Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

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Non, l’approche actionnelle n’est pas un phénomène de mode !

Posted by Philippe Liria sur 26/12/2012

Dernièrement à l’occasion d’une rencontre avec des enseignants de français, l’atelier que je devais animer s’est transformé en débat sur l’approche actionnelle, une approche qui ne serait qu’un phénomène de mode comme l’aurait été l’approche communicative. D’après ces enseignants, didacticiens et maisons d’édition n’ont aucune idée de la pratique enseignante et des réels besoins des apprenants.
Ce n’est pas la première fois que je me retrouve confronté à des réticences dans la mise en place de la démarche actionnelle dans le curriculum d’un établissement même si je dois avouer que cette fois, l’opposition était particulièrement virulente. Selon cette équipe d’enseignants, les apprenants sont demandeurs de grammaire et de lexique avant tout et que nos manuels ne leur permettent pas d’apprendre la langue car toujours selon ces enseignants, si les élèves apprenaient il y a 30 ans à partir d’exercices de grammaire et de lexique, pourquoi vouloir tout changer ?
Le débat semblait difficile pourtant j’insistais que je n’interviens pas pour prêcher la bonne parole, convaincu moi-même qu’il n’y en a pas mais qu’au contraire les meilleures pratiques d’enseignement/apprentissage sont le résultat d’une somme de méthodologie. Je n’en rejette aucune mais essaie plutôt de les combiner selon les besoins, les moments, les apprenants… Et justement quand je réfléchissais à cette question, je suis tombé sur un article de mon ami et grand expert de la quesiton, Christian Puren. Il venait de publier sur le site de l’APLV un article initulé La perspective actionnelle, dernière mode officielle avant la prochaine ? (puren_commentaire_extrait_blondel_2012_12). Cet article est en fait un commentaire qui part d’un extrait de G229, un livre de Jean-Philippe Blondel publié chez Buchet-Castel (2011). Le passage en question reprend le moment où l’on demande aux enseignants d’introduire la perspective actionnelle dans leurs pratiques car…

« il faut injecter de l’action parce qu’avant ils étaient passifs passifs et maintenant ils vont être actifs actifs en imaginant des affiches qu’on pourrait exposer au CDI, des posters sur tout, les Amish aux États-Unis, contre la drogue, on se mélange un peu, on s’excuse, des posters, ah d’accord, mais pas seulement des posters, hein, l’actionnel il est partout tout le temps, on joue des sketches, on écrit des dialogues des
lettres des sujets d’argumentation, c’est de l’actionnel.
 »

L’analyse de Puren est certes basée sur les pratiques de l’enseignement des langues vivantes de le système éducatif français mais les réflexions qu’il fait pourraient très bien s’appliquer à ce qui se passe en ce moment dans cette mise en place généralisée de la perspective actionnelle dans les différents espaces d’enseignement du FLE : l’imposition d’une nouvelle méthodologie pas toujours accompagnée de la formation pourtant indispensable, des évaluations souvent en contradiction avec les nouvelles exigences mais sans que rien ne soit vraiment fait pour que celles-ci changent, des programmes en phase avec les objectifs du CECRL et de la perspective actionnelle mais avec un timing qui en rend impossible la mise en place à moins de fermer les yeux sur la progression réelle des apprenants… Bref, même si je ne partage pas l’avis de ces enseignants qui me parlaient de cet effet de mode en référence à la mise en place de la perspective actionnelle, je peux comprendre qu’il y ait un problème à la base et qu’on ne sache pas vraiment comment le résoudre ou qu’on y consacre pas vraiment les moyens et le temps.
Certainement que nous ne pouvons nous contenter de dire qu’il faut mettre en place l’approche actionnelle et celle-ci se mettra justement « en action » dans la classe. Nous devons prendre en compte différents facteurs et chercher de vraies réponses. Certaines commencent à poindre comme d’une part la place d’une grammaire inductive qui implique véritablement l’apprenant dans la réflexion sur la construction de la langue-cible mais sans perdre de vue sa langue-source et les autres langues qu’il connaîte – à des degrés différents – et d’autre part la place des exercices voire de la leçon à proprement dit sur la langue – avant même les moments de réflexions. Et cette place, grâce au développement et la démocratisation de la technologie, peut sans doute être ailleurs qu’en classe ; elle peut être virtuelle de façon à ce que dans l’espace classe en soit pas un lieu de réalisation d’exercices répétitifs et de corrections vides de sens, mais bien un espace d’échange sur notre apprentissage. Une idée qu’on retrouve dans la classe inversée. Une piste de travail qu’il faudrait suivre de plus près comme tant d’autres pour que les nouvelles approches, s’ajoutant aux anciennes, contribuent à ce que nos élèves soient plus compétents dans l’ensemble des domaines de la langue-cible, dont la langue mais pas seulement si nous voulons vraiment qu’ils agissent ensemble, qu’ils travaillent ensemble dans cette société multi/pluri-culturelle en construction.

Je vous invite aussi à lire les réponses/commentaires suite à cet article de Puren. Vous les trouverez directement sur le site de l’APLV.

Pour en savoir sur…
Jean-Philippe Blondel et son livre G229
Les jardins d’Hélène, blog consacré à la littérature. Vous y trouverez une note de lecture sur le livre G229.
Babelion.com, site sur lequel vous trouverez des opinions et des citations de G229.
Biblioblog, autre site consacré à l’opinion des lecteurs sur G229.
Extrait vidéos de G229. Extrait sonore de différents passages du livre. Intéressant la réflexion sur la classe en U (jusqu’à la 1’25 »).
Jean-Philippe Blondel parle de son livre. (vidéo, 2’03 »)

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