Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Archive for the ‘FLE et didactique’ Category

De la communication authentique pour les hauts niveaux

Posted by Philippe Liria sur 17/05/2018

Faire un récit de voyage, communiquer dans l’espace francophone, faire la critique d’un jeu en réalité virtuelle, publier un manifeste contre la censure, rédiger un compte rendu, ironiser sur un futur déshumanisé ou débattre sur une réforme… Je vais m’arrêter là dans cette énumération mais la liste est encore bien plus longue. Il s’agit en fait d’une simple poignée d’exemples choisis au hasard parmi les quelque 120 situations de communication que nous proposent Romain Racine et Jean-Charles Schenker dans leur toute dernière publication, Communication progressive du français C1 C2. Sorti aux éditions CLE International il y a tout juste deux mois, ce niveau Perfectionnement d’une collection dont la réputation n’est plus à faire, est un petit bijou pour celles et ceux qui sont à la recherche d’un manuel pour leurs cours avancés. C’est un plaisir d’entendre les auteurs parler de cet ouvrage qui permettra aux professeurs et étudiants “de découvrir des thèmes, des styles, des registres et des supports rarement abordés en apprentissage du FLE” grâce à une banque de documents authentiques particulièrement variée qu’ils ont regroupés dans huit grands blocs thématiques : Le tour du monde en français, Mille et une connexions, Les cinq travaux d’Hercule, La scientifique nature de l’homme, Citoyens : un pour tous, tous pour un !, La culture sous toutes ses coutures, Qui m’aime me suive ! Il n’y a qu’un devoir, c’est d’être heureux

 

A l’intérieur de ces blocs, on appréciera donc la variété des textes, dont 54 accompagnés d’un support audio : on y trouve des articles de presse, des extraits de roman, de pièce de théâtre, des interviews radiophoniques, des discours politiques, des critiques ou encore des sketchs qu’on appréciera d’autant plus que l’humour si difficile à aborder en classe est souvent contourné ailleurs. Ce n’est pas le cas ici où justement les auteurs ont délibérément pris le parti de travailler le style et notamment en cherchant à “sensibiliser l’étudiant à l’humour” (sous toutes ses coutures), un objectif marqué par le CECRL mais, nous le savons, si difficile à intégrer en classe. Un travail sur le style à partir des textes humoristiques, c’est aussi pour nos auteurs l’occasion d’aborder, grâce au débat d’idées, des sujets qui n’échappent pas à la polémique comme un entretien – dont l’audio est dans le CD accompagnant le manuel – avec Philippe Geluck sur les caricatures et la question qui malheureusement a refait surface ces derniers temps : peut-on rire de tout ? Une question étroitement liée à la liberté d’expression, si difficile à gagner et qu’on voit de plus en plus remise en cause là où on la croyait acquise. Les questions sociétales qui ont récemment ébranlé la société française ne manquent pas comme celle du repli identitaire et du communautarisme que critique Elisabeth Badinter dans un entretien à Mediapart ou le superbe discours de Christiane Taubira devant les députés en 2014 pour défendre le texte de loi permettant d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe (dans les deux cas, les audio sont disponibles dans le CD). 

Tous ces documents constituent à la fois des modèles et des points de départ pour entrainer les étudiants à ces savoir-faire à l’écrit et à l’oral qu’ils doivent apprendre à maîtriser à ce niveau de langue. Ils sont autant d’outils pour exposer, rendre compte, débattre, argumenter, répliquer, attaquer ou défendre, polémiquer… 

A la fin de chaque bloc est proposé un bilan pour faire le point sur le lexique, la grammaire mais aussi sur les thèmes abordés en les reprenant autour de nouveaux sujets de discussion et tous les deux blocs, une récréation culturelle pour reprendre les spécificités culturelles mais cette fois de façon plus ludique.

Vous l’aurez compris, ce Communication progressive C1 C2 que Romain Racine et Jean-Charles Schenker nous présentent avec un enthousiasme et un humour contagieux est destiné à devenir un incontournable des hauts niveaux, comme on les appelle souvent dans notre jargon. Il s’agit d’un manuel qui peut être tout simplement ce complément qui va aider à compléter un cours ou, mieux encore, en devenir la colonne vertébrale. Celle à partir de laquelle vous allez construire une solide progression pour vos classes de niveaux avancés, pour les préparations au DALF ou à des concours d’entrée de certaines écoles, ou tout simplement pour acquérir une maîtrise langagière et socio-culturelle “proche de celui des natifs” nous rappellent les auteurs. 

Pour en savoir plus :

Communication progressive du français C1 C2 niveau perfectionnement, par R. RACINE et J.-C SCHENKER. Col. Progressive, CLE International. Paris : 2018. 272 pages

Corrigé de Communication progressive du français C1 C2 niveau perfectionnement, par R. RACINE et J.-C SCHENKER. Col. Progressive, CLE International. Paris : 2018.

Vous pouvez les trouver auprès de votre libraire ou directement sur le site de CLE International : http://www.cle-international.com/adolescents/communication-progressive-du-francais-niveau-perfectionnement-livre-cd-nouveaute-9782090380705.html   

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Au rythme du FOS et du FOU dans le Nord-Est du Brésil

Posted by Philippe Liria sur 22/04/2018

Sorti fin 2017, voici le très intéressant livre Le FOS et le FOU au Nord-Est du Brésil : quel avenir ? ou O FOS e o FOU no Nordeste do Brasil: Quais expectativas? (Ed. UFPE 2017) qui propose un état des lieux de ces deux spécialités du français comme l’écrivent les coordinatrices de l’ouvrage, Joice Armani Galli et Nadège Bouchonneau dans leur préface en portugais. C’est aussi à partir de cet ouvrage l’occasion « d’envisager de nouvelles perspectives dans la mise en place de dispositifs de préparations des étudiants brésiliens aux études supérieurs en français » comme le souligne Jean-Marc Mangiante, dans l’autre préface du livre, celle-ci en français. Car c’est aussi son originalité : ce sont deux livres en un, d’un côté en portugais et de l’autre en français ce qui a permis, au-delà du contenu de mettre en pratique tout un travail de traduction en dialogue avec les auteurs internationaux qui ont collaboré à cet ouvrage, ce qui a permis aussi de mettre en avant la Francophonie dans toue sa dimension.

On pourrait trouver curieux à prime abord de proposer un ouvrage aussi spécifique mais finalement, n’est-il pas justement le reflet de qui est peut-être l’avenir de l’enseignement du français ? Ne faut-il pas s’interroger sur les besoins concrets des apprenants pour leur proposer un enseignement adapté ? C’est pourquoi l’ouvrage réuni en premier lieu sept articles d’auteurs brésiliens, sans oublier pour autant la dimension international et c’est la raison pour laquelle, en plus de Jean-Marc Mangiante, les coordinatrices de l’ouvrage ont invité deux autres auteurs de la Francophonie, l’un de Suisse (Darius Vanhonnaeker,) et l’autre du Maroc (El Mostafa Ftouh, U. Sultan Moulay Slimane).

Le FOS et le Fou au Nord-Est du Brésil… montre la nécessité de poursuivre dans la mise en place de programmes préparant les étudiants à la mobilité internationale car on ne pourrait se contenter de contenus linguistiques pour que « les étudiants s’intègrent à la vie académique du pays d’accueil. C’est la raison pour laquelle, au moment de parler de FOU, on doit suivre les mêmes étapes de construction d’un programme FOS et savoir que, en plus de l’apprentissage de la langue, on doit penser à la méthodologie universitaires des pays francophones, au contexte culturel et à la vie administrative de l’institution étrangère, culturellement différente de la réalité brésilienne« , nous rappelle Katia Ferreira Fraga de l’Université Fédérale du Paraíba dans son article présentant justement la situation d’enseignement du FOS/FOU à l’UFPB. Elle ne manque pas non plus de signaler les difficultés rencontrées pour maintenir l’offre alors que c’est justement en passant par ces spécificités que le français pourrait, selon elle, survivre face à une politique du tout-anglais à tous les niveaux de la scolarité de cet État, comme partout ailleurs au Brésil malheureusement.

Sans perdre de vue le thème central de ce livre, Dario Pagel revient très largement d’ailleurs sur la situation du français au Brésil mais aussi et surtout sur la formation des professeurs de français. Il pointe du doigt les carences actuelles que cause l’absence de vision plurilingue des politiques linguistiques brésiliennes mais aussi, le manque d’engagement de la France pour accompagner plus largement les besoins qu’ont les professeurs et futurs professeurs de se former.

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Dire d’apprendre à apprendre, c’est bien joli mais…

Posted by Philippe Liria sur 30/03/2018

Apprendre à apprendre avec Franck Ramus (EduSpot, mars 2018)

Dire d’apprendre à apprendre, c’est bien joli mais comment ? La question ne date pas d’hier. Depuis quelque temps déjà, nous insistons sur l’importance de rendre l’apprenant autonome et en particulier qu’il devienne autonome dans son apprentissage. Le CECR a certainement contribué à approfondir la réflexion sur cette question. Les outils d’apprentissage, comme les manuels, ont introduit bien souvent des encadrés apportant ainsi des conseils d’apprentissage. Mais abordons-nous véritablement avec les élèves la question de l’apprentissage ? Ne nous arrêtons-nous pas trop souvent à énoncer cette nécessité sans vraiment la développer ? Or, il est important de s’intéresser à comment on apprend ? Quelle méthode ou quelle stratégie mettre en oeuvre pour apprendre ? Il faut que nous sachions montrer aux apprenants comment faire cet effort de récupérer en mémoire ce qu’ils ont lu ou ce qu’ils ont entendu. C’est ce qui leur permettra de s’assurer qu’ils ont appris ou de pouvoir les situer quelque part sur l’échelle de l’apprentissage.

L’autre jour, je suis tombé complètement par hasard sur une conférence de Franck Ramus qui aborde justement la question de l’apprentissage. Prononcée dans le cadre d’Eduspot 2018, elle nous apporte le regard de la recherche sur l’apprentissage aussi bien sur les résultats et sur leurs répercussions dans la façon de vérifier si un élève apprend ou pas et surtout qu’il sache lui-même quelles sont les meilleures façons d’apprendre. Franck Ramus passe en revue dans sa conférence différentes expériences menées pour mieux comprendre comment on apprend. Il apporte des éléments de réponse aux questions sur l’apprentissage et suggère des outils efficaces pour tester les apprenants afin d’avoir un retour d’information sur ce qu’ils ont acquis ou pas encore. On voit d’ailleurs de plus en plus ces outils faire leur entrée en classe comme plickers ou  quizlet par exemple qui permettent d’obtenir de vérifier l’état des connaissance de façon immédiate. Certes, on pourrait reprocher à Franck Ramus de trop insister sur les tests et les QCM (plutôt utilisés en évaluation formative que sommative) après avoir écouté sa conférence ; cependant, nous voyons bien qu’il est nécessaire de trouver un juste milieu entre la place que prend aujourd’hui la pédagogie du projet et donc l’évaluation de ce dernier d’une part et, le besoin de s’assurer que les élèves savent (leurs verbes, leur vocabulaire, les prépositions, etc.).

En connaissant mieux la façon qu’on a d’apprendre, on gagne en autonomie et si on devient plus autonome sur l’acquisition des connaissances, on peut certainement consacrer plus de temps en classe à faire, ce qui l’objectif des tâches ou des projets qui continuent, encore trop souvent – hélas ! – à passer à la trappe.

Des outils pour tester les connaissances

Pour en savoir plus

Apprendre à apprendre, conférence de Franck Ramus (15 mars 2018)

Les diapositives de la conférences

Pourquoi les enfants n’aiment pas l’école, Daniel T. Willingham, Marie Antilogus

Mets-toi ça dans la tête ! Les stratégies d’apprentissage à la lumière des sciences cognitives, Peter C. Brown, Henry L. Roediger & Mark A. McDaniel

L’ apprentissage visible pour les enseignants, John Hattie

Le blog de Franck Ramus

Les difficultés d’apprentissage de l’enfant et leurs origines, une intervention filmée de Franck Ramus au collège de France

 

 

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CECR : de nouveaux descripteurs non exempts de polémique

Posted by Philippe Liria sur 11/02/2018

CECR – volume complémentaire

Cela faisait déjà quelques mois que le companion était disponible dans sa version anglaise, voici que la version française l’est enfin depuis ce mois de février grâce au travail de traduction de Gilles Breton et Christine Tagliante. Je me réfère bien entendu au fameux volume complémentaire de notre très cher, parfois trop peut-être au point de le vénérer – ce qui nous fait oublier que ce n’est qu’un outil de plus-, Cadre européen commun de référence pour les langues : apprendre, enseigner, évaluer… bref le CECR ou mieux encore, pour les intimes, le Cadre. Publié dans le cadre, accrochez-vous, du Programme des Politiques linguistiques de la Division des Politiques éducatives du Service de l’Education du Conseil de l’Europe (www.coe.int/lang-CECR), ce volume complémentaire de quelque 254 pages nous fournit donc de nouveaux descripteurs, fruits d’un long projet d’actualisation initialisé en 2014 et qui s’est déroulé en différentes étapes dans le souci de « combler les lacunes existant dans les échelles initiales de descripteurs« . C’est ce qui a permis d’élaborer de nouvelles échelles qu’on ne trouvait pas dans la version originale, comme celles sur la médiation, largement présentes dans ce nouveau compagnon de route des professionnels de l’enseignement des langues. D’autres, existantes, ont été revues : ainsi le contrôle phonologique fait-il l’objet d’une nouvelle échelle. On y trouvera également des descripteurs pour les langues des signes ou concernant les jeunes apprenants, ainsi que ceux portant sur l’interaction en ligne, les compétences plurilingues / pluriculturelles ou les réactions à la littérature.  Ce vaste projet, mené par Brian North et Günther Schneider, s’est fait avec la collaboration de nombreuses instituts du monde entier qui ont validé ces nouveaux descripteurs. Ce volume complémentaire est donc le résultat d’un travail de longue haleine qui ne perd pas de vue les objectifs du CECR original que les auteurs de l’avant-propos rappellent : (a) fournir un métalangage pour discuter de la complexité de la compétence langagière, réfléchir, communiquer des décisions sur des objectifs et les résultats d’apprentissage qui soient cohérents et transparents (b) proposer des idées pour l’élaboration de programmes et la formation des enseignants.

Ce rappel n’est pas inutile certainement quand on sait que le CECR est souvent détourné de sa finalité originale pour devenir à son insu un outil de standartisation. Mais attention, ces descripteurs, fraichement publiés en français, ont déjà provoqué des réactions critiques au moment de leur sortie dans leur version originale, en anglais. En octobre dernier, l’Asdifle, par exemple, a co-signé avec d’autres associations de professionnels de la didactiques des langues une tribune dans laquelle ses membres exprimaient leurs réserves sur cette révision du Cadre, la considérant inadéquate « au regard des évolutions de nos sociétés en Europe, de nos terrains, de nos travaux depuis le lancement officiel du CECR en 2000. » Pour les auteurs de cette tribune, et contrairement aux mises en garde pour éviter de tomber dans la standardisation que font les auteurs de ce volume complémentaire, on retrouverait une pérennisation « d’une certaine conception, standardisante et dogmatique, de la didactique des langues (…) ce qui témoigne à la fois d’une cécité certaine, qui conduit à la destruction de toute réflexion dynamique et située, et d’une amnésie coupable vis-à-vis de l’histoire même du CECR et des projets d’une partie des personnes qui ont œuvré à sa réalisation. » Cette tribune est particulièrement sévère sur les nouveaux descripteurs comme ceux de médiation, de plurilinguisme, d’interculturel ; des concepts qui ne sauraient être enfermés « dans des grilles, sauf à vouloir les contrôler en les technicisant pour en assécher toute la diversité et l’hétérogénéité. » Ils ont certainement raison de rappeler que les risques d’une « utilisation coercitive, normative et, in fine, autoritaire, du CECR » est hélas possible dans cette Europe actuelle qui semble parfois plus proche des années 30 du siècle dernier que des idéaux encore bien présents dans l’esprits des auteurs du Cadre original.

Même si la demande des signataires de cette tribune de sursoir la parution de ce volume complémentaire du CECR n’a pas été entendue, il ne faut pas perdre de vue la nécessité d’avoir un regard critique sur cet outil qu’est le Cadre et être vigilants, à tous les niveaux,  des éventuels abus qui pourraient en découler sous l’excuse de la validation de certains niveaux de compétence à partir de descripteurs et d’échelles qui peuvent, pour reprendre les propos de cette tribune, déshumaniser l’appropriation et la transmission des langues et stériliser la réflexion en encourageant des orientations uniformisantes, alors que nous avons justement besoin, dans ce monde pluriel, de mieux prendre en compte la diversité, notamment celle d’apprentissage. Il faut certainement trouver un juste milieu pour profiter au mieux d’un outil qui doit nous faciliter la tâche d’enseignement des langues sans pour autant tomber dans les travers auxquels nous mène toute sacralisation. Or, on le voit bien dans notre quotidien, le Cadre est parfois brandi et cité, souvent faussement d’ailleurs, par des ayatollahs des grilles d’évaluation. Celles-ci sont utiles, et nous ne le nieront pas, mais il faut aussi savoir les interpréter et même en sortir.

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Le numérique en classe de FLE ? Oui mais comment ? Trois spécialistes nous aident à y voir plus clair.

Posted by Philippe Liria sur 21/01/2018

Peut-on raisonnablement envisager d’enseigner sans penser à la place du numérique en classe ? Accro ou pas aux écrans, la question mérite d’être posée. On sait que l’invasion des écrans dans le quotidien de nos vies peut être un facteur de distraction. On sait aussi que tout le monde n’a pas la même possibilité de connexion et que le risque de fracture socio-numérique est une réalité qu’on ne peut donc ignorer. Certains pays ont pris des mesures d’ailleurs pour interdire l’usage à l’école de certains appareils comme les smartphones ; d’autres sont sur le point de le faire comme c’est le cas de la France. C’était une des promesses du candidat Macron lors de sa campagne présidentielle. Aujourd’hui au pouvoir, il semble bien décider à la tenir. En France, l’interdiction des téléphones intelligents est pour la prochaine rentrée scolaire, nous annonce-t-on. Personnellement, je ne crois pas que ce soit une bonne idée si nous voulons donner une vraie éducation numérique, indispensable et dès un très jeune âge. Le numérique est omniprésent dans notre environnement et rien ne laisse présager que cette présence diminuera, au contraire. Mieux vaut donc dans ce cas en maîtriser l’usage. Dès lors, n’est-ce pas à l’école d’y contribuer ?

L’omniprésence du numérique nous oblige à nous interroger sur sa place dans l’enseignement/apprentissage des langues

Dans notre milieu, celui du français langue étrangère (FLE), il ne peut en être autrement. Comme partout ailleurs dans la société, nos élèves, jeunes et moins jeunes sont connectés. Y compris, voire peut-être plus qu’ailleurs, dans les pays en voie de développement. Le smartphone, tant décrié en France par exemple, est souvent la seule source d’information pour beaucoup de nos apprenants. C’est souvent leur façon de se connecter avec la langue qu’ils apprennent, ce qui participe évidemment de leur motivation. Ce simple constat nous oblige, du côté enseignant, à connaître les outils numériques qui peuvent être au service de l’apprentissage. Ceux-ci n’ont pas besoin d’être complexe ; au contraire, il peut tout simplement s’agir d’applications utilisées dans la vie de tous les jours mais auxquelles sera donné un usage didactique. C’est en tout cas ce que nous montrent David Cordina, Jérôme Rambert et Marc Oddou dans leur ouvrage Pratiques et projets numériques en classe de FLE qui vient de sortir dans la collection Techniques et pratiques de classe aux éditions CLE International. Tous trois experts en TICE – vous pouvez d’ailleurs les suivres sur leur Twitter ou sur leur blog respectif (voir plus bas) -, ils se sont réunis pour proposer aux enseignants de langues vivantes en général et plus particulièrement de FLE une série de “50 fiches concrètes (…) pour un usage immédiat de l’enseignant dans son contexte professionnel”. Ce livre part d’un constat, indéniable comme je l’écrivais plus haut, c’est que la “place grandissante prise par le numérique dans nos quotidiens aura de plus en plus de conséquences sur nos différents contextes d’enseignement” tout simplement parce qu’ »enseigner une langue au XXIe siècle n’est plus tout à fait la même chose qu’au XXe siècle.” Il ne s’agit pas de voir le numérique comme un ennemi de l’enseignant, voué à disparaître au profit de cette diabolique invention, mais bien de s’interroger sur les nouveaux rapports qui doivent se créer entre les éléments de cette trinité que constituent professeur, élève et numérique avec un centre l’enseignement-apprentissage. Un numérique qui passe de moins en moins par l’ordinateur ; ce qui veut dire aussi qu’en classe, il n’y plus lieu d’associer le numérique avec ces salles informatiques avec ces appareils figés qui, surtout pour le cours de langue, nous renvoient à des temps révolus.

Vers une littératie numérique
Comme le rappellent les auteurs, sans ignorer les différences pouvant exister entre un point et un autre de la planète, le rapport annuel We are socialinsiste bien sur la tendance forte de l’augmentation des personnes connectées à Internet sur les téléphones portables et les réseaux sociaux.” Et pour quoi faire ? “Principalement pour converser avec ses proches”. Un professeur de langue ne peut ignorer cette tendance qui va justement dans le sens de l’un des principaux objectifs de son enseignement. D’où la nécessité d’acquérir (et faire acquérir) une “véritable culture numérique visant à donner à chacun une pratique sûre et critique des technologies de l’information et de la communication” qui va d’ailleurs au-delà du simple usage pour devenir compétent dans la création de contenus. C’est ce qui fait du numérique à la fois le “moyen” et l’ »objectif dans une tâche complexe”, ce qui contribue à lui donner du sens.
Les auteurs montrent comment nous sommes passés de l’observation à l’utilisation de ces outils de communication entre les apprenants d’une même classe. Un constat que je partage avec eux : presque tous les enseignants rencontrés à l’occasion d’ateliers et de journées pédagogiques nous rapportent que leurs élèves ont créé spontanément un groupe sur Facebook ou sur Whatsapp pour échanger sur la classe de français. Et si le professeur intègre le groupe, les échanges se font de plus en plus en français. Inimaginable il y a à peine quelques années !
C’est pour cela d’ailleurs qu’il est préférable que les enseignants aient une place dans cet usage du numérique plutôt que de simplement le constater. Pendant la classe mais aussi, nous rappellent les auteurs, avant et après celle-ci.

Le numérique au service de la didactique

Ce que nous expliquent Cordina, Rambert et Oddou, c’est que cette intégration du numérique qu’ils défendent n’est pas de la simple technophilie mais qu’elle s’appuie sur les possibilités qu’il nous offre à suivre avec plus d’efficacité les principes du constructivisme et du du socio-constructivisme et bien sûr, ceux du connectivisme. Bref, le numérique, loin de provoquer le divorce entre ce qui se faisait avant et ce qui est aujourd’hui préconisé, doit inciter à mettre en place “une démarche qui nécessite d’être conscient des nouvelles possibilités” qu’il offre. Il “devient alors une partie qui transforme le tout”. Il va nous aider à rendre possible cette reformulation de la classe et l’enseignement-apprentissage dont il est tant question. Pour que cela soit vraiment efficace, il faut poser les bases de l’ingénierie numérique pour les langues, c’est que font nos auteurs dans le troisième chapitre de leur ouvrage à partir de quatre questions (pourquoi intégrer le numérique ?, avec quoi ?, comment ? quand ?) auxquelles ils essaient d’apporter des réponses précises en s’appuyant notamment sur le modèle SAMR qui propose “une méthode permettant de mieux saisir comment la technologie peut avoir un impact sur l’enseignement et l’apprentissage”.

Dans un contexte FLE, où un peu partout est préconisée l’approche actionnelle, les auteurs montrent en quoi le numérique va aider à en concrétiser la mise en place ; tout comme il va présenter d’autres avantages contribuant à la motivation des élèves, plus autonomes et ayant un plus grand accès au monde francophone.

50 fiches pratiques pour aider à mieux intégrer le numérique dans la classe de FLE
Après ces quatre chapitres plus théoriques mais absolument indispensables qui constituent la première partie de l’ouvrage, s’ensuivent 35 fiches de “Savoir-faire numériques” pour orienter les enseignants dans l’usage d’outils numériques facilitant la production, l’évaluation et la collaboration ; puis 15 fiches de “Projets numériques pour les apprenants” divisées en quatre catégories : les scénarios d’interactions brèves, les scénarios d’écriture multimédia, les scénarios de géolocalisation et les scénarios d’argumentation. Tous ces scénarios sont essentiellement destinés à favoriser l’interaction et la production écrite sans pour autant négliger les autres compétences.
Finalement, et on l’apprécie, un index reprend l’ensemble des fiches leur catégorie, le savoir-faire numérique qu’elle met en oeuvre et les outils numériques pour y parvenir.
Pratiques et projets numériques en classe de FLE est certainement un ouvrage indispensable pour tous les enseignants de FLE qui ont intégré le numérique dans leur classe et plus encore pour celles et ceux qui se posent des questions, ont envie mais n’osent voire s’y opposent. Avec le numérique, nous sommes bel et bien face à une révolution dans l’enseignement/apprentissage des langues et voici un livre qui nous nous apportent des éléments pour mieux l’affronter et des fiches qui vont nous aider à surtout mieux l’intégrer. Non pas aveuglément parce que c’est la mode, mais intelligemment en en tirant le meilleur profit sans y être soumis pour autant.

Pour en savoir plus :
Cordina, D., Rambert, J., Oddou, M. : Pratiques et projets numériques en classe de FLE, Coll. Techniques et pratiques de classe. CLE International, Paris, 2018. ISBN : 978-2-09-038230-3 Lien vers le site : https://www.cle-international.com/formation/pratiques-et-projets-numeriques-en-classe-de-fle-techniques-et-pratiques-de-classe-livre-9782090382303.html
Toutes les citations de cet article sont tirées de cet ouvrage.

Pour suivre David Cordina :
– sur Twitter : @w2ydavid
– sur son blog : http://davidcordina.net

Pour suivre Jérôme Rambert :
sur Twitter : @JeromeRambert
sur son blog : http://chezjerome.over-blog.com

Pour suivre Marc Oddou :
sur Twitter : @MOddou
sur son blog : http://moddou.com

Rapport sur l’usage du numérique dans le monde : https://wearesocial.com
A propos du SAMR : Le blog de Rubén Puentedura http://hippasus.com/blog/

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Un ouvrage de référence pour le professeur de FLE

Posted by Philippe Liria sur 30/07/2017

Pendant la période estivale, les stages de formation pour professeurs de FLE sont nombreux aux quatre coins de l’Hexagone. A cette occasion, la plupart des organismes proposant ces formules aux enseignants de français venus du monde entier accueillent les éditeurs FLE. Un moment attendu par les enseignants car c’est souvent le moment de l’année pour découvrir les derniers manuels à être sortis mais aussi pour voir les nouveautés en didactique. Cette année, parmi ces nouveautés, on y trouve le Manuel de formation pratique pour le professeur de FLE. Cet ouvrage de Paola Bertocchini et d’Edvige Costanzo vient de sortir dans sa deuxième édition et c’est un petit bijou. Référence pour beaucoup, systématiquement compris dans les bibliographies de masters FLE, ce manuel initialement paru en 2008 a fait peau neuve presque 10 ans après et on ne peut qu’en remercier ses auteures qui ont eu le souci d’intégrer les importants changements qu’a enregistrés la didactique des langues ces dernières années. Des changements dont il faut “rendre compte pour réfléchir aux modifications qu’ils apportent aux pratiques de classe”, écrivent-elles. L’ouvrage introduira ainsi les:

problématiques liées :
– aux nouveaux instruments numériques qui conditionnent de plus en plus le processus
d’enseignement/apprentissage, dont celui des langues ;
– aux nouvelles pratiques de classe qui font la une aujourd’hui en didactique des langues comme la
classe inversée ;
– à la reconsidération de certains domaines de la didactique des langues négligés dans les pratiques
de classe des derniers temps, par exemple la phonétique.

Il ne s’agit pas d’un ouvrage théorique à lire de façon linéaire, mais bien d’un manuel qui invite à la réflexion à partir de documents variés et d’activités que pourront utiliser les enseignants en formation ou les formateurs de formateurs dans leurs cours. On va donc plutôt naviguer de module en module – au nombre de 10 – sans qu’il y ait à suivre une progression quelconque mais plutôt au gré des besoins de chacun, sans avoir peur des va-et-vient entre les modules ou à l’intérieur de ceux-ci. Mais attention ! Suivre son libre cours ne signifie pas aller n’importe où et sans cap mais au contraire en incitant les enseignants à réfléchir sur leurs pratiques ou à s’interroger sur la façon dont ils pourraient introduire telle ou telle démarche en classe voire sa pertinence par rapport à un contexte d’enseignement donné.

Comme le font remarquer à juste titre ses auteures, ce livre n’a pas la prétention d’apporter des recettes toutes faites et moins encore de chercher à soumettre le lecteur à un certain dogme : “l’absolu n’est pas du domaine de la didactique” mais bien de permettre “à chacun, nous dit Jacques Pécheur dans la préface, de répondre dans son enseignement aux défis d’une demande d’apprentissage de plus en plus difficile à appréhender.

A la fin de l’ouvrage, juste avant les corrigés, le lecteur trouvera une riche bliblio-/-sitographie de lectures conseillées ou essentielles qu’apprécieront aussi bien les professeurs dans le cadre de la formation continue que toutes celles et tous ceux qui se lancent dans la belle aventure (eh oui, malgré tout) du FLE.

Pour aller plus loin:
Bertocchini, P. et Constanzo, E : Manuel de formation pratique pour le professeur de FLE. CLE International, Paris 2017 (2è édition)
Préface, introduction, sommaire et module 1 sont feuilletables sur http://issuu.com/marketingcle/docs/manuel_de_formation_pratique_prof_d?e=1396808/51025831

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La classe inversée en FLE… ça bouge (enfin) !

Posted by Philippe Liria sur 26/06/2017

On aurait dit il n’y a pas encore si longtemps que la classe inversée n’avait pas sa place en FLE. Comme si cette démarche pédagogique était incompatible avec l’apprentissage du français. Pourtant un certain consensus semblait exister autour de la nécessité de revoir l’organisation de la classe de français pour faire plus de place à la pratique réelle et effective de la langue. Après tout, n’est-ce pas l’un des objectifs de l’approche actionnelle ? Ne trouve-t-on pas dans les programmes de plus en plus de référence au CECRL, à l’actionnel et au projet ? Il suffit de faire un tour sur la plupart des sites des centres de langue pour en faire le constat. L’application de ces programmes dans les faits s’avère peut-être moins vraie pour plusieurs raisons : le manque de temps, le fossé entre les (bonnes) intentions pédagogiques de l’institution et les moyens (ridicules) qu’elle donne à ses équipes, la contradiction flagrante entre le projet pédago et les attentes des apprenants, à frustrer plus d’un didacticien du FLE !

Innover en pédagogie implique une prise de risque
Bref, malgré de nombreuses contradictions, que ce soit de la part des institutions, des enseignants ou des apprenants, force est de constater que des changements dans la classe de FLE sont en cours parce qu’apprendre une langue aujourd’hui ne peut plus signifier la même chose qu’il y a à peine quelques années. Et l’apprentissage du français n’en réchappe pas. Nous devons nous tourner vers l’innovation pédagogique, ce qui signifie aussi accepter que celle-ci nous fera emprunter des chemins erronés. Après tout, innover en pédagogie comme dans n’importe quel autre domaine implique aussi une prise de risque. La classe inversée en FLE comprend des risques (certains demandent justement à ce qu’on l’aborde avec prudence), même celui peut-être d’être victime d’un effet de mode alors qu’elle devrait plutôt assurer une continuité dans l’apprentissage entre ce qui se passe en classe et ce qui se passe en dehors, comme le signalait Patrick Rayou lors du CLIC 2016.
Dans le cas du FLE, inverser la classe devrait permettre aussi d’envisager l’apprentissage différemment et en particulier en faisant plus de place à une pratique actionnelle dans le temps et l’espace de la classe. J’ai souvent eu l’occasion d’en parler.

Un intérêt croissant
On peut d’ailleurs constater que cette volonté de changer les pratiques de classe en introduisant cette modalité suscite un vif intérêt des enseignants, friands de formation sur la classe inversée. Les demandes sont croissantes déjà. Personnellement j’anime régulièrement des dizaines de formation sur le sujet en Amérique latine (Mexique, Colombie, Brésil…) et je sais que c’est la même chose pour mes confrères un peu partout aux quatre coin de la planète. Il suffit d’ailleurs de prendre les catalogues des stages d’été pour enseignants pour s’apercevoir qu’on y trouve maintenant des modules sur le sujet (cf. infra).

La classe inversé vue d’Estonie
C’est justement en cherchant ce lien entre la classe inversée et le FLE que je suis (enfin) tombé sur un travail qui fait le lien entre les deux avec des exemples bien pratiques. Il s’agit du mémoire de master d’une étudiante estonienne, Merit Kuldkepp. Elle nous propose d’analyser L’APPLICATION DE LA MÉTHODE DE LA CLASSE INVERSÉE DANS L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS LANGUE ÉTRANGÈRE (17/05/2017, disponible et téléchargeable en PDF). Dans ce mémoire présenté en mai dernier au Département des langues romanes du Collège des langues et des cultures étrangères (Université de Tardu, dans le sud du pays), on peut y lire les avantages que présente la classe inversée en cours. Ce mémoire nous en cite quelques-un auxquels je souscris pleinement :
– Personnalisation de l’apprentissage (une certaine façon de pouvoir enfin mettre en place cet apprentissage différencié) ;
– Changement dans les rapports apprenant(s) / Enseignant mais aussi entre apprenants et, j’ajouterais, entre enseignants (ce qui ne serait pas du luxe). Un changement de paradigme qui nous renvoie à ce que nous explique Ken Robinson. Un changement dans les rapports qui rapprochent les différents acteurs de l’enseignement/apprentissage ;
– Usage plus réfléchi des technologies numériques (lutte contre l’illétrisme numérique) ;
– Développement des compétences sociales, en classe et en ligne, qui s’inscrit pleinement dans l’esprit du travail collaboratif.

Certes, tout n’est pas parfait nous dit Merit Kuldkepp et la classe inversée présente aussi ses inconvénients, certains qui rappellent les pièges que j’avais évoqués en mars dernier. Parmi ceux-ci, il y a :
– les devoirs que les apprenants ne font pas : ne pas faire le travail donné hors classe n’est pas un problème récent mais il prend encore plus d’importance dans le cadre de la classe inversée (mais est-ce que cet éternel problème doit empêcher d’essayer de nouvelles pratiques d’apprentissage ?) ;
– une planification peu appropriée aux besoins des apprenants ou des contenus inadéquats. Comme l’écrit Merit Kuldkepp en citant Ash, « il ne sert à rien de remplacer un cours magistral de salle de cours par un cours magistral à visionner à la maison » ;
– la surcharge de travail. Je préciserai que c’est souvent le premier point qui est mis en avant par de nombreux enseignants qui s’intéressent à la classe inversée mais n’osent pas encore faire le pas en avant. Certes au début, il y aura besoin d’y consacrer plus de temps comme pour toute nouvelle pratique mais il faut aussi penser à partager les outils, à mutualiser les activités que chacun crée plutôt que de les garder pour soi ; s’appuyer aussi sur du matériel didactique que peuvent créer les propres apprenants de niveau avancé et qui pourra être mis à la disposition des apprenants de niveaux élémentaires. Les plateformes internes ou Padlet permettent notamment de partager les productions ;
– l’accès et la formation au numérique. Merit Kuldkepp a raison d’en parler parce qu’il y a encore beaucoup d’établissements qui ne permettent pas l’utilisation du numérique, soit pour des questions purement technologiques soit parce que l’établissement en limite l’usage. Un problème qui pourrait créer des inégalités entre les apprenants (cf. un article à ce sujet sur le blog de Christian Puren).

Le travail de Merit Kuldkepp ne s’arrête pas à une reprise des avantages et inconvénients de la classe inversée. Il détaille la démarche pédagogique suivie et la création de la séquence pédagogique avec la fiche qui reprend les aspects techniques, le déroulement et l’analyse des activités. Trois fiches sont proposées. Pour que tout cela soit possible, le mémoire passe aussi en revue plusieurs outils qui ont été testés pour préparer le contenu des cours ou pour vérifier le travail des apprenants hors classe.

La réticence des enseignants à se lancer dans la classe inversée, ce sont souvent leurs craintes par rapport à la réaction des apprenants. Ce mémoire aborde aussi ce point et on peut lire que les étudiants sont globalement satisfaits même s’ils admettent qu’elle demande plus de discipline.

Voilà un mémoire qui au-delà des rappels théoriques sur la classe inversée, témoigne des possibilités de la classe inversée, même à un niveau débutant et même si les apprenants partent d’une langue éloignée. Deux points qui peuvent contribuer à dissiper des doutes sur les possibilités de la mise en place de cette pratique avec des débutants complets ou avec des apprenants qui ne seraient pas de langue romane.
Ce mémoire présente aussi l’intérêt de présenter une bibliographie actualisée comme par exemple le lien vers l’intéressant article de Le Anne Spino et de D. Trego, « Strategies for Flipping Communicative Language Class » dans la revue en ligne CLEAR News 19, p. 1-8 (Printemps 2015, consulté le 18/06/2017) et bien d’autres encore.

Bonne lecture !

Pour en savoir plus :
Retrouver le mémoire sur lequel s’appuie cet article :
L’APPLICATION DE LA MÉTHODE DE LA CLASSE INVERSÉE DANS L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS LANGUE ÉTRANGÈRE par Merit Kuldkepp (17/05/2017)

Quelques stages d’été proposant des modules sur la classe inversée :
Université d’été BELC 2017 – CIEP
Module A306 – Inverser la classe FLE avec le numérique par Flora Aubin
Université d’été Séville 2017 – Institut français d’Espagne
Module 1.3 Innover et Motiver : La pédagogie inversée par Marc Oddou
Universités du Monde 2017
Et si nous mettions la classe à l’envers ? par Philippe Liria
La classe inversée, une réorganisation gagnante de l’apprentissage actif ? par Cynthia Eid

A paraitre fin 2017, un ouvrage consacré justement à la classe inversée dans le monde du FLE :
Eid, C., Liria, P., Moddou, M. : La classe inversée, Coll. Techniques et Pratiques de classe. CLE International, Paris 2017.

Quelques outils pour votre classe inversée (d’après les suggestions de Merit Kuldkepp)*
Powtoon
Wizer
Quizlet
Socrative
Mentimeter
LearningApps
Canva

*Il y a bien entendu d’autres outils qui peuvent aider à la création de matériel mais je n’ai voulu reprendre ici que ceux cités dans le mémoire.

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Quelle intégration du numérique dans la classe de langue ?

Posted by Philippe Liria sur 10/04/2017


Des carences dans la formation
Il n’est pas rare d’entrer dans des salles de classe où l’usage des smartphones est (encore) interdit. Parfois, ce sont mêmes les législateurs qui ont pondu un texte pour garantir que cet objet de tous les démons ne pénètre pas dans le temple du savoir qu’est l’école ! Mais avant même de tomber dans ces extrêmes, il suffit de voir combien d’enseignants encore aujourd’hui sont réticents à faire entrer le numérique dans leur salle de classe. Souvent parce que la formation qui les aiderait à en faire un meilleur usage, ainsi que de ses outils pour accompagner l’apprentissage n’est pas à la hauteur des besoins, voire est complètement absente. Soit parce que l’institution n’y a pas pensé (il ne suffit pas d’exiger de moderniser les pratiques et les outils, il faut en donner les moyens) bien qu’ayant mis en place un plan d’offre de cours comprenant une formation à distance ou hybride ; soit tout simplement parce que l’institution ne prend pas en compte le numérique dans son offre, cas de plus en plus rare même si ce n’est que pour une question de marketing éducatif.

Des contradictions entre discours et pratique
Ce qui est certain, c’est que malgré les discours prônant l’intégration du numérique dans la classe de langue pour favoriser, notamment l’interaction authentique avec l’extérieur, les obstacles sont nombreux qui montrent combien la brèche est importante entre le discours théorique et la réalité de la classe. Plusieurs raisons expliquent cet écart. C’est pour cela qu’il était utile de faire le point sur la situation actuelle pour explorer de nouvelles pistes et surmonter des croyances (idéalistes ou sceptiques) sur la question du numérique dans l’enseignement/apprentissage des langues. Voilà donc le propos d’un superbe ouvrage collectif qu’a coordonnée l’équipe du département FLE de l’Université de La Réunion (Christian Ollivier, Thierry Gaillat et Laurent Puren) : Numérique et formation des enseignants de langue, pistes et imaginaires (2016), aux Éditions des Archives Contemporaines.

Cinq articles pour réfléchir aux implications du numérique dans l’enseignement/apprentissage
On comprendra la présence du mot du CIEP puisque son antenne réunionnaise a rendu en partie possible l’ouvrage mais on s’attardera beaucoup plus sur l’introduction de Christian Ollivier qui nous parle d’emblée du fossé existant entre “nos façons d’être au monde, de percevoir celui-ci et de le vivre” grâce aux innovations technologiques et un monde de l’enseignement, notamment des langues, qui semble tarder à vraiment les intégrer.
Pour mieux comprendre pourquoi ces deux mondes peinent à se rencontrer, il faut bien sûr s’intéresser à la formation des enseignants mais aussi aux formats de formation, hybride ou à distance. Il ne faut pas perdre de vue non plus nos représentations ou nos croyances, en tant qu’enseignants ou qu’apprenants, par rapport au numérique, que nous en soyons des inconditionnels ou que nous les regardions avec distance, celles-ci ont une influence sur notre rapport en classe avec ces innovations technologiques.
A un moment où toutes les institutions, publiques ou privées, semblent vouloir intégrer à n’importe quel prix des cours de langues en ligne, ces cinq articles arrivent à point nommé pour inviter à marquer une pause dans cette course effrénée et prendre le temps de réfléchir à la meilleure façon de réduire le fossé, à défaut de l’éliminer, en prenant compte les différentes implications abordées dans chacune de ces contributions.
Ollivier conclut son introduction en souhaitant une bonne lecture aux chercheurs et aux étudiants, mais je crois qu’il s’agit d’un ouvrage qui mérite une bien plus large audience. Je pense aux directeurs d’établissements et à leurs directeurs ou coordinateurs pédagogiques ou encore aux éditeurs. Tous ont, tous avons besoin de nous poser des questions sur ce numérique omniprésent et son rôle dans nos environnements, qu’il s’agisse des fournisseurs de cours ou des fournisseurs de contenus.

Le smartphone en vedette
Finalement, je voudrais retenir, peut-être comme une anecdote dans cette enrichissante lecture, les deux cas qui mettent en avant l’usage des smartphones. Celui de ces deux enseignantes d’anglais en Azerbaïdjan et celui du projet English in Action, très justement surnommé “The trainer in the pocket” (l’entraîneur dans la poche) par deux enseignants bangalais qui suivent cette formation professionnalisante de la britannique Open university depuis leur pays. Deux exemples qui montrent qu’il est temps tout d’abord de cesser de considérer ces téléphones intelligents des parasites ; puis de cesser de penser que ce sont des instruments du premier monde (ah ces croyances qui ont la peau dure !) mais bel et bien les outils de toute une jeunesse, d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine, en soif d’apprentissage et donc très « numérique » mais pas depuis un ordinateur ou une tablette. Toute une nouvelle culture de l’apprentissage que nous ne pouvons ignorer si nous ne voulons pas être dépassés. Et les choses vont vite…

Pour en savoir plus :
Ollivier, C, Gaillat, T et Puren, L.(Coord.), 2016, Numérique et formation des enseignants de langue. Pistes et imaginaires, Paris, Éditions des archives contemporaines, 94 pages. ISBN : 9782813002297 – 22€
Sur le site de Christian Ollivier : https://eurofle.wordpress.com/

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Les pièges de la classe inversée

Posted by Philippe Liria sur 17/03/2017

Presque inconnue il y a à peine trois ou quatre ans, la classe inversée vit un véritable engouement. Pas un stage sans qu’il n’y ait un module sur le sujet (j’en animerai un cet été) ; les responsables pédagogiques sont à la chasse aux experts en inversion de classe pour la formation annuelle de leurs profs ;  sur les réseaux, on y trouve des infos à foison sur les congrès, séminaires et autres rencontres dont l’objet est cette fameuse classe inversée. Quel succès ! Et dire que c’est d’un regard méfiant qu’on nous accueillait quand nous abordions le sujet dans nos ateliers ! S’agit-il d’un simple phénomène de mode ? Ou au contraire, d’une tendance qui s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus généralisé qui cherche à trouver de nouvelles pistes pour la classe ? Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une véritable envie d’essayer de nouvelles pratiques qui motiveraient les apprenants. Cependant, il ne suffit pas de se lancer dans la classe inversée pour en faire. Même si celle-ci présente de nombreux avantages, elle n’est pas exempte de pièges qu’il faut savoir éviter. C’est justement le thème de cet article particulièrement intéressant sur la classe inversée publié en janvier 2017 dans la revue Technologie (n° 206 : p.52-59) et repris sur le blog d’Annick Arsenault Carter. Il nous propose un résumé de la mini-conférence qu’elle-même et deux autres trois experts de la classe inversée, Luc Chevalier (retrouvez-le sur IDEA où il partage son expérience de la classe inversée dans le monde universitaire) et Jean-Marie Le Jeune (Lisez son entretien dans le Café pédagogique du 6/07/2015), ont animé pendant le CLIC 2016, le congrès désormais annuel de la classe inversée qu’organise l’association Inversons la classe ! Vous y trouverez les 10 pièges à éviter si vous souhaitez mettre en place la classe inversée avec vos apprenants. Ils abordent les questions de la perception de la classe inversée auprès des collègues ou des élèves, des réticences rencontrées, des craintes de la surcharge de travail, la technophobie de certains, les difficultés à changer la dynamique de classe, la perte de contrôle des rythmes d’apprentissage ou encore les omniprésentes questions autour de l’évaluation.

Un article indispensable pour toutes celles et tous ceux d’entre vous qui avez envie de changer votre mode d’enseignement et vous posez encore des questions sur la classe inversée.

 

Clic2016 représente un grand moment de ma carrière! C’est à l’Université Diderot à Paris, où j’ai animé la conférence 10 Pièges à éviter en classe inversée avec mes collègues Jean-Marie Le Jeune et Luc Chevalier. Nous avons précisé les détails de notre présentation dans un article à l’intention de la revue Technologie numéro 206 ici: https://drive.google.com/file/d/0B-cqyta5IWozUHBaeENpSHc0bG8/view Merci […]

A lire : 10 Pièges à éviter en classe inversée — Annick Arsenault Carter

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Apprendre en jouant

Posted by Philippe Liria sur 16/02/2017

Jeux d'enfants (Pieter Bruegel l'Ancien, 1560, )

Jeux d’enfants (Pieter Bruegel l’Ancien, 1560, )

Entre le café et le croissant du petit matin, avec la radio en bruit de fond qui nous rappelle que le monde est vraiment malade, ça fait du bien de tomber sur une lecture qui met un peu de gaieté dans cette grisaille matinale. Il s’agit d’un dossier très intéressant sur le site Franc-parler. En collaboration avec T’enseignes-tu ?, le site de ressources pédagogiques pour professeurs de FLE propose un dossier sur le jeu en classe de langue avec de nombreux liens qui vous renvoient vers des fiches pratiques et aussi vers des aspects plus théoriques avec Haydée Silva, certainement l’une des meilleures expertes en la matière et auteure de l’ouvrage de référence sur le sujet, Le jeu en classe de langue (CLE International, 2008). J’en profite pour rappeler l’excellent dossier qu’avaient élaboré Les agités du FLE sur le même sujet et que vous pouvez retrouver en ligne. Et, pure coïncidence, ma consoeur et amie, Fatiha Chahi du Bla-Lab nous relayait ce matin-même depuis son sccop.it un article du quotidien canadien Le soleil sur la place de plus en plus importante qu’occupe le jeu vidéo dans les cours à distance qui « se sont aujourd’hui transformés en véritables expériences d’apprentissage en ligne, plus ludiques et interactives, qui deviennent une option prisée des apprenants, peu importe leur âge« , comme l’illustre bien ce tableau de Pieter Bruegel l’Ancien qui, bien que s’intitulant Jeux d’enfants (1560), nous montre bien que tout le monde joue. Cette importance du jeu dans la classe de langue nous avions aussi eu l’occasion de l’évoquer en vous présentant le numéro de janvier 2016 de Recherches et Applications (n°59) qui faisait le « lien entre jeu et enseignement/apprentissage des langues à l’heure de la perspective actionnelle. ».

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