Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Posts Tagged ‘technologie et apprentissage’

Apprentissage et numérique… Quels rapports entretenir ?

Posted by Philippe Liria sur 21/12/2013

classe_numerique« Les nouvelles formes d’apprentissage ne sont (…) pas à chercher dans les technologies, mais dans les transformations du système pédagogique qu’elles rendent possibles. » Cette citation ne m’appartient pas, je l’ai tout simplement copiée d’un article de Dominique Cardon. Apprendre/désapprendre. Sur la ligne de crête des apprentissages numériques est un article qui sans aucun doute contribue à la réflexion que nous devons mener sur le rapport, notre rapport, entre technologie et apprentissage. Il s’agit déjà de remettre les choses à leur place, un peu comme le préconise aussi Karsenti. Et Cardon de nous rappeler que la véritable avancée vient de notre meilleure connaissance du cerveau, notamment sur ce qui se passe dans nos têtes quand nous apprenons. Mais ce n’est pas tout, il faut aussi s’interroger sur la façon de gérer les savoirs sans se perdre dans le labyrinthe technologique. Libérer les savoirs plus rudimentaires de la place qu’ils occupent dans nos esprits, c’est bien et ça nous permet de les occuper à des tâches cognitives supérieures.
Dans l’enseignement, cela doit entraîner des changements dans le rôle même qui est le nôtre : nous devons cesser d’être les « maître » pour devenir les « guide ». Cardon nous parle d’une « pédagogie de la guidance », qui va contribuer à ce que les élèves développent des compétences pour ‘apprendre à apprendre’. Mission complexe qui passe nécessairement par la formation des professionnels de l’enseignement afin qu’ils puissent intégrer les trois axes sur lesquels repose cette pédagogie :
– l’individualisation et la personnalisation des apprentissages ;
– la coopération et l’interaction ;
– la motivation.

Mais y parvenons-nous ? Savons-nous changer nos pratiques d’enseignement pour les adapter aux nouveaux schémas d’apprentissage ? Les institutions qui nous encadrent en sont-elles elles-mêmes conscientes ? Savent-elles elles aussi intégrer ces paramètres ? Et puis, il y a les apprenants qui participent eux-mêmes de leur éducation. Accéder à toutes ces technologies ne les rend pas forcément plus libres ni plus critiques ; or, ce devrait être le véritable objectif de cette « société de la connaissance » favorisée par les technologies du numérique. Surtout si le système ne les aide pas à mieux maitriser l’outil dans le sens de savoir fabriquer du numérique car, conclut Cardon, « apprendre à entrer dans la fabrique du numérique, se glisser derrière les interfaces lisses et l’expérience utilisateur contrôlé, constitue une indispensable compétence pour former des citoyens à la fois critiques et créatifs. »

Le billet de Dominique Cardon introduit le forum sur les Nouvelles formes d’apprentissage, proposé par Digital Society Forum et il est complété par trois hyperliens d’intérêt (dont je reprends le chapeau) :

Comment notre cerveau se débrouille-t-il avec les TICE ?, par David Julien Rahmil
Apprendre une information via le web, est-ce la même chose que de l’apprendre dans un livre ou de la bouche d’une personne ? Pas vraiment, si on en croit les différentes études menées sur les processus d’apprentissage et les nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication pour l’Enseignement.

Les TICE, qu’est-ce que ça change ?, par Julia Gualtieri
L’éducation 2.0 ou le rêve d’un nouvel humanisme ! Pendant longtemps, la modernisation numérique de l’enseignement supérieur s’est réduite à multiplier les vagues d’équipement en outils informatiques. Constatant aujourd’hui que ces outils n’influencent ni les pratiques ni les résultats, il semble désormais évident que c’est à une refondation de la pédagogie que l’éducation doit se confronter.
Ce billet renvoie vers d’autres articles sur le rôle de l’enseignant et de l’apprenant, l’évaluation, la pédagogie inversée…

Qu’est-ce qu’apprendre avec le numérique ?, par David Julien Rahmil
Si les ordinateurs ont enfin pénétré dans les salles de classe, la révolution numérique commence à peine à toucher l’enseignement.

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Outils de demain et pratiques d’hier (voire d’avant-hier) ?

Posted by Philippe Liria sur 08/09/2013

La technopédagogie, ce n’est pas qu’un mot mais il faut bien admettre qu’on ne sait pas toujours ce qu’on peut faire avec les technologies liés au numérique pour que celles-ci soient vraiment au service de l’apprentissage. Que ce soit celui des langues ou d’autres matières d’ailleurs. Les outils issus des dernières technologies ont certes fait leur entrée dans la classe. Comme celle de nombreux TNI : entrée souvent remarquable, mais après, présence très discrète au fond de la classe près du radiateur ! Car on ne sait pas s’en servir ou, pis encore, auncun technicien n’est venu l’installer ! Quant à tout ce qui se trouve en ligne, qu’en fait-on vraiment ? Il y a bien entendu des professeurs, et ils sont nombreux, à avoir intégré ces nouveaux outils pour les mettre au service de leurs élèves qui ainsi peuvent bénéficier d’un intéressant système, hybride, qui consiste à combiner le travail en présentiel avec celui qui se fait en ligne. Mais plus nombreux sont ceux qui sont encore réticents, qui observent d’un oeil méfiant ces outils comme s’ils venaient prendre leur place dans la fonction de transmetteur de savoir. Si ma mémoire ne flanche pas, je crois que c’était dans Le dernier des géants (The shootist) que nous voyions une scène où un vieux John Wayne observe une voiture et n’arrive pas à croire que cet engin puisse un jour remplacer le cheval comme moyen de transport. Je crois justement que si nous ne voulons pas que l’enseignant soit un jour relégué au musée de l’education, il doit retirer ses oeillères et s’intéresser de plus près au possibilité des outils qui doivent l’accompagner et non le remplacer dans son rôle. Et le lieu, ne fait pas le rôle : tout ne doit plus se passer uniquement en classe. Tout comme je suis convaincu que tout ne doit pas se passer en ligne. Il nous faut donc apprendre à cohabiter avec ces technologies, et mieux encore, les apprivoiser pour en faire des alliés dans notre mission non pas tant de transmission de savoirs mais plutôt de gestion de ces savoirs, car il ne suffit pas d’accéder à l’information. Encore faut-il savoir la gérer pour la mettre au service de nos besoins.
Nous devons donc dépasser le stade de nos pratiques encore trop ancrées dans le XIXe siècle et les adapter, grâce aux technologies, aux attentes de apprenants d’aujourd’hui. À ce sujet, je vous recommande la lecture d’une interview de Graham Brown-Martin (en anglais), fondateur de Learning Without Frontiers et d’Education Design Labs, et auteur du 3e WISE book.
Il en va de la motivation des apprenants dans la classe. Nous ne pouvons pas continuer à enseigner une langue sur le modèle des années 70 à des élèves qui sont nés avec Internet et y ont presque tous accès à travers le smartphone qu’ils ont dans leur poche. Dans le cadre de l’apprentissage des langues, des propositions existent comme celles que nous trouvons dans L’espace à Zecool qui recense (21 outils technopédagogiques pour l’apprentissage d’une langue).
Nous devons nous interroger sur le rôle que nous voulons donner à ces technologies et à celui que nous voulons avoir, en tant qu’enseignant de français langue étrangère, dans ce paysage éducatif en pleine évolution comme le montre cette infographie que nous propose Educadis, le moteur de recherche des formations en ligne.
infographie
Il ne suffit pas d’en parler, il faut aussi accompagner ce changement. Et une fois de plus, avant de déplorer que les TNI dorment dans un coin de la salle de classe, que les plateformes qui ont coûté tant d’argent à être mise en place ne soient des déserts virtuels ou que les tablettes et smartphones ne servent aux élèves qu’à se connecter à Facebook pendant l’heure de cours, il faut former les enseignants : les sensibiliser à ces outils, leur montrer tout ce qu’on peut faire avec, les laisser pratiquer et prendre le temps de découvrir tout ce qu’ils peuvent faire avec. Or, il suffit d’écouter un peu ce qui se dit dans les couloirs de établissements – quels qu’ils soient – pour comprendre que c’est là que le bât blesse. Si nous voulons vraiment que les enseignants utilisent les nouveaux outils et qu’en plus, et surtout, ceux-ci permettent d’apporter une nouvelle dynamique dans la classe de langue pour que celle-ci atteigne son but : faire que les élèves apprennent à utiliser la langue et la culture (qui va avec). Sinon, autant en rester à la craie et au tableau noir !

*À l’occasion de la Rencontre FLE de Barcelone qui se tiendra les 22 et 23 novembre prochains, une réflexion aura lieu sur la place des TIC dans l’enseignement/apprentissage des langues.
** Je vous renvoie aussi à la lecture de ce billet sur l’intégration des technologies dans la classe.

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