Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Posts Tagged ‘Créativité et apprentissage’

Vous avez dit « carte heuristique » ?

Posted by Philippe Liria sur 17/12/2014

Découverte du maté (source : Territoire des Langues)

Découverte du maté (source : Territoire des Langues)

« Nos élèves ne savent pas apprendre en autonomie ! » Nous devons donc leur apprendre à apprendre. Oui, mais avec quels outils ? Pas question maintenant de les passer en revue. Par contre je voudrais me centrer sur l’un d’eux : la carte heuristique (j’en avais parlé en mai mais petite piqûre de rappel…). Je n’en suis pas un expert mais je veux relayer dans cet article quelques idées et surtout vous renvoyer ensuite sur des sites qui parlent bien mieux que moi de ce sujet. Et si je l’aborde, c’est parce qu’il reste encore assez méconnu de nombreux enseignants que je rencontre dans les ateliers alors que je suis convaincu qu’il s’agit d’un outil efficace pour aider nos apprenants à mieux apprendre.

Ces cartes heuristiques n’ont rien de nouveau. Elles apparaissent dans les années 70 et remontent encore plus loin dans le temps comme nous le rappelle Anouchka de Oliveira sur son site partiellement consacré au sujet. Mais la neuroscience dont on parle tant actuellement et qui met en avant des aspects comme la pensée logique et la créativité (voir L’élément) les place aujourd’hui sous le feu des projecteurs dans les réflexions sur l’apprentissage. Dont celui des langues bien entendu.

En effet, ces cartes heuristiques peuvent contribuer à représenter, sous forme d’un schéma qui peut évoluer vers des illustrations qui sont de véritables petits chefs-d’œuvre, les connexions entre différentes idées et la hiérarchie qui s’établie entre elles. Elles permettent d’un simple coup d’œil de visualiser un concept, une règle de grammaire, du vocabulaire et donc de mieux retenir des informations. C’est un excellent outil pour la prise de notes par exemple et l’organisation des idées. Pratique pour une compréhension de l’oral ou pour noter (puis restituer) les principales idées d’un article ou d’un livre.

Comme tous les outils qui doivent faciliter l’apprentissage, il ne faut pas l’imposer aux apprenants car ce n’est peut-être pas leur façon de mieux apprendre. Par contre, nous pouvons organiser des activités de classe dans lesquelles nous pouvons suggérer aux apprenants d’y avoir recours. Il faudra au préalable les sensibiliser à ces cartes qu’ils ne connaissent peut-être pas.

Des formations sont proposées comme celles de Marion Charreau ou d’Anouchka De Oliveira pour vous aider à travailler avec les cartes heuristiques dans votre classe de FLE. Des sites sont consacrés à ces cartes : visitez-les pour visualiser de nombreux exemples appliqués au cours FLE. verbes

Il existe aussi des logiciels en ligne (cf. infra) qui permettent de faire mais aussi de défaire ou modifier rapidement et plus facilement ces cartes. Certains diront qu’elles sont aussi plus lisibles même si je trouve qu’on perd en « créativité ».

Juste un mot sur ce nom « carte heuristique »… Personnellement, je ne crois pas que ce soit la meilleure façon de rapprocher cet outil des enseignants et des apprenants. Mind map est certainement plus parlant mais j’entends déjà des cris pour haro sur cet anglicisme ! J’aime bien les cartes mentales ou même l’arbre à idée, quoique… Car les cartes grammaticales que vous trouverez sur Territoires des Langues par exemple n’ont rien d’un arbre mais reprennent merveilleusement bien ce qui peut parfois être indigeste sous forme de longues explications.

Pour en savoir plus :
Fleristice, le blog d’Anouchka De Oliveira
Territoire des Langues, le blog de Marion Charreau
Leurs deux auteures proposent aussi des formations pour la classe.
Article sur les cartes heuristiques sur le site du Canopé académie de Besançon. Il fournit notamment des liens vers des logiciels pour construire des cartes mentales.
Le webpédagogique avait consacré en 2013 toute une rubrique aux cartes mentales et proposait une petite bibliographie sur le sujet.

(N’hésitez pas à me faire parvenir d’autres blogs sur ces cartes mentales pour élargir cette sitographie)

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L’élément de Robinson en un simple coup d’oeil

Posted by Philippe Liria sur 22/08/2014

Robinson Format 30Je vous ai beaucoup parlé de Ken Robinson et de ses travaux. Il y a quelques mois, je vous avais présenté sur ce blog L’élément dans sa version française (cf. article), un ouvrage indispensable pour mieux comprendre la réflexion autour d’apprentissage et créativité. Hier, c’est une amie (Merci !) qui m’a signalé un résumé de ce livre sous forme de mindmap que vous pouvez retrouver sur Format 3.0, le blog de Marco Bertolini, consacré, entre autres, à la pensée visuelle, mais aussi à la formation et l’éducation et d’une façon plus générale à l’emploi des technologies dans l’enseignement.

Au-delà de ce que dit ou écrit Ken Robinson, il est temps que dans l’enseignement du FLE, nous approfondissions nos réflexions sur les implications de la créativité dans l’apprentissage, que nous interrogions nos pratiques de classe, le matériel que nous élaborons, les programmes que nous concevons et voir ce que nous pouvons faire pour améliorer la place faite au « comment apprennent mes élèves » plutôt que nous centrer sur le « comment j’enseigne ». Il parait que c’est un point de vue très anglo-saxon, comme le signale Emmanuel Davidenkoff dans un entretien sur Médiapart, mais si cela contribue à l’obtention de meilleurs résultats, pourquoi ne pas le prendre en compte ?
Évidemment, cette réflexion nous obligera à revoir une grande partie de nos croyances autour de ce qu’il faut enseigner et pour les apprenants, ce qu’ils doivent apprendre. Pas simple, pour personne ! Car l’on sait que les réticences ne viennent pas que du corps enseignant. Elles viennent aussi des apprenants, s’ils sont adultes, et dans les cas des plus jeunes, souvent de leurs parents qui continuent à associer l’apprentissage de la langue à une accumulation des connaissances, notamment grammaticales. Et aussi des institutions qui pour mille et une raisons préfèrent rester conservatrices plutôt que d’oser de nouvelles pratiques de classe et bien entendu d’évaluation, car si celle-ci n’évolue pas, rien ne servira de changer. A ce sujet, les apports de l’approche actionnelle, de la pédagogie différenciée ou de la classe inversée pourraient ouvrir de nouvelles perspectives à condition de prendre le temps de les mettre en place, de les tester, de les corriger… Pas simple dans ce monde du FLE si précaire !

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CECRL et créativité… sont-ils vraiment compatibles ?

Posted by Philippe Liria sur 01/06/2014

Dans l’enseignement des langues, depuis quelques années, les maîtres mots semblent bien être harmonisation, homogénéisation ou standardisation. C’est certainement utile pour comparer les niveaux formels de compétences des apprenants. Et c’est ce qu’ont bien compris les institutions qui se sont lancées dans la mise en place de programmes et de contenus de cours permettant aux apprenants de réussir l’examen ou le test qui leur permet d’obtenir la certification qu’ils ont bien atteint tel niveau de compétence, selon la définition de l’instrument de mesure, généralement une grille, qui reprend les critères établis par le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL). Les manuels qui doivent accompagner les apprenants à connaître la langue et la culture de telle ou telle langue ont l’air d’être de plus en plus conçus dans l’objectif de contribuer à l’obtention du document certifiant. En effet, ces manuels sont eux-mêmes basés sur les référentiels (souvent peu connus voir méconnus des enseignants) et autres outils qui découlent du CECRL.
Quelle merveille ! Il semblerait que dans cette Europe qui a dû mal à se construire, les experts en langues aient réussi l’impossible dans d’autres domaines : se mettre d’accord ! Ils se sont mis d’accord sur les compétences en langue des Européens. C’est sans aucun doute pratique de savoir qu’un citoyen allemand titulaire d’un B1 en français a les mêmes compétences qu’un Portugais titulaire, lui aussi, d’un B1. Reste que dans la pratique, on pourrait légitimement émettre quelques doutes sur cette apparente vérité. Admettons toutefois que celle-ci soit vraie, nous ne pouvons que louer le CECRL pour la performance.
Cette merveilleuse harmonie, un peu comme dans les mondes du futur que nous décrivent les auteurs de science-fiction, ne cache-t-elle pas des contradictions en lien avec ce que signifie apprendre une langue étrangère ? À trop vouloir harmoniser n’oublions-nous pas des aspects pourtant fondamentaux et étroitement liés à l’apprentissage d’une langue que sont l’émotion et la créativité ?
Il semblerait que le CECRL bien plus qu’un cadre soit devenu un carcan, un instrument de contrôle plutôt qu’un outil favorisant une approche ouverte de l’apprentissage d’une langue. Il prétend mettre en avant la tâche, notamment dans sa dimension sociale mais plus pour s’assurer que les critères linguistiques sont bel et bien acquis que pour permettre la créativité des apprenants. Un carcan qui, par exemple, sous prétexte de s’assurer que les étudiants non-communautaires aient bien les niveaux en langue pour suivre les cours en université, demande des connaissances chaque fois plus élevées de la langue, avec l’obtention du certificat adéquat – donc passage obligé par la caisse – s’ils veulent obtenir leur visa. Sinon, ils sont condamnés à rester de l’autre côté des barrières à contempler un drapeau européen de plus en plus bleu marine. Ça ne donne vraiment pas envie !
Un CECRL devenu un carcan dans lequel les élèves, mais aussi les professeurs de langues étrangères, les auteurs de matériel ou les éditeurs de manuels en langues étrangères se sentent de plus en plus mal à l’aise. Trop étriqué le costume de ce CECRL qui voudrait que tout passe par la rationalisation et surtout l’évaluation. Nombreux sont les enseignants qui nous le disent : ils ont l’impression de passer leur temps à devoir évaluer leurs apprenants dans le but de les préparer aux DELE, DELF et autres certifications du genre. C’est vraiment ça apprendre une langue ? Combien préfèrent renoncer à jouer ou créer dans leur classe parce qu’ils craignent que les élèves ou les parents d’élèves leur tombent dessus en leur reprochant d’avoir « perdu du temps » à faire autre chose que la préparation à un quelconque diplôme qui permettra l’accès à telle université ou au précieux visa, sans lequel il n’y pas de liberté de circulation ?
Pourtant, comme le montre si bien Ken Robinson (v. mes précédents billets à son sujet), c’est en permettant aux apprenants de s’exprimer, de jouer, de créer qu’on obtient les meilleurs résultats non pas par rapport à des grilles pré-établies mais par rapport au progrès réel de l’humanité. La standardisation ou l’homogénéisation, plutôt que de contribuer au progrès semble mener à la catastrophe en écartant l’expression des talents et de la créativité des apprenants. Un constat fort décevant alors qu’on sait que l’apprentissage des langues est justement un excellent terrain pour que s’exprime cette créativité (The Effects of Foreign Language Learning on Creativity).
Pour cela, il est important de s’interroger sur le concept même de « créativité ». En effet, depuis quelques temps, le terme a l’air d’être dans toutes les bouches. C’est le mot à la mode mais concrètement, par rapport à la classe, à l’apprentissage, qu’est-ce que cela veut dire ? C’est à cette question qu’ont essayé de répondre les participants au colloque Créativité et apprentissage : un tandem à réinventer ? qui s’est récemment tenu à la Haute École Pédagogique de Vaud en Suisse. Je n’en ai pas encore vu les résultats. J’espère que les actes de ce colloque seront prochainement publiés mais à en croire la présentation qui en était faite les axes de travail ont certainement permis d’avancer dans la réflexion sur le concept même de « créativité » (qui « permet de refonder l’acte d’enseignement-apprentissage […] en le structurant à partir de nouveaux concepts », Aden, 2009, p. 179*) et sa place en classe. En attendant, je vous invite à lire la description des quatre axes de travail de ce colloque dont je reproduis ici les intitulés :
1. les composantes de la créativité: produit ou processus ?;
2. la créativité: concept disciplinaire ou transversal ?;
3. le développement de l’imagination créative de l’enfant à l’école ;
4. des ateliers hands-on pour vivre une expérience créative.

Voilà en tout cas des pistes de réflexion autour d’un concept qui en entrant dans les curricula de nombreux pays va peut-être permettre réviser l’idée même qu’on se fait de l’apprentissage, notamment d’un apprentissage des langues qui, à cause de l’obsession pour les certifications – une vraie poule aux œufs d’or pour ceux qui les développent – tend à abandonner les aspects liés à l’émotion, dont la créativité fait partie. Ce qui est regrettable et qui était pourtant l’une des avancées de ces dernières années en matière d’apprentissage des langues et particulièrement dans le cas du Français langue étrangère : on privilégiait, à travers des activités motivantes et la tâche finale, la créativité des apprenants, loin des progressions traditionnelles contraignantes. Je pense bien sûr à un manuel comme Rond-Point (EMDL) et ce qu’il a pu représenter au moment de sa sortie (2004 pour la 1ère édition) en secouant les habitudes d’enseignement mais aussi d’apprentissage.

Dans un contexte européen en pleine réflexion, sans nier les mérites du CECRL, il en a bien entendu, nous devrions nous interroger sur ce que représente cet instrument (ce n’est pas et ne doit surtout pas être un livre sacré) ; ainsi que sur le contenu et la fonction des certifications qui en découlent.
La construction européenne doit passer par une meilleure connaissance de nos langues car elles sont le moyen de mieux nous comprendre culturellement, socialement et professionnellement. Elles sont l’outil indispensable pour faire tomber les pans d’ignorance qui nous séparent et qui font que montent les courants d’extrême droite qu’il faut bouter d’Europe, non pas pour les envoyer sur d’autres continents mais pour les enterrer dans la mer**, comme l’écrivait le poète Rafael Alberti, et que jamais ils ne refassent surface – je suis conscient qu’il y a du pain sur la planche !
___________________________________

*Aden,J. (2009). La créativité artistique à l’école : refonder l’acte d’apprendre. Synergies Europe,4, 173-180.

**Célèbre poème du poète andalou Rafale Alberti qui a été mis en musique par Paco Ibáñez (lien Youtube)

À lire aussi :
CECR : standardisation ou diversification pédagogique ?

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