Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

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La place de la tablette en FLE… Laurent Carlier en parle dans Les Arts du FLE (mise à jour : 15/11/14)

Posted by Philippe Liria sur 05/10/2014

lcarlierLaurent Carlier est certainement l’un des meilleurs experts de l’utilisation de la tablette en classe de FLE. J’avais eu l’occasion de faire référence aux formations qu’il anime dans un article sur la place des tablettes dans la classe d’aujourd’hui, une place croissante et qui donnera sans aucun doute plus de sens à la place du numérique que tous ces TNI qui ont certainement enrichi mais pas la classe ! En ce mois d’octobre, Les arts du FLE, le blog qu’anime Sébastien Durietz, proposent de parler avec Laurent Carlier de l’enseignement en FLE et de la place des tablettes en classe. Ecoutez le podcast.artworks-000092691105-egxmsg-t200x200 Et puis, dans le prolongement de cette interview, vous pouvez trouver sur le site de Franc-parler deux de ses articles sur la question. L’un sur l’utilité des tablettes, en tant qu’outil à la fois simple à utiliser et qui donne à ses utilisateurs, enseignants ou apprenants, un large éventail de possibilités pédagogiques pour la classe. L’autre s’interroge sur les applications « pertinentes » pour la classe. L’article contient aussi des conseils aussi bien techniques que pédagogiques sur l’utilisation plus général du numérique, notamment la gestion de la classe. Et comme le rappelle Laurent Carlier, la réussite d’une bonne intégration du numérique en classe ne passe pas que par le bon équipement mais aussi par la formation et l’accompagnement.

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Pour que la tablette entre dans nos classes

Posted by Philippe Liria sur 30/06/2013

tablette_en_classePendant que la presse française nous parle de ces jeunes Sud-coréens que la technologie numérique abêtirait (Corée du Sud : les jeunes risquent la «démence digitale», Le Figaro 27/06/13), voilà qu’Obama, s’inspirant du modèle du pays asiatique lance un plan quinquennal pour passer au tout digital dans les écoles ! (Discours d’Obama, 06/06/13). President Obama Speaks on Technology in Schools
Je me souviens encore des discours alarmistes autour d’Internet il y a une quinzaine d’années dans une France qui continuait à ne jurer que par le Minitel. Il fallut à l’époque un discours de Jospin pour que tout à coup Internet, cette invention du diable, ait le droit d’être autre chose qu’un antre où se donnaient rendez-vous les esprits les plus vicieux de la République. Internet allait effectivement changer nos pratiques et nous ouvrir sur le monde. Notre universalité en prenait un coup car soudain, grâce à la Toile, nous nous rendions compte que l’Univers était multiple, varié… Bref, Internet nous obligeait à relativiser notre logique cartésienne. Et à mettre au placard, en juin 2012 !, les 3614, 3615…minitel
Laissons les journalistes français gloser sur les maux du réseau et intéressons-nous plutôt à ce qui se passe outre-atlantique. En effet, la révolution que propose Obama n’est pas simplement technologique. Je dirais même que celle-ci n’est qu’un des trois points qui constituent l’axe de son discours. Certes, il en occupe la première place car il est foncièrement nécessaire pour la mise en place des deux autres. Des fonds vont être débloqués pour permettre qu’en 5 ans les écoles publiques soient équipées de façon à ce que le vrai changement, celui au niveau de la pédagogie, puisse se produire. On voit déjà comment en Californie, plus précisément dans le district de Los Angeles, quelque 45000 tablettes ont été distribuées dans les écoles. Ce n’est qu’un début (ce chiffre ne représente même pas 8% des tablettes nécessaires pour couvrir la population scolaire de Californie).
Le vrai changement, et c’est ce point qui nous intéresse, c’est celui qui va devoir nécessairement accompagner le nouvel outil. En effet, le constat qui est fait montre que les pratiques de classe n’ont guère évolué avec l’entrée des outils numériques : on continue à enseigner comme avant sans se demander, en plus, si on apprend comme avant. Or, l’accès généralisé à l’information et les activités que nous permettent de réaliser les nouveaux supports, notamment grâce aux applications, nous montrent bien qu’on ne peut pas continuer à considérer l’apprentissage de la même façon qu’avant. Il va donc falloir accompagner le changement technologique d’un véritable plan de formation des enseignants (point 2) et d’un refonte complète des contenus (point 3).
On ne peut plus continuer à faire la classe comme avant ni prétendre que le flux enseignement/apprentissage fonctionne de la même manière si l’apprenant à entre les mains une tablette, qu’elle soit connectée ou pas.
Et on ne peut pas fermer les yeux face à ce changement. Nous ne pouvons pas nous comporter comme ceux qui s’accrochaient à leur Minitel tel une vieille planche flottant au milieu de l’océan pendant que le reste du monde naviguait déjà sur Internet. Nous devons comprendre qu’un gamin qui a entre ses mains une tablette n’attend pas de voir à l’intérieur quelque chose qui rappellerait un manuel, quand bien même les effets simuleraient à merveille le passage d’une page à l’autre. Non, il faut, justement, tourner la page et passer à autre chose ! Le matériel didactique que l’enseignant va utiliser dans la classe ou faire utiliser à la maison en vue de préparer des activités de classe devra forcément développer une interaction entre utilisateur/apprenant et tablette/ressource. Et ce matériel devra être suffisamment attrayant pour que l’apprenant n’ait pas envie de passer à autre chose trop vite. Pas simple ! Mais ne pas le faire, c’est comme si dans le domaine du jeu, les développeurs continuaient à proposer des matchs de tennis ou des courses de F1 comme ceux de Mattel et de Nintendo du début des années 80. Le secteur éditorial aux États-Unis en est conscient et c’est pourquoi on lit régulièrement que Pearson ou Mc Graw Hill Education, pour ne citer que deux géants, rachètent des sociétés spécialisées dans le développement de produits technologiques destinés aux apprenants et qui s’adaptent à leurs besoins (lire : McGraw-Hill Education to buy adaptive tech firm). videogame
Pourtant, il faut bien l’admettre, et surtout en matière de FLE, ce qui existe rappelle un peu ces premiers modèles de voiture de la fin du XIXe / début XXe : des diligences avec un moteur mais pas de vraies voitures. Il est temps que nous comprenions que les enfants ont besoin de contenus pour apprendre le français qui soient vraiment conçus pour le nouveau support.vieille_voiture
Ces nouveaux contenus devront forcément être accompagnés de formation, comme celles qui se mettent en place aux Etats-Unis, car le rôle même de l’enseignant change. On en parle depuis longtemps quand il est question de enseignant/guide et l’approche actionnelle en a favorisé le développement, mais on peut aisément imaginer que le bouleversement va se produire avec la généralisation de la tablette. En effet, la tablette, connectée au reste du monde, fait véritablement tomber les murs de la classe et fait entrer la langue, sous toutes ses formes, dans l’espace-classe. Un bouleversement qui va justifier la mise en place d’une pédagogie inversée, de plus en plus courante dans le domaine des sciences, mais dont la présence reste encore timide en FLE. Il va donc falloir apprendre à gérer différemment le temps et l’espace dans la classe mais aussi l’apprentissage. La tablette va renforcer un apprentissage basé sur la différenciation de façon à mettre en avant les compétences de chaque élève dans le but qu’il/elle réussisse le mieux possible à réaliser ce qu’on attend de lui.
Une formation nécessaire pour apprendre à gérer la classe et éviter les écueils, qui ne manquent pas, comme la distraction, l’éparpillement… On imagine aussi les questions autour de la santé (mal de dos causé par les manuels vs mal d’yeux causé par les écrans), de l’accès à l’information (sans wifi et internet, on perd une partie de l’information alors que le manuel contient tout)… Et je pourrais continuer avec une longue liste d’arguments que les opposants à la tablette ressortent à chaque fois qu’on essaie d’en défendre les avantages. tablette_en_classe_2
Personnellement, je pense qu’il ne faut pas crier haro sur le baudet mais plutôt analyser tranquillement mais sûrement avantages et inconvénients de l’emploi de la tablette en classe de FLE. La tablette, comme Internet lorsqu’il s’est généralisé, n’est qu’un support : tout dépend de ce qu’on y mettra pour la classe et comment on s’en servira. Il y a bien sûr des expériences intéressantes qui sont menées ici et là en Europe, et qui confirme l’intérêt à développer un enseignement qui motive les plus jeunes à partir de la tablette mais celles-ci partent de contenus présents en ligne et non pas de contenus spécialement élaborés pour favoriser l’apprentissage à partir de la tablette. (v.
Utiliser des tablettes en cours de langues, article de Franck Dubois).
Mais tranquillement ne doit pas être synonyme de s’endormir sur ses lauriers. Il est temps de lancer en FLE une vaste réflexion sur l’usage de la tablette avec l’ensemble des acteurs (éditeurs, enseignants, formateurs de formateurs, institutions, élèves) pour définir et développer des contenus à la hauteur des attentes des apprenants. Et bien sûr se donner les moyens pour le faire si nous ne voulons pas que ce soit l’industrie états-unienne de l’enseignement qui nous impose ses critères.

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