Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Archive for the ‘Billet d’humeur’ Category

Vers la fin du « tout-anglais » ?

Posted by Philippe Liria sur 08/02/2016

Ces jours-ci, c’est avec le soleil méditerranéen que j’accompagne le petit déjeuner, un café au lait et une ensaimada, sans oublier le quotidien du matin dans sa version papier… Un de ces plaisirs minuscules à la Delerm et qui prend une dimension toute particulière le dimanche, même si le journal plie sous le poids des suppléments – un peu moins qu’avant, la crise a eu du bon -. Ce matin, au milieu des nouvelles internationales, entre drame syrien et super bowl, et chaos informatif sur la situation politique en Espagne – pas moins chaotique – La Vanguardia consacrait une page à ces « langues qui ont de l’avenir » (Els idiomes amb futur, rubrique Tendències, p42 – lien en catalan / lien en espagnol). L’article en soi n’apporte pas grand-chose de nouveau sur le sujet mais il a le mérite de l’aborder et c’est ce qui le rend intéressant dans un pays où, comme tant d’autres, l’on a voulu faire croire que l’anglais serait suffisant pour évoluer dans un milieu international. Depuis des années, l’Espagne mène une politique du « tout-anglais » qui a relégué le français à une simple option, et encore ! Quant aux autres langues, je n’en parle même pas : elles sont (presque) inexistantes dans les programmes. A moins d’avoir la chance de pouvoir faire son collège et son lycée dans des établissements privés qui n’ont pas oublié que le monde n’est pas monolingue en anglais, les élèves espagnols n’ont que trop rarement accès à une LV2 et quand bien même cette possibilité existe, le discours ambiant ne motive guère les parents à ce que leurs enfants suivent une matière aussi inutile que le français ! IMG_0261
On oublie souvent de leur rappeler que le premier partenaire économique de l’Espagne se trouve juste au-delà des Pyrénées et que depuis déjà quelques années, un grand potentiel économique – et source d’emplois – existe au Sud. Parler français serait sans aucun doute un atout pour un grand nombre qui souhaiterait travailler avec la France bien sûr mais aussi avec l’Afrique. C’est justement le marché africain qui devrait éveiller l’intérêt pour l’apprentissage du français en Espagne mais aussi dans les pays d’Amérique latine que je connais si bien et qui, eux aussi, mènent encore trop souvent des politiques d’enseignement des langues qui se résument à proposer l’anglais. Le français restant la langue d’une certaine élite. Quelle erreur ! Je ne sais pas si l’OIF gonfle les chiffres quand elle annonce quelque 750 millions de francophones en 2050 et la majorité sur le continent africain mais ce qui est sûr, c’est que le français y est une langue incontournable. Dans ce monde où les relations internationales entre pays du Sud sont en pleine évolution, le français peut être cette plus-value professionnelle pour beaucoup de futurs experts formés dans les universités latino-américaines mais où le français règne par son absence ou sa trop faible présence. Ceux-ci pourraient intégrer ou développer plus facilement des projets avec l’Afrique. Cela peut paraître ridicule mais il y des universités qui ne proposent même pas la possibilité d’étudier une deuxième langue à leurs étudiants ! Et beaucoup prétendent d’entre elles se vantent d’avoir une dimension internationale.

Dramatiquement absent !
Le journaliste a donc raison de rappeler que la deuxième langue la plus parlée sur les marchés internationaux est le français et, reprenant une étude très intéressante de l’Universitat Oberta de Catalunya, que c’est la langue de 55% des PME en Catalogne. Cette étude (Elan.cat) est disponible en ligne, en catalan, espagnol et anglais… dommage qu’elle ne le soit pas en français d’ailleurs. Mais nous ne sommes pas à un détail prêt dans le pays : bien que 30% des entreprises catalanes travaillent avec la France et que les visiteurs français soient les plus nombreux (source :idescat), le français est dramatiquement absent. On peut éventuellement vous parler en russe ou en chinois dans les boutiques de Barcelone – surtout si elles ont pignon sur le Passeig de Gràcia – mais pas en français ! Ou si peu que cela relève de l’anecdote. Lamentable ! On se demande presque où se trouvent les 10000 élèves de français des Ecoles officielles de Langues (EOI dans les sigles en catalan) qu’il y a en Catalogne – quelque 60000 dans toute l’Espagne -. Et encore, dans ces EOI, ce sont essentiellement des adultes surtout à partir de 30 ans, toujours selon le même article. Un peu comme si une fois plongé dans le monde du travail, on se rendait compte que ça peut être utile de ne pas se contenter de l’anglais.

Tout n’est pas perdu
Il semblerait cependant que depuis quelque temps, on ait pris conscience que l’anglais n’est plus un facteur clé pour trouver un emploi (j’ai vraiment l’impression d’écrire une vérité de La Palice). Comme tout le monde l’a – enfin sur le CV, je ne veux pas entrer dans des jugements de valeur sur la réelle compétence de chacun -, ce n’est plus un élément de différentiation au moment de se présenter à un emploi. La crise a certainement contribué à faire comprendre qu’il peut être bon de parler au moins une autre langue étrangère mais cette prise de conscience ne suffit pas. Or, qu’a-t-on fait pour renforcer la présence d’une LV2 dans l’enseignement ? Je ris quand je lis les déclarations de la directrice adjointe générale de Llengua i Plurilingüisme qui affirme que « les nouveaux programmes feront que les élèves qui commenceront à étudier une deuxième langue étrangère au collège (ESO) devront obligatoirement conserver cette langue en option jusqu’à ce qu’ils terminent le secondaire« . Bref, de belles paroles peut-être mais rien qui ressemble à une mesure efficace pour que la LV2 fasse son entrée obligatoire en collège. On est loin, bien loin des modèles du nord de l’Europe. Et je ne parle même pas des DNL ! On en est à des années-lumière !
Un signe d’espoir toutefois, ce sont les accords que la Generalitat, comme d’autres gouvernements autonomes, a signé avec les autorités françaises pour que le DELF entre dans les établissements publics. Depuis 2014, on observe une augmentation exponentielle du nombre de candidats (+18% en 2015 selon les chiffres fournis par www.delf-dalf.es). Tout n’est donc pas perdu grâce au travail de terrain, indispensable, des responsables de la diffusion du français – qui ont multiplié les actions de sensibilisation et de formation auprès des autorités locales et des professeurs de français, qui se sentent certainement un peu moins seuls. Dans le même temps, on observe des initiatives ça et là sur le continent américain pour que le français retrouve les bancs de l’école, au-delà du réseau de l’Alliance française.

La route sera encore longue cependant d’ici à ce que l’on comprenne véritablement, que ce soit en Espagne ou dans beaucoup d’autres coins du monde, que l’étude d’une LV2 et même d’une LV3 n’est pas un luxe mais une nécessité pour ne pas rester à l’écart de l’évolution du monde et que le français fait partie de ces LV qu’il est bon d’avoir dans ses bagages.

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20 ans de loi Toubon… Pour quoi faire ?

Posted by Philippe Liria sur 02/11/2014

france_5Si vous avez moins de 20 ans d’enseignement du FLE, vous n’avez pas vécu le débat autour ce qui allait devenir la loi Toubon. Rassurez-vous, vous n’avez certainement pas raté un grand moment de l’Histoire mais comme on en a beaucoup parlé en octobre, regardez un peu ce qu’on en disait en 1994 sur le JT de 20 heures de Paul Amar. Le débat était vif à l’époque.
Pour celles et ceux qui étaient déjà en train de se battre dans leur salle de classe, non pas pour un TNI ou un accès Internet, mais pour remplacer les vieux lecteurs de cassettes par des lecteurs de CD, vous conviendrez que cette loi n’a pas vraiment eu d’effets sur votre combat pour améliorer vos conditions d’enseignement et vous avez certainement du mal à trouver dans votre mémoire en quoi cette loi a servi le combat pour la présence de notre langue à l’étranger. Des moyens pourtant, il y en a eu et il y en a mais pas pour vous. Ces moyens servent surtout à mettre des astérisques aux publicités de France. C’est ce qu’on appelle de la résistance !
Enfin bref… on a donc fêté les 20 ans de cette loi que TV5 Monde n’a pas hésité à associer à l’arme de la Résistance contre… Contre qui d’ailleurs ? Il parait que contre personne et surtout pas pour « bouter » une quiconque autre langue (Albion peut continuer à dormir sur ses deux oreilles). D’ailleurs, si cela avait marché, ça se saurait ! Apparemment, la loi n’a pas freiné l’entrée en masse des anglicismes. Donc, comme le fait remarquer le sociologue Vincent Dubois, les effets, à ce stade, ont été plus que limités. Mais avant de continuer, écoutez la présentation de la loi qu’en fait notre cher professeur Cerquiglini, interviewé par Yvan Amar dans La danse des mots et consultez l’infographie (téléchargeable : 20141006_Infographie-20ans-loi-langue-francaise) qui rappelle les grandes lignes de la loi. infographie_20_ans
Et je dois vous avouer que cette lutte contre les anglicismes, cette chasse au texte en anglais ou dans une autre langue et placer un astérisque pour indiquer que tout est traduit en bas de page, en tout tout petit, eh bien elle fatigue. Quel gaspillage d’énergie et surtout d’argent alors que, dans le même temps, on n’en a pas dans les ministères pour se mettre à la hauteur des Instituts Goethe ou Confucius pour mener des politiques efficaces de diffusion, de promotion et d’enseignement de la langue française. Crédits et subventions sont donnés au compte-gouttes.
Certes, je suis ravi d’entendre la ministre de la Culture et de la Communication (à l’époque de Toubon, on parlait de Francophonie), Mme Fleur Pellerin, parler du réseau des Alliances françaises (elle a oublié les Instituts français mais ce n’est qu’un détail) à cette occasion. Je ne sais pas si c’est parce qu’elle le connait vraiment ou si quelqu’un le lui a soufflé – à moins qu’elle l’ait lu quelque part, pas dans un livre bien sûr, ailleurs. Qui sait peut-être une pub de l’AFPFIF dans le métro…- Mais j’y mets un bémol : certes elle a bien dit que ce réseau fait partie des « formidables instruments de rayonnement » mais seulement « culturel ». Et je ne suis pas d’accord : si nous voulons que le français soit perçu comme une langue utile, si nous voulons que les ministères de l’Education des pays non-francophones révisent leurs décisions sur la place du français dans leur pays, nous devons aller au-delà du discours culturel et montrer que le français peut aussi être une langue pour faire de la recherche, pour faire de l’économie et au plus haut niveau (un prix Nobel mais aussi les théories de Thomas Piketty sont ici pour le rappeler), pour travailler dans l’industrie… Et tout ça, sans remettre en cause la place du culturel qui est bien évidemment un secteur dynamique et donne certainement une plus-value à notre langue. Les initiatives ne manquent pas dans le monde mais il faut bien l’avouer, souvent existe cette impression de lutter contre des moulins à vent. Des propositions concrètes ont d’ailleurs été faites comme celle du député Pouria Amirshahi (dommage qu’elles aient eu moins d’écho que cette commémoration des 20 ans de la loi Toubon) et qui prétendent la création d’un vrai espace francophone, un espace qui se donnerait véritablement les moyens d’exister.

Pouria Amirshahi, député auteur du rapport "Francophones de tous les pays, unissez-vous !"

Pouria Amirshahi, député auteur du rapport « Francophones de tousl les pays, unissez-vous ! »

Un regret : je n’ai rien lu dans sa proposition sur la place de l’enseignement du français et du statut des enseignants FLE mais j’espère qu’il y en aura une aussi. Car n’oublions pas qu’au quotidien, ce sont eux qui portent la Francophonie dans toute sa dimension. Voilà bientôt un an que son rapport a été présenté (janvier 2014) et on ne voit rien venir… Encore un projet mort-né ?
Comment voulez-vous qu’un ministère de l’Education étranger ait envie de remettre le français dans les programmes quand il voit l’attitude frileuse de la France vis-à-vis de sa propre langue ? Pas au Palais du Luxembourg bien sûr mais dans les salles de classe de Santiago, de Naples, de Kuala Lumpur, etc. On va me dire qu’au niveau universitaire, il y a des choses qui sont faites. Je sais mais en ce moment, alors que la France pense que c’est à l’université qu’on mise sur les universitaires d’autres institutions d’Outre-Rhin ou de Chine, par exemple, se chargent d’ouvrir des cours d’allemand ou de chinois dans le secondaire. Heureusement qu’au niveau local, des acteurs se battent mais pas pour résister contre ces initiatives mais contre leur propre ministère français qui ne leur donne pas les moyens d’agir ! Dernièrement, dans certains pays, on a l’impression que les choses bougent dans des niveaux non-universitaires : les DELF Prim et junior (parfois scolaire) ont l’air d’être des facteurs de motivation et peut-être, même modestement, de relance de l’apprentissage du français. C’est bon signe mais cela est encore trop peu.
En fait, une fois de plus, comme je l’ai souvent dénoncé depuis cet espace, un fossé trop grand existe entre, d’un côté, les discours officiels sur ce qui est fait ou devrait être fait pour le français et de l’autre, l’enseignement du français dans sa réalité au quotidien à l’étranger. L’on assiste au désarroi des différents acteurs qui sont sur le terrain, à commencer par les profs de FLE, qui voient leurs moyens réduits au stricte minimum et je ne parle même pas de leurs revenus – une honte ! -. Alors beaucoup se lassent de se battre pour… Pour quoi d’ailleurs ? Alors vous savez, la loi Toubon et ses 20 ans d’astérisques et autre ineptie du genre, on n’en a pas grand-chose à faire !
La langue française existera non pas à travers de pseudo actes de résistance contre la perfide langue d’Albion mais parce que nous saurons lui donner du sens depuis la Francophonie et que nos institutions saurons soutenir celles et ceux qui se battent sur le terrain pour que notre langue soit apprise car perçue comme une langue vivante, d’action ; une langue qui permet de parler des affaires et d’en faire ; une langue pour communiquer, échanger, rire ensemble… et pas simplement une langue de salon… parisien ! Et au passage, si la langue est perçue comme moderne et « vendeuse », les publicitaires seront les premiers à l’utiliser en gros sur leurs affiches et non cachée, en tout petit, derrière un astérisque.

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L’élément de Robinson en un simple coup d’oeil

Posted by Philippe Liria sur 22/08/2014

Robinson Format 30Je vous ai beaucoup parlé de Ken Robinson et de ses travaux. Il y a quelques mois, je vous avais présenté sur ce blog L’élément dans sa version française (cf. article), un ouvrage indispensable pour mieux comprendre la réflexion autour d’apprentissage et créativité. Hier, c’est une amie (Merci !) qui m’a signalé un résumé de ce livre sous forme de mindmap que vous pouvez retrouver sur Format 3.0, le blog de Marco Bertolini, consacré, entre autres, à la pensée visuelle, mais aussi à la formation et l’éducation et d’une façon plus générale à l’emploi des technologies dans l’enseignement.

Au-delà de ce que dit ou écrit Ken Robinson, il est temps que dans l’enseignement du FLE, nous approfondissions nos réflexions sur les implications de la créativité dans l’apprentissage, que nous interrogions nos pratiques de classe, le matériel que nous élaborons, les programmes que nous concevons et voir ce que nous pouvons faire pour améliorer la place faite au « comment apprennent mes élèves » plutôt que nous centrer sur le « comment j’enseigne ». Il parait que c’est un point de vue très anglo-saxon, comme le signale Emmanuel Davidenkoff dans un entretien sur Médiapart, mais si cela contribue à l’obtention de meilleurs résultats, pourquoi ne pas le prendre en compte ?
Évidemment, cette réflexion nous obligera à revoir une grande partie de nos croyances autour de ce qu’il faut enseigner et pour les apprenants, ce qu’ils doivent apprendre. Pas simple, pour personne ! Car l’on sait que les réticences ne viennent pas que du corps enseignant. Elles viennent aussi des apprenants, s’ils sont adultes, et dans les cas des plus jeunes, souvent de leurs parents qui continuent à associer l’apprentissage de la langue à une accumulation des connaissances, notamment grammaticales. Et aussi des institutions qui pour mille et une raisons préfèrent rester conservatrices plutôt que d’oser de nouvelles pratiques de classe et bien entendu d’évaluation, car si celle-ci n’évolue pas, rien ne servira de changer. A ce sujet, les apports de l’approche actionnelle, de la pédagogie différenciée ou de la classe inversée pourraient ouvrir de nouvelles perspectives à condition de prendre le temps de les mettre en place, de les tester, de les corriger… Pas simple dans ce monde du FLE si précaire !

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En juillet, les professeurs de français d’Espagne se donnent rendez-vous dans le Village francophone

Posted by Philippe Liria sur 14/06/2014

Université d'étéEn juillet, les professeurs de français d’Espagne se donnent rendez-vous à Cuenca dans le Village francophone pour la 1re Université d’Été de et en français. L’idée trottait dans la tête de Valérie Lemeunier depuis sa prise de poste en tant qu’attachée de coopération pour le français à Madrid mais il fallait tout mettre en place. Maintenant c’est chose faite : organisée par l’Institut français d’Espagne et en partenariat avec la région de Castille-La Manche, cette université va rassembler des professionnels de l’enseignement du et en français de toute l’Espagne. Une occasion pour les participants d’approfondir leurs techniques d’enseignement du FLE ou des DNL en français, tout en échangeant leurs expériences non seulement entre eux mais aussi avec des experts et plus largement les professionnels de la diffusion et de la promotion du français et de la diversité linguistique en Espagne. Le programme, disponible en ligne, est particulièrement complet et va certainement permettre à de nombreux enseignants d’accéder à un prix très raisonnable à une formation complète de qualité dans un moment difficile où l’on sait que peu est fait depuis de nombreuses institutions espagnoles pour le français et la formation permanente des enseignants.
On ne peut donc qu’applaudir ce type d’initiative, en espérant que cette première édition en connaîtra de nombreuses autres. Et surtout qu’elle inspirera d’autres services de coopération pour le français dans d’autres pays, surtout plus éloignés encore de la France. On verrait apparaître ainsi d’autres villages francophones car, au-delà du contenu, très riche, il faut valoriser l’aspect de vie au quotidien en français, ce qui est fondamental pour de nombreux enseignants qui n’ont pas facilement accès à la langue française et encore moins la possibilité de pouvoir se rendre en France – quand ce n’est pas la France qui les en empêche en raison de la paperasse interminable et décourageante qui leur est exigée.

Encore un grand bravo pour cette excellente initiative, à laquelle je souhaite un grand succès.

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CECRL et créativité… sont-ils vraiment compatibles ?

Posted by Philippe Liria sur 01/06/2014

Dans l’enseignement des langues, depuis quelques années, les maîtres mots semblent bien être harmonisation, homogénéisation ou standardisation. C’est certainement utile pour comparer les niveaux formels de compétences des apprenants. Et c’est ce qu’ont bien compris les institutions qui se sont lancées dans la mise en place de programmes et de contenus de cours permettant aux apprenants de réussir l’examen ou le test qui leur permet d’obtenir la certification qu’ils ont bien atteint tel niveau de compétence, selon la définition de l’instrument de mesure, généralement une grille, qui reprend les critères établis par le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL). Les manuels qui doivent accompagner les apprenants à connaître la langue et la culture de telle ou telle langue ont l’air d’être de plus en plus conçus dans l’objectif de contribuer à l’obtention du document certifiant. En effet, ces manuels sont eux-mêmes basés sur les référentiels (souvent peu connus voir méconnus des enseignants) et autres outils qui découlent du CECRL.
Quelle merveille ! Il semblerait que dans cette Europe qui a dû mal à se construire, les experts en langues aient réussi l’impossible dans d’autres domaines : se mettre d’accord ! Ils se sont mis d’accord sur les compétences en langue des Européens. C’est sans aucun doute pratique de savoir qu’un citoyen allemand titulaire d’un B1 en français a les mêmes compétences qu’un Portugais titulaire, lui aussi, d’un B1. Reste que dans la pratique, on pourrait légitimement émettre quelques doutes sur cette apparente vérité. Admettons toutefois que celle-ci soit vraie, nous ne pouvons que louer le CECRL pour la performance.
Cette merveilleuse harmonie, un peu comme dans les mondes du futur que nous décrivent les auteurs de science-fiction, ne cache-t-elle pas des contradictions en lien avec ce que signifie apprendre une langue étrangère ? À trop vouloir harmoniser n’oublions-nous pas des aspects pourtant fondamentaux et étroitement liés à l’apprentissage d’une langue que sont l’émotion et la créativité ?
Il semblerait que le CECRL bien plus qu’un cadre soit devenu un carcan, un instrument de contrôle plutôt qu’un outil favorisant une approche ouverte de l’apprentissage d’une langue. Il prétend mettre en avant la tâche, notamment dans sa dimension sociale mais plus pour s’assurer que les critères linguistiques sont bel et bien acquis que pour permettre la créativité des apprenants. Un carcan qui, par exemple, sous prétexte de s’assurer que les étudiants non-communautaires aient bien les niveaux en langue pour suivre les cours en université, demande des connaissances chaque fois plus élevées de la langue, avec l’obtention du certificat adéquat – donc passage obligé par la caisse – s’ils veulent obtenir leur visa. Sinon, ils sont condamnés à rester de l’autre côté des barrières à contempler un drapeau européen de plus en plus bleu marine. Ça ne donne vraiment pas envie !
Un CECRL devenu un carcan dans lequel les élèves, mais aussi les professeurs de langues étrangères, les auteurs de matériel ou les éditeurs de manuels en langues étrangères se sentent de plus en plus mal à l’aise. Trop étriqué le costume de ce CECRL qui voudrait que tout passe par la rationalisation et surtout l’évaluation. Nombreux sont les enseignants qui nous le disent : ils ont l’impression de passer leur temps à devoir évaluer leurs apprenants dans le but de les préparer aux DELE, DELF et autres certifications du genre. C’est vraiment ça apprendre une langue ? Combien préfèrent renoncer à jouer ou créer dans leur classe parce qu’ils craignent que les élèves ou les parents d’élèves leur tombent dessus en leur reprochant d’avoir « perdu du temps » à faire autre chose que la préparation à un quelconque diplôme qui permettra l’accès à telle université ou au précieux visa, sans lequel il n’y pas de liberté de circulation ?
Pourtant, comme le montre si bien Ken Robinson (v. mes précédents billets à son sujet), c’est en permettant aux apprenants de s’exprimer, de jouer, de créer qu’on obtient les meilleurs résultats non pas par rapport à des grilles pré-établies mais par rapport au progrès réel de l’humanité. La standardisation ou l’homogénéisation, plutôt que de contribuer au progrès semble mener à la catastrophe en écartant l’expression des talents et de la créativité des apprenants. Un constat fort décevant alors qu’on sait que l’apprentissage des langues est justement un excellent terrain pour que s’exprime cette créativité (The Effects of Foreign Language Learning on Creativity).
Pour cela, il est important de s’interroger sur le concept même de « créativité ». En effet, depuis quelques temps, le terme a l’air d’être dans toutes les bouches. C’est le mot à la mode mais concrètement, par rapport à la classe, à l’apprentissage, qu’est-ce que cela veut dire ? C’est à cette question qu’ont essayé de répondre les participants au colloque Créativité et apprentissage : un tandem à réinventer ? qui s’est récemment tenu à la Haute École Pédagogique de Vaud en Suisse. Je n’en ai pas encore vu les résultats. J’espère que les actes de ce colloque seront prochainement publiés mais à en croire la présentation qui en était faite les axes de travail ont certainement permis d’avancer dans la réflexion sur le concept même de « créativité » (qui « permet de refonder l’acte d’enseignement-apprentissage […] en le structurant à partir de nouveaux concepts », Aden, 2009, p. 179*) et sa place en classe. En attendant, je vous invite à lire la description des quatre axes de travail de ce colloque dont je reproduis ici les intitulés :
1. les composantes de la créativité: produit ou processus ?;
2. la créativité: concept disciplinaire ou transversal ?;
3. le développement de l’imagination créative de l’enfant à l’école ;
4. des ateliers hands-on pour vivre une expérience créative.

Voilà en tout cas des pistes de réflexion autour d’un concept qui en entrant dans les curricula de nombreux pays va peut-être permettre réviser l’idée même qu’on se fait de l’apprentissage, notamment d’un apprentissage des langues qui, à cause de l’obsession pour les certifications – une vraie poule aux œufs d’or pour ceux qui les développent – tend à abandonner les aspects liés à l’émotion, dont la créativité fait partie. Ce qui est regrettable et qui était pourtant l’une des avancées de ces dernières années en matière d’apprentissage des langues et particulièrement dans le cas du Français langue étrangère : on privilégiait, à travers des activités motivantes et la tâche finale, la créativité des apprenants, loin des progressions traditionnelles contraignantes. Je pense bien sûr à un manuel comme Rond-Point (EMDL) et ce qu’il a pu représenter au moment de sa sortie (2004 pour la 1ère édition) en secouant les habitudes d’enseignement mais aussi d’apprentissage.

Dans un contexte européen en pleine réflexion, sans nier les mérites du CECRL, il en a bien entendu, nous devrions nous interroger sur ce que représente cet instrument (ce n’est pas et ne doit surtout pas être un livre sacré) ; ainsi que sur le contenu et la fonction des certifications qui en découlent.
La construction européenne doit passer par une meilleure connaissance de nos langues car elles sont le moyen de mieux nous comprendre culturellement, socialement et professionnellement. Elles sont l’outil indispensable pour faire tomber les pans d’ignorance qui nous séparent et qui font que montent les courants d’extrême droite qu’il faut bouter d’Europe, non pas pour les envoyer sur d’autres continents mais pour les enterrer dans la mer**, comme l’écrivait le poète Rafael Alberti, et que jamais ils ne refassent surface – je suis conscient qu’il y a du pain sur la planche !
___________________________________

*Aden,J. (2009). La créativité artistique à l’école : refonder l’acte d’apprendre. Synergies Europe,4, 173-180.

**Célèbre poème du poète andalou Rafale Alberti qui a été mis en musique par Paco Ibáñez (lien Youtube)

À lire aussi :
CECR : standardisation ou diversification pédagogique ?

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TV5 Monde présente un compte rendu des SEDIFRALE 2014

Posted by Philippe Liria sur 06/04/2014

Les SEDIFRALE 2014TV5 Monde a proposé samedi 5 avril dans son émission Destinations Francophonie un bilan des SEDIFRALE 2014 qui se sont tenues au Costa Rica en février dernier.

Vous pourrez regarder quatre reportages à partir du site de la chaine : un résumé de l’évèmement et trois bonus :

– Bonus 1 : Les SEDIFRALE, un espace d’échange autour de la langue française
– Bonus 2 : La francophonie en Amérique centrale
– Bonus 3 : La situation du français au Costa Rica

Même si le ton critique du présentateur et les inquiétudes des interviewés montrent combien la situation est préoccupante, on peut regretter que la chaîne se soit trop centrée sur le Costa Rica d’une part et d’autre part, n’ait pas, dans le Bonus 2, interviewé aussi des repésentants, pourtant présents, du Honduras, du Nicaragua ou de Panama. On sait pourtant combien la situation est difficile pour le français dans ces pays et que la France a plutôt tendance à battre en retraite, laissant souvent les professeurs seuls dans leur lutte non pas pour contre l’anglais, assumé par tous, mais surtout pour éviter que le mandarin ou le brésilien ne prenne la place du français.

Situations complexes donc dans ces pays, et les SEDIFRALE ne semblent pas vraiment avoir répondu (mais y avait-il volonté de le faire depuis les institutions ?) à toutes ces questions et surtout ne semblent pas avoir servi pour que la France revoie sa politique d’enseignement de la langue dans la région, ainsi que de la formation des professeurs notamment à cause des coupures budgétaires qui touchent les programmes de bourse pourtant indispensables si nous voulons permettre aux actuels et aux futurs professeurs se rendre en France pour période longue.

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Profs de FLE… la précarité pour 90% d’entre eux !

Posted by Philippe Liria sur 16/03/2014

Comme la Francophonie est en fête ces jours-ci, il est de bon ton d’en louer tous les aspects positifs, et il y en a! Bien sûr, et heureusement mais le caractère festif du moment ne doit pas nous faire oublier que la réalité du terrain, elle est faite de femmes et d’hommes et parmi elles/eux, des profs, et ils sont nombreux. Profs de FLE, certains le sont par vocation, d’autres parce que le hasard de la vie les a plongés dans ce milieu – car ç’en est un ! Mais dans tous les cas, leur quotidien est bien souvent le même et porte pour nom : la galère ! Des emplois du temps tellement élastiques que vivre à côté relève du défi et des salaires en peau de chagrin qui de toute façon ne permettent pas de faire grand-chose. La misère se joint à la galère… Faire du FLE, ça fait peut-être rêver mais quand on en découvre les coulisses, qui s’appellent précarité, ont déchantent vite.
Pourtant ces professionnels du français langue étrangère sont les véritables ambassadeurs de notre langue, bien plus que ceux qui dans quelques jours vont organiser de superbes réceptions auxquelles ne sont que très rarement conviés ces acteurs de terrain. Peu importe, le prof de FLE ne veut pas se montrer dans les salons mais transmettre une langue, des valeurs, créer l’échange… On en parle rarement (v. aussi Quel statut pour le prof de FLE) et c’est pour cela que c’est avec plaisir qu’on (ré-)écoutera le reportage de Delphine Martin sur le mouv’ (diffusé en août 2013) et au titre qui reflète la realité, Les méprisés de la Francophonie. Un reportage bien trop court pour une réalité qui en dit long sur des politiques de façade.

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SEDIFRALE 2014… Et après ?

Posted by Philippe Liria sur 22/02/2014

Inauguration officielle - SEDIFRALE 2014

Inauguration officielle – SEDIFRALE 2014

De retour du Costa Rica où j’ai eu le plaisir et le privilège de participer à 16e édition des SEDIFRALE (EMDL y tenait un stand et nous avions aussi quelques ateliers), je me pose encore la même question sur l’après de ces congrès. Celui-ci était particulièrement riche en contenus, peut-être trop d’ailleurs car il était absolument impossible de profiter de tout. Il a permis de faire le tour de l’actualité du FLE et de s’interroger sur nos pratiques et leur évolution car ce congrès a été aussi celui de l’ère numérique. Certes nous en avions déjà parlé à rosario à l’occasion de la 15e édition mais cette fois-ci, nous sommes vraiment entrés dans le vif du sujet. On ne s’interroge plus vraiment sur l’outil, que l’on connaît mais plutôt sur ce qu’on veut faire avec.
Montage du stand EMDL - SEDIFRALE 2014

Montage du stand EMDL – SEDIFRALE 2014


Ces SEDIFRALE ont permis aussi de faire le point sur l’état des lieux du français en Amérique latine et dans les Caraïbes. On pourrait dire que le bilan est mitigé si d’une part on prend en compte toutes les expériences positives en faveur de la langue mais d’autre part une certaine impression de retrait de la France dans son engagement dans la région. Dommage et après on s’étonnera que le brésilien ou le mandarin gagnent du terrain dans les langues étudiées. Est-ce vraiment étonnant ? Alors qu’il faudrait vraiment soutenir l’enseignement du français – saviez-vous qu’au Costa Rica il y a quelque 300 000 élèves à étudier notre langue dans le secondaire ? -. Mais pour combien de temps ?
Reste que les SEDIFRALE 2014 d’Heredia auront été un agréable moment pour échanger sur nos pratiques du français à travers de nombreux ateliers tout en découvrant les richesses d’un merveilleux pays, le Costa Rica.
Costa Rica - Vue aérienne

Costa Rica – Vue aérienne


Pour faire le point sur cet évènement, je vous renvoie à l’interview que Céline Mézange d’Enseignes-tu (le FLE) ? a réalisé à Maud Le Chartier, experte FLE en poste à l’Institut français d’Amérique Centrale.
Pour ma part, je retiendrai de ce dernier séjour en Amérique centrale que le français a (quand même) un bel avenir, grâce au tourisme (et les projets autour d’une plus grande présence du français dans ce secteur) mais pas seulement (comme je l’ai vu lors du séminaire que j’ai animé à l’Universidad nacional autónoma de Honduras) car l’on se rend bien compte dans la région que le tout anglais ne peut pas être la seule réponse à la mondialisation. C’est pourquoi il est certainement dommage que ceux et celles qui se battent pour maintenir le plurilinguisme, notamment en luttant pour que le français reste langue d’enseignement, se heurtent trop souvent aux murs que dresse la propre administration française dans un souci de meilleure gestion de son budget (attendez par là « coupures budgétaires ») et parce que l’Amérique centrale est loin d’être sa priorité territoriale (l’Afrique serait l’avenir du français). Hélas !
Heureusement, et je préfère rester sur cette note, les SEDIFRALE ont été un moment de contacts et de rencontres qui espérons-le porteront leur fruit dans le cadre de la coopération entre universités et professionnels du FLE.
Atelier Philippe Liria - SEDIFRALE 2014

Atelier Philippe Liria – SEDIFRALE 2014

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Rayonnement ? Non, éblouissement !

Posted by Philippe Liria sur 12/11/2013

laurent_fabiusQuand j’ai vu que mon ministre répondait aux questions de Sébastien Langevin dans le dernier numéro du Français dans le Monde (FDLM, nov./déc. 2013, n°390), je me suis précipité dessus. Parce que, monsieur Fabius, vous êtes en quelque sorte mon ministre. En effet, même si je ne suis plus professeur de français langue étrangère, je continue à partager avec eux un même cercle. Ce cercle qui se trouve justement dans votre champ ou devrais-je dire votre « rayon » d’action ?
J’avais très envie de vous lire. Cela vous paraîtra peut-être très corporatiste, mais je voulais surtout savoir ce que vous alliez dire sur les professeurs de français. Normal après tout, la revue s’adresse quand même à eux. J’ai donc un peu « zappé » vos propos sur notre grandeur. Je l’admets et m’en excuse car il ne fait nulle doute que c’est grâce à notre force économique au-delà de nos frontières que nous maintiendrons vivant l’intérêt pour apprendre notre langue. Nous ne pouvons l’ignorer. Et les questions de Sébastien Langevin vous ont permis d’expliquer en long et en large les enjeux que suppose cette politique extérieure dont vous êtes le plus haut dignitaire. Rassurez-vous, j’ai bien retenu l’essentiel : la France rayonne dans toute sa puissance sur le monde. Enfin, à vous lire, c’est que nous retenons.
Je ne sais plus combien de fois vous utilisez le mot ‘rayonnement’, peut-être un peu trop d’ailleurs… et je dirais que tout ce soleil dans les yeux finit par éblouir et il ne nous laisse plus voir la réalité. Non pas cette réalité de salon, celle qu’on se plaît à ressortir dans un discours d’ambassade, verre à la main et petit four dans la bouche. Réalité de salon que vous reprenez en citant des chiffres sur la Francophonie ; ces chiffres qu’on publie un peu partout, sortis dont ne sait trop où – apparemment personne ne le sait vraiment – mais qui en font sourire plus d’un. Peu importe, ceux-ci nous promettent un monde idéal, tout plein de citoyens du monde qui dans une trentaine d’années parleront français. 750 millions ! Quelle merveille ! Je veux y croire. Si si, sérieusement ! Voyant les procédés auxquels on a recours pour faire grossir les chiffres (sans doute sous une bonne exposition au rayonnement solaire) en rendant francophones dans les statistiques des populations qui, à l’exception de leurs élites, n’ont parfois jamais entendu un mot de français. Mais il est vrai que sous certaines latitudes se sont nos hommes d’affaires qui sont éblouis par toutes ces richesses qui émanent de la terre…
Éblouissement encore quand vous parlez de ces étudiants étrangers… Certes la France continue a distribuer des bourses mais n’oubliez pas que que depuis quelques temps ce n’est plus vers la France que la plupart regarde, mais de plus en plus vers le Québec. Pas grave, et même si le soleil y brille moins fort que sur la Côte d’Azur (ça rayonne moins diriez-vous), les portes y sont un peu moins fermées que dans l’Hexagone où il faut montrer « pattes blanches »… Au pluriel vue toute la paperasse à fournir… Quant au blanc, espérons qu’un certain bleu d’une triste et inquiétante marée montante ne le transforme en condition d’entrée ! D’aileurs, connaissez-vous la galère de ces jeunes étudiants? Avez-vous vu l’espoir d’un avenir meilleur briller dans leurs yeux, espoir qui ne faiblit pas malgré les heures et les heures de queue pour accéder à un bureau de Campus France. Parfois après des centaines ou des milliers de kilomètres en bus ! Éblouis eux aussi par une France rêvée, un peu trop sans doute, ils attendent, diplômes et DELF B1 ou B2 en poche, que les portes de cette grande France s’ouvrent. Entre-temps ces courageux futurs étudiants étrangers en France, s’ils n’abandonnent pas le combat en chemin, auront peut-être cessé de croire en notre pays dont vous vantez si bien les valeurs. Images ternies. La réalité brille un peu moins que ne rayonnent vos mots.
Avant d’atteindre la question sur les profs de FLE, et donc votre réponse, je me suis quand même arrêté aussi sur celle concernant l’Institut français. Et j’ai cherché la réponse dans vos propos… Je la cherche encore, mais je ne doute pas que la lumière se fera et que j’y verrai plus clair. Ce doit être l’effet d’éblouissement qui m’empêche de la trouver ou de la trouver un peu floue. La lueur semble être dans la formation… Ah la formation !! En attendant, heureusement que celle-ci vient d’ailleurs dans bien des cas parce que depuis certaines institutions, on la fait miroiter à beaucoup mais peu la voient. L’Institut… Éblouissement ? À en croire les différents articles parus dans la presse, il semblerait que depuis cette interview, vous avez été plus clair sur l’avenir de cette institution. L’heure du glas aurait-elle sonné pour elle, deux après sa création ? (cf. Le Monde, 23/10/2013).
Arrive la fin de l’interview et nous en venons (enfin) aux professeurs de français. La chaleur de vos remerciements sera appréciée. Sincèrement, je ne rigole pas. Votre prédécesseur ne semblait même pas se souvenir de l’existence de ces petits soldats de plomb que j’ai évoqués dans un modeste billet sur leur situation ou plutôt leurs conditions professionnelles. Cela fait toujours plaisir. Ça n’aide pas les établissements ni les directeurs d’établissements locaux ou du réseau à disposer de plus de crédits, ni les coordinateurs pédagogiques ou les professeurs… mais ça nous met du baume au coeur. Même si ça fait un peu discours de salon, vous en conviendrez. Ah cette diplomatie française ! Ce n’est pas pour rien que vous en êtes le plus haut représentant.
Alors éblouissement ? Il faudra peut-être poser la question à ces professeurs, indissociables de cet « enjeu de la politique du français » pour reprendre vos propos. Ils apprécieront de vous lire, entre 6h du matin et 22h, dans les nombreux transports qui les mènent de cours en cours pour faire leur 30, 32, … 37 heures de cours hebdomadaires (les préparations sont à part, vous pensez bien) pour des salaires qui peuvent atteindre, accrochez-vous bien au siège de votre jet qui vous ramène à Paris, les 1500 euros, et pour le coup, comme on dit, c’est vraiment bien payé ! Et je sais, car comme vous, je consulte fle.fr, qu’il y a des postes à 3000 euros si j’ai deux masters et j’accepte de m’enfermer dans une zone sécurisée d’Afghanistan pendant six mois.
Rassurez-vous, malgré ces conditions pas vraiment brillantes pour ces représentants de la France et de sa langue que sont les professeurs de FLE, ceux-ci continuent dans leurs cours à parler de ces valeurs, des droits de l’Homme, de la société d’accueil… Bref ils sont les vrais ambassadeurs de ce rayonnement, sans bla-bla ni bling-bling. Sans vains mots, ni discours de salon ni éblouissement, mais du vrai, de l’authentique et une motivation incroyable par-dessus tout pour que partout dans le monde on continue à apprendre notre langue.

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Enseignement du français en Catalogne… Enfin une bonne nouvelle ?

Posted by Philippe Liria sur 20/10/2013

Je me permets de reproduire ici un communiqué de l’Association des Professeurs de Français de Catalogne (APFC). Celui-ci laisse entrevoir une lueur d’espoir dans le sombre moment que traverse le français en Catalogne.
« Vendredi 18 octobre, l’APFC a assisté à la présentation de l’initiative « acreditació del nivell A2, B1« . Cette rencontre, faite à l’Institut Français de Barcelone, a été présidée par Madame Goloboff, Attachée de coopération pour le français, par Madame Núria Vivancos, Attachée de coopération éducative de l’Ambassade de France, et par Monsieur Joan Gumbert, Subdirector general de Formació, Innovació i Orientació del Departament d’Ensenyament de la Generalitat de Catalunya. Elle a rassemblé plus de 150 professeurs et responsables de centres éducatifs. Cette initiative vise, à terme, à ce que les élèves qui sortent du système scolaire catalan puissent présenter dans les meilleures conditions possibles une épreuve d’accréditation de niveau de langue dans le cadre du DELF scolaire.
Cette initiative nous semble tout à fait heureuse, même si, dans un premier temps, elle est limitée. Sa dimension fait en sorte que sa mise en place demandera du temps et des moyens, mais elle est très positive pour les élèves, et, par tant, pour la visibilité du français dans les écoles.
Nous vous tiendrons informés des avancées de cette opération. »

On sait combien le français est malmené en Catalogne où il n’est souvent que la 5e roue d’un carrosse déjà bien mal en point. Alors voeux pieux ? Réel souci de l’administration catalane de faire le pari pour un vrai multilinguisme ? L’avenir nous le dira.

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