Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Archive for the ‘Techno-pédagogie’ Category

Un, des clics… où la pédagogie et le numérique se donnent RDV

Posted by Philippe Liria sur 06/12/2016

un_des_clicsC’est toujours avec plaisir qu’on accueille de nouveaux sites dans la blogosphère et plus encore si c’est le blog d’une amie. Fatiha Chahi, formatrice et enseignante de FLE, auteure et éditrice, s’intéresse à tout ce qui touche à la pédagogie et au numérique éducatif depuis déjà quelques années, a décidé de nous faire partager sa passion à la fois pour tout ce qui touche à la pédagogie mais aussi à la technologie à travers son tout nouveau blog, Un, des clics. Lecteurs de ce blog, vous la connaissez peut-être déjà à l’occasion d’un article qu’elle avait bien écrit sur la ludification. Depuis deux ans maintenant, elle co-dirige Le Bla Lab dont elle est co-fondatrice, aux côtés de Ginebra Caballero. Responsable Pédagogie & Numérique de cette société spécialisée en packaging éditoriale, elle nous invite à découvrir son « blog qui s’adresse avant tout aux curieux, mais aussi aux enseignants de FLE, aux acteurs du monde de l’éducation, aux formateurs, aux passeurs de savoirs et de savoir-faire de tout domaine, aux technophiles« .
Vous pourrez notamment trouver des ressources et y apprécier aussi une rubrique très sympa, Un café avec… qui propose des entretiens avec « des acteurs du monde de l’éducation et de la formation, des pédagogues, tous passionnés de leur métier.« . Merci Fatiha pour cette belle initiative !

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De la réalité virtuelle pour apprendre les langues ?

Posted by Philippe Liria sur 20/11/2016

(Extrait de la vidéo de présentation de la RV par D'capsules pour l'école)

(Extrait de la vidéo de présentation de la RV par D’capsules pour l’école)

Et si le réalité virtuelle (RV, d’après l’acronyme anglais VR pour Virtual Reality) était un des nouveaux outils les plus prometteurs de la classe de langue ? En effet, pourquoi ce progrès technologique ne finirait-il pas dans nos cours de langue ?

Vers un vrai apprentissage immersif

On le sait, les écoles d’ingénieurs travaillent un peu partout dans le monde pour développer des technologies qui vont transformer notre façon de communiquer et d’interagir. La RV en est une. Imaginez par exemple des apprenants qui rencontreraient dans des espaces virtuels des locuteurs de la langue qu’ils étudient. Cela va encore plus loin que les cours en visioconférence qui se sont développés ces dernières années. On associe souvent les applications de cette réalité virtuelle aux jeux vidéos ou aux domaines des sciences pures ou de la médecine ; on le fait beaucoup moins dans notre monde des langues. Pourtant on voit bien l’évolution que l’apprentissage des langues est en train de vivre à partir des nouveaux supports qui permettent de développer des logiciels et des applications, plus ou ou moins efficaces ou plus ou moins sérieux mais qui montrent bien que nous ne pouvons continuer à concevoir l’enseignement/apprentissage de la même manière qu’il y a à peine quelques années. D’ailleurs, ne voyons-nous pas déjà circuler des applications en RV ? Je pense par exemple à House of Languages, développée par un Russe de Saint-Petersbourg, Maxim Miheyenko. Il s’agit d’une maison dans laquelle, le casque sur la tête, l’apprenant peut virtuellement déambuler pour aider Mr Woo à trouver les objets qu’une voix en off lui demande de chercher. Les yeux de l’apprenant pointent l’objet en question et c’est gagné ! Il peut même le toucher virtuellement ! Une façon ludique d’apprendre du vocabulaire qui permet en plus de travailler la compétence de réception orale. Une vraie immersion dans la langue qui ne peut nous laisser indifférents. Est-ce que ce type de produit est représentatif de ce que pourrait être la classe de langue demain ? On imagine les élèves partir virtuellement à la découverte des rues d’une ville française dans un voyage en RV ? On continuera à travailler l’orientation mais en plus l’apprenant le fera dans un environnement culturel adapté à ses objectifs d’apprentissage (les magasins, l’organisation de la rue, le passant ou l’agent à qui poser une question, décider d’entrer dans un restaurant ou dans l’épicerie du coin de la rue…). On sourit, d’un air sceptique mais après tout, ces outils ne vont-ils pas permettre d’atteindre les objectifs qu’a tout apprenant d’une langue : être plongé dans ladite langue. La RV permet une approche immersive à prendre très au sérieux dans notre domaine. Les murs qui séparent encore fortement la classe de la réalité sont abattus par l’arrivée de cette RV. On voit bien quels effets cela peut avoir pour le FOS par exemple. On imagine comment plonger des professionnels dans un espace virtuel reproduisant le lieu où ils exercent leur activité mais où ils devraient le faire dans la langue cible. Reproduire l’environnement permettra de reproduire les gestes, les attitudes, les réactions de la situation réelle à laquelle ils doivent se préparer et cela les aidera à acquérir les automatismes de la langue, à mieux mémoriser le vocabulaire et à plus généralement à agir. Je vois dans la RV un véritable stimulus pour l’apprenant.

Le FLE saura-t-il être au rendez-vous de la RV ?

Cette RV n’appartient plus au monde de la fiction, c’est une réalité mais qui va certainement encore tarder à faire son entrée dans les pratiques d’apprentissage des langues car il va falloir développer du matériel. Cela demande de la créativité, de la technologie, de l’expertise en ingénierie de la didactique des langues (il ne suffit pas que ce soit joli, même si l’esthétique est primordial) et des fonds, beaucoup de fonds ! Et c’est là que le bât blesse ! La RV reste onéreuse. Et dans le domaine du FLE, on risque de devoir attendre longtemps d’ici à ce qu’il y ait des contenus basés sur une progression. Alors qu’en anglais nous voyons apparaître déjà des produits comme House of Languages qui prétend sur son site promotionnel s’adresser à des millions d’apprenants, qu’en sera-t-il du développement d’un tel produit en français ? Peut-on imaginer qu’une start-up issue d’une école d’ingénieurs et en collaboration avec des experts FLE développe ce type de produit ? La frilosité des investisseurs ou des responsables financiers hexagonaux freinera-t-elle la création d’un tel produit ? Ou devrons-nous entendre les critiques de ceux qui se plaindront que ce sont des Américains qui proposent une version française de leur produit ? Espérons que le FLE ratera pas le coche de cet important rendez-vous que nous donne la RV pour entrer dans une nouvelle dimension de l’apprentissage de la langue.

Inciter à développer des projets éducatifs en RV
Alors qu’en France, les débats autour du numérique semblent tourner en rond, ailleurs les choses bougent. En tout cas, à Washington on prend cette RV très au sérieux au point de créer un nouveau prix pour récompenser la création d’outils éducatifs de réalité virtuelle ou augmentée, convaincu de l’importance de développer un apprentissage basé sur la simulation pour enrichir l’expérience des apprenants. On remarquera en plus la volonté d’impliquer directement les acteurs en le incitant à développer des produits éducatifs en RV. Je me trompe peut-être et je serai ravi de recevoir des rectifications au sujet de l’investissement de la France dans le domaine du développement de produits éducatifs en RV ou en réalité augmentée.

Les entreprises privées, surtout des start-up du monde anglo-saxon, travaillent d’arrache-pied dans le développement d’outil éducatif RV en collaboration avec des établissements scolaires. C’est le cas d’un réseau d’écoles irlandais qui, en 2014, s’est lancé, avec le soutien d’une entreprise privée, elle-même soutenue par Google, dans une expérimentation particulièrement intéressante autour de la 3D et la RV comme le montre cette vidéo :
Cette vidéo a été publiée sur le site d’une publication en ligne directement liée à Google News et qui énumérait les 5 avantages de la RV. La présence du géant Google n’est pas innocent et on comprendra bien que, même si cette l’expérimentation n’est pas dénuée d’intérêt, elle est certainement biaisée du fait de cette connexion avec l’un des fabricants de ces casques RV. Des choses se passent en France. On peut citer l’exemple de D’capsules pour l’école. Il s’agit d’une école française qui propose une présentation de la RV et de son intérêt en classe. Le site contient une somme impressionnante de vidéos qui peuvent être vues en 3D (point 6) :

Les pieds sur terre

S’agissant de l’éducation, il est évident qu’il faut un débat. Nous devons avoir les pieds sur terre. Il va bien sûr falloir se poser des questions sur le modèle d’apprentissage que nous voulons mettre en place dans le monde des langues. Voulons-nous vraiment voir tous les apprenants avec des casques RV sur la tête en train d’échanger virtuellement avec quelqu’un d’autre qui se trouve à l’autre bout du monde ? Et puis il faut aussi éviter de tomber dans le piège de la marchandisation de l’éducation. La RV est pressenti par les experts comme un marché très juteux et qui devrait connaître une croissance exponentielle dans les années à venir. Le monde de l’éducation fera partie des grosses parts de marché de cette RV – lire à ce sujet cet article du Washington Post du 18/11/2016.

C’est la raison pour laquelle il est important que ces développements technologiques et les objets qui les servent (smartphones, casques RV) et qu’il serait dommage de ne pas utiliser dans l’apprentissage, dont celui des langues, soient accompagnés d’une véritable réflexion sur les vertus mais aussi les défauts qu’il peut y avoir à tout vouloir numériser. C’est d’ailleurs un sujet qui a été au centre des échanges lors de la Semaine de l’Education vient de prendre fin et donton aura l’occasion de reparler.

Pour en savoir plus :
Sur le site de U.S News, Virtual Reality Changes Global Engineering Schools, 26/10/2016 (dernière consultation le 19/11/2016), par Ilana Kowarski.

Sur le site la Maison blanche, A New Prize Challenge for Virtual and Augmented Reality Learning Tools, 15/11/2016 (dernière consultation le 19/11/2016) par Erik Martin et Albert Palacios

House of languages https://vrjam.devpost.com/submissions/36280-house-of-languages

Semaine de l’éducation http://semainedeleducation.laligue.org/

Sur le site du Washington Post : Exploring a new frontier this holiday shopping season: Virtual reality, 18/11/2016 par Hayley Tsukayama

Sur le site de Hypergrid Business : 5 ways virtual reality will change education, 7/11/2014 par Kate Abrosimova

D’capsules pour l’école http://dcapsulespourlecole.weebly.com/

Sur Thot Cursus, La réalité virtuelle, prochain vecteur de changement en éducation? http://cursus.edu/article/25505/realite-virtuelle-prochain-vecteur-changement-education/#.WDGzUPnhDIU, publié le 17/05/2015 (dernière consultation le 20/11/2016) par Alexandre Roberge

Sur le site du magazine de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée : Réalité virtuelle – Une possible révolution de l’enseignement http://www.realite-virtuelle.com/realite-virtuelle-enseignement publié le 12/04/2016 (dernière consultation le 20/11/2016) par Tarik H

Sur le site de Ludovia : L’éducation virtuelle : Est-ce possible ? http://www.ludovia.com/2016/06/leducation-virtuelle-est-ce-possible/ publié le 18/06/2016

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Les outils numériques rendent-ils plus difficile l’apprentissage ?

Posted by Philippe Liria sur 22/10/2016

Les outils numériques rendent-ils plus difficile l’apprentissage ? Pour savoir d’où vient cette question, lisez La Contra de La Vanguardia du 22/10/2016 (disponible en espagnol ou en catalan sur le site du journal catalan). Suggérer la lecture d’une interview de Manfred Spitzer (lien en allemand vers sa biographie sur Wikipédia) dans ce blog pourra certainement en surprendre plus d’un. Habitué à y trouver des articles et des liens qui sont plutôt favorables à l’intégration du numérique dans l’éducation, on peut s’étonner que je contribue à diffuser le message de ce neurologue allemand qui préconise ni plus ni moins que de retirer les smartphones et les tablettes de la classe car ces outils, qu’il perçoit plus comme des gadgets, « rendent difficiles l’apprentissage ». J’ai toutefois décidé de le faire parce que je crois que nous ne devons pas non plus nous laisser emporter par le « tsunami numérique » sans réfléchir sur les avantages et les inconvénients. Souvenez d’ailleurs du rapport de Thierry Karsenti il y a deux ans environ et dont je m’étais fait l’écho dans ce blog. L’expert canadien s’interrogeait sur les bienfaits de la tablette en classe. Spitzer va plus loin et prétend éliminer des classes tous ces appareils qui empêcheraient les élèves de se concentrer dans leur apprentissage. Il n’est pas technophobe mais pense que, comme une voiture dont on ne laisse pas le volant entre les mains d’un enfant, il faudrait interdire ces outils mais aussi Internet aux moins de 18 ans. Hérésie ! Comment ose-t-on affirmer de telles choses à l’ère du numérique qu’est la nôtre ? Un peu comme ceux qui critiquent l’innovation pédagogique et préfèrent la bonne vieille classe, telle qu’on la toujours faite (cf. Haro sur l’innovation pédagogique – Mars 2016). Inutile de préciser que je ne partage pas les suggestions de Spitzer (et des voix bien plus qualifiées que la mienne aussi remettent en cause ses analyses), mais nous ne pouvons pas nier non plus que cette révolution technologique provoque de véritables changements sociétaux et qu’il est fondamental de s’interroger sur ceux qu’ils nous apportent. Des sonnettes d’alarme comme celle que tire ce chercheur allemand doivent nous obliger à bien réfléchir à l’usage que nous faisons de la technologie numérique. Pas question de tomber dans cette « démence numérique » dont nous parle Spitzer (pour reprendre le titre d’un de ses ouvrages, Digital Demenz, 2012) mais analysons clairement ce qu’apporte tel ou tel outil numérique dans l’apprentissage. A ce propos, je vous conseille de regarder ce petit reportage diffusé sur Arte en 2015 :

Alors ne nous laissons pas entraîner par les dogmes ni d’un côté ni de l’autre. C’est ce qui fait l’intérêt de cette interview même si elle choque certaines convictions qu’on peut avoir sur le numérique. Je rejoins sur ce point Marcel Lebrun qui, dans un article publié en 2015 sur revue-projet.com, a bien raison de nous rappeler que ce n’est pas parce qu’il y a révolution technologique que nous allons vivre une révolution pédagogique. Les miracles n’existent pas ! Ce rappel, il le fait dans le cadre d’un débat sur le numérique à l’école où différents spécialistes interviennent pour essayer d’apporter des éléments de réflexion sur la question. nous devons tous avoir une réflexion globale sur la signification que doit avoir l’irruption du numérique dans l’enseignement/apprentissage, et notamment celui des langues étrangères, dont le FLE bien entendu.

Pour en savoir plus :
Interview de Manfred Spitzer (en français, 01/11/2013)

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Haro sur l’innovation pédagogique !

Posted by Philippe Liria sur 02/03/2016

(mise à jour : 06/03/2016)

Un courant inquisitorial serait-il en train de vouloir mettre à l’index l’innovation numérique ? Ce ne sont plus les ténèbres de l’Enfer à la veille de l’an mil qui font peur mais la galaxie d’Internet et ce monde digitalisé. Dans le domaine pédagogique, certains invoquent la tradition d’enseignement, tels des prédicateurs médiévaux, pour mettre en garde contre ces chevaliers de l’Apocalypse, du moins celle de l’éducation si nous nous laissons envoûter par le Mal qu’incarnerait le numérique à l’école. Certes, les questions sont nombreuses et nous ne devons pas suivre aveuglément les nouveaux courants didactiques. Nous ne pouvons ignorer les risques voire les menaces. Devons-vous cependant, saisis par la peur face à l’inconnu, nous replier et refuser un enseignement/apprentissage prenant justement en compte les nouvelles possibilités que nous propose cette société connectée ?

Une remise en cause de l’innovation pédagogique
Début février, j’ai retweeté un article de Michel Guillou qui s’interrogeait sur l’intérêt réel de la classe inversée. Il y critiquait une sorte d’engouement aveugle pour cette démarche pédagogique qui, selon lui, ne serait ni novatrice ni si efficace contrairement à ce que certains prétendent. En partageant l’article en question, je ne prétendais pas donner raison à son auteur mais plutôt contribuer à une réflexion sur ce que doit et ne doit pas être la classe, et pas seulement si nous l’inversons. A lire Michel Guillou, on pourrait croire que rien n’est à faire en classe car tout s’y fait déjà. Comme si la pédagogie différenciée, par exemple, était pratique courante ou les pédagogies actives une habitude quotidienne de la classe. Je ne peux pas donner mon avis sur l’ensemble des pratiques de classe, mais ce que je connais de la classe de langue, en particulier dans le domaine du FLE, me permet d’affirmer que malheureusement nous en sommes bien loin. Cette remise en cause de l’innovation pédagogique est aussi au centre d’un ouvrage dont s’est récemment fait écho le quotidien catalan La Vanguardia (28/02/16), Contra la nueva educación d’Alberto Royo (Ed. Plataforma, 2016). Son auteur, répondant aux questions du journaliste dans une interview de ce même journal, critique « les pratiques novatrices actuelles » qui, selon lui, mépriseraient « la tradition rien que parce qu’elle n’implique pas la modernité, ce qui altère les objectifs naturels de l’instruction publique et du professeur« . Toujours d’après ce professeur de collège et lycée, les émotions, l’apprentissage des langues ou la technologie « ne doivent pas faire partie des objectifs de la classe (…)« . Même si cette réflexion est faite depuis la situation du contexte espagnol, son approche interroge les initiatives menées pour que l’apprentissage sorte de son carcan. Vous comprendrez bien que je suis choqué de lire ici ou là que tout existerait déjà en matière d’enseignement/apprentissage. Cela ne veut pas dire que tout ce qui est nouveau est forcément bon. Il est aussi bon d’écouter ces « grognons« , comme les désigne Michel Serres, pour justement ne pas tomber dans le dogme, ce qui serait forcément négatif. Les écouter, c’est une façon de ne pas accepter tout et n’importe quoi au nom de la modernité didactique.
C’est par exemple, ne pas applaudir bêtement des initiatives politiques en faveur du bi- ou tri-linguisme dans les collèges ou lycées si les moyens (formation des enseignants, infrastructures, supports) ne sont pas mis afin de garantir la transmission de la matière. Qu’un collégien reçoive un cours de SVT en anglais ou en français dans une langue approximative parce qu’elle n’est pas vraiment maîtrisée par l’enseignant, c’est tout simplement un leurre pour ne pas parler de charlatanisme éducatif ! Nous n’avons pas le droit de le permettre. Ce n’est pas pour autant que l’enseignement d’une matière dans une langue étrangère soit mauvais. Le problème n’est évidemment pas là, et c’est là l’erreur d’interprétation de ces grognons.

Non au bricolage !
De même, quand Michel Guillou critique la classe inversée et en particulier le manque de qualité d’une grande partie des capsules vidéos dont on parle tant actuellement, je suis d’accord avec lui. Mais pointons le vrai problème. Que préconise-t-on au sujet de la classe inversée ? Marcel Lebrun, l’un des meilleurs spécialistes de la question en Europe, dit bien qu’il faut élaborer des capsules vidéos ayant fait l’objet d’une scénarisation (je vous conseille d’ailleurs de visionner <a href="http:// » target= »_blank »>la causerie entre Christophe Batier et Marcel Lebrun du 17/02/16). Or, il suffit de faire un tour sur Internet pour se rendre que ces capsules sont souvent d’une qualité qui laisse à désirer. Bref, alors qu’elles devraient être l’un des outils de base de cette inversion de la classe, elles pourraient être la cause de son échec. Les changements viendront de la base mais il est important que les acteurs éducatifs s’impliquent de façon à fournir des contenus de qualité en adéquation avec les nouveaux besoins. De même, il faut donner aux enseignants les moyens de se former pour qu’ils puissent sinon créer au moins pouvoir adapter du matériel à la réalité de leurs classes. Cette absence de formation, c’est souvent elle qui est à l’origine du manque d’utilisation ou de l’infra-utilisation de nouveaux outils de la classe, comme je le soulignais déjà dans un article de ce blog il y a tout juste deux ans et qu’aujourd’hui un très intéressant rapport de Thierry Karsenti (Le tableau blanc interactif (TBI) : usages, avantages et défis) vient confirmer. J’en conseille très vivement la lecture : loin de condamner l’usage de cet outil, l’auteur du rapport souligne les contradictions de son utilisation en classe, souvent comme simple projecteur et très rarement interactif, dans le sens où les élèves n’y ont presque jamais accès. A la fin (p.33), Karsenti donne quelques recommandations pour un meilleur usage de cet outil. Son étude porte sur le cas canadien mais je pense qu’il est représentatif de ce qui passe habituellement dans de nombreux coins de la planète.

Pour en revenir à nos capsules, que des enseignants en fassent, souvent en dehors de leur emploi du temps, c’est bien. On ne va pas reprocher la prise d’initiative ! Mais l’innovation pédagogique ne doit pas être sujette à la simple initiative d’un enseignant ; et qui plus est, l’accès à cette innovation ne doit pas frustrer d’excellents enseignants parce qu’ils ne seraient pas nécessairement techniciens. Une évidence et pourtant… A ce sujet, je signale un webinaire qu’organise Jürgen Wagner le 21 avril prochain sur la création de capsules vidéos. Il y sera question des différents type de vidéos et de leur intérêt pédagogique. On verra qu’il n’est pas nécessaire d’être hyper-équipé et qu’un simple smartphone nous permet déjà de réaliser des capsules à condition de suivre certaines règles. De même qu’on pourra voir qu’il faut aussi en suivre pour qu’elles soient attractives, un élément important si nous voulons motiver les apprenants.

Cessons de crier haro sur l’innovation pédagogique !
Ne confondons pas les choses. Cessons de crier haro sur l’innovation pédagogique sous prétexte qu’elle nous rendrait plus bête, comme l’affirment certains ! Non, tout n’est pas fait ! Et si le monde change, pourquoi la classe ne changerait-elle pas ? Si l’accès à l’information change, pourquoi l’enseignement/apprentissage devrait-il rester figé dans des pratiques du XIX ? Pour ceux qui en douteraient, retrouvez la célèbre animation de Ken Robinson sur Youtube (vous la connaissez certainement mais au cas où, <a href="http:// » target= »_blank »>la voici). Elle illustre parfaitement la situation dans laquelle nous sommes et vers où nous devrions aller. Mais ne perdons pas non plus notre sens critique face aux nouvelles propositions issues en partie de l’évolution même de la société. Mettons fin à cette espèce de croisade contre l’innovation pédagogique que certains semblent vouloir lancer depuis le fond de la caverne éducative ! Ce n’est pas en interdisant les smartphones – par exemple – en classe (comme on le fait encore trop souvent) que nous allons améliorer l’enseignement/apprentissage mais plutôt en réfléchissant en quoi ces nouveaux outils peuvent être à son service. Plutôt que de mettre au ban l’innovation pédagogique, posons les bonnes questions comme le suggèrent William D. Eggers et Paul Macmillan dans leur livre The Solution Revolution (Harvard Business Review Press, 1973 -non traduit en français, à ma connaissance) qui se demandent comment améliorer l’école et qui affirment que pour trouver la réponse, il faut que nous nous interrogions sur son objectif réel (mieux éduquer et mieux préparer les jeunes à l’avenir)*. Bref, ce n’est pas en faisant ce que nous avons toujours fait que nous trouverons des réponses aux questions pédagogiques d’aujourd’hui mais au contraire en essayant ce qui n’existe peut-être pas encore, en allant au-delà des solutions existantes. Nous nous tromperons peut-être mais sbagliando s’impara. N’ayons pas peur de l’échec ! Pour avancer, il faut sortir de sa grotte…

*Je reprends ici l’idée qu’expose le célèbre journaliste et analyste argentin Andrés Oppenheimer dans son ouvrage Crear o Morir, la esperanza de Latinoamérica y las cinco claves de la innovación (Ed. Vintage Español, 2014 – non traduit en français) sur la nécessité, entre autres, de changer le prisme dès l’enfance (p.295-296)

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Profs et élèves : à vos jeux !

Posted by Philippe Liria sur 23/01/2016

IMG_0242L’un des meilleurs souvenirs de classe à l’époque où je faisais encore cours, c’est quand nous laissions de côté avec les élèves livres et cahiers et que nous prenions le jeu de l’oie des verbes. Les élèves autour, en équipe et avec des règles que nous avions négociées entre nous ; moi, en arbitre ou plutôt en co-animateur avec un autre élève et c’était parti pour un moment de détente mais pas seulement. C’était aussi l’occasion d’interactions authentiques au cours desquelles la conjugaison était certes présente mais en arrière-plan. Ce qui comptait vraiment, c’était les échanges, les expressions spontanées de réussite, les complicités, les efforts et les encouragements. Et cela ne se faisait pas dans la crainte d’une sanction d’un prof-bourreau, prêt à dégainer un carton rouge si on se trompait mais dans le but d’arriver en premier à la case d’arrivée et bien entendu, de s’amuser. Un vrai moment de plaisir où pourtant, sans s’en rendre compte, les élèves conjuguaient et s’exprimaient spontanément en français. Ils ne se souciaient pas des aspects langagiers, pourtant bien présent. Non, le défi était ailleurs.

Un projet pédagogique pour apprendre en jouant

On joue au Memory à Geraybeyli (Azerbaïdjan) - Sources : Site Facebook ON JOUE

On joue au Memory à Geraybeyli (Azerbaïdjan) – Sources : Site Facebook ON JOUE


Ce souvenir qui m’a marqué, je l’admets, est hélas trop anecdotique. Nous ne jouions pas souvent. Pas assez en tout cas maintenant que je regarde dans le rétroviseur. Or, on sait combien le jeu ne devrait pas être un extra parce qu’il reste cinq minutes avant la fin du cours ou que les vacances approchent. Au contraire, il devrait occuper une place centrale dans l’apprentissage. En somme, intégrer le projet pédagogique dans lequel s’inscrit le parcours de l’apprenant. C’est ce qu’Anne-Marie Pauleau nous rappelle dans son article publié dans la livraison de ce mois de janvier du Français dans le monde (n°403 Janvier-février 2016). Elle y présente le projet pédagogique ON JOUE que portent l’Asdifle et la FIPF, un projet qui « encourage les enseignants à utiliser le jeu en classe, à lui donner toute sa place, ouvertement. Il vise aussi à lutter contre l’étiquette de « divertissement stérile » apposée aux activités ludiques » et donc démontrer que « jouer, c’est aussi enseigner« . Cette présentation est illustrée de deux exemples concrets de professeurs à s’être lancés dans ce projet.

Jeu(x) et langue(s) : un lien qui remonte dans le temps et à l’avenir prometteur

Et pour aller plus loin dans cette réflexion sur la place du jeu dans l’apprentissage, il ne faut surtout pas rater le dernier numéro de Recherches et Applications. Sous la direction d’Haydée Silva (Retrouvez son blog sur le jeu) et de Mathieu Loiseau, le numéro 59 de janvier 2016 y est entièrement consacré. Il vient certainement comblé un vide, non pas qu’il soit le premier mais il faut bien reconnaître que « par rapport au foisonnement de la production anglophone sur le sujet, le nombre d’articles et d’ouvrages qui ont vu le jour dans la communauté francophone est encore relativement restreint. » Ce numéro ne prétend pas être un recueil de plus d’activités ludiques pour la classe mais plutôt une réponse à la question et une réflexion à la fois sur le « lien entre jeu et enseignement/apprentissage des langues à l’heure de la perspective actionnelle. »
Le lecteur trouvera donc douze articles regroupés en trois parties et dont les auteurs arrivent des quatre coins de la planète (7 pays et 8 nationalités) ce qui permet de s’interroger sur le rapport qu’ont les apprenants de langue et les enseignants avec le jeu ; comment celui-ci permet de concilier la théorie et la pratique de la langue étudiée. Jouer est sans aucun doute une façon de se désinhiber, d’oser se jeter à l’eau plus facilement. Dans la deuxième partie, « Revisiter », on y aborde le jeu théâtral d’une part et l’écriture créative d’autre part mais on s’interroge aussi sur la place de la langue des apprenants notamment dans la transmission / compréhension des consignes pour un bon déroulement du jeu.
Finalement, dans la troisième partie « Renouveler », une large place est faite au numérique. Impossible de passer à côté. N’avons-nous pas tous en tête la gamification (ou ludification en « bon » français) de l’apprentissage ? Le terme est « dans le vent » nous rappelle Haydée Silva qui le définit comme étant « l’élargissement du paradigme ludique à des domaines dont il est censé être habituellement exclu : travail, santé, éducation… » Nous en parlions déjà dans ce blog il y a quelque temps : j’avais alors invité Fatiha Chahi à écrire sur le sujet. Elle y évoquait notamment les applications dans le domaine de l’apprentissage du français.
Nous le voyons, il s’agit d’une combinaison intéressante de deux éléments qui contribuent sans aucun doute à l’apprentissage des langues : le numérique, avec certainement une place importante à réserver aux outils du web 2.0 et le jeu, en particulier le jeu vidéo. Une façon de progresser dans l’emploi de la langue mais dans un contexte moins formel. On nous plonge dans cette « didactique invisible » dont nous parle C. Ollivier et à travers laquelle nous avançons à partir de parcours ou de scénarios actionnels où le jeu y a une place. Une scénarisation des apprentissages qui rejoint l’idée qu’à partir du moment où on utilise la langue, on l’apprend de façon consciente ou pas.

Ce numéro de Recherche et application est une lecture indispensable et qui va contribuer à renforcer les réflexions des responsables pédagogiques et directeurs des cours qui ici ou là cherchent de plus en plus à intégrer le jeu, pas uniquement dans des ateliers spécifiques mais véritablement dans la classe, ce qui veut dire l’inscrire au programme pour que ceux qui y ont déjà recours ne se sentent pas coupables d’être en train de voler un temps d’apprentissage précieux. De la même façon qu’il nous appartient du côté de l’édition d’envisager une plus grande présence du jeu dans les manuels ou sur les autres supports proposés. Le jeu renvoie au notion de plaisir et donc de motivation. Il fait aussi appel à la collaboration, à la coopération et à la créativité. Il contribue donc à préparer l’apprenant à faire face à des situations imprévisibles en mobilisant des compétences et des stratégies.
Bref, pour reprendre la citation de Cicéron que mentionne Anne-Marie Pauleau dans son article, il est temps de cesser de penser que le jeu ne peut être utilisé qu' »après avoir satisfait aux obligations graves et sérieuses » mais au contraire de l’intégrer pleinement dans le projet d’enseignement/apprentissage de la classe de langue.

Pour en savoir sur le projet ON JOUE
Facebook : http://www.facebook.com/ouifaitesvosjeux
Blog : http://faitesvosjeux.over-blog.com
Email : faitesvosjeux@outlook.fr

A propos du numéro 59 de Recherches et applications :
Ami(e)s du Mexique, vous pouvez assister à la présentation de ce numéro à Mexico le 16 février, à 12h, à la Facultad de filosofía y Letras de l’UNAM (salle A).

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La classe inversée : des initiatives contre le scepticisme (surtout en FLE) !

Posted by Philippe Liria sur 28/12/2015

clise2016Des airs de renouveau

La fin d’année scolaire de plusieurs pays d’Amérique latine est l’occasion de nombreux congrès, un moment privilégié pour rencontrer les enseignants et de faire le point sur les tendances qui marquent ou vont marquer la classe de français dans les prochains mois. On y a constaté la ferme résolution de mettre en place les recommandations du CECRL et de le faire dans une démarche actionnelle. Les réformes en cours des programmes scolaires s’orientent vers une didactique des langues qui met en avant la pédagogie du projet (enfin !). Autre constat : on doit ouvrir la classe aux autres matières. La transversalité des disciplines est aussi d’actualité, ce qui sous-entend des réformes plus profondes que celles se limitant à la classe de langue. Il y a encore du chemin à faire mais le sujet est sur la table, c’est un premier pas.
Dans cette ambiance de changements, des questions se posent. Comment mener à bien un projet en classe alors que les contenus notamment langagiers doivent être acquis ? En effet, il ne suffit pas de préconiser une démarche actionnelle pour que celle-ci prenne. Il est fondamental de revoir aussi la gestion de la classe et de mettre à contribution les technologies pour y parvenir. Tâche beaucoup plus simple aujourd’hui qu’il y a 10 ans quand nous avons commencé à parler de perspective actionnelle. Plus simple car l’accès aux technologies s’est largement démocratisée, même si on peut légitimement s’interroger sur les priorités budgétaires de certains. Mais c’est une autre affaire ! Le smartphone, plus que le TNI ou la tablette, est un objet courant (même dans les coins les inimaginables et les plus reculés du continent) ; à nous de savoir le transformer en un véritable outil d’apprentissage au moins en classe (oui, oui, en classe !! Fini cet « Eteignez vos portables ! » complètement ringard) et aussi en dehors de la classe.

Pour une gestion de classe différente
Quand la perspective actionnelle est apparue en FLE, la principale question qui revenait en permanence était celle de la gestion de la classe. Inquiétude légitime des enseignants, surtout ceux qui se trouvaient pris dans le carcan des programmes officiels qui ne prenaient pas en compte ce nouveau paradigme d’apprentissage qui demandait pourtant de revoir l’organisation de la classe. Comment élaborer une tâche ou un projet en classe alors qu’il faut faire le programme qui, grosso modo, se limitait à des objectifs grammaticaux ? La compétence en français, la vraie, celle qui permet de faire quelque chose dans la langue et avec les autres, à l’écrit et à l’oral, quel que soit le support, on la réduisait au jeu de rôle ou tout bonnement on la renvoyait au jour où l’apprenant serait en contact avec la réalité (comme si la « réalité » était ailleurs !). Quitte à se prendre une grande claque ! Comme celle que je m’étais prise à Victoria Station après 7 ans d’anglais et de bonnes notes… en grammaire ! Un grand moment où la « réalité » m’a obligé à remettre en cause mes profs et leur enseignement !! Mais revenons au FLE…
Et en FLE, justement, dans les formations, il était courant d’entendre dire « Les projets, c’est très bien mais on n’a jamais le temps de les faire !« . Equation difficile à résoudre. Il faut bien l’avouer, il manquait un élément de réponse. C’est là que la classe inversée fait son apparition. Voilà enfin la réponse idéale : elle permet de revoir notre façon de gérer la classe, d’envisager une nouvelle dynamique où le temps de classe sera consacré non plus à faire des leçons sur la langue, mais bel et bien à des choses avec et dans la langue. Le concept fait son petit bonhomme de chemin et entre petit à petit dans les classes grâce à des enseignants qui cherchent à organiser le temps d’apprentissage différemment. On la voit pénétrer dans les cours de SVT, d’Histoire… mais en FLE ? Avouons-le, en FLE, sa présence reste discrète mais elle arrive. Lentement peut-être mais surement. Les stages comme ceux du BELC ou du CAVILAM proposent dorénavant des modules sur la classe (plutôt que la pédagogie) inversée et les blogs, comme celui-ci, essaient de contribuer à la plus large diffusion de ce concept.

Un certain scepticisme ambiant (en FLE)
Reste que lors des formations, un certain scepticisme l’emporte comme j’ai encore pu le constater récemment. « C’est peut-être bien pour les cours de sciences ou de maths mais pas pour le français« , entend-on ici. Et puis, « ça demande beaucoup de travail« , entend-on aussi. Pour beaucoup, « ça ne change pas beaucoup des devoirs !« . On le sait, réformer n’est jamais simple. Introduire le concept de classe inversée dans les pratiques demande aussi de changer des habitudes d’enseignement, certainement, mais aussi, et il ne faudrait pas le négliger, d’apprentissage. Sans oublier non plus, l’implication des autres acteurs : parents – dans le cas d’apprenants mineurs – ou direction. Et aussi, puisque nous parlons beaucoup de travail collaboratif : celui des apprenants entre eux certes (souvent ils savent faire), mais il y a également celui des enseignants entre eux. Or, trop souvent, la charge voire la surcharge de travail provient d’un manque de collaboration entre collègues. Dommage mais véridique : deux professeurs d’un même établissement essayant de préparer, chacun de leur côté et sans que l’autre ne le sache, une capsule vidéo sur la différence imparfait-passé composé !! Sans commentaire alors que nous pouvons si aisément partager sans tomber dans la réunionite aigüe !!

Une semaine à la découverte de la classe inversée
Convaincu pourtant qu’en inversant la classe, nous pourrons atteindre plus aisément les objectifs que se fixent les nouveaux programmes de français d’Alliances françaises ou de ministères de l’éducation dans les quatre coins du monde, nous devons rassurer les sceptiques – pas question d’ignorer leurs inquiétudes -. Comment ? Certainement en leur permettant de voir comment ça se passe. A ce sujet, je voudrais signaler une initiative intéressante de l’association Inversons la Classe. Elle propose d’aller observer des classes à l’occasion des manifestations de la CLISE 2016 qui se tiendront du 25 au 29 janvier prochains. L’initiative se tient essentiellement dans l’Hexagone mais des enseignants d’autres pays s’y joignent comme c’est le cas en Belgique, au Maroc, en Tunisie, en Suisse… et même au Canada, où la « vétérante » de la classe inversée, Annick Arsenault Carter dont j’ai déjà eu l’occasion de parler dans ce blog, organise à Moncton (New Brunswick) sa propre « classe ouverte » sur deux jours. Une façon intéressante et originale pour voir les différentes pratiques de la classe inversée et son intérêt pour l’apprentissage.

CWVAfYyWwAAHLc8Toujours dans le cadre de la CLISE 2016, je voudrais signaler un atelier Canopé qui se tiendra dans l’Académie de Créteil le 29 janvier et qui comptera sur la présence d’un des experts en la question, Marcel Lebrun.

Si vous êtes intéressé(e), soit pour vous associer à cette initiative en proposant d’ouvrir votre classe soit parce que vous êtes motivé(e) par cette démarche mais vous vous posez mil et une questions sur sa mise en oeuvre, vous pouvez vous rendre sur le site de CLISE 2016 où vous trouverez tous les renseignements pour y participer.

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Causerie sur les classes inversées avec Annick Arsenault Carter, Marcel LeBrun et Christophe Batier à #Clair2015

Posted by Philippe Liria sur 20/08/2015


La classe inversée évolue. Il n’y a pas une, mais plusieurs recettes pour que ça prenne et surtout pour que les élèves accrochent et se sentent motivés. Annick Arsenault Carter (https://philliria.wordpress.com/2012/10/21/vers-la-pedagogie-inversee/) partage dans cette vidéo une causerie avec Marcel Lebrun dans laquelle ils évoquent le travail réalisé avec cet outil pédagogique dont on parle tant récemment. Il est intéressant de noter comment, au bout de 4 ans d’expérience, d’essais et d’erreurs, Annick Arsenault Carter, enseignante au New Brunswick, nous dit que les capsules de sa chaine You Tube sont de plus en plus visionnées en classe, ce qui permet de renforcer la collaboration entre les élèves qui peuvent eux-mêmes publier des contenus.
Bref, c’est toute la gestion de la classe qui a changé. Dans ce sens, comme le souligne Marcel Lebrun, ce n’est pas uniquement la façon de changer la transmission des savoirs qui a été modifiée mais aussi le rôle enseignant/élèves – on parle beaucoup de ce changement mais on est loin de pouvoir vraiment le mettre en place. Ici, on voit que la classe inversée le favorise.
Intéressant de voir comment elle a aussi impliqué les parents dans cette démarche (en leur envoyant une capsule) ou comment son institution a compris les enjeux du projet.
Une causerie très enrichissante qui nous incite à découvrir plus à fond le blog d’Annick Arsenault Carter.

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Des technologies pour la pédagogie

Posted by Philippe Liria sur 07/07/2015

Prodageo

Marcel Lebrun nous dit que les technologies peuvent contribuer au développement pédagogique mais que cela nécessite des dispositifs centrés sur l’apprentissage des étudiants. Ce postulat est intéressant et j’y adhère bien volontiers. Cependant, il me semble important de voir quelles sont les conditions préalables, nécessaires pour introduire l’usage des technologies dans les formations et que signifie ‘dispositif centré sur l’apprentissage des étudiants’.

technologie et pédagogie selon M. Lebrun technologie et pédagogie selon M. Lebrun

1 – Les conditions préalables pour introduire les technologies

Deux points me semblent essentiels pour pouvoir introduire les technologies dans une formation. L’enseignant doit percevoir que c’est utile et que c’est facile.

L’utilité des technologies

Il me semble qu’on peut voir 7 grandes familles de fonctionnalités qui peuvent justifier de l’utilité des technologies : information, Création, Collaboration, Archivage, Diffusion, Communication, Automatisation. Dans un contexte de formation, ces fonctionnalités peuvent permettre de faciliter/renforcer :

  • Les apprentissages des étudiants,
  • Le suivi des avancées de chacun,

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Changer oui, mais quoi ?

Posted by Philippe Liria sur 06/05/2015

ecolexxiDans un récent article publié sur revue-projet.com, Marcel Lebrun a bien raison de nous rappeler que ce n’est pas parce qu’il y a révolution technologique que nous allons vivre une révolution pédagogique. Les miracles n’existent pas ! Ce rappel, il le fait dans le cadre d’un débat sur le numérique à l’école où différents spécialistes interviennent pour essayer d’apporter des éléments de réflexion sur la question. Je vais me centrer ici sur la classe inversée mais c’est l’ensemble des articles produits à l’occasion de ce débat qu’il faut lire et qui doivent nous faire réfléchir à ce que signifie l’irruption du numérique dans l’enseignement/apprentissage. Avec une mise en garde : cette réflexion n’a rien à voir avec l’avis sur le numérique que peut avoir chacun. Peu importe qu’on aime ou pas ! Les questions qui se posent et s’imposent par rapport à la classe, dont celle de langue (en l’occurrence de FLE), sont inévitables. On ne peut l’ignorer. On ne peut faire cours comme si nous ne voulions pas savoir que nos élèves, même les adultes, ont de nouveaux outils d’accès au savoir et d’échanges entre les mains.
Apprendre à les intégrer ne signifie pas non plus plonger dedans les yeux fermés ! C’est pourtant l’impression qu’on a parfois. On se souvient il y a quelques années de l’engouement pour les TNI. Tout le monde en voulait un dans sa classe. Des enveloppes budgétaires ont été mises à la disposition de nombreux établissements dans le monde entier pour se doter de ces (merveilleux?) tableaux interactifs. On avait juste oublié d’accompagner cet achat – qui a rapporté (et très gros) aux fabricants – de la formation adéquate, pas seulement technique, mais SURTOUT pédagogique ! C’est sans doute un des aspects de l’industrialisation ou pire encore de la marchandisation de l’éducation que pointe du doigt Pierre Moeglin dans un excellent article où il dénonce que « plan après plan, le numérique à l’école commet les mêmes erreurs. Malgré tous les avertissements. En toile de fond, une tentative d’OPA de l’approche productiviste en éducation aux dépens de l’approche culturelle. Derrière la difficile quête d’un successeur au bon vieux manuel scolaire, ce sont bien les fondamentaux de l’école qui sont en jeu. » même si je nuancerais l’accusation qu’il lance contre les éditeurs, du moins dans le secteur du FLE tout en étant bien d’accord que nous ne pouvons pas nous contenter des modèles numérisés actuels et devons nous interroger sur ces plateformes et autres modèles d’e-éducation dont il parle dans un encadré (lecture indispensable) du même article.

Mais revenons à nos moutons… Oui, comme l’écrit Marcel Lebrun, c’est bien « le facteur humain qui a été négligé, plus que la formation technique des étudiants et des enseignants : l’apprentissage à l’ère numérique n’est pas seulement une affaire d’infrastructures, d’outils et de ressources, de méthodes et d’usages, c’est surtout une affaire de mentalité, d’état d’esprit et de culture. » Si nous ne le comprenons pas, la nouvelle génération de jeunes adultes, cette Génération Z, nous le fera comprendre peut-être malgré nous : elle a déjà – nous ne parlons plus au futur – de nouvelles habitudes d’apprentissage qui vont obliger ceux qui sont encore dans une dynamique de classe magistrale à en changer. Pour cette génération, une grande partie de l’apprentissage se produit en dehors de la salle de classe comme le fait remarquer Anne Boysen sur le blog d’After The Millennials : « Cette génération utilise Youtube de façon périodique pour faire ses devoirs, ce qui indique qu’elle veut un plus grand degré de personnalisation dans l’éducation. Si l’approche du professeur ne lui plait pas ou elle ne la comprend pas, elle cherchera quelqu’un en ligne qui le lui expliquera mieux« .
C’est ce qui doit nous inciter à déplacer le curseur de l’éducation de l’enseignement vers l’apprentissage et à nous intéresser de plus près à son fonctionnement. Une évidence peut-être mais qui ne va pas de soi. On sait qu’un fossé existe entre les ressources didactiques à disposition des professionnels et celles qui fournissent des stratégies de classe pour améliorer l’apprentissage et surtout l’adapter au monde d’aujourd’hui.

Motivation, créativité, dynamique de classe… Bref, repensons la classe !

C’est s’intéresser à la motivation ; c’est favoriser la créativité ou encore développer la pédagogie différenciée pour ne citer que quelques exemples. Et c’est aussi changer la dynamique de la classe, la repenser et c’est ce que nous trouvons dans l’idée de « pédagogie inversée », une démarche qui n’est pas nouvelle en soi mais qui prend encore plus de sens à l’ère numérique dans laquelle nous nous trouvons. Pour être encore plus pratique, j’y ajouterais cette petite vidéo de Nasrdine Khaddouri et Damien Frelat qui propose une synthèse plutôt de la pédagogie inversée.
Ce n’est pas simplement changer le lieu de la réalisation de certaines activités, c’est aussi et surtout changer la perspective d’enseignement et d’apprentissage. Il s’agit de ne plus travailler dans une perspective de transmission de savoir mais d’assurer que nos élèves sauront mobiliser leurs compétences dans un objectif défini. Bref, il faut s’assurer que les élèves soient vraiment compétents dans la matière enseignée. Objectif logique de tout enseignement, non ? Nous savons tous pourtant que trop souvent, ce qu’on attend vraiment de l’apprenant, c’est d’être capable de montrer qu’il sait redire ce que l’enseignant a dit, qu’il soit un bon perroquet. Certes c’est plus facile à vérifier ou évaluer que de lui demander de faire quelque chose qui, pour fonctionner, demandera de mobiliser des compétences acquises grâce à un travail de construction de l’apprentissage. Et si possible, pas seulement mais en mobilisant des compétences de savoir-être car nous devons collaborer avec l’autre pour obtenir un résultat. Mais finalement, n’est-ce pas tout simplement le reflet de notre monde en réseau que nous construisons/tissons nous-mêmes ?

Vous avez dit changement ?

Facile à dire mais pas si simple à mettre en place. C’est vrai. Je me souviens d’une blague qui circulait sur les réseaux il y a quelques mois : un homme demandait au public présent s’il était pour le changement et tout le monde levait la main ; puis il demandait qui était prêt à changer et là, plus personne ne levait le bras. Et s’agissant du FLE pour adultes (sauf certainement cette fameuse Génération Z), il s’agit même souvent d’un défi qui oblige aussi à se poser des questions sur la validité même des changements qu’on veut introduire, voire imposer. Nous voulons changer des habitudes d’apprentissage, je dirais même des croyances sur celui-ci. Les apprenants adultes et qui ne suivent parfois pas d’autres cours que celui de l’Alliance ou de l’Institut, ne comprennent pas toujours. Ils arrivent avec une idée préconçue qu’apprendre le français, c’est surtout faire de la grammaire et faire beaucoup d’exercices grammaticaux. Alors quand ils voient que leur enseignant leur fait faire des activités différentes, mettant en avant un ensemble de compétences où les outils langagiers ne sont plus l’axe autour duquel tourne la classe, que se passe-t-il ? Eh bien, c’est simple : l’apprenant se plaint et ne comprend pas ! Alors il se met à réclamer des listes de verbes, des exercices, etc. Comme si leur motivation passait non pas par tout ce qu’on cherche à favoriser dans le cadre d’un apprentissage d’une langue au XXIè siècle mais restait ancrée dans une perception de la classe de langue comme on l’entendait il y a cent ans ! Quelle contradiction ! Et c’est pourtant ce qu’on nous fait souvent ressentir quand nous rencontrons les enseignants de français qui nous décrivent leur bataille au quotidien.ecolexix

Changement… en commençant par la formation des enseignants !

Certes le discours pédagogique de l’institution ne laisse pas la place au moindre doute : on doit faire entrer dans la classe l’innovation technologique mais aussi pédagogique. Et c’est là où la formation manque ! Nous mettons entre les mains des enseignants des outils qui permettent d’accompagner le changement mais (presque) rien n’est fait pour les accompagner, eux, dans la mise en place concrète, pratique, de ce changement. Ils se retrouvent donc souvent démunis face à des apprenants qui ne comprennent pas pourquoi leur professeur leur demande d’élaborer des projets ou des tâches, de co-construire les règles de grammaire, de jouer… Parler de motivation des apprenants, c’est bien mais comment les motiver si les enseignants ne le sont pas car ils sentent bien qu’ils ne sont pas prêts ni préparés à introduire cette révolution dans leur classe ? Changer les habitudes d’apprentissage des élèves n’est pas simple comme on le sait, mais si les enseignants ne reçoivent pas la formation pour faciliter ce changement, la partie est perdue d’avance. C’est l’affaire de tous ! Et dans l’établissement, le changement doit passer par un projet global d’innovation pédagogique. Il ne peut en aucun cas dépendre de la volonté ou de la motivation de quelques enseignants, même si ceux-ci seront certainement d’excellents relais et moins encore d’une imposition venue du haut sans s’en donner véritablement les moyens.
Si ces conditions sont réunies, nous pouvons alors envisager la mise en place d’une pédagogie différente pour un apprentissage en accord avec notre temps. Nous devons vraiment faire que la classe change comme l’ont fait presque tous les autres espaces de notre entourage le plus immédiat. Sans être la seule réponse possible, la pédagogie inversée est certainement l’une des plus intéressantes actuellement car, comme le dit Marcel Lebrun, elle « est au confluent de trois courants : les approches par compétences, les méthodes actives et un usage « à valeur ajoutée » des technologies de l’information et de la communication considérées à la fois comme outils et comme ressources. »

Des changements pour mieux gérer (le temps de) la classe

classescienceConcrètement dans la classe de FLE, cette pédagogie doit nous permettre de laisser plus de temps à faire des choses dans la langue. On entend encore trop souvent qu’il n’y a pas le temps à réaliser les projets ou tâches proposés en fin d’unité de la plupart des manuels de FLE de ces dernières années. Quelle absurdité ! Et quelle incohérence ! Or, si nous arrivons à gérer différemment ce que nous faisons en classe et ce que nous faisons hors-classe, nous trouverons certainement le temps nécessaire pour que ne passe pas à la trappe ce qui est justement l’objectif ou la motivation de tout ce qui aura été demandé aux apprenants en amont. C’est plus de temps pour mettre en place des activités collaboratives. Si nous voulons que la technologie entre en classe, c’est pour favoriser l’apprentissage. Pourquoi expliquer une règle de grammaire en classe par exemple alors qu’on pourrait la mettre en ligne sous forme de capsule grammaticale à visionner en dehors de la classe (les plus jeunes apprenants savent le faire sans problème). Bien évidemment, cela nécessite de mobiliser de nouveaux savoirs-faire de la part des enseignants comme l’édition de capsules vidéos. Fastidieux si on travaille seul mais ne parle-t-on pas de favoriser le travail collaboratif ? Une nécessité pas seulement entre apprenants mais aussi entre enseignants pour construire ces nouveaux outils qui doivent accompagner ces nouveaux paradigmes de l’apprentissage. Et puis, on peut aussi demander aux élèves de créer leurs propres capsules de français à mettre en ligne. Une façon d’être à la fois créatif, de faire de la grammaire ou du lexique par exemple, de produire en français tout en joignant la technologie… N’est-ce pas plus motivant ?

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Papier vs Tablettes, un faux combat

Posted by Philippe Liria sur 22/02/2015

casatiLe samedi matin, j’adore mettre de côté tablette et smartphone pour m’installer à la terrasse d’un café pour profiter d’un bon petit déjeuner et d’un journal, un « vrai », en papier… Un journal qui se froisse quand on en tourne les pages et qui vous laisse des marques d’encre noire sur le bout des doigts. Et c’est justement en lisant La Vanguardia de ce samedi 21 février que je suis tombé sur l’édito de Màrius Carol au sujet de la sortie en espagnol de Contre le colonialisme numérique (manifeste pour continuer à lire), un ouvrage du philosophe et penseur italien, Roberto Casati, publié en français chez Albin Michel il y a déjà deux ans (deux ans plus tard pour le lire en espagnol, ça fait quand même beaucoup !!!).
Non, je n’ai pas soudainement changé d’avis sur le numérique. Aucunement l’intention de me désintoxiquer, je ne compte pas me passer de ma tablette. Pourtant, je crois qu’il n’est pas inutile de savoir faire une pause et réfléchir sur les usages que nous faisons de cette technologie que nous donne accès au monde du bout des doigts… à condition d’être « compétent numérique ». Poser un regard critique sur la numérisation de notre société, et plus encore dans le monde éducatif est primordial pour que l’innovation technologique ne soit pas subie par les citoyens d’aujourd’hui et surtout de demain. C’est bien à l’école de jouer un rôle pour que la technologie ne prenne pas le pas sur la pédagogie. Mais une fois ce regard critique posé, je crois que nous ne devons pas non plus passer notre temps à passer en revue les avantages du papier sur le numérique comme semblerait le faire Casati en définissant « le livre papier comme le format cognitif parfait » alors que le numérique favoriserait le survol, le zapping comme si le numérique devait être synonyme de superficiel.
Certes, le papier a contribué depuis ces cinq derniers siècles à la diffusion des savoirs et des idées et donc de la démocratie mais si nous disposons aujourd’hui d’un meilleur support pour en permettre une plus grande diffusion encore, nous ne devons pas le freiner. Ce n’est pas demain la veille que nous verrons mourir le support papier mais ce n’est pas non plus en se lamentant face à cette « invasion » numérique que nous contribuerons à en faire un meilleur usage ou rendre nos élèves plus compétents. Nous pouvons regretter qu’ils préfèrent chercher les mots sur leur smartphone plutôt que dans un dictionnaire papier mais ce qui est réellement important, c’est qu’ils sachent chercher les mots et trouver réponse à leurs questions. A nous de les aider à bien choisir parmi les dictionnaires en ligne celui qui convient le mieux à leurs besoins. Pour cela, il faut développer une capacité critique pour évaluer les sites ou les applications. Et c’est le rôle de l’enseignant que guider l’apprenant dans ce qui pourrait ressembler à une jungle numérique.
Opposer le papier au numérique est donc un faux combat. Personne n’a besoin de dire aux tenants du numériques que leur tablette peut se décharger. Ils le savent. La quid de la question repose plutôt sur l’accès à la technologie (il faut éviter la fracture socio-technologique) et son usage (il faut former enseignants et apprenants). Pour l’instant, et en attendant que tout le monde dispose facilement d’un accès à l’outil numérique et de la formation adéquate pour être compétent dans son maniement, nous devons plutôt privilégier une pratique hybride où papier et numérique sont complémentaires.
Casati est particulièrement critique vis à vis des tablettes. Fin 2013, j’avais déjà évoqué le rapport de Thierry Karsenty sur les risques d’un mauvais usage de celles-ci en classe si l’on ne formait pas les enseignants et les élèves à ces nouveaux outils de façon à ce que la technologie ne prenne pas le dessus sur la pédagogie (à lire : Lecture d’été : (mieux) intégrer les technologies en classe de FLE… Quelques pistes pour enseignants et apprenants ). Je crois que les exemples ne manquent pas depuis pour justement intégrer intelligemment l’innovation technologique en classe comme nous l’avons vu récemment grâce à des initiatives comme celle du Printemps numérique qui s’est tenu à Istanbul les 13 et 14 février à l’initiative de Marc Oddou.
Casati n’est peut-être pas un technophobe mais prétend plutôt tirer la sonnette d’alarme : nous nous laisserions envahir par le numérique sans même nous poser de questions sur ce qu’il nous apporte. Pour lui, le tout-numérique met en danger notre capacité à savoir lire et donc apprendre. Pourtant ne nous trompons pas de combat, or nous le ferions en voulant opposer la « vraie lecture » que serait celle que l’on fait sur le papier d’une « lecture superficielle » qui serait celle qu’on fait sur un écran. Pour Casati, le livre continue à être le support privilégié des apprentissages car il permettrait, grâce à son design, une véritable « lecture approfondie ». L’absence d’études sur le long terme ne nous permet pas vraiment de savoir si cette perception du numérique selon Casati s’avère exacte. Mais que faire ? Ignorer l’innovation technologique dans son usage éducatif ? Je ne crois pas. Nous devons en revanche ne pas nier qu’il n’y a pas que des avantages et ne surtout pas perdre de vue que la vraie question est celle de l’apprentissage et là, je rejoins Casati quand il écrit qu' »accéder à l’information, n’est pas encore lire, lire n’est pas encore comprendre et comprendre n’est pas encore apprendre » mais si cet apprentissage peut être plus accessible du bout du pouce comme dans le conte de Michel Serre, eh bien pourquoi pas ? Après tout, n’est-ce pas ce que nous cherchions : dépasser le stade de l’élève passif pour le rendre véritablement actif ? La technologie nous permet d’avoir des élèves acteurs de leur propre apprentissage. C’est un atout dont il faut profiter. petite-poucette

Pour en savoir plus…

Roberto CASATI, Contre le colonialisme numérique (manifeste pour continuer à lire), Paris, Albin Michel, 2013, 200p.

Une partie des références à l’ouvrage de Roberto Casati sont tirées du compte rendu en ligne publié par P. Mériaux

Michel SERRE, Petite Poucette, Editions Le Pommier

Présentation vidéo de la Petite Poucette

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