Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Posts Tagged ‘Institut français’

Rayonnement ? Non, éblouissement !

Posted by Philippe Liria sur 12/11/2013

laurent_fabiusQuand j’ai vu que mon ministre répondait aux questions de Sébastien Langevin dans le dernier numéro du Français dans le Monde (FDLM, nov./déc. 2013, n°390), je me suis précipité dessus. Parce que, monsieur Fabius, vous êtes en quelque sorte mon ministre. En effet, même si je ne suis plus professeur de français langue étrangère, je continue à partager avec eux un même cercle. Ce cercle qui se trouve justement dans votre champ ou devrais-je dire votre « rayon » d’action ?
J’avais très envie de vous lire. Cela vous paraîtra peut-être très corporatiste, mais je voulais surtout savoir ce que vous alliez dire sur les professeurs de français. Normal après tout, la revue s’adresse quand même à eux. J’ai donc un peu « zappé » vos propos sur notre grandeur. Je l’admets et m’en excuse car il ne fait nulle doute que c’est grâce à notre force économique au-delà de nos frontières que nous maintiendrons vivant l’intérêt pour apprendre notre langue. Nous ne pouvons l’ignorer. Et les questions de Sébastien Langevin vous ont permis d’expliquer en long et en large les enjeux que suppose cette politique extérieure dont vous êtes le plus haut dignitaire. Rassurez-vous, j’ai bien retenu l’essentiel : la France rayonne dans toute sa puissance sur le monde. Enfin, à vous lire, c’est que nous retenons.
Je ne sais plus combien de fois vous utilisez le mot ‘rayonnement’, peut-être un peu trop d’ailleurs… et je dirais que tout ce soleil dans les yeux finit par éblouir et il ne nous laisse plus voir la réalité. Non pas cette réalité de salon, celle qu’on se plaît à ressortir dans un discours d’ambassade, verre à la main et petit four dans la bouche. Réalité de salon que vous reprenez en citant des chiffres sur la Francophonie ; ces chiffres qu’on publie un peu partout, sortis dont ne sait trop où – apparemment personne ne le sait vraiment – mais qui en font sourire plus d’un. Peu importe, ceux-ci nous promettent un monde idéal, tout plein de citoyens du monde qui dans une trentaine d’années parleront français. 750 millions ! Quelle merveille ! Je veux y croire. Si si, sérieusement ! Voyant les procédés auxquels on a recours pour faire grossir les chiffres (sans doute sous une bonne exposition au rayonnement solaire) en rendant francophones dans les statistiques des populations qui, à l’exception de leurs élites, n’ont parfois jamais entendu un mot de français. Mais il est vrai que sous certaines latitudes se sont nos hommes d’affaires qui sont éblouis par toutes ces richesses qui émanent de la terre…
Éblouissement encore quand vous parlez de ces étudiants étrangers… Certes la France continue a distribuer des bourses mais n’oubliez pas que que depuis quelques temps ce n’est plus vers la France que la plupart regarde, mais de plus en plus vers le Québec. Pas grave, et même si le soleil y brille moins fort que sur la Côte d’Azur (ça rayonne moins diriez-vous), les portes y sont un peu moins fermées que dans l’Hexagone où il faut montrer « pattes blanches »… Au pluriel vue toute la paperasse à fournir… Quant au blanc, espérons qu’un certain bleu d’une triste et inquiétante marée montante ne le transforme en condition d’entrée ! D’aileurs, connaissez-vous la galère de ces jeunes étudiants? Avez-vous vu l’espoir d’un avenir meilleur briller dans leurs yeux, espoir qui ne faiblit pas malgré les heures et les heures de queue pour accéder à un bureau de Campus France. Parfois après des centaines ou des milliers de kilomètres en bus ! Éblouis eux aussi par une France rêvée, un peu trop sans doute, ils attendent, diplômes et DELF B1 ou B2 en poche, que les portes de cette grande France s’ouvrent. Entre-temps ces courageux futurs étudiants étrangers en France, s’ils n’abandonnent pas le combat en chemin, auront peut-être cessé de croire en notre pays dont vous vantez si bien les valeurs. Images ternies. La réalité brille un peu moins que ne rayonnent vos mots.
Avant d’atteindre la question sur les profs de FLE, et donc votre réponse, je me suis quand même arrêté aussi sur celle concernant l’Institut français. Et j’ai cherché la réponse dans vos propos… Je la cherche encore, mais je ne doute pas que la lumière se fera et que j’y verrai plus clair. Ce doit être l’effet d’éblouissement qui m’empêche de la trouver ou de la trouver un peu floue. La lueur semble être dans la formation… Ah la formation !! En attendant, heureusement que celle-ci vient d’ailleurs dans bien des cas parce que depuis certaines institutions, on la fait miroiter à beaucoup mais peu la voient. L’Institut… Éblouissement ? À en croire les différents articles parus dans la presse, il semblerait que depuis cette interview, vous avez été plus clair sur l’avenir de cette institution. L’heure du glas aurait-elle sonné pour elle, deux après sa création ? (cf. Le Monde, 23/10/2013).
Arrive la fin de l’interview et nous en venons (enfin) aux professeurs de français. La chaleur de vos remerciements sera appréciée. Sincèrement, je ne rigole pas. Votre prédécesseur ne semblait même pas se souvenir de l’existence de ces petits soldats de plomb que j’ai évoqués dans un modeste billet sur leur situation ou plutôt leurs conditions professionnelles. Cela fait toujours plaisir. Ça n’aide pas les établissements ni les directeurs d’établissements locaux ou du réseau à disposer de plus de crédits, ni les coordinateurs pédagogiques ou les professeurs… mais ça nous met du baume au coeur. Même si ça fait un peu discours de salon, vous en conviendrez. Ah cette diplomatie française ! Ce n’est pas pour rien que vous en êtes le plus haut représentant.
Alors éblouissement ? Il faudra peut-être poser la question à ces professeurs, indissociables de cet « enjeu de la politique du français » pour reprendre vos propos. Ils apprécieront de vous lire, entre 6h du matin et 22h, dans les nombreux transports qui les mènent de cours en cours pour faire leur 30, 32, … 37 heures de cours hebdomadaires (les préparations sont à part, vous pensez bien) pour des salaires qui peuvent atteindre, accrochez-vous bien au siège de votre jet qui vous ramène à Paris, les 1500 euros, et pour le coup, comme on dit, c’est vraiment bien payé ! Et je sais, car comme vous, je consulte fle.fr, qu’il y a des postes à 3000 euros si j’ai deux masters et j’accepte de m’enfermer dans une zone sécurisée d’Afghanistan pendant six mois.
Rassurez-vous, malgré ces conditions pas vraiment brillantes pour ces représentants de la France et de sa langue que sont les professeurs de FLE, ceux-ci continuent dans leurs cours à parler de ces valeurs, des droits de l’Homme, de la société d’accueil… Bref ils sont les vrais ambassadeurs de ce rayonnement, sans bla-bla ni bling-bling. Sans vains mots, ni discours de salon ni éblouissement, mais du vrai, de l’authentique et une motivation incroyable par-dessus tout pour que partout dans le monde on continue à apprendre notre langue.

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Lancement officiel du site « Parlons français, c’est facile ! »

Posted by Philippe Liria sur 27/07/2013

Parlons français, c'est facileLe 18 juillet dernier à l’occasion des Journées de l’Institut français qui se tenaient à Lille, le Ministère des Affaires Étrangères (MAE) a officiellement lancé le site Parlons français, c’est facile !. Ce site, que finance le MAE, est un portail de sensibilisation au français du réseau. Entièrement gratuit, il propose une grande quantité d’activités ludiques et récréatives basées sur des documents authentiques et des webdocumentaires inédits réalisés par TV5MONDE*.
À partir de deux webdocumentaires (pour le moment, deux autres sont en préparation), Partir et Ressentir, les apprenants pourront construire un parcours d’apprentissage. Les ateliersDes ateliers leur sont proposés selon leur niveau (de débutant à avancé) où ils trouveront des jeux, des quizs (grammaire, lexique, culture), des questions de compréhension… S’inscrivant pleinement dans une démarche Web 2.0, ce site propose aussi aux apprenants de relever des défis qui les conduisent vers des sites francophones où ils pourront mettre en pratique le français appris dès les premières heures. Les défis

Des cartes Mémos pour chaque niveau sont proposées pour que les apprenants voient ou revoient des notions de langue ou de culture. On peut regretter que ce site qui dit être multilingue ne propose jsutement pas d’explications grammaticales ou culturelles dans les langues annoncées, ce qui faciliterait un apprentissage en autonomie.
Les mémos
Les apprenants disposent d’une entrée Test qui leur permet rapidement de trouver leur niveau.
Comme il ne s’agit pas non plus de laisser les visiteurs du site seuls dans leur coin mais plutôt de les inciter à rejoindre la communauté francophone, on leur donne la possibilité d’identifier, à partir d’une carte interactive, les Alliances françaises et les centres français labellisés où il est possible de poursuivre l’apprentissage du français.
Les histoires de Nadine et Nabil que l’on suit à travers les webdocumentaires permettent aussi aux apprenants d’avoir un regard ouvert sur une francophonie authentique et plurielle.

Et pour les professeurs de FLE, ce site constitue aussi une excellente base de données notamment avec 20 vidéos d’excellentes qualités et qu’ils pourront facilement utiliser en classe en fonction des niveaux, indépendamment des activités qui accompagnent.

Un site vraiment intéressant, à découvrir ou à faire découvrir. Bravo !

*Outre le MAE et TV5 Monde, Parlons français, c’est facile ! est un projet « collaboratif » qui réunit une importante équipe d’experts de l’Institut français, de l’AFPIF, du Cavilam, du CIEP, du C.L.A, de la Fondation Alliance française.

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On a parlé FLE à l’Élysée… à l’occasion des 130 ans de l’Alliance française.

Posted by Philippe Liria sur 27/07/2013

discours_president_hollande_130_af130 ans déjà ! L’Alliance française souffle ses 130 bougies, presque autant que de pays où elle est représentée (137) ! Et elle a fêté cet anniversaire la semaine dernière en compagnie du président de la République. François Hollande a reçu à l’Élysée présidents, directeurs généraux et directeurs des Alliances françaises, venus des quatre coins de la planète pour le Colloque annuel de la Fondation Alliance française qui se tenait à Paris.

Jean-Pierre de Launoit, président de l'Alliance française, et François Hollande, président de la République

Jean-Pierre de Launoit, président de l’Alliance française, et François Hollande, président de la République


À cette occasion, François Hollande a prononcé un discours (intervention-du-president-de-la-republique-lors-de-la-reception-pour-les-130-ans-de-l-alliance-francaise) d’hommage au travail de toutes celles et tous ceux qui par amour de la langue et de la culture françaises poursuivent les trois objectifs initiaux que s’étaient fixés en 1883 les fondateurs de l’Alliance française. Il y avait alors l’objectif de « mettre en œuvre une politique culturelle » bien sûr et celui de « redonner confiance » à la France à l’extérieur « dans ses valeurs, dans ses principes, dans sa culture, dans sa langue », et il y en avait un « pas moins prétentieux » qui était celui du « rayonnement » de la langue française.
Alors, même si j’ai quitté l’Alliance française de Sabadell depuis déjà quelques années, mes activités professionnelles me maintiennent en contact permanent avec ce merveilleux réseau qui tisse des liens bien au-delà du travail. C’est donc avec une certaine émotion que j’écoute et reçois les mots du président de la République rappelant cette belle mission de « faire vivre le français » justement « en donnant des cours, en formant des professeurs ». C’est vrai… et il ne faudrait pas l’oublier ! Si les Alliances françaises ont une offre culturelle merveilleuse qui contribue à la rendre « grande », « majestueuse » et « prestigieuse » pour reprendre les paroles de M. Hollande, c’est parce qu’il y a aussi et surtout des équipes enseignantes qui se donnent à fond – car quand on travaille de 8h du matin à 22h, c’est vraiment se donner à fond ! – à un coût ridicule – car ça ne coûte vraiment pas cher à la France un prof de FLE ! – après avoir pourtant suivi des masters 1 puis 2 et des stages professionnalisants à l’autre bout du monde – « même dans les pays où il y a du désordre » – !
Effectivement, les Alliances françaises dépendent du droit local et le président fait bien de le rappeler. Cependant l’État, puisqu’il est tellement conscient de l’importance de leur mission, ne devrait-il pas en faire un peu plus ? Un peu plus – ce n’est pas trop demander – pour que cette grande armée de porte-paroles de la langue, de la culture et toutes les valeurs que représentent la France cesse d’être, tels des petits soldats de plomb, mobile à souhait et puisse (enfin !) obtenir un statut reconnu et digne.
Je ne sais pas comment techniquement cela est possible, mais je suis sûr qu’il y aurait moins de roulement et plus d’implication de tous ces professionnels du FLE dans le projet des Alliances qui les engagent s’ils ne se sentaient pas simple chair à canon, à l’avenir incertain quand approche la fin de l’année scolaire. Ou de mission car je ne pense pas qu’aux professeurs : il y a aussi tous ces coordinateurs, directeurs des cours, etc. qui s’investissent corps et âme dans de merveilleux projets qui contribuent à mieux faire rayonner l’Alliance et donc tous ces objectifs cités plus haut pour achever, au bout de trois ou quatre ans, la mission qui leur a été confiée sans savoir ce que l’avenir leur réserve. Pourquoi ? Parce que la France, qui les a applaudis et souvent remerciés lors d’une réception, comme celle du 16 juillet dernier à l’Élysée, ne les prend pas vraiment en considération… Quel dommage ! Quel gaspillage ! Réception à l'Élysée
Alors, puisqu’il faut que « ce partenariat soit renforcé » entre institutions, sans pour autant perdre l’autonomie de chacune d’elles, pourquoi ne pas commencer par le côté humain et s’appuyer sur ces forces que sont tous ces professionnels du FLE qui, eux, connaissent vraiment « à l’échelle internationale » le terrain et le public qui fréquente les Alliances ? Dans un moment où le réseau des Alliances se repense, cette force humaine pourrait certainement apporter beaucoup ; elle constitut un véritable atout pour la langue française et sa présence dans le monde.
Et je ne dis pas ça pour retirer du mérite aux diplomates missionnés ça et là, ceux-ci peuvent « toujours servir », comme l’a rappelé Hollande, ni pour mépriser la mission de l’institution que préside « le jeune académicien » qu’est Xavier Darcos, même si on peut légitimement s’interroger sur celle-ci…

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On brade… À Berlin le tour !

Posted by Philippe Liria sur 27/04/2013

Institut français de Berlin

Institut français de Berlin

On brade ici et on liquide là-bas… Seul objectif : faire des économies. Alors on coupe ! Mercredi dernier, Libé rapportait la nouvelle de la nouvelle victime sur l’autel de cette politique d’austérité des gouvernements français, quelle que soit leur couleur : c’était au tour de l’Institut français de Berlin. Vous me direz qu’avec le record du taux de chômage en France, Matignon a d’autres chats à fouetter et puis on ne va pas faire un drame pour un vieux bâtiment ! Pourtant c’est un lieu de culture qui ferme et aussi, pour nous qui formons partie de la communauté du FLE, une partie de ce que nous sommes. Après Berlin, à qui le tour ? Car cette fermeture n’est malheureusement pas un phénomène isolé et on ne peut que s’interroger sur la mission réelle de l’Institut français (je pense ici à l’institution siégeant à Paris). Et ceux qui pensent qu’il y a des problèmes plus graves à traiter, ne devraient pas oubier que ces lieux de rencontres, de cultures et d’enseignements que sont les Alliances et les Instituts sont aussi la vitrine du pays, qu’ils servent de liens et que nos économies plongées dans le marasme et la morosité ne s’en sortiront que si elles sont ouvertes à l’extérieur. Ces lieux que la France ferme sont pourtant autant de portes pour trouver de nouveaux marchés ou permettre à d’autres d’entrer et donc de créer soit des ressources soit des emplois.
C’était donc ça le « nouveau souffle à la promotion de l’action culturelle extérieure » dont nous parlait Xavier Darcos lors de la création de l’Institut français, la France a souhaité donner un nouveau souffle à la promotion de son action culturelle extérieure. » ? Eh bien, bravo ! À quoi va servir de fanfaronner en page d’accueil du site le nombre d’établissements du Réseau si petit à petit, on demande à leur directeur de mettre la clé sous la porte ? Entre la précarisation des enseignants et le frein mis aux initiatives culturelles, il ne restera plus grand-chose, si ce n’est qu’une politique de façade et ces toasts dans les salons d’ambassade le jour de la Francophonie. Lamentable ! Franchement, je sens que je vais ajouter une nouvelle photo à mon mur des cons personnel – désolé, je ne laisserai personne le prendre en photo ! -. Ça ne servira pas à mettre fin à cette politique d’économie de bouts de chandelle mais au moins ça me calmera.

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Quel statut pour le professeur FLE ?

Posted by Philippe Liria sur 16/08/2012

Je n’ai pas pu me rendre à Durban pour le 13e Congrès mondial de la FIPF. Je le regrette car ces rencontres qu’organise la fédération sont toujours l’occasion de retrouver des amis, professeurs, coordinateurs et autres professionnels du FLE venant d’un peu partout dans le monde. C’est un excellent moment pour prendre le pouls de la planète FLE. Les programmes de ces journées sont toujours plus alléchants les uns que les autres et celui de Durban ne manquait pas d’intérêt. Et puis, le fait même que le congrès mondial des professeurs de français soit organisé pour la première fois en Afrique, c’est véritablement un symbole : on sait que dans quelques années le continent africain sera l’aire francophone par excellence. Programme alléchant j’écrivais et c’est bien dommage de n’avoir pu y prendre part. Ce ne sera que partie remise. Cependant, une fois encore, il y a eu un grand absent, c’est le statut du professeurs de français. Je sais que les associations de professeurs locales luttent pour améliorer ce statut, mais souvent elles ont un pouvoir limité et se sentent souvent peu soutenues par les pouvoirs français en place et en charge de la politique du français. Et puis, ces associations sont souvent les représentantes des professeurs des réseaux publics locaux. Reste tout un pan d’enseignants, c’est la grande armée des professeurs de FLE qui le plus souvent parcourent le monde dans des conditions difficiles sinon précaires, sans avoir l’impression que la France ait vraiment l’intention de les soutenir alors qu’elle applaudit leur combat pour la langue et est bien contente d’en récolter les fruits. Car débattre pendant cinq jours sur nos métiers, ce devrait être aussi chercher à donner un vrai statut au professeur FLE, qu’il exerce en France ou n’importe où ailleurs dans le monde.
À la lecture des descriptions de poste, on constate très clairement la volonté des employeurs du réseau d’avoir dans leurs équipes enseignantes des professionnels hautement qualifiés. On ne peut que saluer cette politique qui contribue à accompagner un enseignement de qualité, indispensable pour garantir la satisfaction des élèves et donc leur motivation à poursuivre leur apprentissage. Indispensable pour que le centre, Institut ou Alliance, puisse assurer des entrées économiques conséquentes qui permettront non seulement de maintenir les cours mais aussi de mettre en place une politique culturelle de qualité. Donc rien à redire sur cette recherche de qualité qui doit, entre autres, reposer sur des professeurs formés. Pourtant, et toujours à la lumière des descriptions de poste, on peut s’interroger sur la possibilité – ou la véritable volonté – de constituer des équipes pédagogiques motivées. En effet, les missions souvent toutes plus passionnantes les unes que les autres sont accompagnées d’offres salariales qui frisent le ridicule. On me répliquera que la plupart des rétributions proposées sont au-dessus du niveau de vie locale ou du salaire minimum du pays de la mission. Il suffit de consulter l’incontournable site de l’Agence de promotion du FLE dans la rubrique « Offres d’emplois » pour se rendre compte des missions proposées au quatre coins du monde et des salaires souvent dérisoires qui les accompagnent. Certes, c’est souvent suffisant pour « prendre le taxi pour se rendre à l’Alliance » comme on peut le lire sur certaines annonces ou pour louer un petit appartement ou vivre en collocation avec d’autres professeurs de l’établissement. Ou encore que cela permet de « prendre son repas du midi sur place à un prix modique ». On oublie souvent que les conditions de travail ne sont pas toujours faciles, et je ne pense pas simplement aux questions sécuritaires pourtant omniprésentes quand on exerce dans certains pays dès qu’on sort d’Europe et de l’Amérique du nord.
Il ne s’agit pas, dans cette critique, d’accuser d’une certaine négligence le personnel des institutions employeuses car on sait qu’elles ne font qu’essayer de gérer au mieux les budgets qui leur sont alloués. Je connais suffisamment de directeurs d’Instituts ou d’Alliances pour savoir qu’ils sont sincères quand ils expliquent combien ils regrettent de ne pas pouvoir proposer de meilleures conditions à leurs professeurs. Je sais qu’ils sont parfaitement conscients du rôle que jouent ces femmes et ces hommes pour la diffusion de la langue et des cultures francophones malgré leurs conditions de travail, souvent ingrates. En fait, mon doigt pointe plutôt les Services culturels des ambassades ou plus directement le ministère des Affaires étrangères. Alors que les discours de chaque congrès ou colloque servent à ces responsables d’insister sur l’importance de langue française et sur la mission de ses agents de terrain- et je veux y lire ou entendre « ses professeurs », même si le mot n’apparait que rarement dans ces laïus -, la réalité nous montre que les enveloppes budgétaires maigrissent d’année en année, qu’aucun effort n’est fait pour que les institutions de terrain puissent vraiment mettre en place une politique d’enseignement de qualité – lisez « avec un personnel ayant un salaire digne à la hauteur de la mission » – qui doit être parallèle aux activités culturelles, nécessaires elles aussi au rayonnement de langue et de la culture. Mais celles-ci ne peuvent ni ne doivent aller sans celle-là. Or, la réalité est autre : on doit jongler de plus en plus au niveau local avec les entrées provenant des inscriptions pour faire du culturel et du pédagogique. Qui en pâtit les conséquences ? L’agent de terrain, le professeur. Pourtant, ce sont bel et bien ces professeurs qui forment cette armée de petits soldats qui grâce à leurs talents humains et pédagogiques savent séduire les élèves et les motiver à continuer. Si la motivation du professeur n’y est pas, comment motivera-t-il l’apprenant ? La médaille que pourra accrocher au revers de sa veste le ministre ou conseiller du moment n’est pas simplement et uniquement le fruit de sa politique pédagogique (?) globale – dans le cas le plus optimiste où il en existe une – mais aussi et surtout parce que des centaines de professeurs souvent payés à l’heure sous la direction de coordinateurs ou directeurs pédagogiques ou directeurs d’Alliance au contrat souvent (très) précaire (et presque tout le temps incertain) ont mené un combat pour que les élèves aient envie d’apprendre notre langue.
Il est donc temps que le statut de ces petits soldats, de ces O.S de l’enseignement soit revu et revalorisé. On ne peut prétendre que l’enseignement s’améliore qu’à coup d’achats de TNI. Comme on ne peut demander aux professeurs de passer des heures « gratuitement » à voir et revoir des programmations de cours pour mettre en place des pédagogies novatrices, à élaborer des activités de classe nouvelles et dynamiques, à utiliser toutes les ressources que les nouvelles technologies mettent à leur portée sans qu’il y ait aussi un accompagnement économique à la hauteur des prétentions de la France et des ses partenaires pour que notre langue continue à avoir sa place dans ce monde en marche. Prendre en compte cette réalité et se donner les moyens de la changer, c’est aussi contextualiser l’enseignement du français dans cette mondialisation.

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