Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

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Bogota 2018, vers le renouveau du français

Posted by Philippe Liria sur 20/06/2017

(source : Wikipedia)

Enseignement du français en Amérique Latine : du repli au renouveau”, c’est sous ce titre que Javier Reyes, le président récemment reconduit d’ACOLPROF, a annoncé depuis Cali à l’occasion du congrès de l’association colombienne des professeurs de français le lancement de la XVIIè édition des SEDIFRALE. Si la situation du français du côté de l’Amérique Latine vous intéresse, bloquez d’ores et déjà les dates du grand Rendez-vous (avec un R majuscule) des professionnels de notre langue en 2018. Et pas n’importe où… à Bogota ! Organisées par ACOLPROF et la COPALC sous l’égide de la FIPF, cet événement se tiendra donc dans la capitale colombienne, ce qui n’est pas le fait du hasard mais bien parce que le français jouit en Colombie d’une bonne santé (ou devrais-je dire d’un regain de santé ?). En bon râleur, je devrais aussi ajouter qu’il pourrait aller mieux ! Mais il traverse une situation encourageante dans un panorama régional plutôt désolant où on y respire plus le repli que le renouveau.

Bogota avait été désignée en 2014 lors de la dernière édition des SEDIFRALE, c’était à Heredia au Costa Rica. Maintenant c’est parti pour de bon : le site est officiellement ouvert pour y découvrir le nom de quelques intervenants de prestige (Louis-Jean Calvet, Jean-Marie Klinkenberg…) et avec déjà une partie des informations pratiques pour commencer à envoyer les propositions de communication ou tout simplement à mettre quelques économies de côté pour participer à cette grande rencontre des professeurs de français depuis Rio Bravo jusqu’à Ushuaia et de Recife à Lima. Il serait bien dommage de passer à côté !

Javier Reyes, président d’ACOLPROF lors du congrès de Cali – Juin 2017 (Photo: P. LIRIA)

Accueillie par l’Universidad javeriana (qui vient d’accueillir les Assises du français), cette XIIè édition ne sera pas de tout repos au regard des ambitieux mais nécessaires objectifs qu’elle s’est fixés si on en croit la présentation qui en est faite sur le site officiel : “réunir les principaux acteurs de l’enseignement/apprentissage du français afin de proposer une réflexion sur des sujets concernant l’enseignement de la langue française, de fixer une feuille de route et de continuer à développer des stratégies pour enseigner la langue dans l’avenir.” Il y a du pain sur la planche ! A commencer par la Colombie : parce que même si le français est présent dans les universités (croisons les doigts pour que les réformes ne changent cette tendance), sa présence dans les collèges privés ne tient que de la bonne volonté des directions de ces établissements ; quant à la présence de notre langue dans le public, elle est tellement anecdotique qu’il est plus facile de trouver une aiguille dans une botte de foin qu’un petit Colombien (du public) étudiant le français. A noter cependant les efforts faits (je devrais dire le combat de Marcela Echevarri, la directrice de l’AF de Manizales) du côté de l’Eje cafetero (la région cafetière : Manizales, Pereira, Armenia) pour qu’il en soit autrement. Mais si on regarde ce qui se passe dans les pays voisins, ça ne va guère mieux – et je suis gentil – : en Equateur, on promet une éternelle réintroduction du français dans les programmes mais on a surtout l’impression qu’on tourne en rond au rythme des responsables du ministère de l’Education qui valsent en permanence ; au Pérou, retirez l’Alliance française avec son réseau d’Excellence et c’est le français qui disparaît ! Les amitiés politiques franco-péruviennes si souvent mises en avant dans les e-albums photos institutionnels n’ont pas l’air d’avoir de répercutions face au tout-anglais du système péruvien. Certes, j’exagère un peu quoique… pas tant que ça ! Et puis, il y a des pays comme le Costa Rica (avec la dynamique équipe d’ACOPROF) ou la République dominicaine qui sont là pour rappeler que le français peut avoir sa place dans les programmes scolaires (+ de 1000 enseignants de français dans le pays centroaméricain, ce qui permet aux petits Costariciens des zones les plus reculées d’apprendre notre langue). Bref, pas question de faire la liste ici, laissons les participants dresser l’état des lieux de l’enseignement de notre langue en Amérique latine. C’est bien sûr une affaire de politiques linguistiques où ne manquent pas les conflits d’intérêt.
Un autre point qui sera présent dans ces SEDIFRALE, c’est l’amélioration des processus d’enseignement/apprentissage de la langue. L’amour de la langue ne suffit pas, même s’il est fondamental, pour garantir un apprentissage efficace selon les critères établis par le CECR certes, mais adaptés aux besoins régionaux. Et en prenant compte des réalités diverses. A ce sujet, des ateliers autour de l’enseignement dans les grands groupes seraient certainement les bienvenus. Ou encore les questions de la place du numérique justement dans des pays où il est souvent plus facile de jouer sur un clavier de smartphone que de tourner les pages d’un manuel. L’admirable travail mené depuis les universités colombiennes pour former les futurs enseignants va clairement dans ce sens et peut être un exemple à suivre pour de nombreux pays de la région.
Cette question ne saurait être détachée d’une autre intrinsèquement liée, c’est celle du statut des enseignants et de leurs conditions de travail. Eternel sujet que j’avais eu l’occasion d’aborder il y a déjà plus de 5 ans (cf. article sur le statut du professeur FLE) et qui hélas n’a guère évolué. Il est absolument nécessaire de chercher à donner un vrai statut à des professionnels hyperdiplomés mais trop souvent victimes de contrats précaires et par conséquent payés au lance-pierres. Une situation souvent dénoncée d’ailleurs par ACOLPROF qui ne manque pas de le rappeler aux institutions qui derrière le prestige de leur jolie façade oublient que pour leur bon fonctionnement, elles ont besoin de ces professionnels qu’elles négligent trop souvent.

Faites confiance aux organisateurs, il y a aura forcément de superbes à-côtés faits de spectacles et de fêtes, nécessaires après des journées de travail qui s’annoncent donc chargées et espérons-le, productives.

Le français en Amérique latine peut avoir un bel avenir. Si nous voulons que cette sensation de renouveau qu’on respire en Colombie ne soit pas un épiphénomène – c’est tellement plus facile d’opter pour le repli -, il va falloir travailler avec énergie. Les associations de professeurs ont un rôle à jouer dans ce renouveau sans attendre que la France ne bouge mais par contre, grâce à leurs actions, la forcer à se bouger.

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Profs et élèves : à vos jeux !

Posted by Philippe Liria sur 23/01/2016

IMG_0242L’un des meilleurs souvenirs de classe à l’époque où je faisais encore cours, c’est quand nous laissions de côté avec les élèves livres et cahiers et que nous prenions le jeu de l’oie des verbes. Les élèves autour, en équipe et avec des règles que nous avions négociées entre nous ; moi, en arbitre ou plutôt en co-animateur avec un autre élève et c’était parti pour un moment de détente mais pas seulement. C’était aussi l’occasion d’interactions authentiques au cours desquelles la conjugaison était certes présente mais en arrière-plan. Ce qui comptait vraiment, c’était les échanges, les expressions spontanées de réussite, les complicités, les efforts et les encouragements. Et cela ne se faisait pas dans la crainte d’une sanction d’un prof-bourreau, prêt à dégainer un carton rouge si on se trompait mais dans le but d’arriver en premier à la case d’arrivée et bien entendu, de s’amuser. Un vrai moment de plaisir où pourtant, sans s’en rendre compte, les élèves conjuguaient et s’exprimaient spontanément en français. Ils ne se souciaient pas des aspects langagiers, pourtant bien présent. Non, le défi était ailleurs.

Un projet pédagogique pour apprendre en jouant

On joue au Memory à Geraybeyli (Azerbaïdjan) - Sources : Site Facebook ON JOUE

On joue au Memory à Geraybeyli (Azerbaïdjan) – Sources : Site Facebook ON JOUE


Ce souvenir qui m’a marqué, je l’admets, est hélas trop anecdotique. Nous ne jouions pas souvent. Pas assez en tout cas maintenant que je regarde dans le rétroviseur. Or, on sait combien le jeu ne devrait pas être un extra parce qu’il reste cinq minutes avant la fin du cours ou que les vacances approchent. Au contraire, il devrait occuper une place centrale dans l’apprentissage. En somme, intégrer le projet pédagogique dans lequel s’inscrit le parcours de l’apprenant. C’est ce qu’Anne-Marie Pauleau nous rappelle dans son article publié dans la livraison de ce mois de janvier du Français dans le monde (n°403 Janvier-février 2016). Elle y présente le projet pédagogique ON JOUE que portent l’Asdifle et la FIPF, un projet qui « encourage les enseignants à utiliser le jeu en classe, à lui donner toute sa place, ouvertement. Il vise aussi à lutter contre l’étiquette de « divertissement stérile » apposée aux activités ludiques » et donc démontrer que « jouer, c’est aussi enseigner« . Cette présentation est illustrée de deux exemples concrets de professeurs à s’être lancés dans ce projet.

Jeu(x) et langue(s) : un lien qui remonte dans le temps et à l’avenir prometteur

Et pour aller plus loin dans cette réflexion sur la place du jeu dans l’apprentissage, il ne faut surtout pas rater le dernier numéro de Recherches et Applications. Sous la direction d’Haydée Silva (Retrouvez son blog sur le jeu) et de Mathieu Loiseau, le numéro 59 de janvier 2016 y est entièrement consacré. Il vient certainement comblé un vide, non pas qu’il soit le premier mais il faut bien reconnaître que « par rapport au foisonnement de la production anglophone sur le sujet, le nombre d’articles et d’ouvrages qui ont vu le jour dans la communauté francophone est encore relativement restreint. » Ce numéro ne prétend pas être un recueil de plus d’activités ludiques pour la classe mais plutôt une réponse à la question et une réflexion à la fois sur le « lien entre jeu et enseignement/apprentissage des langues à l’heure de la perspective actionnelle. »
Le lecteur trouvera donc douze articles regroupés en trois parties et dont les auteurs arrivent des quatre coins de la planète (7 pays et 8 nationalités) ce qui permet de s’interroger sur le rapport qu’ont les apprenants de langue et les enseignants avec le jeu ; comment celui-ci permet de concilier la théorie et la pratique de la langue étudiée. Jouer est sans aucun doute une façon de se désinhiber, d’oser se jeter à l’eau plus facilement. Dans la deuxième partie, « Revisiter », on y aborde le jeu théâtral d’une part et l’écriture créative d’autre part mais on s’interroge aussi sur la place de la langue des apprenants notamment dans la transmission / compréhension des consignes pour un bon déroulement du jeu.
Finalement, dans la troisième partie « Renouveler », une large place est faite au numérique. Impossible de passer à côté. N’avons-nous pas tous en tête la gamification (ou ludification en « bon » français) de l’apprentissage ? Le terme est « dans le vent » nous rappelle Haydée Silva qui le définit comme étant « l’élargissement du paradigme ludique à des domaines dont il est censé être habituellement exclu : travail, santé, éducation… » Nous en parlions déjà dans ce blog il y a quelque temps : j’avais alors invité Fatiha Chahi à écrire sur le sujet. Elle y évoquait notamment les applications dans le domaine de l’apprentissage du français.
Nous le voyons, il s’agit d’une combinaison intéressante de deux éléments qui contribuent sans aucun doute à l’apprentissage des langues : le numérique, avec certainement une place importante à réserver aux outils du web 2.0 et le jeu, en particulier le jeu vidéo. Une façon de progresser dans l’emploi de la langue mais dans un contexte moins formel. On nous plonge dans cette « didactique invisible » dont nous parle C. Ollivier et à travers laquelle nous avançons à partir de parcours ou de scénarios actionnels où le jeu y a une place. Une scénarisation des apprentissages qui rejoint l’idée qu’à partir du moment où on utilise la langue, on l’apprend de façon consciente ou pas.

Ce numéro de Recherche et application est une lecture indispensable et qui va contribuer à renforcer les réflexions des responsables pédagogiques et directeurs des cours qui ici ou là cherchent de plus en plus à intégrer le jeu, pas uniquement dans des ateliers spécifiques mais véritablement dans la classe, ce qui veut dire l’inscrire au programme pour que ceux qui y ont déjà recours ne se sentent pas coupables d’être en train de voler un temps d’apprentissage précieux. De la même façon qu’il nous appartient du côté de l’édition d’envisager une plus grande présence du jeu dans les manuels ou sur les autres supports proposés. Le jeu renvoie au notion de plaisir et donc de motivation. Il fait aussi appel à la collaboration, à la coopération et à la créativité. Il contribue donc à préparer l’apprenant à faire face à des situations imprévisibles en mobilisant des compétences et des stratégies.
Bref, pour reprendre la citation de Cicéron que mentionne Anne-Marie Pauleau dans son article, il est temps de cesser de penser que le jeu ne peut être utilisé qu' »après avoir satisfait aux obligations graves et sérieuses » mais au contraire de l’intégrer pleinement dans le projet d’enseignement/apprentissage de la classe de langue.

Pour en savoir sur le projet ON JOUE
Facebook : http://www.facebook.com/ouifaitesvosjeux
Blog : http://faitesvosjeux.over-blog.com
Email : faitesvosjeux@outlook.fr

A propos du numéro 59 de Recherches et applications :
Ami(e)s du Mexique, vous pouvez assister à la présentation de ce numéro à Mexico le 16 février, à 12h, à la Facultad de filosofía y Letras de l’UNAM (salle A).

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A lire : le compte rendu du séminaire sur l’avenir du métier de professeur de français

Posted by Philippe Liria sur 17/12/2014

metierOn le sait, le professeur de français (FLM, FLS, FLE) d’aujourd’hui et encore plus celui de demain sera confronté à de nouveaux défis qui nous montrent combien le métier est en pleine évolution et qu’il est fondamental que les différents organismes, publics, privés, associatifs, en France ou ailleurs se penchent sur la question et envisagent cet avenir. C’est dans ce cadre que s’est tenu tout début décembre un séminaire organisé par le CIEP et la FIPF pour chercher à « comprendre les évolutions du métier de professeurs de français et les accompagner ». Un article de Jean-Michel Le Baut propose un compte rendu de ces deux jours de réflexions et d’échanges. Il vient d’être publié sur le site du Café pédagogique. Lisez-le, il résume très bien ce que signifie cette évolution, je dirais ce bouleversement car comme le signale Raymond Gevaert, vice-président de la FIPF, toutes ces transformations en cours font que le chantier à mettre en oeuvre « bouscule les habitudes, (…) risque de déstabiliser, voire de fragiliser des enseignants qui ne seraient pas accompagnés dans cette remise en question et formés à s’emparer de tous les défis« . Des défis qu’il faut bien sûr prendre comme « un atout pédagogique » qu’il s’agisse du numérique, du plurilinguisme, de l’interculturel (si nécessaire et pourtant absent des programmes de l’école comme le fait remarquer Manuela Ferreira Pinto), des modes d’apprentissage, etc.
Ce serait une bonne idée, mais elle est peut-être déjà en cours, de pouvoir accéder très bientôt à un dossier complet reprenant les interventions et la table ronde et à diffuser largement dans les différentes structures concernées.

A la fin de l’article, des liens vous renvoient vers les différentes présentations des intervenants.

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TV5 Monde présente un compte rendu des SEDIFRALE 2014

Posted by Philippe Liria sur 06/04/2014

Les SEDIFRALE 2014TV5 Monde a proposé samedi 5 avril dans son émission Destinations Francophonie un bilan des SEDIFRALE 2014 qui se sont tenues au Costa Rica en février dernier.

Vous pourrez regarder quatre reportages à partir du site de la chaine : un résumé de l’évèmement et trois bonus :

– Bonus 1 : Les SEDIFRALE, un espace d’échange autour de la langue française
– Bonus 2 : La francophonie en Amérique centrale
– Bonus 3 : La situation du français au Costa Rica

Même si le ton critique du présentateur et les inquiétudes des interviewés montrent combien la situation est préoccupante, on peut regretter que la chaîne se soit trop centrée sur le Costa Rica d’une part et d’autre part, n’ait pas, dans le Bonus 2, interviewé aussi des repésentants, pourtant présents, du Honduras, du Nicaragua ou de Panama. On sait pourtant combien la situation est difficile pour le français dans ces pays et que la France a plutôt tendance à battre en retraite, laissant souvent les professeurs seuls dans leur lutte non pas pour contre l’anglais, assumé par tous, mais surtout pour éviter que le mandarin ou le brésilien ne prenne la place du français.

Situations complexes donc dans ces pays, et les SEDIFRALE ne semblent pas vraiment avoir répondu (mais y avait-il volonté de le faire depuis les institutions ?) à toutes ces questions et surtout ne semblent pas avoir servi pour que la France revoie sa politique d’enseignement de la langue dans la région, ainsi que de la formation des professeurs notamment à cause des coupures budgétaires qui touchent les programmes de bourse pourtant indispensables si nous voulons permettre aux actuels et aux futurs professeurs se rendre en France pour période longue.

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SEDIFRALE 2014… Et après ?

Posted by Philippe Liria sur 22/02/2014

Inauguration officielle - SEDIFRALE 2014

Inauguration officielle – SEDIFRALE 2014

De retour du Costa Rica où j’ai eu le plaisir et le privilège de participer à 16e édition des SEDIFRALE (EMDL y tenait un stand et nous avions aussi quelques ateliers), je me pose encore la même question sur l’après de ces congrès. Celui-ci était particulièrement riche en contenus, peut-être trop d’ailleurs car il était absolument impossible de profiter de tout. Il a permis de faire le tour de l’actualité du FLE et de s’interroger sur nos pratiques et leur évolution car ce congrès a été aussi celui de l’ère numérique. Certes nous en avions déjà parlé à rosario à l’occasion de la 15e édition mais cette fois-ci, nous sommes vraiment entrés dans le vif du sujet. On ne s’interroge plus vraiment sur l’outil, que l’on connaît mais plutôt sur ce qu’on veut faire avec.
Montage du stand EMDL - SEDIFRALE 2014

Montage du stand EMDL – SEDIFRALE 2014


Ces SEDIFRALE ont permis aussi de faire le point sur l’état des lieux du français en Amérique latine et dans les Caraïbes. On pourrait dire que le bilan est mitigé si d’une part on prend en compte toutes les expériences positives en faveur de la langue mais d’autre part une certaine impression de retrait de la France dans son engagement dans la région. Dommage et après on s’étonnera que le brésilien ou le mandarin gagnent du terrain dans les langues étudiées. Est-ce vraiment étonnant ? Alors qu’il faudrait vraiment soutenir l’enseignement du français – saviez-vous qu’au Costa Rica il y a quelque 300 000 élèves à étudier notre langue dans le secondaire ? -. Mais pour combien de temps ?
Reste que les SEDIFRALE 2014 d’Heredia auront été un agréable moment pour échanger sur nos pratiques du français à travers de nombreux ateliers tout en découvrant les richesses d’un merveilleux pays, le Costa Rica.
Costa Rica - Vue aérienne

Costa Rica – Vue aérienne


Pour faire le point sur cet évènement, je vous renvoie à l’interview que Céline Mézange d’Enseignes-tu (le FLE) ? a réalisé à Maud Le Chartier, experte FLE en poste à l’Institut français d’Amérique Centrale.
Pour ma part, je retiendrai de ce dernier séjour en Amérique centrale que le français a (quand même) un bel avenir, grâce au tourisme (et les projets autour d’une plus grande présence du français dans ce secteur) mais pas seulement (comme je l’ai vu lors du séminaire que j’ai animé à l’Universidad nacional autónoma de Honduras) car l’on se rend bien compte dans la région que le tout anglais ne peut pas être la seule réponse à la mondialisation. C’est pourquoi il est certainement dommage que ceux et celles qui se battent pour maintenir le plurilinguisme, notamment en luttant pour que le français reste langue d’enseignement, se heurtent trop souvent aux murs que dresse la propre administration française dans un souci de meilleure gestion de son budget (attendez par là « coupures budgétaires ») et parce que l’Amérique centrale est loin d’être sa priorité territoriale (l’Afrique serait l’avenir du français). Hélas !
Heureusement, et je préfère rester sur cette note, les SEDIFRALE ont été un moment de contacts et de rencontres qui espérons-le porteront leur fruit dans le cadre de la coopération entre universités et professionnels du FLE.
Atelier Philippe Liria - SEDIFRALE 2014

Atelier Philippe Liria – SEDIFRALE 2014

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SEDIFRALE 2014… En français naturellement

Posted by Philippe Liria sur 27/01/2014

Capture d’écran 2014-01-27 à 10.02.18Plus que quelques jours pour le grand rendez-vous des professeurs de français et chercheurs en didactique du FLE. Après Rosario, en 2010, près de 500 professionnels du français vont se retrouver pour les SEDIFRALE 2014 du 4 au 7 février prochains à l’Université Nationale (UNA) à Heredia, autour d’ateliers, de conférences mais aussi de nombreuses activités culturelles.
SEDIFRALE : Heredia 2014 (vidéo Séb Duhem)

Avec mon collègue Pierre Montillau, le délégué EMDL au Mexique, nous vous proposons de nous rencontrer dans nos ateliers (v. programme EMDL) et de nous rendre visite sur le stand 08 que les Éditions Maison des Langues tiennent au 3e étage. Nous animerons aussi une présentation de nos nouveautés le mercredi 5.
J’espère vous retrouver très nombreux/-ses.

A très bientôt pour LE rendez-vous du français dans ce merveilleux pays qu’est le Costa Rica.

Pour en savoir plus sur le programme : SEDIFRALE 2014

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Lecture d’été : (mieux) intégrer les technologies en classe de FLE… Quelques pistes pour enseignants et apprenants

Posted by Philippe Liria sur 08/08/2013

apprentissage_lgAlors que nous nous posons mille et une questions sur l’efficacité d’apprendre une langue à travers des plateformes virtuelles, voilà que je suis tombé tout à fait par hasard sur ce que nous appellerions aujourd’hui un publi-reportage promettant un apprentissage de l’anglais « sans quitter votre résidence, sans rien modifier à vos occupations de chaque jour ». Comment ? Tout simplement grâce à la « Méthode Linguaphone pour l’enseignement des langues » qui promet au lecteur d’avoir toujours auprès de lui « plusieurs professeurs qui non seulement [lui] inculqueront patiemment des mots, des phrases, des tournures correctes, mais [lui] apporteront l’atmosphère du pays ». Si ce texte n’était extrait des pages annonces d’un numéro de L’illustration de 1935, nous pourrions presque croire qu’il s’agit d’une présentation promotionnelle d’un de ces nombreux espaces d’apprentissage de langues en ligne comme Babbel, Busuu ou Livemocha qui promettent à leurs étudiants de pouvoir « réellement parler une langue » (Livemocha). Nous ne sommes finalement pas si éloignés des promesses de Linguaphone qui prétendait enseigner une langue « telle qu’on la parle ». À ce sujet, je vous recommande d’écouter l’introduction à ce cours d’anglais prononcée par Bernard Shaw (parties 1 / 2 et parties 3 / 4, transcription).busuu
Hasard du moment, deux ou trois jours plus tard, arrivait sur mon bureau le dernier numéro de Recherches et applications (nº54, juillet 2013) consacré, comme son titre l’indique, aux mutations technologiques, nouvelles pratiques sociales et didactiques des langues. Et en lisant la présentation que font les deux coordinateurs de ce numéro, Christian Ollivier et Laurent Puren, je repensais à cet article sur l’anglais quand ils écrivent que « depuis un siècle, l’histoire de la didactique des langues est intimement liée à celles des avancées technologiques intervenues dans le domaine des médias audio-visuels et des TIC. »
Cependant, et au-delà de cette curieuse coïncidence, je ne peux que vivement recommander la lecture des articles de ce Recherches et applications. Elle permet de faire le point sur tous ces changements qui font que « notre rapport à la connaissance mais également à nous-mêmes et aux autres […] s’en trouve profondément bouleversé. » comme l’affirment Ollivier et Puren. Ils le font en menant d’une part une réflexion sur l’évolution que ces technologies ont entrainée dans les pratiques didactiques et d’autre part, sur l’utilisation qu’ont les apprenants-internautes pour tirer au mieux profit du web social (sur le même sujet, je recommande aussi la lecture d’un article publié sur le site ALSIC à propos de stratégies d’apprentissage dans un environnement virtuel). Finalement, une dernière partie porte sur l’avenir de l’enseignement/apprentissage grâce aux technologies émergentes.
r&a_juillet2013Ce numéro de Recherches et applications proposent donc douze articles distribués en quatre parties :
1. Quel lien entre évolutions technologiques et évolutions didactiques ;
2. Les modifications de la communication en situation d’enseignement/apprentissage et le fonctionnement des communautés Web 2.0 ;
3. Les conséquences du numérique sur le manuel de langue ;
4. L’apprentissage en ligne

Ces douze articles arrivent à point nommé alors que nous parlons de plus en plus des technopédagogies mais aussi à un moment où nombreux sont les enseignants qui se posent des questions sur l’utilité réelle de certains outils « apparus » (je choisis vraiment ce terme tant on a l’impression que ces tableaux sont parfois – souvent ? – arrivés dans les salles sans aucun accompagnement formatif ni réflexion sur une utilisation pédagogique de cet outil) dans leur classe, comme le TNI ou sur la possibilité de changer leur pratique de classe car Internet n’arrive pas dans leur salle de cours ou le débit est tellement lent qu’il n’est même pas envisageable de mettre en place des activités basées qui demandent d’être en ligne. Ou encore de voir comment les smartphones sont mis au ban de la classe plutôt que d’être un véritable compagnon d’apprentissage. (Lire aussi En classe… à l’ère numérique)
Inutile de vous dire aussi que les réflexions sur les manuels de langue que fait Puren dans son article Manuels d’apprentissage, entre papier et numérique ou les réflexions de Guichon et Soubrié dans Manuels FLE et numérique : le mariage annoncé n’a pas (encore ?) eu lieu ne me laissent pas indifférent. Il est temps en effet que les éditeurs – et les auteurs – de manuel arrivions à concevoir des contenus qui intègreraient pleinement la dimension numérique et que ce ne soit plus un simple prolongement du papier. Pas simple et pourtant cela nous permettrait de proposer aux enseignants de FLE un matériel qui aiderait encore plus à accompagner les changements méthodologiques en matière d’enseignement/apprentissage des langues.
J’admets que ce petit (et excellent) livre n’est certainement pas la lecture à vous accompagner sur la plage – si vous êtes en pleines vacances d’été -, mais il pourrait en tout cas être dans votre cartable ou votre tablette à la rentrée, vous y trouverez une quantité de réflexion et de nouvelles pistes, ainsi qu’une très riche bibliographie, pour (mieux) intégrer les technologies dans la classe et que celles-ci soient vraiment au service de l’apprentissage.

Référence :
Mutations technologiques, nouvelles pratiques sociales et didactiques des langues in Recherches et applications, nº54 (juillet 2013), Français dans le monde, éd. CLE International/FIPF – ISBN 978-2-09-037127-7

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Quel statut pour le professeur FLE ?

Posted by Philippe Liria sur 16/08/2012

Je n’ai pas pu me rendre à Durban pour le 13e Congrès mondial de la FIPF. Je le regrette car ces rencontres qu’organise la fédération sont toujours l’occasion de retrouver des amis, professeurs, coordinateurs et autres professionnels du FLE venant d’un peu partout dans le monde. C’est un excellent moment pour prendre le pouls de la planète FLE. Les programmes de ces journées sont toujours plus alléchants les uns que les autres et celui de Durban ne manquait pas d’intérêt. Et puis, le fait même que le congrès mondial des professeurs de français soit organisé pour la première fois en Afrique, c’est véritablement un symbole : on sait que dans quelques années le continent africain sera l’aire francophone par excellence. Programme alléchant j’écrivais et c’est bien dommage de n’avoir pu y prendre part. Ce ne sera que partie remise. Cependant, une fois encore, il y a eu un grand absent, c’est le statut du professeurs de français. Je sais que les associations de professeurs locales luttent pour améliorer ce statut, mais souvent elles ont un pouvoir limité et se sentent souvent peu soutenues par les pouvoirs français en place et en charge de la politique du français. Et puis, ces associations sont souvent les représentantes des professeurs des réseaux publics locaux. Reste tout un pan d’enseignants, c’est la grande armée des professeurs de FLE qui le plus souvent parcourent le monde dans des conditions difficiles sinon précaires, sans avoir l’impression que la France ait vraiment l’intention de les soutenir alors qu’elle applaudit leur combat pour la langue et est bien contente d’en récolter les fruits. Car débattre pendant cinq jours sur nos métiers, ce devrait être aussi chercher à donner un vrai statut au professeur FLE, qu’il exerce en France ou n’importe où ailleurs dans le monde.
À la lecture des descriptions de poste, on constate très clairement la volonté des employeurs du réseau d’avoir dans leurs équipes enseignantes des professionnels hautement qualifiés. On ne peut que saluer cette politique qui contribue à accompagner un enseignement de qualité, indispensable pour garantir la satisfaction des élèves et donc leur motivation à poursuivre leur apprentissage. Indispensable pour que le centre, Institut ou Alliance, puisse assurer des entrées économiques conséquentes qui permettront non seulement de maintenir les cours mais aussi de mettre en place une politique culturelle de qualité. Donc rien à redire sur cette recherche de qualité qui doit, entre autres, reposer sur des professeurs formés. Pourtant, et toujours à la lumière des descriptions de poste, on peut s’interroger sur la possibilité – ou la véritable volonté – de constituer des équipes pédagogiques motivées. En effet, les missions souvent toutes plus passionnantes les unes que les autres sont accompagnées d’offres salariales qui frisent le ridicule. On me répliquera que la plupart des rétributions proposées sont au-dessus du niveau de vie locale ou du salaire minimum du pays de la mission. Il suffit de consulter l’incontournable site de l’Agence de promotion du FLE dans la rubrique « Offres d’emplois » pour se rendre compte des missions proposées au quatre coins du monde et des salaires souvent dérisoires qui les accompagnent. Certes, c’est souvent suffisant pour « prendre le taxi pour se rendre à l’Alliance » comme on peut le lire sur certaines annonces ou pour louer un petit appartement ou vivre en collocation avec d’autres professeurs de l’établissement. Ou encore que cela permet de « prendre son repas du midi sur place à un prix modique ». On oublie souvent que les conditions de travail ne sont pas toujours faciles, et je ne pense pas simplement aux questions sécuritaires pourtant omniprésentes quand on exerce dans certains pays dès qu’on sort d’Europe et de l’Amérique du nord.
Il ne s’agit pas, dans cette critique, d’accuser d’une certaine négligence le personnel des institutions employeuses car on sait qu’elles ne font qu’essayer de gérer au mieux les budgets qui leur sont alloués. Je connais suffisamment de directeurs d’Instituts ou d’Alliances pour savoir qu’ils sont sincères quand ils expliquent combien ils regrettent de ne pas pouvoir proposer de meilleures conditions à leurs professeurs. Je sais qu’ils sont parfaitement conscients du rôle que jouent ces femmes et ces hommes pour la diffusion de la langue et des cultures francophones malgré leurs conditions de travail, souvent ingrates. En fait, mon doigt pointe plutôt les Services culturels des ambassades ou plus directement le ministère des Affaires étrangères. Alors que les discours de chaque congrès ou colloque servent à ces responsables d’insister sur l’importance de langue française et sur la mission de ses agents de terrain- et je veux y lire ou entendre « ses professeurs », même si le mot n’apparait que rarement dans ces laïus -, la réalité nous montre que les enveloppes budgétaires maigrissent d’année en année, qu’aucun effort n’est fait pour que les institutions de terrain puissent vraiment mettre en place une politique d’enseignement de qualité – lisez « avec un personnel ayant un salaire digne à la hauteur de la mission » – qui doit être parallèle aux activités culturelles, nécessaires elles aussi au rayonnement de langue et de la culture. Mais celles-ci ne peuvent ni ne doivent aller sans celle-là. Or, la réalité est autre : on doit jongler de plus en plus au niveau local avec les entrées provenant des inscriptions pour faire du culturel et du pédagogique. Qui en pâtit les conséquences ? L’agent de terrain, le professeur. Pourtant, ce sont bel et bien ces professeurs qui forment cette armée de petits soldats qui grâce à leurs talents humains et pédagogiques savent séduire les élèves et les motiver à continuer. Si la motivation du professeur n’y est pas, comment motivera-t-il l’apprenant ? La médaille que pourra accrocher au revers de sa veste le ministre ou conseiller du moment n’est pas simplement et uniquement le fruit de sa politique pédagogique (?) globale – dans le cas le plus optimiste où il en existe une – mais aussi et surtout parce que des centaines de professeurs souvent payés à l’heure sous la direction de coordinateurs ou directeurs pédagogiques ou directeurs d’Alliance au contrat souvent (très) précaire (et presque tout le temps incertain) ont mené un combat pour que les élèves aient envie d’apprendre notre langue.
Il est donc temps que le statut de ces petits soldats, de ces O.S de l’enseignement soit revu et revalorisé. On ne peut prétendre que l’enseignement s’améliore qu’à coup d’achats de TNI. Comme on ne peut demander aux professeurs de passer des heures « gratuitement » à voir et revoir des programmations de cours pour mettre en place des pédagogies novatrices, à élaborer des activités de classe nouvelles et dynamiques, à utiliser toutes les ressources que les nouvelles technologies mettent à leur portée sans qu’il y ait aussi un accompagnement économique à la hauteur des prétentions de la France et des ses partenaires pour que notre langue continue à avoir sa place dans ce monde en marche. Prendre en compte cette réalité et se donner les moyens de la changer, c’est aussi contextualiser l’enseignement du français dans cette mondialisation.

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