Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Posts Tagged ‘Institut français d’Espagne’

Du foot dans ma classe de FLE

Posted by Philippe Liria sur 30/06/2018

Alors que j’écris ces lignes, les Bleus viennent de se qualifier pour les quarts de finale du Russia 2018. Je sais, le sport et en particulier le foot n’est pas la tasse de thé de nombreux.ses d’entre vous. Pour beaucoup, l’idée de “pouvoir regarder des millionnaires courir après un ballon” n’est pas une question polémique, contrairement à ce qu’on a récemment vu en France à cause d’un commentaire jugé déplacé d’Anne-Sophie Lapix, la présentatrice du JT de 20h, à l’occasion de l’inauguration de la Coupe du Monde 2018 en Russie. « Lamentable » le commentaire de la journaliste française ? Après tout le foot brasse effectivement beaucoup d’argent – de pognon comme dirait Macron – qui ne profite vraiment qu’à une petite minorité, c’est qui faisait écrire à Ignacio Ramonet en 2006 que le foot « constitue une métaphore de la condition humaine. » Qu’il peut être, écrivait toujours l’ancien directeur du Monde diplomatique « peste émotionnelle » ou « passion exultante » car « le football est le sport international numéro un. Mais c’est indiscutablement plus qu’un sport. Sinon il ne susciterait pas un tel ouragan de sentiments contrastés. » Un article que je vous invite à lire ou à relire, et surtout à partager avec vos élèves (à partir d’un niveau B1+/B2).   

Impossible de passer à côté

Pourtant, qu’on soit un fou de foot ou qu’on abhorre ce sport, difficile de passer à côté. Et avouons-le, alors qu’on se demande comment motiver les apprenant.e.s, nous avons ici un sujet qui délie les langues. C’est ce que j’ai d’ailleurs très vite compris quand, tout jeune prof de FLE, on m’a envoyé faire des cours à des cadres d’une grande banque catalane de la banlieue de Barcelone. La seule façon de motiver cette équipe de cadres le lundi matin, c’était bien sûr de parler des matchs de la Liga et plus généralement de l’actualité du foot. Cette motivation n’était pas complètement désintéressée ! En effet, ils voulaient savoir parler foot parce que, venant de Barcelone, le premier sujet de conversation de leurs interlocuteurs français n’était pas l’état de la bourse ou les taux d’intérêt à la hausse ou à la baisse mais bel et bien les résultats du dernier match du Barça ou les mouvements de joueurs au mercato du moment. Moi qui n’étais pas très footeux – même si mon coeur a toujours eu un penchant pour le FC Barcelona – il a bien fallu que je m’y intéresse de plus près de façon à joindre dans mes cours l’utile à l’agréable en glissant du contenu didactique à ces échanges footballistiques. Depuis, j’ai bien compris que le foot est le vrai passeport, la clé d’entrée dans de nombreuses villes ; la meilleure façon de gagner la confiance avec les chauffeurs de taxi ou les serveurs locaux, même si nous supportons des équipes différentes. Le football est une véritable activité brise-glace, dès le niveau A1 ! Et essayez donc en B2 de lancer un débat autour du vidéo-arbitrage (ou VAR si vous voulez ajouter un nouvel acronyme à votre vocabulaire) : vous verrez comme tous les éléments de l’argumentation seront naturellement mobilisés par vos étudiant.e.s ! Cet article de Thibaut Geffrotin dans Le  Point (29/06/2018) pourra même vous servir de déclencheur : Coupe du monde 2018 : arbitrage vidéo, le grand bazar !

Des pieds et de l’esprit

Malgré l’intérêt évident de passer par le foot pour motiver les élèves, il a du mal – encore aujourd’hui – à faire son entrée dans la classe de français. S’agirait-il du reflet finalement d’un rapport complexe que l’esprit cartésien, celui de la raison, semble maintenir avec l’exercice physique ? Comme si les efforts de l’esprit étaient incompatibles avec ceux du corps ! Pour mieux aborder cette question, vous pouvez (ré-)écouter l’entretien du journaliste sportif Bernard Heimermann en 2010 au sujet de Plumes et crampons, un livre co-écrit avec l’écrivain Patrick Delbourg et qui se proposait à la veille de la Coupe du monde d’Afrique du Sud d’analyser les liens entre les écrivains et le football (Un document intéressant pour la classe – niveaux B2/C1 – et qui aidera à faire réfléchir les étudiants sur cette question). On sait combien des écrivains, et pas des moindre étaient de fervents amateurs de foot. Me viennent à l’esprit Camus bien sûr ou le Catalan Vázquez Montalbán… mais ils sont bien plus nombreux comme le rappelle cet article de L’orient littéraire. Au sujet de Camus, qui avait été gardien de but (ou « goal » comme on disait à l’époque), il y a d’ailleurs eu cette superbe initiative de l’Institut français de Madrid qui, à travers l’opération Le football, une école de la vie ! a permis de rapprocher les élèves des écrits du prix Nobel de littérature.  

Du foot dans le FLE

Plus directement en lien avec le FLE, en 2016, à la veille de la Coupe d’Europe, le site FLE Les Zexperts n’avait pas voulu passer à côté de l’événement : il contribuait ainsi à faire une place au foot dans la classe en proposant une fiche pour parler de foot en FLE à partir de niveau A2. Il y a aussi les mémos de Parlons français, c’est facile qui reprend de façon imaginée le lexique du foot. 

J’imagine parfaitement une classe d’ados – et pas que – présentant à l’oral et/ou à l’écrit leurs équipes, les joueurs… Une bonne occasion pour pratiquer différentes notions d’un programme de A1/A2 en les combinant avec un sujet motivant. D’ailleurs c’était la proposition, très intéressante, qui avait été faite en 2010 à l’occasion de la Coupe du Monde en Afrique du Sud : toute une progression à partir du foot ! Oui, je parle foot !, c’est le nom du site – toujours disponible – qu’Amandine Béranger et Jérôme Cosnard avaient alors créé et qui constitue une somme de documents A1 (téléchargeables en word et en PDF), certains à prendre tel quel et d’autres qu’il faut bien sûr mettre à jour ou qui peuvent servir comme point de départ pour créer des activités similaires mises au goût du Mondial de Russie. Toujours autour de ce monde sudafricain, le Français dans le monde de mai-juin 2010 (nº369) avait consacré des pages spéciales au foot. Vous pouvez bien sûr les consulter sur le site de la revue si vous y êtes abonné.e ou retrouver un extrait sur www.issuu.com

Le point du FLE qui a consacré une page de son site au sport propose quelques liens dédiés au football. On peut simplement regretter que cette Russia 2018 n’ait pas été l’occasion d’actualiser un peu les documents pour la classe*. 

Enfin, si vous voulez commenter au fil de la Coupe ce qui s’y passe, vous pouvez vous rendre avec vos étudiants sur les sites des chaînes sportives francophones ou sur ceux de la presse écrit ou radio.

Bref, le foot, on peut aimer ou pas, mais il nous laisse rarement indifférents en raison de ses implications, sportives certes mais aussi sociales, économiques, politiques… On a même vu au Mexique , comme le rapportait récemment Anthony Bellanger dans ses Histoires du monde, que le foot peut entraîner une polémique politico-orthographique en raison des maillots de la sélection nationale : les accents des noms des joueurs avaient disparu parce que les maillots ne provenaient ni plus ni moins que des USA ! Une décision pas vraiment bien accueillie à un moment où ces deux Etats nord-américains ne traversent pas vraiment une lune de miel !  Comme quoi, au cas où certains en doutaient encore, même la langue a sa place dans le foot !

*Ami.e.s lecteur/-trices, n’hésitez pas à me partager vos liens et de m’en signaler si vous avez du matériel sur ce Mondial, je me ferai un plaisir de l’intégrer à cet article.

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Université d’été – Le village francophone, 2015

Posted by Philippe Liria sur 11/05/2015

UNIVERSITÉ D'ÉTÉ COUV 3Si vous n’y étiez pas l’année dernière, ne ratez pas cet été le rendez-vous du français en Espagne. Il s’agit bien évidemment de l’Université d’été – Le village francophone. Sur une idée de Valérie Lemeunier, attachée de coopération pour le français en Espagne, cette initiative de l’Institut français de Madrid, en collaboration avec la Federación Española de Asociaciones de Profesores de Francés s’adresse aux professionnels de l’enseignement du et en français de toute l’Espagne. Les journées sont animées par une équipe d’experts et le programme contient de nombreuses actions pédagogiques et activités culturelles.
Retrouvez sur le site les dates et le programme. Université d’été – Le village francophone, 2015.

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Pédagogie inversée : une carte mentale pour bien procéder

Posted by Philippe Liria sur 12/01/2015

cartementale.jpgPetit à petit, la pédagogie inversée est en train de gagner sa place au soleil. Les formations et les sites FLE s’en font de plus en plus l’écho, même si sa mise en place dans la classe de langue semble encore très discrète. Question de temps… Il y a à peine un peu plus de deux ans, c’était les yeux écarquillés que l’on écoutait untel parler d’inverser la classe (à commencer par les miens – à lire). Aujourd’hui, cette pédagogie fait son bonhomme de chemin car elle contribue à merveille à renforcer les tendances actuelles en enseignement/apprentissage des langues : autonomie, implication, responsabilité… On pourrait dire que, même si elle n’est pas nouvelle en soi (je vous renvoie au témoignage de Marcel Lebrun qui expliquait comment il inversait déjà ses cours dans les années 70), plusieurs éléments en favorisent la mise en place. A ce sujet, je vous recommande la lecture d’un article de Sophie Blitman en décembre dernier dans Educprosf.fr (La classe inversée, un véritable bouleversement pédagogique ?). Les cours hybrides qu’on trouve dans plusieurs établissements du réseau AF / IF sont la preuve qu’il faut absolument réfléchir à innover pédagogiquement. Pas question de supprimer la classe, qui doit, à mon avis, rester un lieu privilégié de rencontre mais il faut qu’elle évolue. Nous ne pouvons continuer à concevoir l’enseignement/apprentissage comme il y a 100 ans – et pourtant ! – et la conséquence d’un tel constat entraîne des changements à tous les niveaux (Certains parlent de tsunami numérique pour reprendre le terme d’Emmanuel Davidenkoff). Les institutions doivent réfléchir à de nouvelles façons de faire circuler les savoirs ; les acteurs de la classe – profs et élèves – doivent s’impliquer différemment ; les supports ne peuvent plus être ceux d’hier (en tout cas pas seulement) et nous devons absolument nous interroger sur les nouveaux outils de la classe, notamment sur l’avenir des manuels (sommes-nous en train de refermer la « parenthèse Gutenberg » ? comme l’a déjà suggéré Sauerberg dans ce monde de transition vers le numérique) ; les espaces aussi doivent être revus, qu’ils soient réels ou virtuels et bien entendu les techniques de classe doivent être revisitées (comme ses espaces d’ailleurs) à la lumière de tout ce qui est à la portée des enseignants et des apprenants. Dans ce contexte, sans parler pour autant de formule « miracle » (celle-ci n’existe pas), la pédagogie inversée peut apparaître comme une réponse à une partie de ces questions que nous nous posons face à ces défis de la classe non plus de demain, mais bien d’aujourd’hui, même si l’odeur et la poussière de la craie et la présence de vieux pupitres aux côtés d’un vieux tableau noir à moitié cassé nous rappellent encore trop souvent le XIXè que ce XXIè siècle dans lequel nous nous trouvons pourtant bien.
Mais comment la mettre en place ? Comment procéder pour que cette inversion de la classe prenne ? Quelles sont ses implications ? Quels sont les outils à prendre en compte ? Quel rôle pour chacun ? Elèves et professeurs, bien sûr mais aussi l’administration de l’établissement que ce soit sur les aspects plus techniques et technologiques (place du smartphone dans la classe/école, accès à Internet…) que sur la question pédagogique (l’enseignant doit se sentir soutenu dans sa démarche). Combien d’expériences novatrices sont frustrées par des administrations trop frileuses, craignant de perdre des élèves car le projet pédagogique n’est pas bien expliqué aux parents ou directement aux élèves dans le cas des apprenants adultes ?
C’est à ces questions et bien d’autres encore au sujet de la pédagogie inversée qu’essaie de répondre efficacement Sophie Guichard à travers une carte mentale que vous pouvez retrouver sur Youtube. Ses explications sont claires, accompagnés d’exemples précis qui vont certainement contribuer à diffuser un peu plus ce nouveau « champ de pensée (…) au niveau de la pédagogie » comme elle le dit elle-même. Encore une fois, cet exemple n’appartient pas au domaine de l’enseignement des langues mais à celui des mathématiques. Mais pourquoi les sciences s’y prêteraient-elles plus que les langues ? Ne cherchons-nous pas dans nos classes à favoriser la pratique de la langue ? Pourquoi l’explication de la théorie de Pythagore ou des logarithmes seraient-elles plus passionnante dans une capsule vidéo que celle de la différence entre imparfait et passé composé ? J’espère en tout cas que cette vidéo que j’ai découverte grâce aux excellents liens que propose le Facebook Journées FLE 2014 Institut français d’Espagne (merci Valérie) vous donnera des pistes de travail pour la classe.

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MOOC Travailler en français : le bilan

Posted by Philippe Liria sur 05/10/2014

moocEn janvier dernier, j’avais eu le plaisir d’interviewer Alix Creuzé à l’occasion du lancement du MOOC Travailler en français (lire l’entretien). En septembre, Le café du FLE a proposé de dresser le bilan de cette initiative. Alix Creuzé et Jérôme Rambert ont donc répondu aux questions du webzine en soulignant les réussites mais aussi les limites de cette expérience. Lire l’article.

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En juillet, les professeurs de français d’Espagne se donnent rendez-vous dans le Village francophone

Posted by Philippe Liria sur 14/06/2014

Université d'étéEn juillet, les professeurs de français d’Espagne se donnent rendez-vous à Cuenca dans le Village francophone pour la 1re Université d’Été de et en français. L’idée trottait dans la tête de Valérie Lemeunier depuis sa prise de poste en tant qu’attachée de coopération pour le français à Madrid mais il fallait tout mettre en place. Maintenant c’est chose faite : organisée par l’Institut français d’Espagne et en partenariat avec la région de Castille-La Manche, cette université va rassembler des professionnels de l’enseignement du et en français de toute l’Espagne. Une occasion pour les participants d’approfondir leurs techniques d’enseignement du FLE ou des DNL en français, tout en échangeant leurs expériences non seulement entre eux mais aussi avec des experts et plus largement les professionnels de la diffusion et de la promotion du français et de la diversité linguistique en Espagne. Le programme, disponible en ligne, est particulièrement complet et va certainement permettre à de nombreux enseignants d’accéder à un prix très raisonnable à une formation complète de qualité dans un moment difficile où l’on sait que peu est fait depuis de nombreuses institutions espagnoles pour le français et la formation permanente des enseignants.
On ne peut donc qu’applaudir ce type d’initiative, en espérant que cette première édition en connaîtra de nombreuses autres. Et surtout qu’elle inspirera d’autres services de coopération pour le français dans d’autres pays, surtout plus éloignés encore de la France. On verrait apparaître ainsi d’autres villages francophones car, au-delà du contenu, très riche, il faut valoriser l’aspect de vie au quotidien en français, ce qui est fondamental pour de nombreux enseignants qui n’ont pas facilement accès à la langue française et encore moins la possibilité de pouvoir se rendre en France – quand ce n’est pas la France qui les en empêche en raison de la paperasse interminable et décourageante qui leur est exigée.

Encore un grand bravo pour cette excellente initiative, à laquelle je souhaite un grand succès.

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Travailler en français, un MOOC pour le français professionnel

Posted by Philippe Liria sur 14/01/2014

« Très peu de gens ont aujourd’hui travaillé sur des MOOC dans le domaine du FLE. L’expérimentation nous permettra (…) de réfléchir à de nouvelles modalités d’apprentissage en ligne »

Capture d’écran 2014-01-14 à 21.32.48Comme le signale le Français dans le Monde dans son dossier consacré au français professionnel (‘Dossier : Français professionnel, nouveaux publics, nouvelles pratiques’ in FDLM nº391, janvier-février 2014), notre langue « devient également une langue forte à l’international car [elle] offre de réelles opportunités d’emploi. Les cours de français professionnel ou sur objectif spécifique connaissent ainsi un succès croissant dans les écoles du monde. » Et pas seulement dans les écoles… C’est ainsi qu’à partir du 15 janvier, les apprenants du monde entier pourront renforcer leur compétence en français professionnel grâce au lancement du MOOC Travailler en français.
Alors pour en savoir plus sur cette initiative internationale, j’ai demandé à l’une des coordinatrices du projet, Alix Creuzé, de l’Institut français d’Espagne, de bien vouloir répondre pour ce blog à quelques questions…

Alix Creuzé, co-coordinatrice du MOOC Travailler en français

Alix Creuzé, co-coordinatrice du MOOC Travailler en français

Comment est née l’idée de ce MOOC de français professionnel ?

Le projet Voyages en français est issu d’une collaboration entre l’Institut Français d’Espagne et la région Aquitaine. Il a permis à l’équipe de professeurs concepteurs de se connaître, d’apprendre à travailler ensemble, de mutualiser à distance, de partager leurs compétences, et enfin de s’apprécier. Nous avons souhaité faire vivre autrement les ressources et activités que nous avons créées collectivement. Voyages en français est un site où l’approche interculturelle est omniprésente. Nous avons sélectionné le thème du travail qui répond le plus aujourd’hui aux demandes de nos étudiants, que ce soit en cours présentiel ou à distance. Il s’agit là d’un complément, ouvert, gratuit, où chacun prend ce dont il a besoin en fonction de ses objectifs. En tant qu’animateurs nous interviendrons comme facilitateurs mais ne jouerons pas le rôle de professeurs au sens attendu du terme. Nous ne proposerons pas, par exemple, de corrections mais des pistes pour que chacun puisse s’auto-évaluer, s’auto-corriger ou pour faciliter la correction entre pairs.

Qui sont les organisateurs et quels sont leurs intérêts à proposer ce type de MOOC ?

Avant tout il est important de rappeler que ce projet est celui d’une équipe plus que celui d’une institution. Evidemment, nous sommes appuyés par les quatre Instituts Français partenaires qui ont permis la mise en œuvre du MOOC et ont un fort intérêt pour la démarche d’innovation pédagogique. L’Institut français de Madrid et notre directeur des cours Sylvan Pradeilles, soutiennent ce projet : cela se fait à travers ses ressources humaines (notre équipe travaille depuis 12 ans maintenant sur des dispositifs de français langue étrangère à distance), sa logistique, ses équipements (des salles de visio-conférences notamment), son expertise technique, sa communication. Les Instituts français de Milan, Brême et Londres et l’Open University sont aussi partenaires. Le partenariat se matérialise avant tout à travers le travail de chaque équipe comme vous le verrez pendant le MOOC ! Je souligne la forte implication de Gaëlle Robin, directrice du Centre de Langue de l’Institut français de Londres, dans toute la réalisation de ce projet.

Il s’agit d’expérimenter une approche complémentaire, qui peut venir en appui aux cours présentiels. Apprendre une langue aujourd’hui, c’est diversifier les occasions de la pratiquer mais savoir aussi se poser des questions, faire des choix concernant ses objectifs, son parcours, quelle que soit sa modalité d’apprentissage, en présentiel ou en ligne. A nous d’accompagner cette prise de conscience et ce temps de réflexion individuel de tout apprenant.

Par ailleurs, en tant qu’enseignants, nous devons réfléchir aux ressources qui nous sont offertes, en ligne et hors ligne, à la manière dont nous pouvons aider les apprenants à se les approprier et à en tirer le meilleur avantage sans se noyer.
Cette expérimentation fait ainsi partie d’une réflexion sur notre stratégie numérique en tant qu’organisme d’enseignement apprentissage du français langue étrangère.

Qui forme l’équipe ? Comment travaillez-vous entre vous ?

Ce sont les concepteurs du site Voyages en français, à Madrid, Milan, Brême, Londres. Ces quatre Instituts français collaborent aussi pour le cours de français en ligne que nous proposons pour les niveaux A1 à B2. Nous avons ainsi une démarche et une réflexion permanente sur ce qu’est apprendre à distance, travailler dans une dynamique de mutualisation mais aussi sur la complémentarité entre présentiel et en ligne. Jérôme Rambert co-coordonne ce MOOC avec moi, notamment à travers son expertise sur les outils Google. En effet nous aurions pu utiliser notre plateforme d’apprentissage en ligne Moodle, ou l’outil collaboratif Spip utilisé pour le site Voyages en français, mais cela n’allait pas suffisamment dans le sens de l’ouverture complète. La gratuité de l’outil a été un élément décisif puisque nous n’avons pas de budget de développement. Il est fortement envisageable que nous fassions d’autres choix s’il y a une suite à cette expérimentation.

Le cinquième partenaire est l’Open University à Londres à travers Tita Beaven qui a été partie prenante dans notre démarche collaborative depuis 2008 et qui a suggéré de « faire un MOOC ensemble » après une première expérience avec l’Open University.
Nous travaillons à distance, avec tous types d’outils collaboratifs et en communiquant par visioconférences. Nous nous rencontrons une fois par an.

Quels sont les contenus de ce MOOC ? Qui les crée ?

Les cinq thèmes principaux sont issus du site Voyages en français (rubrique Pratique). Nous avons donc tenté d’incarner ces ressources autrement, de leur donner une « vie pédagogique » différente en proposant des activités et en les associant à d’autres compléments disponibles en ligne (applications web 2.0, ressources de fle, etc.)
Je cite toujours François Mangenot quand il parlait il y a des années du rôle de l’enseignant, celui de « baliser les parcours« , c’est ce que nous avons fait en amont et que nous ferons durant toutes la durée du MOOC.

À qui s’adresse ce MOOC ? Y a-t-il un test d’accès pour vérifier le niveau minimum requis ?

Le MOOC s’adresse à des étudiants de niveau B1 en cours d’acquisition (B1.2 et plus pour être plus précis). Nous proposons un test d’auto-évaluation à réaliser la première semaine. Ensuite, c’est ouvert : s’inscrit qui s’estime suffisamment compétent pour participer, tant sur le plan du niveau de langue que de la compétence technique car il y a aussi quelques pré-requis, notamment pour suivre les visioconférences.

Vous annoncez des travaux collaboratifs. Comment se mettent-ils en place ? Qui les coordonne ? Comment les apprenants travaillent-ils entre eux ?

Capture d’écran 2014-01-14 à 21.34.11Nous mettons à leur disposition une boîte à outils. Nous voulons éviter la surcharge cognitive car nous ne sommes pas une formation TICE, mais il est difficile parfois de se limiter ! A chacun ensuite de faire sa propre sélection. Encore une fois nous ne sommes pas dans le cadre d’un cours en ligne (j’allais dire « cours en ligne traditionnel » puisqu’il fait aujourd’hui partie intégrante de notre offre de cours) comme nous le faisons sur notre campus de cours en ligne Moodle… Ici tout sera ouvert et s’appuiera sur l’implication des participants.
Les animateurs-facilitateurs veilleront à accompagner ce cheminement : être là pour faire vivre l’espace MOOC, répondre aux questions, donner des pistes, résoudre des problèmes concrets, etc.

Avez-vous élaboré ou élaborerez-vous des capsules video avec des modèles d’entretien d’embauche ? Introduisez-vous des concepts comme le CV-vidéo ?

Le concept est bien entendu abordé, ne serait-ce qu’au travers de ressources complémentaires que nous proposons sur le site Voyages en français. Les participants pourront réaliser leur CV vidéo avec des applications disponibles en ligne et les mettre en commun s’ils le souhaitent. En ce qui concerne les contenus, nous allons tenter, grâce à l’apport des experts qui interviendront dans les visioconférences, que les participants comprennent combien la faculté d’adaptation est importante pour trouver un emploi aujourd’hui quel que soit le pays dans lequel on travaille. Les outils de recherche évoluent très rapidement. Si l’on ajoute à cela le fait de se retrouver dans un autre pays que le sien, dans une langue différente, dans une culture différente, on comprend que la tâche est loin d’être aisée.

Le maître-mot est l’ADAPTATION !!! Savoir se repérer, sélectionner, oser se lancer, mais aussi savoir évoluer en restant soi-même, modifier ses représentations, poser des questions, etc.

Quels sont les objectifs de ce MOOC ? Quelle retombée attendent les organisateurs ?

Très peu de gens ont aujourd’hui travaillé sur des MOOC dans le domaine du FLE. L’expérimentation nous permettra, je l’espère, de réfléchir à de nouvelles modalités d’apprentissage en ligne et hors ligne (j’insiste sur cette complémentarité). A travers le notre suivi et les questionnaires d’évaluation en début, milieu et fin de parcours, nous tenterons d’analyser la motivation, l’implication des apprenants dans un dispositif complètement ouvert comme celui-ci.
Bien entendu, pour l’Institut français, c’est aussi une façon de faire connaître notre expertise en matière de dispositifs en ligne, cours et tutorats.

Le programme actuel est sur 6 semaines. S’agit-il d’une expérimentation ?

Oui, et c’est vraiment ainsi que nous demandons à chacun d’appréhender cet événement, avec curiosité certes mais aussi envie de s’impliquer et bienveillance. Si nous nous appuyons sur nos expériences acquises aussi bien dans l’enseignement/apprentissage que dans les parcours en ligne, il y a beaucoup de paramètres inconnus. Nous savons que nous aurons des surprises – bonnes ou mauvaises -, des difficultés certainement, mais espérons que cela sera une base pour avancer !

Combien d’apprenants sont attendus pour cette première ?

Nous avons plus de 800 inscrits et tous les jours de nouvelles inscriptions. Il y a beaucoup de curieux mais c’est en tout cas, d’après les questionnaires d’inscriptions en ligne qu’ils ont remplis, le signe que nous répondons à un besoin réel.

Les questionnaires nous indiquent qu’ils se sont inscrits pour différentes raisons : certains doivent partir vivre dans un pays francophone ou y vivent déjà, pour pratiquer en français sans objectifs précis, pour participer à une semaine concrète qui répond à un besoin immédiat voire urgent, ou encore se construire un « réseau » de pairs avec lesquels échanger. Certains viennent « pour voir ». Pour quelques enseignants enfin, la participation s’inscrit dans le cadre d’un projet de classe plus large et les apprenants vont à la fois travailler dans la classe et sur le MOOC.

Pour l’équipe d’enseignants que vous coordonnez, qu’attendez-vous de participants qui ont ‘le droit de participer silencieusement’ par exemple ?

Oui, vous évoquez la charte ITYPA que nous avons fait nôtre dans ses grands principes en tout cas, la liberté de participer ou pas, d’être passifs ou pas, de suivre tout le parcours ou une seule semaine … Nous entrons là dans la grande inconnue du MOOC !!! J’en profite pour dire que Christine Vaufrey, rédactrice en chef de Thot et co-conceptrice d’ITYPA nous a aussi donné des pistes et, comme elle nous l’a dit, généreusement « passé le relais« . En effet, pour moi, le MOOC ITYPA reste exemplaire : des formateurs, concepteurs qui se lancent avec les moyens du bord, rencontrent des difficultés, essuient des échecs mais au final ont permis à une grande quantité de participants, de comprendre, de faire, de se poser des questions de découvrir et de « passer« (transmettre) aussi à d’autres ce qu’ils ont appris.

Il y aura certainement beaucoup d’observateurs silencieux mais, nous voyons avec plaisir que des professeurs ou des apprenants se proposent par mail pour donner « des coups de main » … Nous sommes très favorables à cela évidemment !

Quel avenir pour les MOOC d’apprentissage du français ?

Pour moi, le mot MOOC n’a pas beaucoup d’importance, ni d’intérêt en soi et je me méfie du mot ‘massif’. Tout dépend de la façon dont on l’interprète ! Certains parlent aussi de C.MOOC (C pour constructiviste) et cela correspond plus à ce que nous voulons faire. Ce qui est intéressant c’est le dispositif et les possibilités immenses que nous offrent les outils en ligne aujourd’hui. Mais la réflexion sur l’apprentissage reste identique : comment proposer des activités qui s’appuient sur les interactions, l’action et non des contenus purement transmissifs alors que l’on ne sait pas a priori à qui l’on s’adresse ni à combien de personnes ? Est-ce que cela ne remet pas en cause notre démarche ? Nous avons déjà certaines réponses car les questionnaires auxquels les participants ont déjà répondu nous permettent de connaître leurs motivations. Mais comment vont-ils suivre les parcours ? Vont-ils participer ou juste venir en tant qu’observateurs passifs ? Vont-ils regretter les corrections, les notes ? Nous ne le savons pas encore. La dynamique de notre projet s’appuie sur la participation, apprendre avec les autres. Bref, MOOC ou pas MOOC, rien de nouveau en fait ! L’enjeu reste le même, apprendre et pratiquer le français. Nous savons de par notre expérience d’enseignants dans des contextes hybrides que « se mettre en action » quand on travaille en ligne n’est pas toujours facile pour les apprenants. Cela demande une implication très forte, nécessite une grande motivation et surtout le sentiment que l’effort en vaudra la peine. Cela implique quelques sacrifices pendant un temps donné, une régularité dans le travail, une prise de risque …Nous en saurons un peu plus dans quelques semaines !

Merci Alix et toute l’équipe de Travailler en français.

Date de lancement du site : le 15 janvier 2014.

Pour en savoir plus :
https://sites.google.com/site/mooctravaillerenfrancais/home
http://voyagesenfrancais.fr/?lang=fr

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