Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

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Bogota 2018, vers le renouveau du français

Posted by Philippe Liria sur 20/06/2017

(source : Wikipedia)

Enseignement du français en Amérique Latine : du repli au renouveau”, c’est sous ce titre que Javier Reyes, le président récemment reconduit d’ACOLPROF, a annoncé depuis Cali à l’occasion du congrès de l’association colombienne des professeurs de français le lancement de la XVIIè édition des SEDIFRALE. Si la situation du français du côté de l’Amérique Latine vous intéresse, bloquez d’ores et déjà les dates du grand Rendez-vous (avec un R majuscule) des professionnels de notre langue en 2018. Et pas n’importe où… à Bogota ! Organisées par ACOLPROF et la COPALC sous l’égide de la FIPF, cet événement se tiendra donc dans la capitale colombienne, ce qui n’est pas le fait du hasard mais bien parce que le français jouit en Colombie d’une bonne santé (ou devrais-je dire d’un regain de santé ?). En bon râleur, je devrais aussi ajouter qu’il pourrait aller mieux ! Mais il traverse une situation encourageante dans un panorama régional plutôt désolant où on y respire plus le repli que le renouveau.

Bogota avait été désignée en 2014 lors de la dernière édition des SEDIFRALE, c’était à Heredia au Costa Rica. Maintenant c’est parti pour de bon : le site est officiellement ouvert pour y découvrir le nom de quelques intervenants de prestige (Louis-Jean Calvet, Jean-Marie Klinkenberg…) et avec déjà une partie des informations pratiques pour commencer à envoyer les propositions de communication ou tout simplement à mettre quelques économies de côté pour participer à cette grande rencontre des professeurs de français depuis Rio Bravo jusqu’à Ushuaia et de Recife à Lima. Il serait bien dommage de passer à côté !

Javier Reyes, président d’ACOLPROF lors du congrès de Cali – Juin 2017 (Photo: P. LIRIA)

Accueillie par l’Universidad javeriana (qui vient d’accueillir les Assises du français), cette XIIè édition ne sera pas de tout repos au regard des ambitieux mais nécessaires objectifs qu’elle s’est fixés si on en croit la présentation qui en est faite sur le site officiel : “réunir les principaux acteurs de l’enseignement/apprentissage du français afin de proposer une réflexion sur des sujets concernant l’enseignement de la langue française, de fixer une feuille de route et de continuer à développer des stratégies pour enseigner la langue dans l’avenir.” Il y a du pain sur la planche ! A commencer par la Colombie : parce que même si le français est présent dans les universités (croisons les doigts pour que les réformes ne changent cette tendance), sa présence dans les collèges privés ne tient que de la bonne volonté des directions de ces établissements ; quant à la présence de notre langue dans le public, elle est tellement anecdotique qu’il est plus facile de trouver une aiguille dans une botte de foin qu’un petit Colombien (du public) étudiant le français. A noter cependant les efforts faits (je devrais dire le combat de Marcela Echevarri, la directrice de l’AF de Manizales) du côté de l’Eje cafetero (la région cafetière : Manizales, Pereira, Armenia) pour qu’il en soit autrement. Mais si on regarde ce qui se passe dans les pays voisins, ça ne va guère mieux – et je suis gentil – : en Equateur, on promet une éternelle réintroduction du français dans les programmes mais on a surtout l’impression qu’on tourne en rond au rythme des responsables du ministère de l’Education qui valsent en permanence ; au Pérou, retirez l’Alliance française avec son réseau d’Excellence et c’est le français qui disparaît ! Les amitiés politiques franco-péruviennes si souvent mises en avant dans les e-albums photos institutionnels n’ont pas l’air d’avoir de répercutions face au tout-anglais du système péruvien. Certes, j’exagère un peu quoique… pas tant que ça ! Et puis, il y a des pays comme le Costa Rica (avec la dynamique équipe d’ACOPROF) ou la République dominicaine qui sont là pour rappeler que le français peut avoir sa place dans les programmes scolaires (+ de 1000 enseignants de français dans le pays centroaméricain, ce qui permet aux petits Costariciens des zones les plus reculées d’apprendre notre langue). Bref, pas question de faire la liste ici, laissons les participants dresser l’état des lieux de l’enseignement de notre langue en Amérique latine. C’est bien sûr une affaire de politiques linguistiques où ne manquent pas les conflits d’intérêt.
Un autre point qui sera présent dans ces SEDIFRALE, c’est l’amélioration des processus d’enseignement/apprentissage de la langue. L’amour de la langue ne suffit pas, même s’il est fondamental, pour garantir un apprentissage efficace selon les critères établis par le CECR certes, mais adaptés aux besoins régionaux. Et en prenant compte des réalités diverses. A ce sujet, des ateliers autour de l’enseignement dans les grands groupes seraient certainement les bienvenus. Ou encore les questions de la place du numérique justement dans des pays où il est souvent plus facile de jouer sur un clavier de smartphone que de tourner les pages d’un manuel. L’admirable travail mené depuis les universités colombiennes pour former les futurs enseignants va clairement dans ce sens et peut être un exemple à suivre pour de nombreux pays de la région.
Cette question ne saurait être détachée d’une autre intrinsèquement liée, c’est celle du statut des enseignants et de leurs conditions de travail. Eternel sujet que j’avais eu l’occasion d’aborder il y a déjà plus de 5 ans (cf. article sur le statut du professeur FLE) et qui hélas n’a guère évolué. Il est absolument nécessaire de chercher à donner un vrai statut à des professionnels hyperdiplomés mais trop souvent victimes de contrats précaires et par conséquent payés au lance-pierres. Une situation souvent dénoncée d’ailleurs par ACOLPROF qui ne manque pas de le rappeler aux institutions qui derrière le prestige de leur jolie façade oublient que pour leur bon fonctionnement, elles ont besoin de ces professionnels qu’elles négligent trop souvent.

Faites confiance aux organisateurs, il y a aura forcément de superbes à-côtés faits de spectacles et de fêtes, nécessaires après des journées de travail qui s’annoncent donc chargées et espérons-le, productives.

Le français en Amérique latine peut avoir un bel avenir. Si nous voulons que cette sensation de renouveau qu’on respire en Colombie ne soit pas un épiphénomène – c’est tellement plus facile d’opter pour le repli -, il va falloir travailler avec énergie. Les associations de professeurs ont un rôle à jouer dans ce renouveau sans attendre que la France ne bouge mais par contre, grâce à leurs actions, la forcer à se bouger.

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