Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Archive for the ‘Le monde des langues’ Category

CECR : de nouveaux descripteurs non exempts de polémique

Posted by Philippe Liria sur 11/02/2018

CECR – volume complémentaire

Cela faisait déjà quelques mois que le companion était disponible dans sa version anglaise, voici que la version française l’est enfin depuis ce mois de février grâce au travail de traduction de Gilles Breton et Christine Tagliante. Je me réfère bien entendu au fameux volume complémentaire de notre très cher, parfois trop peut-être au point de le vénérer – ce qui nous fait oublier que ce n’est qu’un outil de plus-, Cadre européen commun de référence pour les langues : apprendre, enseigner, évaluer… bref le CECR ou mieux encore, pour les intimes, le Cadre. Publié dans le cadre, accrochez-vous, du Programme des Politiques linguistiques de la Division des Politiques éducatives du Service de l’Education du Conseil de l’Europe (www.coe.int/lang-CECR), ce volume complémentaire de quelque 254 pages nous fournit donc de nouveaux descripteurs, fruits d’un long projet d’actualisation initialisé en 2014 et qui s’est déroulé en différentes étapes dans le souci de « combler les lacunes existant dans les échelles initiales de descripteurs« . C’est ce qui a permis d’élaborer de nouvelles échelles qu’on ne trouvait pas dans la version originale, comme celles sur la médiation, largement présentes dans ce nouveau compagnon de route des professionnels de l’enseignement des langues. D’autres, existantes, ont été revues : ainsi le contrôle phonologique fait-il l’objet d’une nouvelle échelle. On y trouvera également des descripteurs pour les langues des signes ou concernant les jeunes apprenants, ainsi que ceux portant sur l’interaction en ligne, les compétences plurilingues / pluriculturelles ou les réactions à la littérature.  Ce vaste projet, mené par Brian North et Günther Schneider, s’est fait avec la collaboration de nombreuses instituts du monde entier qui ont validé ces nouveaux descripteurs. Ce volume complémentaire est donc le résultat d’un travail de longue haleine qui ne perd pas de vue les objectifs du CECR original que les auteurs de l’avant-propos rappellent : (a) fournir un métalangage pour discuter de la complexité de la compétence langagière, réfléchir, communiquer des décisions sur des objectifs et les résultats d’apprentissage qui soient cohérents et transparents (b) proposer des idées pour l’élaboration de programmes et la formation des enseignants.

Ce rappel n’est pas inutile certainement quand on sait que le CECR est souvent détourné de sa finalité originale pour devenir à son insu un outil de standartisation. Mais attention, ces descripteurs, fraichement publiés en français, ont déjà provoqué des réactions critiques au moment de leur sortie dans leur version originale, en anglais. En octobre dernier, l’Asdifle, par exemple, a co-signé avec d’autres associations de professionnels de la didactiques des langues une tribune dans laquelle ses membres exprimaient leurs réserves sur cette révision du Cadre, la considérant inadéquate « au regard des évolutions de nos sociétés en Europe, de nos terrains, de nos travaux depuis le lancement officiel du CECR en 2000. » Pour les auteurs de cette tribune, et contrairement aux mises en garde pour éviter de tomber dans la standardisation que font les auteurs de ce volume complémentaire, on retrouverait une pérennisation « d’une certaine conception, standardisante et dogmatique, de la didactique des langues (…) ce qui témoigne à la fois d’une cécité certaine, qui conduit à la destruction de toute réflexion dynamique et située, et d’une amnésie coupable vis-à-vis de l’histoire même du CECR et des projets d’une partie des personnes qui ont œuvré à sa réalisation. » Cette tribune est particulièrement sévère sur les nouveaux descripteurs comme ceux de médiation, de plurilinguisme, d’interculturel ; des concepts qui ne sauraient être enfermés « dans des grilles, sauf à vouloir les contrôler en les technicisant pour en assécher toute la diversité et l’hétérogénéité. » Ils ont certainement raison de rappeler que les risques d’une « utilisation coercitive, normative et, in fine, autoritaire, du CECR » est hélas possible dans cette Europe actuelle qui semble parfois plus proche des années 30 du siècle dernier que des idéaux encore bien présents dans l’esprits des auteurs du Cadre original.

Même si la demande des signataires de cette tribune de sursoir la parution de ce volume complémentaire du CECR n’a pas été entendue, il ne faut pas perdre de vue la nécessité d’avoir un regard critique sur cet outil qu’est le Cadre et être vigilants, à tous les niveaux,  des éventuels abus qui pourraient en découler sous l’excuse de la validation de certains niveaux de compétence à partir de descripteurs et d’échelles qui peuvent, pour reprendre les propos de cette tribune, déshumaniser l’appropriation et la transmission des langues et stériliser la réflexion en encourageant des orientations uniformisantes, alors que nous avons justement besoin, dans ce monde pluriel, de mieux prendre en compte la diversité, notamment celle d’apprentissage. Il faut certainement trouver un juste milieu pour profiter au mieux d’un outil qui doit nous faciliter la tâche d’enseignement des langues sans pour autant tomber dans les travers auxquels nous mène toute sacralisation. Or, on le voit bien dans notre quotidien, le Cadre est parfois brandi et cité, souvent faussement d’ailleurs, par des ayatollahs des grilles d’évaluation. Celles-ci sont utiles, et nous ne le nieront pas, mais il faut aussi savoir les interpréter et même en sortir.

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Ecriture inclusive en FLE ? Vous en pensez quoi ?

Posted by Philippe Liria sur 29/10/2017

EXPLIQUEZ-MOI L’ÉCRITURE NON-SEXISTE
Écrit par Aleeshay | Illustré par Luna

« Le masculin l’emporte sur le féminin« , c’est avec cette phrase que nos instits nous faisaient apprendre la règle de l’accord des adjectifs et si le mot « boulangère » existait, ce n’était que pour désigner la femme du boulanger, bien évidemment. Il faut dire que mon école primaire remonte à un temps, pas si lointain mais quand même, où nous n’avions pas encore vraiment abordé la question de la parité de la langue. Une question qui refait surface aujourd’hui avec le débat – parfois très vif – sur l’écriture inclusive. Tout d’abord, de quoi parlons-nous ? On entend par écriture inclusive cette forme d’orthographe qui consiste à placer un point médian au milieu d’un mot : « les apprenant·e·s de français ont été reçu·e·s aux épreuves du DELF« . Du moins c’est le point (littéralement) qui est actuellement au centre de la polémique mais ce sont aussi les formes féminines de certaines professions (une auteure) ou certains titres (la ministre) qui posent maintenant moins de problème même si elles ne sont pas encore complètement acceptées. Que faire de cette forme d’orthographe qui place des points au milieu (des points-milieu) des mots ? Véritable rétablissement de la parité ? Ou « aberration » comme l’entend l’Académie française dans une déclaration officielle du 26 octobre dernier ?
A en croire la vieille institution, il en va de l’avenir de la langue française et de son rapport avec les « générations à venir » qui pourraient ne pas pouvoir « grandir en intimité avec notre patrimoine écrit« . L’Académie envisage un scénario catastrophiste en évoquant le « péril mortel » et l’anéantissement des « promesses de la francophonie » si jamais venait à s’imposer cette nouvelle norme orthographique. J’essaie d’imaginer un instant les apprenants de français en train de passer leur temps à pratiquer cette écriture comme s’il s’agissait d’un exercice tiré de l’unité où l’on parle des adjectifs…
De l’autre côté, on parle plutôt de redonner à la langue française la visibilité à ces féminins disparus et qui ont pourtant bel et bien existé jusqu’au XVIIè siècle. On parlait ainsi de peintresse pour une femme qui peignait mais qui s’en souvient ? Cette forme en -esse n’a rien d’inusuel, au contraire il était courant dans l’ancienne langue. Ecouter à ce sujet une intervention de Bernard Cerquiglini en 2001 dans Tire ta langue et dont le sujet était l’histoire des féminins dans la langue française et qu’a repris France culture à l’occasion de ce débat sur l’écriture inclusive. Un manuel de l’écriture inclusive existe (publié par l’agence Mots-clés) et il est téléchargeable à partir du site qui est justement consacré à cette écriture et qui propose d’agir sur le langage pour que les mentalités changent.
Il semblerait cependant que le débat ne porte pas sur l’ensemble de l’écriture inclusive mais plutôt sur ce point qui se place entre les lettres finales du mot pour y placer le e du féminin. Pour l’académicienne Dominique Bona, cette réforme est un « massacre de la langue française » qui ne va en rien contribuer à la parité homme/femme. Elle pense que cela ne sert qu’à compliquer la langue, à la rendre moins accessible aux étrangers qui apprennent le français.
Avant de se précipiter à prendre position, il me paraît intéressant d’écouter les arguments des uns et des autres. Un sujet qui va au-delà bien entendu de la simple question orthographique et qui se place au niveau de la réflexion sur la place de la femme dans une société où les inégalités homme/femme sont encore importantes même si elles ne sont peut-être plus aussi flagrantes.
Cette question est à mon avis une excellente occasion pour aborder en classe de FLE un sujet de société sous forme de débat ou d’exposé (pourquoi dans une petite capsule vidéo) dans des niveaux avancés. Pour cela, vous pouvez vous aider du dossier de France culture ou du débat Pour ou contre l’écriture inclusive ? sur TV5 Monde. Vous y trouverez aussi les résultats d’un sondage Harris interactive pour Mots-clés où il apparait que 75% des Français sont plutôt pour parmi ceux qui en ont entendu parler (40%).
Personnellement, je ne suis pas convaincu que ce soit un e pris en étau entre deux points qui vont contribuer à rétablir la parité. Mais cela n’engage que moi…

Et vous, vous en pensez quoi ? Vous pouvez répondre à ce petit sondage sur la place de l’écriture inclusive en classe de FLE :

Pour aller plus loin :

Ecriture inclusive et le manuel téléchargeable ici

Déclaration de l’Académie française sur l’ECRITURE dite « INCLUSIVE » (26/10/2017)

Doctrice ou doctoresse ? Histoire de la langue française au féminin (22/01/2017)

Dominique Bona, de l’Académie française : « L’écriture inclusive porte atteinte à la langue elle-même »
(27/10/2017)

Ecriture inclusive : le féminin pour que les femmes cessent d’être invisibles (28/09/2017)

Expliquez-moi l’écriture non-sexiste (05/09/2016)

Pour ou contre l’écriture inclusive ? (17/10/2017)

Une nouvelle façon d’écrire pour en finir avec les inégalités femmes-hommes ? (20/01/2017)

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Quelle intégration du numérique dans la classe de langue ?

Posted by Philippe Liria sur 10/04/2017


Des carences dans la formation
Il n’est pas rare d’entrer dans des salles de classe où l’usage des smartphones est (encore) interdit. Parfois, ce sont mêmes les législateurs qui ont pondu un texte pour garantir que cet objet de tous les démons ne pénètre pas dans le temple du savoir qu’est l’école ! Mais avant même de tomber dans ces extrêmes, il suffit de voir combien d’enseignants encore aujourd’hui sont réticents à faire entrer le numérique dans leur salle de classe. Souvent parce que la formation qui les aiderait à en faire un meilleur usage, ainsi que de ses outils pour accompagner l’apprentissage n’est pas à la hauteur des besoins, voire est complètement absente. Soit parce que l’institution n’y a pas pensé (il ne suffit pas d’exiger de moderniser les pratiques et les outils, il faut en donner les moyens) bien qu’ayant mis en place un plan d’offre de cours comprenant une formation à distance ou hybride ; soit tout simplement parce que l’institution ne prend pas en compte le numérique dans son offre, cas de plus en plus rare même si ce n’est que pour une question de marketing éducatif.

Des contradictions entre discours et pratique
Ce qui est certain, c’est que malgré les discours prônant l’intégration du numérique dans la classe de langue pour favoriser, notamment l’interaction authentique avec l’extérieur, les obstacles sont nombreux qui montrent combien la brèche est importante entre le discours théorique et la réalité de la classe. Plusieurs raisons expliquent cet écart. C’est pour cela qu’il était utile de faire le point sur la situation actuelle pour explorer de nouvelles pistes et surmonter des croyances (idéalistes ou sceptiques) sur la question du numérique dans l’enseignement/apprentissage des langues. Voilà donc le propos d’un superbe ouvrage collectif qu’a coordonnée l’équipe du département FLE de l’Université de La Réunion (Christian Ollivier, Thierry Gaillat et Laurent Puren) : Numérique et formation des enseignants de langue, pistes et imaginaires (2016), aux Éditions des Archives Contemporaines.

Cinq articles pour réfléchir aux implications du numérique dans l’enseignement/apprentissage
On comprendra la présence du mot du CIEP puisque son antenne réunionnaise a rendu en partie possible l’ouvrage mais on s’attardera beaucoup plus sur l’introduction de Christian Ollivier qui nous parle d’emblée du fossé existant entre “nos façons d’être au monde, de percevoir celui-ci et de le vivre” grâce aux innovations technologiques et un monde de l’enseignement, notamment des langues, qui semble tarder à vraiment les intégrer.
Pour mieux comprendre pourquoi ces deux mondes peinent à se rencontrer, il faut bien sûr s’intéresser à la formation des enseignants mais aussi aux formats de formation, hybride ou à distance. Il ne faut pas perdre de vue non plus nos représentations ou nos croyances, en tant qu’enseignants ou qu’apprenants, par rapport au numérique, que nous en soyons des inconditionnels ou que nous les regardions avec distance, celles-ci ont une influence sur notre rapport en classe avec ces innovations technologiques.
A un moment où toutes les institutions, publiques ou privées, semblent vouloir intégrer à n’importe quel prix des cours de langues en ligne, ces cinq articles arrivent à point nommé pour inviter à marquer une pause dans cette course effrénée et prendre le temps de réfléchir à la meilleure façon de réduire le fossé, à défaut de l’éliminer, en prenant compte les différentes implications abordées dans chacune de ces contributions.
Ollivier conclut son introduction en souhaitant une bonne lecture aux chercheurs et aux étudiants, mais je crois qu’il s’agit d’un ouvrage qui mérite une bien plus large audience. Je pense aux directeurs d’établissements et à leurs directeurs ou coordinateurs pédagogiques ou encore aux éditeurs. Tous ont, tous avons besoin de nous poser des questions sur ce numérique omniprésent et son rôle dans nos environnements, qu’il s’agisse des fournisseurs de cours ou des fournisseurs de contenus.

Le smartphone en vedette
Finalement, je voudrais retenir, peut-être comme une anecdote dans cette enrichissante lecture, les deux cas qui mettent en avant l’usage des smartphones. Celui de ces deux enseignantes d’anglais en Azerbaïdjan et celui du projet English in Action, très justement surnommé “The trainer in the pocket” (l’entraîneur dans la poche) par deux enseignants bangalais qui suivent cette formation professionnalisante de la britannique Open university depuis leur pays. Deux exemples qui montrent qu’il est temps tout d’abord de cesser de considérer ces téléphones intelligents des parasites ; puis de cesser de penser que ce sont des instruments du premier monde (ah ces croyances qui ont la peau dure !) mais bel et bien les outils de toute une jeunesse, d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine, en soif d’apprentissage et donc très « numérique » mais pas depuis un ordinateur ou une tablette. Toute une nouvelle culture de l’apprentissage que nous ne pouvons ignorer si nous ne voulons pas être dépassés. Et les choses vont vite…

Pour en savoir plus :
Ollivier, C, Gaillat, T et Puren, L.(Coord.), 2016, Numérique et formation des enseignants de langue. Pistes et imaginaires, Paris, Éditions des archives contemporaines, 94 pages. ISBN : 9782813002297 – 22€
Sur le site de Christian Ollivier : https://eurofle.wordpress.com/

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Prononcer le français… oui, mais comment ?

Posted by Philippe Liria sur 06/02/2017

prononciationJ’ai entre les mains une petite merveille qui va vous plaire, profs de FLE du monde entier. Il s’agit de La prononciation du français dans le monde, du natif à l’apprenant. Cet ouvrage qui vient de sortir (2017) chez CLE International, est dirigé par une équipe d’experts en phonétique et en phonologie (Sylvain Detey, Isabelle Racine, Yuji Kawaguchi et Julien Eychenne) et a bénéficié du soutien de la Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France (DGLFLF). Il propose une véritable étude de la prononciation non pas du mais des français parlés dans le monde ainsi que des mécanismes mis en place par les apprenants pour prononcer notre langue.

L’ouvrage s’intéresse dans un premier temps, au travers de différents chapitres, à la prononciation du français natif (français de référence, norme, accents), ainsi qu’à ses différentes variations géographiques (français méridional, de Belgique, de Suisse, du Canada, de Louisiane, du Maghreb…). Il va ensuite passer à l’analyse des difficultés de prononciation que rencontrent (ou peuvent rencontrer en tout cas) les locuteurs d’une langue donnée après en avoir exposé les principales caractéristiques. Une partie fort utile pour le prof de FLE qui pourra s’appuyer sur ces indications pour mieux préparer la correction phonétique. Dix-neuf profils de locuteurs sont ainsi analysés (anglophones, arabophones, russophones, turcophones, lusophones, hispanophones…). Je salue au passage les remarques sur les particularités de l’espagnol selon les aires dialectales, même si on peut regretter les raccourcis (le manque de place certainement)… Une partie que le lecteur ne manquera pas de compléter par les chapitres consacrés à la formation et à l’enseignement de la phonétique et de la phonologie.
Dans une dernière partie, l’ouvrage va porter son attention sur le domaine suprasegmental de la langue. On y trouvera des articles sur la phonétique expérimentale, la phonologie développementale, la prosodie ou la multimodalité expressive.
Finalement, un CR-Rom divisé en trois parties accompagne cet ouvrage. Il contient des exemples de français natif, non natif ainsi que de nombreuses références complémentaires et des fichiers complémentaires (PDF) qui enrichissent la déjà très complète bibliographie fournie à la fin de chaque chapitre.

La prononciation du français dans le monde, du natif à l’apprenant s’adresse à l’ensemble des professionnels du FLE, enseignants mais aussi formateurs de formateurs. Vous y trouverez les réponses aux nombreuses questions que nous nous posons toutes et tous quand il s’agit d’aborder la phonétique et la phonologie en cours de FLE. Un ouvrage nécessaire sur les étagères des médiathèques et des bibliothèques des centres de ressources pédagogiques et qu’il ne faudra pas oublier de mentionner aux étudiants FLE dans les inconturnables de leur formation.

Pour en savoir plus
Référence complète :
La prononciation du français dans le monde, du natif à l’apprenant. S. Detey, I. Racine, Y. Kawaguchi, J. Eychenne (sous la direction de), janvier 2017 : CLE International. ISBN 9782090382419 – 264 pages
Disponible depuis le site de CLE International.
Retrouvez un extrait de l’ouvrage sur ISSU : https://issuu.com/marketingcle/docs/feuilletage_la_prononciation_du_fra

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Profs et élèves : à vos jeux !

Posted by Philippe Liria sur 23/01/2016

IMG_0242L’un des meilleurs souvenirs de classe à l’époque où je faisais encore cours, c’est quand nous laissions de côté avec les élèves livres et cahiers et que nous prenions le jeu de l’oie des verbes. Les élèves autour, en équipe et avec des règles que nous avions négociées entre nous ; moi, en arbitre ou plutôt en co-animateur avec un autre élève et c’était parti pour un moment de détente mais pas seulement. C’était aussi l’occasion d’interactions authentiques au cours desquelles la conjugaison était certes présente mais en arrière-plan. Ce qui comptait vraiment, c’était les échanges, les expressions spontanées de réussite, les complicités, les efforts et les encouragements. Et cela ne se faisait pas dans la crainte d’une sanction d’un prof-bourreau, prêt à dégainer un carton rouge si on se trompait mais dans le but d’arriver en premier à la case d’arrivée et bien entendu, de s’amuser. Un vrai moment de plaisir où pourtant, sans s’en rendre compte, les élèves conjuguaient et s’exprimaient spontanément en français. Ils ne se souciaient pas des aspects langagiers, pourtant bien présent. Non, le défi était ailleurs.

Un projet pédagogique pour apprendre en jouant

On joue au Memory à Geraybeyli (Azerbaïdjan) - Sources : Site Facebook ON JOUE

On joue au Memory à Geraybeyli (Azerbaïdjan) – Sources : Site Facebook ON JOUE


Ce souvenir qui m’a marqué, je l’admets, est hélas trop anecdotique. Nous ne jouions pas souvent. Pas assez en tout cas maintenant que je regarde dans le rétroviseur. Or, on sait combien le jeu ne devrait pas être un extra parce qu’il reste cinq minutes avant la fin du cours ou que les vacances approchent. Au contraire, il devrait occuper une place centrale dans l’apprentissage. En somme, intégrer le projet pédagogique dans lequel s’inscrit le parcours de l’apprenant. C’est ce qu’Anne-Marie Pauleau nous rappelle dans son article publié dans la livraison de ce mois de janvier du Français dans le monde (n°403 Janvier-février 2016). Elle y présente le projet pédagogique ON JOUE que portent l’Asdifle et la FIPF, un projet qui « encourage les enseignants à utiliser le jeu en classe, à lui donner toute sa place, ouvertement. Il vise aussi à lutter contre l’étiquette de « divertissement stérile » apposée aux activités ludiques » et donc démontrer que « jouer, c’est aussi enseigner« . Cette présentation est illustrée de deux exemples concrets de professeurs à s’être lancés dans ce projet.

Jeu(x) et langue(s) : un lien qui remonte dans le temps et à l’avenir prometteur

Et pour aller plus loin dans cette réflexion sur la place du jeu dans l’apprentissage, il ne faut surtout pas rater le dernier numéro de Recherches et Applications. Sous la direction d’Haydée Silva (Retrouvez son blog sur le jeu) et de Mathieu Loiseau, le numéro 59 de janvier 2016 y est entièrement consacré. Il vient certainement comblé un vide, non pas qu’il soit le premier mais il faut bien reconnaître que « par rapport au foisonnement de la production anglophone sur le sujet, le nombre d’articles et d’ouvrages qui ont vu le jour dans la communauté francophone est encore relativement restreint. » Ce numéro ne prétend pas être un recueil de plus d’activités ludiques pour la classe mais plutôt une réponse à la question et une réflexion à la fois sur le « lien entre jeu et enseignement/apprentissage des langues à l’heure de la perspective actionnelle. »
Le lecteur trouvera donc douze articles regroupés en trois parties et dont les auteurs arrivent des quatre coins de la planète (7 pays et 8 nationalités) ce qui permet de s’interroger sur le rapport qu’ont les apprenants de langue et les enseignants avec le jeu ; comment celui-ci permet de concilier la théorie et la pratique de la langue étudiée. Jouer est sans aucun doute une façon de se désinhiber, d’oser se jeter à l’eau plus facilement. Dans la deuxième partie, « Revisiter », on y aborde le jeu théâtral d’une part et l’écriture créative d’autre part mais on s’interroge aussi sur la place de la langue des apprenants notamment dans la transmission / compréhension des consignes pour un bon déroulement du jeu.
Finalement, dans la troisième partie « Renouveler », une large place est faite au numérique. Impossible de passer à côté. N’avons-nous pas tous en tête la gamification (ou ludification en « bon » français) de l’apprentissage ? Le terme est « dans le vent » nous rappelle Haydée Silva qui le définit comme étant « l’élargissement du paradigme ludique à des domaines dont il est censé être habituellement exclu : travail, santé, éducation… » Nous en parlions déjà dans ce blog il y a quelque temps : j’avais alors invité Fatiha Chahi à écrire sur le sujet. Elle y évoquait notamment les applications dans le domaine de l’apprentissage du français.
Nous le voyons, il s’agit d’une combinaison intéressante de deux éléments qui contribuent sans aucun doute à l’apprentissage des langues : le numérique, avec certainement une place importante à réserver aux outils du web 2.0 et le jeu, en particulier le jeu vidéo. Une façon de progresser dans l’emploi de la langue mais dans un contexte moins formel. On nous plonge dans cette « didactique invisible » dont nous parle C. Ollivier et à travers laquelle nous avançons à partir de parcours ou de scénarios actionnels où le jeu y a une place. Une scénarisation des apprentissages qui rejoint l’idée qu’à partir du moment où on utilise la langue, on l’apprend de façon consciente ou pas.

Ce numéro de Recherche et application est une lecture indispensable et qui va contribuer à renforcer les réflexions des responsables pédagogiques et directeurs des cours qui ici ou là cherchent de plus en plus à intégrer le jeu, pas uniquement dans des ateliers spécifiques mais véritablement dans la classe, ce qui veut dire l’inscrire au programme pour que ceux qui y ont déjà recours ne se sentent pas coupables d’être en train de voler un temps d’apprentissage précieux. De la même façon qu’il nous appartient du côté de l’édition d’envisager une plus grande présence du jeu dans les manuels ou sur les autres supports proposés. Le jeu renvoie au notion de plaisir et donc de motivation. Il fait aussi appel à la collaboration, à la coopération et à la créativité. Il contribue donc à préparer l’apprenant à faire face à des situations imprévisibles en mobilisant des compétences et des stratégies.
Bref, pour reprendre la citation de Cicéron que mentionne Anne-Marie Pauleau dans son article, il est temps de cesser de penser que le jeu ne peut être utilisé qu' »après avoir satisfait aux obligations graves et sérieuses » mais au contraire de l’intégrer pleinement dans le projet d’enseignement/apprentissage de la classe de langue.

Pour en savoir sur le projet ON JOUE
Facebook : http://www.facebook.com/ouifaitesvosjeux
Blog : http://faitesvosjeux.over-blog.com
Email : faitesvosjeux@outlook.fr

A propos du numéro 59 de Recherches et applications :
Ami(e)s du Mexique, vous pouvez assister à la présentation de ce numéro à Mexico le 16 février, à 12h, à la Facultad de filosofía y Letras de l’UNAM (salle A).

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Marion Charreau nous invite à un voyage illustré dans le territoire du français

Posted by Philippe Liria sur 11/11/2015

francais_ciel.jpg(Mise à jour : le 15/12/15)

L’Île des Noms, la Montagne des Verbes… Quels sont donc ces territoires au nom si mystérieux ? Des territoires que traverse un personnage à la découverte de la langue française, tel Lancelot à la quête du Graal ou plus fantastique encore, Alice déambulant dans cet univers inquiétant en apparence mais magique si on n’a pas peur d’emprunter parfois des raccourcis comme le Tube des Pronoms.
Je n’en ai vu que des extraits mais ceux-ci donnent envie de faire la valise et partir dans ce merveilleux voyage initiatique et illustré de la langue française auquel nous invite Marion Charreau – que nous connaissons pour ses formations et son site, Territoires des Langues – dans son livre, Le français vu du ciel. Un voyage qui commence à Barcelone pour nous plonger dans les rouages du français – on ne perd pas de vue l’aspect pédagogique des cartes heuristiques (ou cartes mentales) qui lui sont si chères – à travers 40 planches illustrées.

Cette nouvelle cartographie du français s’inscrit dans une démarche originale pour poser un regard différent sur les verbes, les prépositions, etc. Le français vu du ciel, c’est un beau livre pour tous, francophiles et francophones, apprenants ou enseignants, qui montre que l’apprentissage d’une langue doit aussi – voire surtout – être un moment de plaisir qui n’est pas incompatible avec cette créativité, encore trop souvent délaissée dans une partie du monde de l’éducation. Et ne ratez pas son très intéressant passage sur RFI le 14 décembre. Interviewée par Yvan Amar pour son émission la Danse des mots, Marion nous parle avec passion de ce magnifique livre.Marion Charreau_0

Je vais vite me rendre sur le site de son éditeur, Zeugmo Editions, pour me faire un petit cadeau…

Pour en savoir plus :
http://territoiresdeslangues.com/2015/11/10/le-francais-vu-du-ciel-1-introduction/

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Les avantages du bilinguisme, par Marie Rose Moro

Posted by Philippe Liria sur 12/10/2015

On entend encore, heureusement moins qu’avant, des personnes qui doutent des avantages du bilinguisme ou du plurilinguisme. L’association D’une langue à l’autre, DULALA, propose des vidéos avec des experts qui exposent les avantages du bilinguisme. Je vous propose ici l’intervention de Marie Rose Moro, « chef de file actuelle de l’ethnopsychanalyse et de la psychiatrie transculturelle en France » pour reprendre le chapeau de la biographie de son blog sur lequel je vous conseille d’y faire un tour.

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Causerie sur les classes inversées avec Annick Arsenault Carter, Marcel LeBrun et Christophe Batier à #Clair2015

Posted by Philippe Liria sur 20/08/2015


La classe inversée évolue. Il n’y a pas une, mais plusieurs recettes pour que ça prenne et surtout pour que les élèves accrochent et se sentent motivés. Annick Arsenault Carter (https://philliria.wordpress.com/2012/10/21/vers-la-pedagogie-inversee/) partage dans cette vidéo une causerie avec Marcel Lebrun dans laquelle ils évoquent le travail réalisé avec cet outil pédagogique dont on parle tant récemment. Il est intéressant de noter comment, au bout de 4 ans d’expérience, d’essais et d’erreurs, Annick Arsenault Carter, enseignante au New Brunswick, nous dit que les capsules de sa chaine You Tube sont de plus en plus visionnées en classe, ce qui permet de renforcer la collaboration entre les élèves qui peuvent eux-mêmes publier des contenus.
Bref, c’est toute la gestion de la classe qui a changé. Dans ce sens, comme le souligne Marcel Lebrun, ce n’est pas uniquement la façon de changer la transmission des savoirs qui a été modifiée mais aussi le rôle enseignant/élèves – on parle beaucoup de ce changement mais on est loin de pouvoir vraiment le mettre en place. Ici, on voit que la classe inversée le favorise.
Intéressant de voir comment elle a aussi impliqué les parents dans cette démarche (en leur envoyant une capsule) ou comment son institution a compris les enjeux du projet.
Une causerie très enrichissante qui nous incite à découvrir plus à fond le blog d’Annick Arsenault Carter.

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Le numérique au service de l’innovation pédagogique

Posted by Philippe Liria sur 15/07/2015

IMG_0151« L’élève doit être au centre de l’apprentissage ! » C’est une phrase que tout le monde a entendue mais qu’en est-il réellement ? Une fois dans la classe, la pression des programmes, des institutions, le manque de temps ou de formation font que trop souvent encore la classe est organisée non pas en fonction de l’élève et de sa façon d’apprendre mais plutôt en fonction de ces impératifs. Pourtant, nous devrions tous nous interroger sur notre manière d’apprendre, sur celle de nos étudiants et donc sur ce que nous faisons pour faciliter cet apprentissage. « Tout enseignement efficace doit commencer par la prise en compte de la façon qu’ont les étudiants à apprendre » nous rappelaient les auteurs de How learning works (Jossey-Bass, USA 2010), un excellent livre que je recommande vivement si vous vous intéressez aux processus d’apprentissage. Une inquiétude qui doit bien entendu être présente dans nos cours de français. Quelle place faisons-nous à la créativité ? Quelle rôle peuvent jouer les langues plus ou moins proches pour accompagner l’apprentissage ? Ou que faire de ces technologies qui entrent dans nos classes ? Qu’est-ce qui forcément change dans nos pratiques ou dans la dynamique du cours si le monde change autour de nous ? Ces questions, ce sont celles auxquelles essaient de répondre les spécialistes invités à participer au dossier du 400è numéro (bon anniversaire !) du Français dans le monde. couvn400 Dix pages, c’est encore trop peu pour traiter un sujet aussi vaste mais c’est déjà ça pour lancer la réflexion (ou l’approfondir) dans les salles de profs ou dans les réunions pédagogiques. Une réflexion par exemple sur la nécessité de repenser la classe de sorte que soient mis en avant les talents et les centres d’intérêt car « il s’agit de créer les conditions qui permettent (…) d’apprendre et de s’épanouir, sur le plan collectif et individuel » nous rappelle Ken Robinson (FDLM, pp.50-51), l’auteur de L’élément que j’avais eu l’occasion de présenter dans ce blog il y a quelque temps déjà. Et pour atteindre ces objectifs, il nous faut disposer de plus de temps pendant le moment de la classe. Oui, mais comment ? En réorganisant la distribution des contenus et du temps. La classe ou pédagogie inversée (la flipped classroom en anglais) peut être une solution à cette nécessité de repenser la classe. Marcel Lebrun, professeur à l’Université de Louvain (Belgique), nous parle de ce changement de paradigme et résume les trois niveaux de cette démarche pédagogique qui « repositionnent les espaces-temps traditionnels de l’enseigner-apprendre » (pp.52-53). IMG_0154L’idée de la pédagogie inversée commence à faire son entrée dans la classe de FLE, comme me le rapportait une jeune enseignante venezuelienne lors du BELC Régional de Bogota. Elle n’hésite pas à expérimenter ce concept pour donner une nouvelle dynamique à son cours et donc motiver différemment ses élèves. Je constate aussi que dans plus en plus de formations, on nous demande d’en parler dans l’optique de la mettre en place, même si ce n’est que ponctuellement. Et si ces classes peuvent « prendre », c’est aussi parce que les technologies numériques sont arrivées au bon moment, à condition de savoir en user sans en abuser ! Or, cela a été trop souvent le cas à cause d’une certaine précipitation (un « tsunami numérique », pour reprendre le titre du livre d’Emmanuel Davidenkoff, qu’on ne peut ignorer) malgré les appels à la vigilance d’experts tels que Thierry Karsenti (lire aussi cet article). Il faut donc non pas les imposer mais bien savoir les intégrer dans l’apprentissage. C’est dans cette intégration que réside l’innovation pédagogique. Il faut donc que le professeur apprenne à maîtriser ces outils technologiques de plus en plus performants ; qu’il devienne un « enseignant multidimensionnel » nous dit Marc Oddou, bien connu des profs de FLE notamment grâce à son site. La tablette est un bon exemple d’outil qui peut favoriser cette « créativité pédagogique » des apprenants que revendique Ken Robinson, à condition de gérer l’espace-temps différemment, souligne Laurent Carlier (inovateach.com).lcarlier Et pour y parvenir, il faut changer la dynamique de classe et renforcer la place de l’authentique dans la classe. Le web 2.0 doit y contribuer. C’est l’avis de Christian Ollivierr&a_juillet2013, spécialiste de l’introduction de ces nouvelles pratiques en lien avec les mutations technologiques auxquelles nous assistons et surtout participons (cf. Recherches et applications, juillet 2013). Pourquoi le web 2.0 ? Parce qu’il contribue à l’authenticité des échanges en laissant les apprenants réaliser des « tâches ancrées dans la vie réelle » qui débouchent sur un « produit(…) fortement socialisé« . Mais le ‘comment-j’apprends’ ne passe pas que par la technopédagogie. C’est aussi la capacité à mobiliser des stratégies qui vont contribuer à mieux s’approprier d’une langue. Par exemple, en se basant sur les différents degrés de parenté entre la langue cible et celle de départ. Selon la distance de ces langues, les compétences à mobiliser seront différentes, comme nous le décrit Jean-Michel Robert dans un article sur l’intercompréhension, dont on ne parle pas assez en classe de langue comme je le signalais dans ce blog le mois dernier et qui pourtant contribue vraiment à l’apprentissage des langues et à la mobilisation de stratégies pour mieux y arriver.
Voilà donc un superbe numéro du Français dans le monde, une belle réussite avec un riche contenu pédagogique au-delà de ce dossier. A lire absolument, sur papier ou, puisque nous parlons numérique, sur l’application qui accueille la version numérisée de la célèbre revue.

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Quelle place pour l’intercompréhension dans l’apprentissage des langues ?

Posted by Philippe Liria sur 15/06/2015

imintercom L’autre jour, une étudiante péruvienne qui suit des études de traduction (anglais-français) m’a vu lire un article sur le résultat des élections municipales à Barcelone. Dès les premiers mots, bloquée, elle m’a demandé de quoi parlait l’article. Celui-ci était sur le site d’El País dans El País en catalan. Surpris, je lui ai fait remarquer qu’elle pouvait le comprendre, en tout cas, au moins dans ses grandes lignes. Mais il y avait comme un blocage et la réaction a été : « Je ne parle pas catalan ! ». Pourtant, un lecteur, et a fortiori avec une formation en lettres et en langues, et de surcroit de langue romane (ici, l’espagnol) et qui en étudie une autre, le français, peut-il vraiment avoir cette réaction face à un document écrit dans une autre langue romane ?
Quelques jours plus tard, circulait sur Facebook un lien vers un article de Filomena Capucho sur l’intercompréhension. L’article remonte à 2008 ; ce n’est pas pour autant qu’il manque d’intérêt ni d’actualité même si on a parfois l’impression que le sujet ne déclenche pas les passions, quel dommage ! La lecture de cet article m’a replongé dans cette réflexion autour de l’intercompréhension, si naturelle chez ceux qui avons eu la chance d’être bercés dans des contextes multilingues et de côtoyer des personnes plurilingues ; mais qui ne va pas de soi. D’où la nécessité d’aller vers « une refonte de notre rapport aux langues vivantes et à la pédagogie de leur enseignement », comme le rappellent Pierre Janin et Pierre Escudé dans Le point sur l’intercompréhension, clé du plurilinguisme (CLE, 2010).livreintercom

L’apprentissage des langues au-delà des quatre murs de la classe de langue
Je n’ai pu m’empêcher de faire le lien entre la réaction quelque peu épidermique de cette amie face à un texte en catalan (mais j’ose penser que la réaction eût été la même face à un texte en portugais ou en italien) et le manque de pratique, et même de sensibilisation (plus que de sensibilité), qui domine nos sociétés par rapport à la mise en place de stratégies de lecture – dans un premier temps – pour comprendre un document écrit dans une autre langue, une pratique pourtant si utile et efficace surtout entre langues sœurs ! Je parle bien de stratégie car l’intercompréhension, c’est avant tout ça ! Développer des compétences de réception d’un texte écrit dans une langue qu’on ne connait pas mais qui est rapidement compréhensible à partir du moment où on sait mobiliser des stratégies pour comprendre les principales informations. C’est apprendre à positiver aussi la lecture dans une autre langue plutôt que d’angoisser et de penser immédiatement aux faux amis, aux contresens possibles ou encore aux difficultés grammaticales. Bien sûr que ces pièges existent mais pourquoi se bloquer d’emblée en ne pensant qu’aux problèmes ? N’aurions-nous donc le droit de lire des textes que dans des langues que nous aurions étudiées auparavant ? Devrions-nous forcément passer par une tierce personne dans le cas contraire ? Absurde ! Nous devons renforcer l’intégration de la pluralité linguistique dans nos pratiques enseignantes, ce qui ne serait que le reflet de la réalité du monde actuel. Nous ne pouvons prétendre maîtriser à la perfection toutes les langues mais nous pouvons nous doter d’outils qui permettent de faciliter l’échange grâce au « décloisonnement de l’apprentissage (des langues), une prise en compte de la continuité des familles de langues, et dans un saut méthodologique supplémentaire, du décloisonnement entre les familles de langues elles-mêmes » (Escudé/Janin, p.18).
Je sais que l’intercompréhension surprend voire choque encore certains. Pourtant, après avoir assisté plus d’une fois à des échanges où Espagnols et Italiens utilisaient l’anglais entre eux sans pour autant être de bons anglophones m’a renforcé dans mes convictions que l’intercompréhension serait plus efficace. En Catalogne, il est fréquent d’assister à des échanges où l’un des interlocuteurs parle catalan et l’autre castillan sans que cela ne pose le moindre problème. A ce sujet, l’Etat espagnol devrait s’intéresser de plus près à une pédagogie de l’intercompréhension plutôt que d’y voir l’incarnation du Mal (les mythes fondateurs de nos civilisations ont la peau dure !). Et je ne dirai rien sur l’Etat français mais n’en pense pas moins… (autre mythe fondateur !) Dans les deux cas, ils se rendront compte un jour qu’il vaut mieux privilégier la pluralité linguistique, beaucoup plus universelle que le monolinguisme, à des années-lumière du monde actuel.
L’intercompréhension contribue à une plus grande interaction car elle développe naturellement la curiosité de l’apprenant. C’est une véritable ouverture sur le monde et contribue ainsi à la formation citoyenne plurilingue. C’est bien l’enjeu de la mise en place des DNL dans les programmes scolaires. Je vous invite à découvrir par exemple les excellentes activités d’éveil proposées dans le cadre d’Euromania sur le site Xtec de la Generalitat de Catalunya. Des pistes de stratégies pour l’intercompréhension entre langues romanes sont fournies dans ce document de Jordi Ortiz et plus généralement du matériel et des idées pour la classe sur la page d’accueil consacrée à l’intercompréhension. Je ne sais pas si un site français équivalent existe mais finalement, qu’importe puisqu’il s’agit justement de travailler l’intercompréhension !

Et en FLE ?
L’intercompréhension a toute sa place dans la classe de FLE et dans ces différentes déclinaison comme le FOS.
On me demande souvent ce que je pense de la place de la langue des apprenants dans la classe de français en contexte exogène. Ma réponse est claire : pourquoi cette langue, leur langue, ne pourrait-elle pas entrer dans la salle de classe ? Dans une démarche actionnelle, on demande de prendre en compte le bagage des apprenants. Leur langue est certainement l’un des plus précieux. Par contre, je crois aussi qu’il faut savoir en canaliser la présence et des activités notamment basées sur l’intercompréhension peuvent aider à rassurer les apprenants tout en les mettant en contact directement avec des documents complexes à condition justement de développer des stratégies appropriées.
Nous devons entraîner nos élèves par exemple à suivre l’actualité internationale (ou n’importe quel sujet d’intérêt) en français et dans leur langue. Ce qui est très simple aujourd’hui grâce à internet. Ceux-ci se rendront compte très rapidement qu’ils sont capables d’identifier des informations et de les comprendre même si dans un premier temps ils ne pourront en parler que dans leur langue ou que très partiellement en français. Mais n’est-ce pas motivant justement de se rendre compte que dès les premiers pas dans la classe de français on peut interagir plutôt que de ne penser qu’aux barrières que peuvent être les difficultés lexicales ou grammaticales ? Il me semble que cette démarche est encore plus indispensable en FOS ou en FOU, qui d’une certaine façon rejoignent les DNL évoquées plus haut.
Une étude menée par Patrick Engler sur la place de l’intercompréhension et la classe de FLE chez des apprenants hispanophones est disponible en ligne. Elle comprend une première partie plus théorique et est suivie de propositions pratiques pour la classe basée sur les TICE.

L’intercompréhension, l’avenir d’un monde plurilingue
Aujourd’hui plus encore qu’hier, nous devons renforcer l’intercompréhension car c’est l’avenir non seulement d’une Europe multilingue mais plus généralement d’un monde où nous sommes tous amenés à nous rencontrer et à mener/construire ensemble des projets, finalité même de la démarche actionnelle.
Et en guise de conclusion, je voudrais revenir à la réaction de cette étudiante péruvienne. Il me semble qu’il est urgent d’intégrer à l’université l’intercompréhension car indépendamment des études suivies, tout étudiant d’aujourd’hui sera confronté à des documents en provenance de plusieurs langues – nous aurions tort de penser que l’anglais est la solution, ou pis encore un traducteur automatique d’un moteur de recherche – et qu’il vaut mieux donc, dès maintenant, qu’il se prépare à être compétent à pouvoir les lire et les comprendre, même si ce n’est que partiellement.

Pour en savoir plus sur l’intercompréhension :

Site de l’Association Pour l’intercompréhension des langues, APIC
Facebook APIC de l’APIC
Le point sur l’intercompréhension, clé du plurilinguisme, Pierre Escudé, Pierre Janin in Didactiques des langues étrangères. CLE International : Paris 2010
L’intercompréhension est-elle une mode ? Du linguiste citoyen au citoyen linguiste. Article de Filomena Capucho publié dans la revue en ligne Pratiques en 2008
Intercomprehension in Theorie und Praxis, Christian Ollivier et Margareta Strasser. Praesens : Vienne, 2013
S’entendre entre langues voisines : vers l’intercompréhension. Virginie Conti, François Grin. Georg Editeur, 2008
Euromania, material i recursos sur le site du Departement d’Ensenyament de la Generalitat de Catalunya
Euromania. Intercomprensió, una via al plurilinguisme. Sota la direcció de Pierre Escudé, traducció i adaptación: Rosa Fornell, Elisabet Portabella, Francesca Ruiz. Université de Toulouse-Le Mirail amb la col.laboració de la Generalitat de Catalunya, 2012 (PDF)
Estratègies per treballar la intercomprensió, Jordi Ortiz. Universitat Pompeu Fabra. Barcelone.(PDF)
Didactique des langues voisines : mobilisation et optimisation de la parentéespagnol-français et des principes intercompréhensifs dans des ressources de FLE en ligne. Patrick Engler, Linguistics. 2011.

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