Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Posts Tagged ‘Grammaire en contexte’

L’approche actionnelle et les tâches : dissiper les malentendus

Posted by Philippe Liria sur 13/12/2010

Il est bien de faire le point de temps en temps. Il y a un an, nous publiions une série d’articles sur l’approche actionnelle et la pédagogie des tâches. Des chercheurs et des practiciens analysaient cette démarche qui est en train de gagner du terrain dans les pratiques de la classe de FLE. Parmi ces plumes, il y avait les Willis. Malheureusement peu connus dans le monde du FLE, ces experts des TBL contribuaient dans leur article à montrer combien on peut et de façon très eficace, enseigner dans une démarche dont la base tourne sur l’axe de la tâche. Il manquait certainement un auteur – qui sait s’il nous rejoindra dans la deuxième édition – : c’était Rod Ellis. Ce chercheur de l’Université d’Auckland et de celle de Shanghai est peu, voire pas connu du tout, des enseignants en FLE. On trouve pourtant dans ses articles une analyse particulièrement fine de la tâche. Au dernier trimestre 2009, il publiait un article très intéresant sur les TBLT et les malentendus qui existent sur leur efficacité dans l’apprentissage de l’anglais mais que nous pouvons transférer au monde du FLE. On ne peut que regretter qu’un article de ce type n’ait pas été diffusé avant – il est en anglais certes, mais on ne demande que de la réception écrite – ! A lire, notamment les différentes définitions de la tâche ou encore la réflexion sur la place de la grammaire.

À lire: Rod Ellis – Task-based Language Teaching sorting out the misunderstandings

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À bas l’orthographe ! Vive la syntaxe !

Posted by Philippe Liria sur 18/07/2010

Réunis à Zacatecas, des auteurs en langue espagnole d’horizons divers sont revenus sur la proposition il y a 13 ans déjà de García Márquez de réformer l’orthographe en supprimant des h ou en unifiant les usages du b et du v, qui en espagnol contemporain ont la même prononciation. Il en est de même pour le c et le s, comme le rappelle l’article d’El País. Mais si l’orthographe est mouvante, ce n’est pas le cas de la syntaxe. Ni en espagnol ni en français. Pourtant, alors qu’en espagnol, on peut assez facilement jouer avec l’orthographe, la syntaxe reste la syntaxe car, comme le dit l’écrivain Javier Cercas, « sans la syntaxe, il n’y a pas de sens« . Or, la question que nous devrions nous poser quand nous enseignons la langue, c’est bien celle qui porte sur le sens plus que sur la forme, notamment la forme des mots en français. On entend les enseignants lever le cri au ciel quand la sacro-sainte orthographe française est victime de la communication des temps modernes. N’est-ce pourtant pas une preuve que notre langue est vivante ? Car cette défense à outrance d’une certaine orthographe est absurde. Ces jours-ci, nous avons vu, comme chaque année à l’occasion du 14 juillet, des documents de l’époque révolutionnaire et nous avons pu constaté l’évolution de l’orthographe depuis cette époque-là. C’est normal et c’est très bien. Finalement, peu importe. Mais dans nos classes, il semblerait que nous insistions pourtant plus sur cet aspect que sur la syntaxe alors que celle-ci est vraiment porteuse de sens. C’est pourquoi nous devons nous y intéresser de plus près et certainement nous efforcer pour que celle-ci soit encore plus présente dans nos cours. À quoi sert une bonne orthographe si le message ne passe pas ? À rien ! Je ne veux pas dire par là que l’orthographe ne serve à rien. Bien sûr qu’elle contribue à l »ntercompréhension, à l’échange. C’est un code graphique utile mais finalement passager. Contrairement à la syntaxe. Observons simplement des échanges entre internautes sur les blogs, les chats ou les forums. L’orthographe peut être approximative, adaptée et souvent « égratignée » car notre pensée va plus vite que nos doigts sur le clavier, mais la syntaxe, elle, est parfaite. On pourra bien entendu reprocher le manque de phrases complexes mais je crois que le problème ne vient pas de la langue en soi mais du moyen. Ce que nous écrivons sur Internet appartient au monde de l’immédiat. C’est maintenant ou jamais. Ce doit être rapide et court car nous n’avons pas (ou ne ne savons pas prendre) le temps de nous asseoir et de lire tranquillement. Mais c’est un autre débat !

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Exercices de grammaire et approche actionnelle

Posted by Philippe Liria sur 30/05/2010

Ces jours-ci, on m’a beaucoup parlé d’exercices de grammaire… Même les professeurs les plus attachés à mettre en place une démarche actionnelle dans leurs cours insistent sur ce besoin des apprenants. Besoin réel ou impression ? Finalement, peu importe. Les apprenants sont friands d’exercices mécaniques. Faut-il dès lors se plier à la demande alors que notre logique didactique préconise des activités en contexte plutôt que des exercices vides de sens ? Et si, finalement, nous rendions compatibles la démarche actionnelle avec ces exercices « bêtes et méchants » ? Après tout, il faut bien admettre que nous aussi les avons pratiqués et ils nous ont peut-être permis de mieux fixer des règles ? Ne sommes-nous pas satisfaits, quand nous nous exprimons en pur globish, d’au moins le faire avec une certaine qualité grammaticale, à défaut de pouvoir le faire avec l’aisance de l’anglophone natif ?

Rendre compatible l’exercice purement systématique et la démarche actionnelle, c’est un peu comme justifier le passage des plots pour être plus compétent le jour du match, comme j’aime l’expliquer dans mes ateliers pour montrer comment nous pouvons finalement joindre les deux éléments sans qu’ils s’entrechoquent. Au contraire, ils se complètent. Le parallélisme avec un jeu collectif comme le football est, de ce point de vue, fort intéressant. Je ne m’étalerai pas ici sur les rôles de chacun mais voudrai juste souligner l’importance de l’exercice sans perdre de vue l’objectif final : notre joueur de foot sait pourquoi il doit dans les séances d’entraînement passer parfois des heures à faire des exercices. L’entraîneur ne les lui donne pas pour le simple plaisir de lui faire passer des plots. Quel intérêt ? S’il demande au joueur de réaliser tel ou tel exercice, c’est que celui-ci est conscient qu’en le réalisant, il sera plus compétent, donc plus efficace dans sa mission ou sa tâche du samedi, face à l’adversaire.

De plus, à défaut d’être passionnant, l’exercice pur et dur, puisque réclamé par l’apprenant, pourrait peut-être prendre d’autre forme ou, mieux encore être présenté sur d’autres supports. C’est ce qui pourrait aussi les rendre plus attractifs ergo plus motivants. C’est là que le rôle des nouvelles technologies va être primordial. Plutôt que de donner aux apprenants des batteries d’exercices dans un livre de grammaire qui ne contient pas forcément les points dont ils ont le plus besoin, il s’agira de proposer dans des espaces – des plateformes ? – des exercices en rapport avec les thèmes traités en classe dans le manuel mais qui portent plus sur la forme que sur le fond. Ce changement de support doit rendre plus dynamique l’exercice et donc plus motivant. C’est un peu comme quand nous sommes passés du jeu de société sur table au jeu électronique.

Bien entendu, le fait que les exercices soient en ligne et qu’ils soient plus dynamiques ne doit pas empêcher un suivi car, comme l’entraîneur qui adapte les exercices de ces joueurs à leurs besoins individuels par rapport à un match à jouer, il faudra que les enseignants sachent choisir et proposer les exercices qui conviennent le mieux et qu’ils puissent ensuite en faire le suivi (l’apprenant a-t-il fait ses exercices ? A-t-il pu comprendre ses résultats et remédier si nécessaire aux erreurs pour qu’ils soient efficaces sur le terrain, c’est-à-dire dans la réalisation de la tâche ?).

En somme, je crois que nous devons admettre que si un apprenant ressent le besoin de s’exercer sur des points de langue, permettons-le-lui. Mais proposons des exercices adaptés à ses besoins et que ceux-ci peuvent varier en fonction du niveau, de la langue de départ, de la situation dans laquelle il peut réemployer la langue cible, etc.

Ces « exercices à la carte », c’est certainement une application que doivent nous fournir des supports comme les plateformes. À chacun de télécharger ou de faire en ligne les exercices adaptés à son profil, mais, et c’est important, sous prescription du professeur qui doit pouvoir identifier et donc conseiller l’apprenant dans son choix et dans la mesure du possible lui fournir aussi un instrument de mesure des résultats obtenus, qu’il faudra aussi mettre en rapport avec l’usage que fera un apprenant des points traités dans la réalisation de la tâche.

Pas simple, donc, de rendre compatible exercices et actionnel mais nous sommes en train d’entrevoir des réponses possibles à cette question qui revient presque systématiquement. Espérons que celles-ci arrivent rapidement à faire leur entrée dans la classe.

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