Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

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Les tablettes en classe… La réflexion continue

Posted by Philippe Liria sur 22/12/2013

(ce billet est une mise à jour de celui publié en juillet 2013)

marcel_lebrunJ’ai très récemment publié un billet sur l’entrée de la tablette dans nos cours de langue tout en invitant à la réflexion sur leur place dans l’enseignement/apprentissage mais pas seulement. En effet, il s’agissait aussi de poser quelques questions autour de nos pratiques de classe : si celles-ci ne changent pas, nous aurons beau changer et moderniser les outils, cela ne servira pas à grand-chose. Il existe apparemment un consensus sur ce point comme le montre deux documents que j’ai eu sous les yeux cette semaine et que je souhaite partager avec mes lecteurs.

Le premier est une vidéo diffusée sur la chaine youtube de Ludoviamagazine, dans laquelle Marcel Lebrun (si vous ne le connaissez pas, rendez-vous sur son blog) évoque la nécessité de changer les pratiques d’enseignement à partir d’une réflexion autour de la technopédagogie.

Le deuxième est un billet particulièrement intéressant de Maéva Deshayes sur « l’émergence d’un questionnement au sujet des utilisations de tablettes tactiles dans le cadre d’une institution de formation privée berlinoise » où l’auteure enseigne le Français Langue Étrangère. Dans ce billet publié dans le magazine en ligne Adjectif, consacré à la place des technologies dans l’éducation, elle propose « de partager une réflexion modeste, basée sur des observations et des échanges plutôt informels, au sujet de l’insertion de ces appareils dans son activité et celle de ses collègues. » Récit de pratiques de classe, cette réflexion débouche sur une conclusion qui nous donne des pistes sur l’utilité de la tablette en classe de langue. Support, la tablette permet de développer différentes compétences qui mobiliseront les apprentissages visuels, auditifs, kinesthétiques… Bref, comme son auteure le souligne, il s’agit d’un outil « qui permet une diversification de l’approche pédagogique extrêmement fructueuse ». Bien entendu, reste la question de la formation des enseignants. Je soulève souvent cette question mais elle est bien au centre du développement de cet outil : nous ne pouvons compter que sur l’auto-formation et je rejoins entièrement Maéva Deshayes quand elle écrit qu’il « serait aussi judicieux de développer des formations spécifiques pour ces derniers. »

Juan Lopez Valcarcel - brief history of how technology changed educationFinalement, et pour aller au-delà de cette réflexion sur l’usage de la tablette, il est temps que nous prenions le temps d’analayser la mise en place des nouveaux outils liés à l’apprentissage. Ce qui est certains, c’est que ceux-ci contribuent à une nouvelle diffusion des savoirs sans passer par les circuits traditionnels et formels qui continuent à dominer le monde. C’est un peu ce que cherche à expliquer Juan López Valcárcel, directeur de développement numérique chez Pearson (Education Technology, Always Learning), dans une vidéo où apparaissent de nombreux exemples d’évolution où, là encore, sont en étroite relation apprentissage et technologie, que ce soit dans un village d’Éthiopie (cf. article Rue 89), dans les écoles maternelles de Corée du sud, sur les MOOC et dans les réseaux sociaux. Mais attention, il ne s’agit pas d’applaudir toutes ces initiatives sans y poser un oeil critique car laisser aux mains de la technologie l’acquisition des savoirs, c’est peut-être aussi accorder une trop grande place aux fabricants de ces noouveaux outils. Or, il faudrait aussi qu’on prenne le temps d’analyser les effets réels sur l’apprentissage car, comme le rappelait Lucien Marboeuf dans un artcile critique sur cette expérience éthiopienne, « savoir l’alphabet n’est pas savoir lire ».

Pour aller plus loin :
Le café pédagogique nous propose un dossier très intéressant sur les tablettes : La tablette fait son entrée à l’école…

Ce sont six billets à lire pour mieux comprendre les enjeux des tablettes en classe. J’en reproduis le chapeau et vous invite vivement à les lire, même s’il ne concerne pas directement le domaine de l’enseignement des langues et du FLE, je crois qu’il est important de voir ce qui se fait ici et là afin de retenir les meilleures idées pour améliorer le cours de français.

La tablette fait son entrée à l’école … Une frénésie justifiée ? par Michèle Drechsler (publié le 4/11/2013)

Nous assistons actuellement à une frénésie mondiale autour de l’usage de la tablette à l’école. Selon le journal Le Monde, en matière d’équipement des écoles, les établissements américains ont déjà dépensé 5 milliards de dollars. La Grande-Bretagne, elle, a dépensé 194 millions de livres (226 millions d’euros) pour offrir 300 000 machines à ses élèves. De son côté, le District scolaire de Los Angeles, a signé un contrat de 30 millions de dollars avec Apple pour équiper 47 de ses écoles primaires d’iPad cet automne. Depuis cette rentrée scolaire, la Thaïlande a doté chaque élève d’un ordinateur à l’entrée du CP et un million d’enfants sont équipés d’une ardoise tactile qui est devenue l’instrument de base du cartable de l’écolier. Si 80 % des Français jugent l’utilisation des tablettes tactiles à l’école utile, selon le 7e baromètre trimestriel de l’économie numérique de la Chaire économique de l’université Paris-Dauphine, cette frénésie n’est-elle qu’un effet de mode ou bien la tablette doit-elle s’imposer à l’école pour devenir désormais un outil personnel d’apprentissage incontournable ? Apprend-on mieux avec une tablette ?

Le ministère réfléchit à l’écosystème des tablettes par François Jarraud (publié le 5/11/2013)

Que pense le ministère de l’introduction des tablettes en classe ? Habitué des grands plans numériques, le système éducatif lève les yeux automatiquement vers lui pour y lire l’avenir. Mais la rue de Grenelle fait profil bas. L’heure n’est plus aux grands plans nationaux mais au dialogue avec les collectivités territoriales. Ce qui n’empêche pas le ministère de cadrer la réflexion sur les usages et les choix.

Tablettes : Des couteaux suisses dans un collège breton , entretien avec Jacques-Olivier Martin, enseignant au collège Leonard de Vinci à Saint-Brieuc. Propos recueillis par Jean-Michel Le Baut

Jacques-Olivier Martin enseigne le français au collège Leonard de Vinci à Saint-Brieuc, un des 23 « collèges connectés » de France. Il est aussi formateur aux usages pédagogiques du numérique dans le réseau « Résentice » de l’académie de Rennes. Il occupe ainsi un poste privilégié pour éclairer les spécificités, les intérêts, les difficultés d’un enseignement réinventé par le numérique en général, par les tablettes en particulier, définies comme des « couteaux suisses pédagogiques ». Renouveler les outils, reconfigurer les rôles, reconstruire les espaces, redonner du sens : les défis sont importants, car selon lui susceptibles de ressusciter un « enthousiasme propice à l’apprentissage ».

Les tablettes en situation de handicap . Propos recueillis par Ange Ansour

A l’heure où les outils et pratiques numériques sont appelés à transformer nos classes, David Hébert, professeur des écoles et maître spécialisé E, s’interroge sur leur apport pour les élèves handicapés qui lui sont confiés. La surface tactile et fluide des Ipads serait-elle un support privilégié des apprentissages pour les élèves en situation d’handicap, notamment praxique ?

Les tablettes en lettres : panorama d’usages , un très riche « tour d’horizon » réalisé par Jean-Michel Le Baut (publié le 8/11/2013)

Lecture, écriture, langue, histoire des arts … : aucun domaine de l’enseignement du français ne semble devoir rester étranger aux tablettes. Selon les enseignants qui l’utilisent pour réinventer leur pédagogie, cette machine à lire-écrire-publier semble avoir des vertus diverses, notamment de mettre les élèves en activité, voire en mouvement, de générer des apprentissages plus personnalisés ou plus collaboratifs, de renforcer la créativité et la motivation. Petit tour d’horizon des expérimentations pour susciter des envies, piocher des idées, découvrir des applications et des usages possibles …

Les tablettes numériques expérimentées au CDI, par Géraldine Sala

De nombreuses académies ont lancé des projets liés à l’usage des tablettes numériques, afin de faciliter l’intégration des ressources numériques dans les pratiques pédagogiques. Les professeurs documentalistes, en tant que responsables des centres de ressources et d’accès à l’information, sont particulièrement impliqués dans le développement de ces nouveaux supports de lecture.

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Pour que la tablette entre dans nos classes

Posted by Philippe Liria sur 30/06/2013

tablette_en_classePendant que la presse française nous parle de ces jeunes Sud-coréens que la technologie numérique abêtirait (Corée du Sud : les jeunes risquent la «démence digitale», Le Figaro 27/06/13), voilà qu’Obama, s’inspirant du modèle du pays asiatique lance un plan quinquennal pour passer au tout digital dans les écoles ! (Discours d’Obama, 06/06/13). President Obama Speaks on Technology in Schools
Je me souviens encore des discours alarmistes autour d’Internet il y a une quinzaine d’années dans une France qui continuait à ne jurer que par le Minitel. Il fallut à l’époque un discours de Jospin pour que tout à coup Internet, cette invention du diable, ait le droit d’être autre chose qu’un antre où se donnaient rendez-vous les esprits les plus vicieux de la République. Internet allait effectivement changer nos pratiques et nous ouvrir sur le monde. Notre universalité en prenait un coup car soudain, grâce à la Toile, nous nous rendions compte que l’Univers était multiple, varié… Bref, Internet nous obligeait à relativiser notre logique cartésienne. Et à mettre au placard, en juin 2012 !, les 3614, 3615…minitel
Laissons les journalistes français gloser sur les maux du réseau et intéressons-nous plutôt à ce qui se passe outre-atlantique. En effet, la révolution que propose Obama n’est pas simplement technologique. Je dirais même que celle-ci n’est qu’un des trois points qui constituent l’axe de son discours. Certes, il en occupe la première place car il est foncièrement nécessaire pour la mise en place des deux autres. Des fonds vont être débloqués pour permettre qu’en 5 ans les écoles publiques soient équipées de façon à ce que le vrai changement, celui au niveau de la pédagogie, puisse se produire. On voit déjà comment en Californie, plus précisément dans le district de Los Angeles, quelque 45000 tablettes ont été distribuées dans les écoles. Ce n’est qu’un début (ce chiffre ne représente même pas 8% des tablettes nécessaires pour couvrir la population scolaire de Californie).
Le vrai changement, et c’est ce point qui nous intéresse, c’est celui qui va devoir nécessairement accompagner le nouvel outil. En effet, le constat qui est fait montre que les pratiques de classe n’ont guère évolué avec l’entrée des outils numériques : on continue à enseigner comme avant sans se demander, en plus, si on apprend comme avant. Or, l’accès généralisé à l’information et les activités que nous permettent de réaliser les nouveaux supports, notamment grâce aux applications, nous montrent bien qu’on ne peut pas continuer à considérer l’apprentissage de la même façon qu’avant. Il va donc falloir accompagner le changement technologique d’un véritable plan de formation des enseignants (point 2) et d’un refonte complète des contenus (point 3).
On ne peut plus continuer à faire la classe comme avant ni prétendre que le flux enseignement/apprentissage fonctionne de la même manière si l’apprenant à entre les mains une tablette, qu’elle soit connectée ou pas.
Et on ne peut pas fermer les yeux face à ce changement. Nous ne pouvons pas nous comporter comme ceux qui s’accrochaient à leur Minitel tel une vieille planche flottant au milieu de l’océan pendant que le reste du monde naviguait déjà sur Internet. Nous devons comprendre qu’un gamin qui a entre ses mains une tablette n’attend pas de voir à l’intérieur quelque chose qui rappellerait un manuel, quand bien même les effets simuleraient à merveille le passage d’une page à l’autre. Non, il faut, justement, tourner la page et passer à autre chose ! Le matériel didactique que l’enseignant va utiliser dans la classe ou faire utiliser à la maison en vue de préparer des activités de classe devra forcément développer une interaction entre utilisateur/apprenant et tablette/ressource. Et ce matériel devra être suffisamment attrayant pour que l’apprenant n’ait pas envie de passer à autre chose trop vite. Pas simple ! Mais ne pas le faire, c’est comme si dans le domaine du jeu, les développeurs continuaient à proposer des matchs de tennis ou des courses de F1 comme ceux de Mattel et de Nintendo du début des années 80. Le secteur éditorial aux États-Unis en est conscient et c’est pourquoi on lit régulièrement que Pearson ou Mc Graw Hill Education, pour ne citer que deux géants, rachètent des sociétés spécialisées dans le développement de produits technologiques destinés aux apprenants et qui s’adaptent à leurs besoins (lire : McGraw-Hill Education to buy adaptive tech firm). videogame
Pourtant, il faut bien l’admettre, et surtout en matière de FLE, ce qui existe rappelle un peu ces premiers modèles de voiture de la fin du XIXe / début XXe : des diligences avec un moteur mais pas de vraies voitures. Il est temps que nous comprenions que les enfants ont besoin de contenus pour apprendre le français qui soient vraiment conçus pour le nouveau support.vieille_voiture
Ces nouveaux contenus devront forcément être accompagnés de formation, comme celles qui se mettent en place aux Etats-Unis, car le rôle même de l’enseignant change. On en parle depuis longtemps quand il est question de enseignant/guide et l’approche actionnelle en a favorisé le développement, mais on peut aisément imaginer que le bouleversement va se produire avec la généralisation de la tablette. En effet, la tablette, connectée au reste du monde, fait véritablement tomber les murs de la classe et fait entrer la langue, sous toutes ses formes, dans l’espace-classe. Un bouleversement qui va justifier la mise en place d’une pédagogie inversée, de plus en plus courante dans le domaine des sciences, mais dont la présence reste encore timide en FLE. Il va donc falloir apprendre à gérer différemment le temps et l’espace dans la classe mais aussi l’apprentissage. La tablette va renforcer un apprentissage basé sur la différenciation de façon à mettre en avant les compétences de chaque élève dans le but qu’il/elle réussisse le mieux possible à réaliser ce qu’on attend de lui.
Une formation nécessaire pour apprendre à gérer la classe et éviter les écueils, qui ne manquent pas, comme la distraction, l’éparpillement… On imagine aussi les questions autour de la santé (mal de dos causé par les manuels vs mal d’yeux causé par les écrans), de l’accès à l’information (sans wifi et internet, on perd une partie de l’information alors que le manuel contient tout)… Et je pourrais continuer avec une longue liste d’arguments que les opposants à la tablette ressortent à chaque fois qu’on essaie d’en défendre les avantages. tablette_en_classe_2
Personnellement, je pense qu’il ne faut pas crier haro sur le baudet mais plutôt analyser tranquillement mais sûrement avantages et inconvénients de l’emploi de la tablette en classe de FLE. La tablette, comme Internet lorsqu’il s’est généralisé, n’est qu’un support : tout dépend de ce qu’on y mettra pour la classe et comment on s’en servira. Il y a bien sûr des expériences intéressantes qui sont menées ici et là en Europe, et qui confirme l’intérêt à développer un enseignement qui motive les plus jeunes à partir de la tablette mais celles-ci partent de contenus présents en ligne et non pas de contenus spécialement élaborés pour favoriser l’apprentissage à partir de la tablette. (v.
Utiliser des tablettes en cours de langues, article de Franck Dubois).
Mais tranquillement ne doit pas être synonyme de s’endormir sur ses lauriers. Il est temps de lancer en FLE une vaste réflexion sur l’usage de la tablette avec l’ensemble des acteurs (éditeurs, enseignants, formateurs de formateurs, institutions, élèves) pour définir et développer des contenus à la hauteur des attentes des apprenants. Et bien sûr se donner les moyens pour le faire si nous ne voulons pas que ce soit l’industrie états-unienne de l’enseignement qui nous impose ses critères.

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