Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

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Des tablettes pour la classe ?

Posted by Philippe Liria sur 28/09/2015

0_fritic_rapport_photo1pageAujourd’hui, un certain concensus existe en matière de pédagogie qui admet que nous ne pouvons continuer à concevoir l’enseignement-apprentissage comme avant l’arrivée du numérique. Mais on admet aussi, à juste titre, qu’il ne suffit pas d’installer des outils numériques pour que les choses changent ! Pour qu’ait lieu ce véritable changement, les habitudes d’enseignement doivent évoluer – et comme celles d’apprentissage des élèves. La mise en place d’une technopédagogie s’avère indispensable. Reste à savoir comment et avec quels outils numériques. Un rapport suisse dont s’est fait le relais Netpublic sur son site le 24 septembre dernier analyse la question.

Migrer vers les tablettes
Parmi ces outils, figurent à une place privilégiée les tablettes. Celles-ci peuvent et doivent contribuer à déplacer le curseur du paradigme pédagogique à condition bien sûr que la configuration de la classe change comme le signalaient le rapport L’iPad à l’école : usages, avantages et défis (2013) et que reprend un autre rapport, Migrer des ordinateurs aux tablettes, publié en mai 2015 et qui « fait un rapide état des lieux du marchés des tablettes et de l’édition numérique, avec un accent particulier sur le contexte « éducation »« . 0_fritic_rapport_photo2page

Ce rapport du Centre Fri-tic de l’Etat de Fribourg (Suisse) analyse :
– les différents scénarios possibles de migration vers les tablettes ;
– les types de produits existant sur le marché et leurs contenus numériques ;
– les avantages et inconvénients de cette migration ;
– la stratégie de développement dont la formation des enseignants

et emet des recommandations à la fois sur le choix des outils, le déploiement de cette migrationet et les stratégies pour la mise en oeuvre dans la classe.

Ce rapport contribue à la réflexion qui doit accompagner l’introduction du numérique en classe et éviter de reproduir les erreurs commises lors de l’arrivée des ordinateurs, enfermés dans des salles où ils ont vite pris la poussière. Nous devons associer cette nouvelle technologie à un renouveau pédagogique et par conséquent permettre que les outils, sans doute les tablettes plus encore que les TNI, ne soient pas à leur tour enfermées dans des casiers mais bien à la disposition des enseignants et des apprenants. Cependant, cette mise à disposition ne doit pas se faire n’importe comment. Pas question de passer au tout-numérique sans une expérimentation suivie qui permettrait de « documenter les usages et les apprentissages spécifiques des élèves, observer la motivation, identifier les plus-values pour pouvoir éventuellement, à moyen terme, généraliser ces pratiques« . (p.3-4)

Le rapport émet aussi des réserves sur les apps spécifiques pour l’enseignement et l’apprentissage en raison d’une valeur éducative limitée, du trop peu d’apps éducatives dans d’autres langues qui ne soit pas l’anglais ou encore le manque de « contenus pointus » même s’il souligne l’importance des apps qui facilitent la productivité et la créativité (p.8).

Tablettes et ebooks
Un point qui m’a particulièrement intéressé pour des raisons évidentes, c’est celui des ebooks. Le rapport y consacre cinq pages (p.10-15) et commence par une description des trois types d’ebooks qu’il identifie et que je reprends ici car une certaine confusion existe encore sur ce point si on en croit les nombreux professeurs que je rencontre lors des journées de formation ou sur les congrès.
Quels sont ces trois types d’ebooks ? Il y a…
– le simple livre numérisé ou scanné ;
– le livre homothétique qui est une version numérique d’un texte papier sans contenus complémentaires mais avec des plus-values (indexations, possibilité de place des signets, modifier ou aggrandir les polices) ;
– un livre enrichi qui est celui que les maisons d’édition FLE proposent pour les manuels actuellement et qui consistent à un plus en sons, vidéos, animations… et que le rapport considère comme étant le type de livre numérique où « se situe le plus grand potentiel pour l’éducation »
0_fritic_rapport_photo3pageLe rapport signale aussi l’apparition de plateforme de publication d’ebooks qui pourrait bousculer la donne entre édition et maison d’édition. Une évolution à suivre certainement et qui pourrait rappeler ce qui s’est passé dans le monde la musique il y a quelques années. Rappelons-nous qui étaient les géants de la musique il y a à peine quinze ans et qui domine l’industrie musicale aujourd’hui. Allons-nous vers un scénario identique dans l’édition scolaire et para-scolaire ? La question mérite d’être soulevée et on aurait tort de détourner le regard en pensant que ces scenarios-catastrophe ne sont que pure fiction !

Ce qui est clair, c’est que si la migration vers les tablettes s’accélèrent, il faut que les maisons d’édition développent des apps de leurs manuels et que celles-ci proposent un véritable développement enrichi. L’édition FLE ne peut rester à l’écart de cette nouvelle réalité, en Europe mais aussi, et peut-être plus encore, dans le reste du monde, notamment dans des zones où le public est entré très vite dans l’ère numérique (parfois en étant à peine passé par celle du papier). Cela implique aussi d’envisager non seulement un changement dans les manuels ou plutôt de leurs contenus mais aussi dans la façon de les diffuser et de les distribuer.

Former pour faire évoluer les pratiques de classe
Le rapport consacre un volet à la stratégie de déploiement et notamment au niveau des enseignants car on ne peut envisager cette migration vers les tablettes sans faire évoluer les pratiques de classe qui doivent accompagner la mise en oeuvre d’une plus grande autonomie des apprenants (et on sait qu’il y a des zones du monde où nous sommes encore très loin d’y parvenir), d’un apprentissage différencié et, on en parle beaucoup, de la créativité. Pour y arriver, il faudra avoir recours à la formation mais aussi faciliter l’accès des enseignants aux tablettes. Il faudrait certainement que l’institution pense dans un premier temps à en remettre à leur équipe pédagogique pour qu’elle se familiarise avec l’outil mais sans négliger l’indispensable formation à leur utilisation pédagogique. Et le rapport de signaler que cela prendra du temps tout en faisant une recommandation : privilégier une approche par scénario sur le modèle du European Schoolnet (p.21-23) qui propose justement sur son site des usages pour l’intégration de la tablette en classe.

Impliquer l’ensemble des acteurs de cette innovation
Le rapport aborde ensuite les coûts (dont ceux du matériel d’enseignement, p.29) et les conditions techniques pour que cette intégration connaisse le succès. Et ces points ne sont pas à négliger non plus si on veut éviter la frustration des apprenants bien sûr mais aussi celle des enseignants. On parle beaucoup de la motivation des élèves mais le prof aussi doit être motivé. Et les changements, on le sait, ne peuvent pas simplement dépendre de la volonté de directives pédagogiques. Ils ne seront possibles que si les propres enseignants se sentent impliqués ; qu’ils soient acteurs de cette innovation technopédagagogique.

Bref, il s’agit d’un rapport qui, bien que conçu dans un cadre cantonal, fournit des éléments de réflexion concrets pour la mise en place de « bonnes pratiques (dans l’usage des tablettes)dans tous les domaines d’enseignement » au-delà des Alpes. Il comprend aussi de nombreuses sources de références que ce soit sur le marché du numérique ou les évaluations des expérimentations menées avec des tablettes en classe.

Alors des tablettes pour la classe ? Oui, nous dit ce rapport mais pas n’importe comment. C’est que nous dit ce document qui confirme et complète les différents rapports sur le sujet. Sans précipitation, mais sans plus tarder non plus ! Tous les acteurs du monde éducatif doivent faire en sorte que le numérique, qu’il passe par la tablette (mais aussi le smartphone ou le TNI), entre dans la classe mais pas pour reproduire des pratiques connues mais bien pour en changer. C’est-à-dire que ces innovations pédagogiques doivent mettre un terme à une certaine routine de la classe. Le chemin est certainement long et jalonné de difficultés mais c’est aussi le défi de l’enseignement-apprentissage que d’y arriver !

Pour en savoir plus :
Migrer des ordinateurs aux tablettes, rapport du Centre fri-tic (mai 2015)
Site du Centre fri-Tic
Site de Netpublic

Depuis ce site…
Accédez au rapport de Thierry Karsenti sur les tablettes.
Le tsunami numérique d’Emmanuel Davidenkoff
Tablette numérique à l’école : un rapport québécois à ne pas manquer
Un dossier sur la place de la tablette dans l’apprentissage

Côté formation « tablette » :
Inovateach, le site Laurent Carlier.

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Le numérique au service de l’innovation pédagogique

Posted by Philippe Liria sur 15/07/2015

IMG_0151« L’élève doit être au centre de l’apprentissage ! » C’est une phrase que tout le monde a entendue mais qu’en est-il réellement ? Une fois dans la classe, la pression des programmes, des institutions, le manque de temps ou de formation font que trop souvent encore la classe est organisée non pas en fonction de l’élève et de sa façon d’apprendre mais plutôt en fonction de ces impératifs. Pourtant, nous devrions tous nous interroger sur notre manière d’apprendre, sur celle de nos étudiants et donc sur ce que nous faisons pour faciliter cet apprentissage. « Tout enseignement efficace doit commencer par la prise en compte de la façon qu’ont les étudiants à apprendre » nous rappelaient les auteurs de How learning works (Jossey-Bass, USA 2010), un excellent livre que je recommande vivement si vous vous intéressez aux processus d’apprentissage. Une inquiétude qui doit bien entendu être présente dans nos cours de français. Quelle place faisons-nous à la créativité ? Quelle rôle peuvent jouer les langues plus ou moins proches pour accompagner l’apprentissage ? Ou que faire de ces technologies qui entrent dans nos classes ? Qu’est-ce qui forcément change dans nos pratiques ou dans la dynamique du cours si le monde change autour de nous ? Ces questions, ce sont celles auxquelles essaient de répondre les spécialistes invités à participer au dossier du 400è numéro (bon anniversaire !) du Français dans le monde. couvn400 Dix pages, c’est encore trop peu pour traiter un sujet aussi vaste mais c’est déjà ça pour lancer la réflexion (ou l’approfondir) dans les salles de profs ou dans les réunions pédagogiques. Une réflexion par exemple sur la nécessité de repenser la classe de sorte que soient mis en avant les talents et les centres d’intérêt car « il s’agit de créer les conditions qui permettent (…) d’apprendre et de s’épanouir, sur le plan collectif et individuel » nous rappelle Ken Robinson (FDLM, pp.50-51), l’auteur de L’élément que j’avais eu l’occasion de présenter dans ce blog il y a quelque temps déjà. Et pour atteindre ces objectifs, il nous faut disposer de plus de temps pendant le moment de la classe. Oui, mais comment ? En réorganisant la distribution des contenus et du temps. La classe ou pédagogie inversée (la flipped classroom en anglais) peut être une solution à cette nécessité de repenser la classe. Marcel Lebrun, professeur à l’Université de Louvain (Belgique), nous parle de ce changement de paradigme et résume les trois niveaux de cette démarche pédagogique qui « repositionnent les espaces-temps traditionnels de l’enseigner-apprendre » (pp.52-53). IMG_0154L’idée de la pédagogie inversée commence à faire son entrée dans la classe de FLE, comme me le rapportait une jeune enseignante venezuelienne lors du BELC Régional de Bogota. Elle n’hésite pas à expérimenter ce concept pour donner une nouvelle dynamique à son cours et donc motiver différemment ses élèves. Je constate aussi que dans plus en plus de formations, on nous demande d’en parler dans l’optique de la mettre en place, même si ce n’est que ponctuellement. Et si ces classes peuvent « prendre », c’est aussi parce que les technologies numériques sont arrivées au bon moment, à condition de savoir en user sans en abuser ! Or, cela a été trop souvent le cas à cause d’une certaine précipitation (un « tsunami numérique », pour reprendre le titre du livre d’Emmanuel Davidenkoff, qu’on ne peut ignorer) malgré les appels à la vigilance d’experts tels que Thierry Karsenti (lire aussi cet article). Il faut donc non pas les imposer mais bien savoir les intégrer dans l’apprentissage. C’est dans cette intégration que réside l’innovation pédagogique. Il faut donc que le professeur apprenne à maîtriser ces outils technologiques de plus en plus performants ; qu’il devienne un « enseignant multidimensionnel » nous dit Marc Oddou, bien connu des profs de FLE notamment grâce à son site. La tablette est un bon exemple d’outil qui peut favoriser cette « créativité pédagogique » des apprenants que revendique Ken Robinson, à condition de gérer l’espace-temps différemment, souligne Laurent Carlier (inovateach.com).lcarlier Et pour y parvenir, il faut changer la dynamique de classe et renforcer la place de l’authentique dans la classe. Le web 2.0 doit y contribuer. C’est l’avis de Christian Ollivierr&a_juillet2013, spécialiste de l’introduction de ces nouvelles pratiques en lien avec les mutations technologiques auxquelles nous assistons et surtout participons (cf. Recherches et applications, juillet 2013). Pourquoi le web 2.0 ? Parce qu’il contribue à l’authenticité des échanges en laissant les apprenants réaliser des « tâches ancrées dans la vie réelle » qui débouchent sur un « produit(…) fortement socialisé« . Mais le ‘comment-j’apprends’ ne passe pas que par la technopédagogie. C’est aussi la capacité à mobiliser des stratégies qui vont contribuer à mieux s’approprier d’une langue. Par exemple, en se basant sur les différents degrés de parenté entre la langue cible et celle de départ. Selon la distance de ces langues, les compétences à mobiliser seront différentes, comme nous le décrit Jean-Michel Robert dans un article sur l’intercompréhension, dont on ne parle pas assez en classe de langue comme je le signalais dans ce blog le mois dernier et qui pourtant contribue vraiment à l’apprentissage des langues et à la mobilisation de stratégies pour mieux y arriver.
Voilà donc un superbe numéro du Français dans le monde, une belle réussite avec un riche contenu pédagogique au-delà de ce dossier. A lire absolument, sur papier ou, puisque nous parlons numérique, sur l’application qui accueille la version numérisée de la célèbre revue.

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La place de la tablette en FLE… Laurent Carlier en parle dans Les Arts du FLE (mise à jour : 15/11/14)

Posted by Philippe Liria sur 05/10/2014

lcarlierLaurent Carlier est certainement l’un des meilleurs experts de l’utilisation de la tablette en classe de FLE. J’avais eu l’occasion de faire référence aux formations qu’il anime dans un article sur la place des tablettes dans la classe d’aujourd’hui, une place croissante et qui donnera sans aucun doute plus de sens à la place du numérique que tous ces TNI qui ont certainement enrichi mais pas la classe ! En ce mois d’octobre, Les arts du FLE, le blog qu’anime Sébastien Durietz, proposent de parler avec Laurent Carlier de l’enseignement en FLE et de la place des tablettes en classe. Ecoutez le podcast.artworks-000092691105-egxmsg-t200x200 Et puis, dans le prolongement de cette interview, vous pouvez trouver sur le site de Franc-parler deux de ses articles sur la question. L’un sur l’utilité des tablettes, en tant qu’outil à la fois simple à utiliser et qui donne à ses utilisateurs, enseignants ou apprenants, un large éventail de possibilités pédagogiques pour la classe. L’autre s’interroge sur les applications « pertinentes » pour la classe. L’article contient aussi des conseils aussi bien techniques que pédagogiques sur l’utilisation plus général du numérique, notamment la gestion de la classe. Et comme le rappelle Laurent Carlier, la réussite d’une bonne intégration du numérique en classe ne passe pas que par le bon équipement mais aussi par la formation et l’accompagnement.

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Travailler à partir des visuels en classe de FLE

Posted by Philippe Liria sur 29/06/2014

Comment mémoriser le lexique en classe ? Ou rendre interactive la présentation de son voisin de classe ? Pas si simple, surtout si on ne veut pas faire la même chose à chaque fois.
C’est pourquoi le billet de Laurent Carlier sur le sujet m’a immédiatement intéressé. Publié dans T’enseignes-tu (le FLE) ?, le blogue créé par Céline Mézange, ce billet nous parle de Thinglink, une application « qui permet de créer et partager des images interactives sur lesquelles apparaissent des infobulles cliquables, pointant vers d’autres médias (vidéo, audio, texte, lien, etc …)« . Il nous présente les avantages de ce service en ligne, ainsi que les différences avec Popplet, dont il nous avait parlé il y a déjà quelques mois toujours dans T’enseignes-tu (le FLE) ?. Un billet qui nous donne plein d’idées, accompagnées d’exemples pour une bonne utilisation de cette application.

Pour en savoir plus :

Thinglink : une application tablette pour travailler les visuels en classe, par Laurent Carlier

Popplet, une application tablette indispensable en classe de langues, par Laurent Carlier

T’enseignes-tu (le FLE) ?

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Le TNI en classe de FLE… quel avenir à l’ère de la tablette ?

Posted by Philippe Liria sur 22/02/2014

Le TNI en classe

Le TNI en classe de FLE

Que le numérique soit désormais présent dans la plupart de nos classes, cela ne fait aucun doute. Et si ce n’est pas encore le cas, cela ne saurait tarder : nous ne pouvons continuer à concevoir la classe comme au XIXe siècle. Nous ne pouvons ignorer le phénomène qui devrait « révolutionner » la classe, même s’il exige que nous interrogions nos pratiques d’enseignement et nous intéressions aussi de plus près à l’apprentissage. Ce qui n’est pas simple, j’en conviens. Bien entendu, il ne suffit pas d’avoir un accès Internet ou un tableau numérique interactif (TNI) dans la classe pour dire que nous avons intégré le numérique en classe, et encore moins pour prétendre y faire la « révolution ». Car au-delà de l’outil, il faudra revoir notre dynamique de classe. Rien ne sert d’avoir la technologie si nous délaissons la pédagogie. Par contre, l’un et l’autre mis ensemble peuvent former un excellent duo au service d’une approche active de l’apprentissage, notamment des langues. Le TNI est certainement l’un de ces partenaires, même si on peut se poser des questions – déjà – sur son avenir alors que supports et activités se développent sur les tablettes ?
Tablettes et TNI peuvent-ils faire bon ménage ?

Tablettes et TNI peuvent-ils faire bon ménage ?

Cependant, je voudrais ici m’intéresser plus particulièrement aux TNI et leur aspect technologique puisque ce mois de février est particulièrement bien fourni sur les réseaux du FLE de l’Internet en analyse de ce support. À commencer par le dossier spécial « Allume ton tableau » (ADF Podcast nº11, janvier 2014, à partir de 10’40’’) que le site Arts du FLE qu’anime Sébastien Durietz a élaboré sur les TBI – même si je préfère personnellement parler de TNI, mais ce n’est qu’une nuance, quoique… -. Ce dossier proposé par Jean Condé d’InteractiFLE (site consacré à la formation et au partage de ressources TBI en classe de FLE) sur le Podcast des ArtsduFLE passe en revue différents aspects techniques au sujet des TNI pour ensuite aborder la question plus pédagogique de leur utilisation, ce qui n’est pas inintéressant du tout pour éviter que cet outil ne devienne le nouveau veau d’or de la classe de FLE. Des remarques très pertinentes de Jean Condé pour une utilisation intelligente du TNI.

Les dangers du TNI

Les dangers du TNI


On appréciera aussi l’échange critique entre Sébastien Durietz et Jean Condé sur les ressources disponibles pour TNI de façon à garantir une qualité des activités : peu de choses et finalement un constat d’échec de la mutualisation de la création des ressources pour TNI.
Pour compléter cette interview, je vous recommande vivement la lecture de deux articles de Laurent Carlier* sur les TNI (et les VPI) et publiés sur le site T’enseignes-tu (le FLE) ?. Ces articles devraient vous aider à mieux choisir le TNI et connaître les logiciels (partie 1) afin de permettre une bonne utilisation en classe (partie 2). Il rappelle, en outre, les questions à se poser avant toute installation, comme celle de la formation des enseignants.
Ce dossier et ces articles sont vraiment importants pour peut-être aider à dépoussiérer ces quantités de TNI qui sont présents dans les salles de classe mais restés sans usage. Ils sont là, à dormir parce qu’à un moment donné il y a eu des budgets pour en acheter en masse. Malheureusement, leur arrivée s’est faite sans forcément être accompagnée de la formation nécessaire pour les rendre utiles en classe. Et si vous n’en avez pas encore dans votre établissement, de bien vous informer avant de vous précipiter à en acheter pour vos salles de classe.
Le TNI n’est certainement pas un outil mort-né mais il faut bien avouer qu’il est largement infra utilisé (souvent employé comme simple vidéoprojecteur à peine amélioré) et certains pensent qu’il est même dépassé par l’arrivée en masse des tablettes numériques. N’exagérons pas, celles-ci se développent et on constate que de plus en plus d’écoles en sont dotées – comme j’ai pu le vérifier de plus en plus dans de nombreux établissements privés du secondaire en Amérique latine -, mais le TNI peut constituer un exellent outil pour la classe.

Toujours autour du matériel numérique et toujours sur le site Arts du FLE, cette fois en collaboration avec Agito, le blog de Fred, ne manquez pas le podcast nº12 qui propose un comparatif de l’offre numérique chez les éditeurs FLE et… aussi un entretien que j’ai eu avec Sébastien Durietz (à partir de 56’29 ») que je remercie pour m’avoir permis de présenter le contenu numérique FLE des Éditions Maison des langues (EMDL)

Credit : Azam

Credit : Azam

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*J’en profite pour signaler que Laurent Carlier animera une formation sur l’usage des tablettes le 7 mars prochain (une des premières sur le sujet). Dans cette formation, il s’agira de faire le tour de cet outil, son intégration dans la classe, ses plus values pour le travail de l’enseignant et pour la mise en place d’une pédagogie collaborative et différenciée. De brèves apartés seront faites pour réfléchir aux aspects essentiels (technique et formation) avant tout déploiement en établissement.
Pour en savoir plus, lisez l’entretien de Laurent Carlier sur fle.fr du mois de septembre dernier.

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Le numérique en classe de FLE… On en a parlé à la Rencontre FLE 2013

Posted by Philippe Liria sur 24/11/2013

Table ronde - Rencontre FLE Barcelone 2013 (photo, Garcia Ortega)

Table ronde – Rencontre FLE Barcelone 2013 (photo, Garcia Ortega)

Vendredi dernier, s’est tenue la première table ronde de la Rencontre FLE de Barcelone qu’organisent les Éditions Maison des langues en collaboration avec Difusión et l’Institut Français de Barcelone. C’était l’heure de la sobremesa, moment idéal pour la tertulia, ce moment de discussion autour d’un café sur un sujet qui général fait débat.
Le nôtre, c’était Le numérique et l’enseignement/apprentissage du français dans lequel nous voulions parler de tout ce qui de près ou de loin est en lien avec les TNI, les manuels numériques, les tablettes, les accès à Internet, les Smartphones dans la classe, le web 2.0, les plateformes, les CLOM (Cours Ouvert et Massif en Ligne), ce gallicisme pour MOOC (ces Massiv Open On-line Courses) dont on parle tant, etc. Et un long etcétéra souvent accompagnés de nombreuses et légitimes questions. Des questions autour des supports et surtout de leur utilisation. En effet, tout ça, c’est bien, souvent très beau… mais pour quoi faire finalement ? À quoi bon tous ces outils si nous ne changeons pas les habitudes d’enseignement ? D’autant que celles de l’apprentissage aussi évoluent, parce que nos apprenants aussi. Certes, c’est facile à dire, mais pas forcément facile à mettre en place…
Autour de cette table, virtuelle d’ailleurs, étaient présents Bernard Gillman de l’Institut français de Barcelone, Christelle Combe Célik de l’Université de Franche-Comté, Nathalie Bittoun de l’Universitat Oberta de Catalunya et François Blondel de l’Institut français de Madrid. Toutes et tous nous ont présenté leur point de vue et leur expérience par rapport au numérique.
Et cette table ronde n’a pas été le seul espace pour en parler. Des ateliers, un de échanges d’expérience et la conférence de clôture (prononcée par Christelle Combe Célik et que vous pourrez prochaine retrouver en podcast sur le site de la Rencontre) ont permis d’entrer encore plus dans le vif du sujet.
conférence C. Combe Célik, Rencontre FLE Barcelone 2013 (photo : Garcia Ortega)

conférence C. Combe Célik, Rencontre FLE Barcelone 2013 (photo : Garcia Ortega)


Alors comment mettre en place un enseignement avec des tablettes ? Une plateforme ? Un espace virtuel d’apprentissage où élèves et tuteurs peuvent interagir ? L’interaction, c’est justement un des points qui soulèvent le plus de questions chez les enseignants. Peut-on vraiment la maintenir à distance ? Et surtout, maintenir l’affectif que crée cette interaction dans un espace de classe réel. François Blondel a voulu insister sur ce point : le virtuel aide à développer l’autonomie de l’apprenant, ce qui va l’aider dans la classe en présentiel.
Rien d’incompatible donc. Du moins si on voit ces expériences menées par l’Institut français avec sa plateforme ou la Universitat Oberta de Catalunya (UOC) et son Langblog – cliquer ici pour en savoir plus -, pour reprendre les exemples cités respectivement par Bernard Gillman, directeur de l’Institut français de Barcelone ou de Nathalie Bittoun, la coordinatrice des langues de l’Escola de llengües de la UOC
(Photo : Garcia Ortega)

(Photo : Garcia Ortega)

Les doutes voire les réticences sont toutefois présents. Un certain scepticisme se fait sentir à en croire les commentaires entendus dans la salle sur la possibilité de mettre en place de façon efficace toutes ces technologies au service d’une nouvelle pédagogie. Dans la salle et sur scène aussi : Christelle Combe Célik est plutôt sceptique quant à l’usage que l’on fait des TNI et s’interroge sur la véritable nécessité d’en étendre l’usage. Il faudrait peut-être plutôt regarder ce qui se passe du côté, par exemple, des tablettes et des leçons en ligne à travers de plateformes comme Moodle, qui permettent le développement d’une pédagogie différente comme celle de la classe inversée (flipped classroom). À ce sujet, laissez-moi illustrer cette classe inversée avec une vidéo (en anglais) que Christelle Combe Célik a partagée avec nous pendant sa conférence et qui nous vient du Flipped Institute.
Nathalie Bittoun la rejoint aussi sur les doutes émis quant à l’objectif réel des MOOC, du moins de certains contrôlés par les grandes universités américaines et qui viseraient surtout à faire de l’argent. Je vous renvoie ici à ce qu’en dit notamment Thierry Karsenti.
Les MOOC ont d’ailleurs été parmi les points qui ont, semble-il, retenu le plus de curiosité, même s’ils sont encore mal connus par beaucoup de professeurs, vu ce qui s’est entendu, non seulement lors de cette table ronde mais plus généralement pendant toute la durée de la Rencontre. Christelle Combe Célik nous signalait que les langues ont l’air d’être les grandes absentes de ces MOOC. C’est aussi ce que nous dit Mathieu Cisel dans un billet d’août dernier dans lequel il semblait s’étonner que « les langues, pourtant l’un des principaux marchés de l’apprentissage en ligne, restent à la marge (…) » mais laissait entrevoir les possibilités qu’offre la ludification, dont nous a parlé Fatiha Chahi dans son échange d’expérience. Cette approche, que certains connaîtront comme « gamerisation » permettrait de combiner l’interaction – et donc la dimension collective, encore mal exploitée par les MOOC – avec l’évaluation.
Pour les lecteurs qui voudraient en savoir plus sur les MOOC, outre les billets que j’ai consacrés au sujet dans ce blog, vous pouvez aussi visionner l’ensemble des vidéos (17) du dossier que lui a consacré TV5 Monde début 2013 pendant Expolangues.
Alors que les doutes existent autour des MOOC ou des TNI, la tablette semble, elle, faire ses preuves comme le montre Laurent Carlier dans ses ateliers (lire : Les tablettes, et si vous vous y mettiez ? et cet article du Cafe du fle : TICE. Tablettes tactiles et sélection d’applications utiles en classe ! Rencontre avec Laurent Carlier) ou encore l’École numérique dont je vous conseille vivement les épisodes de l’expérience de classe immersive menée avec des enfants de primaire. Bien sûr, ça ne concerne pas que les langues (même si le nº16 de l’École numérique était consacré au FLE/FLS/FLSco) mais ça peut nous donner des idées!

Quoi qu’il en soit, ce qui paraît se dégager de toutes ces discussions, c’est qu’il est essentiel de s’interroger sur l’apprentissage de demain qui passe nécessairement par l’intégration de ces outils, outils qui évoluent en permanence d’où la nécessité pour les professeurs, dont ceux de FLE, de mettre en place une veille technologique afin de les connaître et surtout de les intégrer dans leurs cours. La motivation des apprenants d’aujourd’hui et plus encore de ceux de demain devra composer avec ces éléments qui contribuent à ouvrir la classe sur l’extérieur. Célestin Freinet à son époque avait ouvert l’école sur le monde ; aujourd’hui, le numérique contribue à reprendre ce concept d’ouverture, nous rappelait José Segura, professeur des écoles et co-auteur de Zoom (Editions Maison des Langues, 2013). Il n’a pas tort. Aux professeurs d’accompagner les apprenants dans cette découverte. Les enseignants ont un rôle fondamental, différent mais indispensable, celui de guide. Ils doivent absolument mettre de côté leurs craintes du numérique, cesser de le percevoir comme leur ennemi, pour, au contraire, apporter tous leurs savoirs afin qu’au milieu de cette jungle d’outils et d’informations en ligne, ils puissent aider leurs élèves à discerner ce qui est vraiment important et à interpréter ce qu’ils voient et ce qu’ils lisent pour être formés à être autonomes dans la société de demain, dont on ne sait pas grand-chose si ce n’est que le numérique occupera certainement une place centrale.

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