Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

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Les outils numériques rendent-ils plus difficile l’apprentissage ?

Posted by Philippe Liria sur 22/10/2016

Les outils numériques rendent-ils plus difficile l’apprentissage ? Pour savoir d’où vient cette question, lisez La Contra de La Vanguardia du 22/10/2016 (disponible en espagnol ou en catalan sur le site du journal catalan). Suggérer la lecture d’une interview de Manfred Spitzer (lien en allemand vers sa biographie sur Wikipédia) dans ce blog pourra certainement en surprendre plus d’un. Habitué à y trouver des articles et des liens qui sont plutôt favorables à l’intégration du numérique dans l’éducation, on peut s’étonner que je contribue à diffuser le message de ce neurologue allemand qui préconise ni plus ni moins que de retirer les smartphones et les tablettes de la classe car ces outils, qu’il perçoit plus comme des gadgets, « rendent difficiles l’apprentissage ». J’ai toutefois décidé de le faire parce que je crois que nous ne devons pas non plus nous laisser emporter par le « tsunami numérique » sans réfléchir sur les avantages et les inconvénients. Souvenez d’ailleurs du rapport de Thierry Karsenti il y a deux ans environ et dont je m’étais fait l’écho dans ce blog. L’expert canadien s’interrogeait sur les bienfaits de la tablette en classe. Spitzer va plus loin et prétend éliminer des classes tous ces appareils qui empêcheraient les élèves de se concentrer dans leur apprentissage. Il n’est pas technophobe mais pense que, comme une voiture dont on ne laisse pas le volant entre les mains d’un enfant, il faudrait interdire ces outils mais aussi Internet aux moins de 18 ans. Hérésie ! Comment ose-t-on affirmer de telles choses à l’ère du numérique qu’est la nôtre ? Un peu comme ceux qui critiquent l’innovation pédagogique et préfèrent la bonne vieille classe, telle qu’on la toujours faite (cf. Haro sur l’innovation pédagogique – Mars 2016). Inutile de préciser que je ne partage pas les suggestions de Spitzer (et des voix bien plus qualifiées que la mienne aussi remettent en cause ses analyses), mais nous ne pouvons pas nier non plus que cette révolution technologique provoque de véritables changements sociétaux et qu’il est fondamental de s’interroger sur ceux qu’ils nous apportent. Des sonnettes d’alarme comme celle que tire ce chercheur allemand doivent nous obliger à bien réfléchir à l’usage que nous faisons de la technologie numérique. Pas question de tomber dans cette « démence numérique » dont nous parle Spitzer (pour reprendre le titre d’un de ses ouvrages, Digital Demenz, 2012) mais analysons clairement ce qu’apporte tel ou tel outil numérique dans l’apprentissage. A ce propos, je vous conseille de regarder ce petit reportage diffusé sur Arte en 2015 :

Alors ne nous laissons pas entraîner par les dogmes ni d’un côté ni de l’autre. C’est ce qui fait l’intérêt de cette interview même si elle choque certaines convictions qu’on peut avoir sur le numérique. Je rejoins sur ce point Marcel Lebrun qui, dans un article publié en 2015 sur revue-projet.com, a bien raison de nous rappeler que ce n’est pas parce qu’il y a révolution technologique que nous allons vivre une révolution pédagogique. Les miracles n’existent pas ! Ce rappel, il le fait dans le cadre d’un débat sur le numérique à l’école où différents spécialistes interviennent pour essayer d’apporter des éléments de réflexion sur la question. nous devons tous avoir une réflexion globale sur la signification que doit avoir l’irruption du numérique dans l’enseignement/apprentissage, et notamment celui des langues étrangères, dont le FLE bien entendu.

Pour en savoir plus :
Interview de Manfred Spitzer (en français, 01/11/2013)

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Haro sur l’innovation pédagogique !

Posted by Philippe Liria sur 02/03/2016

(mise à jour : 06/03/2016)

Un courant inquisitorial serait-il en train de vouloir mettre à l’index l’innovation numérique ? Ce ne sont plus les ténèbres de l’Enfer à la veille de l’an mil qui font peur mais la galaxie d’Internet et ce monde digitalisé. Dans le domaine pédagogique, certains invoquent la tradition d’enseignement, tels des prédicateurs médiévaux, pour mettre en garde contre ces chevaliers de l’Apocalypse, du moins celle de l’éducation si nous nous laissons envoûter par le Mal qu’incarnerait le numérique à l’école. Certes, les questions sont nombreuses et nous ne devons pas suivre aveuglément les nouveaux courants didactiques. Nous ne pouvons ignorer les risques voire les menaces. Devons-vous cependant, saisis par la peur face à l’inconnu, nous replier et refuser un enseignement/apprentissage prenant justement en compte les nouvelles possibilités que nous propose cette société connectée ?

Une remise en cause de l’innovation pédagogique
Début février, j’ai retweeté un article de Michel Guillou qui s’interrogeait sur l’intérêt réel de la classe inversée. Il y critiquait une sorte d’engouement aveugle pour cette démarche pédagogique qui, selon lui, ne serait ni novatrice ni si efficace contrairement à ce que certains prétendent. En partageant l’article en question, je ne prétendais pas donner raison à son auteur mais plutôt contribuer à une réflexion sur ce que doit et ne doit pas être la classe, et pas seulement si nous l’inversons. A lire Michel Guillou, on pourrait croire que rien n’est à faire en classe car tout s’y fait déjà. Comme si la pédagogie différenciée, par exemple, était pratique courante ou les pédagogies actives une habitude quotidienne de la classe. Je ne peux pas donner mon avis sur l’ensemble des pratiques de classe, mais ce que je connais de la classe de langue, en particulier dans le domaine du FLE, me permet d’affirmer que malheureusement nous en sommes bien loin. Cette remise en cause de l’innovation pédagogique est aussi au centre d’un ouvrage dont s’est récemment fait écho le quotidien catalan La Vanguardia (28/02/16), Contra la nueva educación d’Alberto Royo (Ed. Plataforma, 2016). Son auteur, répondant aux questions du journaliste dans une interview de ce même journal, critique « les pratiques novatrices actuelles » qui, selon lui, mépriseraient « la tradition rien que parce qu’elle n’implique pas la modernité, ce qui altère les objectifs naturels de l’instruction publique et du professeur« . Toujours d’après ce professeur de collège et lycée, les émotions, l’apprentissage des langues ou la technologie « ne doivent pas faire partie des objectifs de la classe (…)« . Même si cette réflexion est faite depuis la situation du contexte espagnol, son approche interroge les initiatives menées pour que l’apprentissage sorte de son carcan. Vous comprendrez bien que je suis choqué de lire ici ou là que tout existerait déjà en matière d’enseignement/apprentissage. Cela ne veut pas dire que tout ce qui est nouveau est forcément bon. Il est aussi bon d’écouter ces « grognons« , comme les désigne Michel Serres, pour justement ne pas tomber dans le dogme, ce qui serait forcément négatif. Les écouter, c’est une façon de ne pas accepter tout et n’importe quoi au nom de la modernité didactique.
C’est par exemple, ne pas applaudir bêtement des initiatives politiques en faveur du bi- ou tri-linguisme dans les collèges ou lycées si les moyens (formation des enseignants, infrastructures, supports) ne sont pas mis afin de garantir la transmission de la matière. Qu’un collégien reçoive un cours de SVT en anglais ou en français dans une langue approximative parce qu’elle n’est pas vraiment maîtrisée par l’enseignant, c’est tout simplement un leurre pour ne pas parler de charlatanisme éducatif ! Nous n’avons pas le droit de le permettre. Ce n’est pas pour autant que l’enseignement d’une matière dans une langue étrangère soit mauvais. Le problème n’est évidemment pas là, et c’est là l’erreur d’interprétation de ces grognons.

Non au bricolage !
De même, quand Michel Guillou critique la classe inversée et en particulier le manque de qualité d’une grande partie des capsules vidéos dont on parle tant actuellement, je suis d’accord avec lui. Mais pointons le vrai problème. Que préconise-t-on au sujet de la classe inversée ? Marcel Lebrun, l’un des meilleurs spécialistes de la question en Europe, dit bien qu’il faut élaborer des capsules vidéos ayant fait l’objet d’une scénarisation (je vous conseille d’ailleurs de visionner <a href="http:// » target= »_blank »>la causerie entre Christophe Batier et Marcel Lebrun du 17/02/16). Or, il suffit de faire un tour sur Internet pour se rendre que ces capsules sont souvent d’une qualité qui laisse à désirer. Bref, alors qu’elles devraient être l’un des outils de base de cette inversion de la classe, elles pourraient être la cause de son échec. Les changements viendront de la base mais il est important que les acteurs éducatifs s’impliquent de façon à fournir des contenus de qualité en adéquation avec les nouveaux besoins. De même, il faut donner aux enseignants les moyens de se former pour qu’ils puissent sinon créer au moins pouvoir adapter du matériel à la réalité de leurs classes. Cette absence de formation, c’est souvent elle qui est à l’origine du manque d’utilisation ou de l’infra-utilisation de nouveaux outils de la classe, comme je le soulignais déjà dans un article de ce blog il y a tout juste deux ans et qu’aujourd’hui un très intéressant rapport de Thierry Karsenti (Le tableau blanc interactif (TBI) : usages, avantages et défis) vient confirmer. J’en conseille très vivement la lecture : loin de condamner l’usage de cet outil, l’auteur du rapport souligne les contradictions de son utilisation en classe, souvent comme simple projecteur et très rarement interactif, dans le sens où les élèves n’y ont presque jamais accès. A la fin (p.33), Karsenti donne quelques recommandations pour un meilleur usage de cet outil. Son étude porte sur le cas canadien mais je pense qu’il est représentatif de ce qui passe habituellement dans de nombreux coins de la planète.

Pour en revenir à nos capsules, que des enseignants en fassent, souvent en dehors de leur emploi du temps, c’est bien. On ne va pas reprocher la prise d’initiative ! Mais l’innovation pédagogique ne doit pas être sujette à la simple initiative d’un enseignant ; et qui plus est, l’accès à cette innovation ne doit pas frustrer d’excellents enseignants parce qu’ils ne seraient pas nécessairement techniciens. Une évidence et pourtant… A ce sujet, je signale un webinaire qu’organise Jürgen Wagner le 21 avril prochain sur la création de capsules vidéos. Il y sera question des différents type de vidéos et de leur intérêt pédagogique. On verra qu’il n’est pas nécessaire d’être hyper-équipé et qu’un simple smartphone nous permet déjà de réaliser des capsules à condition de suivre certaines règles. De même qu’on pourra voir qu’il faut aussi en suivre pour qu’elles soient attractives, un élément important si nous voulons motiver les apprenants.

Cessons de crier haro sur l’innovation pédagogique !
Ne confondons pas les choses. Cessons de crier haro sur l’innovation pédagogique sous prétexte qu’elle nous rendrait plus bête, comme l’affirment certains ! Non, tout n’est pas fait ! Et si le monde change, pourquoi la classe ne changerait-elle pas ? Si l’accès à l’information change, pourquoi l’enseignement/apprentissage devrait-il rester figé dans des pratiques du XIX ? Pour ceux qui en douteraient, retrouvez la célèbre animation de Ken Robinson sur Youtube (vous la connaissez certainement mais au cas où, <a href="http:// » target= »_blank »>la voici). Elle illustre parfaitement la situation dans laquelle nous sommes et vers où nous devrions aller. Mais ne perdons pas non plus notre sens critique face aux nouvelles propositions issues en partie de l’évolution même de la société. Mettons fin à cette espèce de croisade contre l’innovation pédagogique que certains semblent vouloir lancer depuis le fond de la caverne éducative ! Ce n’est pas en interdisant les smartphones – par exemple – en classe (comme on le fait encore trop souvent) que nous allons améliorer l’enseignement/apprentissage mais plutôt en réfléchissant en quoi ces nouveaux outils peuvent être à son service. Plutôt que de mettre au ban l’innovation pédagogique, posons les bonnes questions comme le suggèrent William D. Eggers et Paul Macmillan dans leur livre The Solution Revolution (Harvard Business Review Press, 1973 -non traduit en français, à ma connaissance) qui se demandent comment améliorer l’école et qui affirment que pour trouver la réponse, il faut que nous nous interrogions sur son objectif réel (mieux éduquer et mieux préparer les jeunes à l’avenir)*. Bref, ce n’est pas en faisant ce que nous avons toujours fait que nous trouverons des réponses aux questions pédagogiques d’aujourd’hui mais au contraire en essayant ce qui n’existe peut-être pas encore, en allant au-delà des solutions existantes. Nous nous tromperons peut-être mais sbagliando s’impara. N’ayons pas peur de l’échec ! Pour avancer, il faut sortir de sa grotte…

*Je reprends ici l’idée qu’expose le célèbre journaliste et analyste argentin Andrés Oppenheimer dans son ouvrage Crear o Morir, la esperanza de Latinoamérica y las cinco claves de la innovación (Ed. Vintage Español, 2014 – non traduit en français) sur la nécessité, entre autres, de changer le prisme dès l’enfance (p.295-296)

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Causerie sur les classes inversées avec Annick Arsenault Carter, Marcel LeBrun et Christophe Batier à #Clair2015

Posted by Philippe Liria sur 20/08/2015


La classe inversée évolue. Il n’y a pas une, mais plusieurs recettes pour que ça prenne et surtout pour que les élèves accrochent et se sentent motivés. Annick Arsenault Carter (https://philliria.wordpress.com/2012/10/21/vers-la-pedagogie-inversee/) partage dans cette vidéo une causerie avec Marcel Lebrun dans laquelle ils évoquent le travail réalisé avec cet outil pédagogique dont on parle tant récemment. Il est intéressant de noter comment, au bout de 4 ans d’expérience, d’essais et d’erreurs, Annick Arsenault Carter, enseignante au New Brunswick, nous dit que les capsules de sa chaine You Tube sont de plus en plus visionnées en classe, ce qui permet de renforcer la collaboration entre les élèves qui peuvent eux-mêmes publier des contenus.
Bref, c’est toute la gestion de la classe qui a changé. Dans ce sens, comme le souligne Marcel Lebrun, ce n’est pas uniquement la façon de changer la transmission des savoirs qui a été modifiée mais aussi le rôle enseignant/élèves – on parle beaucoup de ce changement mais on est loin de pouvoir vraiment le mettre en place. Ici, on voit que la classe inversée le favorise.
Intéressant de voir comment elle a aussi impliqué les parents dans cette démarche (en leur envoyant une capsule) ou comment son institution a compris les enjeux du projet.
Une causerie très enrichissante qui nous incite à découvrir plus à fond le blog d’Annick Arsenault Carter.

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Le numérique au service de l’innovation pédagogique

Posted by Philippe Liria sur 15/07/2015

IMG_0151« L’élève doit être au centre de l’apprentissage ! » C’est une phrase que tout le monde a entendue mais qu’en est-il réellement ? Une fois dans la classe, la pression des programmes, des institutions, le manque de temps ou de formation font que trop souvent encore la classe est organisée non pas en fonction de l’élève et de sa façon d’apprendre mais plutôt en fonction de ces impératifs. Pourtant, nous devrions tous nous interroger sur notre manière d’apprendre, sur celle de nos étudiants et donc sur ce que nous faisons pour faciliter cet apprentissage. « Tout enseignement efficace doit commencer par la prise en compte de la façon qu’ont les étudiants à apprendre » nous rappelaient les auteurs de How learning works (Jossey-Bass, USA 2010), un excellent livre que je recommande vivement si vous vous intéressez aux processus d’apprentissage. Une inquiétude qui doit bien entendu être présente dans nos cours de français. Quelle place faisons-nous à la créativité ? Quelle rôle peuvent jouer les langues plus ou moins proches pour accompagner l’apprentissage ? Ou que faire de ces technologies qui entrent dans nos classes ? Qu’est-ce qui forcément change dans nos pratiques ou dans la dynamique du cours si le monde change autour de nous ? Ces questions, ce sont celles auxquelles essaient de répondre les spécialistes invités à participer au dossier du 400è numéro (bon anniversaire !) du Français dans le monde. couvn400 Dix pages, c’est encore trop peu pour traiter un sujet aussi vaste mais c’est déjà ça pour lancer la réflexion (ou l’approfondir) dans les salles de profs ou dans les réunions pédagogiques. Une réflexion par exemple sur la nécessité de repenser la classe de sorte que soient mis en avant les talents et les centres d’intérêt car « il s’agit de créer les conditions qui permettent (…) d’apprendre et de s’épanouir, sur le plan collectif et individuel » nous rappelle Ken Robinson (FDLM, pp.50-51), l’auteur de L’élément que j’avais eu l’occasion de présenter dans ce blog il y a quelque temps déjà. Et pour atteindre ces objectifs, il nous faut disposer de plus de temps pendant le moment de la classe. Oui, mais comment ? En réorganisant la distribution des contenus et du temps. La classe ou pédagogie inversée (la flipped classroom en anglais) peut être une solution à cette nécessité de repenser la classe. Marcel Lebrun, professeur à l’Université de Louvain (Belgique), nous parle de ce changement de paradigme et résume les trois niveaux de cette démarche pédagogique qui « repositionnent les espaces-temps traditionnels de l’enseigner-apprendre » (pp.52-53). IMG_0154L’idée de la pédagogie inversée commence à faire son entrée dans la classe de FLE, comme me le rapportait une jeune enseignante venezuelienne lors du BELC Régional de Bogota. Elle n’hésite pas à expérimenter ce concept pour donner une nouvelle dynamique à son cours et donc motiver différemment ses élèves. Je constate aussi que dans plus en plus de formations, on nous demande d’en parler dans l’optique de la mettre en place, même si ce n’est que ponctuellement. Et si ces classes peuvent « prendre », c’est aussi parce que les technologies numériques sont arrivées au bon moment, à condition de savoir en user sans en abuser ! Or, cela a été trop souvent le cas à cause d’une certaine précipitation (un « tsunami numérique », pour reprendre le titre du livre d’Emmanuel Davidenkoff, qu’on ne peut ignorer) malgré les appels à la vigilance d’experts tels que Thierry Karsenti (lire aussi cet article). Il faut donc non pas les imposer mais bien savoir les intégrer dans l’apprentissage. C’est dans cette intégration que réside l’innovation pédagogique. Il faut donc que le professeur apprenne à maîtriser ces outils technologiques de plus en plus performants ; qu’il devienne un « enseignant multidimensionnel » nous dit Marc Oddou, bien connu des profs de FLE notamment grâce à son site. La tablette est un bon exemple d’outil qui peut favoriser cette « créativité pédagogique » des apprenants que revendique Ken Robinson, à condition de gérer l’espace-temps différemment, souligne Laurent Carlier (inovateach.com).lcarlier Et pour y parvenir, il faut changer la dynamique de classe et renforcer la place de l’authentique dans la classe. Le web 2.0 doit y contribuer. C’est l’avis de Christian Ollivierr&a_juillet2013, spécialiste de l’introduction de ces nouvelles pratiques en lien avec les mutations technologiques auxquelles nous assistons et surtout participons (cf. Recherches et applications, juillet 2013). Pourquoi le web 2.0 ? Parce qu’il contribue à l’authenticité des échanges en laissant les apprenants réaliser des « tâches ancrées dans la vie réelle » qui débouchent sur un « produit(…) fortement socialisé« . Mais le ‘comment-j’apprends’ ne passe pas que par la technopédagogie. C’est aussi la capacité à mobiliser des stratégies qui vont contribuer à mieux s’approprier d’une langue. Par exemple, en se basant sur les différents degrés de parenté entre la langue cible et celle de départ. Selon la distance de ces langues, les compétences à mobiliser seront différentes, comme nous le décrit Jean-Michel Robert dans un article sur l’intercompréhension, dont on ne parle pas assez en classe de langue comme je le signalais dans ce blog le mois dernier et qui pourtant contribue vraiment à l’apprentissage des langues et à la mobilisation de stratégies pour mieux y arriver.
Voilà donc un superbe numéro du Français dans le monde, une belle réussite avec un riche contenu pédagogique au-delà de ce dossier. A lire absolument, sur papier ou, puisque nous parlons numérique, sur l’application qui accueille la version numérisée de la célèbre revue.

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Changer oui, mais quoi ?

Posted by Philippe Liria sur 06/05/2015

ecolexxiDans un récent article publié sur revue-projet.com, Marcel Lebrun a bien raison de nous rappeler que ce n’est pas parce qu’il y a révolution technologique que nous allons vivre une révolution pédagogique. Les miracles n’existent pas ! Ce rappel, il le fait dans le cadre d’un débat sur le numérique à l’école où différents spécialistes interviennent pour essayer d’apporter des éléments de réflexion sur la question. Je vais me centrer ici sur la classe inversée mais c’est l’ensemble des articles produits à l’occasion de ce débat qu’il faut lire et qui doivent nous faire réfléchir à ce que signifie l’irruption du numérique dans l’enseignement/apprentissage. Avec une mise en garde : cette réflexion n’a rien à voir avec l’avis sur le numérique que peut avoir chacun. Peu importe qu’on aime ou pas ! Les questions qui se posent et s’imposent par rapport à la classe, dont celle de langue (en l’occurrence de FLE), sont inévitables. On ne peut l’ignorer. On ne peut faire cours comme si nous ne voulions pas savoir que nos élèves, même les adultes, ont de nouveaux outils d’accès au savoir et d’échanges entre les mains.
Apprendre à les intégrer ne signifie pas non plus plonger dedans les yeux fermés ! C’est pourtant l’impression qu’on a parfois. On se souvient il y a quelques années de l’engouement pour les TNI. Tout le monde en voulait un dans sa classe. Des enveloppes budgétaires ont été mises à la disposition de nombreux établissements dans le monde entier pour se doter de ces (merveilleux?) tableaux interactifs. On avait juste oublié d’accompagner cet achat – qui a rapporté (et très gros) aux fabricants – de la formation adéquate, pas seulement technique, mais SURTOUT pédagogique ! C’est sans doute un des aspects de l’industrialisation ou pire encore de la marchandisation de l’éducation que pointe du doigt Pierre Moeglin dans un excellent article où il dénonce que « plan après plan, le numérique à l’école commet les mêmes erreurs. Malgré tous les avertissements. En toile de fond, une tentative d’OPA de l’approche productiviste en éducation aux dépens de l’approche culturelle. Derrière la difficile quête d’un successeur au bon vieux manuel scolaire, ce sont bien les fondamentaux de l’école qui sont en jeu. » même si je nuancerais l’accusation qu’il lance contre les éditeurs, du moins dans le secteur du FLE tout en étant bien d’accord que nous ne pouvons pas nous contenter des modèles numérisés actuels et devons nous interroger sur ces plateformes et autres modèles d’e-éducation dont il parle dans un encadré (lecture indispensable) du même article.

Mais revenons à nos moutons… Oui, comme l’écrit Marcel Lebrun, c’est bien « le facteur humain qui a été négligé, plus que la formation technique des étudiants et des enseignants : l’apprentissage à l’ère numérique n’est pas seulement une affaire d’infrastructures, d’outils et de ressources, de méthodes et d’usages, c’est surtout une affaire de mentalité, d’état d’esprit et de culture. » Si nous ne le comprenons pas, la nouvelle génération de jeunes adultes, cette Génération Z, nous le fera comprendre peut-être malgré nous : elle a déjà – nous ne parlons plus au futur – de nouvelles habitudes d’apprentissage qui vont obliger ceux qui sont encore dans une dynamique de classe magistrale à en changer. Pour cette génération, une grande partie de l’apprentissage se produit en dehors de la salle de classe comme le fait remarquer Anne Boysen sur le blog d’After The Millennials : « Cette génération utilise Youtube de façon périodique pour faire ses devoirs, ce qui indique qu’elle veut un plus grand degré de personnalisation dans l’éducation. Si l’approche du professeur ne lui plait pas ou elle ne la comprend pas, elle cherchera quelqu’un en ligne qui le lui expliquera mieux« .
C’est ce qui doit nous inciter à déplacer le curseur de l’éducation de l’enseignement vers l’apprentissage et à nous intéresser de plus près à son fonctionnement. Une évidence peut-être mais qui ne va pas de soi. On sait qu’un fossé existe entre les ressources didactiques à disposition des professionnels et celles qui fournissent des stratégies de classe pour améliorer l’apprentissage et surtout l’adapter au monde d’aujourd’hui.

Motivation, créativité, dynamique de classe… Bref, repensons la classe !

C’est s’intéresser à la motivation ; c’est favoriser la créativité ou encore développer la pédagogie différenciée pour ne citer que quelques exemples. Et c’est aussi changer la dynamique de la classe, la repenser et c’est ce que nous trouvons dans l’idée de « pédagogie inversée », une démarche qui n’est pas nouvelle en soi mais qui prend encore plus de sens à l’ère numérique dans laquelle nous nous trouvons. Pour être encore plus pratique, j’y ajouterais cette petite vidéo de Nasrdine Khaddouri et Damien Frelat qui propose une synthèse plutôt de la pédagogie inversée.
Ce n’est pas simplement changer le lieu de la réalisation de certaines activités, c’est aussi et surtout changer la perspective d’enseignement et d’apprentissage. Il s’agit de ne plus travailler dans une perspective de transmission de savoir mais d’assurer que nos élèves sauront mobiliser leurs compétences dans un objectif défini. Bref, il faut s’assurer que les élèves soient vraiment compétents dans la matière enseignée. Objectif logique de tout enseignement, non ? Nous savons tous pourtant que trop souvent, ce qu’on attend vraiment de l’apprenant, c’est d’être capable de montrer qu’il sait redire ce que l’enseignant a dit, qu’il soit un bon perroquet. Certes c’est plus facile à vérifier ou évaluer que de lui demander de faire quelque chose qui, pour fonctionner, demandera de mobiliser des compétences acquises grâce à un travail de construction de l’apprentissage. Et si possible, pas seulement mais en mobilisant des compétences de savoir-être car nous devons collaborer avec l’autre pour obtenir un résultat. Mais finalement, n’est-ce pas tout simplement le reflet de notre monde en réseau que nous construisons/tissons nous-mêmes ?

Vous avez dit changement ?

Facile à dire mais pas si simple à mettre en place. C’est vrai. Je me souviens d’une blague qui circulait sur les réseaux il y a quelques mois : un homme demandait au public présent s’il était pour le changement et tout le monde levait la main ; puis il demandait qui était prêt à changer et là, plus personne ne levait le bras. Et s’agissant du FLE pour adultes (sauf certainement cette fameuse Génération Z), il s’agit même souvent d’un défi qui oblige aussi à se poser des questions sur la validité même des changements qu’on veut introduire, voire imposer. Nous voulons changer des habitudes d’apprentissage, je dirais même des croyances sur celui-ci. Les apprenants adultes et qui ne suivent parfois pas d’autres cours que celui de l’Alliance ou de l’Institut, ne comprennent pas toujours. Ils arrivent avec une idée préconçue qu’apprendre le français, c’est surtout faire de la grammaire et faire beaucoup d’exercices grammaticaux. Alors quand ils voient que leur enseignant leur fait faire des activités différentes, mettant en avant un ensemble de compétences où les outils langagiers ne sont plus l’axe autour duquel tourne la classe, que se passe-t-il ? Eh bien, c’est simple : l’apprenant se plaint et ne comprend pas ! Alors il se met à réclamer des listes de verbes, des exercices, etc. Comme si leur motivation passait non pas par tout ce qu’on cherche à favoriser dans le cadre d’un apprentissage d’une langue au XXIè siècle mais restait ancrée dans une perception de la classe de langue comme on l’entendait il y a cent ans ! Quelle contradiction ! Et c’est pourtant ce qu’on nous fait souvent ressentir quand nous rencontrons les enseignants de français qui nous décrivent leur bataille au quotidien.ecolexix

Changement… en commençant par la formation des enseignants !

Certes le discours pédagogique de l’institution ne laisse pas la place au moindre doute : on doit faire entrer dans la classe l’innovation technologique mais aussi pédagogique. Et c’est là où la formation manque ! Nous mettons entre les mains des enseignants des outils qui permettent d’accompagner le changement mais (presque) rien n’est fait pour les accompagner, eux, dans la mise en place concrète, pratique, de ce changement. Ils se retrouvent donc souvent démunis face à des apprenants qui ne comprennent pas pourquoi leur professeur leur demande d’élaborer des projets ou des tâches, de co-construire les règles de grammaire, de jouer… Parler de motivation des apprenants, c’est bien mais comment les motiver si les enseignants ne le sont pas car ils sentent bien qu’ils ne sont pas prêts ni préparés à introduire cette révolution dans leur classe ? Changer les habitudes d’apprentissage des élèves n’est pas simple comme on le sait, mais si les enseignants ne reçoivent pas la formation pour faciliter ce changement, la partie est perdue d’avance. C’est l’affaire de tous ! Et dans l’établissement, le changement doit passer par un projet global d’innovation pédagogique. Il ne peut en aucun cas dépendre de la volonté ou de la motivation de quelques enseignants, même si ceux-ci seront certainement d’excellents relais et moins encore d’une imposition venue du haut sans s’en donner véritablement les moyens.
Si ces conditions sont réunies, nous pouvons alors envisager la mise en place d’une pédagogie différente pour un apprentissage en accord avec notre temps. Nous devons vraiment faire que la classe change comme l’ont fait presque tous les autres espaces de notre entourage le plus immédiat. Sans être la seule réponse possible, la pédagogie inversée est certainement l’une des plus intéressantes actuellement car, comme le dit Marcel Lebrun, elle « est au confluent de trois courants : les approches par compétences, les méthodes actives et un usage « à valeur ajoutée » des technologies de l’information et de la communication considérées à la fois comme outils et comme ressources. »

Des changements pour mieux gérer (le temps de) la classe

classescienceConcrètement dans la classe de FLE, cette pédagogie doit nous permettre de laisser plus de temps à faire des choses dans la langue. On entend encore trop souvent qu’il n’y a pas le temps à réaliser les projets ou tâches proposés en fin d’unité de la plupart des manuels de FLE de ces dernières années. Quelle absurdité ! Et quelle incohérence ! Or, si nous arrivons à gérer différemment ce que nous faisons en classe et ce que nous faisons hors-classe, nous trouverons certainement le temps nécessaire pour que ne passe pas à la trappe ce qui est justement l’objectif ou la motivation de tout ce qui aura été demandé aux apprenants en amont. C’est plus de temps pour mettre en place des activités collaboratives. Si nous voulons que la technologie entre en classe, c’est pour favoriser l’apprentissage. Pourquoi expliquer une règle de grammaire en classe par exemple alors qu’on pourrait la mettre en ligne sous forme de capsule grammaticale à visionner en dehors de la classe (les plus jeunes apprenants savent le faire sans problème). Bien évidemment, cela nécessite de mobiliser de nouveaux savoirs-faire de la part des enseignants comme l’édition de capsules vidéos. Fastidieux si on travaille seul mais ne parle-t-on pas de favoriser le travail collaboratif ? Une nécessité pas seulement entre apprenants mais aussi entre enseignants pour construire ces nouveaux outils qui doivent accompagner ces nouveaux paradigmes de l’apprentissage. Et puis, on peut aussi demander aux élèves de créer leurs propres capsules de français à mettre en ligne. Une façon d’être à la fois créatif, de faire de la grammaire ou du lexique par exemple, de produire en français tout en joignant la technologie… N’est-ce pas plus motivant ?

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Pédagogie inversée : une carte mentale pour bien procéder

Posted by Philippe Liria sur 12/01/2015

cartementale.jpgPetit à petit, la pédagogie inversée est en train de gagner sa place au soleil. Les formations et les sites FLE s’en font de plus en plus l’écho, même si sa mise en place dans la classe de langue semble encore très discrète. Question de temps… Il y a à peine un peu plus de deux ans, c’était les yeux écarquillés que l’on écoutait untel parler d’inverser la classe (à commencer par les miens – à lire). Aujourd’hui, cette pédagogie fait son bonhomme de chemin car elle contribue à merveille à renforcer les tendances actuelles en enseignement/apprentissage des langues : autonomie, implication, responsabilité… On pourrait dire que, même si elle n’est pas nouvelle en soi (je vous renvoie au témoignage de Marcel Lebrun qui expliquait comment il inversait déjà ses cours dans les années 70), plusieurs éléments en favorisent la mise en place. A ce sujet, je vous recommande la lecture d’un article de Sophie Blitman en décembre dernier dans Educprosf.fr (La classe inversée, un véritable bouleversement pédagogique ?). Les cours hybrides qu’on trouve dans plusieurs établissements du réseau AF / IF sont la preuve qu’il faut absolument réfléchir à innover pédagogiquement. Pas question de supprimer la classe, qui doit, à mon avis, rester un lieu privilégié de rencontre mais il faut qu’elle évolue. Nous ne pouvons continuer à concevoir l’enseignement/apprentissage comme il y a 100 ans – et pourtant ! – et la conséquence d’un tel constat entraîne des changements à tous les niveaux (Certains parlent de tsunami numérique pour reprendre le terme d’Emmanuel Davidenkoff). Les institutions doivent réfléchir à de nouvelles façons de faire circuler les savoirs ; les acteurs de la classe – profs et élèves – doivent s’impliquer différemment ; les supports ne peuvent plus être ceux d’hier (en tout cas pas seulement) et nous devons absolument nous interroger sur les nouveaux outils de la classe, notamment sur l’avenir des manuels (sommes-nous en train de refermer la « parenthèse Gutenberg » ? comme l’a déjà suggéré Sauerberg dans ce monde de transition vers le numérique) ; les espaces aussi doivent être revus, qu’ils soient réels ou virtuels et bien entendu les techniques de classe doivent être revisitées (comme ses espaces d’ailleurs) à la lumière de tout ce qui est à la portée des enseignants et des apprenants. Dans ce contexte, sans parler pour autant de formule « miracle » (celle-ci n’existe pas), la pédagogie inversée peut apparaître comme une réponse à une partie de ces questions que nous nous posons face à ces défis de la classe non plus de demain, mais bien d’aujourd’hui, même si l’odeur et la poussière de la craie et la présence de vieux pupitres aux côtés d’un vieux tableau noir à moitié cassé nous rappellent encore trop souvent le XIXè que ce XXIè siècle dans lequel nous nous trouvons pourtant bien.
Mais comment la mettre en place ? Comment procéder pour que cette inversion de la classe prenne ? Quelles sont ses implications ? Quels sont les outils à prendre en compte ? Quel rôle pour chacun ? Elèves et professeurs, bien sûr mais aussi l’administration de l’établissement que ce soit sur les aspects plus techniques et technologiques (place du smartphone dans la classe/école, accès à Internet…) que sur la question pédagogique (l’enseignant doit se sentir soutenu dans sa démarche). Combien d’expériences novatrices sont frustrées par des administrations trop frileuses, craignant de perdre des élèves car le projet pédagogique n’est pas bien expliqué aux parents ou directement aux élèves dans le cas des apprenants adultes ?
C’est à ces questions et bien d’autres encore au sujet de la pédagogie inversée qu’essaie de répondre efficacement Sophie Guichard à travers une carte mentale que vous pouvez retrouver sur Youtube. Ses explications sont claires, accompagnés d’exemples précis qui vont certainement contribuer à diffuser un peu plus ce nouveau « champ de pensée (…) au niveau de la pédagogie » comme elle le dit elle-même. Encore une fois, cet exemple n’appartient pas au domaine de l’enseignement des langues mais à celui des mathématiques. Mais pourquoi les sciences s’y prêteraient-elles plus que les langues ? Ne cherchons-nous pas dans nos classes à favoriser la pratique de la langue ? Pourquoi l’explication de la théorie de Pythagore ou des logarithmes seraient-elles plus passionnante dans une capsule vidéo que celle de la différence entre imparfait et passé composé ? J’espère en tout cas que cette vidéo que j’ai découverte grâce aux excellents liens que propose le Facebook Journées FLE 2014 Institut français d’Espagne (merci Valérie) vous donnera des pistes de travail pour la classe.

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Pédagogie inversée, un livre et une carte

Posted by Philippe Liria sur 02/05/2014

Voici deux informations concernant la pédagogie inversée…

La classe inverséeTout d’abord, une publication en français… Je ne l’ai pas encore lue mais on vient de me signaler – merci Rachel 🙂 -, la sortie en français d’un ouvrage sur la pédagogie inversée qui m’a l’air particulièrement intéressant. Il s’agit de La classe inversée
Technologie de l’éducation
de
Sams et Bergmann aux Éditions Reynald Goulet Inc. (2014). Il s’agit de la traduction de Flip Your Classroom: Reach Every Student in Every Class Every Day‘, livre qui fait référence sur le sujet.
Vous trouverez sur le site de l’éditeur le sommaire, la préface d’Isabelle Nizet, de l’université de Sherbrooke, et le premier chapitre en lecture en ligne.

J’en profite d’ailleurs pour reprendre en français ce qu’est et n’est pas la pédagogie inversée selon les auteurs de ce livre…
La pédagogie inversée, ce N’est PAS :

– Un synonyme de vidéo en ligne. La plupart du temps les personnes qui entendent parler de la pédagogie inversée font le lien avec des vidéos alors que ce qui le plus important, c’est l’interaction et les activités d’apprentissage pleines de sens pendant le temps d’échange ;
– Remplacer les enseignants par des vidéos ;
– Un cours en ligne ;
– Des apprenants travaillant sans structure ;
– Des apprenants qui passeraient leur temps en classe collés à l’écran ;
– Des apprenants qui travailleraient tout seuls dans leur coin.

La pédagogie inversée, C’EST :

– Un moyen d’augmenter le temps d’interaction et de contact personnel entre enseignants et apprenants ;
– Un environnement où les apprenants se responsabilisent de leur propre apprentissage ;
– Une classe où l’enseignant n’est pas le « sage en scène », mais le « guide sur le côté » ;
– Une combinaison entre l’instruction directe et l’apprentissage constructiviste ;
– Un cours où les apprenants absents parce qu’ils ont été malades ou ont dû s’absenter en raison d’activités extrascolaires (compétitions sportives par exemple) ne soient pas à la traine ;
– Un cours où les contenus sont systématiquement archivés pour la révision ou la remédiation ;
– Un cours où les apprenants sont pleinement impliqués dans leur apprentissage ;
– Un lieu qui favorise la pédagogie différenciée.
(traduction libre de l’anglais, version originale : The Flipped Classroom: What it is and What it is not)

La deuxième information, c’est cette carte heuristique que mentionne et commente Marcel Lebrun. Elle présente les différentes phases d’une séquence de pédagogiqe inversée. Scoop.iteLearning – entre pedagogies et technologies – between pedagogy et technology

Détail des 4 phases d’une séquence d’apprentissage en pédagogie inversée dans le premier degré. Différence fondamentale avec le second degré : l’ensemble du processus se passe en classe. Carte mentale établie par Claire Marotine, CPD Tice Marne

Marcel Lebrun‘s insight:

Une bien belle carte reprenant les principes de la classe inversée avec, en détail, certaines phases de l’enseignement stratégique : contextualisation, décontextualisation, recontextualisation … Je m’y retrouve pas mal. Cela pose la question de savoir si la première phase (en préalable aux activités et interactivités en classe) doit être une partie théorique (la matière, les fondements …) ou alors la quête des éléments de contextes qui seraient amenés en classe par les élèves. Amener la théorie en dehors de la classe ou amener les contextes dans la classe ?

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A voir… conférence inversée et débat avec Marcel Lebrun

Posted by Philippe Liria sur 19/03/2014

La classe inversée… Nous en parlons de plus en plus mais savons-nous comment la mettre en place ? C’est certainement la question qui revient le plus souvent quand on la cite. En effet, il ne suffit pas de demander aux élèves de regarder une vidéo avant de venir en classe. Comme il le signale, il faut baliser le cours, préparer des questions… Bref, ça se prépare : une scénarisation pédagogique est nécessaire. Cette petite vidéo qu’a préparée Marcel Lebrun nous rappelle les principes de la classe inversée mais surtout, nous présente une proposition de déroulé du cours sur un temps donné où sont définis les différentes étapes à suivre et le rôle qu’auront les étudiants à chaque moment. Il est intéressant aussi de voir les opinions des élèves sur ce type de cours et une remarque intéressante sur le besoin de développer les savoirs autour du travail collaboratif. On en peut pas se contenter de dire qu’il faut le mettre en place, il faut aussi apprendre aux élèves à travailler de la sorte.

Le cas que nous présente Marcel Lebrun ne concerne évidemment pas le FLE mais je pense qu’il serait tout à fait possible d’extrapoler ce modèle de classe et de l’appliquer au cours de français. Nous commençons de plus en plus à parler de cours hybrides comme nous l’avons vu lors de certaines présentations lors du congrès des SEDIFRALE.
Conférence inversée - Marcel Lebrun
Pourquoi ce type de classe devrait-il être réservé aux cours de sciences ? Pourquoi ne pas s’appuyer en revanche sur ces expériences et ces modèles de scénarisation pour les transposer au cours de langue ?

Ne vous contentez pas de regarder les 12 minutes de « conférence inversée » mais aussi la deuxième partie qui est la vidéo du débat en présentiel. Marcel Lebrun y aborde l’évaluation, les compétences, la motivation, le rapport entre l’apprenant et l’apprentissage, la réussite « académique », le rôle de l’enseignant et ses nouveaux rapports avec les apprenants (puisqu’il en est plus proche)…
La classe inversée - Marcel Lebrun (le débat)

Et ce qui est clair, c’est que la classe inversée doit favoriser le travail d’équipe, indispensable dans des processus hybrides comme celui-ci et développer aussi le travail en présentiel non seulement sur la mise ne place de compétences mais aussi des savoirs. Mais travailler ensemble pour faire des choses ensemble… Eh bien, cela aussi ça s’apprend !

Ces vidéos sont bien entendu disponibles sur le blog de Marcel Lebrun.

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Les tablettes en classe… La réflexion continue

Posted by Philippe Liria sur 22/12/2013

(ce billet est une mise à jour de celui publié en juillet 2013)

marcel_lebrunJ’ai très récemment publié un billet sur l’entrée de la tablette dans nos cours de langue tout en invitant à la réflexion sur leur place dans l’enseignement/apprentissage mais pas seulement. En effet, il s’agissait aussi de poser quelques questions autour de nos pratiques de classe : si celles-ci ne changent pas, nous aurons beau changer et moderniser les outils, cela ne servira pas à grand-chose. Il existe apparemment un consensus sur ce point comme le montre deux documents que j’ai eu sous les yeux cette semaine et que je souhaite partager avec mes lecteurs.

Le premier est une vidéo diffusée sur la chaine youtube de Ludoviamagazine, dans laquelle Marcel Lebrun (si vous ne le connaissez pas, rendez-vous sur son blog) évoque la nécessité de changer les pratiques d’enseignement à partir d’une réflexion autour de la technopédagogie.

Le deuxième est un billet particulièrement intéressant de Maéva Deshayes sur « l’émergence d’un questionnement au sujet des utilisations de tablettes tactiles dans le cadre d’une institution de formation privée berlinoise » où l’auteure enseigne le Français Langue Étrangère. Dans ce billet publié dans le magazine en ligne Adjectif, consacré à la place des technologies dans l’éducation, elle propose « de partager une réflexion modeste, basée sur des observations et des échanges plutôt informels, au sujet de l’insertion de ces appareils dans son activité et celle de ses collègues. » Récit de pratiques de classe, cette réflexion débouche sur une conclusion qui nous donne des pistes sur l’utilité de la tablette en classe de langue. Support, la tablette permet de développer différentes compétences qui mobiliseront les apprentissages visuels, auditifs, kinesthétiques… Bref, comme son auteure le souligne, il s’agit d’un outil « qui permet une diversification de l’approche pédagogique extrêmement fructueuse ». Bien entendu, reste la question de la formation des enseignants. Je soulève souvent cette question mais elle est bien au centre du développement de cet outil : nous ne pouvons compter que sur l’auto-formation et je rejoins entièrement Maéva Deshayes quand elle écrit qu’il « serait aussi judicieux de développer des formations spécifiques pour ces derniers. »

Juan Lopez Valcarcel - brief history of how technology changed educationFinalement, et pour aller au-delà de cette réflexion sur l’usage de la tablette, il est temps que nous prenions le temps d’analayser la mise en place des nouveaux outils liés à l’apprentissage. Ce qui est certains, c’est que ceux-ci contribuent à une nouvelle diffusion des savoirs sans passer par les circuits traditionnels et formels qui continuent à dominer le monde. C’est un peu ce que cherche à expliquer Juan López Valcárcel, directeur de développement numérique chez Pearson (Education Technology, Always Learning), dans une vidéo où apparaissent de nombreux exemples d’évolution où, là encore, sont en étroite relation apprentissage et technologie, que ce soit dans un village d’Éthiopie (cf. article Rue 89), dans les écoles maternelles de Corée du sud, sur les MOOC et dans les réseaux sociaux. Mais attention, il ne s’agit pas d’applaudir toutes ces initiatives sans y poser un oeil critique car laisser aux mains de la technologie l’acquisition des savoirs, c’est peut-être aussi accorder une trop grande place aux fabricants de ces noouveaux outils. Or, il faudrait aussi qu’on prenne le temps d’analyser les effets réels sur l’apprentissage car, comme le rappelait Lucien Marboeuf dans un artcile critique sur cette expérience éthiopienne, « savoir l’alphabet n’est pas savoir lire ».

Pour aller plus loin :
Le café pédagogique nous propose un dossier très intéressant sur les tablettes : La tablette fait son entrée à l’école…

Ce sont six billets à lire pour mieux comprendre les enjeux des tablettes en classe. J’en reproduis le chapeau et vous invite vivement à les lire, même s’il ne concerne pas directement le domaine de l’enseignement des langues et du FLE, je crois qu’il est important de voir ce qui se fait ici et là afin de retenir les meilleures idées pour améliorer le cours de français.

La tablette fait son entrée à l’école … Une frénésie justifiée ? par Michèle Drechsler (publié le 4/11/2013)

Nous assistons actuellement à une frénésie mondiale autour de l’usage de la tablette à l’école. Selon le journal Le Monde, en matière d’équipement des écoles, les établissements américains ont déjà dépensé 5 milliards de dollars. La Grande-Bretagne, elle, a dépensé 194 millions de livres (226 millions d’euros) pour offrir 300 000 machines à ses élèves. De son côté, le District scolaire de Los Angeles, a signé un contrat de 30 millions de dollars avec Apple pour équiper 47 de ses écoles primaires d’iPad cet automne. Depuis cette rentrée scolaire, la Thaïlande a doté chaque élève d’un ordinateur à l’entrée du CP et un million d’enfants sont équipés d’une ardoise tactile qui est devenue l’instrument de base du cartable de l’écolier. Si 80 % des Français jugent l’utilisation des tablettes tactiles à l’école utile, selon le 7e baromètre trimestriel de l’économie numérique de la Chaire économique de l’université Paris-Dauphine, cette frénésie n’est-elle qu’un effet de mode ou bien la tablette doit-elle s’imposer à l’école pour devenir désormais un outil personnel d’apprentissage incontournable ? Apprend-on mieux avec une tablette ?

Le ministère réfléchit à l’écosystème des tablettes par François Jarraud (publié le 5/11/2013)

Que pense le ministère de l’introduction des tablettes en classe ? Habitué des grands plans numériques, le système éducatif lève les yeux automatiquement vers lui pour y lire l’avenir. Mais la rue de Grenelle fait profil bas. L’heure n’est plus aux grands plans nationaux mais au dialogue avec les collectivités territoriales. Ce qui n’empêche pas le ministère de cadrer la réflexion sur les usages et les choix.

Tablettes : Des couteaux suisses dans un collège breton , entretien avec Jacques-Olivier Martin, enseignant au collège Leonard de Vinci à Saint-Brieuc. Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut

Jacques-Olivier Martin enseigne le français au collège Leonard de Vinci à Saint-Brieuc, un des 23 « collèges connectés » de France. Il est aussi formateur aux usages pédagogiques du numérique dans le réseau « Résentice » de l’académie de Rennes. Il occupe ainsi un poste privilégié pour éclairer les spécificités, les intérêts, les difficultés d’un enseignement réinventé par le numérique en général, par les tablettes en particulier, définies comme des « couteaux suisses pédagogiques ». Renouveler les outils, reconfigurer les rôles, reconstruire les espaces, redonner du sens : les défis sont importants, car selon lui susceptibles de ressusciter un « enthousiasme propice à l’apprentissage ».

Les tablettes en situation de handicap . Propos recueillis par Ange Ansour

A l’heure où les outils et pratiques numériques sont appelés à transformer nos classes, David Hébert, professeur des écoles et maître spécialisé E, s’interroge sur leur apport pour les élèves handicapés qui lui sont confiés. La surface tactile et fluide des Ipads serait-elle un support privilégié des apprentissages pour les élèves en situation d’handicap, notamment praxique ?

Les tablettes en lettres : panorama d’usages , un très riche « tour d’horizon » réalisé par Jean-Michel Le Baut (publié le 8/11/2013)

Lecture, écriture, langue, histoire des arts … : aucun domaine de l’enseignement du français ne semble devoir rester étranger aux tablettes. Selon les enseignants qui l’utilisent pour réinventer leur pédagogie, cette machine à lire-écrire-publier semble avoir des vertus diverses, notamment de mettre les élèves en activité, voire en mouvement, de générer des apprentissages plus personnalisés ou plus collaboratifs, de renforcer la créativité et la motivation. Petit tour d’horizon des expérimentations pour susciter des envies, piocher des idées, découvrir des applications et des usages possibles …

Les tablettes numériques expérimentées au CDI, par Géraldine Sala

De nombreuses académies ont lancé des projets liés à l’usage des tablettes numériques, afin de faciliter l’intégration des ressources numériques dans les pratiques pédagogiques. Les professeurs documentalistes, en tant que responsables des centres de ressources et d’accès à l’information, sont particulièrement impliqués dans le développement de ces nouveaux supports de lecture.

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La pédagogie inversée sera prochainement l’invitée des Matinées du e-learning

Posted by Philippe Liria sur 22/09/2013

pedagogie_inverse_schemaDepuis quelques mois déjà, je reviens régulièrement à travers des notes et billets sur la pédagogie inversée. Cette scénarisation pédagogique mérite certainement une attention toute particulière dans un moment où nous sommes en train de repenser les façons de faire classe. Et justement ce matin, Marcel Lebrun, spécialiste en technologies de l’éducation, a publié sur son Facebook l’annonce d’une intervention qu’il réalisera le 14 octobre 2013 sur le sujet : ‘Flipped classroom’ : pédagogie inversée et scénarisation pédagogique dans le cadre des Matinées du e-learning.
C’est ce qui m’a justement permis de découvrir en plus cette excellente initiative qui entre dans sa quatrième saison et dont le but est d’aborder à travers des conférences-ateliers autour de méthodes pédagogiques innovantes, l’impact des technologies sur l’apprentissage et les lieux d’apprentissage. Co-organisées par les Universités Lyon2 et Lyon3, l’INSA de Lyon, L’ENS de Lyon, VétagroSup, l’Ecole Centrale de Lyon, l’IEP de Lyon et l’Université de Lyon, ces matinées proposent donc cinq sessions par an de réflexion autour l’e-learning, afin de permettre « une meilleure maîtrise des outils numériques » comme le revendique leur slogan.
La conférence de Marcel Lebrun analysera La scénarisation pédagogique « flipped classrooms » puis un autre intervenant s’intéressera plus particulièrement aux « droits applicables aux modules pédagogiques ».
Le site des Matinées du e-learning propose aussi de retrouver les principales interventions en vidéo : différents thèmes y sont traités comme l’Open education, les mondes virtuels, Twitter, les cartes heuristiques… Particulièrement intéressantes aussi, et en lien direct avec l’utilisation des technologies, les interventions autour des réflexions sur les droits (d’auteur, droits d’image, plagiat, contrefaçon, emprunt, exceptions pédagogiques…), un monde complexe que nous maitrisons mal, voire pas du tout et auquel nous sommes pourtant régulièrement confrontés, non seulement ceux, qui comme moi travaillons dans l’édition mais aussi enseignants et apprenants qui utilisent de plus en plus de ressources en ligne pour faire nos blogs, nos diaporamas, etc. et surtout de les diffuser.

Pour en revenir à la pédagogie inversée, alors que la Khan Academy vient de faire son entrée en France (toute la presse française en parle depuis la fin août), je constate, je ne sais si par méconnaissance ou reticence, que celle-ci n’a pas l’air de trop séduire l’enseignant FLE. Je me trompe peut-être et suis demandeur d’exemples de mise en place d’expériences en classe de français langue étrangère de cette pédagogie. Nous y reviendrons certainement…

Pour en savoir plus sur :
Les matinées du e-learning : Les matinées du e-learning

Au sujet du Khan Academy en France à travers la presse :
Khan Academy Français
Le ‘Khan Academy’ arrive en France. (France culture)
Khan Academy : l’école de demain arrive en France. (Franceinfo)
L’éducation face à la révolution des MOOC. (Les Échos)

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