Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

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Vocabulaire de l’informatique et de l’internet : la Commission a encore frappé

Posted by Philippe Liria sur 18/09/2014

Régulièrement la Commission spécialisée de terminologie et de néologie de l’informatique et des composants électroniques, bref la CSTIC publie ses avis sur la façon dont nous devrions parler informatique et Internet, mais aussi biologie, sport, etc. pour ne citer que les derniers. mot-dièse. Quel mot vous dites ? J’ai dit « mot-dièse », un hashtag pour bien se comprendre. Car qui s’en souvient ? Tout le monde continue à pousser ces cui-cuis ou autres roucoulements sur Twitter mais le pauvre mot-dièse, lui, n’est pas près d’être trending topic ! Le 16 septembre dernier, c’est une nouvelle liste de recommandations qui a été publiée dans le très sérieux et très officiel Journal Officiel. On y apprend qu’un thumbnail doit se dire « imagette » ou que vous, lecteur/lectrice, vous n’êtes peut-être qu’un « fureteur » ou qu’une « fureteuse » car vous quitterez ce blog, pardon ce blogue sans laisser de commentaire à ce post (ce billet ?). Aux oubliettes les luckers ! Enfin, aux oubliettes… On verra.

Évidemment ce ne sont que des recommandations comme le précise le site France-terme. Dans ce cas, il s’agit donc de savoir les consommer avec modération. En abuser ne facilitera certainement pas la communication. Par contre, une fois encore, il s’agit de savoir, dans le cadre du FLE, d’adapter le contenu aux besoins des apprenants. A qui nous adressons-nous ? A des professionnels qui vont devoir utiliser une terminologie précise pour créer des documents à valeur juridique ? À des informaticiens qui devront dialoguer avec leur partenaire français ? A un public généraliste qui va éventuellement parler informatique et Internet à l’occasion d’un dîner ou autour d’un verre ? On comprend bien qu’il s’agit d’adapter nos contenus aux objectifs de nos apprenants.
Et ce qui est valable pour l’informatique et l’Internet, l’est aussi dans d’autres domaines dans lesquels la CSTIC met son nez. Dans votre classe d’ados, parler d’aller s’acheter des « chaussures à roulettes » ne sera peut-être pas très utile si vous voulez qu’ils trouvent le rayon des roller shoes dans la boutique de sport.
Cependant, et pour ne pas laisser l’impression que la CSTIC est loin de la réalité, il faut savoir qu’elle contribue aussi à désigner en français des concepts qui existent mais n’ont pas forcément un nom alors que d’autres langues l’ont. Ainsi, les crimes de femmes en raison de leur sexe n’avait pas vraiment de nom dans notre langue alors que l’anglais et l’espagnol parlent respectivement de gendercide et de crimen de género. Maintenant, nous pourrons parler de « féminicide ». Car mettre un nom sur la chose, c’est la rendre visible ; en admettre l’existence et donc se dire, dans ce cas, que la société est vraiment décider à lutter contre un tel fléau.
Le site comprend aussi depuis 2007 des dossiers thématiques particulièrement intéressants dans la section Vous pouvez le dire en français. Le dernier en date (mai 2014), Étoiles et toiles nous suggère quelques termes intéressants pour parler de cinéma en français. Ainsi « ce biopic a été possible grâce au crowdfunding » devient « ce biofilm a été possible grâce à la production participative ».

Au-delà de tous ces mots, ce qui est sûr, c’est qu’une langue vivante ne peut prétendre l’être en ne créant des néologismes qu’à partir de la propre langue. Le propre de la richesse linguistique est de savoir justement intégrer des mots venus d’ailleurs parce qu’ils contiennent des images, des concepts que la langue d’accueil n’a pas. C’est ce qui l’enrichit véritablement. L’usage des locuteurs et le temps se chargeront de prendre ou de laisser en chemin ces mots provenant d’autres langues. Je ne crois pas que ce soit des « gardiens de l’orthodoxie » qui pourront empêcher ce « jargonnage » aussi vieux que la civilisation. Les hommes sont des migrants, les langues aussi et c’est ce qui en fait toute la richesse.

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Curieuse question… La langue française va-t-elle disparaître ?

Posted by Philippe Liria sur 29/03/2012

Curieuse question… La langue française va-t-elle disparaître ? Des langues qui disparaissent, il y en a. On le sait et en France, on le vit : un pays qui a réduit ses autres langues à l’anecdote culturelle ! Mais le français ? Que les pessimistes se rassurent… En tout cas, voici une interview d’Alain Rey et de Claude Hagège que je recommande vivement aux professeurs de français… À noter les remarques que ces deux linguistes font sur la grammaire et l’évolution de la langue. Cela fait du bien aussi d’entendre des spécialistes de notre langue remettre les pendules à l’heure au sujet de la pseudo-universalité de certaines langues, dont le français. Non, la langue française ne va pas disparaître ! Acceptons en revanche qu’elle évolue sinon, comme le rappelle Alain Rey, une langue malade est une langue vivante. Si elle n’évolue, si elle n’est pas « malade », c’est qu’elle est morte.

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L’enseignement du français en Espagne, coup de gueule !

Posted by Philippe Liria sur 08/05/2011

Un bref séjour à Cadix m’a permis de voir que le français ne s’y portait pas si mal que ça. Il y a deux semaines, même constat à Grenade. On voit un peu partout se développer les établissements bilingues. Ce sont dans l’ensemble de bonnes nouvelles. On peut regretter qu’en Catalogne, pourtant si proche de la France, le français soit en chute libre. Dommage et il ne s’agit pas d’un regret nostalgique des temps où le français était la langue enseignée dans les écoles. Ce n’est pas non plus un regret de voir la langue d’Obama prendre le dessus sur celle de Sarko. L’anglais est indispensable et jamais je ne me lancerai dans ces discours agressifs contre cette langue, au contraire : qui peut se présenter à un emploi sans l’anglais ? On ne devrait même plus poser la question. Mais l’anglais seul n’est pas suffisant. On ne peut pretendre négocier avec des Français, rien qu’en anglais. Il faut donc absolument que notre langue retrouve, aux côtés de l’anglais, une vraie place, qu’elle cesse d’être une option, aux côtés de l’informatique. L’enseignement du français et des langues en général est pathétique en Espagne et notamment dans des communautés qui pourraient justement jouer sur leurs atouts plurilingues pour garantir Un contenu de qualité. C’est triste et c’est grave car il est question de la formation des générations futures.

Et puis, il ne s’agit pas seulement d’être efficace en français des affaires. Apprendre le français, c’est aussi l’ouverture vers d’autres cultures francophones. Il y a dans l’étude des langues un contenu culturel qu’on en peut oublier. Comment pouvons-nous convoir une construction européenne qui ignore la culture de son voisin le plus proche ou la réduit aux clichés ? C’est d’ailleurs peut-être pour cela que l’Europe n’avance pas : nous ne nous connaissons pas ou si peu, ou si mal. Dans le cas de l’Espagne, il est clair que plus ça va et plus la population s’éloigne de la langue français et des Français. Je ne parle bien sûr pas d’une certaine classe sociale, madrilène ou barcelonaise, qui se targue de francophilie et peut encore s’exprimer en dans la langue de Molière. Je parle de ces adolescents ou jeunes étudiants qui perçoivent le français comme une langue à laquelle rien ne les rattache. C’est bien triste ! Mais ce n’est pas de leur faute mais bien celles des institutions et des directions d’établissements qui décident de ranger le français dans la remise – dans le meilleur des cas – ou, c’est le plus courant, de le jeter aux ordures. Il paraît que les élèves n’en auraient plus besoin ! Si encore la qualité de l’enseignement de l’anglais permettait de dire que les élèves sortiront du secondaire presque bilingue, je pourrais presque accepter la situation du français. Mais nous savons que ce n’est pas le cas au point qu’en Espagne, heureusement qu’il y a d’excellentes écoles privées d’anglais pour adultes qui s’efforcent d’aider à faire remonter le niveau. Pathétique l’état de l’anglais, oui ! Alors imaginez celui du français : le prof de français se retrouve à enseigner éducation physique ou mathématiques. Je connais même des cas où le professeur de français natif est devenu professeur de catalan dans la banlieue de Barcelone pour couvrir ses heures. Demande-t-on à un ophtamologue de devenir dentiste pour couvrir ces heures ? J’appelle ça du n’importe quoi. Ça fait des années que ça dure mais avec la crise et les coupures budgétaires, on ne peut s’attendre à aucune amélioration. Au contraire !
Et puis, si le professeur de français arrive à exercer pleinement son activité – je vous assure que c’est rare -, encore faut-il voir dans quelles conditions ! Ceux qui sont en École Officielle de Langues pourront assez raisonnablement se consacrer à leur profession. Ceux de collèges et lycées publics, rarement et ceux du privé, encore moins. Le tout pour des salaires de misère. On parle souvent de la fuite des cerveaux en référence aux professionnels de domaines scientifiques mais on aurait tort de penser que les conséquences sont moindres quand il s’agit de professions du monde des lettres. Ni le monde d’aujourd’hui ni celui de demain ne peuvent pas se contenter d’avancer que sur des paramètres de rentabilité immédiate. Il appartient à nos responsables politiques de véritablement mettre en oeuvre les politiques nécesssaires pour que la connaissance des langues ne soient plus une simple fantaisie. D’intéressants exemples – perfectibles – où la langue vivante n’est plus simplement objet d’étude mais objet de transmission de savoir et d’échange voient le jour en Andalousie ou en Galice. Il faut les développer dans les communautés autonomes où ils existent et surtout les mettre en place dans celles où l’on se remplit la bouche de discours mais où on fait peu pour que cela devienne une réalité.

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