Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

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Vers la fin du « tout-anglais » ?

Posted by Philippe Liria sur 08/02/2016

Ces jours-ci, c’est avec le soleil méditerranéen que j’accompagne le petit déjeuner, un café au lait et une ensaimada, sans oublier le quotidien du matin dans sa version papier… Un de ces plaisirs minuscules à la Delerm et qui prend une dimension toute particulière le dimanche, même si le journal plie sous le poids des suppléments – un peu moins qu’avant, la crise a eu du bon -. Ce matin, au milieu des nouvelles internationales, entre drame syrien et super bowl, et chaos informatif sur la situation politique en Espagne – pas moins chaotique – La Vanguardia consacrait une page à ces « langues qui ont de l’avenir » (Els idiomes amb futur, rubrique Tendències, p42 – lien en catalan / lien en espagnol). L’article en soi n’apporte pas grand-chose de nouveau sur le sujet mais il a le mérite de l’aborder et c’est ce qui le rend intéressant dans un pays où, comme tant d’autres, l’on a voulu faire croire que l’anglais serait suffisant pour évoluer dans un milieu international. Depuis des années, l’Espagne mène une politique du « tout-anglais » qui a relégué le français à une simple option, et encore ! Quant aux autres langues, je n’en parle même pas : elles sont (presque) inexistantes dans les programmes. A moins d’avoir la chance de pouvoir faire son collège et son lycée dans des établissements privés qui n’ont pas oublié que le monde n’est pas monolingue en anglais, les élèves espagnols n’ont que trop rarement accès à une LV2 et quand bien même cette possibilité existe, le discours ambiant ne motive guère les parents à ce que leurs enfants suivent une matière aussi inutile que le français ! IMG_0261
On oublie souvent de leur rappeler que le premier partenaire économique de l’Espagne se trouve juste au-delà des Pyrénées et que depuis déjà quelques années, un grand potentiel économique – et source d’emplois – existe au Sud. Parler français serait sans aucun doute un atout pour un grand nombre qui souhaiterait travailler avec la France bien sûr mais aussi avec l’Afrique. C’est justement le marché africain qui devrait éveiller l’intérêt pour l’apprentissage du français en Espagne mais aussi dans les pays d’Amérique latine que je connais si bien et qui, eux aussi, mènent encore trop souvent des politiques d’enseignement des langues qui se résument à proposer l’anglais. Le français restant la langue d’une certaine élite. Quelle erreur ! Je ne sais pas si l’OIF gonfle les chiffres quand elle annonce quelque 750 millions de francophones en 2050 et la majorité sur le continent africain mais ce qui est sûr, c’est que le français y est une langue incontournable. Dans ce monde où les relations internationales entre pays du Sud sont en pleine évolution, le français peut être cette plus-value professionnelle pour beaucoup de futurs experts formés dans les universités latino-américaines mais où le français règne par son absence ou sa trop faible présence. Ceux-ci pourraient intégrer ou développer plus facilement des projets avec l’Afrique. Cela peut paraître ridicule mais il y des universités qui ne proposent même pas la possibilité d’étudier une deuxième langue à leurs étudiants ! Et beaucoup prétendent d’entre elles se vantent d’avoir une dimension internationale.

Dramatiquement absent !
Le journaliste a donc raison de rappeler que la deuxième langue la plus parlée sur les marchés internationaux est le français et, reprenant une étude très intéressante de l’Universitat Oberta de Catalunya, que c’est la langue de 55% des PME en Catalogne. Cette étude (Elan.cat) est disponible en ligne, en catalan, espagnol et anglais… dommage qu’elle ne le soit pas en français d’ailleurs. Mais nous ne sommes pas à un détail prêt dans le pays : bien que 30% des entreprises catalanes travaillent avec la France et que les visiteurs français soient les plus nombreux (source :idescat), le français est dramatiquement absent. On peut éventuellement vous parler en russe ou en chinois dans les boutiques de Barcelone – surtout si elles ont pignon sur le Passeig de Gràcia – mais pas en français ! Ou si peu que cela relève de l’anecdote. Lamentable ! On se demande presque où se trouvent les 10000 élèves de français des Ecoles officielles de Langues (EOI dans les sigles en catalan) qu’il y a en Catalogne – quelque 60000 dans toute l’Espagne -. Et encore, dans ces EOI, ce sont essentiellement des adultes surtout à partir de 30 ans, toujours selon le même article. Un peu comme si une fois plongé dans le monde du travail, on se rendait compte que ça peut être utile de ne pas se contenter de l’anglais.

Tout n’est pas perdu
Il semblerait cependant que depuis quelque temps, on ait pris conscience que l’anglais n’est plus un facteur clé pour trouver un emploi (j’ai vraiment l’impression d’écrire une vérité de La Palice). Comme tout le monde l’a – enfin sur le CV, je ne veux pas entrer dans des jugements de valeur sur la réelle compétence de chacun -, ce n’est plus un élément de différentiation au moment de se présenter à un emploi. La crise a certainement contribué à faire comprendre qu’il peut être bon de parler au moins une autre langue étrangère mais cette prise de conscience ne suffit pas. Or, qu’a-t-on fait pour renforcer la présence d’une LV2 dans l’enseignement ? Je ris quand je lis les déclarations de la directrice adjointe générale de Llengua i Plurilingüisme qui affirme que « les nouveaux programmes feront que les élèves qui commenceront à étudier une deuxième langue étrangère au collège (ESO) devront obligatoirement conserver cette langue en option jusqu’à ce qu’ils terminent le secondaire« . Bref, de belles paroles peut-être mais rien qui ressemble à une mesure efficace pour que la LV2 fasse son entrée obligatoire en collège. On est loin, bien loin des modèles du nord de l’Europe. Et je ne parle même pas des DNL ! On en est à des années-lumière !
Un signe d’espoir toutefois, ce sont les accords que la Generalitat, comme d’autres gouvernements autonomes, a signé avec les autorités françaises pour que le DELF entre dans les établissements publics. Depuis 2014, on observe une augmentation exponentielle du nombre de candidats (+18% en 2015 selon les chiffres fournis par www.delf-dalf.es). Tout n’est donc pas perdu grâce au travail de terrain, indispensable, des responsables de la diffusion du français – qui ont multiplié les actions de sensibilisation et de formation auprès des autorités locales et des professeurs de français, qui se sentent certainement un peu moins seuls. Dans le même temps, on observe des initiatives ça et là sur le continent américain pour que le français retrouve les bancs de l’école, au-delà du réseau de l’Alliance française.

La route sera encore longue cependant d’ici à ce que l’on comprenne véritablement, que ce soit en Espagne ou dans beaucoup d’autres coins du monde, que l’étude d’une LV2 et même d’une LV3 n’est pas un luxe mais une nécessité pour ne pas rester à l’écart de l’évolution du monde et que le français fait partie de ces LV qu’il est bon d’avoir dans ses bagages.

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Sagesse numérique, motivation, apprendre à apprendre… Repenser l’apprentissage

Posted by Philippe Liria sur 26/08/2012

Cette semaine, ce sont deux liens fournis par des amis de Facebook qui ont retenu mon attention. Curieusement, les deux s’interrogent sur le sens de l’éducation et il m’a paru intéressant de partager avec les lecteurs de ce blog ces quelques réflexions. La première part d’un article sur la pédagogue étatsunienne Cathy Davidson et l’autre sur le film documentaire La educación prohibida (Argentine, août 2012). Dans les deux cas, la réflexion nous amène à nous poser des questions sur nos pratiques de classe, dont celles de la classe de FLE.

Marc Prensky

Dans un entretien sur RSLN, Marc Prensky évoque sa vision de l’école de demain ou plutôt celle d’après-demain. Prensky, vous le connaissez certainement car c’est l’auteur du concept de « migrant numérique » et de « natif numérique ». Il parle aujourd’hui de « sagesse numérique » (cf. son ouvrage From digital nativ to digital wisdom: Hopeful essays for 21st Century Learning – 2012 Corwin, 240 pages) ce qui nous renvoie à ce idée de l’homme posant des questions, analysant les situations… Bref, l’homme de l’avenir ne doit plus apprendre pour apprendre mais comme on le répète depuis déjà longtemps « apprendre à apprendre » afin d’être autonome. C’est ce qui fait dire à Tommy Pouilly, animateur sur le blog de RSLN, que l’éducation de demain ou d’après-demain devrait peut-être ressembler à celle d’avant-hier (cf. l’article de Tommy Pouilly). Pourquoi ? Parce que la classe d’aujourd’hui ressemble encore trop au système éducatif d’hier, c’est-à-dire des XVIIIe et XIXe siècles comme le rappelle d’ailleurs l’introduction du film-documentaire La educación prohibida. Un système qui n’a pas grand-chose à voir avec le monde à venir. Par contre, si nous creusons un peu plus, nous verrons que les méthodes socratiques (questions/réponses) du disciple éveillé par la curiosité d’un phénomème qui fait qu’il interroge le maître pour mieux comprendre sans pour autant espérer la solution mais plutôt des éléments qui le guideront vers celle-ci.

Cathy Davidson

C’est que suggère Cathy Davidson dans son livre Now you see it sur lequel se base l’article de Pouilly. Cathy Davidson, dont je vous recommande le blog, pense que cette approche répond mieux aux réalités actuelles et surtout à venir où l’imprévisible reprend le dessus sur le monde prévisible que des dernières décennies. C’est pourquoi l’éducation doit se charger de fournir aux élèves les outils pour qu’ils sachent (se) poser les bonnes questions pour progresser plutôt que d’apporter des savoirs déjà mis en boîte, peu motivants et surtout déconnecter du monde qui les attend.

Cette remise en cause de l’éducation telle qu’on la pratique actuellement, c’est aussi le sens du film documentaire La educación prohibida (L’éducation interdite)* du réalisateur argentin German Doin et de toute son équipe. Réalisé sur le principe du crowdfunding, à partir d’une enquête menée dans sept pays d’Amérique latine et en Espagne auprès de quelque quatre-vingts spécialistes (éducateurs, professeurs, pédagogues…), ce document s’interroge sur la nature même de l’apprentissage, les choix des apprenants, leurs motivations, l’importance de l’affectif dans le développement de l’individu, membre d’une société dont il est acteur. Il passe en revue les deux derniers siècles de tradition scolaire pour ensuite récupérer des réflexions autour d’autres voies qui ont osé remettre en question le modèle d’école traditionnelle. On y retrouve les expériences éducatives de différentes écoles (Montessori, Home schooling, pedsistema, edupopular, educación libre, logosófica, proyecto Kilpatrick, AC activa, escuela democrática, Waldorf…) qui ont toutes en commun de placer l’enfant au centre d’un projet éducatif où l’autonomie d’apprentissage est fondamentale ; des expériences qui montrent que l’enfant s’intéresse aux choses qu’il fait parce qu’elles ont du sens.

Un film sur l'éducation centrée sur l'amour, le respect, la liberté et l'apprentissage

La educación prohibida (Argentine, 2012)

*Ce film est en espagnol mais la version sous-titrée en français est disponible à partir du site. Toujours sur ce site, vous y trouverez de nombreuses références et des liens vers toutes les écoles et tous les spécialistes qui ont participé à ce projet.

Après cette réflexion sur ces deux sujets, penchons-nous sur ce que nous demandons à nos élèves dans le domaine de l’enseignement du français langue étrangère. Et que constatons-nous ? Combien il est difficile d’adapter nos pratiques à ces nouvelles exigences, même si le souci d’y parvenir est bel et bien présent depuis quelques années dans les tentatives de mise en place d’une part, de nouvelles pratiques en lien avec l’approche actionnelle et, d’autre part, en cherchant à introduire des activités s’appuyant sur les plateformes d’échanges et les wiki (des expériences existent sur Moodle ou sur des blogs comme ceux de Babelweb ou le web 2.0 des méthodes FLE Version Originale ou Nouveau Rond-Point).
Pas simple. Nous voyons en effet que malgré ces essais, beaucoup d’enseignants continuent de privilégier les exercices fermés, du déjà mis en boite, prêts à servir avec des réponses fermées. Car même en ligne, ces exercices ont conservé la même dynamique ; ce qui a changé, c’est qu’ils sont tout simplement plus esthétiques et plus agréables. Par contre, nous observons les difficultés à proposer un apprentissage qui aurait recours à ces espaces virtuels plus ouverts et certainement plus motivants pour les élèves. On sait que ce n’est pas simple et cette mise en place ne dépend pas forcément ou pas uniquement de l’enseignement mais aussi de l’environnement dans lequel professeurs et élèves se trouvent (les curricula, le nombre d’heures présentielles, les outils dont on dispose et la formation proposée aux enseignants ou le temps qu’ils ont pour préparer leurs cours, etc.).
Alors que nos élèves devraient savoir écrire des courriels dans des différents registres, des textos, de tweeter… nous continuons de leur demander d’écrire des cartes postales et des lettres administratives ; alors que les B2 et les C1 doivent savoir faire des exposés et rédigés des compte rendus – certainement utiles – qui leur enseigne à monter des powerpoints (et l’accompagnement – oral la plupart du temps qui va avec) ? Nous commençons à peine à accepter que le téléphone portable devienne un outil de plus en classe et non pas un objet qui dérange. Il y a un décalage, qui n’a cesse de se creuser mais savons-nous vraiment y remédier ? Permettons-nous à nos élèves de poser les questions, de découvrir la langue à travers le plaisir ? Les objectifs du CECRL sont bien beau mais si, comme c’est le cas, les programmes, les curricula, les traditions d’apprentissage – le passé composé s’étudie à tel moment et pas un autre, etc. – reprennent le dessus – a-t-on jamais pu vraiment les écarter ? -, nous ne parviendront pas à motiver les élèves. Il faut donc que nos classes de langue soient de plus en plus en contact avec la réalité, c’est que permet l’outil internet pour que les élèves n’aient plus l’impression qu’apprendre le français, ça ne sert qu’à améliorer une note globale.
Depuis quelques années, les propositions autour de l’actionnel et le développement de l’interdisciplinarité contribuent certainement à aller dans ce sens, contribuent à repenser notre perception de la classe de langue et donc celle qu’en auront les élèves.

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DELF / DALF

Posted by Philippe Liria sur 04/07/2010

Nouvelle rubrique de ce blog. J’essaierai d’y réunir toutes les informations sur ces certifications, avec des liens d’intérêts aussi pour aider les profs à mieux préparer leurs élèves aux épreuves du DELF et du DALF.

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