Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

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Des tablettes pour la classe ?

Posted by Philippe Liria sur 28/09/2015

0_fritic_rapport_photo1pageAujourd’hui, un certain concensus existe en matière de pédagogie qui admet que nous ne pouvons continuer à concevoir l’enseignement-apprentissage comme avant l’arrivée du numérique. Mais on admet aussi, à juste titre, qu’il ne suffit pas d’installer des outils numériques pour que les choses changent ! Pour qu’ait lieu ce véritable changement, les habitudes d’enseignement doivent évoluer – et comme celles d’apprentissage des élèves. La mise en place d’une technopédagogie s’avère indispensable. Reste à savoir comment et avec quels outils numériques. Un rapport suisse dont s’est fait le relais Netpublic sur son site le 24 septembre dernier analyse la question.

Migrer vers les tablettes
Parmi ces outils, figurent à une place privilégiée les tablettes. Celles-ci peuvent et doivent contribuer à déplacer le curseur du paradigme pédagogique à condition bien sûr que la configuration de la classe change comme le signalaient le rapport L’iPad à l’école : usages, avantages et défis (2013) et que reprend un autre rapport, Migrer des ordinateurs aux tablettes, publié en mai 2015 et qui « fait un rapide état des lieux du marchés des tablettes et de l’édition numérique, avec un accent particulier sur le contexte « éducation »« . 0_fritic_rapport_photo2page

Ce rapport du Centre Fri-tic de l’Etat de Fribourg (Suisse) analyse :
– les différents scénarios possibles de migration vers les tablettes ;
– les types de produits existant sur le marché et leurs contenus numériques ;
– les avantages et inconvénients de cette migration ;
– la stratégie de développement dont la formation des enseignants

et emet des recommandations à la fois sur le choix des outils, le déploiement de cette migrationet et les stratégies pour la mise en oeuvre dans la classe.

Ce rapport contribue à la réflexion qui doit accompagner l’introduction du numérique en classe et éviter de reproduir les erreurs commises lors de l’arrivée des ordinateurs, enfermés dans des salles où ils ont vite pris la poussière. Nous devons associer cette nouvelle technologie à un renouveau pédagogique et par conséquent permettre que les outils, sans doute les tablettes plus encore que les TNI, ne soient pas à leur tour enfermées dans des casiers mais bien à la disposition des enseignants et des apprenants. Cependant, cette mise à disposition ne doit pas se faire n’importe comment. Pas question de passer au tout-numérique sans une expérimentation suivie qui permettrait de « documenter les usages et les apprentissages spécifiques des élèves, observer la motivation, identifier les plus-values pour pouvoir éventuellement, à moyen terme, généraliser ces pratiques« . (p.3-4)

Le rapport émet aussi des réserves sur les apps spécifiques pour l’enseignement et l’apprentissage en raison d’une valeur éducative limitée, du trop peu d’apps éducatives dans d’autres langues qui ne soit pas l’anglais ou encore le manque de « contenus pointus » même s’il souligne l’importance des apps qui facilitent la productivité et la créativité (p.8).

Tablettes et ebooks
Un point qui m’a particulièrement intéressé pour des raisons évidentes, c’est celui des ebooks. Le rapport y consacre cinq pages (p.10-15) et commence par une description des trois types d’ebooks qu’il identifie et que je reprends ici car une certaine confusion existe encore sur ce point si on en croit les nombreux professeurs que je rencontre lors des journées de formation ou sur les congrès.
Quels sont ces trois types d’ebooks ? Il y a…
– le simple livre numérisé ou scanné ;
– le livre homothétique qui est une version numérique d’un texte papier sans contenus complémentaires mais avec des plus-values (indexations, possibilité de place des signets, modifier ou aggrandir les polices) ;
– un livre enrichi qui est celui que les maisons d’édition FLE proposent pour les manuels actuellement et qui consistent à un plus en sons, vidéos, animations… et que le rapport considère comme étant le type de livre numérique où « se situe le plus grand potentiel pour l’éducation »
0_fritic_rapport_photo3pageLe rapport signale aussi l’apparition de plateforme de publication d’ebooks qui pourrait bousculer la donne entre édition et maison d’édition. Une évolution à suivre certainement et qui pourrait rappeler ce qui s’est passé dans le monde la musique il y a quelques années. Rappelons-nous qui étaient les géants de la musique il y a à peine quinze ans et qui domine l’industrie musicale aujourd’hui. Allons-nous vers un scénario identique dans l’édition scolaire et para-scolaire ? La question mérite d’être soulevée et on aurait tort de détourner le regard en pensant que ces scenarios-catastrophe ne sont que pure fiction !

Ce qui est clair, c’est que si la migration vers les tablettes s’accélèrent, il faut que les maisons d’édition développent des apps de leurs manuels et que celles-ci proposent un véritable développement enrichi. L’édition FLE ne peut rester à l’écart de cette nouvelle réalité, en Europe mais aussi, et peut-être plus encore, dans le reste du monde, notamment dans des zones où le public est entré très vite dans l’ère numérique (parfois en étant à peine passé par celle du papier). Cela implique aussi d’envisager non seulement un changement dans les manuels ou plutôt de leurs contenus mais aussi dans la façon de les diffuser et de les distribuer.

Former pour faire évoluer les pratiques de classe
Le rapport consacre un volet à la stratégie de déploiement et notamment au niveau des enseignants car on ne peut envisager cette migration vers les tablettes sans faire évoluer les pratiques de classe qui doivent accompagner la mise en oeuvre d’une plus grande autonomie des apprenants (et on sait qu’il y a des zones du monde où nous sommes encore très loin d’y parvenir), d’un apprentissage différencié et, on en parle beaucoup, de la créativité. Pour y arriver, il faudra avoir recours à la formation mais aussi faciliter l’accès des enseignants aux tablettes. Il faudrait certainement que l’institution pense dans un premier temps à en remettre à leur équipe pédagogique pour qu’elle se familiarise avec l’outil mais sans négliger l’indispensable formation à leur utilisation pédagogique. Et le rapport de signaler que cela prendra du temps tout en faisant une recommandation : privilégier une approche par scénario sur le modèle du European Schoolnet (p.21-23) qui propose justement sur son site des usages pour l’intégration de la tablette en classe.

Impliquer l’ensemble des acteurs de cette innovation
Le rapport aborde ensuite les coûts (dont ceux du matériel d’enseignement, p.29) et les conditions techniques pour que cette intégration connaisse le succès. Et ces points ne sont pas à négliger non plus si on veut éviter la frustration des apprenants bien sûr mais aussi celle des enseignants. On parle beaucoup de la motivation des élèves mais le prof aussi doit être motivé. Et les changements, on le sait, ne peuvent pas simplement dépendre de la volonté de directives pédagogiques. Ils ne seront possibles que si les propres enseignants se sentent impliqués ; qu’ils soient acteurs de cette innovation technopédagagogique.

Bref, il s’agit d’un rapport qui, bien que conçu dans un cadre cantonal, fournit des éléments de réflexion concrets pour la mise en place de « bonnes pratiques (dans l’usage des tablettes)dans tous les domaines d’enseignement » au-delà des Alpes. Il comprend aussi de nombreuses sources de références que ce soit sur le marché du numérique ou les évaluations des expérimentations menées avec des tablettes en classe.

Alors des tablettes pour la classe ? Oui, nous dit ce rapport mais pas n’importe comment. C’est que nous dit ce document qui confirme et complète les différents rapports sur le sujet. Sans précipitation, mais sans plus tarder non plus ! Tous les acteurs du monde éducatif doivent faire en sorte que le numérique, qu’il passe par la tablette (mais aussi le smartphone ou le TNI), entre dans la classe mais pas pour reproduire des pratiques connues mais bien pour en changer. C’est-à-dire que ces innovations pédagogiques doivent mettre un terme à une certaine routine de la classe. Le chemin est certainement long et jalonné de difficultés mais c’est aussi le défi de l’enseignement-apprentissage que d’y arriver !

Pour en savoir plus :
Migrer des ordinateurs aux tablettes, rapport du Centre fri-tic (mai 2015)
Site du Centre fri-Tic
Site de Netpublic

Depuis ce site…
Accédez au rapport de Thierry Karsenti sur les tablettes.
Le tsunami numérique d’Emmanuel Davidenkoff
Tablette numérique à l’école : un rapport québécois à ne pas manquer
Un dossier sur la place de la tablette dans l’apprentissage

Côté formation « tablette » :
Inovateach, le site Laurent Carlier.

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Quelle valeur ajoutée pour les contenus numériques dans l’enseignement du FLE ?

Posted by Philippe Liria sur 24/09/2012

Le 21 septembre dernier, s’est tenue à Barcelone la 23e Journée DIM (Didactique, Innovation et Multimédia). Cette année, parmi les thèmes qui centraient l’attention des experts, il y avait la question de la valeur ajoutée des contenus numériques dans l’éducation. Les conclusions de la table ronde de cette journée m’ont paru particulièrement intéressantes, même si je ne les partage pas forcément dans leur globalité. Publiées en espagnol sur le site de Pere Marquès, directeur du groupe DIM, je me suis permis de les traduire car elles apportent des éléments de réflexion intéressants. Vous pouvez retrouver le texte original, dans son intégralité, sur le site du groupe.
La lecture de ce compte rendu suscitera sans aucun doute des réactions en raison de certaines affirmations. C’est normal et c’est la fonction du débat. Il serait intéressant, une fois la lecture faite de s’interroger justement sur la place qui est faite au manuel numérique et plus largement aux contenus numériques dans la classe de langue, notamment celle de FLE que ce soit au collège – comme il est en surtout question dans ce débat -, au lycée ou à l’université mais aussi dans les autres institutions où le FLE est la raison d’être.

Pour aller plus loin aussi dans cette réflexion sur les TICE, je vous propose de visiter le blog de Bruno Devauchelle. Il y est aussi question de TICE et son animateur, spécialiste du sujet, s’interroge sur l’efficacité des TNI ou encore des activités pour tablette allant même jusqu’à parler de « tromperie ». Je vous laisse donc lire et apprécier depuis votre expérience ces points de vue, certainement complémentaires, sur des thèmes qui reviennent régulièrement lors des ateliers que j’anime.

Compte rendu de la 23e Journée DIM (Trad. de l’espagnol)

Les participants à cette journée étaient :
Antonio Cara (conseiller d’Education et Connaissance en Réseau de la Fundación Telefonica), Esteban Lorenzo (Directeur de la maison d’édition scolaire Edebé-Digital), Santiago Serrano (Responsable de la Délégation de Macmillan en Catalogne) et Jordi Vivancos (Département d’Éducation de la Generalitat de Catalogne).
Le débat était moderé par Pere Marquès (professeur à l’Université Autonome de Barcelone (UAB) et responsable du groupe DIM).
Pere Marquès et Paloma Valdivi sont les auteurs de ce compte rendu de cette table ronde.

Face à l’immense galaxie informative qui est aujourd’hui gratuitement à notre portée, les manuels scolaires sélectionnent une partie de cette information (que constitue une réponse complète aux programmes scolaires officiels), ils la préparent et la structurent pour qu’elle soit facilement assimilable par les élèves, tout en l’accompagnant d’une bonne collection d’activités pour faciliter la compréhension/mémorisation ainsi que la mise en pratique des connaissances que suppose le développement des compétences. Ils orientent l’enseignant et lui simplifie le travail (ce n’est pas à lui de chercher l’information) en lui fournissant des ressources élémentaires qui lui font gagner du temps.

1. QUELLE VALEUR AJOUTÉE NOUS APPORTENT LES MANUELS SCOLAIRES NUMÉRIQUES ?

Nous savons aussi que les « bons manuels scolaires numériques » nous apportent la même chose qu’un « bon manuel scolaire papier » et en plus : des vidéos, des animations, des simulations, des liens (vers des sites compagnons), des exercices auto-correctifs… Auncun doute : ils apportent de la « valeur ajoutée ». Voici ce que les participants à cette table rond ont mis en avant parmi les principales contributions du manuel numérique :

– l’interactivité qu’il apporte à l’élève. Jordi Vivancos a d’ailleurs cité les résultats d’une étude de John Hattie (Visible Learning : A Synthesis of Over 800 Meta-Analyses Relating to Achievement) : celle-ci met clairement en évidence que l’apprentissage des élèves est d’autant plus efficace qu’il y a mise en place de l’ interactivité/rétroalimantation ;

– Le feed-back immédiat des exercices auto-correctifs et des simulations (Héctor Ruiz) ;

Plus grande motivation et attention des élèves (en raison surtout de l’environnement multimédia et de l’interactivité, avec des réponses immédiates à ce qu’ils demandent/font) ;

Moins de temps consacré par le professeur à la correction d’exercices puisque la plupart sont auto-correctifs. Il pourra ainsi donner aux élèves plus d’exercices, si nécessaire, puisqu’on dispose de plus de temps. Les élèves pratiquent plus et amélioreront donc leur apprentissage ;

– On peut plus aisément intégrer des activités d’évaluation (et d’autoévaluation) dans les séquences d’apprentissage proposées aux élèves. En outre, on voit apparaître petit à petit des « systèmes adaptatifs » (Antonio Cara) qui permettent d’adapter les séquences d’apprentissage aux connaissances préalables et l’évolution des apprentissages de chaque élève (contenus numériques + intelligence artificielle) ;

– Les rapports/comptes rendus personnalisés fournis par ces supports et rendent plus simple pour l’enseignant le suivi de l’activité que réalise l’élève quand il interagit avec ces supports. (Héctor Ruiz). Comme ils connaissant mieux l’activité et les apprentissages de leurs élèves, les professeurs peuvent traiter de façon adéquate la diversité des besoins formatifs de ces élèves ;

– Il est facile de maintenir ces supports à jour et d’y inclure des informations d’actualité (Santiago Serrano), même si les maisons d’édition ne le font pas toujours ;

Actuellement, aux côtés du modèle classique de « manuel numérique » complet, il existe une offre de contenus éducatifs atomisés (objets d’apprentissage, Pepe Giráldez) de façon à ce que chaque enseignant ou chaque établissement peut élaborer (sur l’espace numérique d’enseignement de l’établissement) ses propres « manuels » (ou contenus de référence pour les élèves) en sélectionnant les « objets d’apprentissage » qui lui plaisent le plus (Esteban Lorenzo) parmi ceux que proposent les différentes maisons d’édition de contenus éducatifs multimédia – pour cela, il faut que les contenus suivent un protocole, le « common cartbridge » (Jordi Vivancos).

Les contenus numériques devraient être facilement malléables pour que les professeurs, et parfois les élèves, puissent les adapter à leurs besoins et contexte d’utilisation (Javi Vizuete).

Complémentarité. Le manuel scolaire numérique est un recours de plus dans la classe ; il ne remet pas en cause le manuel papier si celui est nécessaire (Xavier Gómez). S’il n’est pas nécessaire que chaque élève ait un manuel papier, on peut envisager une « bibliothèque de classe » avec les manuels des différentes maisons d’édition. Il ne faut pas oublier non plus que les départements d’éducation, que certains enseignants et même certaines maisons d’édition font la promotion de fonds structurés de ressources gratuites, qui peuvent, dans certains cas, être suffisants comme compléments à l’usage des manuels scolaires en papier.

2. INFRASTRUCTURES NECESSAIRES

Pour pouvoir utiliser les manuels numériques, il faut que les salles de classe disposent d’une bonne connexion à Internet (Héctor Ruiz) tant en réseau qu’en haut débit et que les élèves puissent avoir accès à un dispositif numérique (PC, tablettes, Smartphones…) leur permettant d’accéder et d’interagir sur les informations des contenus numériques et d’interagir avec (environ 30% du temps de classe hebdomadaire car les TICE ne doivent pas nécessaires pour toutes les activités).
Il ne faut pas seulement prendre en compte les spécificités de chaque méthodologie mais aussi, cas par cas, se demander si l’usage de contenus numériques dans chaque matière et à tout âge est nécessaire (Antonio Cara).
Pour Jordi Vivancos, actuellement, la salle de classe idéale, c’est « celle que nous avons ». Nous devons tirer le meilleur profit de ce que nous avons car les temps ne sont pas aux grands investissements. Il faut en outre profiter du fait que 90% des familles avec des enfants en âge de scolarité disposent d’ordinateur et d’Internet chez elles, ce qui permet aux élèves de faire une partie des activités TICE à la maison. Ensuite, en classe et grâce au TNI, on peut consacrer du temps à partager et à réviser ces travaux.
Pour éviter les problèmes de haut débit que pourraient avoir les établissements si tous les élèves travaillaient avec les manuels numériques en ligne, les maisons d’édition ont tendance à proposer des formats hybrides qui consistent à insaller des contenus sur les serveurs des établissements et ainsi réduire les téléchargements.
Il faut aussi prendre en compte les besoins en ressources humaines : le coordinateur pédagogique TICE, l’agent de maintenance… (Santiago Serrano).

3. LA PROBLÉMATIQUE ASSOCIÉE À L’USAGE DES MANUELS NUMÉRIQUES

Les manuels papier posent peu de problème : ils sont toujours disponibles y compris avec peu d’éclairage, ils permettent une lecture plus reposée (séquentielle, bonne lisibilité des caractères…) et une prise de note directe ou sur des post-it.
On associe à l’usage des manuels numériques les problèmes suivants : dépendance TIC (il faut un dispositif numérique) ; il faut souvent déplacer les dispositifs de salle en salle (chariots pour ordinateur…) ; les câbles et les connexions, le mobilier (tables fixes…) et les installations (peu de prises…) rendent difficiles le travail collaboratif et l’usage des TIC ; les ordinateurs et les écrans réduisent la visibilité et l’espace de travail ; il y a plus de bruit en classe (Santiago Serrano) ; il y a tendance à lire superficiellement (comme le montrent les résultats de test PISA2009 qui indiquent le peu de compréhension de lecture à l’écran – Jordi Vivancos) ; les hyperliens peuvent finir par désorienter les élèves ou augmenter leur distraction (surtout si l’enseignant ne se promène pas entre les élèves pendant qu’ils travaillent avec des contenus numériques) ; les enseignants n’ont pas toujours (ni les élèves d’ailleurs) la formation nécessaire pour faire un bon usage didactique des contenus numériques…

4. VERS OÙ ALLONS-NOUS ?

Il y a plus de 100 ans, Giner de los Ríos et d’autres fondateurs de la Escuela Nueva (note de trad. : Education nouvelle) faisaient déjà la promotion dans certains cas d’un apprentissage où chaque élève élaborerait son propre manuel, ce qui demandait d’avoir une vision générale des sujets, de chercher et de sélectionner les renseignements, de les analyser et d’en faire la synthèse, de débattre et de corriger ensemble (camarades et professeur)… Actuellement, comme les professeurs et les élèves ont à leur portée une quantité infinie d’information, il serait très facile d’encourager chaque élève à créer son propre livre sur un wiki !
Si dès l’âge de 10 ans chaque élève disposait à l’école d’un dispositif numérique (netbook, tablette…), cela aurait-il un sens pour lui d’utiliser aussi des livres numériques ? Dans ce cas, devrait-il acheter un livre numérique pour chaque matière ? (même à très bas prix). Et plus encore, ne devrait-il pas plutôt disposer d’un « livre-album » qui le guiderait dans les informations à chercher sur Internet (ou sur une base de données fermée de la plateforme de l’établissement scolaire) pour élaborer son propre livre de texte ?

Actuellement les manuels numériques ressemblent énormément aux manuels papier (Antonio Cara). Les manuels numériques n’ont pas encore développé tout leur potentiel grâce aux fonctionnalités que leur apporte la technologie. On attend qu’ils intègrent les techniques de l’intelligence artificielle (systèmes adaptatifs, « teachable agents » que les élèves entrainent) et qu’on profite mieux encore des énormes possibilités d’apprentissage dont on dispose à partir des simulations (Héctor Ruiz).

Comme il a déjà été dit, on assiste à une tendance à la fragmentation des contenus et au micro-paiement pour ces « objets d’apprentissage » qui intéressent (Esteban Lorenzo). Le manuel numérique peut évoluer vers une sorte de « container » de connexions (Antonio Cara).
(…)

5. EFFICACITÉ ET AMÉLIORATION DU RENDEMENT DES ÉLÈVES. L’IMPORTANCE DES MÉTHODOLOGIES.

Bref, ce qui compte, et c’est l’objectif des ressources didactiques, c’est de faciliter les apprentissages des élèves. Il serait absurde de dépenser plus en technologie et en ressources pour obtenir les mêmes résultats qu’auparavant. L’utilisation des livres numériques indique-t-elle une amélioration des résultats scolaires si les élèves les utilisent « bien » ?
Nous avons d’une part les études citées par Jordi Vivancos dans le livre Visible Learning (plus il y a d’interaction/rétroalimentation, mieux on apprend). Il faut par conséquent renforcer au maximum des contenus numériques qui génèrent cette interaction entre les élèves. Les manuels numériques agiront donc comme des catalyseurs d’apprentissages (Santiago Serrano).

Dans le cadre du groupe DIM-UAB les deux études importantes réalisées sur les manuels numériques mettent en avant qu’un « bon usage de ces supports peut vraiment contribuer à améliorer les rendements des élèves » : l’enquête sur l’orthographe avec les manuels de Digital-Text (en espagnol) a démontré de façon empirique une amélioration de 23% dans le rendement des « élèves numériques » par rapport à ceux qui avaient travaillé l’orthographe sans le support de TIC (Héctor Ruiz) ; et dans l’enquête sur les manuels Educaline (en espagnol), 2 professeurs sur 3 ont considéré que leurs élèves avaient appris plus. Dans ces enquêtes, les professeurs ont été orientés de façon à ce qu’ils utilisent les contenus numériques selon des méthodologies qui sont responsables du succès obtenu, en profitant de façon appropriée la « valeur ajoutée » des ressources numériques.
Parfois les contenus numériques ne misent pas sur une méthodologie didactique claire (Esteban Lorenzo). Il serait souhaitable que les manuels numériques soient au service d’une méthodologie novatrice (Antonio Cara).

Comme je l’écrivais au début de cet article, les questions sont nombreuses et on peut légitimement s’interroger sur certaines réponses. On sait aussi que la réalité de la classe rend souvent difficile l’utilisation des TIC et qu’il ne faut pas perdre de vue que, plus que l’interactivité, ce que nous recherchons dans nos classes de français, c’est l’interaction pour mener à bien un projet final ou tâche.

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Dans la peau de l’auteur

Posted by Philippe Liria sur 06/06/2012

Rendez-vous vendredi et samedi prochains pour la Rencontre FLE de Paris. J’espère y retrouver certains d’entre vous. Pour l’occasion, j’animerai un tout nouvel atelier pour essayer de rapprocher le monde des profs de celui des éditeurs. Je vous attends donc pour assister à l’atelier Dans la peau de l’auteur.

Descriptif :
Dans cet atelier, nous allons analyser la structure d’une unité didactique : les composants, les documents, les activités, la place de la grammaire ou du lexique, les consignes, le public et son contexte,les rôles de l’apprenant et de l’enseignant… mais aussi les liens avec l’édition. Bref, tous ces éléments que l’auteur doit prendre en compte et savoir combiner pour qu’ils forment une unité didactique. Cette première partie se basera sur des exemples d’unités de niveau A1 de manuels pour grands adolescents et adultes et leur va-e-tvient avec l’édition.

Mise en pratique : dans un deuxième temps, les participants se mettront dans la peau de l’auteur de manuels FLE et devront façonner leur propre unité sans perdre de vue d’une part les objectifs didactiques et d’autre part les contraintes liées à la réalité de l’édition (public cible, méthodologie, contraintes externes, etc.).

Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site de la Rencontre FLE.

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Le numérique à l’école traine des pieds…

Posted by Philippe Liria sur 09/04/2012

Voici un mois, le CNNum rendait son rapport sur le rapport du numérique avec l’école. Ses auteurs montrent dans leur conclusion combien la culture numérique et la maîtrise des outils numériques ont du mal à faire leur entrée dans l’École. Pourtant, ces éléments comme le développement du Cloud (ou informatique en nuage), des tablettes et des plate-formes devraient contribuer à une meilleure présence du numérique dans l’apprentissage.
Ce rapport suggère des pistes de travail pour remédier à cette situation pour que le numérique puisse véritablement être exploité comme il se doit. Même si les auteurs n’entrent pas dans le détail des usages qu’on pourrait faire des outils numériques, on peut imaginer l’intérêt que cela représente dans le domaine de l’enseignement/apprentissage des langues ou dans l’organisation de la classe (envoi ou partage des documents grâce aux nuages ou aux tablettes par exemple).
Pour en savoir plus, vous pouvez télécharger le rapport en cliquant CNN_numerique_mars_2012.

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Le web 2.0 en classe de langue. Une réflexion théorique et des activités pratiques pour faire le point

Posted by Philippe Liria sur 29/03/2012

À lire cette note de lecture sur l’ouvrage Le web 2.0 en classe de langue. Une réflexion théorique et des activités pratiques pour faire le point.

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 » Aucune école ne doit investir dans la technologie sans investir de manière substantielle dans la formation des enseignants. »

Posted by Philippe Liria sur 25/09/2011

« Aucune école ne doit investir dans la technologie sans investir de manière substantielle dans la formation des enseignants. » Cette phrase est tirée d’un article d’Hubert Guillaud (Dans les salles de classe, les résultats ne progressent pas)sur le blog qu’il co-anime avec Xavier de La Porte et Rémi Sussan, Inter Actu. Cette affirmation n’est pas anodine et soulève une question bien présente aujourd’hui dans les établissements. On sait ce qui se passe, on implante les technologies comme les TNI dans les salles de classe, on dote les élèves d’ordinateur portable et un certain technodéterminisme nous fait croire qu’avec ça, on a trouvé une réponse à tous les problèmes de la classe. Pourtant, dans certains États des Etats-Unis où ces technologies ne sont plus au stade de l’expérience, on se pose légitimement des questions sur les résultats des élèves et la place du prof. On a vu, comme le rappelait le NYT dans un article de mars dernier des écoles qui pensent que la technologie peut remplacer les enseignants comme ces classes virtuelles en Floride qui prétendent résoudre le problème des sureffectifs. (Disponible en français sur le site du Courrier International)
En Europe, on voit comment les investissements en technologie se font souvent au détriment de la formation des enseignants. On voit même des enseignants fonder leur choix non pas sur des critères pédagogiques mais sur des questions technologiques. Peu importe le contenu, ce qui importe c’est l’emballage : plus il est interactif, mieux c’est. Quant à l’interaction, elle viendra après, s’il y a le temps.
Je reprends un autre extrait de l’article de Guillaud qui cite la chercheuse américaine, Cathy Davidson : « Nous ne sommes pas responsables en tant qu’éducateurs si nous ne faisons qu’enseigner avec la technologie, car il faut également enseigner à travers elle, sur elle et à cause d’elle. Nous devons faire comprendre aux enfants sa puissance, son potentiel, ses dangers, ses usages. Ce n’est pas seulement un investissement qui en vaut la peine, mais c’est un investissement qu’il serait irresponsable d’éviter. » Et elle a certainement raison à condition, comme elle le dit par ailleurs, que nous aidions à comprendre la technologie et pour cela, il faut que les enseignants non seulement la connaissent mais surtout la maîtrise. Or, nombreux sont ceux qui découvrent ces technologies en même temps que leurs élèves (voire même après dans certains cas).
En fait la question n’est pas d’être pour ou contre les technologies dans la salle de classe, je crois que tout le monde est d’accord qu’elles sont devenues un outil de plus au service de l’apprentissage. Dans le même temps, leur entrée se fait souvent très, trop vite sans qu’on ait eu le temps de « repenser l’éducation ».

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Dépassés par les TICE ?

Posted by Philippe Liria sur 06/01/2011

En France, on le sait, malgré le discours dominant, les TICE sont encore à la traine. En Espagne et plus particulièrement en Catalogne, pour parler d’un cas que je connais bien, on voit les contradictions entre discours et réalité : les élèves sont prêts, mais les écoles n’ont pas ou mal implanté les ordinateurs ou les TBI, les livres ne sont pas disponibles ou que partiellement et surtout, les professeurs ne sont pas formés. Ce constat est aussi valable dans des pays qui ont pourtant depuis longtemps misé sur Internet et l’ordinateur en classe comme c’est le cas du Québec (à lire : Nos écoles en retard dans le Journal de Montréal). Or, on ne pourra vraiment tirer profit de ces nouveaux outils que si on met en place une véritable politique de formation des enseignants. On en parle beaucoup, mais j’ai l’impression qu’il s’agit d’une autre Arlésienne. Au cours de mes différents voyages à travers le monde, j’ai pu malheureusement constaté que c’est trop souvent le cas un peu partout, même si on peut applaudir d’excellentes initiatives prises en Amérique Latine et qui vont dans le bon sens : on cherche à former les professeurs tout en distribuant des ordinateurs, en développant la présence d’internet dans les lieux les plus reculés, etc. À ce sujet, je recommande la lecture de ¡Basta de historias! de Andrés Oppenheimer.

 

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Les profs français et le web 2.0

Posted by Philippe Liria sur 28/11/2010

À l’occasion de la Rencontre Difusión-FLE 2010, nous avons pu assister à de nombreuses interventions qui nous ont présenté les avantages, mais aussi les inconvénients du numérique sous toutes ses formes. Nous avons pu constater aussi les craintes exprimées par de nombreux collègues par rapports à l’utilisation de ces nouveaux outils, notamment de certains comme Facebook ou Twitter. Cependant, contrairement à une idée reçu, ces réseaux font petit à petit leur entrée dans la salle de classe comme le montre un récent sondage du Café pédagogique. Comme tout, il va falloir dans un premier temps que nous apprenions à maîtriser ces nouveaux outils pour savoir quelles en sont les limites et surtout profiter au maximum de tous les avantages qu’ils offrent.

À consulter en ligne, les résultats et analyses de ce petit sondage : Les profs et le Web 2 : Le sondage du Café

Et puis, puisqu’il est important de s’approprier des outils, autant voir ce qui existe déjà : cela donne des idées ! Je vous invite donc à lire l’interview de Rémi Thibert, professeur et formateur, spécialiste des TICE et du web 2.0. Toujours sur le site du Café pédagogique.

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Le multimédiaction

Posted by Philippe Liria sur 04/04/2010

Les TBI entrent de plus en plus dans la classe. Que ce soit en Europe ou en Amérique latine, en Asie ou en Afrique, les établissements sont en train d’être équipés en tableaux interactifs. Les supports varient, ils peuvent être plus ou moins développés, mais ce qui est certain, c’est qu’il ne s’agit pas d’un simple effet de mode mais d’une tendance appelée à se généraliser. Pourtant, si l’on parle avec les enseignants, des questions et des doutes pointent. Ils se demandent souvent à quoi va leur servir ce tableau si la formation et les contenus n’accompagnent pas le support.

En effet, le TBI n’est qu’un support. Un TBI sans contenu, c’est comme un ordinateur vide. Et si en plus, la formation ne suit pas, nous risquons de nous retrouver face au même problème qu’au début de la généralisation des ordinateurs dans les écoles, souvenez-vous : l’ordinateur était dans un coin et on lui préférait la machine à écrire ! Et je ne parle pas d’un temps si lointain…

Bref, il est important de créer des contenus pour le TBI. Les nouveaux manuels doivent donc à la fois contenir des éléments spécifiques pour ce nouveau support tout en préservant la dynamique préconisée ces dernières années qui rend l’apprenant acteur de son apprentissage. Il faut donc favoriser un apprentissage qui passe par les nouveaux et nombreux moyens que nous proposent les nouvelles technologies sans perdre de vue que l’interactivité, l’action, doit avoir dans la classe. Cette combinaison, c’est le multimédiaction. Il s’agit de fournir aux professeurs un outil complet et complexe qui va au-delà du simple flipbook interactif. On ne se contente pas de tourner les pages mais on y trouve des interactions, parfois simples comme l’écoute ou la projection d’un document ; parfois plus complexe car d’un clic, on se retrouve sur une page d’activités dynamiques ou sur un site web 2.0 qui cherche à créer des interactions entre les apprenants de français des quatre coins de la planète. Derrière le multimédiaction, il y a donc l’idée de regrouper un large éventail des possibilités qu’offrent aujourd’hui les nouvelles technologies pour rendre l’apprentissage plus efficace dans la classe et au-delà de ses murs.

Le multmédiaction a été utilisé pour la première fois par la maison d’édition Difusión/Éditions Maison des Langues pour désigner l’ensemble des contenus pour TBI et web 2.0 qu’elle présente à l’intérieur d’une clé USB.

La clé USB de Version Originale 1

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Des manuels sur mesure que vous adaptez vous-même !

Posted by Philippe Liria sur 24/02/2010

Écrire votre propre manuel… Qu’est-ce que vous en dites ? Vous aurez en tout cas la possibilité de ne plus avoir à supporter des manuels qui ne vous plaisent pas ou pas vraiment. En fait, il s’agirait plutôt de pouvoir modifier le contenu des manuels et en plus sans devoir en demander l’autorisation aux auteurs ! Les étudiants n’auraient plus qu’à les télécharger depuis une plateforme à un prix bien plus modique que la version papier. C’est du moins ce que rapporte le New York Times sur sa version numérique du 22 février. Pour en savor plus, lisez l’article. N’hésitez pas à me faire part de vos réactions à ce sujet.

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