site – toujours disponible – qu’Amandine Béranger et Jérôme Cosnard avaient alors créé et qui constitue une somme de documents A1 (téléchargeables en word et en PDF), certains à prendre tel quel et d’autres qu’il faut bien sûr mettre à jour ou qui peuvent servir comme point de départ pour créer des activités similaires mises au goût du Mondial de Russie. Toujours autour de ce monde sudafricain, le Français dans le monde de mai-juin 2010 (nº369) avait consacré des pages spéciales au foot. Vous pouvez bien sûr les consulter sur le site de la revue si vous y êtes abonné.e ou retrouver un extrait sur www.issuu.com

Le point du FLE qui a consacré une page de son site au sport propose quelques liens dédiés au football. On peut simplement regretter que cette Russia 2018 n’ait pas été l’occasion d’actualiser un peu les documents pour la classe*. 

Enfin, si vous voulez commenter au fil de la Coupe ce qui s’y passe, vous pouvez vous rendre avec vos étudiants sur les sites des chaînes sportives francophones ou sur ceux de la presse écrit ou radio.

Bref, le foot, on peut aimer ou pas, mais il nous laisse rarement indifférents en raison de ses implications, sportives certes mais aussi sociales, économiques, politiques… On a même vu au Mexique , comme le rapportait récemment Anthony Bellanger dans ses Histoires du monde, que le foot peut entraîner une polémique politico-orthographique en raison des maillots de la sélection nationale : les accents des noms des joueurs avaient disparu parce que les maillots ne provenaient ni plus ni moins que des USA ! Une décision pas vraiment bien accueillie à un moment où ces deux Etats nord-américains ne traversent pas vraiment une lune de miel !  Comme quoi, au cas où certains en doutaient encore, même la langue a sa place dans le foot !

*Ami.e.s lecteur/-trices, n’hésitez pas à me partager vos liens et de m’en signaler si vous avez du matériel sur ce Mondial, je me ferai un plaisir de l’intégrer à cet article.

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De la communication authentique pour les hauts niveaux

Posted by Philippe Liria sur 17/05/2018

Faire un récit de voyage, communiquer dans l’espace francophone, faire la critique d’un jeu en réalité virtuelle, publier un manifeste contre la censure, rédiger un compte rendu, ironiser sur un futur déshumanisé ou débattre sur une réforme… Je vais m’arrêter là dans cette énumération mais la liste est encore bien plus longue. Il s’agit en fait d’une simple poignée d’exemples choisis au hasard parmi les quelque 120 situations de communication que nous proposent Romain Racine et Jean-Charles Schenker dans leur toute dernière publication, Communication progressive du français C1 C2. Sorti aux éditions CLE International il y a tout juste deux mois, ce niveau Perfectionnement d’une collection dont la réputation n’est plus à faire, est un petit bijou pour celles et ceux qui sont à la recherche d’un manuel pour leurs cours avancés. C’est un plaisir d’entendre les auteurs parler de cet ouvrage qui permettra aux professeurs et étudiants “de découvrir des thèmes, des styles, des registres et des supports rarement abordés en apprentissage du FLE” grâce à une banque de documents authentiques particulièrement variée qu’ils ont regroupés dans huit grands blocs thématiques : Le tour du monde en français, Mille et une connexions, Les cinq travaux d’Hercule, La scientifique nature de l’homme, Citoyens : un pour tous, tous pour un !, La culture sous toutes ses coutures, Qui m’aime me suive ! Il n’y a qu’un devoir, c’est d’être heureux

 

A l’intérieur de ces blocs, on appréciera donc la variété des textes, dont 54 accompagnés d’un support audio : on y trouve des articles de presse, des extraits de roman, de pièce de théâtre, des interviews radiophoniques, des discours politiques, des critiques ou encore des sketchs qu’on appréciera d’autant plus que l’humour si difficile à aborder en classe est souvent contourné ailleurs. Ce n’est pas le cas ici où justement les auteurs ont délibérément pris le parti de travailler le style et notamment en cherchant à “sensibiliser l’étudiant à l’humour” (sous toutes ses coutures), un objectif marqué par le CECRL mais, nous le savons, si difficile à intégrer en classe. Un travail sur le style à partir des textes humoristiques, c’est aussi pour nos auteurs l’occasion d’aborder, grâce au débat d’idées, des sujets qui n’échappent pas à la polémique comme un entretien – dont l’audio est dans le CD accompagnant le manuel – avec Philippe Geluck sur les caricatures et la question qui malheureusement a refait surface ces derniers temps : peut-on rire de tout ? Une question étroitement liée à la liberté d’expression, si difficile à gagner et qu’on voit de plus en plus remise en cause là où on la croyait acquise. Les questions sociétales qui ont récemment ébranlé la société française ne manquent pas comme celle du repli identitaire et du communautarisme que critique Elisabeth Badinter dans un entretien à Mediapart ou le superbe discours de Christiane Taubira devant les députés en 2014 pour défendre le texte de loi permettant d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe (dans les deux cas, les audio sont disponibles dans le CD). 

Tous ces documents constituent à la fois des modèles et des points de départ pour entrainer les étudiants à ces savoir-faire à l’écrit et à l’oral qu’ils doivent apprendre à maîtriser à ce niveau de langue. Ils sont autant d’outils pour exposer, rendre compte, débattre, argumenter, répliquer, attaquer ou défendre, polémiquer… 

A la fin de chaque bloc est proposé un bilan pour faire le point sur le lexique, la grammaire mais aussi sur les thèmes abordés en les reprenant autour de nouveaux sujets de discussion et tous les deux blocs, une récréation culturelle pour reprendre les spécificités culturelles mais cette fois de façon plus ludique.

Vous l’aurez compris, ce Communication progressive C1 C2 que Romain Racine et Jean-Charles Schenker nous présentent avec un enthousiasme et un humour contagieux est destiné à devenir un incontournable des hauts niveaux, comme on les appelle souvent dans notre jargon. Il s’agit d’un manuel qui peut être tout simplement ce complément qui va aider à compléter un cours ou, mieux encore, en devenir la colonne vertébrale. Celle à partir de laquelle vous allez construire une solide progression pour vos classes de niveaux avancés, pour les préparations au DALF ou à des concours d’entrée de certaines écoles, ou tout simplement pour acquérir une maîtrise langagière et socio-culturelle “proche de celui des natifs” nous rappellent les auteurs. 

Pour en savoir plus :

Communication progressive du français C1 C2 niveau perfectionnement, par R. RACINE et J.-C SCHENKER. Col. Progressive, CLE International. Paris : 2018. 272 pages

Consultez-en un extrait sur : https://issuu.com/marketingcle/docs/extrait_e7549ab154a505

Corrigé de Communication progressive du français C1 C2 niveau perfectionnement, par R. RACINE et J.-C SCHENKER. Col. Progressive, CLE International. Paris : 2018.

Vous pouvez les trouver auprès de votre libraire ou directement sur le site de CLE International : http://www.cle-international.com/adolescents/communication-progressive-du-francais-niveau-perfectionnement-livre-cd-nouveaute-9782090380705.html   

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Au rythme du FOS et du FOU dans le Nord-Est du Brésil

Posted by Philippe Liria sur 22/04/2018

Sorti fin 2017, voici le très intéressant livre Le FOS et le FOU au Nord-Est du Brésil : quel avenir ? ou O FOS e o FOU no Nordeste do Brasil: Quais expectativas? (Ed. UFPE 2017) qui propose un état des lieux de ces deux spécialités du français comme l’écrivent les coordinatrices de l’ouvrage, Joice Armani Galli et Nadège Bouchonneau dans leur préface en portugais. C’est aussi à partir de cet ouvrage l’occasion « d’envisager de nouvelles perspectives dans la mise en place de dispositifs de préparations des étudiants brésiliens aux études supérieurs en français » comme le souligne Jean-Marc Mangiante, dans l’autre préface du livre, celle-ci en français. Car c’est aussi son originalité : ce sont deux livres en un, d’un côté en portugais et de l’autre en français ce qui a permis, au-delà du contenu de mettre en pratique tout un travail de traduction en dialogue avec les auteurs internationaux qui ont collaboré à cet ouvrage, ce qui a permis aussi de mettre en avant la Francophonie dans toue sa dimension.

On pourrait trouver curieux à prime abord de proposer un ouvrage aussi spécifique mais finalement, n’est-il pas justement le reflet de qui est peut-être l’avenir de l’enseignement du français ? Ne faut-il pas s’interroger sur les besoins concrets des apprenants pour leur proposer un enseignement adapté ? C’est pourquoi l’ouvrage réuni en premier lieu sept articles d’auteurs brésiliens, sans oublier pour autant la dimension international et c’est la raison pour laquelle, en plus de Jean-Marc Mangiante, les coordinatrices de l’ouvrage ont invité deux autres auteurs de la Francophonie, l’un de Suisse (Darius Vanhonnaeker,) et l’autre du Maroc (El Mostafa Ftouh, U. Sultan Moulay Slimane).

Le FOS et le Fou au Nord-Est du Brésil… montre la nécessité de poursuivre dans la mise en place de programmes préparant les étudiants à la mobilité internationale car on ne pourrait se contenter de contenus linguistiques pour que « les étudiants s’intègrent à la vie académique du pays d’accueil. C’est la raison pour laquelle, au moment de parler de FOU, on doit suivre les mêmes étapes de construction d’un programme FOS et savoir que, en plus de l’apprentissage de la langue, on doit penser à la méthodologie universitaires des pays francophones, au contexte culturel et à la vie administrative de l’institution étrangère, culturellement différente de la réalité brésilienne« , nous rappelle Katia Ferreira Fraga de l’Université Fédérale du Paraíba dans son article présentant justement la situation d’enseignement du FOS/FOU à l’UFPB. Elle ne manque pas non plus de signaler les difficultés rencontrées pour maintenir l’offre alors que c’est justement en passant par ces spécificités que le français pourrait, selon elle, survivre face à une politique du tout-anglais à tous les niveaux de la scolarité de cet État, comme partout ailleurs au Brésil malheureusement.

Sans perdre de vue le thème central de ce livre, Dario Pagel revient très largement d’ailleurs sur la situation du français au Brésil mais aussi et surtout sur la formation des professeurs de français. Il pointe du doigt les carences actuelles que cause l’absence de vision plurilingue des politiques linguistiques brésiliennes mais aussi, le manque d’engagement de la France pour accompagner plus largement les besoins qu’ont les professeurs et futurs professeurs de se former.

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