Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Posts Tagged ‘DELF’

Vers la fin du « tout-anglais » ?

Posted by Philippe Liria sur 08/02/2016

Ces jours-ci, c’est avec le soleil méditerranéen que j’accompagne le petit déjeuner, un café au lait et une ensaimada, sans oublier le quotidien du matin dans sa version papier… Un de ces plaisirs minuscules à la Delerm et qui prend une dimension toute particulière le dimanche, même si le journal plie sous le poids des suppléments – un peu moins qu’avant, la crise a eu du bon -. Ce matin, au milieu des nouvelles internationales, entre drame syrien et super bowl, et chaos informatif sur la situation politique en Espagne – pas moins chaotique – La Vanguardia consacrait une page à ces « langues qui ont de l’avenir » (Els idiomes amb futur, rubrique Tendències, p42 – lien en catalan / lien en espagnol). L’article en soi n’apporte pas grand-chose de nouveau sur le sujet mais il a le mérite de l’aborder et c’est ce qui le rend intéressant dans un pays où, comme tant d’autres, l’on a voulu faire croire que l’anglais serait suffisant pour évoluer dans un milieu international. Depuis des années, l’Espagne mène une politique du « tout-anglais » qui a relégué le français à une simple option, et encore ! Quant aux autres langues, je n’en parle même pas : elles sont (presque) inexistantes dans les programmes. A moins d’avoir la chance de pouvoir faire son collège et son lycée dans des établissements privés qui n’ont pas oublié que le monde n’est pas monolingue en anglais, les élèves espagnols n’ont que trop rarement accès à une LV2 et quand bien même cette possibilité existe, le discours ambiant ne motive guère les parents à ce que leurs enfants suivent une matière aussi inutile que le français ! IMG_0261
On oublie souvent de leur rappeler que le premier partenaire économique de l’Espagne se trouve juste au-delà des Pyrénées et que depuis déjà quelques années, un grand potentiel économique – et source d’emplois – existe au Sud. Parler français serait sans aucun doute un atout pour un grand nombre qui souhaiterait travailler avec la France bien sûr mais aussi avec l’Afrique. C’est justement le marché africain qui devrait éveiller l’intérêt pour l’apprentissage du français en Espagne mais aussi dans les pays d’Amérique latine que je connais si bien et qui, eux aussi, mènent encore trop souvent des politiques d’enseignement des langues qui se résument à proposer l’anglais. Le français restant la langue d’une certaine élite. Quelle erreur ! Je ne sais pas si l’OIF gonfle les chiffres quand elle annonce quelque 750 millions de francophones en 2050 et la majorité sur le continent africain mais ce qui est sûr, c’est que le français y est une langue incontournable. Dans ce monde où les relations internationales entre pays du Sud sont en pleine évolution, le français peut être cette plus-value professionnelle pour beaucoup de futurs experts formés dans les universités latino-américaines mais où le français règne par son absence ou sa trop faible présence. Ceux-ci pourraient intégrer ou développer plus facilement des projets avec l’Afrique. Cela peut paraître ridicule mais il y des universités qui ne proposent même pas la possibilité d’étudier une deuxième langue à leurs étudiants ! Et beaucoup prétendent d’entre elles se vantent d’avoir une dimension internationale.

Dramatiquement absent !
Le journaliste a donc raison de rappeler que la deuxième langue la plus parlée sur les marchés internationaux est le français et, reprenant une étude très intéressante de l’Universitat Oberta de Catalunya, que c’est la langue de 55% des PME en Catalogne. Cette étude (Elan.cat) est disponible en ligne, en catalan, espagnol et anglais… dommage qu’elle ne le soit pas en français d’ailleurs. Mais nous ne sommes pas à un détail prêt dans le pays : bien que 30% des entreprises catalanes travaillent avec la France et que les visiteurs français soient les plus nombreux (source :idescat), le français est dramatiquement absent. On peut éventuellement vous parler en russe ou en chinois dans les boutiques de Barcelone – surtout si elles ont pignon sur le Passeig de Gràcia – mais pas en français ! Ou si peu que cela relève de l’anecdote. Lamentable ! On se demande presque où se trouvent les 10000 élèves de français des Ecoles officielles de Langues (EOI dans les sigles en catalan) qu’il y a en Catalogne – quelque 60000 dans toute l’Espagne -. Et encore, dans ces EOI, ce sont essentiellement des adultes surtout à partir de 30 ans, toujours selon le même article. Un peu comme si une fois plongé dans le monde du travail, on se rendait compte que ça peut être utile de ne pas se contenter de l’anglais.

Tout n’est pas perdu
Il semblerait cependant que depuis quelque temps, on ait pris conscience que l’anglais n’est plus un facteur clé pour trouver un emploi (j’ai vraiment l’impression d’écrire une vérité de La Palice). Comme tout le monde l’a – enfin sur le CV, je ne veux pas entrer dans des jugements de valeur sur la réelle compétence de chacun -, ce n’est plus un élément de différentiation au moment de se présenter à un emploi. La crise a certainement contribué à faire comprendre qu’il peut être bon de parler au moins une autre langue étrangère mais cette prise de conscience ne suffit pas. Or, qu’a-t-on fait pour renforcer la présence d’une LV2 dans l’enseignement ? Je ris quand je lis les déclarations de la directrice adjointe générale de Llengua i Plurilingüisme qui affirme que « les nouveaux programmes feront que les élèves qui commenceront à étudier une deuxième langue étrangère au collège (ESO) devront obligatoirement conserver cette langue en option jusqu’à ce qu’ils terminent le secondaire« . Bref, de belles paroles peut-être mais rien qui ressemble à une mesure efficace pour que la LV2 fasse son entrée obligatoire en collège. On est loin, bien loin des modèles du nord de l’Europe. Et je ne parle même pas des DNL ! On en est à des années-lumière !
Un signe d’espoir toutefois, ce sont les accords que la Generalitat, comme d’autres gouvernements autonomes, a signé avec les autorités françaises pour que le DELF entre dans les établissements publics. Depuis 2014, on observe une augmentation exponentielle du nombre de candidats (+18% en 2015 selon les chiffres fournis par www.delf-dalf.es). Tout n’est donc pas perdu grâce au travail de terrain, indispensable, des responsables de la diffusion du français – qui ont multiplié les actions de sensibilisation et de formation auprès des autorités locales et des professeurs de français, qui se sentent certainement un peu moins seuls. Dans le même temps, on observe des initiatives ça et là sur le continent américain pour que le français retrouve les bancs de l’école, au-delà du réseau de l’Alliance française.

La route sera encore longue cependant d’ici à ce que l’on comprenne véritablement, que ce soit en Espagne ou dans beaucoup d’autres coins du monde, que l’étude d’une LV2 et même d’une LV3 n’est pas un luxe mais une nécessité pour ne pas rester à l’écart de l’évolution du monde et que le français fait partie de ces LV qu’il est bon d’avoir dans ses bagages.

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20 ans de loi Toubon… Pour quoi faire ?

Posted by Philippe Liria sur 02/11/2014

france_5Si vous avez moins de 20 ans d’enseignement du FLE, vous n’avez pas vécu le débat autour ce qui allait devenir la loi Toubon. Rassurez-vous, vous n’avez certainement pas raté un grand moment de l’Histoire mais comme on en a beaucoup parlé en octobre, regardez un peu ce qu’on en disait en 1994 sur le JT de 20 heures de Paul Amar. Le débat était vif à l’époque.
Pour celles et ceux qui étaient déjà en train de se battre dans leur salle de classe, non pas pour un TNI ou un accès Internet, mais pour remplacer les vieux lecteurs de cassettes par des lecteurs de CD, vous conviendrez que cette loi n’a pas vraiment eu d’effets sur votre combat pour améliorer vos conditions d’enseignement et vous avez certainement du mal à trouver dans votre mémoire en quoi cette loi a servi le combat pour la présence de notre langue à l’étranger. Des moyens pourtant, il y en a eu et il y en a mais pas pour vous. Ces moyens servent surtout à mettre des astérisques aux publicités de France. C’est ce qu’on appelle de la résistance !
Enfin bref… on a donc fêté les 20 ans de cette loi que TV5 Monde n’a pas hésité à associer à l’arme de la Résistance contre… Contre qui d’ailleurs ? Il parait que contre personne et surtout pas pour « bouter » une quiconque autre langue (Albion peut continuer à dormir sur ses deux oreilles). D’ailleurs, si cela avait marché, ça se saurait ! Apparemment, la loi n’a pas freiné l’entrée en masse des anglicismes. Donc, comme le fait remarquer le sociologue Vincent Dubois, les effets, à ce stade, ont été plus que limités. Mais avant de continuer, écoutez la présentation de la loi qu’en fait notre cher professeur Cerquiglini, interviewé par Yvan Amar dans La danse des mots et consultez l’infographie (téléchargeable : 20141006_Infographie-20ans-loi-langue-francaise) qui rappelle les grandes lignes de la loi. infographie_20_ans
Et je dois vous avouer que cette lutte contre les anglicismes, cette chasse au texte en anglais ou dans une autre langue et placer un astérisque pour indiquer que tout est traduit en bas de page, en tout tout petit, eh bien elle fatigue. Quel gaspillage d’énergie et surtout d’argent alors que, dans le même temps, on n’en a pas dans les ministères pour se mettre à la hauteur des Instituts Goethe ou Confucius pour mener des politiques efficaces de diffusion, de promotion et d’enseignement de la langue française. Crédits et subventions sont donnés au compte-gouttes.
Certes, je suis ravi d’entendre la ministre de la Culture et de la Communication (à l’époque de Toubon, on parlait de Francophonie), Mme Fleur Pellerin, parler du réseau des Alliances françaises (elle a oublié les Instituts français mais ce n’est qu’un détail) à cette occasion. Je ne sais pas si c’est parce qu’elle le connait vraiment ou si quelqu’un le lui a soufflé – à moins qu’elle l’ait lu quelque part, pas dans un livre bien sûr, ailleurs. Qui sait peut-être une pub de l’AFPFIF dans le métro…- Mais j’y mets un bémol : certes elle a bien dit que ce réseau fait partie des « formidables instruments de rayonnement » mais seulement « culturel ». Et je ne suis pas d’accord : si nous voulons que le français soit perçu comme une langue utile, si nous voulons que les ministères de l’Education des pays non-francophones révisent leurs décisions sur la place du français dans leur pays, nous devons aller au-delà du discours culturel et montrer que le français peut aussi être une langue pour faire de la recherche, pour faire de l’économie et au plus haut niveau (un prix Nobel mais aussi les théories de Thomas Piketty sont ici pour le rappeler), pour travailler dans l’industrie… Et tout ça, sans remettre en cause la place du culturel qui est bien évidemment un secteur dynamique et donne certainement une plus-value à notre langue. Les initiatives ne manquent pas dans le monde mais il faut bien l’avouer, souvent existe cette impression de lutter contre des moulins à vent. Des propositions concrètes ont d’ailleurs été faites comme celle du député Pouria Amirshahi (dommage qu’elles aient eu moins d’écho que cette commémoration des 20 ans de la loi Toubon) et qui prétendent la création d’un vrai espace francophone, un espace qui se donnerait véritablement les moyens d’exister.

Pouria Amirshahi, député auteur du rapport "Francophones de tous les pays, unissez-vous !"

Pouria Amirshahi, député auteur du rapport « Francophones de tousl les pays, unissez-vous ! »

Un regret : je n’ai rien lu dans sa proposition sur la place de l’enseignement du français et du statut des enseignants FLE mais j’espère qu’il y en aura une aussi. Car n’oublions pas qu’au quotidien, ce sont eux qui portent la Francophonie dans toute sa dimension. Voilà bientôt un an que son rapport a été présenté (janvier 2014) et on ne voit rien venir… Encore un projet mort-né ?
Comment voulez-vous qu’un ministère de l’Education étranger ait envie de remettre le français dans les programmes quand il voit l’attitude frileuse de la France vis-à-vis de sa propre langue ? Pas au Palais du Luxembourg bien sûr mais dans les salles de classe de Santiago, de Naples, de Kuala Lumpur, etc. On va me dire qu’au niveau universitaire, il y a des choses qui sont faites. Je sais mais en ce moment, alors que la France pense que c’est à l’université qu’on mise sur les universitaires d’autres institutions d’Outre-Rhin ou de Chine, par exemple, se chargent d’ouvrir des cours d’allemand ou de chinois dans le secondaire. Heureusement qu’au niveau local, des acteurs se battent mais pas pour résister contre ces initiatives mais contre leur propre ministère français qui ne leur donne pas les moyens d’agir ! Dernièrement, dans certains pays, on a l’impression que les choses bougent dans des niveaux non-universitaires : les DELF Prim et junior (parfois scolaire) ont l’air d’être des facteurs de motivation et peut-être, même modestement, de relance de l’apprentissage du français. C’est bon signe mais cela est encore trop peu.
En fait, une fois de plus, comme je l’ai souvent dénoncé depuis cet espace, un fossé trop grand existe entre, d’un côté, les discours officiels sur ce qui est fait ou devrait être fait pour le français et de l’autre, l’enseignement du français dans sa réalité au quotidien à l’étranger. L’on assiste au désarroi des différents acteurs qui sont sur le terrain, à commencer par les profs de FLE, qui voient leurs moyens réduits au stricte minimum et je ne parle même pas de leurs revenus – une honte ! -. Alors beaucoup se lassent de se battre pour… Pour quoi d’ailleurs ? Alors vous savez, la loi Toubon et ses 20 ans d’astérisques et autre ineptie du genre, on n’en a pas grand-chose à faire !
La langue française existera non pas à travers de pseudo actes de résistance contre la perfide langue d’Albion mais parce que nous saurons lui donner du sens depuis la Francophonie et que nos institutions saurons soutenir celles et ceux qui se battent sur le terrain pour que notre langue soit apprise car perçue comme une langue vivante, d’action ; une langue qui permet de parler des affaires et d’en faire ; une langue pour communiquer, échanger, rire ensemble… et pas simplement une langue de salon… parisien ! Et au passage, si la langue est perçue comme moderne et « vendeuse », les publicitaires seront les premiers à l’utiliser en gros sur leurs affiches et non cachée, en tout petit, derrière un astérisque.

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CECRL et créativité… sont-ils vraiment compatibles ?

Posted by Philippe Liria sur 01/06/2014

Dans l’enseignement des langues, depuis quelques années, les maîtres mots semblent bien être harmonisation, homogénéisation ou standardisation. C’est certainement utile pour comparer les niveaux formels de compétences des apprenants. Et c’est ce qu’ont bien compris les institutions qui se sont lancées dans la mise en place de programmes et de contenus de cours permettant aux apprenants de réussir l’examen ou le test qui leur permet d’obtenir la certification qu’ils ont bien atteint tel niveau de compétence, selon la définition de l’instrument de mesure, généralement une grille, qui reprend les critères établis par le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues (CECRL). Les manuels qui doivent accompagner les apprenants à connaître la langue et la culture de telle ou telle langue ont l’air d’être de plus en plus conçus dans l’objectif de contribuer à l’obtention du document certifiant. En effet, ces manuels sont eux-mêmes basés sur les référentiels (souvent peu connus voir méconnus des enseignants) et autres outils qui découlent du CECRL.
Quelle merveille ! Il semblerait que dans cette Europe qui a dû mal à se construire, les experts en langues aient réussi l’impossible dans d’autres domaines : se mettre d’accord ! Ils se sont mis d’accord sur les compétences en langue des Européens. C’est sans aucun doute pratique de savoir qu’un citoyen allemand titulaire d’un B1 en français a les mêmes compétences qu’un Portugais titulaire, lui aussi, d’un B1. Reste que dans la pratique, on pourrait légitimement émettre quelques doutes sur cette apparente vérité. Admettons toutefois que celle-ci soit vraie, nous ne pouvons que louer le CECRL pour la performance.
Cette merveilleuse harmonie, un peu comme dans les mondes du futur que nous décrivent les auteurs de science-fiction, ne cache-t-elle pas des contradictions en lien avec ce que signifie apprendre une langue étrangère ? À trop vouloir harmoniser n’oublions-nous pas des aspects pourtant fondamentaux et étroitement liés à l’apprentissage d’une langue que sont l’émotion et la créativité ?
Il semblerait que le CECRL bien plus qu’un cadre soit devenu un carcan, un instrument de contrôle plutôt qu’un outil favorisant une approche ouverte de l’apprentissage d’une langue. Il prétend mettre en avant la tâche, notamment dans sa dimension sociale mais plus pour s’assurer que les critères linguistiques sont bel et bien acquis que pour permettre la créativité des apprenants. Un carcan qui, par exemple, sous prétexte de s’assurer que les étudiants non-communautaires aient bien les niveaux en langue pour suivre les cours en université, demande des connaissances chaque fois plus élevées de la langue, avec l’obtention du certificat adéquat – donc passage obligé par la caisse – s’ils veulent obtenir leur visa. Sinon, ils sont condamnés à rester de l’autre côté des barrières à contempler un drapeau européen de plus en plus bleu marine. Ça ne donne vraiment pas envie !
Un CECRL devenu un carcan dans lequel les élèves, mais aussi les professeurs de langues étrangères, les auteurs de matériel ou les éditeurs de manuels en langues étrangères se sentent de plus en plus mal à l’aise. Trop étriqué le costume de ce CECRL qui voudrait que tout passe par la rationalisation et surtout l’évaluation. Nombreux sont les enseignants qui nous le disent : ils ont l’impression de passer leur temps à devoir évaluer leurs apprenants dans le but de les préparer aux DELE, DELF et autres certifications du genre. C’est vraiment ça apprendre une langue ? Combien préfèrent renoncer à jouer ou créer dans leur classe parce qu’ils craignent que les élèves ou les parents d’élèves leur tombent dessus en leur reprochant d’avoir « perdu du temps » à faire autre chose que la préparation à un quelconque diplôme qui permettra l’accès à telle université ou au précieux visa, sans lequel il n’y pas de liberté de circulation ?
Pourtant, comme le montre si bien Ken Robinson (v. mes précédents billets à son sujet), c’est en permettant aux apprenants de s’exprimer, de jouer, de créer qu’on obtient les meilleurs résultats non pas par rapport à des grilles pré-établies mais par rapport au progrès réel de l’humanité. La standardisation ou l’homogénéisation, plutôt que de contribuer au progrès semble mener à la catastrophe en écartant l’expression des talents et de la créativité des apprenants. Un constat fort décevant alors qu’on sait que l’apprentissage des langues est justement un excellent terrain pour que s’exprime cette créativité (The Effects of Foreign Language Learning on Creativity).
Pour cela, il est important de s’interroger sur le concept même de « créativité ». En effet, depuis quelques temps, le terme a l’air d’être dans toutes les bouches. C’est le mot à la mode mais concrètement, par rapport à la classe, à l’apprentissage, qu’est-ce que cela veut dire ? C’est à cette question qu’ont essayé de répondre les participants au colloque Créativité et apprentissage : un tandem à réinventer ? qui s’est récemment tenu à la Haute École Pédagogique de Vaud en Suisse. Je n’en ai pas encore vu les résultats. J’espère que les actes de ce colloque seront prochainement publiés mais à en croire la présentation qui en était faite les axes de travail ont certainement permis d’avancer dans la réflexion sur le concept même de « créativité » (qui « permet de refonder l’acte d’enseignement-apprentissage […] en le structurant à partir de nouveaux concepts », Aden, 2009, p. 179*) et sa place en classe. En attendant, je vous invite à lire la description des quatre axes de travail de ce colloque dont je reproduis ici les intitulés :
1. les composantes de la créativité: produit ou processus ?;
2. la créativité: concept disciplinaire ou transversal ?;
3. le développement de l’imagination créative de l’enfant à l’école ;
4. des ateliers hands-on pour vivre une expérience créative.

Voilà en tout cas des pistes de réflexion autour d’un concept qui en entrant dans les curricula de nombreux pays va peut-être permettre réviser l’idée même qu’on se fait de l’apprentissage, notamment d’un apprentissage des langues qui, à cause de l’obsession pour les certifications – une vraie poule aux œufs d’or pour ceux qui les développent – tend à abandonner les aspects liés à l’émotion, dont la créativité fait partie. Ce qui est regrettable et qui était pourtant l’une des avancées de ces dernières années en matière d’apprentissage des langues et particulièrement dans le cas du Français langue étrangère : on privilégiait, à travers des activités motivantes et la tâche finale, la créativité des apprenants, loin des progressions traditionnelles contraignantes. Je pense bien sûr à un manuel comme Rond-Point (EMDL) et ce qu’il a pu représenter au moment de sa sortie (2004 pour la 1ère édition) en secouant les habitudes d’enseignement mais aussi d’apprentissage.

Dans un contexte européen en pleine réflexion, sans nier les mérites du CECRL, il en a bien entendu, nous devrions nous interroger sur ce que représente cet instrument (ce n’est pas et ne doit surtout pas être un livre sacré) ; ainsi que sur le contenu et la fonction des certifications qui en découlent.
La construction européenne doit passer par une meilleure connaissance de nos langues car elles sont le moyen de mieux nous comprendre culturellement, socialement et professionnellement. Elles sont l’outil indispensable pour faire tomber les pans d’ignorance qui nous séparent et qui font que montent les courants d’extrême droite qu’il faut bouter d’Europe, non pas pour les envoyer sur d’autres continents mais pour les enterrer dans la mer**, comme l’écrivait le poète Rafael Alberti, et que jamais ils ne refassent surface – je suis conscient qu’il y a du pain sur la planche !
___________________________________

*Aden,J. (2009). La créativité artistique à l’école : refonder l’acte d’apprendre. Synergies Europe,4, 173-180.

**Célèbre poème du poète andalou Rafale Alberti qui a été mis en musique par Paco Ibáñez (lien Youtube)

À lire aussi :
CECR : standardisation ou diversification pédagogique ?

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Sagesse numérique, motivation, apprendre à apprendre… Repenser l’apprentissage

Posted by Philippe Liria sur 26/08/2012

Cette semaine, ce sont deux liens fournis par des amis de Facebook qui ont retenu mon attention. Curieusement, les deux s’interrogent sur le sens de l’éducation et il m’a paru intéressant de partager avec les lecteurs de ce blog ces quelques réflexions. La première part d’un article sur la pédagogue étatsunienne Cathy Davidson et l’autre sur le film documentaire La educación prohibida (Argentine, août 2012). Dans les deux cas, la réflexion nous amène à nous poser des questions sur nos pratiques de classe, dont celles de la classe de FLE.

Marc Prensky

Dans un entretien sur RSLN, Marc Prensky évoque sa vision de l’école de demain ou plutôt celle d’après-demain. Prensky, vous le connaissez certainement car c’est l’auteur du concept de « migrant numérique » et de « natif numérique ». Il parle aujourd’hui de « sagesse numérique » (cf. son ouvrage From digital nativ to digital wisdom: Hopeful essays for 21st Century Learning – 2012 Corwin, 240 pages) ce qui nous renvoie à ce idée de l’homme posant des questions, analysant les situations… Bref, l’homme de l’avenir ne doit plus apprendre pour apprendre mais comme on le répète depuis déjà longtemps « apprendre à apprendre » afin d’être autonome. C’est ce qui fait dire à Tommy Pouilly, animateur sur le blog de RSLN, que l’éducation de demain ou d’après-demain devrait peut-être ressembler à celle d’avant-hier (cf. l’article de Tommy Pouilly). Pourquoi ? Parce que la classe d’aujourd’hui ressemble encore trop au système éducatif d’hier, c’est-à-dire des XVIIIe et XIXe siècles comme le rappelle d’ailleurs l’introduction du film-documentaire La educación prohibida. Un système qui n’a pas grand-chose à voir avec le monde à venir. Par contre, si nous creusons un peu plus, nous verrons que les méthodes socratiques (questions/réponses) du disciple éveillé par la curiosité d’un phénomème qui fait qu’il interroge le maître pour mieux comprendre sans pour autant espérer la solution mais plutôt des éléments qui le guideront vers celle-ci.

Cathy Davidson

C’est que suggère Cathy Davidson dans son livre Now you see it sur lequel se base l’article de Pouilly. Cathy Davidson, dont je vous recommande le blog, pense que cette approche répond mieux aux réalités actuelles et surtout à venir où l’imprévisible reprend le dessus sur le monde prévisible que des dernières décennies. C’est pourquoi l’éducation doit se charger de fournir aux élèves les outils pour qu’ils sachent (se) poser les bonnes questions pour progresser plutôt que d’apporter des savoirs déjà mis en boîte, peu motivants et surtout déconnecter du monde qui les attend.

Cette remise en cause de l’éducation telle qu’on la pratique actuellement, c’est aussi le sens du film documentaire La educación prohibida (L’éducation interdite)* du réalisateur argentin German Doin et de toute son équipe. Réalisé sur le principe du crowdfunding, à partir d’une enquête menée dans sept pays d’Amérique latine et en Espagne auprès de quelque quatre-vingts spécialistes (éducateurs, professeurs, pédagogues…), ce document s’interroge sur la nature même de l’apprentissage, les choix des apprenants, leurs motivations, l’importance de l’affectif dans le développement de l’individu, membre d’une société dont il est acteur. Il passe en revue les deux derniers siècles de tradition scolaire pour ensuite récupérer des réflexions autour d’autres voies qui ont osé remettre en question le modèle d’école traditionnelle. On y retrouve les expériences éducatives de différentes écoles (Montessori, Home schooling, pedsistema, edupopular, educación libre, logosófica, proyecto Kilpatrick, AC activa, escuela democrática, Waldorf…) qui ont toutes en commun de placer l’enfant au centre d’un projet éducatif où l’autonomie d’apprentissage est fondamentale ; des expériences qui montrent que l’enfant s’intéresse aux choses qu’il fait parce qu’elles ont du sens.

Un film sur l'éducation centrée sur l'amour, le respect, la liberté et l'apprentissage

La educación prohibida (Argentine, 2012)

*Ce film est en espagnol mais la version sous-titrée en français est disponible à partir du site. Toujours sur ce site, vous y trouverez de nombreuses références et des liens vers toutes les écoles et tous les spécialistes qui ont participé à ce projet.

Après cette réflexion sur ces deux sujets, penchons-nous sur ce que nous demandons à nos élèves dans le domaine de l’enseignement du français langue étrangère. Et que constatons-nous ? Combien il est difficile d’adapter nos pratiques à ces nouvelles exigences, même si le souci d’y parvenir est bel et bien présent depuis quelques années dans les tentatives de mise en place d’une part, de nouvelles pratiques en lien avec l’approche actionnelle et, d’autre part, en cherchant à introduire des activités s’appuyant sur les plateformes d’échanges et les wiki (des expériences existent sur Moodle ou sur des blogs comme ceux de Babelweb ou le web 2.0 des méthodes FLE Version Originale ou Nouveau Rond-Point).
Pas simple. Nous voyons en effet que malgré ces essais, beaucoup d’enseignants continuent de privilégier les exercices fermés, du déjà mis en boite, prêts à servir avec des réponses fermées. Car même en ligne, ces exercices ont conservé la même dynamique ; ce qui a changé, c’est qu’ils sont tout simplement plus esthétiques et plus agréables. Par contre, nous observons les difficultés à proposer un apprentissage qui aurait recours à ces espaces virtuels plus ouverts et certainement plus motivants pour les élèves. On sait que ce n’est pas simple et cette mise en place ne dépend pas forcément ou pas uniquement de l’enseignement mais aussi de l’environnement dans lequel professeurs et élèves se trouvent (les curricula, le nombre d’heures présentielles, les outils dont on dispose et la formation proposée aux enseignants ou le temps qu’ils ont pour préparer leurs cours, etc.).
Alors que nos élèves devraient savoir écrire des courriels dans des différents registres, des textos, de tweeter… nous continuons de leur demander d’écrire des cartes postales et des lettres administratives ; alors que les B2 et les C1 doivent savoir faire des exposés et rédigés des compte rendus – certainement utiles – qui leur enseigne à monter des powerpoints (et l’accompagnement – oral la plupart du temps qui va avec) ? Nous commençons à peine à accepter que le téléphone portable devienne un outil de plus en classe et non pas un objet qui dérange. Il y a un décalage, qui n’a cesse de se creuser mais savons-nous vraiment y remédier ? Permettons-nous à nos élèves de poser les questions, de découvrir la langue à travers le plaisir ? Les objectifs du CECRL sont bien beau mais si, comme c’est le cas, les programmes, les curricula, les traditions d’apprentissage – le passé composé s’étudie à tel moment et pas un autre, etc. – reprennent le dessus – a-t-on jamais pu vraiment les écarter ? -, nous ne parviendront pas à motiver les élèves. Il faut donc que nos classes de langue soient de plus en plus en contact avec la réalité, c’est que permet l’outil internet pour que les élèves n’aient plus l’impression qu’apprendre le français, ça ne sert qu’à améliorer une note globale.
Depuis quelques années, les propositions autour de l’actionnel et le développement de l’interdisciplinarité contribuent certainement à aller dans ce sens, contribuent à repenser notre perception de la classe de langue et donc celle qu’en auront les élèves.

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Les apps ont-elles un avenir dans le domaine de l’enseignement/apprentissage des langues, notamment du français

Posted by Philippe Liria sur 19/12/2011

Les apps ont-elles un avenir dans le domaine de l’enseignement/apprentissage des langues, notamment du français ? À l’occasion d’un salon sur les apps, j’ai envie de dire que nous devrions nous y pencher très sérieusement. Il ne s’agit pas de remplacer la classe et encore moins le prof, mais ce nouvel outil, facilement accessible, permet à l’apprenant de donner un prolongement à son apprentissage, pour réviser, approfondir et personnaliser ce qui a été vu en classe. Personnellement, je viens de découvrir l’application du chinois pour débutant de Pons idiomas et c’est sans aucun doute un excellent moyen depuis l’i-phone, i-pad ou iPod touch de suivre le cours où qu’on se trouve. La qualité de l’image et du son, la clarté des explications en font un excellent complément. J’imagine aisément que nos activités grammaticales, lexicales ou phonétiques qu’on trouve dans nos cahiers du nouveau Rond-Point, de Version originale ou de Pourquoi Pas. Je crois que nos Clés du nouveau DELF ou leur version pour le DELF scolaire, En route vers… pourraient aussi faire l’objet d’applications. Il y a encore du pain sur la planche, comme le fait remarquer l’article de La Vanguardia sur ce salon Apps, les développeurs ne courent pas encore vraiment les rues !

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En route vers le DELF scolaire et junior A2

Posted by Philippe Liria sur 04/07/2010

Ça fait toujours plaisir de sortir un nouveau titre. Avec mes collègues, Jean-Paul Sigé et Emmanuel Godard, nous venons de publier une adaptation du livre Les clés du nouveau DELF A2. Cette fois-ci, il s’agit de suivre le même principe que celui qui fait le succès de notre collection pour le DELF adulte mais spécialement conçu pour la certification adressée au public junior et à celui des collèges. C’est l’objectif d’En route vers le DELF scolaire et junior A2. Un titre indispensable pour une préparation efficace des candidats dont le nombre n’a cesse de croître.

Nous espérons que les professeurs apprécierons cette adaptation et qu’ils feront de cet ouvrage un véritable outil pour les élèves obtiennent l’examen. Si vous êtes intéressé(e), vous pouvez télécharger un exemple sur le site de la maison d’édition.

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DELF / DALF

Posted by Philippe Liria sur 04/07/2010

Nouvelle rubrique de ce blog. J’essaierai d’y réunir toutes les informations sur ces certifications, avec des liens d’intérêts aussi pour aider les profs à mieux préparer leurs élèves aux épreuves du DELF et du DALF.

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