Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Posts Tagged ‘Alliance française’

A Sabadell, le français met les clés sous la porte

Posted by Philippe Liria sur 28/01/2019

Antoni Taule : pati amb llum matinal (Source : https://www.antonitaule.com/series/fragment-thalia/). La série Fragment Thalia a été la première exposition réalisée à la Casa Taulé.

Tout début janvier, alors que les Rois n’étaient pas encore passés, j’ai fait un crochet par Sabadell, profitant de quelques jours de relâche avant de reprendre la route. Accompagné de ma nièce, je me suis dit que j’allais lui montrer l’Alliance française. Un établissement où j’ai travaillé pendant un peu plus de 10 années de ma vie. Ça marque !

Je m’attendais à la trouver fermée mais non, un panneau à l’extérieur indiquait que le bar-restaurant était ouvert. Alors nous sommes entrés, par la porte de derrière, celle qui mène au patio de style moderniste comme l’ensemble du bâtiment, déjà centenaire. C’est dire si la Casa Taulé – c’est le nom de cette belle demeure jadis familiale – en a vu des événements. Le dernier en date, hélas, est plutôt un non-événement ; un fait qu’on aurait aimé ne pas voir inscrit sur l’agenda : la fermeture définitive de l’Alliance française de Sabadell. Ce n’est pas vraiment une surprise et, à vrai dire, je pensais même qu’elle avait déjà mis les clés sous la porte. Elle n’avait déjà pas pu faire la rentrée d’octobre et c’est en effet une Alliance presque fantôme qui nous accueillit. Malgré tout, fidèle au poste, Oriol, le gérant du restaurant était là. Plus pour très longtemps, m’avoua-t-il, dépité pour ne pas dire dégoûté. On sentait bien dans le ton de sa voix, une profonde tristesse et un certain désespoir. Pour Oriol, qui avait été serveur quand l’Alliance venait à peine de s’installer dans les murs de la Casa Taulé, il y a un peu plus de vingt ans, cette fermeture est vécue comme un drame. Plus rien à faire, hélas ! Fini ce brouhaha du midi, avec ces repas de vendredi qui n’en finissaient jamais, ces moments de pause-café avant de monter en cours avec les collègues ou les petits déjeuners du samedi partagés avec les élèves. Finies aussi ces matinées où y lisait des poèmes ou ces soirées de spectacle, souvenir d’une viole, celle de Jordi Savall ou celles de voix féminines merveilleuses qui animaient les nuits estivales de juillet lors du festival Elles… et combien d’autres souvenirs que ce patio gardera à jamais une fois la porte fermée.

En ce petit matin d’hiver, alors que le soleil brille et que la température est agréable, le silence du patio est glaçant. Je colle mon nez contre la porte vitrée qui donne sur les escaliers et la salle d’exposition. Vide bien sûr ! Je me souviens encore de la toute première exposition, celle d’Antoni Taulé, le petit-fils de cette famille d’entrepreneurs textiles de la ville. Peintre installé à Paris, il avait prêté sa collection Fragment Thalia à l’occasion de l’inauguration de l’Alliance française dans ces nouveaux locaux. Un moment qui annonçait de belles années pour ce qui allait devenir bien plus qu’une école de français mais tout un projet culturel qui allait faire de ce lieu une passerelle entre les cultures locales, catalanes ou espagnoles, et celles de la Francophonie à commencer par celles de toutes les rives de la Méditerranée. C’était avant tout le projet de Robert Ferrer i Chaler, fondateur et directeur de l’Alliance, en Robert pour tout le monde, qui comprit très vite, bien plus que nous, l’importance de disposer d’un véritable espace qui regrouperait l’histoire de la ville, le monde des arts et de la culture et bien entendu des langues. Il fallait faire des travaux d’aménagement, et donc trouver des fonds mais Robert y mit toute son énergie pour réunir autour de lui les institutions et les personnes qui allaient l’accompagner dans cet ambitieux projet. La rentrée 95 se fit dans le nouveau bâtiment. Plus question de parler simplement d’une école de français. En s’installant au Sant Joan 35, l’AF avait bel et bien l’intention de s’imposer comme une référence culturelle et éducative de la ville et très vite elle le devint. Tout en devenant aussi une référence pédagogique dans l’enseignement du français bien au-delà de Sabadell. Vide aujourd’hui cette salle d’exposition qui était celle aussi de la plupart des conférences et débats, des présentations de livres, en français, en catalan ou en espagnol.

FAÇANA DE LA CASA TAULÉ, SEU DE L’ALIANÇA / LLUÍS FRANCO

Le nez toujours collé à la vitre de cette porte définitivement fermée, j’essaie d’apercevoir ce qu’il reste de l’accueil ou du bureau de l’administration, ou encore de l’escalier qui mène aux étages et aux salles de classe. Combien de fois on les a montés et descendus, ces escaliers ! J’ai même le souvenir d’un vieux téléviseur dévalant les marches depuis le premier étage… Il m’avait échappé alors que je le changeais de salle à une époque où on baladait appareils TV, magnétoscopes et lecteurs k7-CD sur des chariots. J’en ris encore même si ce jour-là je n’étais pas fier de moi. Ce sont des heures et des heures de préparation de cours, de réunions pédagogiques et de classes que nous avons passées entre ces murs. Des heures à s’interroger sur la meilleure façon de faire, à revoir toutes les progressions et sous la direction de Valérie dont les gueulantes doivent encore hantées les murs de cette Alliance, à didactiser des documents, à en créer tout autant… dans une salle des profs qui n’était jamais assez alimentée à notre goût, même si, des années plus tard, je me rendrais compte que nous étions vraiment des privilégiés. Je me souviens des premiers ordinateurs, de la première connexion à Internet et nos envies d’en profiter pour moderniser encore plus nos cours et en faire profiter nos élèves. J’ai même l’impression d’entendre la voix de Montse chanter Piaf ou les rires des gamins de l’Esplai (sorte de colonie) que Lucile animait chaque été. Cette Alliance a certainement été une des premières à introduire à la fin des années 90 des critères qui annonçaient ceux du CECR car elle avait toujours eu le souci d’avoir une longueur d’avance. Je ne monterai pas à l’étage. Mon nez restera collé contre cette porte vitrée.

Aujourd’hui, l’Alliance ferme cette porte, ferme ses portes. Accablée de dettes, des profs et du personnel administratif abandonnés à leur sort (et avec des mois de salaire impayé) parce que plus personne ne répond… Pas par manque d’élèves pourtant – même s’ils ont fini par se lasser de l’impressionnant turn-over de ces derniers temps -, pas par manque de projets non plus… Mais voilà, il y a, parait-il, un gros trou dans la caisse… Les trous dans les caisses ne se font pas tout seuls… Et en ces temps de vaches maigres, aucune institution d’ici ou de France n’a pu ou voulu sauver cette Alliance historique, née en 1974 de l’envie d’un petit groupe de profs locaux de faire bien plus que des cours de français. Cette page qui se tourne laisse un grand vide, et pas seulement émotionnel. C’est aussi un grand vide pour la présence du français et des cultures francophones dans cette grande et riche région de la banlieue barcelonaise. Quelle tristesse ! Quel dommage ! Et surtout, quel gâchis !


Pour en savoir plus

Un article que l’on retrouve sur l’hémérothèque de La Vanguardia (16 mai 1998): http://hemeroteca.lavanguardia.com/preview/1988/02/04/pagina-5/33835731/pdf.html

 

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L’état de la langue française en 2018 en quelques chiffres

Posted by Philippe Liria sur 28/12/2018

En octobre dernier, s’est tenu le XVIIe sommet de la Francophonie. C’était à Erevan, en Arménie. La déclaration finale est une longue série de points reprenant pour la plupart des lieux-communs de toutes ces déclarations bien intentionnées sur la démocratie ou les droits humains qui n’empêchent en rien hélas les conflits armés ou les regards détournés quand il s’agit d’accueillir des bateaux d’immigrés. Quant aux langues, il faut attendre le 57è point (Chapitre III) pour qu’il en soit question : on fait allusion à la langue française comme « ciment » de l’union des pays membres qui rappellent aussi leur attachement à la diversité linguistique, en dehors du territoire français bien entendu. Parce qu’en France, la diversité linguistique se limite à une reconnaissance patrimoniale et on pousse le cri au ciel quand on veut faire entrer l’arabe, pourtant très certainement deuxième langue – voire première langue – de nombreux Français, sans compter qu’elle est la langue d’importants partenaires économiques internationaux. Hélas, Jean-Michel Blanquer a préféré faire marche arrière. Mais revenons à notre sommet de la Francophonie où il a été finalement peu question de langues (à en croire en tout cas la liste des résolutions). On retiendra, avec un sourire aux lèvres, la proposition arménienne d’organiser un grand concours de la chanson francophone : la Francovision – c’est dans le texte – ! Si celui-ci voit le jour, espérons qu’il saura être pluriel et de qualité et pas la simple copie de cette médiocrité qu’est l’Eurovision. Mais c’est une autre histoire !

Et parmi toutes ces déclarations, toutes pleines de bonnes intentions, aucune portant vraiment sur la situation de l’enseignement-apprentissage de la langue française, à commencer par celle dans les pays qui en sont membres : plusieurs ne réservent au français qu’une faible place dans leur système éducatif (et encore !). Même si l’enseignement-apprentissage du français n’a pas l’air d’intéresser les dirigeants des pays membres de l’OIF, l’Observatoire de la langue française a toutefois trouvé utile de publier une synthèse de l’état de notre langue dans le monde en 2018. C’est un document qui résume des données bien plus complètes qui, elles, feront l’objet d’un rapport dont la publication est prévue en mars prochain. Pour reprendre les termes de ses auteurs, ce document « présente la réalité des usages de la langue française et les chiffres précis sur l’enseignement du français, sa présence dans l’économie, la culture, les médias et l’Internet« . Divisée en 4 parties, cette synthèse en propose donc une plus particulièrement consacrée à l’apprentissage et à l’enseignement du français (partie 2, p.9-16). On y apprend qu’il y a quelques 51 millions d’apprenants FLE mais aussi près de 81 millions qui suivent des cours EN français. Le document souligne d’ailleurs le développement voire l’engouement du bilinguisme comme c’est le cas au Canada – où il manque d’ailleurs des enseignants pour faire face à la demande – ou aux Etats-Unis – où des Etats comme l’Utah mène une véritable politique pour l’ouverture d’écoles bilingues, pas uniquement en français mais où ce dernier occupe une place de plus en plus importante. On constate aussi l’importance relative du réseau Alliance française – Institut français (à peine 2% des apprenants) ou encore des établissements labélisés dans le monde – 209 répartis dans 44 selon les derniers chiffres (cf. site de l’AEFE) – pour enseigner en français (0,5%) même si on sait que le gouvernement français actuel a décidé de miser sur leur développement. Le français connaît globalement une augmentation de +8% depuis le dernier rapport (2014) mais avec une répartition assez inégale selon les territoires : en progrès en Afrique – on a encore vu récemment comment le Ghana cherche à augmenter les compétences en français de ses citoyens (Regardez ces vidéos sur le site de l’ambassade de France dans ce pays anglophone entourés de pays francophones – ou au Moyen-Orient (les chiffres du DELF montrent l’intérêt par exemple des Saoudiens pour la langue française) mais en recul dans les Amériques (même s’il faut saluer les efforts menés pour que le français revienne dans les systèmes éducatifs, comme en Uruguay ou dans certains pays centro-américains) ou stable en Europe (mais tant que des pays comme l’Espagne miseront sur le tout-anglais plutôt que sur la pluralité linguistique européenne, nous n’avancerons pas beaucoup)*. Cette synthèse rappelle aussi les outils existants pour contribuer à l’enseignement et l’apprentissage de la langue ainsi que les organismes qui accompagnent les institutions et les enseignants dans la mise en place de programmes ou de formations initiales ou continues. Elle n’oublie pas de citer aussi les médias (TV5 Monde ou le Français dans le monde) ou encore le réseau associatif qui, fédéré autour de la FIPF, joue un rôle important. Même si personne ne nie aujourd’hui la place du numérique dans l’apprentissage d’une langue (plateformes et applications se multiplient comme des petits pains dans l’univers numérique), on peut toutefois s’étonner que la synthèse – et le rapport ira-t-il dans le même sens ? – ne prenne en compte que ces outils et ne mentionne pas ceux qui sont essentiellement sur papier (manuels, livres d’exercices, lectures faciles) mais continuent, encore aujourd’hui, à être des outils essentiels – souvent incontournables – pour les enseignants et pour les apprenants. Les maisons d’édition, qui sont pourtant des partenaires économiquement bien utiles à l’organisation de nombreux événements autour de la langue française de son apprentissage – n’auraient donc qu’un rôle secondaire ?

Voilà en tout cas quelques chiffres à se mettre sous la dent en attendant le rapport définitif d’ici quelques mois. Et comme nous sommes dans les chiffres, il faut signaler aussi la mise en ligne par la Fondation Alliance française de plusieurs données concernant son réseau et qui permettent de compléter ou préciser certaines informations que nous livre la synthèse de l’OIF sur la situation du français dans le monde. Il s’agit des livrets DATA 2017. Chacun de ces livrets représente une aire géographique avec des renseignements sur les performances des Alliances (nombre d’apprenants, d’heures vendues, de chiffres d’affaires) mais aussi des niveaux du CECR qui y sont enseignés, des certifications qu’on y passe (lesquelles, nombre de candidats…) ou encore la présence sur les réseaux (ont-elles des cours en ligne ? combien de followers sur Facebook ou sur Instagram ?), sans oublier la fonction culturelle du réseau avec le nombre d’événements que les AF proposent. Un document fort intéressant pour mieux connaître l’état des Alliances françaises dans le monde.

 

*Pas question de nier les efforts pour que le français retrouve une place dans le très pluriel système éducatif espagnol et on ne peut qu’applaudir l’ouverture de nouvelles sections bilingues ou l’augmentation exponentielle des candidats au DELF mais la société semble, en général, avoir du mal à percevoir ce réel besoin d’aller vers le plurilinguisme. On assimile encore le savoir une langue étrangère à la connaissance de l’anglais. Un récent article de La Vanguardia sur le bilinguisme (en espagnol) ne faisait d’ailleurs aucune référence au français ou une autre langue et ne s’intéressait qu’au cas de l’anglais, ce qui, à mon sens, reflète bien une certaine vision fermée de l’apprentissage des langues.

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On a parlé FLE à l’Élysée… à l’occasion des 130 ans de l’Alliance française.

Posted by Philippe Liria sur 27/07/2013

discours_president_hollande_130_af130 ans déjà ! L’Alliance française souffle ses 130 bougies, presque autant que de pays où elle est représentée (137) ! Et elle a fêté cet anniversaire la semaine dernière en compagnie du président de la République. François Hollande a reçu à l’Élysée présidents, directeurs généraux et directeurs des Alliances françaises, venus des quatre coins de la planète pour le Colloque annuel de la Fondation Alliance française qui se tenait à Paris.

Jean-Pierre de Launoit, président de l'Alliance française, et François Hollande, président de la République

Jean-Pierre de Launoit, président de l’Alliance française, et François Hollande, président de la République


À cette occasion, François Hollande a prononcé un discours (intervention-du-president-de-la-republique-lors-de-la-reception-pour-les-130-ans-de-l-alliance-francaise) d’hommage au travail de toutes celles et tous ceux qui par amour de la langue et de la culture françaises poursuivent les trois objectifs initiaux que s’étaient fixés en 1883 les fondateurs de l’Alliance française. Il y avait alors l’objectif de « mettre en œuvre une politique culturelle » bien sûr et celui de « redonner confiance » à la France à l’extérieur « dans ses valeurs, dans ses principes, dans sa culture, dans sa langue », et il y en avait un « pas moins prétentieux » qui était celui du « rayonnement » de la langue française.
Alors, même si j’ai quitté l’Alliance française de Sabadell depuis déjà quelques années, mes activités professionnelles me maintiennent en contact permanent avec ce merveilleux réseau qui tisse des liens bien au-delà du travail. C’est donc avec une certaine émotion que j’écoute et reçois les mots du président de la République rappelant cette belle mission de « faire vivre le français » justement « en donnant des cours, en formant des professeurs ». C’est vrai… et il ne faudrait pas l’oublier ! Si les Alliances françaises ont une offre culturelle merveilleuse qui contribue à la rendre « grande », « majestueuse » et « prestigieuse » pour reprendre les paroles de M. Hollande, c’est parce qu’il y a aussi et surtout des équipes enseignantes qui se donnent à fond – car quand on travaille de 8h du matin à 22h, c’est vraiment se donner à fond ! – à un coût ridicule – car ça ne coûte vraiment pas cher à la France un prof de FLE ! – après avoir pourtant suivi des masters 1 puis 2 et des stages professionnalisants à l’autre bout du monde – « même dans les pays où il y a du désordre » – !
Effectivement, les Alliances françaises dépendent du droit local et le président fait bien de le rappeler. Cependant l’État, puisqu’il est tellement conscient de l’importance de leur mission, ne devrait-il pas en faire un peu plus ? Un peu plus – ce n’est pas trop demander – pour que cette grande armée de porte-paroles de la langue, de la culture et toutes les valeurs que représentent la France cesse d’être, tels des petits soldats de plomb, mobile à souhait et puisse (enfin !) obtenir un statut reconnu et digne.
Je ne sais pas comment techniquement cela est possible, mais je suis sûr qu’il y aurait moins de roulement et plus d’implication de tous ces professionnels du FLE dans le projet des Alliances qui les engagent s’ils ne se sentaient pas simple chair à canon, à l’avenir incertain quand approche la fin de l’année scolaire. Ou de mission car je ne pense pas qu’aux professeurs : il y a aussi tous ces coordinateurs, directeurs des cours, etc. qui s’investissent corps et âme dans de merveilleux projets qui contribuent à mieux faire rayonner l’Alliance et donc tous ces objectifs cités plus haut pour achever, au bout de trois ou quatre ans, la mission qui leur a été confiée sans savoir ce que l’avenir leur réserve. Pourquoi ? Parce que la France, qui les a applaudis et souvent remerciés lors d’une réception, comme celle du 16 juillet dernier à l’Élysée, ne les prend pas vraiment en considération… Quel dommage ! Quel gaspillage ! Réception à l'Élysée
Alors, puisqu’il faut que « ce partenariat soit renforcé » entre institutions, sans pour autant perdre l’autonomie de chacune d’elles, pourquoi ne pas commencer par le côté humain et s’appuyer sur ces forces que sont tous ces professionnels du FLE qui, eux, connaissent vraiment « à l’échelle internationale » le terrain et le public qui fréquente les Alliances ? Dans un moment où le réseau des Alliances se repense, cette force humaine pourrait certainement apporter beaucoup ; elle constitut un véritable atout pour la langue française et sa présence dans le monde.
Et je ne dis pas ça pour retirer du mérite aux diplomates missionnés ça et là, ceux-ci peuvent « toujours servir », comme l’a rappelé Hollande, ni pour mépriser la mission de l’institution que préside « le jeune académicien » qu’est Xavier Darcos, même si on peut légitimement s’interroger sur celle-ci…

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La Rencontre FLE à l’Alliance française de Paris

Posted by Philippe Liria sur 16/06/2013

Rencontre FLE - EMDL/AFPIFLe 7 juin dernier, c’était la 2e Rencontre FLE qu’organisaient les Editions Maison des Langues en collaboration avec l’Alliance française de Paris-Ile-de-France. Retrouvez les conférences, les statistiques et les photos sur le site EMDL. Prochain rendez-vous en novembre pour la 8e édition de la Rencontre FLE de Barcelone dont le programme sera très bientôt en ligne.

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Quel statut pour le professeur FLE ?

Posted by Philippe Liria sur 16/08/2012

Je n’ai pas pu me rendre à Durban pour le 13e Congrès mondial de la FIPF. Je le regrette car ces rencontres qu’organise la fédération sont toujours l’occasion de retrouver des amis, professeurs, coordinateurs et autres professionnels du FLE venant d’un peu partout dans le monde. C’est un excellent moment pour prendre le pouls de la planète FLE. Les programmes de ces journées sont toujours plus alléchants les uns que les autres et celui de Durban ne manquait pas d’intérêt. Et puis, le fait même que le congrès mondial des professeurs de français soit organisé pour la première fois en Afrique, c’est véritablement un symbole : on sait que dans quelques années le continent africain sera l’aire francophone par excellence. Programme alléchant j’écrivais et c’est bien dommage de n’avoir pu y prendre part. Ce ne sera que partie remise. Cependant, une fois encore, il y a eu un grand absent, c’est le statut du professeurs de français. Je sais que les associations de professeurs locales luttent pour améliorer ce statut, mais souvent elles ont un pouvoir limité et se sentent souvent peu soutenues par les pouvoirs français en place et en charge de la politique du français. Et puis, ces associations sont souvent les représentantes des professeurs des réseaux publics locaux. Reste tout un pan d’enseignants, c’est la grande armée des professeurs de FLE qui le plus souvent parcourent le monde dans des conditions difficiles sinon précaires, sans avoir l’impression que la France ait vraiment l’intention de les soutenir alors qu’elle applaudit leur combat pour la langue et est bien contente d’en récolter les fruits. Car débattre pendant cinq jours sur nos métiers, ce devrait être aussi chercher à donner un vrai statut au professeur FLE, qu’il exerce en France ou n’importe où ailleurs dans le monde.
À la lecture des descriptions de poste, on constate très clairement la volonté des employeurs du réseau d’avoir dans leurs équipes enseignantes des professionnels hautement qualifiés. On ne peut que saluer cette politique qui contribue à accompagner un enseignement de qualité, indispensable pour garantir la satisfaction des élèves et donc leur motivation à poursuivre leur apprentissage. Indispensable pour que le centre, Institut ou Alliance, puisse assurer des entrées économiques conséquentes qui permettront non seulement de maintenir les cours mais aussi de mettre en place une politique culturelle de qualité. Donc rien à redire sur cette recherche de qualité qui doit, entre autres, reposer sur des professeurs formés. Pourtant, et toujours à la lumière des descriptions de poste, on peut s’interroger sur la possibilité – ou la véritable volonté – de constituer des équipes pédagogiques motivées. En effet, les missions souvent toutes plus passionnantes les unes que les autres sont accompagnées d’offres salariales qui frisent le ridicule. On me répliquera que la plupart des rétributions proposées sont au-dessus du niveau de vie locale ou du salaire minimum du pays de la mission. Il suffit de consulter l’incontournable site de l’Agence de promotion du FLE dans la rubrique « Offres d’emplois » pour se rendre compte des missions proposées au quatre coins du monde et des salaires souvent dérisoires qui les accompagnent. Certes, c’est souvent suffisant pour « prendre le taxi pour se rendre à l’Alliance » comme on peut le lire sur certaines annonces ou pour louer un petit appartement ou vivre en collocation avec d’autres professeurs de l’établissement. Ou encore que cela permet de « prendre son repas du midi sur place à un prix modique ». On oublie souvent que les conditions de travail ne sont pas toujours faciles, et je ne pense pas simplement aux questions sécuritaires pourtant omniprésentes quand on exerce dans certains pays dès qu’on sort d’Europe et de l’Amérique du nord.
Il ne s’agit pas, dans cette critique, d’accuser d’une certaine négligence le personnel des institutions employeuses car on sait qu’elles ne font qu’essayer de gérer au mieux les budgets qui leur sont alloués. Je connais suffisamment de directeurs d’Instituts ou d’Alliances pour savoir qu’ils sont sincères quand ils expliquent combien ils regrettent de ne pas pouvoir proposer de meilleures conditions à leurs professeurs. Je sais qu’ils sont parfaitement conscients du rôle que jouent ces femmes et ces hommes pour la diffusion de la langue et des cultures francophones malgré leurs conditions de travail, souvent ingrates. En fait, mon doigt pointe plutôt les Services culturels des ambassades ou plus directement le ministère des Affaires étrangères. Alors que les discours de chaque congrès ou colloque servent à ces responsables d’insister sur l’importance de langue française et sur la mission de ses agents de terrain- et je veux y lire ou entendre « ses professeurs », même si le mot n’apparait que rarement dans ces laïus -, la réalité nous montre que les enveloppes budgétaires maigrissent d’année en année, qu’aucun effort n’est fait pour que les institutions de terrain puissent vraiment mettre en place une politique d’enseignement de qualité – lisez « avec un personnel ayant un salaire digne à la hauteur de la mission » – qui doit être parallèle aux activités culturelles, nécessaires elles aussi au rayonnement de langue et de la culture. Mais celles-ci ne peuvent ni ne doivent aller sans celle-là. Or, la réalité est autre : on doit jongler de plus en plus au niveau local avec les entrées provenant des inscriptions pour faire du culturel et du pédagogique. Qui en pâtit les conséquences ? L’agent de terrain, le professeur. Pourtant, ce sont bel et bien ces professeurs qui forment cette armée de petits soldats qui grâce à leurs talents humains et pédagogiques savent séduire les élèves et les motiver à continuer. Si la motivation du professeur n’y est pas, comment motivera-t-il l’apprenant ? La médaille que pourra accrocher au revers de sa veste le ministre ou conseiller du moment n’est pas simplement et uniquement le fruit de sa politique pédagogique (?) globale – dans le cas le plus optimiste où il en existe une – mais aussi et surtout parce que des centaines de professeurs souvent payés à l’heure sous la direction de coordinateurs ou directeurs pédagogiques ou directeurs d’Alliance au contrat souvent (très) précaire (et presque tout le temps incertain) ont mené un combat pour que les élèves aient envie d’apprendre notre langue.
Il est donc temps que le statut de ces petits soldats, de ces O.S de l’enseignement soit revu et revalorisé. On ne peut prétendre que l’enseignement s’améliore qu’à coup d’achats de TNI. Comme on ne peut demander aux professeurs de passer des heures « gratuitement » à voir et revoir des programmations de cours pour mettre en place des pédagogies novatrices, à élaborer des activités de classe nouvelles et dynamiques, à utiliser toutes les ressources que les nouvelles technologies mettent à leur portée sans qu’il y ait aussi un accompagnement économique à la hauteur des prétentions de la France et des ses partenaires pour que notre langue continue à avoir sa place dans ce monde en marche. Prendre en compte cette réalité et se donner les moyens de la changer, c’est aussi contextualiser l’enseignement du français dans cette mondialisation.

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Les futurs mystères de Paris en deuil

Posted by Philippe Liria sur 10/08/2012

Adolescent, je dévorais les ouvrages d’Asimov – je me souviens encore des nuits blanches passées à lire le Cycle de Fondation – ou de Bradbury avec ses Chroniques martiennes. Pendant longtemps, j’ai ignoré l’existence d’une science-fiction à la française, à moins de remonter au Jules Verne de mon enfance. Pourtant, il y a quelques années, alors que je préparais un cours sur la littérature française à l’Alliance française de Sabadell, je suis tombé sur un auteur qui m’était complètement inconnu : Roland C. Wagner (RCW). Piqué par la cuiriosité, je me suis empressé de me faire acheter un ouvrage de RCW en France – les sites en ligne d’achat de livres n’étaient eux-mêmes que pure fiction -. Ma chère maman s’était empressée d’aller acheter un bouquin de cet auteur dont elle n’avait jamais entendu parler et elle me l’envoya fissa par Chrono-Poste. Merci maman ! Et alors ? Eh bien, j’ai adoré ! Ce n’était peut-être pas cette grande science-fiction des auteurs d’outre-Atlantique mais je pense que depuis l’époque de Pierre Boule, personne n’avait écrit en français une telle oeuvre de fiction. Roland C. Wagner a certainement un regard pesimiste sur l’avenir. Ce n’est pas de la science-fiction utopiste mais bien son contraire, comme d’ailleurs La planète des singes de P. Boule.
Je ne retrouve plus ce bouquin, La balle du néant je crois. Il a dû rester à l’Alliance puisque j’avais fait une sélection de quelques pages pour que les élèves ne me parlent pas uniquement des auteurs français du XVIIIe ou du XIXe.
Aujourd’hui, la science-fiction française est en deuil car Roland C. Wagner est décédé. Un stupide accident de voiture ! Triste nouvelle mais l’occasion peut-être pour faire découvrir à vos élèves un pan de la littérature française contemporaine souvent méconnue sinon ignorée. Et pour commencer, pourquoi ne pas leur proposer un petit exercice de ponctuation comme ceux dont il était question hier (cf. Question de ponctuation). Le site dédié à Roland C. Wagner propose des extraits de son oeuvre, une occasion de (mieux) le faire connaître tout en travaillant la langue pour ensuite, pourquoi pas, suggérer un travail sur la biographie de l’auteur ou de demander aux élèves de présenter à leur tour des auteurs contemporains de chez eux ou écrivant dans leur langue, ou au contraire, ayant été déjà traduits en français. On pourrait envisager que ce travail prenne la forme d’un écrit sous forme d’article. On n’oubliera pas auparavant de fournir des modèles du type d’article attendu (note biogaphique, chronique, présentation de livre, critique, etc.). On pourra aussi envisager un travail à l’oral (type info radio).. Et sans oublier l’objectif premier, faire découvrir un auteur français contemporain et motiver nos élèves à lire ses ouvrages.

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