Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Posts Tagged ‘capsule vidéo FLE’

Quand l’actionnel et la classe inversée font bon ménage !

Posted by Philippe Liria sur 30/05/2016

classeinverseenantesTâches finales et projets actionnels s’imposent
Voilà près de 15 ans que nous parlons de l’approche ou de la perspective actionnelle. Entrée discrètement par l’arrière-porte du FLE, elle est aujourd’hui présente dans les cours à la fac et dans les recommandations officielles et autres feuilles de route de la plupart des institutions où le FLE a son mot à dire. Les principaux outils qui accompagnent profs et élèves dans la classe, comme le sont les manuels, ont tous, à des degrés différents et avec plus ou moins de réussite, intégré l’actionnel (devenu d’ailleurs substantif au grand dam des correcteurs de nos ordinateurs !) : des tâches finales aux projets en passant par les unités scénarisées pour garantir que processus et produit soient un succès. Enfin presque… Pourquoi ? Parce que sur le papier, tout ça, c’est très bien, mais dans la réalité de la classe, à en croire les nombreux témoignages que les professeurs nous transmettent – et ils sont nombreux -, la mise en oeuvre de cette fameuse approche actionnelle ne va pas de soi. Plusieurs raisons peuvent expliquer la difficulté à travailler dans une démarche actionnelle et surtout rendre possible la réalisation du projet mais je dirais que la principale est en lien direct avec l’organisation de la classe en soi. En effet, nous avons souvent cherché à coller le projet dans le programme sans remettre en cause ce qui se passe en classe. Bref, tout ce qui se faisait en classe avant l’actionnel est toujours présent avec peu voire pas de changement. Pis encore : à ce projet s’ajoutent aussi les maintes évaluations qui complètent les examens finaux. Le temps de classe est le même or nous devons y mettre plus de contenus. Un défi impossible à relever pour beaucoup d’enseignants, et on les comprend !!

Quand le projet passe à la trappe
Résultat des courses ? C’est le projet qui en pâtit ! Combien d’enseignants reconnaissent, parfois en secret pour ne pas se faire taper sur les doigts, qu’ils sont bien obligés de faire passer le projet à la trappe !! Ils sont légions. Or, comme je le dis souvent dans les ateliers de formation, ne pas faire réaliser la tâche finale ou le projet, c’est comme dire aux footballeurs qu’ils ne joueront pas le match – vous avez le droit de remplacer le foot par le basket si vous n’aimez pas le ballon mais prenez un sport collectif dans tous les cas -. Car travailler dans une pédagogie du projet ou jouer à un sport collectif, c’est très similaire : un entraînement qui met en place une pédagogie différenciée, le développement de l’autonomie de l’apprenant, la mise en oeuvre d’un travail collaboratif, des phases théoriques au service du projet ou de la tâche, la mise en place de stratégies… Le rôle de l’entraîneur (coach) par rapport aux joueurs et la place de chacun sur le terrain (side by side) nous rappelle bien les recommandations que nous faisons pour la classe pour nous éloigner du cours magistral (face to face).

La classe inversée au secours du projet ?
Si nous sommes convaincus des bienfaits du projet, nous devons donc trouver des solutions pour éviter que la réalité de la classe ne le fasse disparaître ou le transforme en une activité extra qu’on ne ferait que s’il y a le temps. En foot, on ne joue pas le match s’il y a le temps mais on organise le temps de façon à ce que tout le monde soit prêt pour le jouer avec la plus grande efficacité possible. Et c’est là que la classe inversée a certainement un rôle à jouer. Je ne reviendrai pas sur la définition de cette démarche (pédagogie ?) dont on parle beaucoup depuis déjà quelques années mais qui a l’air de tarder un peu à faire son entrée dans la classe de FLE alors qu’elle est de plus en plus présente dans d’autres matières. Elle l’est bien sûr dans les sciences pures. D’ailleurs ce sont des professeurs de sciences physiques et de mathématiques qui ont été les premiers à lancer dans sa version moderne la classe inversée. Mais depuis, le monde des lettres et celui des langues ont aussi introduit la classe inversée dans leur démarche. J’entends dire parfois dans les formations FLE que ce n’est pas possible en français. Pourquoi ? Si ça l’est en anglais comme nous pouvons le voir dans ce témoignage de Rafika Selmi, « une jeune professeure d’anglais au collège Les rives du Léman à Evian [qui] se propose de « Transformer la salle de classe, rendre les élèves plus actifs et plus confiants (…) avec la classe inversée. » (lisez ici son entretien dans Le café pédagogique du 28/01/2016). Dans le document où elle décrit la séquence, elle conclut que « La classe inversée bouleverse non seulement nos pratiques mais aussi les habitudes de travail de nos élèves. Inverser pour simplement libérer du temps peut être extrêmement bénéfique de prime abord, mais sans repenser les supports proposés (qui doivent être différenciés), le retour en classe, ainsi que la cohérence des contenus, la pédagogie inversée finit par s’essouffler et par lasser nos élèves. C’est ainsi que la classe « start-up » – qui se caractérise tout d’abord par son caractère extrêmement bruyant parfois déroutant où les idées foisonnent – n’est pas vide de sens. Elle s’inscrit foncièrement dans notre conception de la classe inversée car elle concrétise dans ses moindres effets ce que les élèves ont appris en amont et permet à ces derniers de donner la pleine mesure de leur potentiel et de leurs atouts divers mais parfois peu ou pas exprimés.« . A l’occasion de la journée académique sur le numérique, deux témoignages d’enseignants d’anglais – à lire sur le site de l’Académie de Nantes – nous montrent combien la classe inversée a contribué à améliorer la motivation et les résultats de leurs collégiens.

Un accompagnement nécessaire
Nous le voyons, si cela est possible en classe d’anglais, c’est bien évidemment possible en classe de FLE. Reste que ce n’est pas simple à mettre en place. La classe inversée doit intégrer un projet d’établissement qui implique l’équipe pédagogique, la direction et les apprenants – ainsi que les parents dans le cas des élèves mineurs -. La démarche doit être expliquée et sa mise en place devra être progressive. L’implication de l’équipe facilitera notamment l’élaboration du matériel nécessaire pour une classe inversée réussie. Je pense ici aux fameuses capsules pédagogiques dont on parle tant. Souvent ce sont ces capsules qui font peur. Elles peuvent s’avérer chronophage et on imagine les réactions technophobes alors que si l’on connaît un peu la technique – Marc Oddou vient de commettre une petite capsule tutorielle pour créer… une capsule pédagogique – et les outils (gratuits et ils sont nombreux), elles ne sont pas difficiles à créer. Par contre, le travail d’équipe est indispensable car il serait absurde que chaque professeur crée dans son coin une capsule sur le passé composé. Et puis, si c’est difficile, nous pouvons demander aux apprenants de niveau supérieur de créer des capsules pour des niveaux plus bas. Un projet au service de l’apprentissage et collaboratif entre apprenants de niveaux différents.
Une critique qui revient souvent, c’est celle du travail non fait : « Et si les élèves ne regardent pas la capsule ? ». Certes, c’est une probabilité ; comme d’autres ne font pas leurs devoirs – ce qui n’empêche pas de donner des rédactions à faire à la maison – mais je crois que nous ne pouvons pas réfléchir à de nouvelles pratiques sans prendre des risques. Les résultats et les témoignages tendent à montrer que globalement les élèves sont plus motivés et qu’ils progressent comme nous pouvons l’écouter dans cette vidéo d’une classe de Terminale au lycée La Colinière à Nantes. D’autres témoignages ainsi que des conseils sont disponibles en ligne sur la mise en place de la classe inversée sur le site dédié du même nom.

Comme vous pouvez le constater, actionnel et classe inversée font plutôt bon ménage car celle-ci contribue à nous faire gagner du temps tout en rendant l’apprenant plus autonome. Ces deux points sont justement ceux dont a besoin la classe pour que nous puissions plus aisément mettre en place les tâches finales ou les projets. Alors pourquoi ne pas essayer ?

Je serai présent à Azurlingua (Nice) la semaine du 25 juillet pour un module de formation sur la classe inversée. Pour en savoir plus, consultez le programme de la formation « Et si nous mettions la classe à l’envers« .

Publicités

Posted in FLE et didactique | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pédagogie inversée : une carte mentale pour bien procéder

Posted by Philippe Liria sur 12/01/2015

cartementale.jpgPetit à petit, la pédagogie inversée est en train de gagner sa place au soleil. Les formations et les sites FLE s’en font de plus en plus l’écho, même si sa mise en place dans la classe de langue semble encore très discrète. Question de temps… Il y a à peine un peu plus de deux ans, c’était les yeux écarquillés que l’on écoutait untel parler d’inverser la classe (à commencer par les miens – à lire). Aujourd’hui, cette pédagogie fait son bonhomme de chemin car elle contribue à merveille à renforcer les tendances actuelles en enseignement/apprentissage des langues : autonomie, implication, responsabilité… On pourrait dire que, même si elle n’est pas nouvelle en soi (je vous renvoie au témoignage de Marcel Lebrun qui expliquait comment il inversait déjà ses cours dans les années 70), plusieurs éléments en favorisent la mise en place. A ce sujet, je vous recommande la lecture d’un article de Sophie Blitman en décembre dernier dans Educprosf.fr (La classe inversée, un véritable bouleversement pédagogique ?). Les cours hybrides qu’on trouve dans plusieurs établissements du réseau AF / IF sont la preuve qu’il faut absolument réfléchir à innover pédagogiquement. Pas question de supprimer la classe, qui doit, à mon avis, rester un lieu privilégié de rencontre mais il faut qu’elle évolue. Nous ne pouvons continuer à concevoir l’enseignement/apprentissage comme il y a 100 ans – et pourtant ! – et la conséquence d’un tel constat entraîne des changements à tous les niveaux (Certains parlent de tsunami numérique pour reprendre le terme d’Emmanuel Davidenkoff). Les institutions doivent réfléchir à de nouvelles façons de faire circuler les savoirs ; les acteurs de la classe – profs et élèves – doivent s’impliquer différemment ; les supports ne peuvent plus être ceux d’hier (en tout cas pas seulement) et nous devons absolument nous interroger sur les nouveaux outils de la classe, notamment sur l’avenir des manuels (sommes-nous en train de refermer la « parenthèse Gutenberg » ? comme l’a déjà suggéré Sauerberg dans ce monde de transition vers le numérique) ; les espaces aussi doivent être revus, qu’ils soient réels ou virtuels et bien entendu les techniques de classe doivent être revisitées (comme ses espaces d’ailleurs) à la lumière de tout ce qui est à la portée des enseignants et des apprenants. Dans ce contexte, sans parler pour autant de formule « miracle » (celle-ci n’existe pas), la pédagogie inversée peut apparaître comme une réponse à une partie de ces questions que nous nous posons face à ces défis de la classe non plus de demain, mais bien d’aujourd’hui, même si l’odeur et la poussière de la craie et la présence de vieux pupitres aux côtés d’un vieux tableau noir à moitié cassé nous rappellent encore trop souvent le XIXè que ce XXIè siècle dans lequel nous nous trouvons pourtant bien.
Mais comment la mettre en place ? Comment procéder pour que cette inversion de la classe prenne ? Quelles sont ses implications ? Quels sont les outils à prendre en compte ? Quel rôle pour chacun ? Elèves et professeurs, bien sûr mais aussi l’administration de l’établissement que ce soit sur les aspects plus techniques et technologiques (place du smartphone dans la classe/école, accès à Internet…) que sur la question pédagogique (l’enseignant doit se sentir soutenu dans sa démarche). Combien d’expériences novatrices sont frustrées par des administrations trop frileuses, craignant de perdre des élèves car le projet pédagogique n’est pas bien expliqué aux parents ou directement aux élèves dans le cas des apprenants adultes ?
C’est à ces questions et bien d’autres encore au sujet de la pédagogie inversée qu’essaie de répondre efficacement Sophie Guichard à travers une carte mentale que vous pouvez retrouver sur Youtube. Ses explications sont claires, accompagnés d’exemples précis qui vont certainement contribuer à diffuser un peu plus ce nouveau « champ de pensée (…) au niveau de la pédagogie » comme elle le dit elle-même. Encore une fois, cet exemple n’appartient pas au domaine de l’enseignement des langues mais à celui des mathématiques. Mais pourquoi les sciences s’y prêteraient-elles plus que les langues ? Ne cherchons-nous pas dans nos classes à favoriser la pratique de la langue ? Pourquoi l’explication de la théorie de Pythagore ou des logarithmes seraient-elles plus passionnante dans une capsule vidéo que celle de la différence entre imparfait et passé composé ? J’espère en tout cas que cette vidéo que j’ai découverte grâce aux excellents liens que propose le Facebook Journées FLE 2014 Institut français d’Espagne (merci Valérie) vous donnera des pistes de travail pour la classe.

Posted in Actualité du français, FLE et didactique | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :