Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Archive for the ‘Billet d’humeur’ Category

Innovation et créativité sont au rendez-vous le 28 novembre prochain

Posted by Philippe Liria sur 23/11/2019

Un grand jour dans votre agenda… enfin peut-être

Le 28 novembre sera un grand jour pour beaucoup d’entre vous, lectrices et lecteurs : c’est le Jour du prof de français ! Le premier de l’histoire ! Pas question d’aigrir la fête mais j’aurais quand même une pensée pour toutes et tous qui n’aurez peut-être pas le temps de célébrer quoi que ce soit (car ce n’est pas férié) en raison d’un emploi du temps compliqué, entre 7 heures du mat et 23 heures, pris entre votre cours en entreprise, l’école de langues qui vous donne quelques heures par-ci par-là – si elles ne sont pas annulées au dernier moment -, les cours particuliers en présentiel et peut-être, parce que vous êtes de plus en plus à en avoir, votre cours en ligne à pas d’heure avec un apprenant à l’autre bout du monde… D’ailleurs, si vous êtes parmi celles et ceux qui donnez justement un cours en ligne et si vous avez deux minutes de battement, entre un cours, des copies à corriger et un sandwich avalé à la va-vite, contribuez à cette journée en témoignant de votre expérience sur ces cours en ligne. C’est l’occasion car cette Journée internationale des professeurs de français est justement consacrée à l’innovation et la créativité. Les cours de FLE en ligne, avant de devenir des produits des écoles de langues, ont d’abord été un moyen pour plusieurs d’entre vous d’arrondir les fins de mois en proposant de faire classe grâce aux possibilités que nous donnent les visioconférences, même très élémentaires parfois mais de plus en plus sophistiquées aujourd’hui.

J’ai dit que je ne voulais pas aigrir la journée en ne parlant que de la grande précarité qui règne dans le monde du FLE. J’ai entendu récemment qu’il n’était pas question que les profs de français ne tombent dans l’ubérisation. Ils ne risquent pas, ils l’ont précédée ! On peut même se demander s’ils n’ont pas inspiré les Glovo et autres coursiers précarisés de la nouvelle économie. Bref, pensons en positif, sans être bisonours pour autant ! Célébrons donc que tout à coup, on se soit souvenu que les profs de FLE existent ainsi que toutes celles et tous ceux qui enseignent dans les filières bilingues un peu partout dans le monde – et vous êtes de plus en plus nombreux/-euses -. Et qui aussi devez faire souvent preuve d’une grande créativité pour pallier le manque de ressources quand il s’agit d’enseigner en français de l’histoire, des maths, des SVT… même si depuis quelques temps, il semblerait que les choses s’améliorent.

Une journée pour partager expériences et pratiques

L’objectif de cette journée n’est d’ailleurs pas de parler de toutes ces choses qui fâchent. Le 28 novembre, c’est un peu comme un repas de famille où on demande aux grincheux de ne parler ni politique ni religion. L’objectif est bel et bien de « valoriser le métier d’enseignant de français » mais sans aborder les conditions dans lesquelles il ou elle exerce sa profession. Non, il s’agira tout simplement de « créer du lien » mais aussi, – c’est gentil – « de la solidarité ». On ne parle pas des problèmes mais on compatit. Ça doit être un des points en lien avec cette empathie dont on parle tant aujourd’hui et dont il faut faire preuve dans les cours. L’idée de cette journée est de « partager (…) expériences et (…) pratiques » nous rappelle la brochure éditée pour l’occasion. Une idée qui remonte à un souhait du Président Emmanuel Macron de valoriser le métier de professeurs de français dans le monde, « ces héros bien particuliers qu’on appelle les professeurs de français« , déclarait-il le 20 mars 2018 à l’occasion de la Journée de la Francophonie. C’était clairement exprimé dans le point 6 du chapitre Apprendre du dossier de presse du même jour : Une ambition pour la langue française et le plurilinguisme et publié directement par les services de l’Elysée. Ce n’est peut-être pour le moment qu’une petite goutte dans le désert budgétaire du FLE mais à défaut de moyens, il y a l’ambition. Avant, chez ses prédécesseurs, le prof de français à l’étranger n’existait même pas ! Ce dossier étant d’ailleurs public, il faudrait peut-être s’appuyer un peu plus dessus, et pas simplement depuis les services de coopération des ambassades, pour faire remonter des initiatives permettant d’améliorer le statut du prof de FLE qui n’a guère évolué ces derniers années (en tout cas pas en mieux). Car c’est en améliorant les conditions dans lesquelles ils / elles réalisent leur profession que nous pourront aussi relever le défi de « redonner à la langue française sa place et son rôle dans le monde« . Car à travers cette amélioration absolument nécessaire dépend aussi la qualité des cours donnés… parce qu’il faut bien avoir le temps de les préparer (eh oui !) et pour les préparer, il faut avoir du temps pour mener une veille pédagogique (et même pédago-numérique), se pencher sur les ressources existantes (ou en créer de nouvelles), en prendre pour expérimenter du matériel et des techniques de classe. On n’innove pas d’un coup de baguette magique (eh non !). L’innovation demande du temps. Et on ne peut qu’applaudir tout le talent dont vous faites preuve parce que, malgré justement le manque de temps, vous arrivez déjà à être innovants et créatifs. Imaginez donc si en plus, vous aviez le temps et les moyens !

Des initiatives un peu partout sur la planète

L’idée de cette grande fête du 28 novembre semble avoir pris et depuis quelques jours, on voit apparaître sur les profils des profs de français un peu partout dans le monde un cadre aux couleurs de cette journée. Et c’est une bonne chose (même si je grogne un peu). C’est peut-être un premier pas vers une prise de conscience que les acteurs du FLE formons une grande famille, au-delà même des associations locales ou nationales ou de la FIPF qui participe bien sûr à cette journée et propose la #jipf en vidéo. Le mouvement autour de ce 28 novembre n’est pas que symbolique autour de ce ruban qui enveloppe nos profils : on a vu qu’autour de cette journée, ce sont montées des activités multiples et variées aux quatre coins de la planète. Parfois ce sont des conférences, parfois des ateliers, parfois encore des jeux ou des concerts… Pas question ici de reprendre tout ce qui va se passer mais allez jeter un oeil sur le site dédié et vous verrez qu’il y a vraiment beaucoup de choses qui se passent. D’ailleurs le site a mis en ligne un programme interactif qui permet de retrouver facilement pays par pays, ville par ville et même catégorie par catégorie tout ce qui se fera ce jour-là. On remarquera la nombre impressionnant d’événements programmés en Europe mais aussi en au Mexique et en Amérique centrale. On peut certainement faire mieux mais c’est déjà bien pour une première, surtout quand on sait que le temps, encore lui, a terriblement manqué pour organiser ce grand moment pour les professeurs de français du monde entier.

Dans le cadre justement de cette grande journée internationale des professeurs de français, je vous propose de retrouver le miniMooc que nous proposons depuis CLE International au sujet de la classe inversée. Ce sera à partir de 16 heures (heure de Paris) mais vous pourrez ensuite visionner à tout moment les capsules sur la chaîne Youtube de CLE International. Et si vous êtes au Mexique, vous pouvez aussi vous assister à la conférence que prononcera Sébastien Langevin, rédacteur en chef du Français dans le Monde (revue dont c’est aussi un peu la fête en quelque sorte) à la Casa de Francia (Ciudad de México). Une façon pour les partenaires que nous sommes dans votre quotidien d’enseignant de FLE d’être aussi avec vous pendant cette journée.

Pour en savoir plus

Le site officiel du Jour du prof de français : https://lejourduprof.com

Le jour du prof de français, mode d’emploi. Brochure en ligne : https://www.auf.org/wp-content/uploads/2019/07/K3990_Brochure_JPF_web.pdf

Une ambition pour la langue française et le plurilinguisme, Services de presse de la Présidence de la République : https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/une_ambition_pour_la_langue_francaise_et_le_plurilinguisme_cle816221.pdf

MiniMooc CLE Formation « La classe inversée », 28 novembre 2019 (à partir de 16h) : https://www.cleformation.org/agenda-cle-formation/minimooc-la-classe-inversée/

La #jipf en vidéo. Pour y participer : http://fipf.org/actualite/participez-la-jipf-en-video

 

Posted in Actualité du français, Billet d'humeur | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

La médiation, au coeur des débats

Posted by Philippe Liria sur 01/09/2019

Ce n’est peut-être qu’une fausse impression, mais je trouve qu’on parle peu du Volume complémentaire avec de nouveaux descripteurs du CECR. Passerait-il alors inaperçu ? En tout cas, presque rien (en français) sur les moteurs de recherches d’internet au-delà de la version en ligne de ce complément et quelques très rares articles qui y font référence. Peut-être m’aiderez-vous à en trouver d’autres. Ils sont les bienvenus ! Je m’étonne pourtant de cette absence car, même s’il ne s’agit pas d’applaudir aveuglément ce document, il a le mérite d’exister. Certes, il ne remplace pas le texte de 2001 mais il en précise des parties, en complète et parfois même, en corrige. En donner une plus large diffusion inciterait l’ensemble des professionnels travaillant dans le domaine de l’enseignement des langues à réfléchir sur ce que signifie enseigner/apprendre une langue 20 ans après la sortie du texte original d’autant que l’environnement même de l’apprentissage n’est clairement plus le même. Des apports qui doivent aussi nous faire réfléchir bien évidemment au type de ressources ou aux modèles d’activités habituellement proposées dans le matériel pour la classe, qu’il soit sur papier ou en ligne. Faut-il, par exemple, remettre à plat les programmes, les progressions, les tableaux de contenus… ? Nous devons au moins nous poser la question sans précipitation et avec discernement.

Il y a dans ce document de quelque 254 pages un point qui, comme je l’écrivais déjà en février 2018, n’est pas exempt de polémique, et qui semble en même temps être l’objet d’une attention toute particulière, c’est la médiation. comme le font remarquer les auteurs de ce Volume complémentaire – Brian North, Tim Goodier (Fondation Eurocentres) et Enrica Piccardo (Université de Toronto/Université de Grenoble-Alpes) – qui soulignent qu’il s’agit d’un « concept important, présent dans le CECR, et qui a pris une dimension encore plus grande, à la hauteur de la diversité linguistique et culturelle croissante de nos sociétés. L’élaboration de descripteurs pour la médiation était donc la partie la plus longue et la plus complexe du projet aboutissant à la production du volume complémentaire du CECR. » (p.22)

La médiation, c’est aussi le thème retenu par l’Institut français d’Espagne pour ses Journées pédagogiques annuelles qui se tiendront à Madrid les 13 et 14 septembre prochains : La médiation – apprendre le français, rencontrer l’autre. Ce sera certainement l’occasion de parler de ce Volume complémentaire qui réserve tout un chapitre à la question. 

Vous avez dit “médiation” ?

Avant toute chose, qu’entend-on par “médiation”. Allons donc à la source et voyons ce que nous en disent les auteurs du Volume complémentaire :

l’utilisateur/apprenant agit comme un acteur social créant des passerelles et des outils pour construire et transmettre du sens soit dans la même langue, soit d’une langue à une autre (médiation interlangues). L’accent est mis sur le rôle de la langue dans des processus tels que créer l’espace et les conditions pour communiquer et/ou apprendre, collaborer pour construire un nouveau sens, encourager les autres à construire et à comprendre un nouveau sens et faire passer les informations nouvelles de façon adéquate. Le contexte peut être social, pédagogique, linguistique ou professionnel.” (p.106)

A priori rien de nouveau : “la mise en oeuvre de la compétence de la médiation dans la classe de langue n’est pas une idée neuve” comme le rappellait à juste titre Jacques Pécheur dans sa conférence « Médiation et activités en classe de langue” qu’il avait prononcé à Malaga en mars dernier dans le cadre du XI Congrès des Escuelas oficiales de Idiomas (EOI). Elle est aussi vieille que l’apprentissage des langues et nous l’avons toutes et tous pratiquée en classe, sans nécessairement en être conscient, un peu comme Monsieur Jourdain qui faisait des vers sans en avoir l’air.

 

 

 

 

 

 

 

Les échelles de descripteurs du CECR – Volume complémentaire (p.107)

 

Concernant la médiation, ce que nous apporte ce Volume complémentaire, ce sont donc les échelles de descripteurs (et elles sont nombreuses)… comme si la médiation, intrinsèquement liée à l’interculturel, pouvait se retrouver enfermée “dans des grilles, sauf à vouloir les contrôler en les technicisant pour en assécher toute la diversité et l’hétérogénéité”, critiquait déjà en 2017 une tribune signée par plusieurs associations de professionnels qui s’inquiétaient des risques que comporterait une « utilisation coercitive, normative et, in fine, autoritaire, du CECR”. Car qui dit grilles dit qu’on apporte des critères pour dire si on est ou pas compétent et à quel niveau pour réaliser telle activité de médiation. Et pour mesurer cette compétence, il faudrait l’intégrer dans l’évaluation.

Médiation : quelle évaluation ?

J’ai écrit… « évaluation« . On le sait : rien que d’en parler rappelle à plus d’un le célèbre Dîner de famille de Caran d’Ache évoquant l’affaire Dreyffus. L’évaluation était d’ailleurs le sujet central de II Jornada GIELE (automne 2018). En effet, c’est un débat qui est vif en Espagne où les EOI ont été contraintes, par un décret royal, de faire une place, séance tenante,  à la médiation dans leur programme et donc dans leurs examens. Une décision précipitée ? Est-on allé trop vite ? Certes, cette médiation était parfois déjà présente dans certaines parties de l’évaluation comme le rappellent Núria Bastons et Montse Cañada du Departament d’Ensenyament de la Generalitat de Catalunya. Cette intégration est-elle une réponse possible à la place de la médiation dans l’évaluation ? Ou, au contraire, faudrait-il la rendre plus visible ? En l’isolant par exemple et en la considérant comme une compétence à part entière ?  Pour sa part, Pilar Calatayud de l’EOI d’Elda, l’une des intervenantes à cette journée, a conclu sa présentation en affirmant que l’évaluer en tant que telle renforçait la prise de conscience interculturelle et critique des apprenants et augmentait leur tolérance et leur empathie vis à vis d’autres cultures. Elle admet toutefois que la partie concernant l’interculturel pose encore beaucoup de questions. En effet, les interrogations sont nombreuses autour de la possibilité d’objectiviser, donc d’évaluer certains aspects contenus dans les descripteurs de médiation comme l’empathie, la capacité à mener à débat ou le degré de “conscience interculturelle”. S’agit-il de compétence ou de stratégie que doit mesurer un professeur de langue ? Est-ce son rôle ? S’interrogent plusieurs enseignants. Et si c’est le rôle de l’enseignant, comment l’introduit-il dans sa classe ? Quelles activités ? Comment prépare-t-il ses élèves ? Des questions que se posaient aussi depuis la Suisse, Sandrine Onillon du Hep-Bejune. Cette spécialiste en approche actionnelle et en interculturalité s’interroge dans un article publié en juillet dernier sur la possibilité réelle de mettre en place dans la classe certains des descripteurs proposés par le Volume complémentaire.

Renforcer la médiation, c’est aussi renforcer des aspects que nous avions déjà mis en avant lors de la réflexion sur l’évaluation des projets dans une démarche actionnelle : Les apprenants ne sont plus (uniquement) des apprenants de langue mais de plus en plus des apprenants à vivre, travailler, collaborer dans des environnements culturels différents et multiples.  Le projet doit les y préparer. Les grilles d’évaluation de projets contiennent déjà – dans la section “compétences pragmatiques” des critères proches – voire identiques – à ceux que proposent les descripteurs de la médiation. 

Quelle place pour les autres langues dans la classe ?

Etre critique vis à vis de la médiation ne doit pas non plus nous faire perdre de vue des réflexions intéressantes sur la place des autres de langues de la classe et non pas seulement celle enseignée dans le processus d’apprentissage. Les descripteurs de médiation mentionnent clairement la présence d’au moins deux langues et pas uniquement dans ceux portant sur la traduction. Ainsi dans “transmettre des informations spécifiques à l’oral”, on trouve en A1 : “Peut transmettre (en langue B), des instructions simples et prévisibles concernant des horaires et des lieux. sous forme d’énoncés courts et simples (en langue A).” Et dans “transmettre des informations spécifiques à l’écrit” toujours en A1 : “Peut énumérer (en langue B) des noms, des nombres, des prix et des informations très simples d’un intérêt immédiat (données en langue A), si la personne les énonce très lentement et clairement avec des répétitions. 

C’est d’ailleurs une des questions centrales de l’intervention de Núria Bastons et Montse Cañada. Pour le moment, il semblerait que les EOI de Catalogne, à la différence de celles du Pays valencien, ont décidé de ne faire des activités et de n’en évaluer que dans la langue cible. Ce qui limiterait la médiation culturelle mais contournerait ainsi les questions sur la langue de départ. D’autres envisagent que les apprenants, surtout dans des contextes multilingues, apportent leurs propres textes dans la langue de leur choix… Le débat est ouvert et aucune réponse définitive n’a été apportée mais il est clair que cet aspect de la médiation s’ouvre sur le plurilinguisme.    

A la lecture de ces questions que se posent les professeurs de langue en Espagne – de français, mais aussi d’anglais, d’allemand, d’espagnol ou de catalan pour étrangers, etc. -, je pense bien que certain.e.s sont déjà en train de crier au scandale et jurent déjà par Toutatis que nenni ! Pas question de laisser entrer une autre langue que le français dans leur classe. Certaines institutions qui se vantent même d’interdire tout autre langue que le français dans la salle de classe tout en se targuant de suivre à la lettre le Cadre devront-elles dès lors faire comme si ces nouveaux descripteurs n’existaient pas ? Se résigneront-elles plutôt à manger leur chapeau et à accepter que le plurilinguisme est une voie à (enfin) explorer un peu plus profondément dans l’apprentissage d’une langue ? Toutes celles et tous ceux qui vivons, souvent depuis notre plus jeune âge mais pas seulement, dans des milieux plurilingues le savons, c’est ce contact entre nos langues (de famille, d’environnement social, de travail…) qui a largement contribué à ce que nous en maîtrisions non pas deux mais généralement plusieurs, à des degrés de compétences variables bien sûr selon la langue et au sein même de chacune de ces langues (ce qui parfois surprend). 

 

 

Ce Volume complémentaire est loin d’être parfait. Ces auteurs en sont conscients. Nous l’avons vu : certains descripteurs, comme ceux de médiation mais aussi sur la compétence plurilingue et pluriculturelle, ne manquent pas d’être polémiques. Mais en existant, il nous pousse à la réflexion sur le sens que nous voulons donner à l’enseignement-apprentissage d’une langue. Devons-nous nous arrêter aux questions linguistiques ? Ce que défendent certains professionnels considérant que nous outre-passons les compétences pour lesquelles nous sommes formés. Devons-nous, au contraire, envisager la définition du professeur de langue, en l’occurrence de français dans une toute autre perspective qui dépasse justement le cadre de la langue pour mieux préparer nos apprenants aux nouveaux défis de la société d’aujourd’hui ?

 

Pour en savoir plus

CADRE EUROPÉEN COMMUN DE RÉFÉRENCE POUR LES LANGUES : APPRENDRE, ENSEIGNER, ÉVALUER – VOLUME COMPLÉMENTAIRE AVEC DE NOUVEAUX DESCRIPTEURS : https://rm.coe.int/cecr-volume-complementaire-avec-de-nouveaux-descripteurs/16807875d5 

(et dans sa version originale en anglais : https://rm.coe.int/cefr-companion-volume-with-new-descriptors-2018/1680787989) 

II jornada del Grupo de Interés en Evaluación de Lenguas en España (GIELE) : »Evaluación de lenguas en España: Calidad e innovación” – Centro de Lenguas. Universitat Politècnica de València (26-27/10/2018) : http://giele.webs.upv.es/ii-jornada-giele-3/

Vous trouverez les interventions citées dans l’article à partir de ce lien avec notamment les propositions de grilles d’évaluation. 

Sandrine Onillon : “Développer le répertoire pluriculturel des élèves en classe de langue étrangère : les descripteurs du CECR (vol complémentaire, 2018) sont-ils réalisables dans les classes de langues étrangères?” https://www.2cr2d.ch/developper-le-repertoire-pluriculturel-des-eleves-en-classe-de-langue-etrangere-les-descripteurs-du-cecr-vol-complementaire-2018-sont-ils-realisables-dans-les-classes-de-langues-etran/

La médiation dans la méthode Tendances (J. Girardet, J. Pécheur et al., CLE International)

Posted in Actualité du français, Billet d'humeur, FLE et didactique, Le monde des langues | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Contre ces phobies qui se dressent, la Francophonie comme lieu de rencontre

Posted by Philippe Liria sur 23/03/2019

Affiche de la Semaine de la langue française et de la Francophonie 2019

La Semaine de la Francophonie touche à sa fin. Du 16 au 24 mars, les Francophones du monde entier ont célébré la langue qui les unit et les réunit. Dommage d’ailleurs que cette semaine passe un peu trop inaperçue dans l’Hexagone, peut-être parce que ses habitants sentent moins le besoin de s’associer à cette célébration.

Une fête célébrée sur tous les continents

Peu importe ! De toute façon, ils ne sont que quelques millions au milieu de centaines de millions qui ont la Francophonie dans leur tête et dans leur coeur. Il suffisait de voir les centaines et certainement les milliers de messages sur les réseaux sociaux pour souhaiter une bonne fête et annoncer ou présenter les événements qui sont organisés à l’occasion ça et là, aux quatre coins de la planète. Et pas uniquement dans les pays francophones, mais bien au-delà grâce aux actions d’institutions officielles, françaises bien sûr mais aussi québécoises, suisses, haïtiennes, roumaines, marocaines, etc. qui se sont souvent coordonnées pour mettre en place un programme d’expositions, de spectacles, de concours dans les établissements scolaires. Et puis aussi grâce à toutes les associations de professeurs de français, qui organisent une soirée amicale autour de la langue ou de véritables événements aux dimensions parfois impressionnantes là où ne s’y attendrait pas forcément. N’est-ce pas pas merveilleux ?

Francophonie et pluralité

Et puis la Francophonie, c’est aussi ce plaisir de pouvoir échanger en français avec des personnes venus de pays et d’horizons complètement différents… comme François, un Camourenais, chauffeur de taxi à Washington ou Jean-Marie, un Haïtien installé avec sa famille à Boston et qui travaille dans une cafétéria pas très loin de l’opéra. Ou encore ces professeures de français venues du Congo, du Mali… et qui partagent leur passion pour la langue française dans les Alliances françaises de New York, Saint-Louis ou d’ailleurs aux Etats-Unis. Cette diversité de provenance de ces Francophones reflète bien cette idée que le français permet d’unir les personnes quelle que soit leur origine ou leur statut, et  sans perdre de vue pour autant la pluralité des langues et cultures qu’elles ou ils représentent. C’est de cette pluralité dont nous parlait encore il y a quelques jours Leïla Slimani sur France Culture. La représentante du chef de l’État français pour la Francophonie mettait ainsi en avant l’importance de combiner la promotion du français avec celle des langues présentes sur les territoires francophones. A ce sujet, je me demande parfois si la France est d’ailleurs vraiment prête à faire véritablement cet effort avec ses propres langues car j’ai trop souvent l’impression que l’Etat français est près à défendre le plurilinguisme partout dans le monde… sauf en France – au-delà bien entendu de la simple reconnaissance patrimoniale associée au breton, au corse, au basque… -.

Leila Slimani

Le plurilinguisme et le français… y compris dans la classe de langue

Ce plurilinguisme dont nous parle Slimani, c’est aussi celui que nous retrouvons dans le volume complémentaire du CECR. Un point qui doit nous inciter à la réflexion sur la place des autres langues présentes dans la classe de français. On sent bien qu’encore aujourd’hui, la pluralité linguistique dans l’espace-classe fait grincer les dents de nombreux enseignants ou coordinateurs. Pour beaucoup, ce serait ouvrir la boîte de Pandore, le risque que les apprenants ne fassent plus d’efforts pour ne parler qu’en français en salle de cours. Pourtant, nous devons dépasser cette vision que l’apprentissage d’une langue ne doit passer que par le non-contact avec d’autres, qu’il s’agisse des langues de l’environnement naturel de ces apprenants ou celles qu’ils apprennent. Si nous voulons que le français soit vraiment la langue de demain en Afrique, il faut apprendre à s’ouvrir encore plus aux autres langues du monde. Si nous n’apprenons pas à le faire, le français perdra véritablement « son pouvoir de séduction« , comme ce serait déjà le cas au Sénégal à en croire les propos de l’écrivain sénégalais en wolof, Boubacar Boris Diop, dans un entretien qu’il a donné le numéro 46 de la revue Apela et repris dans Le Monde le 17 mars dernier.

C’est cette diversité qui en fait une langue bien vivante

D’ailleurs, comprendre que la Francophonie, en matière de langue, c’est forcément comprendre la pluralité et la diversité, il suffit de prendre un dictionnaire français et de savourer la créativité de ses locuteurs qui en font véritablement une langue vivante grâce à ces mots qu’ils empruntent aux autres langues du monde et il ne faut pas s’en inquiéter outre-mesure, même si on peut comprendre certaines réactions quand un pseudo-anglais est préféré au français, comme on l’a vu au Salon « Livre Paris » – ancien Salon du Livre – (voir la tribune « Halte au Globish ! » publiée dans Le Monde du 29 janvier dernier. Bien sûr que plusieurs de ces nouveaux mots proviennent de l’anglais mais pas uniquement comme le montre un excellent article de William Audureau, publié le 22 mars dernier dans Le Monde. Intitulé « D’où viennent les nouveaux mots de la langue française« , l’article analyse les nouvelles entrées depuis 2017 des deux principaux dictionnaires que sont le Larousse et le Robert et il en ressort clairement que, même si l’anglais – essentiellement celui de Californie – est à la tête des langues d’emprunt, plusieurs autres langues (japonais, arabe, espagnol, portugais du Brésil, créoles, alsacien…) ou variantes du français (des régions, d’outre-mer et de la Francophonie). Rien d’étonnant, et heureusement… La langue, c’est comme un arc-en-ciel, on l’aime parce qu’elle est polychrome et reflète la pluralité de ses locuteurs. Cette polychromie est nécessaire pour qu’elle ne cesse d’être vivante et actuelle. Elle est nécessaire aussi pour nous éloigner des discours alarmistes et surtout des sombres discours identitaires qui tentent de dresser des murs ou des barrières grillagées entre les personnes parce qu’elles seraient différentes, parce qu’elles auraient un drôle d’accent…

La Francophonie, c’est aussi ça ou peut-être surtout ça, un lieu de rencontre plurilingue contre ces phobies qui veulent de nouveau nous dresser les uns contre les autres.

Posted in Actualité du français, Billet d'humeur, Le monde des langues | Tagué: , , , , | Leave a Comment »

Féminisation des noms de métiers : l’Académie française se met à la page, enfin !

Posted by Philippe Liria sur 01/03/2019

« S’agissant des noms de métiers, l’Académie considère que toutes les évolutions visant à faire reconnaître dans la langue la place aujourd’hui reconnue aux femmes dans la société peuvent être envisagées« . Ces quelques mots marquent certainement la fin d’un long combat pour la féminisation des noms de métiers en français, pardon, de France du moins car cela fait belle lurette que nos amis québécois l’ont introduit sans que leur société ne vivent dans l’autoritarisme d’une féminisation abusive, comme le craignaient Georges Dumézil et Claude Lévi-Strauss en 1984 pour la France parce qu’une commission allait « étudier la féminisation des titres et des fonctions et, d’une manière générale, le vocabulaire concernant les activités des femmes« . Quel scandale !

La fin d’un combat ?

Espérons-le mais ce qui est certain, c’est que cette fois-ci l’Académie française semble avoir enfin compris qu’elle ne pouvait rester figée dans le passé – et peut-être a-telle compris que le français, ce n’est pas la France – et elle donc adopté dans une séance du 28 février 2019, et à une large majorité (il y a encore des réfractaires puisqu’il n’y a pas eu unanimité), le Rapport sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions. Un rapport qui vise à « étudier quelles évolutions pratiques il serait souhaitable de recommander, mais aussi à quelles difficultés linguistiques la démarche peut se heurter, la commission s’est conformée aux méthodes éprouvées à l’Académie, qui a toujours fondé ses recommandations sur le « bon usage » dont elle est la gardienne, ce qui implique, non pas d’avalisertous les usages, ni de les retarder ou de les devancer, ni de chercher à les imposer, mais de dégager ceux qui attestent une formation correcte et sont durablement établis. » Car pas question de révolution chez les académiciens et académiciennes. Féminisation, oui mais pas n’importe comment pour ne pas « bouleverser le système de la langue » nous dit ce rapport. On donc « légitimement recourir (aux formes féminines) » si elles sont « conformes aux modes ordinaires d’expression et de formation propres au français, dans la mesure où ces règles fondamentales ordonnent et guident toutes ses évolutions. Il n’est pas loisible de s’en affranchir« .

Auteure ou autrice ?

Ce rapport ne se veut pas prescripteur mais il aborde des cas très concrets comme par exemple la féminisation des formes en -eur et en -teur (deux pages leur sont consacrées) dont tout un paragraphe pour savoir comment féminiser « auteur » et d’arriver à la conclusion que « autrice » semble avoir « la faveur d’usage » nous disent les académiciens.

Je disais que ce rapport indique bien qu’il ne s’agit pas de bouleverser la langue. Il n’est surtout pas révolutionnaire mais, à sa manière, il aborde la critique sociale puisqu’il souligne la difficulté à féminiser les noms de métiers au fur à mesure que l’on grimpe l’échelle hiérarchique à partir de l’analyse du féminin de « chef ». Au fait, quel est-il ? (voir ce qui dit le rapport p.11).

L’académie se veut aussi respectueuse de la liberté de choix, rappelant que certaines femmes ne veulent pas voir féminiser à outrance tous les noms de métier, préférant « conserver les appellations masculines pour désigner la profession qu’elles exercent« . Elle ne veut pas forcer non plus la féminisation des fonctions, titres ou grades ou encore dansle domaine de la justice : « aucune contrainte imposée au langage ne suffirait à changer les pratiques sociales : forcer une évolution linguistique ne permet pas d’accélérer une mutation sociale. » Le texte s’intéresse plus particulièrement au mot « ambassadrice » et du débat autour de ses connotations qui font écrire que les « fonctions d’ambassadeur revêtent un caractère d’autorité et de prestige tel que l’usage ne s’oriente pas de façon unanime vers le recours à une forme féminine, qui renvoie à une autre réalité. » (p.16) On remarquera que l’armée, si conservatrice par ailleurs, semble avoir facilement introduit la féminisation des grades.

La France, 40 ans après le Québec

Les plus conservateurs de la langue française en auront justement pris pour leur grade. Plus questions de railler les Québécois, comme l’avait fait l’académicien Maurice Druont en 1997. C’est Bernard Cerquiglini qui nous le rappelait dans son livre Le ministre est enceinte : « libre à nos amies québécoises, qui n’en sont pas à une naïveté près en ce domaine, de vouloir se dire ‘une auteure’, ‘une professeure’ ou ‘une écrivaine’; on ne voit pas que ces vocables aient une grande chance d’acclimatation en France et dans le monde francophone« . Un ouvrage d’ailleurs fort recommandable si la question de la féminisation vous intéresse.

Il était temps de tourner la page, 40 ans après les Québécois et 20 ans après le Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions que le CNRS et l’Institut national de la langue française avait publié sous la direction de Bernard Cerquiglini, encore lui, et qui fait tant pour notre langue et que les professeurs de français connaissent bien grâce à la rubrique qu’il tient dans le Français dans le monde.

Cette décision de l’Académie mettra-t-elle vraiment un terme à ces querelles autour de la langue, comme nous les aimons bien ? Sera-t-elle traiter de félonne ? De s’être livrée aux destructeurs de la langue française ? Recevra-t-elle tous les noms d’oiseaux, masculins et féminins d’ailleurs ? Ou au contraire, sera-t-elle applaudie pour avoir enfin compris que la société évoluait et que la féminisation des noms de métiers et des fonctions n’en est finalement que le reflet au niveau du langage ? On est bien conscient que souvent les réticences ne viennent pas tant des risques de voir la langue se corrompre mais, comme l’écrivait Lionel Jospin en 1999 alors qu’il était premier ministre – on remarquera que  dans l’introduction du Guide d’aide à la féminisation… que « cette affaire (…) concerne la société tout entière. Elle véhicule nombre de résistances, pour une large part idéologiques. » Un sujet qu’aborde Jean-Marie Klinkenberg en s’intéressant au rapport qu’il y a entre langue et des éléments aussi importants que l’identité ou le pouvoir. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire le rapport avec l’écriture inclusive et d’autres questions encore : Qu’est-ce que le genre des mots ? Est-il vrai que le masculin est neutre ? Que signifient les résistances à l’innovation langagière ? À le qui appartient la langue ?

Et en classe de français ?

Cette décision de l’Académie est aussi une occasion d’aborder la question avec les étudiants de français dans les classes. Je vous invite à trouver un certain nombre de documents que je mets à disposition ci-dessous parmi tout ce qui est disponible sur internet. C’est évidemment une occasion de réfléchir sur l’évolution de la langue et certainement faire le rapport avec les places des noms féminins dans leur propre langue… mais bien sûr d’aller bien au-delà et aborder les questions autour du rôle des femmes dans la société. Dans des niveaux débutants, des petits questionnaires de type QCM pourraient faire travailler le lexique et l’orthographe en profitant que la question est d’actualité, peu importe si on a déjà traité ce point de langue en classe. C’est un bon moment pour revoir le féminin des noms de métiers.

Et puis aussi une réflexion chez les enseignants, les auteurs et les éditeurs quand ils aborderont le célèbre tableau des féminins des noms de métiers de nos bons manuels de A1 (voilà comment on dit, il y en a qui disent que mais c’est mal dit, ce n’est pas dans le dictionnaire, ce n’est pas joli à entendre…).

 

Pour aller plus loin

La féminisation des noms de métiers et de fonctions http://www.academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/rapport_feminisation_noms_de_metier_et_de_fonction.pdf (texte du rapport approuvé par l’Académie française le 28 février 2019).

Le ministre est enceinte ou la grande querelle de la féminisation des noms, par Bernard Cerquiglini. Ed. Seuil (0ct. 2018)

Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions (1999) http://www.culture.gouv.fr/Espace-documentation/Documentation-administrative/Le-guide-d-aide-a-la-feminisation-des-noms-de-metiers-titres-grades-et-fonctions-1999

Extrait de La grande Librairie (25/10/2018) : https://youtu.be/IyMCAOWWO4g

L’Académie française se prononce pour la féminisation des noms de métiers (28/02/2019) : https://www.franceculture.fr/emissions/journal-de-22h/journal-de-22h-du-jeudi-28-fevrier-2019

La féminisation des titres et fonctions dans la Francophonie : De la morphologie à l’idéologie (Language and Culture / Langue et culture Volume 25, numéro 2, 2003), par Elizabeth Dawes

Banque de dépannage linguistique : Questions fréquentes sur la féminisation : http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=4015

Le Québec, pionnier de la féminisation des noms de métiers (AFP, 28/02/2019) : https://www.tvanouvelles.ca/2019/02/28/le-quebec-pionnier-de-la-feminisation-des-noms-de-metiers

Conférence : De la féminisation des noms de métiers à l’écriture inclusive. Quelle langue pour quelle justice ? par Jean-Marie Klinkenberg le 19 mars 2019 au Palais Provincial Saint-Aubain à Namur

Posted in Actualité du français, Billet d'humeur, Proposition pédagogique | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pas d’économies de bouts de chandelle dans le bilinguisme !

Posted by Philippe Liria sur 11/11/2018

Source : le fil du bilingue

DNL, immersion, enseignement bilingue… Comme j’ai eu l’occasion d’en parler dans les deux derniers articles de ce blog, le sujet de l’enseignement non pas simplement des langues étrangères mais plutôt celui de l’enseignement de matières dans des langues étrangères est en plein essor.

Le fil du bilingue qui, comme son nom l’indique, est le site de référence du CIEP sur ces questions propose sur Sccop.it une très intéressante et très complète revue de presse de tout ce qui se passe dans le monde autour de l’enseignement des langues. Dans ce zoom, on peut voir combien la question du bilinguisme est présente ces dernières semaines aux quatre coins de la planète, avec tous les avantages que cela apporte chez l’enfant bien au-delà de la connaissance d’une ou plusieurs langues étrangères. Et comme j’ai aussi eu l’occasion de le souligner, je trouve peu d’information sur les moyens déployés pour garantir une véritable formation des enseignants, absolument indispensable pour garantir un véritable enseignement bilingue de qualité. Nous ne pouvons accepter que les mathématiques ou l’Histoire soient enseignées dans une autre langue que celles des apprenants si les propres enseignants n’ont pas une parfaite maîtrise de la langue « étrangère » dans laquelle ils enseignent et qu’ils maîtrisent la matière enseignée, une évidence qui ne l’est pas comme il est aisé de le constater lors de la visite de certains établissements ou lors de rencontres sur des salons avec des enseignants en contexte bilingue. On s’aperçoit, hélas, qu’ils sont nombreux à éprouver d’évidentes difficultés à s’exprimer dans la langue dans laquelle ils enseignent.

Il y a quelque chose qui grince dans cette machine qui pourtant apparaît comme merveilleuse sur le papier. La formation pêche alors qu’elle devrait être centrale au risque sinon de mettre la charrue devant les boeufs dans cet ambitieux et merveilleux projet ! Mais pour cela, il faut s’en donner vraiment les moyens. On n’avancera pas dans ce projet en faisant des économies de bouts de chandelle ! Le défi vaut vraiment la peine d’être relevé !

Posted in Actualité du français, Billet d'humeur | Tagué: , , , , , | Leave a Comment »

Smartphone à l’index ? La fausse bonne réponse !

Posted by Philippe Liria sur 30/07/2018

©Makc76 | Dreamstime.com

Interdire les smartphones dans les écoles et collèges est-ce vraiment la solution ? En France, la question est tranchée : c’est oui ! Grâce à cette mesure qu’ont votée nos chers législateurs, dès septembre, finie l’utilisation abusive de cet objet de tous les démons : ça ne passera jamais par les têtes des élèves de l’utiliser en cachette, on le sait, et les fraudeurs seront systématiquement attrapés (comme les fumeurs en cachette ou ceux qui se font la belle à l’heure des repas). Finie aussi cette sonnerie intempestive qui dérange le cours – parce que ça sonne encore un smartphone ? Les ados l’utilisent encore pour s’appeler ? Ailleurs, on en fait d’autres usages mais il s’agit certainement de l’exception française (comme ces SMS dont on est si friands en France, semble-t-il). Et puis, fini le cyber-harcèlement ! Alors là, si c’est vrai, si c’est vraiment vrai que cette mesure permettra d’éradiquer ce terrible fléau, eh bien bravo ! Rien que pour ça, je suis près à l’applaudir !

Et pourtant, j’ai mes doutes… Des doutes très sérieux… Certes, on me parle aussi qu’il faut éliminer la fracture sociale que favoriserait la présence des smartphones… C’est ce point qui devrait me faire adhérer car c’est celui qui est vraiment de gauche, paraît-il !! Quand je vois comment le smartphone est la porte d’entrée des savoirs et la porte sur le monde dans des lieux aussi reculés que l’Amazonie où j’etais encore récemment, désolé, mais je ne comprends pas trop l’argument. Et puis, question fracture sociale, pardon mais il y a plus grave que ça, en France. Donc oui, j’ai des doutes… Pourquoi ? Tout d’abord parce que je ne suis absolument pas convaincu que cela empêche réellement l’utilisation des smartphones, surtout pour les usages les plus incontrôlés (les pires, ceux de ces abus qu’on prétend combattre). Alors il paraît que cette loi est celle qui marque notre « entrée dans la révolution numérique du XXIè« … C’est Jean-Michel Blanquer qui le dit. C’est « un progrès pour l’école » twittait-il le 30 juillet. Pour le coup, M. le ministre, je pense que cette mesure est aussi juste que le jour où en France, on a décidé de freiner l’entrée d’internet parce que nous avions le Minitel. Et j’ouvre la parenthèse au cas où… du moins pour mes chers lecteurs qui ne se rappelleraient pas – ne connaîtraient pas – ce merveilleux objet : dans la rubrique des objets oubliés de l’Histoire, cherchez sur votre moteur de recherche préféré ce que fut que le Minitel, qui n’avait d’ailleurs pas échappé, malgré ses mérites, à la création de ses propres pages roses (Lisez ce reportage de 2016 sur le Mintel rose) que les ados que nous étions, cherchions à voir en cachette malgré toutes les interdictions du monde (et les vertus réelles à l’époque de cette invention française) ! Mais pour en revenir à ces propos ministériels, je ne vois pas en quoi c’est numériquement révolutionnaire de mettre à l’index un véritable outil de travail qu’on devrait plutôt apprendre à utiliser intelligemment très tôt, certainement dès le primaire. Je sens que les tenants de l’interdiction même au lycée vont me jeter corps et smartphone dans les flammes de l’enfer numérique, or d’après l’expert canadien Thierry Karsenti,  « Ce serait un magnifique projet d’avoir des écoles où on sensibilise les jeunes dès le primaire aux usages éducatifs des technologies, des cellulaires, des réseaux sociaux avant même qu’ils en possèdent un. » (Déclaration dans Téléphone cellulaire à l’école : ici et ailleurs (23/01/2018, consulté 31/07/2018). Cet expert canadien a d’ailleurs exprimé son scepticisme par rapport la nouvelle loi française qui vient d’être approuvée.

Je le conçois, l’interdiction n’est pas complète mais la loi est d’emblée restrictive. Croit-on vraiment que c’est la meilleure façon d’aborder la question ? Au Canada, que la France ne regarde pas assez pédagogiquement parlant, c’est justement parce qu’on a compris que ça ne sert à rien de mettre la tête sous l’aile qu’on a mis en place de vraies politiques d’intégration de cet outil (et on n’a pas attendu l’université !), même si régulièrement la polémique refait surface (lire Téléphone à l’école : le débat est relancé, 20/01/2018 consulté le 31/07/2018). Dans le domaine des langues, qui est le nôtre, le smartphone  est certainement un merveilleux outil de réception et de production authentiques, de recherches, de mise en contact avec la communauté francophone. Nous avons d’ailleurs vu comment le complément du CECRL a ajouté un volet sur les compétences numériques. N’aurait-ce pas été mieux de mettre en place une vraie mesure associant les outils numériques à la politique de compétence numérique ? Comme compte-t-on rendre les élèves compétents et responsables à la fois si les outils qui véhiculent le numérique sont interdits ? En leur faisant faire sur un cahier des pratiques numériques pour qu’un jour ils sachent les utiliser ? La bonne blague ! J’aurais envie d’en rire si ce n’est que nous risquons de freiner le développement numérique des plus jeunes en leur enlevant (officiellement seulement) des mains et de yeux l’outil qui y contribuerait. Certes, je ne nie pas les difficultés de discipline, les risques d’exposition aux écrans, etc. Je ne défends d’ailleurs pas un usage anarchique du smartphone. Au contraire ! Il faut que celui-ci fasse l’objet d’un véritable apprentissage. Et que cet apprentissage se fasse avec les propres outils des élèves sur le principe du BYOD (Bring Your Own Device) pour qu’ensuite, de façon autonome, ils puissent mieux les utiliser. Attention, je ne suis pas naïf : les écarts ne disparaitraient pas mais pensez-vous vraiment que la loi les fassent disparaître ? Cela peut donner bonne conscience, mais pas plus ! Dans le cas du prof de langue, combien de fois j’entends dans les formations se plaindre du mauvais usage des dictionnaires en ligne. Certes…mais la réponse ne peut pas être : que les élèves utilisent de préférence le dictionnaire papier… Même si c’est encore celle que j’entends régulièrement. Souvent parce que les dictionnaires en ligne sont peu voire pas connus de nombreux enseignants. La vraie réponse, selon moi, consiste bien évidemment en une analyse des dictionnaires en ligne disponibles, en les comparant aussi avec ceux en format papier : les élèves dans une démarche critique (compétence qu’il faut absolument développer et qui contribuera à un meilleur usage du numérique) évalueront et feront leur choix sur cette base.

Bref, en interdisant le smartphone (ou en limitant énormément l’usage), c’est le chemin de la facilité qui a été choisi. Dommage ! On détourne le regard alors que nous devrions investir dans une meilleure formation des enseignants à l’usage – et à la transmission des savoir-faire pour un bon usage – des outils numériques. Cette loi est, je crois, la fausse bonne réponse à une vraie question sur l’acquisition d’une compétence numérique efficace et bien entendu responsable du smartphone. Pour paraphraser le titre d’un récent article de Joel Chevrier, professeur de physique à l’Université de Grenoble, je dirais que nous devrions apprendre à mettre de l’école dans le smartphone, plutôt que de les mettre dos à dos.

Posted in Billet d'humeur | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

La pluralité de la langue française contre la glottophobie (encore trop) ambiante !

Posted by Philippe Liria sur 30/11/2017

Le président Emmanuel Macron lors de son discours à l’université de Ouagadougou, 28 novembre 2017. Source: AFP / LUDOVIC MARIN

Il a un drôle d’accent, ce gars-là !” interprétait Pierre Vassiliu dans les années 70. Ah les accents ! Pas ceux qui coiffent nos lettres, non ! Mais ceux qui donnent un ton à nos voix. Ceux-là que certains veulent encore chasser mais qui reviennent au galop dès qu’on se retrouve en contact avec quelqu’un qui a justement le même… Et qu’en est-il de ces accents dans nos classes ? L’autre jour, à l’occasion d’un atelier, une collègue enseignante a insisté sur l’importance que les apprenants apprennent à parler un bon français, “sans accent” disait-elle. Un autre se plaignait de l’influence qu’avait laissé un enseignant sénégalais sur les élèves qu’il avait récupérés : “Ils ne savaient pas prononcer correctement le français !”, se plaignait-il.
Pourtant si nous voulons prendre aux mots le président de la République française qui revendique une langue française qui n’appartient plus à la France, il faudra bien que nous nous ouvrions réellement à la pluralité de notre langue, y compris dans ses prononciations. Je ne fais pas référence seulement aux variétés hexagonales de celle-ci mais bien à cet éventail d’accents, largement déployé de Nord à Sud et d’Est en Ouest de la planète. Le temps est révolu – n’est-ce pas ? – où les accents du sud (de la France) devaient disparaître sous le poids écrasant de cet accent pointu des gens de la télé ou de la politique… à moins bien sûr de présenter la météo ou d’être une grande gueule de l’hémicycle parlementaire. De même, le français d’Haïti ou de Tunisie, celui de Côte d’Ivoire ou du Liban ou encore de Maurice ou de Nouvelle Calédonie ont droit à la même place que l’accent bobo des médias parisiens. Pourquoi le français serait-il différent de l’anglais ou de l’espagnol ? Ces deux langues ne chassent pas les accents, ni dans la vie ni dans les salles de cours… A part peut-être quelques coincés à l’accent pincé des hauts quartiers londoniens ou madrilènes, aucun professeur d’anglais ou d’espagnol ne cherche à faire prononcer les mots ou reproduire les rythmes de la phrase selon un modèle unique qui serait basé sur une soi-disant “bonne langue” par rapport à toutes les variétés de celle-ci. Et heureusement ! Je préfère en effet ne même pas imaginer un professeur argentin d’espagnol essayant de faire parler un castillan de Palencia à son élève apprenant la langue de Borges au coeur de Buenos Aires. Ce serait tout aussi ridicule que de vouloir s’obstiner à faire employer un subjonctif de l’imparfait en français.
Un professeur haïtien de français (qui n’était pas un professeur de français haïtien) que j’ai récemment rencontré a pourtant voulu me convaincre du contraire et il insistait dans son français (celui d’Haïti) qu’il faisait tout pour que ses élèves parlent un français… de France. Est-ce vraiment raisonnable ? En quoi son français serait-il moins légitime que le mien ? Et pourtant… Si on observe la place des autres façons de parler notre langue par rapport à la variante française dominante dans l’enseignement du FLE, force est de constater que nous leur réservons un espace infime. Sans le vouloir certainement, nous – ceux qui parlons ce français de France, plutôt du Nord – posons un regard beaucoup trop condescendant sur ces autres français. L’espace FLE n’en réchappe guère. Nous pratiquons la glottophobie, cette discrimination exercée envers une personne pour sa façon de parler selon la définition que donne le sociolinguiste Philippe Blanchet. Il suffit d’ouvrir la plupart des ouvrages FLE pour se rendre compte que souvent la différence d’accents n’est présente que dans des rubriques presque réservées à cet usage. En général, elle l’est quand nous abordons la Francophonie dans ces fameuses pages civilisationnelles. C’est alors l’occasion d’introduire quelques mots ou expressions typiques de Belgique ou du Canada, de préférence du Québec. Puis nous tournons la page et passons à autre chose. Des exceptions existent en FLE mais elles ne sont que trop rares (je pense à Echo Amérique du Nord par exemple chez CLE International). Il semblerait aussi que pour des épreuves officielles comme celle du DELF, il vaut mieux que les locuteurs choisis dans les documents s’expriment dans un français standard. Ce serait plus facile. Pour qui ? Et ceux qui s’expriment dans un autre français que cette version dite “standard” ? Seconde zone ? A la trappe ? J’ai personnellement dû effacer de mon lexique les “pochons” (sacs plastiques), les “crayons gris” (crayons à papier), les “tantôts” (après-midi) et bien d’autres mots et locutions pour passer inaperçu. Mais il paraît que je ne pouvais pas enseigner un tel lexique à mes étudiants. On sait qu’il y a des discriminations à l’emploi sur certains postes, toujours pour les mêmes raisons. La glottophobie n’est pas qu’une affaire d’accent, elle a des conséquences sociales graves. Regrettable !
Il serait toutefois temps de commencer à changer cette perspective. Peut-il en être autrement ? Il suffit d’observer les chiffres de la Francophonie pour s’apercevoir que ce n’est pas en France qu’on trouve le plus de locuteurs francophones. Le président Macron ne défend-il pas un espace francophone avec l’Afrique à sa tête. Le continent africain est depuis longtemps déjà une priorité pour les responsables du français et il semblerait logique par conséquent que l’enseignement de la langue prenne véritablement en compte cette réalité. Difficile pour les professeurs de FLE venus de France ? C’est vrai. Ils devront / Nous devrons se / nous mettre à connaître d’autres prononciations de la langue, d’autres mots et d’autres expressions. Mais n’est-il pas temps ? Pourquoi un professeur de l’Ontario ou d’Abidjan devrait-il connaître la variante française et pas l’inverse ? L’enseignement du FLE ne pourra ignorer les variantes de la langue car celle-ci, comme l’a déclaré Emmanuel Macron, « (…) a son point d’équilibre quelque part entre Kinshasa et Brazzaville, bien plus qu’entre Paris et Montauban. Cette langue française a dépassé l’Hexagone, elle a parcouru le monde entier et elle est ce qui nous unit. » Mais elle ne doit pas unir dans le mépris de l’autre, de celui qui parle différemment. Une langue est justement vivante parce qu’elle évolue dans le temps – Molière en perdrait sa perruque à nous entendre, tous d’où qu’on vienne – et dans l’espace comme me l’ont fait si bien voir mes amis du Canada, d’Haïti, d’Afrique ou du Liban. Au monde du FLE aussi de savoir faire vivre cette richesse dans son enseignement et ses outils.

Pour en savoir plus sur la glottophobie:
Philippe Blanchet, Discriminations : combattre la glottophobie
Paris, Éd. Textuel, coll. Petite Encyclopédie critique, 2016, 192 pages (lire la fiche de lecture: Question de communication)

Posted in Actualité du français, Billet d'humeur | Tagué: , , , , | 1 Comment »

Temps de réflexion : laissons les eaux s’enlacer

Posted by Philippe Liria sur 21/04/2017

Rincón (Mayaguez, Porto Rico), là où les eaux s’enlacent. (Photo: Ph. Liria)

Ma dernière mission m’a mené du côté de Rincón, un superbe coin de l’extrême Ouest de Porto Rico. Les plages y sont merveilleuses et, pas très loin, on y déguste d’excellentes empanadillas aux fruits de mer que je recommande vivement ! Rincón, c’est aussi un merveilleux endroit pour la réflexion, à condition de s’avancer un petit peu sur la corniche, histoire de s’écarter des circuits touristiques. Pourquoi une invitation à la réflexion ? Parce qu’on se retrouve juste à la confluence de l’océan Atlantique et de la mer des Caraïbes. Certains pourraient y voir la limite, le point où commence l’un et s’achève l’autre et ne retenir que l’image de l’océan sauvage et démonté qui essaierait de se frayer un chemin dans cette mer calme, plate, presque trop d’ailleurs… Mais à côté de cette interprétation possible, j’en préfère une autre, celle plutôt qui veut y voir un lieu de rencontres avec ces moments certainement houleux mais où finalement les tourbillons finissent par enlacer les deux eaux au point de ne plus vraiment savoir distinguer le début et la fin de chacune d’elles. Le regard du promeneur, perché sur un rocher de la corniche peut scruter l’horizon à la recherche d’une quelconque ligne de division entre Atlantique et Caraïbes ; mais il a beau chercher, il ne la trouve pas. Certainement parce qu’en fait, elle n’existe que dans l’esprit humain qui veut absolument tout délimiter. La nature dans son expression la plus pure n’a cependant que faire de savoir qui est qui… Les poissons doivent certainement lutter contre quelques courants mais ils finissent bien entendu par passer ; il n’y a que les hommes à vouloir mettre des filets pour empêcher de nager librement d’un côté ou de l’autre.
Quand on appartient à ce monde du FLE, qu’on colporte la langue française dans tous ces états aux quatre coins du monde, on ne peut s’empêcher dans ces moments de pause au milieu de la course folle du quotidien de se dire que ce n’est pas possible qu’en France s’installe un pouvoir excluant aux odeurs fétides de ces égouts qui déversent leurs saletés dans ces eaux cristallines. Si on défend la présence de la langue française dans le monde, c’est justement parce que nous voulons qu’elle permette que, comme ces eaux qui se rencontrent et se confondent à Rincón, les femmes et les hommes puissent dépasser les limites des frontières qui se dressent sur leur route pour voyager, pour partir à la rencontre de l’autre, pour s’aimer, pour rêver à des avenirs meilleurs sans craindre qu’on leur ferme la porte au nez. S’il y en a qui croient que c’est en éliminant Schengen que la France sera plus sure et plus prospère, c’est qu’ils ont une sacrée poutre dans l’œil qui les a rendus aussi borgnes que le père de celle qui prétend aujourd’hui diriger la France. Le pire, c’est qu’une grande partie des propositions de l’extrême-droite française s’est installée dans le discours d’une partie de l’éventail politique français, telle une lame de fond qu’on ne voit pas venir.
Quand on colporte la langue française aux quatre coins du monde, on ne peut rester indifférent à ces sinistres discours de candidats aux sourires plastiques mais inquiétants. Il ne s’agit pas de nier les problèmes, ni de fermer les yeux face à la précarité, d’ailleurs fort présente dans notre milieu et à laquelle aucun ministère n’a vraiment cherché à mettre un terme. Mais je ne peux croire, moi qui suis issu de l’immigration comme une très grande majorité de Français ; qui ai grandi avec Touche pas à mon pote et les combats d’Amnesty international ou pour la démocratie au Chili et tant d’autres combats, je ne peux croire que cette menace de lepénisation des idées dont on nous parlait déjà il y a plus de 20 ans et qui nous faisait innocemment hausser les épaules (trop, naïfs que nous étions) soit devenue aujourd’hui une triste réalité.
Sincèrement je ne sais pas vraiment qui j’ai envie de voir au deuxième tour et encore moins qui à l’Elysée mais je sais qui je ne veux surtout pas y voir. Ce n’est pas une question de vote utile, mais de vote intelligent. Dans ma Bretagne natale, les légendes rapportent qu’il y avait toujours un plat pour l’étranger de passage. J’ai entendu des récits similaires un peu partout où j’ai posé mon sac parce qu’on ne m’a jamais fermé la porte au nez, au contraire ! Je ne veux pas dans mes voyages qu’on me parle à partir de demain d’une France qui fermerait (encore plus) la porte aux autres. Laissons les eaux s’enlacer…

Posted in Billet d'humeur | Tagué: , | Leave a Comment »

Un café avec Fatiha….

Posted by Philippe Liria sur 21/04/2017

Depuis quelques mois, Fatiha Chahi propose sur son blog  de partager avec elle un café avec « des acteurs du monde de l’éducation et de la formation, des pédagogues, tous passionnés de leur métier. »  Ce mois-ci, c’est avec Mariame Camara qu’elle a pris son café, une professeure de FLE devenue directrice pédagogique chez Thot, cette école diplômante à destination des réfugiés et demandeurs d’asile. A lire absolument à l’heure où certains veulent dresser des murs pour se dire qu’heureusement,  d’autres comme Mariame se battent dans leur quotidien pour aider à une meilleure intégration et favoriser le « vivre ensemble » dont ont tant besoin les réfugiés et les demandeurs d’asile. Un « vivre ensemble« , ça ferait un beau slogan pour contrer ces vagues enragées  et haineuses aux couleurs bleu marine (et dont les lames de fond ont déteint sur presque tous les autres discours politiques) qui déferlent sur la France avec la prétension de détruire les valeurs sur lesquelles nous nous sommes construits, celles de l’ouverture sur l’autre pour faire un bout de chemin ensemble.  A lire : Un café avec Mariame — Un, des clics

Posted in Actualité du français, Billet d'humeur | Tagué: , , | Leave a Comment »

De l’air venu d’ailleurs

Posted by Philippe Liria sur 23/01/2017

Stromae a reçu la Grande médaille de la francophonie.

Le chanteur Stromae

Dans son édito du n°409 du Français dans le monde, Sébastien Langevin, rédacteur en chef de la revue des professeurs de français du monde entier, nous rappelle qu’en décembre dernier, Stromae a reçu la Grande médaille de la Francophonie des mains de Xavier Darcos, ancien président de l’Institut français et membre de l’Académie française. Et d’ajouter que ce « n’est pas anodin que la vénérable institution honore ainsi un jeune chanteur belge d’origine rwandaise. Avec cette distinction, les Immortels ont souhaité mettre à l’honneur la langue française telle que nous la considérons, telle que nous l’aimons et telle que nous l’enseignons. »

En effet, les propos tenus dans cet édito sont absolument nécessaires en ce début d’année qui va être marquée par le calendrier électoral. Nous ne pouvons oublier qu’enseigner le français, c’est transmettre aussi et surtout les valeurs intrinsèquement liées à notre langue. Parmi celles-ci, il y a bien entendu la liberté, en particulier celle de circulation des personnes ; celle qui fait que les êtres humains doivent pouvoir choisir librement le territoire où ils vivent. Hélas, beaucoup n’ont d’autre choix que de fuir leur terre en raison de la guerre, de la misère et de plus en plus aussi, des changements climatiques. Quitter sa terre n’est jamais simple et c’est rarement le résultat d’un acte volontaire, sauf si on habite le premier monde. Pourtant des murs se lèvent en même temps que la peur de l’autre croît. Depuis l’Europe nombreuses sont les voix qui s’élèvent contre le mur que veut dresser Trump pour séparer le Mexique (et toute l’Amérique latine) des Etats-Unis. Mais n’oublions pas, non plus, qu’il n’y a pas que les menaces fascisantes en 140 caractères de ce pitre d’outre-Atlantique maintenant président : l’Europe aussi dresse ses murs. Elle le fait à ses frontières, qu’ils aient la forme d’horribles grillages comme dans les colonies de Ceuta ou Melilla ou que ce soient ces camps en Italie ou en Grèce où sévissent la pénurie, l’insalubrité et le terrible froid de l’hiver ; sans parler de la Méditerranée occidentale, autrefois carrefour de civilisations et aujourd’hui témoin involontaire et impuissante du drame dont les eaux, transformées en cimetière humain, sont le terrible scénario !

Dessin de Capdevilla publié dans El Watan (17/09/14)

Dessin de Capdevilla publié dans El Watan (17/09/14)


En fermant nos portes aux réfugiés d’aujourd’hui, nous ne rendons-nous donc pas compte que nos esprits sentent de plus en plus le renfermé ? On voit un peu partout en Europe ces extrémistes bomber le torse, grandis par le succès populiste de Trump. Il est grand temps qu’une bouffée d’air chasse les discours alarmistes qui cherchent à nous faire croire que nous allons perdre notre identité. Notre identité ? Mais n’est-elle pas la somme de tous ces icis et de tous ces ailleurs ? C’est ce qui la rend vivante ! Quand nous transmettons la langue française à travers nos manuels et dans nos cours, nous ne le faisons pas pour glorifier des temps passés qui sentent le souffre. Les Gaulois – qui au passage ne parlaient pas français – et autres Jeanne d’Arc appartiennent à ce roman national franchouillard empreint d’un nationalisme nauséabond d’une IIIè République revancharde. Ce n’est pas notre rôle de nous faire les porte-paroles de ces idées ringardes qui, hélas, refont surface. Le français que nous enseignons est celui qui sent bon la lavande de Provence, peut-être, mais c’est aussi celui du couscous, des shawarmas et de tant d’autres saveurs venues des quatre coins du monde et qui enrichissent nos papilles et nos esprits. C’est peut-être le français de Molière – que nous aurions pourtant certainement du mal à comprendre si nous l’écoutions dans sa version originale -, mais c’est aussi et surtout celui qu’on entend dans le métro parisien, dans les rues de Bamako, de Montréal, de Pointe-à-Pitre ; celui qui s’est brassé depuis ses premiers balbutiements avec le breton, l’occitan, l’arabe, etc. et continue de l’être grâce à toutes celles et tous ceux qui l’emploient que ce soit dans leur vie privée, leur milieu professionnel ou leur expression artistique.
Et le français de demain, avec ses je ne sais combien de centaines de millions de locuteurs annoncés en 2050 surtout sur le continent africain, ne sera une réalité que si ce brassage se poursuit. C’est la seule voie possible pour que la langue française survive dans ce concert multilingue de la planète, n’en déplaise aux tenants de ces discours aux relents xénophobes qui envahissent la scène politique française depuis quelque temps -trop de temps ! Cette langue que nous enseignons doit contribuer, ne fût-ce que très modestement, à empêcher de dresser des murs populistes qui seraient, à écouter ces politiques, le remède de nos maux. J’aimerais en rire et me dire qu’il ne s’agit que d’un cauchemar que j’oublierai en ouvrant les yeux mais les sondages ne sont guère optimistes – croisons les doigts pour qu’une fois de plus ils se trompent mais dans le bon sens -. Et de notre côté, continuons à enseigner le français dans cette optique d’ouverture. Car enseigner / apprendre une langue, c’est avant tout tendre la main vers l’autre et montrer que nos diversités sont nos richesses pour construire ensemble l’avenir humain de cette planète.

Posted in Actualité du français, Billet d'humeur | Tagué: , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :