Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Posts Tagged ‘Créativité’

Où en est le français dans le monde ?

Posted by Philippe Liria sur 29/08/2016

En été, le prof de FLE se forme
L’été touche à sa fin. Les « grandes vacances » aussi, du moins pour la plupart des profs de l’hémisphère nord mais, on le sait, le professeur de FLE est un être bizarre : il passe une très grande partie de l’année à faire bien plus que les trois huit pour joindre les deux bouts. Comment ? En donnant des cours FOS à sept heures du matin, des cours pour enfants ou ados en journée et des cours adultes en soirée… Et de plus en plus, entre cours et cours, que fait-il ? Outre préparer comme il peut le cours suivant et corriger les copies du précédent, il fait de l’hybride depuis son smartphone puis il enchaîne à pas d’heure depuis son PC portable avec un cours en ligne pour un étudiant à l’autre bout de la planète ! Jackpot penseront certains ? Eh bien, non ! Tout ça, pour des clopinettes !!! Et si certains lecteurs croient que j’exagère et que toute ressemblance avec la réalité ne serait que purement fortuite, qu’ils s’inquiètent : ils ont peut-être perdu contact avec la réalité ! Le FLE fait certes rêver. Je le sais: combien d’étudiants en parlent en imaginant leurs futures missions en terres lointaines et exotiques ?! Mais, quand on connaît la réalité du terrain, on sait ô combien le quotidien est très dur. Malgré cette vie de fous qui ne laisse guère de temps pour faire des folies – mais heureusement est pleine de petits plaisirs-, que fait le prof de FLE pendant ses vacances ? Je vous le donne en mille : il se forme ! Et l’été européen est souvent le moment choisi pour suivre l’une des nombreuses formations proposées ici et là.

Conférence Jacques Pécheur sur les scénarios actionnels- Liège 2016 (Photo: P. Liria)

Conférence Jacques Pécheur sur les scénarios actionnels- Liège 2016 (Photo: P. Liria)

Stages d’été, congrès… du FLE pour tous les goûts
Cette année n’a pas dérogé à la règle, et malgré le climat ambiant pas vraiment à la fête : les profs se sont donné rendez-vous à Nantes, Nice, Besançon ou ailleurs pour suivre l’une de ces nombreuses formations estivales avant de rentrer dans leur pays de provenance. A leur retour, ils pourront mettre en oeuvre et relayer ce qu’ils ont pu y apprendre. Cet été, en plus de ces stages, comme tous les quatre ans, les professeurs de FLE se sont retrouvés en juillet pour le grand messe qu’est le Congrès mondial des professeurs de français. Et pour cette quatorzième édition qui s’est tenue à Liège du 14 au 21 juillet, les quelque 1500 professionnels présents se sont demandés justement où en est le français. Venus de 104 pays, ils ont assisté et souvent proposé des conférences, des communications ou encore animé des présentations ou des ateliers pour mettre à jour et partager leurs connaissances, échanger sur leur pratique mais aussi sur la situation de l’enseignement du français dans leur pays. Du moins quand on leur a permis de traverser les barrages administratifs que dresse l’Europe d’aujourd’hui. Pas facile de demander de défendre les valeurs contenues, paraît-il, dans notre langue si l’on ferme la porte au nez de ceux qui justement la prennent pour étendard de leur liberté ! C’est sans doute cette triste réalité qui se rappelle à nous, même lors d’un congrès dont l’objet principal est l’enseignement. Mais il est clair qu’apprendre le français dans les deux sens du verbe n’est pas ni ne peut être un acte innocent, comme l’a réaffirmé le président du Comité organisateur, l’académicien Jean-Marie Klinkenberg dans son discours de clôture.

Conférence de clôture de J.-M. Klinkenberg - Liège 2016 (photo : P. Liria)

Conférence de clôture de J.-M. Klinkenberg – Liège 2016 (photo : P. Liria)

C’est aussi le ton de l’appel que lancent les professeurs de français dans le document final de résolutions en revendiquant clairement leur rôle dans cette lutte pour « un monde plus juste, mis à l’abri de la barbarie, respectueux des identités et des diversités« . Parce que, nous le savons tous, « la langue est un objet politique » qui véhicule des idées profondément attachées au développement et à l’émancipation des citoyens contre tout type d’oppression sociale, culturelle ou politique. Mais le prof de français, ambassadeur de ces précieuses idées, n’est souvent qu’un simple soldat de plomb, d’une armée certes nombreuse mais aux effectifs qui ne cessent de baisser comme nous l’a rappelé aussi ce congrès, et qui souvent se demande ce que font les décideurs pour éviter la fermeture des cours de français ou la précarisation permanente de la profession. Situation ardente, pour reprendre l’adjectif qui définissait le congrès, et à laquelle devra faire face la nouvelle équipe de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF) avec à sa tête Jean-Marc Defays qui prend donc le relais de Jean-Pierre Cuq après deux mandats. Ce spécialiste du FLE qui nous vient de l’Université de Liège sera entouré, entre autres, d’une Canadienne, Cynthia EID et d’une Roumaine, Doina SPITA pour relever les nombreux défis de la Fédération (manque d’enseignants, absence de politiques en faveur du français, nouveaux besoins des associations…) et qu’on peut retrouver, du moins en partie, dans le Livre blanc présenté lors du congrès de Liège et qui prétend dresser, comme il l’annonce, « un panorama unique de l’enseignement de la langue française dans le monde« .

Des programmes pour repenser le FLE
On l’a vu aussi, le programme bien chargé du congrès – peut-être un peu trop – ou encore ceux des stages d’été sont révélateurs de ce renouvellement nécessaire. Ce qui rend encore plus indispensable la formation initiale mais surtout continue des professionnels du FLE. C’est d’ailleurs le premier point mis en avant dans les résolutions du Congrès. Si la langue française est, et prétend rester, ardente, donc bel et bien vivante, il faut qu’elle s’adapte aux réalités du monde d’aujourd’hui et puisse être fin prête à celles de demain. Aucune nostalgie donc, mais au contraire, un regard pointé vers l’avenir avec des solutions séduisantes pour une langue qui hélas n’a plus vraiment l’air de séduire. Vous ne pouvez pas vous imaginer combien sont celles et ceux qui me demandent, au Pérou, en Colombien, au Chili, etc. à quoi ça peut bien servir d’apprendre le français. Ils/Elles n’en perçoivent pas ou pas vraiment l’utilité et ont même souvent l’impression d’une langue éloignée et difficile (bienvenue l’intercompréhension qui a l’air de gagner du terrain dans les cours, mais pas assez malheureusement). Tout le monde se souvient de cette campagne qui présentait les 10 bonnes raisons d’apprendre le français mais pas sûr que ce soit la meilleure manière de convaincre les sceptiques. Il ne fait aucun doute que l’enseignement du français a besoin d’un grand Entrümpelung au cours duquel on se débarrasserait des vieilles croyances sur comment on doit enseigner et surtout comment nos élèves apprennent. C’est pour cela que la formation est importante et qu’il est grand temps de mettre fin à la dégradation de la situation des professeurs de français. On le voit bien, ces formations proposent des programmes riches et novateurs qui ne peuvent que contribuer à ce renouveau de la classe de français. On y parle bien sûr de ce tsunami numérique mais il ne faudrait pas réduire l’innovation pédagogique nécessaire à la technologie, au web 2.0 ou aux plateformes qui ne cessent de se développer que ce soit depuis les institutions ou depuis le monde éditorial FLE*. Une évolution qui nous oblige à repenser l’ensemble des professions de notre secteur.

Module sur la classe inversée aux Universités du Monde (Nice, juillet 2016 - Photo: P. Liria)

Module sur la classe inversée aux Universités du Monde (Nice, juillet 2016 – Photo: P. Liria)

L’innovation pédagogique passe aussi, et surtout je dirais, par savoir changer nos dynamiques de classe et s’approprier des nouveaux outils, bien sûr, ou se réapproprier d’éléments trop souvent tenus à l’écart comme le rappelle Ken Robinson dans L’élément que je vous invite à lire si ce n’est déjà fait. Il est grand temps par exemple que le jeu (sérieux ou tout simplement de société) ou l’art y tiennent un plus grand rôle : petit clin d’oeil au passage à Ghislaine Bellocq qui ménage si bien art et FLE ou à Adrien Payet qui lie si bien apprentissage du français et théâtre. Bref, que la créativité des apprenants dans un sens large du terme soit vraiment au centre de la classe ; qu’on sache (qu’on ose) revoir les programmes de façon à ce que la mise en place du projet soit une réalité (il ne suffit pas de se remplir la bouche d’actionnel ou de le coucher sur les brochures ou le site qui décrivent la pédagogie prônée par telle ou telle institution). Cela demande de changer nos habitudes de classe, de réfléchir à de nouvelles pratiques. Ce n’est pas en vain que la classe inversée, qui semblait ne pas avoir sa place en FLE, comme je l’ai souvent regretté dans ce blog, commence enfin à être prise en compte pour accompagner ce changement. C’est en tout cas ce qu’on a pu constater dans les propositions de modules de plusieurs stages d’été ; reste qu’il faudra maintenant que l’enthousiasme des stagiaires ne retombent pas face au mur de leurs institutions. Parce que changer la classe n’est pas ni peut être le fait d’un prof mais bien le résultat d’un travail d’une équipe (le collaboratif commence dans la salle des profs) soutenue et accompagnée par sa direction.

Une nécessité de changement pour redonner envie d’apprendre
Introduire une nouvelle façon d’aborder l’enseignement est donc bien une nécessité parce que les étudiants d’aujourd’hui ont de nouvelles attentes (savoir échanger lors d’une visioconférence, répondre à des messages personnels mais aussi professionnels sur Whatsapp, mener des projets avec des partenaires à des milliers de kilomètres…) et de nouvelles façons d’apprendre (la technologie ne doit pas remplacer l’humain mais on ne peut non plus ignorer l’existence des supports tels que la tablette ou le smartphone ou des nouvelles manières d’interagir grâce notamment aux réseaux)*. C’est aussi ce qui contribuera à redonner envie d’apprendre notre langue. Les profs sont géniaux mais ne sont pas des Houdins : ce n’est pas d’un coup de baguette magique que ce changement se produira, n’en déplaise à certains. Par conséquent, la formation n’est pas un luxe. Elle est indispensable pour accompagner le discours ambiant qui réclame à cors et à cris qu’il faut se renouveler et innover pour motiver l’apprentissage de notre langue. Et même si l’été en France est une belle occasion pour joindre l’utile à l’agréable, je suis certain qu’ils/elles sont nombreux/-ses à souhaiter avoir accès pendant l’année scolaire à de vrais plans de formation.

* Voir le numéro 406 (juillet-août 2016) du Français dans le monde qui consacre un dossier aux « Cours en ligne, pratiques d’enseignants, parcours d’apprenants »
**A ce sujet, écoutez Mon enseignant va-t-il devenir un écran ? en podcast sur France Inter (27/08/2016)

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Marion Charreau nous invite à un voyage illustré dans le territoire du français

Posted by Philippe Liria sur 11/11/2015

francais_ciel.jpg(Mise à jour : le 15/12/15)

L’Île des Noms, la Montagne des Verbes… Quels sont donc ces territoires au nom si mystérieux ? Des territoires que traverse un personnage à la découverte de la langue française, tel Lancelot à la quête du Graal ou plus fantastique encore, Alice déambulant dans cet univers inquiétant en apparence mais magique si on n’a pas peur d’emprunter parfois des raccourcis comme le Tube des Pronoms.
Je n’en ai vu que des extraits mais ceux-ci donnent envie de faire la valise et partir dans ce merveilleux voyage initiatique et illustré de la langue française auquel nous invite Marion Charreau – que nous connaissons pour ses formations et son site, Territoires des Langues – dans son livre, Le français vu du ciel. Un voyage qui commence à Barcelone pour nous plonger dans les rouages du français – on ne perd pas de vue l’aspect pédagogique des cartes heuristiques (ou cartes mentales) qui lui sont si chères – à travers 40 planches illustrées.

Cette nouvelle cartographie du français s’inscrit dans une démarche originale pour poser un regard différent sur les verbes, les prépositions, etc. Le français vu du ciel, c’est un beau livre pour tous, francophiles et francophones, apprenants ou enseignants, qui montre que l’apprentissage d’une langue doit aussi – voire surtout – être un moment de plaisir qui n’est pas incompatible avec cette créativité, encore trop souvent délaissée dans une partie du monde de l’éducation. Et ne ratez pas son très intéressant passage sur RFI le 14 décembre. Interviewée par Yvan Amar pour son émission la Danse des mots, Marion nous parle avec passion de ce magnifique livre.Marion Charreau_0

Je vais vite me rendre sur le site de son éditeur, Zeugmo Editions, pour me faire un petit cadeau…

Pour en savoir plus :
http://territoiresdeslangues.com/2015/11/10/le-francais-vu-du-ciel-1-introduction/

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Vous avez dit « création » ?

Posted by Philippe Liria sur 26/09/2015

Voilà déjà quelque temps que je suis L’espace à Zecool, un blog animé par Jacques Cool, un « technopédagogue par choix » comme il se définit lui-même. Il mène une veille permanente (et passionnée) sur tout ce qui se passe autour de la pédagogie et du numérique (suivez-le sur Twitter : @zecool).
Pris par la rentrée, je n’avais pas encore eu le temps de lire ses derniers articles et je voulais surtout vous en recommander un qu’il a consacré à la nécessité d’associer la création et l’innovation à l’apprentissage (Rentrée scolaire 2015 : Perspectives nouvelles, anciennes, entremêlées…). Une réflexion indispensable (je vous renvoie à cet article sur L’élément de Ken Robinson) en cette période de bonnes intentions pour une partie d’entre nous qui reprenons le chemin de l’école pour que cette année soit différente et que nous ne tombions pas dans la routine ou dans cette « mécanique » dont nous parle Jacques Cool. Mais faire changer les choses n’est pas simple, on le sait ! Il suffit de voir la bousculade qu’il décrit dans un magasin de fournitures scolaires pour comprendre que les outils des élèves ressemblent plus à ceux que nos parents nous achetaient quand nous allions à l’école qu’à ceux qui les aideraient à mieux préparer l’avenir. Cela ne veut pas dire qu’il faille se laisser engloutir par le « tout-technologique » ou le « tout-numérique » mais nous n’avons pas le droit non plus de l’ignorer. L’école, dans un sens large qui englobe tous les lieux d’apprentissage, doit savoir s’adapter à l’environnement et ne peut détourner le regard face au changement de ce monde. Le smartphone n’est pas un gadget et la tablette n’est pas un caprice ! Rendons-les plus accessibles mais n’en limitons pas l’usage sous prétexte que tout le monde n’en a pas. Au contraire d’ailleurs, ces outils peuvent contribuer (et doivent le faire) à une meilleure diffusion des connaissances et par voie de conséquence à plus d’égalité, à condition d’apprendre à en gérer les contenus – d’où la nécessité aussi d’avoir des enseignants compétents pour en enseigner les virtues et les défauts.
Cela implique que nous ne fassions plus les choses comme avant, que nous ne reprenions pas les cours de l’année dernière qui ressemblaient comme deux gouttes à ceux de la précédente et que nous sachions donc intégrer non seulement des outils « nouveaux » (tablettes, smartphones) mais aussi et surtout des pédagogies nouvelles. Et Jacques Cool de citer une excellente illustration de Sylvia Duckworth qui synthétise à merveille quelques idées simples et novatrices à la fois pour que la classe soit différente. Il s’agit de 15 choses qu’un professeur devrait essayer dans sa classe (créer un site Internet, créer un portfolio numérique, créer un compte Twitter et permettre des connections internationales, utilser Google forms, etc.). Rien ne garantit que ça marche mais il faut essayer. Et si ça prend, cela peut vraiment créer une nouvelle dynamique de classe. L’autre jour par exemple, lors d’une formation que j’animais dans une université d’Aguascalientes (Mexique), de jeunes enseignantes de FLE ont décrit comment elles avaient introduit dans leurs cours le principe de la classe inversée. Un vrai succès d’après ce qu’elles en disaient qui leur permet de consacrer plus de temps à la réalisation de projets en classe. Or, l’organisation de projets – qui sont pourtant le juste reflet de la réalité (coopération/collaboration avec l’autre, prise d’initiative, créativité/originalité, etc.) – passe souvent à la trappe par manque de temps car il faut préparer les famauses évaluations. Comme si le succès dans la réalisation d’un projet n’était pas en soi la meilleure évaluation ! Mais c’est un autre débat…

Origen: Rentrée scolaire 2015 : Perspectives nouvelles, anciennes, entremêlées…

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Vous avez dit « carte heuristique » ?

Posted by Philippe Liria sur 17/12/2014

Découverte du maté (source : Territoire des Langues)

Découverte du maté (source : Territoire des Langues)

« Nos élèves ne savent pas apprendre en autonomie ! » Nous devons donc leur apprendre à apprendre. Oui, mais avec quels outils ? Pas question maintenant de les passer en revue. Par contre je voudrais me centrer sur l’un d’eux : la carte heuristique (j’en avais parlé en mai mais petite piqûre de rappel…). Je n’en suis pas un expert mais je veux relayer dans cet article quelques idées et surtout vous renvoyer ensuite sur des sites qui parlent bien mieux que moi de ce sujet. Et si je l’aborde, c’est parce qu’il reste encore assez méconnu de nombreux enseignants que je rencontre dans les ateliers alors que je suis convaincu qu’il s’agit d’un outil efficace pour aider nos apprenants à mieux apprendre.

Ces cartes heuristiques n’ont rien de nouveau. Elles apparaissent dans les années 70 et remontent encore plus loin dans le temps comme nous le rappelle Anouchka de Oliveira sur son site partiellement consacré au sujet. Mais la neuroscience dont on parle tant actuellement et qui met en avant des aspects comme la pensée logique et la créativité (voir L’élément) les place aujourd’hui sous le feu des projecteurs dans les réflexions sur l’apprentissage. Dont celui des langues bien entendu.

En effet, ces cartes heuristiques peuvent contribuer à représenter, sous forme d’un schéma qui peut évoluer vers des illustrations qui sont de véritables petits chefs-d’œuvre, les connexions entre différentes idées et la hiérarchie qui s’établie entre elles. Elles permettent d’un simple coup d’œil de visualiser un concept, une règle de grammaire, du vocabulaire et donc de mieux retenir des informations. C’est un excellent outil pour la prise de notes par exemple et l’organisation des idées. Pratique pour une compréhension de l’oral ou pour noter (puis restituer) les principales idées d’un article ou d’un livre.

Comme tous les outils qui doivent faciliter l’apprentissage, il ne faut pas l’imposer aux apprenants car ce n’est peut-être pas leur façon de mieux apprendre. Par contre, nous pouvons organiser des activités de classe dans lesquelles nous pouvons suggérer aux apprenants d’y avoir recours. Il faudra au préalable les sensibiliser à ces cartes qu’ils ne connaissent peut-être pas.

Des formations sont proposées comme celles de Marion Charreau ou d’Anouchka De Oliveira pour vous aider à travailler avec les cartes heuristiques dans votre classe de FLE. Des sites sont consacrés à ces cartes : visitez-les pour visualiser de nombreux exemples appliqués au cours FLE. verbes

Il existe aussi des logiciels en ligne (cf. infra) qui permettent de faire mais aussi de défaire ou modifier rapidement et plus facilement ces cartes. Certains diront qu’elles sont aussi plus lisibles même si je trouve qu’on perd en « créativité ».

Juste un mot sur ce nom « carte heuristique »… Personnellement, je ne crois pas que ce soit la meilleure façon de rapprocher cet outil des enseignants et des apprenants. Mind map est certainement plus parlant mais j’entends déjà des cris pour haro sur cet anglicisme ! J’aime bien les cartes mentales ou même l’arbre à idée, quoique… Car les cartes grammaticales que vous trouverez sur Territoires des Langues par exemple n’ont rien d’un arbre mais reprennent merveilleusement bien ce qui peut parfois être indigeste sous forme de longues explications.

Pour en savoir plus :
Fleristice, le blog d’Anouchka De Oliveira
Territoire des Langues, le blog de Marion Charreau
Leurs deux auteures proposent aussi des formations pour la classe.
Article sur les cartes heuristiques sur le site du Canopé académie de Besançon. Il fournit notamment des liens vers des logiciels pour construire des cartes mentales.
Le webpédagogique avait consacré en 2013 toute une rubrique aux cartes mentales et proposait une petite bibliographie sur le sujet.

(N’hésitez pas à me faire parvenir d’autres blogs sur ces cartes mentales pour élargir cette sitographie)

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L’élément de Robinson en un simple coup d’oeil

Posted by Philippe Liria sur 22/08/2014

Robinson Format 30Je vous ai beaucoup parlé de Ken Robinson et de ses travaux. Il y a quelques mois, je vous avais présenté sur ce blog L’élément dans sa version française (cf. article), un ouvrage indispensable pour mieux comprendre la réflexion autour d’apprentissage et créativité. Hier, c’est une amie (Merci !) qui m’a signalé un résumé de ce livre sous forme de mindmap que vous pouvez retrouver sur Format 3.0, le blog de Marco Bertolini, consacré, entre autres, à la pensée visuelle, mais aussi à la formation et l’éducation et d’une façon plus générale à l’emploi des technologies dans l’enseignement.

Au-delà de ce que dit ou écrit Ken Robinson, il est temps que dans l’enseignement du FLE, nous approfondissions nos réflexions sur les implications de la créativité dans l’apprentissage, que nous interrogions nos pratiques de classe, le matériel que nous élaborons, les programmes que nous concevons et voir ce que nous pouvons faire pour améliorer la place faite au « comment apprennent mes élèves » plutôt que nous centrer sur le « comment j’enseigne ». Il parait que c’est un point de vue très anglo-saxon, comme le signale Emmanuel Davidenkoff dans un entretien sur Médiapart, mais si cela contribue à l’obtention de meilleurs résultats, pourquoi ne pas le prendre en compte ?
Évidemment, cette réflexion nous obligera à revoir une grande partie de nos croyances autour de ce qu’il faut enseigner et pour les apprenants, ce qu’ils doivent apprendre. Pas simple, pour personne ! Car l’on sait que les réticences ne viennent pas que du corps enseignant. Elles viennent aussi des apprenants, s’ils sont adultes, et dans les cas des plus jeunes, souvent de leurs parents qui continuent à associer l’apprentissage de la langue à une accumulation des connaissances, notamment grammaticales. Et aussi des institutions qui pour mille et une raisons préfèrent rester conservatrices plutôt que d’oser de nouvelles pratiques de classe et bien entendu d’évaluation, car si celle-ci n’évolue pas, rien ne servira de changer. A ce sujet, les apports de l’approche actionnelle, de la pédagogie différenciée ou de la classe inversée pourraient ouvrir de nouvelles perspectives à condition de prendre le temps de les mettre en place, de les tester, de les corriger… Pas simple dans ce monde du FLE si précaire !

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CECRL et créativité… sont-ils vraiment compatibles ?

Posted by Philippe Liria sur 01/06/2014

Dans l’enseignement des langues, depuis quelques années, les maîtres mots semblent bien être harmonisation, homogénéisation ou standardisation. C’est certainement utile pour comparer les niveaux formels de compétences des apprenants. Et c’est ce qu’ont bien compris les institutions qui se sont lancées dans la mise en place de programmes et de contenus de cours permettant aux apprenants de réussir l’examen ou le test qui leur permet d’obtenir la certification qu’ils ont bien atteint tel niveau de compétence, selon la définition de l’instrument de mesure, généralement une grille, qui reprend les critères établis par le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL). Les manuels qui doivent accompagner les apprenants à connaître la langue et la culture de telle ou telle langue ont l’air d’être de plus en plus conçus dans l’objectif de contribuer à l’obtention du document certifiant. En effet, ces manuels sont eux-mêmes basés sur les référentiels (souvent peu connus voir méconnus des enseignants) et autres outils qui découlent du CECRL.
Quelle merveille ! Il semblerait que dans cette Europe qui a dû mal à se construire, les experts en langues aient réussi l’impossible dans d’autres domaines : se mettre d’accord ! Ils se sont mis d’accord sur les compétences en langue des Européens. C’est sans aucun doute pratique de savoir qu’un citoyen allemand titulaire d’un B1 en français a les mêmes compétences qu’un Portugais titulaire, lui aussi, d’un B1. Reste que dans la pratique, on pourrait légitimement émettre quelques doutes sur cette apparente vérité. Admettons toutefois que celle-ci soit vraie, nous ne pouvons que louer le CECRL pour la performance.
Cette merveilleuse harmonie, un peu comme dans les mondes du futur que nous décrivent les auteurs de science-fiction, ne cache-t-elle pas des contradictions en lien avec ce que signifie apprendre une langue étrangère ? À trop vouloir harmoniser n’oublions-nous pas des aspects pourtant fondamentaux et étroitement liés à l’apprentissage d’une langue que sont l’émotion et la créativité ?
Il semblerait que le CECRL bien plus qu’un cadre soit devenu un carcan, un instrument de contrôle plutôt qu’un outil favorisant une approche ouverte de l’apprentissage d’une langue. Il prétend mettre en avant la tâche, notamment dans sa dimension sociale mais plus pour s’assurer que les critères linguistiques sont bel et bien acquis que pour permettre la créativité des apprenants. Un carcan qui, par exemple, sous prétexte de s’assurer que les étudiants non-communautaires aient bien les niveaux en langue pour suivre les cours en université, demande des connaissances chaque fois plus élevées de la langue, avec l’obtention du certificat adéquat – donc passage obligé par la caisse – s’ils veulent obtenir leur visa. Sinon, ils sont condamnés à rester de l’autre côté des barrières à contempler un drapeau européen de plus en plus bleu marine. Ça ne donne vraiment pas envie !
Un CECRL devenu un carcan dans lequel les élèves, mais aussi les professeurs de langues étrangères, les auteurs de matériel ou les éditeurs de manuels en langues étrangères se sentent de plus en plus mal à l’aise. Trop étriqué le costume de ce CECRL qui voudrait que tout passe par la rationalisation et surtout l’évaluation. Nombreux sont les enseignants qui nous le disent : ils ont l’impression de passer leur temps à devoir évaluer leurs apprenants dans le but de les préparer aux DELE, DELF et autres certifications du genre. C’est vraiment ça apprendre une langue ? Combien préfèrent renoncer à jouer ou créer dans leur classe parce qu’ils craignent que les élèves ou les parents d’élèves leur tombent dessus en leur reprochant d’avoir « perdu du temps » à faire autre chose que la préparation à un quelconque diplôme qui permettra l’accès à telle université ou au précieux visa, sans lequel il n’y pas de liberté de circulation ?
Pourtant, comme le montre si bien Ken Robinson (v. mes précédents billets à son sujet), c’est en permettant aux apprenants de s’exprimer, de jouer, de créer qu’on obtient les meilleurs résultats non pas par rapport à des grilles pré-établies mais par rapport au progrès réel de l’humanité. La standardisation ou l’homogénéisation, plutôt que de contribuer au progrès semble mener à la catastrophe en écartant l’expression des talents et de la créativité des apprenants. Un constat fort décevant alors qu’on sait que l’apprentissage des langues est justement un excellent terrain pour que s’exprime cette créativité (The Effects of Foreign Language Learning on Creativity).
Pour cela, il est important de s’interroger sur le concept même de « créativité ». En effet, depuis quelques temps, le terme a l’air d’être dans toutes les bouches. C’est le mot à la mode mais concrètement, par rapport à la classe, à l’apprentissage, qu’est-ce que cela veut dire ? C’est à cette question qu’ont essayé de répondre les participants au colloque Créativité et apprentissage : un tandem à réinventer ? qui s’est récemment tenu à la Haute École Pédagogique de Vaud en Suisse. Je n’en ai pas encore vu les résultats. J’espère que les actes de ce colloque seront prochainement publiés mais à en croire la présentation qui en était faite les axes de travail ont certainement permis d’avancer dans la réflexion sur le concept même de « créativité » (qui « permet de refonder l’acte d’enseignement-apprentissage […] en le structurant à partir de nouveaux concepts », Aden, 2009, p. 179*) et sa place en classe. En attendant, je vous invite à lire la description des quatre axes de travail de ce colloque dont je reproduis ici les intitulés :
1. les composantes de la créativité: produit ou processus ?;
2. la créativité: concept disciplinaire ou transversal ?;
3. le développement de l’imagination créative de l’enfant à l’école ;
4. des ateliers hands-on pour vivre une expérience créative.

Voilà en tout cas des pistes de réflexion autour d’un concept qui en entrant dans les curricula de nombreux pays va peut-être permettre réviser l’idée même qu’on se fait de l’apprentissage, notamment d’un apprentissage des langues qui, à cause de l’obsession pour les certifications – une vraie poule aux œufs d’or pour ceux qui les développent – tend à abandonner les aspects liés à l’émotion, dont la créativité fait partie. Ce qui est regrettable et qui était pourtant l’une des avancées de ces dernières années en matière d’apprentissage des langues et particulièrement dans le cas du Français langue étrangère : on privilégiait, à travers des activités motivantes et la tâche finale, la créativité des apprenants, loin des progressions traditionnelles contraignantes. Je pense bien sûr à un manuel comme Rond-Point (EMDL) et ce qu’il a pu représenter au moment de sa sortie (2004 pour la 1ère édition) en secouant les habitudes d’enseignement mais aussi d’apprentissage.

Dans un contexte européen en pleine réflexion, sans nier les mérites du CECRL, il en a bien entendu, nous devrions nous interroger sur ce que représente cet instrument (ce n’est pas et ne doit surtout pas être un livre sacré) ; ainsi que sur le contenu et la fonction des certifications qui en découlent.
La construction européenne doit passer par une meilleure connaissance de nos langues car elles sont le moyen de mieux nous comprendre culturellement, socialement et professionnellement. Elles sont l’outil indispensable pour faire tomber les pans d’ignorance qui nous séparent et qui font que montent les courants d’extrême droite qu’il faut bouter d’Europe, non pas pour les envoyer sur d’autres continents mais pour les enterrer dans la mer**, comme l’écrivait le poète Rafael Alberti, et que jamais ils ne refassent surface – je suis conscient qu’il y a du pain sur la planche !
___________________________________

*Aden,J. (2009). La créativité artistique à l’école : refonder l’acte d’apprendre. Synergies Europe,4, 173-180.

**Célèbre poème du poète andalou Rafale Alberti qui a été mis en musique par Paco Ibáñez (lien Youtube)

À lire aussi :
CECR : standardisation ou diversification pédagogique ?

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