Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Archive for the ‘Actualité du français’ Category

Du foot dans ma classe de FLE

Posted by Philippe Liria sur 30/06/2018

Alors que j’écris ces lignes, les Bleus viennent de se qualifier pour les quarts de finale du Russia 2018. Je sais, le sport et en particulier le foot n’est pas la tasse de thé de nombreux.ses d’entre vous. Pour beaucoup, l’idée de “pouvoir regarder des millionnaires courir après un ballon” n’est pas une question polémique, contrairement à ce qu’on a récemment vu en France à cause d’un commentaire jugé déplacé d’Anne-Sophie Lapix, la présentatrice du JT de 20h, à l’occasion de l’inauguration de la Coupe du Monde 2018 en Russie. « Lamentable » le commentaire de la journaliste française ? Après tout le foot brasse effectivement beaucoup d’argent – de pognon comme dirait Macron – qui ne profite vraiment qu’à une petite minorité, c’est qui faisait écrire à Ignacio Ramonet en 2006 que le foot « constitue une métaphore de la condition humaine. » Qu’il peut être, écrivait toujours l’ancien directeur du Monde diplomatique « peste émotionnelle » ou « passion exultante » car « le football est le sport international numéro un. Mais c’est indiscutablement plus qu’un sport. Sinon il ne susciterait pas un tel ouragan de sentiments contrastés. » Un article que je vous invite à lire ou à relire, et surtout à partager avec vos élèves (à partir d’un niveau B1+/B2).   

Impossible de passer à côté

Pourtant, qu’on soit un fou de foot ou qu’on abhorre ce sport, difficile de passer à côté. Et avouons-le, alors qu’on se demande comment motiver les apprenant.e.s, nous avons ici un sujet qui délie les langues. C’est ce que j’ai d’ailleurs très vite compris quand, tout jeune prof de FLE, on m’a envoyé faire des cours à des cadres d’une grande banque catalane de la banlieue de Barcelone. La seule façon de motiver cette équipe de cadres le lundi matin, c’était bien sûr de parler des matchs de la Liga et plus généralement de l’actualité du foot. Cette motivation n’était pas complètement désintéressée ! En effet, ils voulaient savoir parler foot parce que, venant de Barcelone, le premier sujet de conversation de leurs interlocuteurs français n’était pas l’état de la bourse ou les taux d’intérêt à la hausse ou à la baisse mais bel et bien les résultats du dernier match du Barça ou les mouvements de joueurs au mercato du moment. Moi qui n’étais pas très footeux – même si mon coeur a toujours eu un penchant pour le FC Barcelona – il a bien fallu que je m’y intéresse de plus près de façon à joindre dans mes cours l’utile à l’agréable en glissant du contenu didactique à ces échanges footballistiques. Depuis, j’ai bien compris que le foot est le vrai passeport, la clé d’entrée dans de nombreuses villes ; la meilleure façon de gagner la confiance avec les chauffeurs de taxi ou les serveurs locaux, même si nous supportons des équipes différentes. Le football est une véritable activité brise-glace, dès le niveau A1 ! Et essayez donc en B2 de lancer un débat autour du vidéo-arbitrage (ou VAR si vous voulez ajouter un nouvel acronyme à votre vocabulaire) : vous verrez comme tous les éléments de l’argumentation seront naturellement mobilisés par vos étudiant.e.s ! Cet article de Thibaut Geffrotin dans Le  Point (29/06/2018) pourra même vous servir de déclencheur : Coupe du monde 2018 : arbitrage vidéo, le grand bazar !

Des pieds et de l’esprit

Malgré l’intérêt évident de passer par le foot pour motiver les élèves, il a du mal – encore aujourd’hui – à faire son entrée dans la classe de français. S’agirait-il du reflet finalement d’un rapport complexe que l’esprit cartésien, celui de la raison, semble maintenir avec l’exercice physique ? Comme si les efforts de l’esprit étaient incompatibles avec ceux du corps ! Pour mieux aborder cette question, vous pouvez (ré-)écouter l’entretien du journaliste sportif Bernard Heimermann en 2010 au sujet de Plumes et crampons, un livre co-écrit avec l’écrivain Patrick Delbourg et qui se proposait à la veille de la Coupe du monde d’Afrique du Sud d’analyser les liens entre les écrivains et le football (Un document intéressant pour la classe – niveaux B2/C1 – et qui aidera à faire réfléchir les étudiants sur cette question). On sait combien des écrivains, et pas des moindre étaient de fervents amateurs de foot. Me viennent à l’esprit Camus bien sûr ou le Catalan Vázquez Montalbán… mais ils sont bien plus nombreux comme le rappelle cet article de L’orient littéraire. Au sujet de Camus, qui avait été gardien de but (ou « goal » comme on disait à l’époque), il y a d’ailleurs eu cette superbe initiative de l’Institut français de Madrid qui, à travers l’opération Le football, une école de la vie ! a permis de rapprocher les élèves des écrits du prix Nobel de littérature.  

Du foot dans le FLE

Plus directement en lien avec le FLE, en 2016, à la veille de la Coupe d’Europe, le site FLE Les Zexperts n’avait pas voulu passer à côté de l’événement : il contribuait ainsi à faire une place au foot dans la classe en proposant une fiche pour parler de foot en FLE à partir de niveau A2. Il y a aussi les mémos de Parlons français, c’est facile qui reprend de façon imaginée le lexique du foot. 

J’imagine parfaitement une classe d’ados – et pas que – présentant à l’oral et/ou à l’écrit leurs équipes, les joueurs… Une bonne occasion pour pratiquer différentes notions d’un programme de A1/A2 en les combinant avec un sujet motivant. D’ailleurs c’était la proposition, très intéressante, qui avait été faite en 2010 à l’occasion de la Coupe du Monde en Afrique du Sud : toute une progression à partir du foot ! Oui, je parle foot !, c’est le nom du site – toujours disponible – qu’Amandine Béranger et Jérôme Cosnard avaient alors créé et qui constitue une somme de documents A1 (téléchargeables en word et en PDF), certains à prendre tel quel et d’autres qu’il faut bien sûr mettre à jour ou qui peuvent servir comme point de départ pour créer des activités similaires mises au goût du Mondial de Russie. Toujours autour de ce monde sudafricain, le Français dans le monde de mai-juin 2010 (nº369) avait consacré des pages spéciales au foot. Vous pouvez bien sûr les consulter sur le site de la revue si vous y êtes abonné.e ou retrouver un extrait sur www.issuu.com

Le point du FLE qui a consacré une page de son site au sport propose quelques liens dédiés au football. On peut simplement regretter que cette Russia 2018 n’ait pas été l’occasion d’actualiser un peu les documents pour la classe*. 

Enfin, si vous voulez commenter au fil de la Coupe ce qui s’y passe, vous pouvez vous rendre avec vos étudiants sur les sites des chaînes sportives francophones ou sur ceux de la presse écrit ou radio.

Bref, le foot, on peut aimer ou pas, mais il nous laisse rarement indifférents en raison de ses implications, sportives certes mais aussi sociales, économiques, politiques… On a même vu au Mexique , comme le rapportait récemment Anthony Bellanger dans ses Histoires du monde, que le foot peut entraîner une polémique politico-orthographique en raison des maillots de la sélection nationale : les accents des noms des joueurs avaient disparu parce que les maillots ne provenaient ni plus ni moins que des USA ! Une décision pas vraiment bien accueillie à un moment où ces deux Etats nord-américains ne traversent pas vraiment une lune de miel !  Comme quoi, au cas où certains en doutaient encore, même la langue a sa place dans le foot !

*Ami.e.s lecteur/-trices, n’hésitez pas à me partager vos liens et de m’en signaler si vous avez du matériel sur ce Mondial, je me ferai un plaisir de l’intégrer à cet article.

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De la communication authentique pour les hauts niveaux

Posted by Philippe Liria sur 17/05/2018

Faire un récit de voyage, communiquer dans l’espace francophone, faire la critique d’un jeu en réalité virtuelle, publier un manifeste contre la censure, rédiger un compte rendu, ironiser sur un futur déshumanisé ou débattre sur une réforme… Je vais m’arrêter là dans cette énumération mais la liste est encore bien plus longue. Il s’agit en fait d’une simple poignée d’exemples choisis au hasard parmi les quelque 120 situations de communication que nous proposent Romain Racine et Jean-Charles Schenker dans leur toute dernière publication, Communication progressive du français C1 C2. Sorti aux éditions CLE International il y a tout juste deux mois, ce niveau Perfectionnement d’une collection dont la réputation n’est plus à faire, est un petit bijou pour celles et ceux qui sont à la recherche d’un manuel pour leurs cours avancés. C’est un plaisir d’entendre les auteurs parler de cet ouvrage qui permettra aux professeurs et étudiants “de découvrir des thèmes, des styles, des registres et des supports rarement abordés en apprentissage du FLE” grâce à une banque de documents authentiques particulièrement variée qu’ils ont regroupés dans huit grands blocs thématiques : Le tour du monde en français, Mille et une connexions, Les cinq travaux d’Hercule, La scientifique nature de l’homme, Citoyens : un pour tous, tous pour un !, La culture sous toutes ses coutures, Qui m’aime me suive ! Il n’y a qu’un devoir, c’est d’être heureux

 

A l’intérieur de ces blocs, on appréciera donc la variété des textes, dont 54 accompagnés d’un support audio : on y trouve des articles de presse, des extraits de roman, de pièce de théâtre, des interviews radiophoniques, des discours politiques, des critiques ou encore des sketchs qu’on appréciera d’autant plus que l’humour si difficile à aborder en classe est souvent contourné ailleurs. Ce n’est pas le cas ici où justement les auteurs ont délibérément pris le parti de travailler le style et notamment en cherchant à “sensibiliser l’étudiant à l’humour” (sous toutes ses coutures), un objectif marqué par le CECRL mais, nous le savons, si difficile à intégrer en classe. Un travail sur le style à partir des textes humoristiques, c’est aussi pour nos auteurs l’occasion d’aborder, grâce au débat d’idées, des sujets qui n’échappent pas à la polémique comme un entretien – dont l’audio est dans le CD accompagnant le manuel – avec Philippe Geluck sur les caricatures et la question qui malheureusement a refait surface ces derniers temps : peut-on rire de tout ? Une question étroitement liée à la liberté d’expression, si difficile à gagner et qu’on voit de plus en plus remise en cause là où on la croyait acquise. Les questions sociétales qui ont récemment ébranlé la société française ne manquent pas comme celle du repli identitaire et du communautarisme que critique Elisabeth Badinter dans un entretien à Mediapart ou le superbe discours de Christiane Taubira devant les députés en 2014 pour défendre le texte de loi permettant d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe (dans les deux cas, les audio sont disponibles dans le CD). 

Tous ces documents constituent à la fois des modèles et des points de départ pour entrainer les étudiants à ces savoir-faire à l’écrit et à l’oral qu’ils doivent apprendre à maîtriser à ce niveau de langue. Ils sont autant d’outils pour exposer, rendre compte, débattre, argumenter, répliquer, attaquer ou défendre, polémiquer… 

A la fin de chaque bloc est proposé un bilan pour faire le point sur le lexique, la grammaire mais aussi sur les thèmes abordés en les reprenant autour de nouveaux sujets de discussion et tous les deux blocs, une récréation culturelle pour reprendre les spécificités culturelles mais cette fois de façon plus ludique.

Vous l’aurez compris, ce Communication progressive C1 C2 que Romain Racine et Jean-Charles Schenker nous présentent avec un enthousiasme et un humour contagieux est destiné à devenir un incontournable des hauts niveaux, comme on les appelle souvent dans notre jargon. Il s’agit d’un manuel qui peut être tout simplement ce complément qui va aider à compléter un cours ou, mieux encore, en devenir la colonne vertébrale. Celle à partir de laquelle vous allez construire une solide progression pour vos classes de niveaux avancés, pour les préparations au DALF ou à des concours d’entrée de certaines écoles, ou tout simplement pour acquérir une maîtrise langagière et socio-culturelle “proche de celui des natifs” nous rappellent les auteurs. 

Pour en savoir plus :

Communication progressive du français C1 C2 niveau perfectionnement, par R. RACINE et J.-C SCHENKER. Col. Progressive, CLE International. Paris : 2018. 272 pages

Consultez-en un extrait sur : https://issuu.com/marketingcle/docs/extrait_e7549ab154a505

Corrigé de Communication progressive du français C1 C2 niveau perfectionnement, par R. RACINE et J.-C SCHENKER. Col. Progressive, CLE International. Paris : 2018.

Vous pouvez les trouver auprès de votre libraire ou directement sur le site de CLE International : http://www.cle-international.com/adolescents/communication-progressive-du-francais-niveau-perfectionnement-livre-cd-nouveaute-9782090380705.html   

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Au rythme du FOS et du FOU dans le Nord-Est du Brésil

Posted by Philippe Liria sur 22/04/2018

Sorti fin 2017, voici le très intéressant livre Le FOS et le FOU au Nord-Est du Brésil : quel avenir ? ou O FOS e o FOU no Nordeste do Brasil: Quais expectativas? (Ed. UFPE 2017) qui propose un état des lieux de ces deux spécialités du français comme l’écrivent les coordinatrices de l’ouvrage, Joice Armani Galli et Nadège Bouchonneau dans leur préface en portugais. C’est aussi à partir de cet ouvrage l’occasion « d’envisager de nouvelles perspectives dans la mise en place de dispositifs de préparations des étudiants brésiliens aux études supérieurs en français » comme le souligne Jean-Marc Mangiante, dans l’autre préface du livre, celle-ci en français. Car c’est aussi son originalité : ce sont deux livres en un, d’un côté en portugais et de l’autre en français ce qui a permis, au-delà du contenu de mettre en pratique tout un travail de traduction en dialogue avec les auteurs internationaux qui ont collaboré à cet ouvrage, ce qui a permis aussi de mettre en avant la Francophonie dans toue sa dimension.

On pourrait trouver curieux à prime abord de proposer un ouvrage aussi spécifique mais finalement, n’est-il pas justement le reflet de qui est peut-être l’avenir de l’enseignement du français ? Ne faut-il pas s’interroger sur les besoins concrets des apprenants pour leur proposer un enseignement adapté ? C’est pourquoi l’ouvrage réuni en premier lieu sept articles d’auteurs brésiliens, sans oublier pour autant la dimension international et c’est la raison pour laquelle, en plus de Jean-Marc Mangiante, les coordinatrices de l’ouvrage ont invité deux autres auteurs de la Francophonie, l’un de Suisse (Darius Vanhonnaeker,) et l’autre du Maroc (El Mostafa Ftouh, U. Sultan Moulay Slimane).

Le FOS et le Fou au Nord-Est du Brésil… montre la nécessité de poursuivre dans la mise en place de programmes préparant les étudiants à la mobilité internationale car on ne pourrait se contenter de contenus linguistiques pour que « les étudiants s’intègrent à la vie académique du pays d’accueil. C’est la raison pour laquelle, au moment de parler de FOU, on doit suivre les mêmes étapes de construction d’un programme FOS et savoir que, en plus de l’apprentissage de la langue, on doit penser à la méthodologie universitaires des pays francophones, au contexte culturel et à la vie administrative de l’institution étrangère, culturellement différente de la réalité brésilienne« , nous rappelle Katia Ferreira Fraga de l’Université Fédérale du Paraíba dans son article présentant justement la situation d’enseignement du FOS/FOU à l’UFPB. Elle ne manque pas non plus de signaler les difficultés rencontrées pour maintenir l’offre alors que c’est justement en passant par ces spécificités que le français pourrait, selon elle, survivre face à une politique du tout-anglais à tous les niveaux de la scolarité de cet État, comme partout ailleurs au Brésil malheureusement.

Sans perdre de vue le thème central de ce livre, Dario Pagel revient très largement d’ailleurs sur la situation du français au Brésil mais aussi et surtout sur la formation des professeurs de français. Il pointe du doigt les carences actuelles que cause l’absence de vision plurilingue des politiques linguistiques brésiliennes mais aussi, le manque d’engagement de la France pour accompagner plus largement les besoins qu’ont les professeurs et futurs professeurs de se former.

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Dire d’apprendre à apprendre, c’est bien joli mais…

Posted by Philippe Liria sur 30/03/2018

Apprendre à apprendre avec Franck Ramus (EduSpot, mars 2018)

Dire d’apprendre à apprendre, c’est bien joli mais comment ? La question ne date pas d’hier. Depuis quelque temps déjà, nous insistons sur l’importance de rendre l’apprenant autonome et en particulier qu’il devienne autonome dans son apprentissage. Le CECR a certainement contribué à approfondir la réflexion sur cette question. Les outils d’apprentissage, comme les manuels, ont introduit bien souvent des encadrés apportant ainsi des conseils d’apprentissage. Mais abordons-nous véritablement avec les élèves la question de l’apprentissage ? Ne nous arrêtons-nous pas trop souvent à énoncer cette nécessité sans vraiment la développer ? Or, il est important de s’intéresser à comment on apprend ? Quelle méthode ou quelle stratégie mettre en oeuvre pour apprendre ? Il faut que nous sachions montrer aux apprenants comment faire cet effort de récupérer en mémoire ce qu’ils ont lu ou ce qu’ils ont entendu. C’est ce qui leur permettra de s’assurer qu’ils ont appris ou de pouvoir les situer quelque part sur l’échelle de l’apprentissage.

L’autre jour, je suis tombé complètement par hasard sur une conférence de Franck Ramus qui aborde justement la question de l’apprentissage. Prononcée dans le cadre d’Eduspot 2018, elle nous apporte le regard de la recherche sur l’apprentissage aussi bien sur les résultats et sur leurs répercussions dans la façon de vérifier si un élève apprend ou pas et surtout qu’il sache lui-même quelles sont les meilleures façons d’apprendre. Franck Ramus passe en revue dans sa conférence différentes expériences menées pour mieux comprendre comment on apprend. Il apporte des éléments de réponse aux questions sur l’apprentissage et suggère des outils efficaces pour tester les apprenants afin d’avoir un retour d’information sur ce qu’ils ont acquis ou pas encore. On voit d’ailleurs de plus en plus ces outils faire leur entrée en classe comme plickers ou  quizlet par exemple qui permettent d’obtenir de vérifier l’état des connaissance de façon immédiate. Certes, on pourrait reprocher à Franck Ramus de trop insister sur les tests et les QCM (plutôt utilisés en évaluation formative que sommative) après avoir écouté sa conférence ; cependant, nous voyons bien qu’il est nécessaire de trouver un juste milieu entre la place que prend aujourd’hui la pédagogie du projet et donc l’évaluation de ce dernier d’une part et, le besoin de s’assurer que les élèves savent (leurs verbes, leur vocabulaire, les prépositions, etc.).

En connaissant mieux la façon qu’on a d’apprendre, on gagne en autonomie et si on devient plus autonome sur l’acquisition des connaissances, on peut certainement consacrer plus de temps en classe à faire, ce qui l’objectif des tâches ou des projets qui continuent, encore trop souvent – hélas ! – à passer à la trappe.

Des outils pour tester les connaissances

Pour en savoir plus

Apprendre à apprendre, conférence de Franck Ramus (15 mars 2018)

Les diapositives de la conférences

Pourquoi les enfants n’aiment pas l’école, Daniel T. Willingham, Marie Antilogus

Mets-toi ça dans la tête ! Les stratégies d’apprentissage à la lumière des sciences cognitives, Peter C. Brown, Henry L. Roediger & Mark A. McDaniel

L’ apprentissage visible pour les enseignants, John Hattie

Le blog de Franck Ramus

Les difficultés d’apprentissage de l’enfant et leurs origines, une intervention filmée de Franck Ramus au collège de France

 

 

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CECR : de nouveaux descripteurs non exempts de polémique

Posted by Philippe Liria sur 11/02/2018

CECR – volume complémentaire

Cela faisait déjà quelques mois que le companion était disponible dans sa version anglaise, voici que la version française l’est enfin depuis ce mois de février grâce au travail de traduction de Gilles Breton et Christine Tagliante. Je me réfère bien entendu au fameux volume complémentaire de notre très cher, parfois trop peut-être au point de le vénérer – ce qui nous fait oublier que ce n’est qu’un outil de plus-, Cadre européen commun de référence pour les langues : apprendre, enseigner, évaluer… bref le CECR ou mieux encore, pour les intimes, le Cadre. Publié dans le cadre, accrochez-vous, du Programme des Politiques linguistiques de la Division des Politiques éducatives du Service de l’Education du Conseil de l’Europe (www.coe.int/lang-CECR), ce volume complémentaire de quelque 254 pages nous fournit donc de nouveaux descripteurs, fruits d’un long projet d’actualisation initialisé en 2014 et qui s’est déroulé en différentes étapes dans le souci de « combler les lacunes existant dans les échelles initiales de descripteurs« . C’est ce qui a permis d’élaborer de nouvelles échelles qu’on ne trouvait pas dans la version originale, comme celles sur la médiation, largement présentes dans ce nouveau compagnon de route des professionnels de l’enseignement des langues. D’autres, existantes, ont été revues : ainsi le contrôle phonologique fait-il l’objet d’une nouvelle échelle. On y trouvera également des descripteurs pour les langues des signes ou concernant les jeunes apprenants, ainsi que ceux portant sur l’interaction en ligne, les compétences plurilingues / pluriculturelles ou les réactions à la littérature.  Ce vaste projet, mené par Brian North et Günther Schneider, s’est fait avec la collaboration de nombreuses instituts du monde entier qui ont validé ces nouveaux descripteurs. Ce volume complémentaire est donc le résultat d’un travail de longue haleine qui ne perd pas de vue les objectifs du CECR original que les auteurs de l’avant-propos rappellent : (a) fournir un métalangage pour discuter de la complexité de la compétence langagière, réfléchir, communiquer des décisions sur des objectifs et les résultats d’apprentissage qui soient cohérents et transparents (b) proposer des idées pour l’élaboration de programmes et la formation des enseignants.

Ce rappel n’est pas inutile certainement quand on sait que le CECR est souvent détourné de sa finalité originale pour devenir à son insu un outil de standartisation. Mais attention, ces descripteurs, fraichement publiés en français, ont déjà provoqué des réactions critiques au moment de leur sortie dans leur version originale, en anglais. En octobre dernier, l’Asdifle, par exemple, a co-signé avec d’autres associations de professionnels de la didactiques des langues une tribune dans laquelle ses membres exprimaient leurs réserves sur cette révision du Cadre, la considérant inadéquate « au regard des évolutions de nos sociétés en Europe, de nos terrains, de nos travaux depuis le lancement officiel du CECR en 2000. » Pour les auteurs de cette tribune, et contrairement aux mises en garde pour éviter de tomber dans la standardisation que font les auteurs de ce volume complémentaire, on retrouverait une pérennisation « d’une certaine conception, standardisante et dogmatique, de la didactique des langues (…) ce qui témoigne à la fois d’une cécité certaine, qui conduit à la destruction de toute réflexion dynamique et située, et d’une amnésie coupable vis-à-vis de l’histoire même du CECR et des projets d’une partie des personnes qui ont œuvré à sa réalisation. » Cette tribune est particulièrement sévère sur les nouveaux descripteurs comme ceux de médiation, de plurilinguisme, d’interculturel ; des concepts qui ne sauraient être enfermés « dans des grilles, sauf à vouloir les contrôler en les technicisant pour en assécher toute la diversité et l’hétérogénéité. » Ils ont certainement raison de rappeler que les risques d’une « utilisation coercitive, normative et, in fine, autoritaire, du CECR » est hélas possible dans cette Europe actuelle qui semble parfois plus proche des années 30 du siècle dernier que des idéaux encore bien présents dans l’esprits des auteurs du Cadre original.

Même si la demande des signataires de cette tribune de sursoir la parution de ce volume complémentaire du CECR n’a pas été entendue, il ne faut pas perdre de vue la nécessité d’avoir un regard critique sur cet outil qu’est le Cadre et être vigilants, à tous les niveaux,  des éventuels abus qui pourraient en découler sous l’excuse de la validation de certains niveaux de compétence à partir de descripteurs et d’échelles qui peuvent, pour reprendre les propos de cette tribune, déshumaniser l’appropriation et la transmission des langues et stériliser la réflexion en encourageant des orientations uniformisantes, alors que nous avons justement besoin, dans ce monde pluriel, de mieux prendre en compte la diversité, notamment celle d’apprentissage. Il faut certainement trouver un juste milieu pour profiter au mieux d’un outil qui doit nous faciliter la tâche d’enseignement des langues sans pour autant tomber dans les travers auxquels nous mène toute sacralisation. Or, on le voit bien dans notre quotidien, le Cadre est parfois brandi et cité, souvent faussement d’ailleurs, par des ayatollahs des grilles d’évaluation. Celles-ci sont utiles, et nous ne le nieront pas, mais il faut aussi savoir les interpréter et même en sortir.

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Le numérique en classe de FLE ? Oui mais comment ? Trois spécialistes nous aident à y voir plus clair.

Posted by Philippe Liria sur 21/01/2018

Peut-on raisonnablement envisager d’enseigner sans penser à la place du numérique en classe ? Accro ou pas aux écrans, la question mérite d’être posée. On sait que l’invasion des écrans dans le quotidien de nos vies peut être un facteur de distraction. On sait aussi que tout le monde n’a pas la même possibilité de connexion et que le risque de fracture socio-numérique est une réalité qu’on ne peut donc ignorer. Certains pays ont pris des mesures d’ailleurs pour interdire l’usage à l’école de certains appareils comme les smartphones ; d’autres sont sur le point de le faire comme c’est le cas de la France. C’était une des promesses du candidat Macron lors de sa campagne présidentielle. Aujourd’hui au pouvoir, il semble bien décider à la tenir. En France, l’interdiction des téléphones intelligents est pour la prochaine rentrée scolaire, nous annonce-t-on. Personnellement, je ne crois pas que ce soit une bonne idée si nous voulons donner une vraie éducation numérique, indispensable et dès un très jeune âge. Le numérique est omniprésent dans notre environnement et rien ne laisse présager que cette présence diminuera, au contraire. Mieux vaut donc dans ce cas en maîtriser l’usage. Dès lors, n’est-ce pas à l’école d’y contribuer ?

L’omniprésence du numérique nous oblige à nous interroger sur sa place dans l’enseignement/apprentissage des langues

Dans notre milieu, celui du français langue étrangère (FLE), il ne peut en être autrement. Comme partout ailleurs dans la société, nos élèves, jeunes et moins jeunes sont connectés. Y compris, voire peut-être plus qu’ailleurs, dans les pays en voie de développement. Le smartphone, tant décrié en France par exemple, est souvent la seule source d’information pour beaucoup de nos apprenants. C’est souvent leur façon de se connecter avec la langue qu’ils apprennent, ce qui participe évidemment de leur motivation. Ce simple constat nous oblige, du côté enseignant, à connaître les outils numériques qui peuvent être au service de l’apprentissage. Ceux-ci n’ont pas besoin d’être complexe ; au contraire, il peut tout simplement s’agir d’applications utilisées dans la vie de tous les jours mais auxquelles sera donné un usage didactique. C’est en tout cas ce que nous montrent David Cordina, Jérôme Rambert et Marc Oddou dans leur ouvrage Pratiques et projets numériques en classe de FLE qui vient de sortir dans la collection Techniques et pratiques de classe aux éditions CLE International. Tous trois experts en TICE – vous pouvez d’ailleurs les suivres sur leur Twitter ou sur leur blog respectif (voir plus bas) -, ils se sont réunis pour proposer aux enseignants de langues vivantes en général et plus particulièrement de FLE une série de “50 fiches concrètes (…) pour un usage immédiat de l’enseignant dans son contexte professionnel”. Ce livre part d’un constat, indéniable comme je l’écrivais plus haut, c’est que la “place grandissante prise par le numérique dans nos quotidiens aura de plus en plus de conséquences sur nos différents contextes d’enseignement” tout simplement parce qu’ »enseigner une langue au XXIe siècle n’est plus tout à fait la même chose qu’au XXe siècle.” Il ne s’agit pas de voir le numérique comme un ennemi de l’enseignant, voué à disparaître au profit de cette diabolique invention, mais bien de s’interroger sur les nouveaux rapports qui doivent se créer entre les éléments de cette trinité que constituent professeur, élève et numérique avec un centre l’enseignement-apprentissage. Un numérique qui passe de moins en moins par l’ordinateur ; ce qui veut dire aussi qu’en classe, il n’y plus lieu d’associer le numérique avec ces salles informatiques avec ces appareils figés qui, surtout pour le cours de langue, nous renvoient à des temps révolus.

Vers une littératie numérique
Comme le rappellent les auteurs, sans ignorer les différences pouvant exister entre un point et un autre de la planète, le rapport annuel We are socialinsiste bien sur la tendance forte de l’augmentation des personnes connectées à Internet sur les téléphones portables et les réseaux sociaux.” Et pour quoi faire ? “Principalement pour converser avec ses proches”. Un professeur de langue ne peut ignorer cette tendance qui va justement dans le sens de l’un des principaux objectifs de son enseignement. D’où la nécessité d’acquérir (et faire acquérir) une “véritable culture numérique visant à donner à chacun une pratique sûre et critique des technologies de l’information et de la communication” qui va d’ailleurs au-delà du simple usage pour devenir compétent dans la création de contenus. C’est ce qui fait du numérique à la fois le “moyen” et l’ »objectif dans une tâche complexe”, ce qui contribue à lui donner du sens.
Les auteurs montrent comment nous sommes passés de l’observation à l’utilisation de ces outils de communication entre les apprenants d’une même classe. Un constat que je partage avec eux : presque tous les enseignants rencontrés à l’occasion d’ateliers et de journées pédagogiques nous rapportent que leurs élèves ont créé spontanément un groupe sur Facebook ou sur Whatsapp pour échanger sur la classe de français. Et si le professeur intègre le groupe, les échanges se font de plus en plus en français. Inimaginable il y a à peine quelques années !
C’est pour cela d’ailleurs qu’il est préférable que les enseignants aient une place dans cet usage du numérique plutôt que de simplement le constater. Pendant la classe mais aussi, nous rappellent les auteurs, avant et après celle-ci.

Le numérique au service de la didactique

Ce que nous expliquent Cordina, Rambert et Oddou, c’est que cette intégration du numérique qu’ils défendent n’est pas de la simple technophilie mais qu’elle s’appuie sur les possibilités qu’il nous offre à suivre avec plus d’efficacité les principes du constructivisme et du du socio-constructivisme et bien sûr, ceux du connectivisme. Bref, le numérique, loin de provoquer le divorce entre ce qui se faisait avant et ce qui est aujourd’hui préconisé, doit inciter à mettre en place “une démarche qui nécessite d’être conscient des nouvelles possibilités” qu’il offre. Il “devient alors une partie qui transforme le tout”. Il va nous aider à rendre possible cette reformulation de la classe et l’enseignement-apprentissage dont il est tant question. Pour que cela soit vraiment efficace, il faut poser les bases de l’ingénierie numérique pour les langues, c’est que font nos auteurs dans le troisième chapitre de leur ouvrage à partir de quatre questions (pourquoi intégrer le numérique ?, avec quoi ?, comment ? quand ?) auxquelles ils essaient d’apporter des réponses précises en s’appuyant notamment sur le modèle SAMR qui propose “une méthode permettant de mieux saisir comment la technologie peut avoir un impact sur l’enseignement et l’apprentissage”.

Dans un contexte FLE, où un peu partout est préconisée l’approche actionnelle, les auteurs montrent en quoi le numérique va aider à en concrétiser la mise en place ; tout comme il va présenter d’autres avantages contribuant à la motivation des élèves, plus autonomes et ayant un plus grand accès au monde francophone.

50 fiches pratiques pour aider à mieux intégrer le numérique dans la classe de FLE
Après ces quatre chapitres plus théoriques mais absolument indispensables qui constituent la première partie de l’ouvrage, s’ensuivent 35 fiches de “Savoir-faire numériques” pour orienter les enseignants dans l’usage d’outils numériques facilitant la production, l’évaluation et la collaboration ; puis 15 fiches de “Projets numériques pour les apprenants” divisées en quatre catégories : les scénarios d’interactions brèves, les scénarios d’écriture multimédia, les scénarios de géolocalisation et les scénarios d’argumentation. Tous ces scénarios sont essentiellement destinés à favoriser l’interaction et la production écrite sans pour autant négliger les autres compétences.
Finalement, et on l’apprécie, un index reprend l’ensemble des fiches leur catégorie, le savoir-faire numérique qu’elle met en oeuvre et les outils numériques pour y parvenir.
Pratiques et projets numériques en classe de FLE est certainement un ouvrage indispensable pour tous les enseignants de FLE qui ont intégré le numérique dans leur classe et plus encore pour celles et ceux qui se posent des questions, ont envie mais n’osent voire s’y opposent. Avec le numérique, nous sommes bel et bien face à une révolution dans l’enseignement/apprentissage des langues et voici un livre qui nous nous apportent des éléments pour mieux l’affronter et des fiches qui vont nous aider à surtout mieux l’intégrer. Non pas aveuglément parce que c’est la mode, mais intelligemment en en tirant le meilleur profit sans y être soumis pour autant.

Pour en savoir plus :
Cordina, D., Rambert, J., Oddou, M. : Pratiques et projets numériques en classe de FLE, Coll. Techniques et pratiques de classe. CLE International, Paris, 2018. ISBN : 978-2-09-038230-3 Lien vers le site : https://www.cle-international.com/formation/pratiques-et-projets-numeriques-en-classe-de-fle-techniques-et-pratiques-de-classe-livre-9782090382303.html
Toutes les citations de cet article sont tirées de cet ouvrage.

Pour suivre David Cordina :
– sur Twitter : @w2ydavid
– sur son blog : http://davidcordina.net

Pour suivre Jérôme Rambert :
sur Twitter : @JeromeRambert
sur son blog : http://chezjerome.over-blog.com

Pour suivre Marc Oddou :
sur Twitter : @MOddou
sur son blog : http://moddou.com

Rapport sur l’usage du numérique dans le monde : https://wearesocial.com
A propos du SAMR : Le blog de Rubén Puentedura http://hippasus.com/blog/

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De bonnes résolutions pour le français en 2018 ?

Posted by Philippe Liria sur 31/12/2017

Plus que quelques heures avant d’entrer en 2018 (du moins pour celles et ceux qui comme moi sont en Europe en ce moment). Une occasion pour se retourner une dernière fois sur les douze derniers mois qui se sont écoulés. Que reste-t-il de 2017 ? Pas envie de dresser un bilan politique, qui n’est toutefois pas très glorieux. Mais après tout, il est à la hauteur de nos bilans personnels : combien d’heures au club de sport cette année ? combien de temps de plus avons-nous vraiment consacré aux êtres qui nous sont chers ? Bref, les bonnes résolutions personnelles ou les promesses politiques, c’est un peu du pareil au même. Elles durent le temps d’un verre de champagne ou d’une campagne électorale.
Puisque ce blog porte plutôt sur la langue française et son enseignement / apprentissage, que dire de ce que nous a apporté 2017 ? En France, le grand sujet a été certainement le débat autour de l’écriture inclusive. Comme je l’ai écrit en octobre dernier, quitte à déplaire, je ne suis pas vraiment convaincu que ce soit le vrai terrain sur lequel nous devons combattre les inégalités, absolument inconcevables, qui demeurent entre les sexes. Parmi les lecteurs de ce blog, vous avez d’ailleurs plutôt partagé avec moi ce scepticisme (vous êtes 54,85% à être contre ou plutôt contre et 46,15% à y être plutôt favorables ou favorables). S’il y un combat à mener pour une véritable inclusion, c’est sur celui des salaires. Comment peut-il y avoir une différence salariale entre des personnes exerçant une même profession ? En France, l’écart ou plutôt le fossé est de 25% ! Une honte ! C’est aussi un combat contre ce droit de cuissage que s’octroient encore trop d’hommes ! Comme si c’était est une chose normale pour qu’une femme puisse obtenir un poste, un rôle, une ascension quelconque ! Et si 2017 a contribué à libérer la parole aux USA, en Europe et ailleurs dans le monde pour que cessent ces abus, eh bien bravo ! Sans vouloir être pessimiste, on en reparlera en 2018…
Toujours du côté de la langue française, le nouveau président français a lancé une promesse, une de plus – Terminera-t-elle comme nos bonnes résolutions du nouvel an ? -. Vous vous en souvenez ? Celle de faire un dictionnaire de la Francophonie. C’était dans la dernière ligne droite de 2017, lors d’un voyage officiel en Afrique. C’est l’auteure franco-marocaine Leïla Slimani, nommée par Emmanuel Macron comme sa représentante personnelle pour la Francophonie, qui en a la charge. Dans sa lettre de mission, il y a justement cette idée de prendre en compte l’ensemble des variantes de la langue française. Une idée qui a dû faire sauter Jean-Michel Blanquer, le ministre français de l’Education, qui, depuis le haut de l’ignorance sur la réalité de ce que sont les langues (et le français n’est pas une exception, ne lui en déplaise), a twitté en novembre qu’“il n’y a qu’une seule langue française, une seule grammaire, une seule République”.

Leila Slimani, représentante de la Francophonie / AFP PHOTO / POOL / ludovic MARIN


Les variantes du français, un sujet que j’ai évoqué en novembre dernier : celles qu’on trouve en Europe (à commencer par la diversité au sein de cette “seule République” de Blanquer), dans les Caraïbes, en Océanie ou au Canada et bien sûr en Afrique. Sachant que c’est le continent le plus francophone du monde. Il était donc temps qu’on s’en soucie et je crains que ce soit encore compliqué en Hexagone oú on a du mal à concevoir un autre français – il suffit de voir ce qu’en pense le titulaire de l’Education. C’est grave, docteur ! -. Pourtant si les Français retiraient leurs oeillères (les citoyens des autres aires de la Francophonie n’en portent pas ; il est vrai qu’ils sont souvent plurilingues, ce qui en France est encore regardé comme une rareté), ils verraient que la réussite de l’anglais et de l’espagnol à l’échelle planétaire est due justement à la perception complètement différente qu’ont les locuteurs de leur langue. En espagnol, par exemple, personne ne méprise une façon de parler que ce soit en raison d’un lexique ou d’un accent. C’est ce qui en fait sa richesse. Pour le français, il y a encore du chemin à faire. Leïla Slimani a du pain sur la planche et certainement beaucoup de murs à faire tomber pour “déringardiser” la langue française, comme elle dit. Bonne chance, Madame Slimani !
Et comme pour bien préparer l’avenir, il faut connaître son histoire et savoir où on en est, il y a eu cet ouvrage sorti juste au début de l’été : Et le monde parlera français ! Un titre audacieux, qui anticipait presque l’affirmation d’Emmanuel Macron, mais surtout un contenu qui nous éclaire sur l’état de la politique du français dans le monde. Un ouvrage sans complaisance aussi qui fait aussi la lumière sur les zones d’ombre existantes, et elles sont nombreuses. Nous le savons, nous qui parcourons le monde pour promouvoir les ouvrages de nos catalogues bien sûr, mais aussi la langue et son apprentissage : les coupures budgétaires toujours plus grandes dans le Réseau, avec les conséquences que l’on sait sur les conditions de travail, à commencer par celles de ces ambassadeurs du français au quotidien que sont les profs de FLE. Pour celles et ceux qui se lèvent souvent très tôt et se couchent très tard pour aller donner leurs cours de français toujours avec passion alors qu’elles / ils le font pour des clopinettes et des contrats précaires (quand contrat il y a), 2018 apportera-t-il des améliorations ? En tout cas, les SEDIFRALE de juin prochain sont bien décidées à aborder la question pour ce qui concerne l’Amérique latine et les Caraïbes mais qui vaut pour l’ensemble des profs de FLE. Espérons que les conclusions de ce congrès permettront de déboucher non pas sur de simples bonnes résolutions qu’on couche sur un papier qu’on oublie très vite, mais bel et bien sur des améliorations réelles de la condition de prof de FLE. On peut essayer d’y croire en ces moments de voeux pour l’année 2018.

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La pluralité de la langue française contre la glottophobie (encore trop) ambiante !

Posted by Philippe Liria sur 30/11/2017

Le président Emmanuel Macron lors de son discours à l’université de Ouagadougou, 28 novembre 2017. Source: AFP / LUDOVIC MARIN

Il a un drôle d’accent, ce gars-là !” interprétait Pierre Vassiliu dans les années 70. Ah les accents ! Pas ceux qui coiffent nos lettres, non ! Mais ceux qui donnent un ton à nos voix. Ceux-là que certains veulent encore chasser mais qui reviennent au galop dès qu’on se retrouve en contact avec quelqu’un qui a justement le même… Et qu’en est-il de ces accents dans nos classes ? L’autre jour, à l’occasion d’un atelier, une collègue enseignante a insisté sur l’importance que les apprenants apprennent à parler un bon français, “sans accent” disait-elle. Un autre se plaignait de l’influence qu’avait laissé un enseignant sénégalais sur les élèves qu’il avait récupérés : “Ils ne savaient pas prononcer correctement le français !”, se plaignait-il.
Pourtant si nous voulons prendre aux mots le président de la République française qui revendique une langue française qui n’appartient plus à la France, il faudra bien que nous nous ouvrions réellement à la pluralité de notre langue, y compris dans ses prononciations. Je ne fais pas référence seulement aux variétés hexagonales de celle-ci mais bien à cet éventail d’accents, largement déployé de Nord à Sud et d’Est en Ouest de la planète. Le temps est révolu – n’est-ce pas ? – où les accents du sud (de la France) devaient disparaître sous le poids écrasant de cet accent pointu des gens de la télé ou de la politique… à moins bien sûr de présenter la météo ou d’être une grande gueule de l’hémicycle parlementaire. De même, le français d’Haïti ou de Tunisie, celui de Côte d’Ivoire ou du Liban ou encore de Maurice ou de Nouvelle Calédonie ont droit à la même place que l’accent bobo des médias parisiens. Pourquoi le français serait-il différent de l’anglais ou de l’espagnol ? Ces deux langues ne chassent pas les accents, ni dans la vie ni dans les salles de cours… A part peut-être quelques coincés à l’accent pincé des hauts quartiers londoniens ou madrilènes, aucun professeur d’anglais ou d’espagnol ne cherche à faire prononcer les mots ou reproduire les rythmes de la phrase selon un modèle unique qui serait basé sur une soi-disant “bonne langue” par rapport à toutes les variétés de celle-ci. Et heureusement ! Je préfère en effet ne même pas imaginer un professeur argentin d’espagnol essayant de faire parler un castillan de Palencia à son élève apprenant la langue de Borges au coeur de Buenos Aires. Ce serait tout aussi ridicule que de vouloir s’obstiner à faire employer un subjonctif de l’imparfait en français.
Un professeur haïtien de français (qui n’était pas un professeur de français haïtien) que j’ai récemment rencontré a pourtant voulu me convaincre du contraire et il insistait dans son français (celui d’Haïti) qu’il faisait tout pour que ses élèves parlent un français… de France. Est-ce vraiment raisonnable ? En quoi son français serait-il moins légitime que le mien ? Et pourtant… Si on observe la place des autres façons de parler notre langue par rapport à la variante française dominante dans l’enseignement du FLE, force est de constater que nous leur réservons un espace infime. Sans le vouloir certainement, nous – ceux qui parlons ce français de France, plutôt du Nord – posons un regard beaucoup trop condescendant sur ces autres français. L’espace FLE n’en réchappe guère. Nous pratiquons la glottophobie, cette discrimination exercée envers une personne pour sa façon de parler selon la définition que donne le sociolinguiste Philippe Blanchet. Il suffit d’ouvrir la plupart des ouvrages FLE pour se rendre compte que souvent la différence d’accents n’est présente que dans des rubriques presque réservées à cet usage. En général, elle l’est quand nous abordons la Francophonie dans ces fameuses pages civilisationnelles. C’est alors l’occasion d’introduire quelques mots ou expressions typiques de Belgique ou du Canada, de préférence du Québec. Puis nous tournons la page et passons à autre chose. Des exceptions existent en FLE mais elles ne sont que trop rares (je pense à Echo Amérique du Nord par exemple chez CLE International). Il semblerait aussi que pour des épreuves officielles comme celle du DELF, il vaut mieux que les locuteurs choisis dans les documents s’expriment dans un français standard. Ce serait plus facile. Pour qui ? Et ceux qui s’expriment dans un autre français que cette version dite “standard” ? Seconde zone ? A la trappe ? J’ai personnellement dû effacer de mon lexique les “pochons” (sacs plastiques), les “crayons gris” (crayons à papier), les “tantôts” (après-midi) et bien d’autres mots et locutions pour passer inaperçu. Mais il paraît que je ne pouvais pas enseigner un tel lexique à mes étudiants. On sait qu’il y a des discriminations à l’emploi sur certains postes, toujours pour les mêmes raisons. La glottophobie n’est pas qu’une affaire d’accent, elle a des conséquences sociales graves. Regrettable !
Il serait toutefois temps de commencer à changer cette perspective. Peut-il en être autrement ? Il suffit d’observer les chiffres de la Francophonie pour s’apercevoir que ce n’est pas en France qu’on trouve le plus de locuteurs francophones. Le président Macron ne défend-il pas un espace francophone avec l’Afrique à sa tête. Le continent africain est depuis longtemps déjà une priorité pour les responsables du français et il semblerait logique par conséquent que l’enseignement de la langue prenne véritablement en compte cette réalité. Difficile pour les professeurs de FLE venus de France ? C’est vrai. Ils devront / Nous devrons se / nous mettre à connaître d’autres prononciations de la langue, d’autres mots et d’autres expressions. Mais n’est-il pas temps ? Pourquoi un professeur de l’Ontario ou d’Abidjan devrait-il connaître la variante française et pas l’inverse ? L’enseignement du FLE ne pourra ignorer les variantes de la langue car celle-ci, comme l’a déclaré Emmanuel Macron, « (…) a son point d’équilibre quelque part entre Kinshasa et Brazzaville, bien plus qu’entre Paris et Montauban. Cette langue française a dépassé l’Hexagone, elle a parcouru le monde entier et elle est ce qui nous unit. » Mais elle ne doit pas unir dans le mépris de l’autre, de celui qui parle différemment. Une langue est justement vivante parce qu’elle évolue dans le temps – Molière en perdrait sa perruque à nous entendre, tous d’où qu’on vienne – et dans l’espace comme me l’ont fait si bien voir mes amis du Canada, d’Haïti, d’Afrique ou du Liban. Au monde du FLE aussi de savoir faire vivre cette richesse dans son enseignement et ses outils.

Pour en savoir plus sur la glottophobie:
Philippe Blanchet, Discriminations : combattre la glottophobie
Paris, Éd. Textuel, coll. Petite Encyclopédie critique, 2016, 192 pages (lire la fiche de lecture: Question de communication)

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Ecriture inclusive en FLE ? Vous en pensez quoi ?

Posted by Philippe Liria sur 29/10/2017

EXPLIQUEZ-MOI L’ÉCRITURE NON-SEXISTE
Écrit par Aleeshay | Illustré par Luna

« Le masculin l’emporte sur le féminin« , c’est avec cette phrase que nos instits nous faisaient apprendre la règle de l’accord des adjectifs et si le mot « boulangère » existait, ce n’était que pour désigner la femme du boulanger, bien évidemment. Il faut dire que mon école primaire remonte à un temps, pas si lointain mais quand même, où nous n’avions pas encore vraiment abordé la question de la parité de la langue. Une question qui refait surface aujourd’hui avec le débat – parfois très vif – sur l’écriture inclusive. Tout d’abord, de quoi parlons-nous ? On entend par écriture inclusive cette forme d’orthographe qui consiste à placer un point médian au milieu d’un mot : « les apprenant·e·s de français ont été reçu·e·s aux épreuves du DELF« . Du moins c’est le point (littéralement) qui est actuellement au centre de la polémique mais ce sont aussi les formes féminines de certaines professions (une auteure) ou certains titres (la ministre) qui posent maintenant moins de problème même si elles ne sont pas encore complètement acceptées. Que faire de cette forme d’orthographe qui place des points au milieu (des points-milieu) des mots ? Véritable rétablissement de la parité ? Ou « aberration » comme l’entend l’Académie française dans une déclaration officielle du 26 octobre dernier ?
A en croire la vieille institution, il en va de l’avenir de la langue française et de son rapport avec les « générations à venir » qui pourraient ne pas pouvoir « grandir en intimité avec notre patrimoine écrit« . L’Académie envisage un scénario catastrophiste en évoquant le « péril mortel » et l’anéantissement des « promesses de la francophonie » si jamais venait à s’imposer cette nouvelle norme orthographique. J’essaie d’imaginer un instant les apprenants de français en train de passer leur temps à pratiquer cette écriture comme s’il s’agissait d’un exercice tiré de l’unité où l’on parle des adjectifs…
De l’autre côté, on parle plutôt de redonner à la langue française la visibilité à ces féminins disparus et qui ont pourtant bel et bien existé jusqu’au XVIIè siècle. On parlait ainsi de peintresse pour une femme qui peignait mais qui s’en souvient ? Cette forme en -esse n’a rien d’inusuel, au contraire il était courant dans l’ancienne langue. Ecouter à ce sujet une intervention de Bernard Cerquiglini en 2001 dans Tire ta langue et dont le sujet était l’histoire des féminins dans la langue française et qu’a repris France culture à l’occasion de ce débat sur l’écriture inclusive. Un manuel de l’écriture inclusive existe (publié par l’agence Mots-clés) et il est téléchargeable à partir du site qui est justement consacré à cette écriture et qui propose d’agir sur le langage pour que les mentalités changent.
Il semblerait cependant que le débat ne porte pas sur l’ensemble de l’écriture inclusive mais plutôt sur ce point qui se place entre les lettres finales du mot pour y placer le e du féminin. Pour l’académicienne Dominique Bona, cette réforme est un « massacre de la langue française » qui ne va en rien contribuer à la parité homme/femme. Elle pense que cela ne sert qu’à compliquer la langue, à la rendre moins accessible aux étrangers qui apprennent le français.
Avant de se précipiter à prendre position, il me paraît intéressant d’écouter les arguments des uns et des autres. Un sujet qui va au-delà bien entendu de la simple question orthographique et qui se place au niveau de la réflexion sur la place de la femme dans une société où les inégalités homme/femme sont encore importantes même si elles ne sont peut-être plus aussi flagrantes.
Cette question est à mon avis une excellente occasion pour aborder en classe de FLE un sujet de société sous forme de débat ou d’exposé (pourquoi dans une petite capsule vidéo) dans des niveaux avancés. Pour cela, vous pouvez vous aider du dossier de France culture ou du débat Pour ou contre l’écriture inclusive ? sur TV5 Monde. Vous y trouverez aussi les résultats d’un sondage Harris interactive pour Mots-clés où il apparait que 75% des Français sont plutôt pour parmi ceux qui en ont entendu parler (40%).
Personnellement, je ne suis pas convaincu que ce soit un e pris en étau entre deux points qui vont contribuer à rétablir la parité. Mais cela n’engage que moi…

Et vous, vous en pensez quoi ? Vous pouvez répondre à ce petit sondage sur la place de l’écriture inclusive en classe de FLE :

Pour aller plus loin :

Ecriture inclusive et le manuel téléchargeable ici

Déclaration de l’Académie française sur l’ECRITURE dite « INCLUSIVE » (26/10/2017)

Doctrice ou doctoresse ? Histoire de la langue française au féminin (22/01/2017)

Dominique Bona, de l’Académie française : « L’écriture inclusive porte atteinte à la langue elle-même »
(27/10/2017)

Ecriture inclusive : le féminin pour que les femmes cessent d’être invisibles (28/09/2017)

Expliquez-moi l’écriture non-sexiste (05/09/2016)

Pour ou contre l’écriture inclusive ? (17/10/2017)

Une nouvelle façon d’écrire pour en finir avec les inégalités femmes-hommes ? (20/01/2017)

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Etats des lieux et enjeux, un livre sans complaisance sur le français

Posted by Philippe Liria sur 25/09/2017

Matinée de formation FLE au Centre Danielle Mitterrand (Macapa, Brésil)

Derrière moi, Macapa et quelques bons souvenirs de cette ville du milieu du monde sur les rives de l’Amazone. Et des profs de français enthousiastes que j’ai récemment eu l’occasion de rencontrer lors d’une formation que CLE International avait organisé en collaboration avec l’APROFAP Brésil au Centro Estadual de Lingua e Cultura Francesa Danielle Mitterrand. Des professeurs que je salue car leurs conditions de travail ne sont certainement pas des meilleures. Le Danielle Mitterrand comme on connaît à Macapa le bâtiment qu’inaugura la femme de l’ancien président de la République aurait besoin d’une embellie qui certainement contribuerait à motiver les jeunes de cette région amazonienne à étudier le français. Des conditions pas toujours faciles quand il s’agit de prendre une embarcation pour aller de village en village enseigner le français dans l’Etat d’Amapa, frontalier avec la Guyane avec laquelle l’APROFAP est en train mettre en place un projet d’Escola de Fronteira. Ces professeurs, ils représentent justement cette infanterie qui constitue la véritable avant-garde de l’enseignement du français dans le monde, ces « ambassadeurs anonymes et fervents soutiens de la langue française, partout dans le monde » comme l’écrivent dans leur dédicace Roger Pilhion et Marie-Laure Poletti, les auteurs de … Et le monde parlera français (2017), un ouvrage indispensable pour toutes celles et tous ceux qui s’intéressent à la situation du français dans le monde. Roger Pilhion et Marie-Laure Poletti connaissent bien les réalités des politiques linguistiques du MAE et les actions menées par les différents opérateurs comme le CIEP. Ces fins connaisseurs du « Réseau » comme nous le connaissons dans notre jargon dressent un portrait sans concession de la situation de la langue française. Critiques face à ce qui pourrait paraître un renoncement de la part des autorités françaises, ils revendiquent ouvertement la Francophonie pour redynamiser le dispositif de coopération linguistique et politique qui passe justement par l’aide au développement, en Afrique bien entendu mais aussi ailleurs dans le monde comme c’est le cas au Nord du Brésil par exemple, même si, à mon grand regret, les auteurs semblent avoir délaissé l’Amérique latine (cf. Chapitre 7 consacré aux priorités géographiques).

Présentation du livre par Roger Pilhion (Universités du Monde, Nice 2017)


Il s’agit sans aucun doute de l’ouvrage le plus complet sur le français et la Francophonie de ces dernières années. Divisé en huit chapitres qui abordent, non sans un regard critique, des questions statistiques (Chap. 1), la situation en demi-teinte de l’enseignement du français dans le monde (Chap.2), l’avenir de la langue (Chap.3) et sa promotion (Chap.4) ou encore les atouts de parler français dans la mondialisation (Chap.5). Les auteurs ne sont pas que critiques avec ce qui se fait ou se dit : ils relèvent les bonnes pratiques en matière de promotion du français (Chap. 6) mais sans se mordre la langue pour demander de revoir certaines politiques pour repenser la Francophonie et l’enseignement non seulement du français mais plus généralement des langues étrangères.
A ces chapitres, il faut ajouter plusieurs annexes qui reprennent et décrivent les organismes, les acteurs français ou des autres pays de la Francophonie, les associations… Voici donc un livre qui se veut « un tableau sans complaisance (…) de la situation du français dans le monde (…) » qui « s’accompagne d’une analyse rigoureuse des enjeux que constitue (…) la place du français dans le monde« , écrit Jean-Marie Levitte dans la préface. Roger Pilhion et Marie-Laure Poletti ne s’arrêtent pas là, ils proposent aussi des actions très concrètes et des stratégies pour fuir des menaces de replis et au contraire donner au français et à toutes les langues les espaces d’expression non pas contre l’anglais mais à ses côtés. Et bien entendu, au centre de cette analyse, les professeurs et la formation, deux éléments qui sont les piliers de tous les enjeux dont nous parle ce livre. Alors à quand une vraie (re)valorisation de leur statut ?

Pour en savoir plus :
Amapá e Guiana iniciam processo de implantação de escolas na fronteira (7/12/2016): http://www.seed.ap.gov.br/det2.php?id=11648
Poletti, A.-L. et Pilhion, R. : … et le monde parlera français, 2017 https://etlemondeparlerafrancais.iggybook.com/fr/et-le-monde-parlera-francais/
[Livre] «Et le monde parlera français», plaidoyer décomplexé pour la Francophonie : http://www.rfi.fr/hebdo/20170721-livre-francais-francophonie-pilhion-poletti-anglais-francophone
Dans l’émission La danse des mots du 7/09/2017 : http://www.rfi.fr/emission/20170907-le-monde-parlera-francais-marie-laure-poletti-roger-pilhion

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