Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

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Rencontre FLE 2013… Le rendez-vous incontournable de Barcelone pour les professionnels du FLE

Posted by Philippe Liria sur 25/08/2013

Rencontre FLE 2013Pour la 8e année consécutive, la Rencontre FLE de Barcelone se veut le rendez-vous des professionnels du FLE. Venus d’Espagne, mais aussi du reste de l’Europe et même de bien plus loin, enseignants, coordinateurs, directeurs… prennent part à cet évènement FLE. Certainement le plus important qu’accueille la capitale catalane avec ses quelque 300 participants ! Cette année, un programme alléchant sur deux jours comme d’habitude, les 22 et 23 novembre prochains, qui combine conférences, ateliers, table ronde et échanges d’expérience. On y parlera de la classe, de son environnement, de ses acteurs et de ses outils.
Les conférences
sylvie-poissonLa première conférence portera sur la grammaire… Une vieille question et pourtant au coeur de l’actualité FLE. C’est d’ailleurs la QUESTION qui revient systématiquement dans presque tous les ateliers car les enseignants ont souvent l’impression d’être pris entre deux feux, celui des didacticiens d’un côté et celui des apprenants de l’autre. Une question qui anime les débats, influence les décisions pédagogiques et méthodologiques… Sylvie Poisson-Quinton, qui connaît bien la question, essaiera d’apporter des pistes pour concilier ces deux façons de percevoir la grammaire.
christelle-combe-celikLa deuxième conférence abordera un sujet tout aussi d’actualité, qui parfois inquiète, mais aussi motive, c’est celui de la place des TIC dans l’enseignement/apprentissage des langues. Cette conférence sera prononcée par Christelle Combe Celik, spécialiste de la communication médiée par les technologies, de l’enseignement et du tutorat via les plateformes de formation en ligne (Moodle), de l’utilisation d’outils comme les forums, la visioconférence ou les réseaux sociaux.
Les deux conférencières prolongeront leur intervention par un atelier pratique.

Les ateliers
Ce sont 11 ateliers qui sont proposés aux participants. Ils aborderont la classe FLE sous tous ses angles : la dynamique de classe, la variété des publics (enfants, FLS…), la grammaire en classe, le conte, les DNL, les besoins spécifiques, les TIC, l’acquisition du lexique avec les cartes heuristiques…

À ces deux grands volets, s’ajoutent une session d’échanges d’expériences et, nouveauté 2013, une table ronde.

Et bien entendu, tous les autres moments de rencontre qui sont tout autant d’occasions pour échanger et créer de nouveaux liens.

Cette Rencontre FLE est organisée par les Éditions Maison des Langues en collaboration avec l’Institut français de Barcelone.ifb

Pour en savoir plus et vous inscrire, rendez-vous sur le site de la Rencontre FLE.

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Vers la pédagogie inversée (mis à jour le 13/04/13)

Posted by Philippe Liria sur 21/10/2012

La pédagogie inverséeL’autre jour, au cours d’un dîner, une amie m’a demandé ce que je pensais de la pédagogie inversée. J’ai tout de suite fait le rapprochement avec l’approche actionnelle telle que je la préconise dans mes ateliers. Pourtant, j’avais l’impression qu’il y avait beaucoup d’autres choses derrière ce concept. J’ai donc eu envie de creuser un peu plus cette idée que je maitrisais mal : j’ai trouvé une somme de documents passionnants sur la question que j’ai mantenant envie partager avec les lecteurs de ce blog.
En effet, quand on parle d’approche actionnelle dans la classe de langue, on se rend compte rapidement que les problèmes que pose cette mise en place sont sont nombreux. Certains très pratiques (l’espace classe), d’autres plus institutionnels mais beaucoup sont aussi en rapport avec nos croyances sur l’apprentissage et qu’ont nos élèves sur la façon d’enseigner de leur prof pour qu’ils apprennent.
Cet ensemble de paramètres m’oblige forcément à faire le rapprochement entre la mise en place d’une approche actionnelle efficace et la pédagogie inversée. À mon avis, les deux sont en fait étroitement liés.
On pourrait résumer la pédagogie inversée en disant qu’elle consiste à renvoyer à la maison la partie la plus magistrale du cours, celles des acquisitions plus théoriques et qu’elle réserve l’espace classe pour la mise en pratique à travers des projets plus ou moins complexes, tout en permettant aux apprenants de poser des questions à l’enseignant sur ce qu’ils n’auraient pas compris à la maison et à l’enseignant, à travers ce projet, de vérifier que les apprenants ont bien acquis les connaissances pour être compétents dans la réalisation du projet.
Samuel Bernard, professeur de mathématiques, en fait un très bon résumé dans sa vidéo :

Samuel Bernard explique la classe inversée

Comme tout cela est encore relativement nouveau et comme les enseignants que je rencontre se posent souvent des questions sur la possibilité de vraiment mener à bien les projets, qu’ils trouvent souvent chronophages parce qu’ils doivent aussi faire les leçons de grammaire (pour ne prendre qu’un exemple), je propose dans ce billet quelques pistes de réflexions sur le sujet en espérant qu’elles contribueront à son développement dans la classe de français langue étrangère, langue seconde et langue de scolarisation.

Pédagogie inversée
On parle de pédagogie (ou classe) inversée parce qu’on veut changer ou plutôt inverser (to flip) les paramètres habituelles de la classe basés sur la taxonomie_bloom. Pour mieux comprendre cette idée d’inversion de la taxonomie de Bloom, lisez cet article de Shelley Wright, notamment la partie sur la classe d’anglais. Vous y retrouverez des principes que nous énonçons régulièrement dans la démarche actionnelle surtout quand nous parlons de la place de la grammaire dans la classe et dans les manuels. Mais Shelley Wright pense qu’il faut aller plus loin, ne pas s’arrêter à la pédagogie inversée. Aller plus loin, c’est la combiner avec l’apprentissage par enquête comme le suggère André Roux dans un excellent billet qui reprend les principes de la pédagogie inversée mais met en garde sur les risques de la laisser occuper tout l’espace éducatif. Pour André Roux, la pédagogie de l’enquête permet de renforcer l’interaction sociale et la recherche qui sont ainsi placées au centre du processus d’apprentissage.

Si vous cherchez des références en anglais, tapez flip teaching ou flipped classroom et vous trouverez une quantité de sites qui en parle et vous montre comment cela fonctionne. En français, il semblerait que ce soit les Québécois qui s’y intéressent le plus. Le terme privilégié pour en parler est « pédagogie inversée ». Même si le principe n’est pas nouveau – il remonte aux années 90 du siècle dernier -, c’est à partir des années 2000 et surtout de 2004 qu’on peut vraiment commencer à parler de flip teaching grâce aux vidéos en ligne de Salman Khan. La plateforme en ligne de Salman Khan est certainement la référence actuelle de la pédagogie inversée avec plus de 3000 vidéos.

Salman Khan à 60 minutes de CBS News (sept. 2012)


Attention, la pédagogie inversée n’est pas une approche qu’on résumerait à tort en disant qu’elle consiste à demander à l’élève de regarder des vidéos en capsule à la maison ; c’est une approche qui prétend impliquer activement les élèves dans leur propre apprentissage et leur création de contenu de manière à ce que cela ait du sens pour eux. Mais il est vrai qu’elle accorde une place privilégiée aux TIC puisqu’ils contribuent à créer un environnement favorable à un apprentissage qui commence à la maison pour se prolonger et se développer en classe avec l’enseignant devenu guide. Bref, les TIC sont mis au service de l’apprentissage, comme un outil, mais la classe ne doit pas reposer sur leur usage. Ils doivent aider les élèves à vraiment donner de l’importance au travail à faire en dehors de la classe. Ce travail se fait à partir de capsules-vidéos et les élèves peuvent les regarder autant de fois qu’ils en ont envie. ils ne comprendront pas tout mais justement, c’est ce qui va les inciter à se poser des questions qui seront le point de départ de la classe en présentiel. En classe, le temps consacré au travail fait à la maison ne se réduit donc plus à une simple correction avant de passer à autre chose ; c’est un temps précieux pour mieux comprendre et corriger les difficultés des apprenants tout en leur proposant, en classe, des activités qui leur permettront de mettre en pratique ce qu’ils auront préparé à la maison ou à la bibliothèque. Cela signifie aussi que les apprenants peuvent aller chercher ailleurs leurs sources de savoir : pour eux, l’enseignant n’est plus le « fournisseur de savoir » mais plutôt celui qui va les aider à organiser ce savoir, va les motiver à faire quelque chose qui aura du sens avec ce qu’ils auront appris.

Il n’y a pas grand chose en français sur cette pédagogie, du moins sur les sites français. En revanche, côté québécois, on sent que les choses bougent et vous pourrez trouver plusieurs sites dédiés et de nombreux billets sur le sujet. Je regrette en revanche de ne pas avoir trouver d’exemples de classe inversée de FLE mais si on commence à trouver quelques vidéo-capsules contenant des explications grammaticales pour que les élèves les suivent à la maison.

Pour mieux comprendre le concepte, j’ai trouvé récemment cette carte heuristique qui permet de bien visualiser ce qu’on entend par pédagogie inversée.

carte heuristique sur la pédagogie inversée dAdeline Collin

carte heuristique sur la pédagogie inversée dAdeline Collin

Il s’agit d’une carte heuristique proposée par Adeline Collin, conseillère pédagogique Inspection de l’Éducation Nationale Châlons Est, qui a également élaboré un diaporama en ligne qui résume les principaux points de ce qu’elle qualifie plutôt de nouvelle philosophie d’enseignement que de technique. Vous pouvez aussi visionner le petit reportage que France 2 avait consacré à ce sujet dans une classe de primaire. Adeline Collin explique comment les élèves mènent la classe même s’il y a bien entendu un cadrage de l’enseignant.
L’enseignante de ce même reportage tient également un blog avec quelques exemples de pédagogie inversée : le blog de Sandrine Merut.

J’espère que ces quelques lignes éveilleront votre curiosité. Et si vous faites partie de celles ou ceux qui mettez déjà en pratique les principes de la classe inversée dans l’apprentissage du français, n’hésitez pas à m’en faire part pour que je puisse mettre à jour les liens sur ce blog. Et encore merci à Isa pour m’avoir posé cette question…

Quelques liens d’intérêt complémentaires sur la question

Faire la classe mais à l’envers : la flipped classroom
À lire absolument, cet article du Service de soutien à la formation de l’Université de Sherbrooke décrit les principes pédagogiques de la classe inversée avec ses avantages mais aussi les risques qu’elle peut présenter, surtout si les enseignants ne sont pas préparés à leur nouveau rôle.

Classe inversée
Cet excellent site vous décrit dans le détail ce concept au succès grandissant aux quatre coins de la planète. Vous y trouverez un guide très complet qui vous indiquera, étape par étape comment mettre en place ce type de classe ; les concepts pédagogiques possibles (classe inversée, progression individuelle, pédagogie de la maîtrise, la pédagogie de projet et leurs combinaisons possibles). Le site contient aussi une partie consacrée aux outils et ressources disponibles en ligne comme les tableaux en ligne qui vous permettent d’écrire sur un tableau virtuel mais aussi, grâce à l’application Educreations, d’enregistrer des vidéo de cours, d’insérer des images… Le tableau d’Educreations est vraiment très intéressant si vous souhaitez que vos élèves préparent une partie des contenus dont ils auront besoin en classe. Vous y trouverez aussi des liens vers des plateformes d’apprentissage comme Canvas, Edmodo (qui vous permet à la fois de mettre des contenus en ligne et de créer une communauté virtuelle de la classe) ou encore Schoology, basée sur le même principe que Edmodo. Tous ces sites sont de véritables outils de gestion globale de la classe. À voir aussi, ce que proprose la plateforme Sophia.
Autre section intéressante de ce site, c’est celle des témoignages, surtout aux États-Unis, de classes inversées au collège, au lycée et en université. Brisons nos tabous : il se passe beaucoup de choses très inter´ressentes aux États-Unis dans le monde de l’éducation. Une bonne manière de réfléchir sur nos pratiques de classe et se demander comment mettre en place de nouvelles façons d’enseigner.
Finalement ce site propose une page avec des conseils et des idées sur la gestion de la classe, les stratégies à mettre en oeuvre, la notation…

Pédagogie inversée : des résultats scolaires nettement supérieurs
Publié dans Infobourg, un site Web d’information québécois consacré à l’éducation, tout particulièrement à l’intégration des TIC dans le primaire et le secondaire, ce billet rapporte le succès de la pédagogie inversée dans un collège d’Alabama.

Enseigner avec un TNT
Ce blog propose différents billets sur la pédagogie inversée, notamment sur les défis pédagogiques : que faire du temps de classe si la théorie est renvoyée à la maison ?

Pour en savoir plus sur la Khan Academy
Le site de la Khan Academy
Reportage sur CBSNews
60_minutes_-Khan-Academy

À lire aussi :
Le blog Carnet d’univers social qui contient un billet sur le sujet.
Témoignages d’étudiants
À la French American International School, des étudiants témoignent (en anglais) de leur intérêt à étudier selon le principe de la pédagogie inversée.

Le billet Pédagogie inversée sur le blog Innovations Éducation. Son auteur nous rappelle l’historique de cette pédagogie et l’illustre avec des exemples précis de ce qu’il qualifie de « révolution scolaire » qui demande aux enseignants de changer leurs paradigmes de l’éducation des apprenants pour aller vers une pédagogie plus active et en réseau. Son auteur fait une réflexion intéressante sur l’évolution du profil des apprenants et l’importance d’adapter la classe aux nouvelles réalités. Finalement, il essaie de faire tomber quelques mythes sur la classe inversée que font courir les détracteurs de cette pédagogie qui s’inscrit dans la rupture avec le modèle traditionnel.

Témoignages de profs

TangoManFromQuebec
Sur son site, Steve Roy, un prof du secondaire fan de TIC, partage son expérience depuis qu’il a commencé à mettre en place la pédagogie inversée dans ces cours.

Une simple enseignante
À lire sur le blog d’Annick Arsenault Carter, les réflexions de cette « simple enseignante » comme elle s’auto-définit. Elle décrit sa réflexion sur la mise en place de la pédagogie inversée et ses doutes (http://annickcarter1.wordpress.com/2012/04/23/a-la-decouverte-de-la-pedagogie-inversee-le-pourquoi/). Vous pouvez aussi lire un court entretien publié sur Vousnousils l’e-mag de l’éducation.

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Quelle valeur ajoutée pour les contenus numériques dans l’enseignement du FLE ?

Posted by Philippe Liria sur 24/09/2012

Le 21 septembre dernier, s’est tenue à Barcelone la 23e Journée DIM (Didactique, Innovation et Multimédia). Cette année, parmi les thèmes qui centraient l’attention des experts, il y avait la question de la valeur ajoutée des contenus numériques dans l’éducation. Les conclusions de la table ronde de cette journée m’ont paru particulièrement intéressantes, même si je ne les partage pas forcément dans leur globalité. Publiées en espagnol sur le site de Pere Marquès, directeur du groupe DIM, je me suis permis de les traduire car elles apportent des éléments de réflexion intéressants. Vous pouvez retrouver le texte original, dans son intégralité, sur le site du groupe.
La lecture de ce compte rendu suscitera sans aucun doute des réactions en raison de certaines affirmations. C’est normal et c’est la fonction du débat. Il serait intéressant, une fois la lecture faite de s’interroger justement sur la place qui est faite au manuel numérique et plus largement aux contenus numériques dans la classe de langue, notamment celle de FLE que ce soit au collège – comme il est en surtout question dans ce débat -, au lycée ou à l’université mais aussi dans les autres institutions où le FLE est la raison d’être.

Pour aller plus loin aussi dans cette réflexion sur les TICE, je vous propose de visiter le blog de Bruno Devauchelle. Il y est aussi question de TICE et son animateur, spécialiste du sujet, s’interroge sur l’efficacité des TNI ou encore des activités pour tablette allant même jusqu’à parler de « tromperie ». Je vous laisse donc lire et apprécier depuis votre expérience ces points de vue, certainement complémentaires, sur des thèmes qui reviennent régulièrement lors des ateliers que j’anime.

Compte rendu de la 23e Journée DIM (Trad. de l’espagnol)

Les participants à cette journée étaient :
Antonio Cara (conseiller d’Education et Connaissance en Réseau de la Fundación Telefonica), Esteban Lorenzo (Directeur de la maison d’édition scolaire Edebé-Digital), Santiago Serrano (Responsable de la Délégation de Macmillan en Catalogne) et Jordi Vivancos (Département d’Éducation de la Generalitat de Catalogne).
Le débat était moderé par Pere Marquès (professeur à l’Université Autonome de Barcelone (UAB) et responsable du groupe DIM).
Pere Marquès et Paloma Valdivi sont les auteurs de ce compte rendu de cette table ronde.

Face à l’immense galaxie informative qui est aujourd’hui gratuitement à notre portée, les manuels scolaires sélectionnent une partie de cette information (que constitue une réponse complète aux programmes scolaires officiels), ils la préparent et la structurent pour qu’elle soit facilement assimilable par les élèves, tout en l’accompagnant d’une bonne collection d’activités pour faciliter la compréhension/mémorisation ainsi que la mise en pratique des connaissances que suppose le développement des compétences. Ils orientent l’enseignant et lui simplifie le travail (ce n’est pas à lui de chercher l’information) en lui fournissant des ressources élémentaires qui lui font gagner du temps.

1. QUELLE VALEUR AJOUTÉE NOUS APPORTENT LES MANUELS SCOLAIRES NUMÉRIQUES ?

Nous savons aussi que les « bons manuels scolaires numériques » nous apportent la même chose qu’un « bon manuel scolaire papier » et en plus : des vidéos, des animations, des simulations, des liens (vers des sites compagnons), des exercices auto-correctifs… Auncun doute : ils apportent de la « valeur ajoutée ». Voici ce que les participants à cette table rond ont mis en avant parmi les principales contributions du manuel numérique :

– l’interactivité qu’il apporte à l’élève. Jordi Vivancos a d’ailleurs cité les résultats d’une étude de John Hattie (Visible Learning : A Synthesis of Over 800 Meta-Analyses Relating to Achievement) : celle-ci met clairement en évidence que l’apprentissage des élèves est d’autant plus efficace qu’il y a mise en place de l’ interactivité/rétroalimantation ;

– Le feed-back immédiat des exercices auto-correctifs et des simulations (Héctor Ruiz) ;

Plus grande motivation et attention des élèves (en raison surtout de l’environnement multimédia et de l’interactivité, avec des réponses immédiates à ce qu’ils demandent/font) ;

Moins de temps consacré par le professeur à la correction d’exercices puisque la plupart sont auto-correctifs. Il pourra ainsi donner aux élèves plus d’exercices, si nécessaire, puisqu’on dispose de plus de temps. Les élèves pratiquent plus et amélioreront donc leur apprentissage ;

– On peut plus aisément intégrer des activités d’évaluation (et d’autoévaluation) dans les séquences d’apprentissage proposées aux élèves. En outre, on voit apparaître petit à petit des « systèmes adaptatifs » (Antonio Cara) qui permettent d’adapter les séquences d’apprentissage aux connaissances préalables et l’évolution des apprentissages de chaque élève (contenus numériques + intelligence artificielle) ;

– Les rapports/comptes rendus personnalisés fournis par ces supports et rendent plus simple pour l’enseignant le suivi de l’activité que réalise l’élève quand il interagit avec ces supports. (Héctor Ruiz). Comme ils connaissant mieux l’activité et les apprentissages de leurs élèves, les professeurs peuvent traiter de façon adéquate la diversité des besoins formatifs de ces élèves ;

– Il est facile de maintenir ces supports à jour et d’y inclure des informations d’actualité (Santiago Serrano), même si les maisons d’édition ne le font pas toujours ;

Actuellement, aux côtés du modèle classique de « manuel numérique » complet, il existe une offre de contenus éducatifs atomisés (objets d’apprentissage, Pepe Giráldez) de façon à ce que chaque enseignant ou chaque établissement peut élaborer (sur l’espace numérique d’enseignement de l’établissement) ses propres « manuels » (ou contenus de référence pour les élèves) en sélectionnant les « objets d’apprentissage » qui lui plaisent le plus (Esteban Lorenzo) parmi ceux que proposent les différentes maisons d’édition de contenus éducatifs multimédia – pour cela, il faut que les contenus suivent un protocole, le « common cartbridge » (Jordi Vivancos).

Les contenus numériques devraient être facilement malléables pour que les professeurs, et parfois les élèves, puissent les adapter à leurs besoins et contexte d’utilisation (Javi Vizuete).

Complémentarité. Le manuel scolaire numérique est un recours de plus dans la classe ; il ne remet pas en cause le manuel papier si celui est nécessaire (Xavier Gómez). S’il n’est pas nécessaire que chaque élève ait un manuel papier, on peut envisager une « bibliothèque de classe » avec les manuels des différentes maisons d’édition. Il ne faut pas oublier non plus que les départements d’éducation, que certains enseignants et même certaines maisons d’édition font la promotion de fonds structurés de ressources gratuites, qui peuvent, dans certains cas, être suffisants comme compléments à l’usage des manuels scolaires en papier.

2. INFRASTRUCTURES NECESSAIRES

Pour pouvoir utiliser les manuels numériques, il faut que les salles de classe disposent d’une bonne connexion à Internet (Héctor Ruiz) tant en réseau qu’en haut débit et que les élèves puissent avoir accès à un dispositif numérique (PC, tablettes, Smartphones…) leur permettant d’accéder et d’interagir sur les informations des contenus numériques et d’interagir avec (environ 30% du temps de classe hebdomadaire car les TICE ne doivent pas nécessaires pour toutes les activités).
Il ne faut pas seulement prendre en compte les spécificités de chaque méthodologie mais aussi, cas par cas, se demander si l’usage de contenus numériques dans chaque matière et à tout âge est nécessaire (Antonio Cara).
Pour Jordi Vivancos, actuellement, la salle de classe idéale, c’est « celle que nous avons ». Nous devons tirer le meilleur profit de ce que nous avons car les temps ne sont pas aux grands investissements. Il faut en outre profiter du fait que 90% des familles avec des enfants en âge de scolarité disposent d’ordinateur et d’Internet chez elles, ce qui permet aux élèves de faire une partie des activités TICE à la maison. Ensuite, en classe et grâce au TNI, on peut consacrer du temps à partager et à réviser ces travaux.
Pour éviter les problèmes de haut débit que pourraient avoir les établissements si tous les élèves travaillaient avec les manuels numériques en ligne, les maisons d’édition ont tendance à proposer des formats hybrides qui consistent à insaller des contenus sur les serveurs des établissements et ainsi réduire les téléchargements.
Il faut aussi prendre en compte les besoins en ressources humaines : le coordinateur pédagogique TICE, l’agent de maintenance… (Santiago Serrano).

3. LA PROBLÉMATIQUE ASSOCIÉE À L’USAGE DES MANUELS NUMÉRIQUES

Les manuels papier posent peu de problème : ils sont toujours disponibles y compris avec peu d’éclairage, ils permettent une lecture plus reposée (séquentielle, bonne lisibilité des caractères…) et une prise de note directe ou sur des post-it.
On associe à l’usage des manuels numériques les problèmes suivants : dépendance TIC (il faut un dispositif numérique) ; il faut souvent déplacer les dispositifs de salle en salle (chariots pour ordinateur…) ; les câbles et les connexions, le mobilier (tables fixes…) et les installations (peu de prises…) rendent difficiles le travail collaboratif et l’usage des TIC ; les ordinateurs et les écrans réduisent la visibilité et l’espace de travail ; il y a plus de bruit en classe (Santiago Serrano) ; il y a tendance à lire superficiellement (comme le montrent les résultats de test PISA2009 qui indiquent le peu de compréhension de lecture à l’écran – Jordi Vivancos) ; les hyperliens peuvent finir par désorienter les élèves ou augmenter leur distraction (surtout si l’enseignant ne se promène pas entre les élèves pendant qu’ils travaillent avec des contenus numériques) ; les enseignants n’ont pas toujours (ni les élèves d’ailleurs) la formation nécessaire pour faire un bon usage didactique des contenus numériques…

4. VERS OÙ ALLONS-NOUS ?

Il y a plus de 100 ans, Giner de los Ríos et d’autres fondateurs de la Escuela Nueva (note de trad. : Education nouvelle) faisaient déjà la promotion dans certains cas d’un apprentissage où chaque élève élaborerait son propre manuel, ce qui demandait d’avoir une vision générale des sujets, de chercher et de sélectionner les renseignements, de les analyser et d’en faire la synthèse, de débattre et de corriger ensemble (camarades et professeur)… Actuellement, comme les professeurs et les élèves ont à leur portée une quantité infinie d’information, il serait très facile d’encourager chaque élève à créer son propre livre sur un wiki !
Si dès l’âge de 10 ans chaque élève disposait à l’école d’un dispositif numérique (netbook, tablette…), cela aurait-il un sens pour lui d’utiliser aussi des livres numériques ? Dans ce cas, devrait-il acheter un livre numérique pour chaque matière ? (même à très bas prix). Et plus encore, ne devrait-il pas plutôt disposer d’un « livre-album » qui le guiderait dans les informations à chercher sur Internet (ou sur une base de données fermée de la plateforme de l’établissement scolaire) pour élaborer son propre livre de texte ?

Actuellement les manuels numériques ressemblent énormément aux manuels papier (Antonio Cara). Les manuels numériques n’ont pas encore développé tout leur potentiel grâce aux fonctionnalités que leur apporte la technologie. On attend qu’ils intègrent les techniques de l’intelligence artificielle (systèmes adaptatifs, « teachable agents » que les élèves entrainent) et qu’on profite mieux encore des énormes possibilités d’apprentissage dont on dispose à partir des simulations (Héctor Ruiz).

Comme il a déjà été dit, on assiste à une tendance à la fragmentation des contenus et au micro-paiement pour ces « objets d’apprentissage » qui intéressent (Esteban Lorenzo). Le manuel numérique peut évoluer vers une sorte de « container » de connexions (Antonio Cara).
(…)

5. EFFICACITÉ ET AMÉLIORATION DU RENDEMENT DES ÉLÈVES. L’IMPORTANCE DES MÉTHODOLOGIES.

Bref, ce qui compte, et c’est l’objectif des ressources didactiques, c’est de faciliter les apprentissages des élèves. Il serait absurde de dépenser plus en technologie et en ressources pour obtenir les mêmes résultats qu’auparavant. L’utilisation des livres numériques indique-t-elle une amélioration des résultats scolaires si les élèves les utilisent « bien » ?
Nous avons d’une part les études citées par Jordi Vivancos dans le livre Visible Learning (plus il y a d’interaction/rétroalimentation, mieux on apprend). Il faut par conséquent renforcer au maximum des contenus numériques qui génèrent cette interaction entre les élèves. Les manuels numériques agiront donc comme des catalyseurs d’apprentissages (Santiago Serrano).

Dans le cadre du groupe DIM-UAB les deux études importantes réalisées sur les manuels numériques mettent en avant qu’un « bon usage de ces supports peut vraiment contribuer à améliorer les rendements des élèves » : l’enquête sur l’orthographe avec les manuels de Digital-Text (en espagnol) a démontré de façon empirique une amélioration de 23% dans le rendement des « élèves numériques » par rapport à ceux qui avaient travaillé l’orthographe sans le support de TIC (Héctor Ruiz) ; et dans l’enquête sur les manuels Educaline (en espagnol), 2 professeurs sur 3 ont considéré que leurs élèves avaient appris plus. Dans ces enquêtes, les professeurs ont été orientés de façon à ce qu’ils utilisent les contenus numériques selon des méthodologies qui sont responsables du succès obtenu, en profitant de façon appropriée la « valeur ajoutée » des ressources numériques.
Parfois les contenus numériques ne misent pas sur une méthodologie didactique claire (Esteban Lorenzo). Il serait souhaitable que les manuels numériques soient au service d’une méthodologie novatrice (Antonio Cara).

Comme je l’écrivais au début de cet article, les questions sont nombreuses et on peut légitimement s’interroger sur certaines réponses. On sait aussi que la réalité de la classe rend souvent difficile l’utilisation des TIC et qu’il ne faut pas perdre de vue que, plus que l’interactivité, ce que nous recherchons dans nos classes de français, c’est l’interaction pour mener à bien un projet final ou tâche.

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