Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Archive for the ‘Actualité du français’ Category

Le weekend prochain, le FLE se donne RDV à Barcelone

Posted by Philippe Liria sur 21/05/2017

Après les Canaries et l’Andalousie, c’est au tour de la Catalogne de recevoir une Journée CLE Formation (JCF). Coorganisée par l’Association des Professeurs de Français de Catalogne, cette journée proposée par les éditions CLE International et qui se tient à l’Institut français de Barcelone le samedi 27 mai, porte sur les nouveaux défis du français en Catalogne. Un thème qui veut mettre en avant les défis à relever pour le français dans ce coin d’Europe où à peine 6% des élèves apprennent la langue du voisin outre-Pyrénées et premier partenaire économique étranger ! 6% !! Dérisoire !! Et triste reflet d’une politique erratique qui pendant trop longtemps a confondu importance de l’anglais avec un certain mépris du français -une confusion encore bien ancrée dans les esprits, même chez les plus éclairés comme le montre un article de Carles Casajuana dans La Vanguardia du 20 mai dernier). Mais un thème qui n’est pas anodin non plus puisqu’il semblerait en effet que les vents tournent du côté de la Generalitat (Siège du gouvernement autonome catalan) depuis quelques années et que le français retrouve, lentement mais espérons-le sûrement, la place qu’il n’aurait jamais dû perdre en Catalogne. Les autorités françaises et le gouvernement catalan ne sont plus dos à dos et c’est une bonne nouvelle. C’est ce qui a permis en janvier 2014 la signature d’un accord entre l’Institut français et le Departament d’Ensenyament (ministère de l’Education catalan) pour la mise en place du DELF scolaire dont nous parlera Adrien Payet dans son atelier Astuces et stratégies pour préparer les apprenants au DELF. Ce rapprochement permet d’assister aussi un développement du Batxibac. En effet, même si son existence n’est pas nouvelle (accord franco-espagnol de 2008), c’est seulement depuis quelques années qu’il connait un certain essor en Catalogne avec dorénavant 54 établissements qui y préparent (un chiffre fort respectable quand on sait qu’en Espagne il y a en 93 au total selon le site du ministère espagnol), répartis sur l’ensemble du territoire. Certes, trop peu de lycéens encore suivent ce double cursus en Catalogne (750 en 2016, selon l’APFC) mais l’intérêt croissant des établissements laissent présager que les responsables sauront organiser des campagnes pour motiver les jeunes Catalans à s’y inscrire.

(source : http://w3.recursostic.edu.es/bachillerato/bachibac/web/es/ Dernière consultation :21/05/17)

On sait aussi que beaucoup de questions demeurent chez les enseignants et c’est en partie à celles-ci que répondra Guilhem Naro, co-président de l’APFC, lors de la conférence plénière de cette JCF de Barcelone puis dans son atelier qui portera sur la prise de notes, la synthèse et le commentaire de texte.
Qu’il s’agisse du DELF scolaire ou du Batxibac ou tout simplement d’un apprentissage du français dans un cadre plus général comme c’est le cas dans les Ecoles Officielles de Langues, les Centres de langues des universités, des Alliances françaises, de l’Institut français ou des nombreuses autres écoles de langues, il y a le souci de l’aborder depuis une approche actuelle qui respecte les recommandations du CECRL en intégrant notamment la tâche finale ou le projet dans une démarche actionnelle ; ainsi que les outils numériques comme la plateforme d’apprentissage. C’est ce dont il sera question dans l’atelier que j’animerai, toujours dans le cadre de cette JCF.

Et pour celles et ceux qui voudraient prolonger ce samedi FLE ou qui n’auraient pas la possibilité de venir à cette demi-journée de formation, il y a un autre RDV FLE ce week end à Barcelone, c’est l’atelier théâtre que propose Adrien Payet. Un atelier de 2h30 que propose l’auteur des Activités théâtrales en classe de langue (CLE International, ISBN 9782090375695) et dont le programme complet est disponible sur son site ou en lui écrivant.

Le temps d’un weekend, Barcelone prend donc les couleurs du FLE du côté de l’Eixample en espérant que l’avenir confirmera ces impressions de renouveau du français dans la capitale catalane et l’ensemble de la Catalogne. Un renouveau encore trop timide si on considère que moins de 20% de la population (selon étude publiée dans La Vanguardia du 20/04/2015) affirme être capable de parler français. Et encore, au fur et à mesure que passent les années, je doute que ce chiffre soit exact !

Pour en savoir plus
Programme et inscription au JCF de Barcelone du 27 mai 2017
Programme de l’atelier théâtre d’Adrien Payet à Barcelone le 28 mai 2017

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Un café avec Fatiha….

Posted by Philippe Liria sur 21/04/2017

Depuis quelques mois, Fatiha Chahi propose sur son blog  de partager avec elle un café avec « des acteurs du monde de l’éducation et de la formation, des pédagogues, tous passionnés de leur métier. »  Ce mois-ci, c’est avec Mariame Camara qu’elle a pris son café, une professeure de FLE devenue directrice pédagogique chez Thot, cette école diplômante à destination des réfugiés et demandeurs d’asile. A lire absolument à l’heure où certains veulent dresser des murs pour se dire qu’heureusement,  d’autres comme Mariame se battent dans leur quotidien pour aider à une meilleure intégration et favoriser le « vivre ensemble » dont ont tant besoin les réfugiés et les demandeurs d’asile. Un « vivre ensemble« , ça ferait un beau slogan pour contrer ces vagues enragées  et haineuses aux couleurs bleu marine (et dont les lames de fond ont déteint sur presque tous les autres discours politiques) qui déferlent sur la France avec la prétension de détruire les valeurs sur lesquelles nous nous sommes construits, celles de l’ouverture sur l’autre pour faire un bout de chemin ensemble.  A lire : Un café avec Mariame — Un, des clics

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De l’air venu d’ailleurs

Posted by Philippe Liria sur 23/01/2017

Stromae a reçu la Grande médaille de la francophonie.

Le chanteur Stromae

Dans son édito du n°409 du Français dans le monde, Sébastien Langevin, rédacteur en chef de la revue des professeurs de français du monde entier, nous rappelle qu’en décembre dernier, Stromae a reçu la Grande médaille de la Francophonie des mains de Xavier Darcos, ancien président de l’Institut français et membre de l’Académie française. Et d’ajouter que ce « n’est pas anodin que la vénérable institution honore ainsi un jeune chanteur belge d’origine rwandaise. Avec cette distinction, les Immortels ont souhaité mettre à l’honneur la langue française telle que nous la considérons, telle que nous l’aimons et telle que nous l’enseignons. »

En effet, les propos tenus dans cet édito sont absolument nécessaires en ce début d’année qui va être marquée par le calendrier électoral. Nous ne pouvons oublier qu’enseigner le français, c’est transmettre aussi et surtout les valeurs intrinsèquement liées à notre langue. Parmi celles-ci, il y a bien entendu la liberté, en particulier celle de circulation des personnes ; celle qui fait que les êtres humains doivent pouvoir choisir librement le territoire où ils vivent. Hélas, beaucoup n’ont d’autre choix que de fuir leur terre en raison de la guerre, de la misère et de plus en plus aussi, des changements climatiques. Quitter sa terre n’est jamais simple et c’est rarement le résultat d’un acte volontaire, sauf si on habite le premier monde. Pourtant des murs se lèvent en même temps que la peur de l’autre croît. Depuis l’Europe nombreuses sont les voix qui s’élèvent contre le mur que veut dresser Trump pour séparer le Mexique (et toute l’Amérique latine) des Etats-Unis. Mais n’oublions pas, non plus, qu’il n’y a pas que les menaces fascisantes en 140 caractères de ce pitre d’outre-Atlantique maintenant président : l’Europe aussi dresse ses murs. Elle le fait à ses frontières, qu’ils aient la forme d’horribles grillages comme dans les colonies de Ceuta ou Melilla ou que ce soient ces camps en Italie ou en Grèce où sévissent la pénurie, l’insalubrité et le terrible froid de l’hiver ; sans parler de la Méditerranée occidentale, autrefois carrefour de civilisations et aujourd’hui témoin involontaire et impuissante du drame dont les eaux, transformées en cimetière humain, sont le terrible scénario !

Dessin de Capdevilla publié dans El Watan (17/09/14)

Dessin de Capdevilla publié dans El Watan (17/09/14)


En fermant nos portes aux réfugiés d’aujourd’hui, nous ne rendons-nous donc pas compte que nos esprits sentent de plus en plus le renfermé ? On voit un peu partout en Europe ces extrémistes bomber le torse, grandis par le succès populiste de Trump. Il est grand temps qu’une bouffée d’air chasse les discours alarmistes qui cherchent à nous faire croire que nous allons perdre notre identité. Notre identité ? Mais n’est-elle pas la somme de tous ces icis et de tous ces ailleurs ? C’est ce qui la rend vivante ! Quand nous transmettons la langue française à travers nos manuels et dans nos cours, nous ne le faisons pas pour glorifier des temps passés qui sentent le souffre. Les Gaulois – qui au passage ne parlaient pas français – et autres Jeanne d’Arc appartiennent à ce roman national franchouillard empreint d’un nationalisme nauséabond d’une IIIè République revancharde. Ce n’est pas notre rôle de nous faire les porte-paroles de ces idées ringardes qui, hélas, refont surface. Le français que nous enseignons est celui qui sent bon la lavande de Provence, peut-être, mais c’est aussi celui du couscous, des shawarmas et de tant d’autres saveurs venues des quatre coins du monde et qui enrichissent nos papilles et nos esprits. C’est peut-être le français de Molière – que nous aurions pourtant certainement du mal à comprendre si nous l’écoutions dans sa version originale -, mais c’est aussi et surtout celui qu’on entend dans le métro parisien, dans les rues de Bamako, de Montréal, de Pointe-à-Pitre ; celui qui s’est brassé depuis ses premiers balbutiements avec le breton, l’occitan, l’arabe, etc. et continue de l’être grâce à toutes celles et tous ceux qui l’emploient que ce soit dans leur vie privée, leur milieu professionnel ou leur expression artistique.
Et le français de demain, avec ses je ne sais combien de centaines de millions de locuteurs annoncés en 2050 surtout sur le continent africain, ne sera une réalité que si ce brassage se poursuit. C’est la seule voie possible pour que la langue française survive dans ce concert multilingue de la planète, n’en déplaise aux tenants de ces discours aux relents xénophobes qui envahissent la scène politique française depuis quelque temps -trop de temps ! Cette langue que nous enseignons doit contribuer, ne fût-ce que très modestement, à empêcher de dresser des murs populistes qui seraient, à écouter ces politiques, le remède de nos maux. J’aimerais en rire et me dire qu’il ne s’agit que d’un cauchemar que j’oublierai en ouvrant les yeux mais les sondages ne sont guère optimistes – croisons les doigts pour qu’une fois de plus ils se trompent mais dans le bon sens -. Et de notre côté, continuons à enseigner le français dans cette optique d’ouverture. Car enseigner / apprendre une langue, c’est avant tout tendre la main vers l’autre et montrer que nos diversités sont nos richesses pour construire ensemble l’avenir humain de cette planète.

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Un, des clics… où la pédagogie et le numérique se donnent RDV

Posted by Philippe Liria sur 06/12/2016

un_des_clicsC’est toujours avec plaisir qu’on accueille de nouveaux sites dans la blogosphère et plus encore si c’est le blog d’une amie. Fatiha Chahi, formatrice et enseignante de FLE, auteure et éditrice, s’intéresse à tout ce qui touche à la pédagogie et au numérique éducatif depuis déjà quelques années, a décidé de nous faire partager sa passion à la fois pour tout ce qui touche à la pédagogie mais aussi à la technologie à travers son tout nouveau blog, Un, des clics. Lecteurs de ce blog, vous la connaissez peut-être déjà à l’occasion d’un article qu’elle avait bien écrit sur la ludification. Depuis deux ans maintenant, elle co-dirige Le Bla Lab dont elle est co-fondatrice, aux côtés de Ginebra Caballero. Responsable Pédagogie & Numérique de cette société spécialisée en packaging éditoriale, elle nous invite à découvrir son « blog qui s’adresse avant tout aux curieux, mais aussi aux enseignants de FLE, aux acteurs du monde de l’éducation, aux formateurs, aux passeurs de savoirs et de savoir-faire de tout domaine, aux technophiles« .
Vous pourrez notamment trouver des ressources et y apprécier aussi une rubrique très sympa, Un café avec… qui propose des entretiens avec « des acteurs du monde de l’éducation et de la formation, des pédagogues, tous passionnés de leur métier.« . Merci Fatiha pour cette belle initiative !

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A lire sur Fandefle : Lançons des défis à nos élèves, ça motive !

Posted by Philippe Liria sur 24/10/2016

A lire sur Fandefle, des idées pour attirer l’attention des élèves, les intéresser et finalement les motiver ! Rendre plus accessible et plus motivant les apprentissages, c’est vraiment la clé d’un enseignement…

Lisez la suite : Lançons des défis à nos élèves, ça motive ! — Fandefle

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Les professeurs de français se donnent bientôt rendez-vous à Chiclayo (Pérou)

Posted by Philippe Liria sur 29/09/2016

congres_chiclayoPlus que quelques jours avant que ne commence la 13e Rencontre nationale des professeurs de français du Pérou. Celle-ci se tiendra à Chiclayo, dans le nord du pays, du 7 au 9 octobre. Cet événement est organisé par l’Unión Peruana de Profesores e Investigadores de Francés (Unipprofif), l’Ambassade de France et le réseau des Alliances françaises au Pérou, avec l’appui du Lycée Franco péruvien. Ce sera le grand rendez-vous des professeurs et traducteurs de français. Les organisateurs espèrent qu’ils seront nombreux à participer à cette rencontre dont l’axe principal sera « l’enseignement du français dans le contexte latino-américain à l’ère numérique ». Mais parler d’ère numérique ne doit pas être synonyme d’un tout-numérique aveugle, au contraire ! Il s’agit bien de réfléchir à nos pratiques de classe dans ce contexte, des pratiques qui doivent être revisitées mais où l’humain doit et devra toujours être bel et bien présent comme nous le rappellera certainement Adrien Payet, auteur d’ouvrages FLE et spécialiste du théâtre dans la classe. Il le fera à l’occasion d’une plénière sur le théâtre en classe de FLE qui sera suivie d’un atelier pédagogique.

Pour ma part, j’aurai le plaisir d’y animer deux ateliers qui s’intéresseront à l’actionnel et qui nous permettront de voir comment projets et scénarios font bon ménage avec la classe inversée.

Pour connaître le programme de cette rencontre, le descriptif des interventions et la liste des intervenants, rendez-vous sur la liste de l’Ambassade de France au Pérou.

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Faire l’école autrement : pas une mince tâche ! — L’espace à Zecool

Posted by Philippe Liria sur 31/08/2016

Voici un article très intéressant publié par Jacques Cool sur son blog et qui contient des liens d’intérêt pour notre réflexion sur les changements de la société et donc de la classe.

Un peu partout dans le monde, les gens se mobilisent autour de la nécessité de voir, mais surtout de faire l’école autrement. Souvent annexée du suffixe « …du 21e siècle », l’école et ses finalités sont de plus en plus sous la loupe face à un monde en transformations profondes ; ces nouveaux regards interpellent […]

a través de Faire l’école autrement : pas une mince tâche ! — L’espace à Zecool

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Où en est le français dans le monde ?

Posted by Philippe Liria sur 29/08/2016

En été, le prof de FLE se forme
L’été touche à sa fin. Les « grandes vacances » aussi, du moins pour la plupart des profs de l’hémisphère nord mais, on le sait, le professeur de FLE est un être bizarre : il passe une très grande partie de l’année à faire bien plus que les trois huit pour joindre les deux bouts. Comment ? En donnant des cours FOS à sept heures du matin, des cours pour enfants ou ados en journée et des cours adultes en soirée… Et de plus en plus, entre cours et cours, que fait-il ? Outre préparer comme il peut le cours suivant et corriger les copies du précédent, il fait de l’hybride depuis son smartphone puis il enchaîne à pas d’heure depuis son PC portable avec un cours en ligne pour un étudiant à l’autre bout de la planète ! Jackpot penseront certains ? Eh bien, non ! Tout ça, pour des clopinettes !!! Et si certains lecteurs croient que j’exagère et que toute ressemblance avec la réalité ne serait que purement fortuite, qu’ils s’inquiètent : ils ont peut-être perdu contact avec la réalité ! Le FLE fait certes rêver. Je le sais: combien d’étudiants en parlent en imaginant leurs futures missions en terres lointaines et exotiques ?! Mais, quand on connaît la réalité du terrain, on sait ô combien le quotidien est très dur. Malgré cette vie de fous qui ne laisse guère de temps pour faire des folies – mais heureusement est pleine de petits plaisirs-, que fait le prof de FLE pendant ses vacances ? Je vous le donne en mille : il se forme ! Et l’été européen est souvent le moment choisi pour suivre l’une des nombreuses formations proposées ici et là.

Conférence Jacques Pécheur sur les scénarios actionnels- Liège 2016 (Photo: P. Liria)

Conférence Jacques Pécheur sur les scénarios actionnels- Liège 2016 (Photo: P. Liria)

Stages d’été, congrès… du FLE pour tous les goûts
Cette année n’a pas dérogé à la règle, et malgré le climat ambiant pas vraiment à la fête : les profs se sont donné rendez-vous à Nantes, Nice, Besançon ou ailleurs pour suivre l’une de ces nombreuses formations estivales avant de rentrer dans leur pays de provenance. A leur retour, ils pourront mettre en oeuvre et relayer ce qu’ils ont pu y apprendre. Cet été, en plus de ces stages, comme tous les quatre ans, les professeurs de FLE se sont retrouvés en juillet pour le grand messe qu’est le Congrès mondial des professeurs de français. Et pour cette quatorzième édition qui s’est tenue à Liège du 14 au 21 juillet, les quelque 1500 professionnels présents se sont demandés justement où en est le français. Venus de 104 pays, ils ont assisté et souvent proposé des conférences, des communications ou encore animé des présentations ou des ateliers pour mettre à jour et partager leurs connaissances, échanger sur leur pratique mais aussi sur la situation de l’enseignement du français dans leur pays. Du moins quand on leur a permis de traverser les barrages administratifs que dresse l’Europe d’aujourd’hui. Pas facile de demander de défendre les valeurs contenues, paraît-il, dans notre langue si l’on ferme la porte au nez de ceux qui justement la prennent pour étendard de leur liberté ! C’est sans doute cette triste réalité qui se rappelle à nous, même lors d’un congrès dont l’objet principal est l’enseignement. Mais il est clair qu’apprendre le français dans les deux sens du verbe n’est pas ni ne peut être un acte innocent, comme l’a réaffirmé le président du Comité organisateur, l’académicien Jean-Marie Klinkenberg dans son discours de clôture.

Conférence de clôture de J.-M. Klinkenberg - Liège 2016 (photo : P. Liria)

Conférence de clôture de J.-M. Klinkenberg – Liège 2016 (photo : P. Liria)

C’est aussi le ton de l’appel que lancent les professeurs de français dans le document final de résolutions en revendiquant clairement leur rôle dans cette lutte pour « un monde plus juste, mis à l’abri de la barbarie, respectueux des identités et des diversités« . Parce que, nous le savons tous, « la langue est un objet politique » qui véhicule des idées profondément attachées au développement et à l’émancipation des citoyens contre tout type d’oppression sociale, culturelle ou politique. Mais le prof de français, ambassadeur de ces précieuses idées, n’est souvent qu’un simple soldat de plomb, d’une armée certes nombreuse mais aux effectifs qui ne cessent de baisser comme nous l’a rappelé aussi ce congrès, et qui souvent se demande ce que font les décideurs pour éviter la fermeture des cours de français ou la précarisation permanente de la profession. Situation ardente, pour reprendre l’adjectif qui définissait le congrès, et à laquelle devra faire face la nouvelle équipe de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF) avec à sa tête Jean-Marc Defays qui prend donc le relais de Jean-Pierre Cuq après deux mandats. Ce spécialiste du FLE qui nous vient de l’Université de Liège sera entouré, entre autres, d’une Canadienne, Cynthia EID et d’une Roumaine, Doina SPITA pour relever les nombreux défis de la Fédération (manque d’enseignants, absence de politiques en faveur du français, nouveaux besoins des associations…) et qu’on peut retrouver, du moins en partie, dans le Livre blanc présenté lors du congrès de Liège et qui prétend dresser, comme il l’annonce, « un panorama unique de l’enseignement de la langue française dans le monde« .

Des programmes pour repenser le FLE
On l’a vu aussi, le programme bien chargé du congrès – peut-être un peu trop – ou encore ceux des stages d’été sont révélateurs de ce renouvellement nécessaire. Ce qui rend encore plus indispensable la formation initiale mais surtout continue des professionnels du FLE. C’est d’ailleurs le premier point mis en avant dans les résolutions du Congrès. Si la langue française est, et prétend rester, ardente, donc bel et bien vivante, il faut qu’elle s’adapte aux réalités du monde d’aujourd’hui et puisse être fin prête à celles de demain. Aucune nostalgie donc, mais au contraire, un regard pointé vers l’avenir avec des solutions séduisantes pour une langue qui hélas n’a plus vraiment l’air de séduire. Vous ne pouvez pas vous imaginer combien sont celles et ceux qui me demandent, au Pérou, en Colombien, au Chili, etc. à quoi ça peut bien servir d’apprendre le français. Ils/Elles n’en perçoivent pas ou pas vraiment l’utilité et ont même souvent l’impression d’une langue éloignée et difficile (bienvenue l’intercompréhension qui a l’air de gagner du terrain dans les cours, mais pas assez malheureusement). Tout le monde se souvient de cette campagne qui présentait les 10 bonnes raisons d’apprendre le français mais pas sûr que ce soit la meilleure manière de convaincre les sceptiques. Il ne fait aucun doute que l’enseignement du français a besoin d’un grand Entrümpelung au cours duquel on se débarrasserait des vieilles croyances sur comment on doit enseigner et surtout comment nos élèves apprennent. C’est pour cela que la formation est importante et qu’il est grand temps de mettre fin à la dégradation de la situation des professeurs de français. On le voit bien, ces formations proposent des programmes riches et novateurs qui ne peuvent que contribuer à ce renouveau de la classe de français. On y parle bien sûr de ce tsunami numérique mais il ne faudrait pas réduire l’innovation pédagogique nécessaire à la technologie, au web 2.0 ou aux plateformes qui ne cessent de se développer que ce soit depuis les institutions ou depuis le monde éditorial FLE*. Une évolution qui nous oblige à repenser l’ensemble des professions de notre secteur.

Module sur la classe inversée aux Universités du Monde (Nice, juillet 2016 - Photo: P. Liria)

Module sur la classe inversée aux Universités du Monde (Nice, juillet 2016 – Photo: P. Liria)

L’innovation pédagogique passe aussi, et surtout je dirais, par savoir changer nos dynamiques de classe et s’approprier des nouveaux outils, bien sûr, ou se réapproprier d’éléments trop souvent tenus à l’écart comme le rappelle Ken Robinson dans L’élément que je vous invite à lire si ce n’est déjà fait. Il est grand temps par exemple que le jeu (sérieux ou tout simplement de société) ou l’art y tiennent un plus grand rôle : petit clin d’oeil au passage à Ghislaine Bellocq qui ménage si bien art et FLE ou à Adrien Payet qui lie si bien apprentissage du français et théâtre. Bref, que la créativité des apprenants dans un sens large du terme soit vraiment au centre de la classe ; qu’on sache (qu’on ose) revoir les programmes de façon à ce que la mise en place du projet soit une réalité (il ne suffit pas de se remplir la bouche d’actionnel ou de le coucher sur les brochures ou le site qui décrivent la pédagogie prônée par telle ou telle institution). Cela demande de changer nos habitudes de classe, de réfléchir à de nouvelles pratiques. Ce n’est pas en vain que la classe inversée, qui semblait ne pas avoir sa place en FLE, comme je l’ai souvent regretté dans ce blog, commence enfin à être prise en compte pour accompagner ce changement. C’est en tout cas ce qu’on a pu constater dans les propositions de modules de plusieurs stages d’été ; reste qu’il faudra maintenant que l’enthousiasme des stagiaires ne retombent pas face au mur de leurs institutions. Parce que changer la classe n’est pas ni peut être le fait d’un prof mais bien le résultat d’un travail d’une équipe (le collaboratif commence dans la salle des profs) soutenue et accompagnée par sa direction.

Une nécessité de changement pour redonner envie d’apprendre
Introduire une nouvelle façon d’aborder l’enseignement est donc bien une nécessité parce que les étudiants d’aujourd’hui ont de nouvelles attentes (savoir échanger lors d’une visioconférence, répondre à des messages personnels mais aussi professionnels sur Whatsapp, mener des projets avec des partenaires à des milliers de kilomètres…) et de nouvelles façons d’apprendre (la technologie ne doit pas remplacer l’humain mais on ne peut non plus ignorer l’existence des supports tels que la tablette ou le smartphone ou des nouvelles manières d’interagir grâce notamment aux réseaux)*. C’est aussi ce qui contribuera à redonner envie d’apprendre notre langue. Les profs sont géniaux mais ne sont pas des Houdins : ce n’est pas d’un coup de baguette magique que ce changement se produira, n’en déplaise à certains. Par conséquent, la formation n’est pas un luxe. Elle est indispensable pour accompagner le discours ambiant qui réclame à cors et à cris qu’il faut se renouveler et innover pour motiver l’apprentissage de notre langue. Et même si l’été en France est une belle occasion pour joindre l’utile à l’agréable, je suis certain qu’ils/elles sont nombreux/-ses à souhaiter avoir accès pendant l’année scolaire à de vrais plans de formation.

* Voir le numéro 406 (juillet-août 2016) du Français dans le monde qui consacre un dossier aux « Cours en ligne, pratiques d’enseignants, parcours d’apprenants »
**A ce sujet, écoutez Mon enseignant va-t-il devenir un écran ? en podcast sur France Inter (27/08/2016)

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La scolarisation des publics allophones en Martinique

Posted by Philippe Liria sur 20/06/2016

icefi_afficheFin mai, j’ai eu le plaisir d’être invité en tant que représentant de la maison d’édition CLE International par l’équipe de l’ICEFI de l’Université des Antilles à participer à un séminaire consacré à la scolarisation des publics allophones sur l’île. Ce séjour a été vraiment intéressant pour prendre connaissance des réalités de l’île, un contexte particulier et complexe d’un monde qui – je l’avoue – m’était complètement inconnu. Cette complexité, c’est dès l’arrivée à l’aéroport de Fort-de-France qu’on la perçoit : l’on entend parler français bien sûr, mais aussi créole et surtout on se rend compte d’un réel croisement entre les deux langues se croisent et s’enlacent comme c’est souvent le cas dans les contextes bilingues – asymétriques ici, un peu comme à Barcelone – et auxquels on est hélas pas assez habitués dans ce là-bas qui, souvent accompagné d’un mouvement de tête en direction de l’Orient, indique notre Hexagone. Je crois qu’il est important d’être conscient de cette réalité si on veut comprendre ce que signifie la scolarisation des primo-arrivants comme a permis de le faire ce séminaire proposé par l’ICEFI.
Derrière ces sigles -rarement présent dans des journées universitaires en France, je me suis rendu compte que j’en avais oublié l’abondance en français (et je vous assure qu’on peut vivre sans)-, se cache l’Institut Caribéen d’Etudes Francophones et Interculturelles qui « est un département pluridisciplinaire au sein de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines qui permet de préparer des diplômes de Licence – Master – Doctorat dans cinq disciplines (Français Langue Etrangère – FLE; Langues et Cultures Régionales – Créoles; Arts Caribéens, Traductologie, Education comparée). L’ICEFI a la particularité de promouvoir, au cœur de la Caraïbe et dans les Amériques, la langue française, les études et les recherches francophones, dans une perspective d’ouverture au pluralisme linguistique et culturel qui caractérise ces régions. » Nombreux sont les professeurs et futurs professeurs de FLE en Amérique latine qui le connaissent car c’est justement l’ICEFI qui propose dans la région un master FLE entièrement en ligne.
Pendant ce séminaire, les participants ont pu écouter différents témoignages d’études de cas sur la place du plurilinguisme et la valorisation des langues premières, l’enseignement de l’orthographe ou de disciplines non linguistique comme les mathématiques par exemple. On a pu aussi voir quelle est la représentation des élèves allophones auprès des enseignants ou s’interroger sur l’accueil des élèves nouvellement arrivés dans l’académie de Martinique et d’aborder ainsi le principe de bienveillance.

Intervention de Melissa Marcin sur la place de la didactique du plurilinguisme (cas d'étude en Martinique)

Intervention de Melissa Marcin sur la place de la didactique du plurilinguisme (cas d’étude en Martinique)

Tout cela sans laisser de côté les aspects plus institutionnels en parlant de la fonction des CASNAV et du DELF en milieu scolaire avec une intervention du CIEP ou encore les questions juridiques avec notamment la participation de la chef du Bureau de la langue et de la citoyenneté, Isabelle Kaelbel, du ministère de l’Intérieur. Lors de son intervention, elle a exposé la réforme en cours de la législation concernant la formation linguistique des étrangers des primo-arrivants. Elle a ainsi confirmé la disparition du niveau A1.1 et donc du DILF et nous a appris qu’il faudra dorénavant parler du Contrat d’Intégration Républicaine ou CIR dans ce langage des sigles qui ne nous lâche pas ! Les primo-arrivants devront suivre une formation selon les contenus prescrits par le ministère et qui porteront sur le français pratique, le français public et le français professionnel mais aussi sur d’autres aspects comme les valeurs de la société démocratique et de la République. On ne manquera certainement pas d’en reparler…
Personnellement, je suis intervenu sur le travail d’un éditeur FLE et le rôle à tenir pour accompagner enseignants et élèves primo-arrivants dans un apprentissage réussi du français, ce qui m’a permis de faire un peu le tour de différentes publications sur la question.
Intervention de P. Liria sur l'édition pour le public migrant

Intervention de P. Liria sur l’édition pour le public migrant


Ce séminaire a permis de faire le point sur la situation d’un public allophone peut-être moindre que dans d’autres parties du territoire français mais en augmentation, en particulier dans le système scolaire ce qui demande une meilleure préparation des enseignants souvent « démunis » en les formant notamment à la didactique du FLSco. Garantir au mieux l’accueil de cette population, c’est aussi appliquer un critère de bienveillance, comme le rappellent Jean-David Bellonie et Patrick Riba dans leur conclusion des travaux, pour mettre fin aux représentations qui tendent à associer le public allophone à des mots comme « handicap » ou « illétrisme ». A l’issue de cette journée, ce sont différentes pistes d’action qui ont été proposées pour justement permettre une intégration réussie des publics allophones.
Conclusions et pistes d'action du séminaire par J.-D. Bellonie et P. Riba

Conclusions et pistes d’action du séminaire par J.-D. Bellonie et P. Riba


L’ensemble des interventions a été filmé et vous pouvez les écouter à partir de Manioc, une « bibliothèque numérique spécialisée sur la Caraïbe, l’Amazonie, le Plateau des Guyanes et les régions ou centres d’intérêt liés à ces territoires. Vous y trouverez des documents textuels, sonores, iconographiques et des références concernant l’histoire culturelle, sociale, économique ou politique de ces pays. » Bref, un superbe portail à partir duquel je vous invite à vous perdre, vous y découvrirez un véritable trésor sur les cultures des Caraïbes.
Le séjour a été trop court pour comprendre toute la réalité de la Martinique, ce serait bien prétentieux de ma part que d’affirmer le contraire mais déjà je sais que je ne lirai plus Patrick Chamoiseau tout à fait de la même façon -et en plus j’ai découvert Raphael Confiant-. C’est une nouvelle porte qui s’est ouverte ; tout comme elle s’ouvre à ces nouveaux arrivants venus des îles voisines ou de l’autre bout du monde en quête d’un nouveau rêve. Garantir la scolarisation des plus jeunes et la formation de leurs aînés, c’est contribuer à ce qu’il devienne réalité.

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Publics allophones en Martinique : besoins et enjeux pour une école inclusive

Posted by Philippe Liria sur 23/04/2016

Faculté des Lettres et Sciences HumainesQuand on pense à l’enseignement du français pour migrants, viennent à l’esprit des lieux que nous associons à la France hexagonale. On oublie souvent que la pression migratoire existe aussi dans les territoires français d’outre-mer, que ce soit à Mayotte, à la Réunion ou encore en Martinique. Or celle-ci, même si elle est moindre qu’en Europe, est en constante augmentation. Il s’agit essentiellement de la population allophone en provenance des régions voisines (Haïti, Sainte-Lucie). C’est le constat que fait l’Institut caribéen d’études francophones et interculturelles (ICEFI) sur l’aire géographique dont il est en charge. Les migrants hispanophones bien sûr, mais aussi anglophones ou créolophones arrivent nombreux en Martinique, cette autre porte d’entrée en Europe pour beaucoup d’entre eux. Plus récemment, ce sont aussi les réfugiés des zones en conflit aux frontières de l’Europe qui arrivent par d’autres voies dans l’espoir de trouver l’accueil et la possibilité de se construire un avenir que les bombes des fous de la guerre leur nient.
Parmi ces migrants, de nombreux enfants et adolescents qui doivent pouvoir intégrer au plus vite l’école. La scolarisation est en effet une priorité et c’est la mission du ministère de l’Education nationale français de la garantir. Dans ce contexte, il est important de s’assurer de la prise en charge de ces EAA, encore un acronyme barbare comme on les aime en français et qui désigne les Enfants Allophones Arrivants. Une prise en charge qui ne peut seulement être administrative mais qui doit comprendre différents volets qui vont garantir la meilleure intégration possible de ces enfants que les crises ont déracinés. Parmi ces volets, il y a bien sûr l’apprentissage de la langue française mais celui-ci ne peut se faire n’importe comment ni ne peut se contenter des réponses qu’apportent le FLE. D’autres pistes sont à explorer comme le FLI ou le FLSco. Mais qu’en est-il sur le terrain ? Les programmes d’accueil répondent-ils vraiment aux besoins ? Les enseignants ont-ils les outils adéquats pour garantir une scolarisation réussie ? Et ces outils, quels sont-ils ?
Ces questions et d’autres – comme celle de la formation des formateurs – encore en lien avec cette situation émergente rencontrée en Martinique feront partie des sujets abordés lors du séminaire La scolarisation des publics allophones en Martinique : enjeux et démarches pour une école inclusive qu’organise l’ICEFI à l’initiative de J.-D. Bellonie et P. Riba, en collaboration avec le département FLE de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université des Antilles et le CASNAV de Martinique. Ce séminaire qui se tiendra le 25 mai prochain sur le Campus de Schoelcher mais aussi en streaming réunira en présentiel et en visioconférence un large éventail d’experts qui présenteront leurs communications qui porteront aussi bien sur une analyse de la situation dans la réalité martiniquaise que sur des propositions de travail ou encore sur les matériels de support que le monde éditorial crée pour ce public.

Retrouvez l’ensemble du programme sur le site de l’ICEFI.

Pour en savoir plus sur le sujet
Scolarisation des élèves : Organisation de la scolarité des élèves allophones nouvellement arrivés (consulté le 23/04/2016)
Conference-AADPAS-les enjeux de l’immigration en Martinique
ADAMI, H., 2009, La formation linguistique des migrants, Paris, CLE International
ESCOUFIER, D., MARHIC, Ph., TALBOT, E., 2013, Ensemble cours de français pour migrants A1.1, Paris, CLE International
IGLESIS, T., VERDIER, C., MOTRON, A.-C., CHARLIAC, L., 2012, Trait d’union (2è édition), Paris, CLE International

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