Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Posts Tagged ‘francophonie’

Etats des lieux et enjeux, un livre sans complaisance sur le français

Posted by Philippe Liria sur 25/09/2017

Matinée de formation FLE au Centre Danielle Mitterrand (Macapa, Brésil)

Derrière moi, Macapa et quelques bons souvenirs de cette ville du milieu du monde sur les rives de l’Amazone. Et des profs de français enthousiastes que j’ai récemment eu l’occasion de rencontrer lors d’une formation que CLE International avait organisé en collaboration avec l’APROFAP Brésil au Centro Estadual de Lingua e Cultura Francesa Danielle Mitterrand. Des professeurs que je salue car leurs conditions de travail ne sont certainement pas des meilleures. Le Danielle Mitterrand comme on connaît à Macapa le bâtiment qu’inaugura la femme de l’ancien président de la République aurait besoin d’une embellie qui certainement contribuerait à motiver les jeunes de cette région amazonienne à étudier le français. Des conditions pas toujours faciles quand il s’agit de prendre une embarcation pour aller de village en village enseigner le français dans l’Etat d’Amapa, frontalier avec la Guyane avec laquelle l’APROFAP est en train mettre en place un projet d’Escola de Fronteira. Ces professeurs, ils représentent justement cette infanterie qui constitue la véritable avant-garde de l’enseignement du français dans le monde, ces « ambassadeurs anonymes et fervents soutiens de la langue française, partout dans le monde » comme l’écrivent dans leur dédicace Roger Pilhion et Marie-Laure Poletti, les auteurs de … Et le monde parlera français (2017), un ouvrage indispensable pour toutes celles et tous ceux qui s’intéressent à la situation du français dans le monde. Roger Pilhion et Marie-Laure Poletti connaissent bien les réalités des politiques linguistiques du MAE et les actions menées par les différents opérateurs comme le CIEP. Ces fins connaisseurs du « Réseau » comme nous le connaissons dans notre jargon dressent un portrait sans concession de la situation de la langue française. Critiques face à ce qui pourrait paraître un renoncement de la part des autorités françaises, ils revendiquent ouvertement la Francophonie pour redynamiser le dispositif de coopération linguistique et politique qui passe justement par l’aide au développement, en Afrique bien entendu mais aussi ailleurs dans le monde comme c’est le cas au Nord du Brésil par exemple, même si, à mon grand regret, les auteurs semblent avoir délaissé l’Amérique latine (cf. Chapitre 7 consacré aux priorités géographiques).

Présentation du livre par Roger Pilhion (Universités du Monde, Nice 2017)


Il s’agit sans aucun doute de l’ouvrage le plus complet sur le français et la Francophonie de ces dernières années. Divisé en huit chapitres qui abordent, non sans un regard critique, des questions statistiques (Chap. 1), la situation en demi-teinte de l’enseignement du français dans le monde (Chap.2), l’avenir de la langue (Chap.3) et sa promotion (Chap.4) ou encore les atouts de parler français dans la mondialisation (Chap.5). Les auteurs ne sont pas que critiques avec ce qui se fait ou se dit : ils relèvent les bonnes pratiques en matière de promotion du français (Chap. 6) mais sans se mordre la langue pour demander de revoir certaines politiques pour repenser la Francophonie et l’enseignement non seulement du français mais plus généralement des langues étrangères.
A ces chapitres, il faut ajouter plusieurs annexes qui reprennent et décrivent les organismes, les acteurs français ou des autres pays de la Francophonie, les associations… Voici donc un livre qui se veut « un tableau sans complaisance (…) de la situation du français dans le monde (…) » qui « s’accompagne d’une analyse rigoureuse des enjeux que constitue (…) la place du français dans le monde« , écrit Jean-Marie Levitte dans la préface. Roger Pilhion et Marie-Laure Poletti ne s’arrêtent pas là, ils proposent aussi des actions très concrètes et des stratégies pour fuir des menaces de replis et au contraire donner au français et à toutes les langues les espaces d’expression non pas contre l’anglais mais à ses côtés. Et bien entendu, au centre de cette analyse, les professeurs et la formation, deux éléments qui sont les piliers de tous les enjeux dont nous parle ce livre. Alors à quand une vraie (re)valorisation de leur statut ?

Pour en savoir plus :
Amapá e Guiana iniciam processo de implantação de escolas na fronteira (7/12/2016): http://www.seed.ap.gov.br/det2.php?id=11648
Poletti, A.-L. et Pilhion, R. : … et le monde parlera français, 2017 https://etlemondeparlerafrancais.iggybook.com/fr/et-le-monde-parlera-francais/
[Livre] «Et le monde parlera français», plaidoyer décomplexé pour la Francophonie : http://www.rfi.fr/hebdo/20170721-livre-francais-francophonie-pilhion-poletti-anglais-francophone
Dans l’émission La danse des mots du 7/09/2017 : http://www.rfi.fr/emission/20170907-le-monde-parlera-francais-marie-laure-poletti-roger-pilhion

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Lutte livre ou comment on catche avec les mots à l’AF de Lima

Posted by Philippe Liria sur 06/04/2014

1À l’occasion de la 2e Rencontre FLE de Lima, j’ai eu le plaisir de prendre connaissance des activités mises en place dans le cadre de la Semaine de la langue française et de la Francophonie. Parmi celles-ci, la directrice pédagogique de l’Alliance française de Lima, Corinne Pignard, m’en a signalé une particulièrement originale, il s’agit de la Lutte livre. La quoi? Je vous imagine déjà, lecteurs, en train d’écarquiller les yeux et de vous demander de quoi il s’agit car il est bien évident que ce n’est pas une coquille et que je ne vais pas vous parler ici de catch ou de lucha libre comme on l’appelle en espagnol et qui est si populaire dans plusieurs pays d’Amérique latine, notamment dans sa variante mexicaine. Non, mais un petit peu quand même car finalement lutte libre et lutte livre ont bien des points communs même si c’est le deuxième qui va nous intéresser ici.
A première vue, on peut légitimement se demander ce que le catch a à voir avec le livre : on ne peut pas vraiment dire qu’il soit normal de les associer. Et pourtant ! En quelques mots, il s’agit d’une sorte de concours d’improvisation littéraire. L’idée de mettre en place ce concours dans la cadre de cette semaine où le français tient une belle place dans la capitale péruvienne, s’inspire en fait d’un concours similaire qui existe en espagnol à Lima depuis déjà une dizaine d’années. Ce concours a été lancé par l’écrivain et publicitaire péruvien Christopher Vásquez qui a eu l’idée d’affronter deux écrivains comme s’il s’agissait de deux catcheurs, mais dont le combat ne consisterait pas à se donner des coups, à sauter dessus ou à se lancer sur l’adversaire mais à improviser des histoires dans un temps limité face à un public qui les encouragerait ou les sifflerait. Ces écrivains doivent se présenter sur le ring accoutrés de catcheurs mexicains. Leur seule arme ? Un ordinateur portable et au-dessus de leur tête, un écran géant qui retransmet en direct leur création littéraire au fur et à mesure que chacun crée la sienne sur la base de mots qui leur ont été donnés auparavant. Le gagnant passera au tour suivant et ainsi de suite jusqu’à la finale. Le perdant retire son masque et salue le public. Le vainqueur du tournoi remporte le prix qui consiste à pouvoir publier un livre de contes. Pourquoi ce prix ? Parce que l’objectif de concours de lutte livre (ou lucha libro en espagnol) est de permettre à des écrivains de publier leur oeuvre. C’est aussi une façon de rapprocher le public du travail de création littéraire. Des éditions s’inspirant de cette initiative péruvienne existent déjà aux Canaries et à Madrid. Le journal espagnol El País avait consacré un article sur le sujet en 2012.
Au siège de Miraflores, à Lima, l’Alliance française a donc eu l’idée de proposer une version française de cette expérience originale de création littéraire et qu’elle a intitulé Les points sur les i. Profitant ainsi de la Semaine de la langue française et de la Francophonie, l’Alliance française proposait aux participants de créer un texte en français sur la base de 4 mots qu’ils découvraient une fois sur le ring (mais provenant de la liste des 10 mots* de « Dis-moi dix mots… à la folie ». Une sélection préalable avait eu lieu et les candidats devaient avoir au minimum un niveau B2 du CECRL en français.Lutte libre en français / Lucha libro en francés 2014 -Semi-finale
C’est donc le 25 mars dernier que c’est tenu la finale sur un fond musical proposé par le DJ Chakruna qui a affronté les 8 écrivains en 3 rounds de 6 minutes chacun pendant lesquels ils ont lutté avec leurs mots et leur syntaxe pour le titre de champion. Une première expérience en français fort intéressante et qui pourra peut-être faire des émules pour l’édition 2015 de la Semaine de la Francophonie et plus généralement pour des activités d’écriture différentes en français pour les cours.

Vous pourrez aussi trouver d’autres informations sur cette Semaine de la langue française et de la Francophonie sur le site dédié, notamment La chaîne des mots.

* En 2014, les dix mots étaient : AMBIANCER – À TIRE-LARIGOT – CHARIVARI – S’ENLIVRER – FARIBOLE – HURLUBERLU – OUF – TIMBRÉ – TOHU-BOHU – ZIGZAG
Dis-moi 10 mots

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Fiche pédagogique FLE – Littérature francophone : Gisèle Pineau

Posted by Philippe Liria sur 19/08/2012

Gisèle Pineau

Moins connue peut-être que d’autres auteurs de la Francophonie, Gisèle Pineau est pourtant une auteure guadeloupénne qui sait transmettre à travers ses écrits les couleurs, les bruits, les vies de la Guadeloupe et des Antilles en général. À vrai dire, j’avais lu il y a déjà quelques années des extraits de certains de ses ouvrages dans le cadre de la préparation d’une série de cours sur les auteurs francophones à l’Alliance Française de Sabadell mais depuis je l’avais oubliée. L’autre jour, c’est un entretien sur France Inter qui m’a de nouveau éveillé la curiosité pour l’écriture de cette femme et j’avais tout bonnement envie de partager avec vous cette (re)découverte.

Pour mieux la connaitre et mieux connaitre son oeuvre, je vous propose de télécharger une fiche pédagogique que j’ai élaborer et qui vous permettra de la faire découvrir à vos élèves, à partir d’un niveau B2.
La fiche est disponible en PDF et outre quelques propositions d’activités et de démarches pour les mettre en place en classe, vous y trouverez des références en ligne sur Gisèle Pineau.

N’hésitez évidemment pas à proposer des améliorations à cette fiche.

Fiche_pedagogique_Gisele_Pineau.

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Retour en Europe… Assez d’un français franco-français en FLE !

Posted by Philippe Liria sur 08/07/2012

Centrer l’apprentissage sur un français trop franco-français, une erreur de perspective ? Après ce séjour en Colombie, je reviens avec la profonde conviction, déjà exprimée à d’autres occasions, qu’il est grand temps que nous cessions de nous regarder le nombril. Enseigner le français, écrire ou éditer des ouvrages de FLE ne doit pas, ne doit plus être orienter sur la France. Apprendre le français, c’est disposer d’un outil pour communiquer dans cette langue sans qu’aucun des interlocuteurs n’ait ou n’ait eu un contact avec la France ou sa culture. C’est cette dimension, pas si nouvelle que ça mais que les francophones hexagonaux avons du mal à comprendre, qu’il faut prendre en compte. D’ailleurs, si la langue français veut se maintenir au rang de langue de communication dans le monde des affaires ou de la culture, il faut qu’elle cesse de chercher à s’identifier à cet espace européen qu’est la France pour s’ouvrir à l’ensemble de l’espace où le français est justement langue d’usage.
Si un Colombien, un Mexicain ou un Chilien doit travailler avec un Québécois pourquoi doit-il chercher ailleurs les outils socioculturels utiles à son apprentissage alors que s’il devait travailler avec un Parisien, il trouverait tous les éléments dans son livre de français ? Quelque chose ne va pas. Et il est temps qu’on en parle et qu’on change nos habitudes. Il est temps que nous formions des équipes d’auteurs aux accents pluriels, qui vivent en français de Montréal ou en français de Genève, où dans n’importe quel autre coin du monde où le français est une réalité qui n’a pas l’accent parisien ! Et il ne s’agit pas de tomber dans les clichés où celui qui a l’accent est un personnage exotique qui vient du froid ou de la côte sénégalaise mais une personne « normal » qui fait des choses de son quotidien (il passe un coup de fil professionnel à une collègue tout aussi « normale » que lui ou il a des habitudes de « diner » propre de tous professionnels québécois à la pause de midi, par exemple). Pas simple, car il y a encore une sorte fausse conviction qu’il faudrait que nous projetions une certaine image du français associé à la tour Eiffel et à la France. Mais attention, il ne s’agit pas de tout jeter, de faire table rase de tout ce que nous avons fait jusqu’à présent. Pas du tout. Il s’agit plutôt d’apprendre à intégrer le plus naturellement possible de nouveaux ingrédients que nous n’avons pas su incorporer pour le moment dans les pages de nos ouvrages, au-delà des traditionnelles pages de culture. Ce travail ne sera certainement pas simple et il nous allons devoir apprendre, et beaucoup. Pourtant, à mon avis, c’est la voie à suivre si, depuis l’Hexagone justement, nous voulons vraiment proposer des ouvrages qui comprennent la Francophonie dans sa globalité, loin des lieux communs qui trop souvent prétendent la représenter. La Francophonie n’est pas une institution, ni un chiffre variable selon les intérêts des uns et des autres, ni la photo de Montréal ou la recette d’un plat créol. La Francophonie est une réalité qui appartient aux quotidiens de millions de citoyens qui partagent une langue, le français. C’est ce que nous devons réussir à représenter dans nos manuels pour qu’ils aient cette dimension francophone recherchée. Tâche ardue mais certainement passionnante et que nous devons mettre en oeuvre dès maintenant.

Depuis l’Amérique latine, il est clair que le pays francophone qui attire le plus, c’est le Québec.
Pour en savoir plus sur le français du Québec et les raisons pour apprendre le français si on veut s’installer au Québec, consultez le site Immigration et communautés culturelles du Québec.
Vous pouvez aussi vous rendre sur le site de l’office québécois de la langue française : http://www.oqlf.gouv.qc.ca/

Au Canada, il n’y a pas que le Québec à être francophone. On parle d’ailleurs du français pancanadien. Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site du Conseil des ministres canadiens de l’Éducation : http://www.cmec.ca/217/Programmes-et-initiatives/Langues-officielles/Education-de-langue-francaise-en-milieu-minoritaire/Projet-pancanadien-de-francais-langue-premiere–Phase-I/index.html/

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Curieuse question… La langue française va-t-elle disparaître ?

Posted by Philippe Liria sur 29/03/2012

Curieuse question… La langue française va-t-elle disparaître ? Des langues qui disparaissent, il y en a. On le sait et en France, on le vit : un pays qui a réduit ses autres langues à l’anecdote culturelle ! Mais le français ? Que les pessimistes se rassurent… En tout cas, voici une interview d’Alain Rey et de Claude Hagège que je recommande vivement aux professeurs de français… À noter les remarques que ces deux linguistes font sur la grammaire et l’évolution de la langue. Cela fait du bien aussi d’entendre des spécialistes de notre langue remettre les pendules à l’heure au sujet de la pseudo-universalité de certaines langues, dont le français. Non, la langue française ne va pas disparaître ! Acceptons en revanche qu’elle évolue sinon, comme le rappelle Alain Rey, une langue malade est une langue vivante. Si elle n’évolue, si elle n’est pas « malade », c’est qu’elle est morte.

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