Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

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Haro sur l’innovation pédagogique !

Posted by Philippe Liria sur 02/03/2016

(mise à jour : 06/03/2016)

Un courant inquisitorial serait-il en train de vouloir mettre à l’index l’innovation numérique ? Ce ne sont plus les ténèbres de l’Enfer à la veille de l’an mil qui font peur mais la galaxie d’Internet et ce monde digitalisé. Dans le domaine pédagogique, certains invoquent la tradition d’enseignement, tels des prédicateurs médiévaux, pour mettre en garde contre ces chevaliers de l’Apocalypse, du moins celle de l’éducation si nous nous laissons envoûter par le Mal qu’incarnerait le numérique à l’école. Certes, les questions sont nombreuses et nous ne devons pas suivre aveuglément les nouveaux courants didactiques. Nous ne pouvons ignorer les risques voire les menaces. Devons-vous cependant, saisis par la peur face à l’inconnu, nous replier et refuser un enseignement/apprentissage prenant justement en compte les nouvelles possibilités que nous propose cette société connectée ?

Une remise en cause de l’innovation pédagogique
Début février, j’ai retweeté un article de Michel Guillou qui s’interrogeait sur l’intérêt réel de la classe inversée. Il y critiquait une sorte d’engouement aveugle pour cette démarche pédagogique qui, selon lui, ne serait ni novatrice ni si efficace contrairement à ce que certains prétendent. En partageant l’article en question, je ne prétendais pas donner raison à son auteur mais plutôt contribuer à une réflexion sur ce que doit et ne doit pas être la classe, et pas seulement si nous l’inversons. A lire Michel Guillou, on pourrait croire que rien n’est à faire en classe car tout s’y fait déjà. Comme si la pédagogie différenciée, par exemple, était pratique courante ou les pédagogies actives une habitude quotidienne de la classe. Je ne peux pas donner mon avis sur l’ensemble des pratiques de classe, mais ce que je connais de la classe de langue, en particulier dans le domaine du FLE, me permet d’affirmer que malheureusement nous en sommes bien loin. Cette remise en cause de l’innovation pédagogique est aussi au centre d’un ouvrage dont s’est récemment fait écho le quotidien catalan La Vanguardia (28/02/16), Contra la nueva educación d’Alberto Royo (Ed. Plataforma, 2016). Son auteur, répondant aux questions du journaliste dans une interview de ce même journal, critique « les pratiques novatrices actuelles » qui, selon lui, mépriseraient « la tradition rien que parce qu’elle n’implique pas la modernité, ce qui altère les objectifs naturels de l’instruction publique et du professeur« . Toujours d’après ce professeur de collège et lycée, les émotions, l’apprentissage des langues ou la technologie « ne doivent pas faire partie des objectifs de la classe (…)« . Même si cette réflexion est faite depuis la situation du contexte espagnol, son approche interroge les initiatives menées pour que l’apprentissage sorte de son carcan. Vous comprendrez bien que je suis choqué de lire ici ou là que tout existerait déjà en matière d’enseignement/apprentissage. Cela ne veut pas dire que tout ce qui est nouveau est forcément bon. Il est aussi bon d’écouter ces « grognons« , comme les désigne Michel Serres, pour justement ne pas tomber dans le dogme, ce qui serait forcément négatif. Les écouter, c’est une façon de ne pas accepter tout et n’importe quoi au nom de la modernité didactique.
C’est par exemple, ne pas applaudir bêtement des initiatives politiques en faveur du bi- ou tri-linguisme dans les collèges ou lycées si les moyens (formation des enseignants, infrastructures, supports) ne sont pas mis afin de garantir la transmission de la matière. Qu’un collégien reçoive un cours de SVT en anglais ou en français dans une langue approximative parce qu’elle n’est pas vraiment maîtrisée par l’enseignant, c’est tout simplement un leurre pour ne pas parler de charlatanisme éducatif ! Nous n’avons pas le droit de le permettre. Ce n’est pas pour autant que l’enseignement d’une matière dans une langue étrangère soit mauvais. Le problème n’est évidemment pas là, et c’est là l’erreur d’interprétation de ces grognons.

Non au bricolage !
De même, quand Michel Guillou critique la classe inversée et en particulier le manque de qualité d’une grande partie des capsules vidéos dont on parle tant actuellement, je suis d’accord avec lui. Mais pointons le vrai problème. Que préconise-t-on au sujet de la classe inversée ? Marcel Lebrun, l’un des meilleurs spécialistes de la question en Europe, dit bien qu’il faut élaborer des capsules vidéos ayant fait l’objet d’une scénarisation (je vous conseille d’ailleurs de visionner <a href="http:// » target= »_blank »>la causerie entre Christophe Batier et Marcel Lebrun du 17/02/16). Or, il suffit de faire un tour sur Internet pour se rendre que ces capsules sont souvent d’une qualité qui laisse à désirer. Bref, alors qu’elles devraient être l’un des outils de base de cette inversion de la classe, elles pourraient être la cause de son échec. Les changements viendront de la base mais il est important que les acteurs éducatifs s’impliquent de façon à fournir des contenus de qualité en adéquation avec les nouveaux besoins. De même, il faut donner aux enseignants les moyens de se former pour qu’ils puissent sinon créer au moins pouvoir adapter du matériel à la réalité de leurs classes. Cette absence de formation, c’est souvent elle qui est à l’origine du manque d’utilisation ou de l’infra-utilisation de nouveaux outils de la classe, comme je le soulignais déjà dans un article de ce blog il y a tout juste deux ans et qu’aujourd’hui un très intéressant rapport de Thierry Karsenti (Le tableau blanc interactif (TBI) : usages, avantages et défis) vient confirmer. J’en conseille très vivement la lecture : loin de condamner l’usage de cet outil, l’auteur du rapport souligne les contradictions de son utilisation en classe, souvent comme simple projecteur et très rarement interactif, dans le sens où les élèves n’y ont presque jamais accès. A la fin (p.33), Karsenti donne quelques recommandations pour un meilleur usage de cet outil. Son étude porte sur le cas canadien mais je pense qu’il est représentatif de ce qui passe habituellement dans de nombreux coins de la planète.

Pour en revenir à nos capsules, que des enseignants en fassent, souvent en dehors de leur emploi du temps, c’est bien. On ne va pas reprocher la prise d’initiative ! Mais l’innovation pédagogique ne doit pas être sujette à la simple initiative d’un enseignant ; et qui plus est, l’accès à cette innovation ne doit pas frustrer d’excellents enseignants parce qu’ils ne seraient pas nécessairement techniciens. Une évidence et pourtant… A ce sujet, je signale un webinaire qu’organise Jürgen Wagner le 21 avril prochain sur la création de capsules vidéos. Il y sera question des différents type de vidéos et de leur intérêt pédagogique. On verra qu’il n’est pas nécessaire d’être hyper-équipé et qu’un simple smartphone nous permet déjà de réaliser des capsules à condition de suivre certaines règles. De même qu’on pourra voir qu’il faut aussi en suivre pour qu’elles soient attractives, un élément important si nous voulons motiver les apprenants.

Cessons de crier haro sur l’innovation pédagogique !
Ne confondons pas les choses. Cessons de crier haro sur l’innovation pédagogique sous prétexte qu’elle nous rendrait plus bête, comme l’affirment certains ! Non, tout n’est pas fait ! Et si le monde change, pourquoi la classe ne changerait-elle pas ? Si l’accès à l’information change, pourquoi l’enseignement/apprentissage devrait-il rester figé dans des pratiques du XIX ? Pour ceux qui en douteraient, retrouvez la célèbre animation de Ken Robinson sur Youtube (vous la connaissez certainement mais au cas où, <a href="http:// » target= »_blank »>la voici). Elle illustre parfaitement la situation dans laquelle nous sommes et vers où nous devrions aller. Mais ne perdons pas non plus notre sens critique face aux nouvelles propositions issues en partie de l’évolution même de la société. Mettons fin à cette espèce de croisade contre l’innovation pédagogique que certains semblent vouloir lancer depuis le fond de la caverne éducative ! Ce n’est pas en interdisant les smartphones – par exemple – en classe (comme on le fait encore trop souvent) que nous allons améliorer l’enseignement/apprentissage mais plutôt en réfléchissant en quoi ces nouveaux outils peuvent être à son service. Plutôt que de mettre au ban l’innovation pédagogique, posons les bonnes questions comme le suggèrent William D. Eggers et Paul Macmillan dans leur livre The Solution Revolution (Harvard Business Review Press, 1973 -non traduit en français, à ma connaissance) qui se demandent comment améliorer l’école et qui affirment que pour trouver la réponse, il faut que nous nous interrogions sur son objectif réel (mieux éduquer et mieux préparer les jeunes à l’avenir)*. Bref, ce n’est pas en faisant ce que nous avons toujours fait que nous trouverons des réponses aux questions pédagogiques d’aujourd’hui mais au contraire en essayant ce qui n’existe peut-être pas encore, en allant au-delà des solutions existantes. Nous nous tromperons peut-être mais sbagliando s’impara. N’ayons pas peur de l’échec ! Pour avancer, il faut sortir de sa grotte…

*Je reprends ici l’idée qu’expose le célèbre journaliste et analyste argentin Andrés Oppenheimer dans son ouvrage Crear o Morir, la esperanza de Latinoamérica y las cinco claves de la innovación (Ed. Vintage Español, 2014 – non traduit en français) sur la nécessité, entre autres, de changer le prisme dès l’enfance (p.295-296)

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Le numérique au service de l’innovation pédagogique

Posted by Philippe Liria sur 15/07/2015

IMG_0151« L’élève doit être au centre de l’apprentissage ! » C’est une phrase que tout le monde a entendue mais qu’en est-il réellement ? Une fois dans la classe, la pression des programmes, des institutions, le manque de temps ou de formation font que trop souvent encore la classe est organisée non pas en fonction de l’élève et de sa façon d’apprendre mais plutôt en fonction de ces impératifs. Pourtant, nous devrions tous nous interroger sur notre manière d’apprendre, sur celle de nos étudiants et donc sur ce que nous faisons pour faciliter cet apprentissage. « Tout enseignement efficace doit commencer par la prise en compte de la façon qu’ont les étudiants à apprendre » nous rappelaient les auteurs de How learning works (Jossey-Bass, USA 2010), un excellent livre que je recommande vivement si vous vous intéressez aux processus d’apprentissage. Une inquiétude qui doit bien entendu être présente dans nos cours de français. Quelle place faisons-nous à la créativité ? Quelle rôle peuvent jouer les langues plus ou moins proches pour accompagner l’apprentissage ? Ou que faire de ces technologies qui entrent dans nos classes ? Qu’est-ce qui forcément change dans nos pratiques ou dans la dynamique du cours si le monde change autour de nous ? Ces questions, ce sont celles auxquelles essaient de répondre les spécialistes invités à participer au dossier du 400è numéro (bon anniversaire !) du Français dans le monde. couvn400 Dix pages, c’est encore trop peu pour traiter un sujet aussi vaste mais c’est déjà ça pour lancer la réflexion (ou l’approfondir) dans les salles de profs ou dans les réunions pédagogiques. Une réflexion par exemple sur la nécessité de repenser la classe de sorte que soient mis en avant les talents et les centres d’intérêt car « il s’agit de créer les conditions qui permettent (…) d’apprendre et de s’épanouir, sur le plan collectif et individuel » nous rappelle Ken Robinson (FDLM, pp.50-51), l’auteur de L’élément que j’avais eu l’occasion de présenter dans ce blog il y a quelque temps déjà. Et pour atteindre ces objectifs, il nous faut disposer de plus de temps pendant le moment de la classe. Oui, mais comment ? En réorganisant la distribution des contenus et du temps. La classe ou pédagogie inversée (la flipped classroom en anglais) peut être une solution à cette nécessité de repenser la classe. Marcel Lebrun, professeur à l’Université de Louvain (Belgique), nous parle de ce changement de paradigme et résume les trois niveaux de cette démarche pédagogique qui « repositionnent les espaces-temps traditionnels de l’enseigner-apprendre » (pp.52-53). IMG_0154L’idée de la pédagogie inversée commence à faire son entrée dans la classe de FLE, comme me le rapportait une jeune enseignante venezuelienne lors du BELC Régional de Bogota. Elle n’hésite pas à expérimenter ce concept pour donner une nouvelle dynamique à son cours et donc motiver différemment ses élèves. Je constate aussi que dans plus en plus de formations, on nous demande d’en parler dans l’optique de la mettre en place, même si ce n’est que ponctuellement. Et si ces classes peuvent « prendre », c’est aussi parce que les technologies numériques sont arrivées au bon moment, à condition de savoir en user sans en abuser ! Or, cela a été trop souvent le cas à cause d’une certaine précipitation (un « tsunami numérique », pour reprendre le titre du livre d’Emmanuel Davidenkoff, qu’on ne peut ignorer) malgré les appels à la vigilance d’experts tels que Thierry Karsenti (lire aussi cet article). Il faut donc non pas les imposer mais bien savoir les intégrer dans l’apprentissage. C’est dans cette intégration que réside l’innovation pédagogique. Il faut donc que le professeur apprenne à maîtriser ces outils technologiques de plus en plus performants ; qu’il devienne un « enseignant multidimensionnel » nous dit Marc Oddou, bien connu des profs de FLE notamment grâce à son site. La tablette est un bon exemple d’outil qui peut favoriser cette « créativité pédagogique » des apprenants que revendique Ken Robinson, à condition de gérer l’espace-temps différemment, souligne Laurent Carlier (inovateach.com).lcarlier Et pour y parvenir, il faut changer la dynamique de classe et renforcer la place de l’authentique dans la classe. Le web 2.0 doit y contribuer. C’est l’avis de Christian Ollivierr&a_juillet2013, spécialiste de l’introduction de ces nouvelles pratiques en lien avec les mutations technologiques auxquelles nous assistons et surtout participons (cf. Recherches et applications, juillet 2013). Pourquoi le web 2.0 ? Parce qu’il contribue à l’authenticité des échanges en laissant les apprenants réaliser des « tâches ancrées dans la vie réelle » qui débouchent sur un « produit(…) fortement socialisé« . Mais le ‘comment-j’apprends’ ne passe pas que par la technopédagogie. C’est aussi la capacité à mobiliser des stratégies qui vont contribuer à mieux s’approprier d’une langue. Par exemple, en se basant sur les différents degrés de parenté entre la langue cible et celle de départ. Selon la distance de ces langues, les compétences à mobiliser seront différentes, comme nous le décrit Jean-Michel Robert dans un article sur l’intercompréhension, dont on ne parle pas assez en classe de langue comme je le signalais dans ce blog le mois dernier et qui pourtant contribue vraiment à l’apprentissage des langues et à la mobilisation de stratégies pour mieux y arriver.
Voilà donc un superbe numéro du Français dans le monde, une belle réussite avec un riche contenu pédagogique au-delà de ce dossier. A lire absolument, sur papier ou, puisque nous parlons numérique, sur l’application qui accueille la version numérisée de la célèbre revue.

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Changer oui, mais quoi ?

Posted by Philippe Liria sur 06/05/2015

ecolexxiDans un récent article publié sur revue-projet.com, Marcel Lebrun a bien raison de nous rappeler que ce n’est pas parce qu’il y a révolution technologique que nous allons vivre une révolution pédagogique. Les miracles n’existent pas ! Ce rappel, il le fait dans le cadre d’un débat sur le numérique à l’école où différents spécialistes interviennent pour essayer d’apporter des éléments de réflexion sur la question. Je vais me centrer ici sur la classe inversée mais c’est l’ensemble des articles produits à l’occasion de ce débat qu’il faut lire et qui doivent nous faire réfléchir à ce que signifie l’irruption du numérique dans l’enseignement/apprentissage. Avec une mise en garde : cette réflexion n’a rien à voir avec l’avis sur le numérique que peut avoir chacun. Peu importe qu’on aime ou pas ! Les questions qui se posent et s’imposent par rapport à la classe, dont celle de langue (en l’occurrence de FLE), sont inévitables. On ne peut l’ignorer. On ne peut faire cours comme si nous ne voulions pas savoir que nos élèves, même les adultes, ont de nouveaux outils d’accès au savoir et d’échanges entre les mains.
Apprendre à les intégrer ne signifie pas non plus plonger dedans les yeux fermés ! C’est pourtant l’impression qu’on a parfois. On se souvient il y a quelques années de l’engouement pour les TNI. Tout le monde en voulait un dans sa classe. Des enveloppes budgétaires ont été mises à la disposition de nombreux établissements dans le monde entier pour se doter de ces (merveilleux?) tableaux interactifs. On avait juste oublié d’accompagner cet achat – qui a rapporté (et très gros) aux fabricants – de la formation adéquate, pas seulement technique, mais SURTOUT pédagogique ! C’est sans doute un des aspects de l’industrialisation ou pire encore de la marchandisation de l’éducation que pointe du doigt Pierre Moeglin dans un excellent article où il dénonce que « plan après plan, le numérique à l’école commet les mêmes erreurs. Malgré tous les avertissements. En toile de fond, une tentative d’OPA de l’approche productiviste en éducation aux dépens de l’approche culturelle. Derrière la difficile quête d’un successeur au bon vieux manuel scolaire, ce sont bien les fondamentaux de l’école qui sont en jeu. » même si je nuancerais l’accusation qu’il lance contre les éditeurs, du moins dans le secteur du FLE tout en étant bien d’accord que nous ne pouvons pas nous contenter des modèles numérisés actuels et devons nous interroger sur ces plateformes et autres modèles d’e-éducation dont il parle dans un encadré (lecture indispensable) du même article.

Mais revenons à nos moutons… Oui, comme l’écrit Marcel Lebrun, c’est bien « le facteur humain qui a été négligé, plus que la formation technique des étudiants et des enseignants : l’apprentissage à l’ère numérique n’est pas seulement une affaire d’infrastructures, d’outils et de ressources, de méthodes et d’usages, c’est surtout une affaire de mentalité, d’état d’esprit et de culture. » Si nous ne le comprenons pas, la nouvelle génération de jeunes adultes, cette Génération Z, nous le fera comprendre peut-être malgré nous : elle a déjà – nous ne parlons plus au futur – de nouvelles habitudes d’apprentissage qui vont obliger ceux qui sont encore dans une dynamique de classe magistrale à en changer. Pour cette génération, une grande partie de l’apprentissage se produit en dehors de la salle de classe comme le fait remarquer Anne Boysen sur le blog d’After The Millennials : « Cette génération utilise Youtube de façon périodique pour faire ses devoirs, ce qui indique qu’elle veut un plus grand degré de personnalisation dans l’éducation. Si l’approche du professeur ne lui plait pas ou elle ne la comprend pas, elle cherchera quelqu’un en ligne qui le lui expliquera mieux« .
C’est ce qui doit nous inciter à déplacer le curseur de l’éducation de l’enseignement vers l’apprentissage et à nous intéresser de plus près à son fonctionnement. Une évidence peut-être mais qui ne va pas de soi. On sait qu’un fossé existe entre les ressources didactiques à disposition des professionnels et celles qui fournissent des stratégies de classe pour améliorer l’apprentissage et surtout l’adapter au monde d’aujourd’hui.

Motivation, créativité, dynamique de classe… Bref, repensons la classe !

C’est s’intéresser à la motivation ; c’est favoriser la créativité ou encore développer la pédagogie différenciée pour ne citer que quelques exemples. Et c’est aussi changer la dynamique de la classe, la repenser et c’est ce que nous trouvons dans l’idée de « pédagogie inversée », une démarche qui n’est pas nouvelle en soi mais qui prend encore plus de sens à l’ère numérique dans laquelle nous nous trouvons. Pour être encore plus pratique, j’y ajouterais cette petite vidéo de Nasrdine Khaddouri et Damien Frelat qui propose une synthèse plutôt de la pédagogie inversée.
Ce n’est pas simplement changer le lieu de la réalisation de certaines activités, c’est aussi et surtout changer la perspective d’enseignement et d’apprentissage. Il s’agit de ne plus travailler dans une perspective de transmission de savoir mais d’assurer que nos élèves sauront mobiliser leurs compétences dans un objectif défini. Bref, il faut s’assurer que les élèves soient vraiment compétents dans la matière enseignée. Objectif logique de tout enseignement, non ? Nous savons tous pourtant que trop souvent, ce qu’on attend vraiment de l’apprenant, c’est d’être capable de montrer qu’il sait redire ce que l’enseignant a dit, qu’il soit un bon perroquet. Certes c’est plus facile à vérifier ou évaluer que de lui demander de faire quelque chose qui, pour fonctionner, demandera de mobiliser des compétences acquises grâce à un travail de construction de l’apprentissage. Et si possible, pas seulement mais en mobilisant des compétences de savoir-être car nous devons collaborer avec l’autre pour obtenir un résultat. Mais finalement, n’est-ce pas tout simplement le reflet de notre monde en réseau que nous construisons/tissons nous-mêmes ?

Vous avez dit changement ?

Facile à dire mais pas si simple à mettre en place. C’est vrai. Je me souviens d’une blague qui circulait sur les réseaux il y a quelques mois : un homme demandait au public présent s’il était pour le changement et tout le monde levait la main ; puis il demandait qui était prêt à changer et là, plus personne ne levait le bras. Et s’agissant du FLE pour adultes (sauf certainement cette fameuse Génération Z), il s’agit même souvent d’un défi qui oblige aussi à se poser des questions sur la validité même des changements qu’on veut introduire, voire imposer. Nous voulons changer des habitudes d’apprentissage, je dirais même des croyances sur celui-ci. Les apprenants adultes et qui ne suivent parfois pas d’autres cours que celui de l’Alliance ou de l’Institut, ne comprennent pas toujours. Ils arrivent avec une idée préconçue qu’apprendre le français, c’est surtout faire de la grammaire et faire beaucoup d’exercices grammaticaux. Alors quand ils voient que leur enseignant leur fait faire des activités différentes, mettant en avant un ensemble de compétences où les outils langagiers ne sont plus l’axe autour duquel tourne la classe, que se passe-t-il ? Eh bien, c’est simple : l’apprenant se plaint et ne comprend pas ! Alors il se met à réclamer des listes de verbes, des exercices, etc. Comme si leur motivation passait non pas par tout ce qu’on cherche à favoriser dans le cadre d’un apprentissage d’une langue au XXIè siècle mais restait ancrée dans une perception de la classe de langue comme on l’entendait il y a cent ans ! Quelle contradiction ! Et c’est pourtant ce qu’on nous fait souvent ressentir quand nous rencontrons les enseignants de français qui nous décrivent leur bataille au quotidien.ecolexix

Changement… en commençant par la formation des enseignants !

Certes le discours pédagogique de l’institution ne laisse pas la place au moindre doute : on doit faire entrer dans la classe l’innovation technologique mais aussi pédagogique. Et c’est là où la formation manque ! Nous mettons entre les mains des enseignants des outils qui permettent d’accompagner le changement mais (presque) rien n’est fait pour les accompagner, eux, dans la mise en place concrète, pratique, de ce changement. Ils se retrouvent donc souvent démunis face à des apprenants qui ne comprennent pas pourquoi leur professeur leur demande d’élaborer des projets ou des tâches, de co-construire les règles de grammaire, de jouer… Parler de motivation des apprenants, c’est bien mais comment les motiver si les enseignants ne le sont pas car ils sentent bien qu’ils ne sont pas prêts ni préparés à introduire cette révolution dans leur classe ? Changer les habitudes d’apprentissage des élèves n’est pas simple comme on le sait, mais si les enseignants ne reçoivent pas la formation pour faciliter ce changement, la partie est perdue d’avance. C’est l’affaire de tous ! Et dans l’établissement, le changement doit passer par un projet global d’innovation pédagogique. Il ne peut en aucun cas dépendre de la volonté ou de la motivation de quelques enseignants, même si ceux-ci seront certainement d’excellents relais et moins encore d’une imposition venue du haut sans s’en donner véritablement les moyens.
Si ces conditions sont réunies, nous pouvons alors envisager la mise en place d’une pédagogie différente pour un apprentissage en accord avec notre temps. Nous devons vraiment faire que la classe change comme l’ont fait presque tous les autres espaces de notre entourage le plus immédiat. Sans être la seule réponse possible, la pédagogie inversée est certainement l’une des plus intéressantes actuellement car, comme le dit Marcel Lebrun, elle « est au confluent de trois courants : les approches par compétences, les méthodes actives et un usage « à valeur ajoutée » des technologies de l’information et de la communication considérées à la fois comme outils et comme ressources. »

Des changements pour mieux gérer (le temps de) la classe

classescienceConcrètement dans la classe de FLE, cette pédagogie doit nous permettre de laisser plus de temps à faire des choses dans la langue. On entend encore trop souvent qu’il n’y a pas le temps à réaliser les projets ou tâches proposés en fin d’unité de la plupart des manuels de FLE de ces dernières années. Quelle absurdité ! Et quelle incohérence ! Or, si nous arrivons à gérer différemment ce que nous faisons en classe et ce que nous faisons hors-classe, nous trouverons certainement le temps nécessaire pour que ne passe pas à la trappe ce qui est justement l’objectif ou la motivation de tout ce qui aura été demandé aux apprenants en amont. C’est plus de temps pour mettre en place des activités collaboratives. Si nous voulons que la technologie entre en classe, c’est pour favoriser l’apprentissage. Pourquoi expliquer une règle de grammaire en classe par exemple alors qu’on pourrait la mettre en ligne sous forme de capsule grammaticale à visionner en dehors de la classe (les plus jeunes apprenants savent le faire sans problème). Bien évidemment, cela nécessite de mobiliser de nouveaux savoirs-faire de la part des enseignants comme l’édition de capsules vidéos. Fastidieux si on travaille seul mais ne parle-t-on pas de favoriser le travail collaboratif ? Une nécessité pas seulement entre apprenants mais aussi entre enseignants pour construire ces nouveaux outils qui doivent accompagner ces nouveaux paradigmes de l’apprentissage. Et puis, on peut aussi demander aux élèves de créer leurs propres capsules de français à mettre en ligne. Une façon d’être à la fois créatif, de faire de la grammaire ou du lexique par exemple, de produire en français tout en joignant la technologie… N’est-ce pas plus motivant ?

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Le tsunami numérique, d’Emmanuel Davidenkoff

Posted by Philippe Liria sur 19/08/2014

Interview DavidenkoffLe numérique est parmi nous, il l’est encore plus chez nos élèves, surtout les plus jeunes qui ne conçoivent pas un monde sans. Ce constat doit inéluctablement nous obliger à nous interroger sur le rôle qu’a et surtout devra avoir le numérique dans l’éducation car mieux vaut dès maintenant se poser des questions, errer peut-être dans certaines réponses que de détourner le regard. Il en va du modèle éducatif que l’on veut mettre en place pour demain. Et qu’on le fasse dans un état d’esprit d’ouverture, notamment vers ce qui se fait dans les systèmes anglo-saxons, mais pas uniquement. Non pas pour copier mais bien pour savoir prendre ce qu’il y a d’efficace dans ces systèmes. Cette réflexion autour du numérique dans l’enseignement, c’est celle à laquelle nous invite Emmanuel Davidenkoff dans son ouvrage Le tsunami numérique dont la récente publication a été l’occasion pour lui de répondre aux questions de Mediapart dans cette interwiew particulièrement intéressante.
Ces réflexions sont bien entendu à mettre en lien avec celles de Karsenti sur la place du numérique dans l’enseignement.
Bien que portant sur l’ensemble de l’enseignement, je ne peux m’empêcher de penser à la présence du numérique dans la classe de langue : on voit bien comment l’outil numérique permet de favoriser le contact des apprenants avec la langue cible, en réception bien entendu mais pas seulement : la production est elle aussi renforcer, à l’écrit et à l’oral, et elle prend une dimension véritablement authentique.
Il ne s’agit pas de tout faire passer par le numérique, ni de ne jurer que par cette révolution. Encore moins de vénérer des outils en particulier. N’oublions pas la presque dévotion envers le TNI pour que très rapidement on se rende compte, alors que les mises en garde existaient, qu’on avait surtout gaspillé beaucoup d’argent dans le support, inutile sans une bonne pédagogie d’accompagnement mais les caisses étaient alors vides pour former les profs ! Mais ce n’est pas parce qu’il y a eu ces erreurs que nous devons fermer la porte au numérique. Par contre, il est fondamental que des formations soient mises en place pour garantir la réalisation d’activités s’appuyant sur le numérique et qui contribuent réellement à améliorer l’apprentissage.

A lire :
Le-tsunami-numérique-de-Emmanuel-DavidenkoffLe tsunami numérique, Tout va changer. Êtes-vous prêt ? E. Davidenkoff. Stock, Paris 2014.

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Le TNI en classe de FLE… quel avenir à l’ère de la tablette ?

Posted by Philippe Liria sur 22/02/2014

Le TNI en classe

Le TNI en classe de FLE

Que le numérique soit désormais présent dans la plupart de nos classes, cela ne fait aucun doute. Et si ce n’est pas encore le cas, cela ne saurait tarder : nous ne pouvons continuer à concevoir la classe comme au XIXe siècle. Nous ne pouvons ignorer le phénomène qui devrait « révolutionner » la classe, même s’il exige que nous interrogions nos pratiques d’enseignement et nous intéressions aussi de plus près à l’apprentissage. Ce qui n’est pas simple, j’en conviens. Bien entendu, il ne suffit pas d’avoir un accès Internet ou un tableau numérique interactif (TNI) dans la classe pour dire que nous avons intégré le numérique en classe, et encore moins pour prétendre y faire la « révolution ». Car au-delà de l’outil, il faudra revoir notre dynamique de classe. Rien ne sert d’avoir la technologie si nous délaissons la pédagogie. Par contre, l’un et l’autre mis ensemble peuvent former un excellent duo au service d’une approche active de l’apprentissage, notamment des langues. Le TNI est certainement l’un de ces partenaires, même si on peut se poser des questions – déjà – sur son avenir alors que supports et activités se développent sur les tablettes ?
Tablettes et TNI peuvent-ils faire bon ménage ?

Tablettes et TNI peuvent-ils faire bon ménage ?

Cependant, je voudrais ici m’intéresser plus particulièrement aux TNI et leur aspect technologique puisque ce mois de février est particulièrement bien fourni sur les réseaux du FLE de l’Internet en analyse de ce support. À commencer par le dossier spécial « Allume ton tableau » (ADF Podcast nº11, janvier 2014, à partir de 10’40’’) que le site Arts du FLE qu’anime Sébastien Durietz a élaboré sur les TBI – même si je préfère personnellement parler de TNI, mais ce n’est qu’une nuance, quoique… -. Ce dossier proposé par Jean Condé d’InteractiFLE (site consacré à la formation et au partage de ressources TBI en classe de FLE) sur le Podcast des ArtsduFLE passe en revue différents aspects techniques au sujet des TNI pour ensuite aborder la question plus pédagogique de leur utilisation, ce qui n’est pas inintéressant du tout pour éviter que cet outil ne devienne le nouveau veau d’or de la classe de FLE. Des remarques très pertinentes de Jean Condé pour une utilisation intelligente du TNI.

Les dangers du TNI

Les dangers du TNI


On appréciera aussi l’échange critique entre Sébastien Durietz et Jean Condé sur les ressources disponibles pour TNI de façon à garantir une qualité des activités : peu de choses et finalement un constat d’échec de la mutualisation de la création des ressources pour TNI.
Pour compléter cette interview, je vous recommande vivement la lecture de deux articles de Laurent Carlier* sur les TNI (et les VPI) et publiés sur le site T’enseignes-tu (le FLE) ?. Ces articles devraient vous aider à mieux choisir le TNI et connaître les logiciels (partie 1) afin de permettre une bonne utilisation en classe (partie 2). Il rappelle, en outre, les questions à se poser avant toute installation, comme celle de la formation des enseignants.
Ce dossier et ces articles sont vraiment importants pour peut-être aider à dépoussiérer ces quantités de TNI qui sont présents dans les salles de classe mais restés sans usage. Ils sont là, à dormir parce qu’à un moment donné il y a eu des budgets pour en acheter en masse. Malheureusement, leur arrivée s’est faite sans forcément être accompagnée de la formation nécessaire pour les rendre utiles en classe. Et si vous n’en avez pas encore dans votre établissement, de bien vous informer avant de vous précipiter à en acheter pour vos salles de classe.
Le TNI n’est certainement pas un outil mort-né mais il faut bien avouer qu’il est largement infra utilisé (souvent employé comme simple vidéoprojecteur à peine amélioré) et certains pensent qu’il est même dépassé par l’arrivée en masse des tablettes numériques. N’exagérons pas, celles-ci se développent et on constate que de plus en plus d’écoles en sont dotées – comme j’ai pu le vérifier de plus en plus dans de nombreux établissements privés du secondaire en Amérique latine -, mais le TNI peut constituer un exellent outil pour la classe.

Toujours autour du matériel numérique et toujours sur le site Arts du FLE, cette fois en collaboration avec Agito, le blog de Fred, ne manquez pas le podcast nº12 qui propose un comparatif de l’offre numérique chez les éditeurs FLE et… aussi un entretien que j’ai eu avec Sébastien Durietz (à partir de 56’29 ») que je remercie pour m’avoir permis de présenter le contenu numérique FLE des Éditions Maison des langues (EMDL)

Credit : Azam

Credit : Azam

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*J’en profite pour signaler que Laurent Carlier animera une formation sur l’usage des tablettes le 7 mars prochain (une des premières sur le sujet). Dans cette formation, il s’agira de faire le tour de cet outil, son intégration dans la classe, ses plus values pour le travail de l’enseignant et pour la mise en place d’une pédagogie collaborative et différenciée. De brèves apartés seront faites pour réfléchir aux aspects essentiels (technique et formation) avant tout déploiement en établissement.
Pour en savoir plus, lisez l’entretien de Laurent Carlier sur fle.fr du mois de septembre dernier.

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Vers la pédagogie inversée (mis à jour le 13/04/13)

Posted by Philippe Liria sur 21/10/2012

La pédagogie inverséeL’autre jour, au cours d’un dîner, une amie m’a demandé ce que je pensais de la pédagogie inversée. J’ai tout de suite fait le rapprochement avec l’approche actionnelle telle que je la préconise dans mes ateliers. Pourtant, j’avais l’impression qu’il y avait beaucoup d’autres choses derrière ce concept. J’ai donc eu envie de creuser un peu plus cette idée que je maitrisais mal : j’ai trouvé une somme de documents passionnants sur la question que j’ai mantenant envie partager avec les lecteurs de ce blog.
En effet, quand on parle d’approche actionnelle dans la classe de langue, on se rend compte rapidement que les problèmes que pose cette mise en place sont sont nombreux. Certains très pratiques (l’espace classe), d’autres plus institutionnels mais beaucoup sont aussi en rapport avec nos croyances sur l’apprentissage et qu’ont nos élèves sur la façon d’enseigner de leur prof pour qu’ils apprennent.
Cet ensemble de paramètres m’oblige forcément à faire le rapprochement entre la mise en place d’une approche actionnelle efficace et la pédagogie inversée. À mon avis, les deux sont en fait étroitement liés.
On pourrait résumer la pédagogie inversée en disant qu’elle consiste à renvoyer à la maison la partie la plus magistrale du cours, celles des acquisitions plus théoriques et qu’elle réserve l’espace classe pour la mise en pratique à travers des projets plus ou moins complexes, tout en permettant aux apprenants de poser des questions à l’enseignant sur ce qu’ils n’auraient pas compris à la maison et à l’enseignant, à travers ce projet, de vérifier que les apprenants ont bien acquis les connaissances pour être compétents dans la réalisation du projet.
Samuel Bernard, professeur de mathématiques, en fait un très bon résumé dans sa vidéo :

Samuel Bernard explique la classe inversée

Comme tout cela est encore relativement nouveau et comme les enseignants que je rencontre se posent souvent des questions sur la possibilité de vraiment mener à bien les projets, qu’ils trouvent souvent chronophages parce qu’ils doivent aussi faire les leçons de grammaire (pour ne prendre qu’un exemple), je propose dans ce billet quelques pistes de réflexions sur le sujet en espérant qu’elles contribueront à son développement dans la classe de français langue étrangère, langue seconde et langue de scolarisation.

Pédagogie inversée
On parle de pédagogie (ou classe) inversée parce qu’on veut changer ou plutôt inverser (to flip) les paramètres habituelles de la classe basés sur la taxonomie_bloom. Pour mieux comprendre cette idée d’inversion de la taxonomie de Bloom, lisez cet article de Shelley Wright, notamment la partie sur la classe d’anglais. Vous y retrouverez des principes que nous énonçons régulièrement dans la démarche actionnelle surtout quand nous parlons de la place de la grammaire dans la classe et dans les manuels. Mais Shelley Wright pense qu’il faut aller plus loin, ne pas s’arrêter à la pédagogie inversée. Aller plus loin, c’est la combiner avec l’apprentissage par enquête comme le suggère André Roux dans un excellent billet qui reprend les principes de la pédagogie inversée mais met en garde sur les risques de la laisser occuper tout l’espace éducatif. Pour André Roux, la pédagogie de l’enquête permet de renforcer l’interaction sociale et la recherche qui sont ainsi placées au centre du processus d’apprentissage.

Si vous cherchez des références en anglais, tapez flip teaching ou flipped classroom et vous trouverez une quantité de sites qui en parle et vous montre comment cela fonctionne. En français, il semblerait que ce soit les Québécois qui s’y intéressent le plus. Le terme privilégié pour en parler est « pédagogie inversée ». Même si le principe n’est pas nouveau – il remonte aux années 90 du siècle dernier -, c’est à partir des années 2000 et surtout de 2004 qu’on peut vraiment commencer à parler de flip teaching grâce aux vidéos en ligne de Salman Khan. La plateforme en ligne de Salman Khan est certainement la référence actuelle de la pédagogie inversée avec plus de 3000 vidéos.

Salman Khan à 60 minutes de CBS News (sept. 2012)


Attention, la pédagogie inversée n’est pas une approche qu’on résumerait à tort en disant qu’elle consiste à demander à l’élève de regarder des vidéos en capsule à la maison ; c’est une approche qui prétend impliquer activement les élèves dans leur propre apprentissage et leur création de contenu de manière à ce que cela ait du sens pour eux. Mais il est vrai qu’elle accorde une place privilégiée aux TIC puisqu’ils contribuent à créer un environnement favorable à un apprentissage qui commence à la maison pour se prolonger et se développer en classe avec l’enseignant devenu guide. Bref, les TIC sont mis au service de l’apprentissage, comme un outil, mais la classe ne doit pas reposer sur leur usage. Ils doivent aider les élèves à vraiment donner de l’importance au travail à faire en dehors de la classe. Ce travail se fait à partir de capsules-vidéos et les élèves peuvent les regarder autant de fois qu’ils en ont envie. ils ne comprendront pas tout mais justement, c’est ce qui va les inciter à se poser des questions qui seront le point de départ de la classe en présentiel. En classe, le temps consacré au travail fait à la maison ne se réduit donc plus à une simple correction avant de passer à autre chose ; c’est un temps précieux pour mieux comprendre et corriger les difficultés des apprenants tout en leur proposant, en classe, des activités qui leur permettront de mettre en pratique ce qu’ils auront préparé à la maison ou à la bibliothèque. Cela signifie aussi que les apprenants peuvent aller chercher ailleurs leurs sources de savoir : pour eux, l’enseignant n’est plus le « fournisseur de savoir » mais plutôt celui qui va les aider à organiser ce savoir, va les motiver à faire quelque chose qui aura du sens avec ce qu’ils auront appris.

Il n’y a pas grand chose en français sur cette pédagogie, du moins sur les sites français. En revanche, côté québécois, on sent que les choses bougent et vous pourrez trouver plusieurs sites dédiés et de nombreux billets sur le sujet. Je regrette en revanche de ne pas avoir trouver d’exemples de classe inversée de FLE mais si on commence à trouver quelques vidéo-capsules contenant des explications grammaticales pour que les élèves les suivent à la maison.

Pour mieux comprendre le concepte, j’ai trouvé récemment cette carte heuristique qui permet de bien visualiser ce qu’on entend par pédagogie inversée.

carte heuristique sur la pédagogie inversée dAdeline Collin

carte heuristique sur la pédagogie inversée dAdeline Collin

Il s’agit d’une carte heuristique proposée par Adeline Collin, conseillère pédagogique Inspection de l’Éducation Nationale Châlons Est, qui a également élaboré un diaporama en ligne qui résume les principaux points de ce qu’elle qualifie plutôt de nouvelle philosophie d’enseignement que de technique. Vous pouvez aussi visionner le petit reportage que France 2 avait consacré à ce sujet dans une classe de primaire. Adeline Collin explique comment les élèves mènent la classe même s’il y a bien entendu un cadrage de l’enseignant.
L’enseignante de ce même reportage tient également un blog avec quelques exemples de pédagogie inversée : le blog de Sandrine Merut.

J’espère que ces quelques lignes éveilleront votre curiosité. Et si vous faites partie de celles ou ceux qui mettez déjà en pratique les principes de la classe inversée dans l’apprentissage du français, n’hésitez pas à m’en faire part pour que je puisse mettre à jour les liens sur ce blog. Et encore merci à Isa pour m’avoir posé cette question…

Quelques liens d’intérêt complémentaires sur la question

Faire la classe mais à l’envers : la flipped classroom
À lire absolument, cet article du Service de soutien à la formation de l’Université de Sherbrooke décrit les principes pédagogiques de la classe inversée avec ses avantages mais aussi les risques qu’elle peut présenter, surtout si les enseignants ne sont pas préparés à leur nouveau rôle.

Classe inversée
Cet excellent site vous décrit dans le détail ce concept au succès grandissant aux quatre coins de la planète. Vous y trouverez un guide très complet qui vous indiquera, étape par étape comment mettre en place ce type de classe ; les concepts pédagogiques possibles (classe inversée, progression individuelle, pédagogie de la maîtrise, la pédagogie de projet et leurs combinaisons possibles). Le site contient aussi une partie consacrée aux outils et ressources disponibles en ligne comme les tableaux en ligne qui vous permettent d’écrire sur un tableau virtuel mais aussi, grâce à l’application Educreations, d’enregistrer des vidéo de cours, d’insérer des images… Le tableau d’Educreations est vraiment très intéressant si vous souhaitez que vos élèves préparent une partie des contenus dont ils auront besoin en classe. Vous y trouverez aussi des liens vers des plateformes d’apprentissage comme Canvas, Edmodo (qui vous permet à la fois de mettre des contenus en ligne et de créer une communauté virtuelle de la classe) ou encore Schoology, basée sur le même principe que Edmodo. Tous ces sites sont de véritables outils de gestion globale de la classe. À voir aussi, ce que proprose la plateforme Sophia.
Autre section intéressante de ce site, c’est celle des témoignages, surtout aux États-Unis, de classes inversées au collège, au lycée et en université. Brisons nos tabous : il se passe beaucoup de choses très inter´ressentes aux États-Unis dans le monde de l’éducation. Une bonne manière de réfléchir sur nos pratiques de classe et se demander comment mettre en place de nouvelles façons d’enseigner.
Finalement ce site propose une page avec des conseils et des idées sur la gestion de la classe, les stratégies à mettre en oeuvre, la notation…

Pédagogie inversée : des résultats scolaires nettement supérieurs
Publié dans Infobourg, un site Web d’information québécois consacré à l’éducation, tout particulièrement à l’intégration des TIC dans le primaire et le secondaire, ce billet rapporte le succès de la pédagogie inversée dans un collège d’Alabama.

Enseigner avec un TNT
Ce blog propose différents billets sur la pédagogie inversée, notamment sur les défis pédagogiques : que faire du temps de classe si la théorie est renvoyée à la maison ?

Pour en savoir plus sur la Khan Academy
Le site de la Khan Academy
Reportage sur CBSNews
60_minutes_-Khan-Academy

À lire aussi :
Le blog Carnet d’univers social qui contient un billet sur le sujet.
Témoignages d’étudiants
À la French American International School, des étudiants témoignent (en anglais) de leur intérêt à étudier selon le principe de la pédagogie inversée.

Le billet Pédagogie inversée sur le blog Innovations Éducation. Son auteur nous rappelle l’historique de cette pédagogie et l’illustre avec des exemples précis de ce qu’il qualifie de « révolution scolaire » qui demande aux enseignants de changer leurs paradigmes de l’éducation des apprenants pour aller vers une pédagogie plus active et en réseau. Son auteur fait une réflexion intéressante sur l’évolution du profil des apprenants et l’importance d’adapter la classe aux nouvelles réalités. Finalement, il essaie de faire tomber quelques mythes sur la classe inversée que font courir les détracteurs de cette pédagogie qui s’inscrit dans la rupture avec le modèle traditionnel.

Témoignages de profs

TangoManFromQuebec
Sur son site, Steve Roy, un prof du secondaire fan de TIC, partage son expérience depuis qu’il a commencé à mettre en place la pédagogie inversée dans ces cours.

Une simple enseignante
À lire sur le blog d’Annick Arsenault Carter, les réflexions de cette « simple enseignante » comme elle s’auto-définit. Elle décrit sa réflexion sur la mise en place de la pédagogie inversée et ses doutes (http://annickcarter1.wordpress.com/2012/04/23/a-la-decouverte-de-la-pedagogie-inversee-le-pourquoi/). Vous pouvez aussi lire un court entretien publié sur Vousnousils l’e-mag de l’éducation.

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Quelle valeur ajoutée pour les contenus numériques dans l’enseignement du FLE ?

Posted by Philippe Liria sur 24/09/2012

Le 21 septembre dernier, s’est tenue à Barcelone la 23e Journée DIM (Didactique, Innovation et Multimédia). Cette année, parmi les thèmes qui centraient l’attention des experts, il y avait la question de la valeur ajoutée des contenus numériques dans l’éducation. Les conclusions de la table ronde de cette journée m’ont paru particulièrement intéressantes, même si je ne les partage pas forcément dans leur globalité. Publiées en espagnol sur le site de Pere Marquès, directeur du groupe DIM, je me suis permis de les traduire car elles apportent des éléments de réflexion intéressants. Vous pouvez retrouver le texte original, dans son intégralité, sur le site du groupe.
La lecture de ce compte rendu suscitera sans aucun doute des réactions en raison de certaines affirmations. C’est normal et c’est la fonction du débat. Il serait intéressant, une fois la lecture faite de s’interroger justement sur la place qui est faite au manuel numérique et plus largement aux contenus numériques dans la classe de langue, notamment celle de FLE que ce soit au collège – comme il est en surtout question dans ce débat -, au lycée ou à l’université mais aussi dans les autres institutions où le FLE est la raison d’être.

Pour aller plus loin aussi dans cette réflexion sur les TICE, je vous propose de visiter le blog de Bruno Devauchelle. Il y est aussi question de TICE et son animateur, spécialiste du sujet, s’interroge sur l’efficacité des TNI ou encore des activités pour tablette allant même jusqu’à parler de « tromperie ». Je vous laisse donc lire et apprécier depuis votre expérience ces points de vue, certainement complémentaires, sur des thèmes qui reviennent régulièrement lors des ateliers que j’anime.

Compte rendu de la 23e Journée DIM (Trad. de l’espagnol)

Les participants à cette journée étaient :
Antonio Cara (conseiller d’Education et Connaissance en Réseau de la Fundación Telefonica), Esteban Lorenzo (Directeur de la maison d’édition scolaire Edebé-Digital), Santiago Serrano (Responsable de la Délégation de Macmillan en Catalogne) et Jordi Vivancos (Département d’Éducation de la Generalitat de Catalogne).
Le débat était moderé par Pere Marquès (professeur à l’Université Autonome de Barcelone (UAB) et responsable du groupe DIM).
Pere Marquès et Paloma Valdivi sont les auteurs de ce compte rendu de cette table ronde.

Face à l’immense galaxie informative qui est aujourd’hui gratuitement à notre portée, les manuels scolaires sélectionnent une partie de cette information (que constitue une réponse complète aux programmes scolaires officiels), ils la préparent et la structurent pour qu’elle soit facilement assimilable par les élèves, tout en l’accompagnant d’une bonne collection d’activités pour faciliter la compréhension/mémorisation ainsi que la mise en pratique des connaissances que suppose le développement des compétences. Ils orientent l’enseignant et lui simplifie le travail (ce n’est pas à lui de chercher l’information) en lui fournissant des ressources élémentaires qui lui font gagner du temps.

1. QUELLE VALEUR AJOUTÉE NOUS APPORTENT LES MANUELS SCOLAIRES NUMÉRIQUES ?

Nous savons aussi que les « bons manuels scolaires numériques » nous apportent la même chose qu’un « bon manuel scolaire papier » et en plus : des vidéos, des animations, des simulations, des liens (vers des sites compagnons), des exercices auto-correctifs… Auncun doute : ils apportent de la « valeur ajoutée ». Voici ce que les participants à cette table rond ont mis en avant parmi les principales contributions du manuel numérique :

– l’interactivité qu’il apporte à l’élève. Jordi Vivancos a d’ailleurs cité les résultats d’une étude de John Hattie (Visible Learning : A Synthesis of Over 800 Meta-Analyses Relating to Achievement) : celle-ci met clairement en évidence que l’apprentissage des élèves est d’autant plus efficace qu’il y a mise en place de l’ interactivité/rétroalimantation ;

– Le feed-back immédiat des exercices auto-correctifs et des simulations (Héctor Ruiz) ;

Plus grande motivation et attention des élèves (en raison surtout de l’environnement multimédia et de l’interactivité, avec des réponses immédiates à ce qu’ils demandent/font) ;

Moins de temps consacré par le professeur à la correction d’exercices puisque la plupart sont auto-correctifs. Il pourra ainsi donner aux élèves plus d’exercices, si nécessaire, puisqu’on dispose de plus de temps. Les élèves pratiquent plus et amélioreront donc leur apprentissage ;

– On peut plus aisément intégrer des activités d’évaluation (et d’autoévaluation) dans les séquences d’apprentissage proposées aux élèves. En outre, on voit apparaître petit à petit des « systèmes adaptatifs » (Antonio Cara) qui permettent d’adapter les séquences d’apprentissage aux connaissances préalables et l’évolution des apprentissages de chaque élève (contenus numériques + intelligence artificielle) ;

– Les rapports/comptes rendus personnalisés fournis par ces supports et rendent plus simple pour l’enseignant le suivi de l’activité que réalise l’élève quand il interagit avec ces supports. (Héctor Ruiz). Comme ils connaissant mieux l’activité et les apprentissages de leurs élèves, les professeurs peuvent traiter de façon adéquate la diversité des besoins formatifs de ces élèves ;

– Il est facile de maintenir ces supports à jour et d’y inclure des informations d’actualité (Santiago Serrano), même si les maisons d’édition ne le font pas toujours ;

Actuellement, aux côtés du modèle classique de « manuel numérique » complet, il existe une offre de contenus éducatifs atomisés (objets d’apprentissage, Pepe Giráldez) de façon à ce que chaque enseignant ou chaque établissement peut élaborer (sur l’espace numérique d’enseignement de l’établissement) ses propres « manuels » (ou contenus de référence pour les élèves) en sélectionnant les « objets d’apprentissage » qui lui plaisent le plus (Esteban Lorenzo) parmi ceux que proposent les différentes maisons d’édition de contenus éducatifs multimédia – pour cela, il faut que les contenus suivent un protocole, le « common cartbridge » (Jordi Vivancos).

Les contenus numériques devraient être facilement malléables pour que les professeurs, et parfois les élèves, puissent les adapter à leurs besoins et contexte d’utilisation (Javi Vizuete).

Complémentarité. Le manuel scolaire numérique est un recours de plus dans la classe ; il ne remet pas en cause le manuel papier si celui est nécessaire (Xavier Gómez). S’il n’est pas nécessaire que chaque élève ait un manuel papier, on peut envisager une « bibliothèque de classe » avec les manuels des différentes maisons d’édition. Il ne faut pas oublier non plus que les départements d’éducation, que certains enseignants et même certaines maisons d’édition font la promotion de fonds structurés de ressources gratuites, qui peuvent, dans certains cas, être suffisants comme compléments à l’usage des manuels scolaires en papier.

2. INFRASTRUCTURES NECESSAIRES

Pour pouvoir utiliser les manuels numériques, il faut que les salles de classe disposent d’une bonne connexion à Internet (Héctor Ruiz) tant en réseau qu’en haut débit et que les élèves puissent avoir accès à un dispositif numérique (PC, tablettes, Smartphones…) leur permettant d’accéder et d’interagir sur les informations des contenus numériques et d’interagir avec (environ 30% du temps de classe hebdomadaire car les TICE ne doivent pas nécessaires pour toutes les activités).
Il ne faut pas seulement prendre en compte les spécificités de chaque méthodologie mais aussi, cas par cas, se demander si l’usage de contenus numériques dans chaque matière et à tout âge est nécessaire (Antonio Cara).
Pour Jordi Vivancos, actuellement, la salle de classe idéale, c’est « celle que nous avons ». Nous devons tirer le meilleur profit de ce que nous avons car les temps ne sont pas aux grands investissements. Il faut en outre profiter du fait que 90% des familles avec des enfants en âge de scolarité disposent d’ordinateur et d’Internet chez elles, ce qui permet aux élèves de faire une partie des activités TICE à la maison. Ensuite, en classe et grâce au TNI, on peut consacrer du temps à partager et à réviser ces travaux.
Pour éviter les problèmes de haut débit que pourraient avoir les établissements si tous les élèves travaillaient avec les manuels numériques en ligne, les maisons d’édition ont tendance à proposer des formats hybrides qui consistent à insaller des contenus sur les serveurs des établissements et ainsi réduire les téléchargements.
Il faut aussi prendre en compte les besoins en ressources humaines : le coordinateur pédagogique TICE, l’agent de maintenance… (Santiago Serrano).

3. LA PROBLÉMATIQUE ASSOCIÉE À L’USAGE DES MANUELS NUMÉRIQUES

Les manuels papier posent peu de problème : ils sont toujours disponibles y compris avec peu d’éclairage, ils permettent une lecture plus reposée (séquentielle, bonne lisibilité des caractères…) et une prise de note directe ou sur des post-it.
On associe à l’usage des manuels numériques les problèmes suivants : dépendance TIC (il faut un dispositif numérique) ; il faut souvent déplacer les dispositifs de salle en salle (chariots pour ordinateur…) ; les câbles et les connexions, le mobilier (tables fixes…) et les installations (peu de prises…) rendent difficiles le travail collaboratif et l’usage des TIC ; les ordinateurs et les écrans réduisent la visibilité et l’espace de travail ; il y a plus de bruit en classe (Santiago Serrano) ; il y a tendance à lire superficiellement (comme le montrent les résultats de test PISA2009 qui indiquent le peu de compréhension de lecture à l’écran – Jordi Vivancos) ; les hyperliens peuvent finir par désorienter les élèves ou augmenter leur distraction (surtout si l’enseignant ne se promène pas entre les élèves pendant qu’ils travaillent avec des contenus numériques) ; les enseignants n’ont pas toujours (ni les élèves d’ailleurs) la formation nécessaire pour faire un bon usage didactique des contenus numériques…

4. VERS OÙ ALLONS-NOUS ?

Il y a plus de 100 ans, Giner de los Ríos et d’autres fondateurs de la Escuela Nueva (note de trad. : Education nouvelle) faisaient déjà la promotion dans certains cas d’un apprentissage où chaque élève élaborerait son propre manuel, ce qui demandait d’avoir une vision générale des sujets, de chercher et de sélectionner les renseignements, de les analyser et d’en faire la synthèse, de débattre et de corriger ensemble (camarades et professeur)… Actuellement, comme les professeurs et les élèves ont à leur portée une quantité infinie d’information, il serait très facile d’encourager chaque élève à créer son propre livre sur un wiki !
Si dès l’âge de 10 ans chaque élève disposait à l’école d’un dispositif numérique (netbook, tablette…), cela aurait-il un sens pour lui d’utiliser aussi des livres numériques ? Dans ce cas, devrait-il acheter un livre numérique pour chaque matière ? (même à très bas prix). Et plus encore, ne devrait-il pas plutôt disposer d’un « livre-album » qui le guiderait dans les informations à chercher sur Internet (ou sur une base de données fermée de la plateforme de l’établissement scolaire) pour élaborer son propre livre de texte ?

Actuellement les manuels numériques ressemblent énormément aux manuels papier (Antonio Cara). Les manuels numériques n’ont pas encore développé tout leur potentiel grâce aux fonctionnalités que leur apporte la technologie. On attend qu’ils intègrent les techniques de l’intelligence artificielle (systèmes adaptatifs, « teachable agents » que les élèves entrainent) et qu’on profite mieux encore des énormes possibilités d’apprentissage dont on dispose à partir des simulations (Héctor Ruiz).

Comme il a déjà été dit, on assiste à une tendance à la fragmentation des contenus et au micro-paiement pour ces « objets d’apprentissage » qui intéressent (Esteban Lorenzo). Le manuel numérique peut évoluer vers une sorte de « container » de connexions (Antonio Cara).
(…)

5. EFFICACITÉ ET AMÉLIORATION DU RENDEMENT DES ÉLÈVES. L’IMPORTANCE DES MÉTHODOLOGIES.

Bref, ce qui compte, et c’est l’objectif des ressources didactiques, c’est de faciliter les apprentissages des élèves. Il serait absurde de dépenser plus en technologie et en ressources pour obtenir les mêmes résultats qu’auparavant. L’utilisation des livres numériques indique-t-elle une amélioration des résultats scolaires si les élèves les utilisent « bien » ?
Nous avons d’une part les études citées par Jordi Vivancos dans le livre Visible Learning (plus il y a d’interaction/rétroalimentation, mieux on apprend). Il faut par conséquent renforcer au maximum des contenus numériques qui génèrent cette interaction entre les élèves. Les manuels numériques agiront donc comme des catalyseurs d’apprentissages (Santiago Serrano).

Dans le cadre du groupe DIM-UAB les deux études importantes réalisées sur les manuels numériques mettent en avant qu’un « bon usage de ces supports peut vraiment contribuer à améliorer les rendements des élèves » : l’enquête sur l’orthographe avec les manuels de Digital-Text (en espagnol) a démontré de façon empirique une amélioration de 23% dans le rendement des « élèves numériques » par rapport à ceux qui avaient travaillé l’orthographe sans le support de TIC (Héctor Ruiz) ; et dans l’enquête sur les manuels Educaline (en espagnol), 2 professeurs sur 3 ont considéré que leurs élèves avaient appris plus. Dans ces enquêtes, les professeurs ont été orientés de façon à ce qu’ils utilisent les contenus numériques selon des méthodologies qui sont responsables du succès obtenu, en profitant de façon appropriée la « valeur ajoutée » des ressources numériques.
Parfois les contenus numériques ne misent pas sur une méthodologie didactique claire (Esteban Lorenzo). Il serait souhaitable que les manuels numériques soient au service d’une méthodologie novatrice (Antonio Cara).

Comme je l’écrivais au début de cet article, les questions sont nombreuses et on peut légitimement s’interroger sur certaines réponses. On sait aussi que la réalité de la classe rend souvent difficile l’utilisation des TIC et qu’il ne faut pas perdre de vue que, plus que l’interactivité, ce que nous recherchons dans nos classes de français, c’est l’interaction pour mener à bien un projet final ou tâche.

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Le numérique à l’école traine des pieds…

Posted by Philippe Liria sur 09/04/2012

Voici un mois, le CNNum rendait son rapport sur le rapport du numérique avec l’école. Ses auteurs montrent dans leur conclusion combien la culture numérique et la maîtrise des outils numériques ont du mal à faire leur entrée dans l’École. Pourtant, ces éléments comme le développement du Cloud (ou informatique en nuage), des tablettes et des plate-formes devraient contribuer à une meilleure présence du numérique dans l’apprentissage.
Ce rapport suggère des pistes de travail pour remédier à cette situation pour que le numérique puisse véritablement être exploité comme il se doit. Même si les auteurs n’entrent pas dans le détail des usages qu’on pourrait faire des outils numériques, on peut imaginer l’intérêt que cela représente dans le domaine de l’enseignement/apprentissage des langues ou dans l’organisation de la classe (envoi ou partage des documents grâce aux nuages ou aux tablettes par exemple).
Pour en savoir plus, vous pouvez télécharger le rapport en cliquant CNN_numerique_mars_2012.

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Quelle place pour les nouvelles technologies en classe ?

Posted by Philippe Liria sur 04/01/2012

Le New York Times organise un intéressant débat sur la place des nouvelles technologies en classe. Ce n’est pas la classe de FLE mais la réflexion en vaut la peine alors que nous voyons entrer dans nos salles de classe les TNI, les smartphones et autres outils qu’on englobe dans cette appellation de « nouvelles technologies ». Or nos impressions, celles des professeurs que je rencontre un peu partout dans le monde, sont souvent partagées. On s’interroge, légitimement, sur les bénéfices qu’en tirent véritablement nos élèves et on se demande souvent si ces outils contribuent vraiment à mieux apprendre.
Je vous invite donc à lire les différentes opinions de ce débat que nous propose la « Room for Debate » du NYT, vous y trouverez des opinions, variées, et une somme d’exemples fort intéressants qui pourront peut-être vous donner des pistes pour l’utilisation de ces outils dans vos classes.
Pouvons-nous, par exemple, ignorer les smartphones ? Nos élèves – et nous-mêmes de plus en plus – les utilisons à tout moment. Il est donc certainement nécessaire d’admettre cette réalité et de chercher des façons de les rendre utiles à l’apprentissage, peut-être comme un prologement de la classe. C’est la réflexion à laquelle nous invite Will richardson, Powerful learning practice, qui revendique l’utilisation du smartphone comme reflet de la réalité de notre monde numérisé.
Sans les rejeter, Paul Thomas, membre du Radical Scholarship, rappelle que la technologie doit accompagner l’enseignant dans son travail quotidien ; or, pour Paul Thomas, les nouvelles technologies n’auraient fait qu’augmenter les coûts en achat de matériel – particulièrement onéreux – au détriment de la formation des professeurs sans qu’on ait vraiment démontrer les bénéfices de ces « nouvelles technologies ». Il demande à ce que l’école de se laisse pas aveugler par ces outils et n’oublient pas les enseignants. Ce n’est pas l’avis d’Eric Shenninger qui dénonce la mise à l’index qui est souvent fait des nouvelles technologies et des réseaux sociaux. Il reproche aux enseignants d’ignorer le pouvoir de ces outils dans l’enseignement/apprentissage. Il rappelle qu’ils contribuent à la communication, à la collaboration entre les apprenants et donc à leur créativité. Ces outils, qui font partie de leur quotidien, les impliquent encore plus ce qui contribue à les motiver dans leur apprentissage. Un exemple concret de mise en oeuvre des nouvelles technologies, c’est celui que nous donne Shekemma Silveri qui à travers ces cours à distance et grâce à l’utilisation des réseaux sociaux en ligne fait entrer le monde dans l’espace-classe. Ou encore celui que nous donne Ann Leaness, membre du bureau de la fondation Edcamp Foundation et fervente utilisatrice du TNI et qui décrit son expérience de classe où le tableau interactif n’est qu’un outil de plus qui n’empêche en rien que ces classes soient des lieux de travail en groupe réduit, de débats, etc.
On peut retenir aussi un bémol, celui de Vicki Davis, co-fondatrice de Flat Classroom Projects qui, sans remettre en cause les nouvelles technologies en soi, au contraire, souhaiterait que celles-ci permettent de faciliter l’individualisation de l’apprentissage, notamment au moment d’évaluer.
Des échanges à lire et qui surtout devraient en permettre d’autres, notamment par rapport à la place que nous donnons, nous, aux nouvelles technologies dans nos classes.

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 » Aucune école ne doit investir dans la technologie sans investir de manière substantielle dans la formation des enseignants. »

Posted by Philippe Liria sur 25/09/2011

« Aucune école ne doit investir dans la technologie sans investir de manière substantielle dans la formation des enseignants. » Cette phrase est tirée d’un article d’Hubert Guillaud (Dans les salles de classe, les résultats ne progressent pas)sur le blog qu’il co-anime avec Xavier de La Porte et Rémi Sussan, Inter Actu. Cette affirmation n’est pas anodine et soulève une question bien présente aujourd’hui dans les établissements. On sait ce qui se passe, on implante les technologies comme les TNI dans les salles de classe, on dote les élèves d’ordinateur portable et un certain technodéterminisme nous fait croire qu’avec ça, on a trouvé une réponse à tous les problèmes de la classe. Pourtant, dans certains États des Etats-Unis où ces technologies ne sont plus au stade de l’expérience, on se pose légitimement des questions sur les résultats des élèves et la place du prof. On a vu, comme le rappelait le NYT dans un article de mars dernier des écoles qui pensent que la technologie peut remplacer les enseignants comme ces classes virtuelles en Floride qui prétendent résoudre le problème des sureffectifs. (Disponible en français sur le site du Courrier International)
En Europe, on voit comment les investissements en technologie se font souvent au détriment de la formation des enseignants. On voit même des enseignants fonder leur choix non pas sur des critères pédagogiques mais sur des questions technologiques. Peu importe le contenu, ce qui importe c’est l’emballage : plus il est interactif, mieux c’est. Quant à l’interaction, elle viendra après, s’il y a le temps.
Je reprends un autre extrait de l’article de Guillaud qui cite la chercheuse américaine, Cathy Davidson : « Nous ne sommes pas responsables en tant qu’éducateurs si nous ne faisons qu’enseigner avec la technologie, car il faut également enseigner à travers elle, sur elle et à cause d’elle. Nous devons faire comprendre aux enfants sa puissance, son potentiel, ses dangers, ses usages. Ce n’est pas seulement un investissement qui en vaut la peine, mais c’est un investissement qu’il serait irresponsable d’éviter. » Et elle a certainement raison à condition, comme elle le dit par ailleurs, que nous aidions à comprendre la technologie et pour cela, il faut que les enseignants non seulement la connaissent mais surtout la maîtrise. Or, nombreux sont ceux qui découvrent ces technologies en même temps que leurs élèves (voire même après dans certains cas).
En fait la question n’est pas d’être pour ou contre les technologies dans la salle de classe, je crois que tout le monde est d’accord qu’elles sont devenues un outil de plus au service de l’apprentissage. Dans le même temps, leur entrée se fait souvent très, trop vite sans qu’on ait eu le temps de « repenser l’éducation ».

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