Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Posts Tagged ‘Sébastien Langevin’

De l’air venu d’ailleurs

Posted by Philippe Liria sur 23/01/2017

Stromae a reçu la Grande médaille de la francophonie.

Le chanteur Stromae

Dans son édito du n°409 du Français dans le monde, Sébastien Langevin, rédacteur en chef de la revue des professeurs de français du monde entier, nous rappelle qu’en décembre dernier, Stromae a reçu la Grande médaille de la Francophonie des mains de Xavier Darcos, ancien président de l’Institut français et membre de l’Académie française. Et d’ajouter que ce « n’est pas anodin que la vénérable institution honore ainsi un jeune chanteur belge d’origine rwandaise. Avec cette distinction, les Immortels ont souhaité mettre à l’honneur la langue française telle que nous la considérons, telle que nous l’aimons et telle que nous l’enseignons. »

En effet, les propos tenus dans cet édito sont absolument nécessaires en ce début d’année qui va être marquée par le calendrier électoral. Nous ne pouvons oublier qu’enseigner le français, c’est transmettre aussi et surtout les valeurs intrinsèquement liées à notre langue. Parmi celles-ci, il y a bien entendu la liberté, en particulier celle de circulation des personnes ; celle qui fait que les êtres humains doivent pouvoir choisir librement le territoire où ils vivent. Hélas, beaucoup n’ont d’autre choix que de fuir leur terre en raison de la guerre, de la misère et de plus en plus aussi, des changements climatiques. Quitter sa terre n’est jamais simple et c’est rarement le résultat d’un acte volontaire, sauf si on habite le premier monde. Pourtant des murs se lèvent en même temps que la peur de l’autre croît. Depuis l’Europe nombreuses sont les voix qui s’élèvent contre le mur que veut dresser Trump pour séparer le Mexique (et toute l’Amérique latine) des Etats-Unis. Mais n’oublions pas, non plus, qu’il n’y a pas que les menaces fascisantes en 140 caractères de ce pitre d’outre-Atlantique maintenant président : l’Europe aussi dresse ses murs. Elle le fait à ses frontières, qu’ils aient la forme d’horribles grillages comme dans les colonies de Ceuta ou Melilla ou que ce soient ces camps en Italie ou en Grèce où sévissent la pénurie, l’insalubrité et le terrible froid de l’hiver ; sans parler de la Méditerranée occidentale, autrefois carrefour de civilisations et aujourd’hui témoin involontaire et impuissante du drame dont les eaux, transformées en cimetière humain, sont le terrible scénario !

Dessin de Capdevilla publié dans El Watan (17/09/14)

Dessin de Capdevilla publié dans El Watan (17/09/14)


En fermant nos portes aux réfugiés d’aujourd’hui, nous ne rendons-nous donc pas compte que nos esprits sentent de plus en plus le renfermé ? On voit un peu partout en Europe ces extrémistes bomber le torse, grandis par le succès populiste de Trump. Il est grand temps qu’une bouffée d’air chasse les discours alarmistes qui cherchent à nous faire croire que nous allons perdre notre identité. Notre identité ? Mais n’est-elle pas la somme de tous ces icis et de tous ces ailleurs ? C’est ce qui la rend vivante ! Quand nous transmettons la langue française à travers nos manuels et dans nos cours, nous ne le faisons pas pour glorifier des temps passés qui sentent le souffre. Les Gaulois – qui au passage ne parlaient pas français – et autres Jeanne d’Arc appartiennent à ce roman national franchouillard empreint d’un nationalisme nauséabond d’une IIIè République revancharde. Ce n’est pas notre rôle de nous faire les porte-paroles de ces idées ringardes qui, hélas, refont surface. Le français que nous enseignons est celui qui sent bon la lavande de Provence, peut-être, mais c’est aussi celui du couscous, des shawarmas et de tant d’autres saveurs venues des quatre coins du monde et qui enrichissent nos papilles et nos esprits. C’est peut-être le français de Molière – que nous aurions pourtant certainement du mal à comprendre si nous l’écoutions dans sa version originale -, mais c’est aussi et surtout celui qu’on entend dans le métro parisien, dans les rues de Bamako, de Montréal, de Pointe-à-Pitre ; celui qui s’est brassé depuis ses premiers balbutiements avec le breton, l’occitan, l’arabe, etc. et continue de l’être grâce à toutes celles et tous ceux qui l’emploient que ce soit dans leur vie privée, leur milieu professionnel ou leur expression artistique.
Et le français de demain, avec ses je ne sais combien de centaines de millions de locuteurs annoncés en 2050 surtout sur le continent africain, ne sera une réalité que si ce brassage se poursuit. C’est la seule voie possible pour que la langue française survive dans ce concert multilingue de la planète, n’en déplaise aux tenants de ces discours aux relents xénophobes qui envahissent la scène politique française depuis quelque temps -trop de temps ! Cette langue que nous enseignons doit contribuer, ne fût-ce que très modestement, à empêcher de dresser des murs populistes qui seraient, à écouter ces politiques, le remède de nos maux. J’aimerais en rire et me dire qu’il ne s’agit que d’un cauchemar que j’oublierai en ouvrant les yeux mais les sondages ne sont guère optimistes – croisons les doigts pour qu’une fois de plus ils se trompent mais dans le bon sens -. Et de notre côté, continuons à enseigner le français dans cette optique d’ouverture. Car enseigner / apprendre une langue, c’est avant tout tendre la main vers l’autre et montrer que nos diversités sont nos richesses pour construire ensemble l’avenir humain de cette planète.

Publicités

Posted in Actualité du français, Billet d'humeur | Tagué: , , | Leave a Comment »

Rayonnement ? Non, éblouissement !

Posted by Philippe Liria sur 12/11/2013

laurent_fabiusQuand j’ai vu que mon ministre répondait aux questions de Sébastien Langevin dans le dernier numéro du Français dans le Monde (FDLM, nov./déc. 2013, n°390), je me suis précipité dessus. Parce que, monsieur Fabius, vous êtes en quelque sorte mon ministre. En effet, même si je ne suis plus professeur de français langue étrangère, je continue à partager avec eux un même cercle. Ce cercle qui se trouve justement dans votre champ ou devrais-je dire votre « rayon » d’action ?
J’avais très envie de vous lire. Cela vous paraîtra peut-être très corporatiste, mais je voulais surtout savoir ce que vous alliez dire sur les professeurs de français. Normal après tout, la revue s’adresse quand même à eux. J’ai donc un peu « zappé » vos propos sur notre grandeur. Je l’admets et m’en excuse car il ne fait nulle doute que c’est grâce à notre force économique au-delà de nos frontières que nous maintiendrons vivant l’intérêt pour apprendre notre langue. Nous ne pouvons l’ignorer. Et les questions de Sébastien Langevin vous ont permis d’expliquer en long et en large les enjeux que suppose cette politique extérieure dont vous êtes le plus haut dignitaire. Rassurez-vous, j’ai bien retenu l’essentiel : la France rayonne dans toute sa puissance sur le monde. Enfin, à vous lire, c’est que nous retenons.
Je ne sais plus combien de fois vous utilisez le mot ‘rayonnement’, peut-être un peu trop d’ailleurs… et je dirais que tout ce soleil dans les yeux finit par éblouir et il ne nous laisse plus voir la réalité. Non pas cette réalité de salon, celle qu’on se plaît à ressortir dans un discours d’ambassade, verre à la main et petit four dans la bouche. Réalité de salon que vous reprenez en citant des chiffres sur la Francophonie ; ces chiffres qu’on publie un peu partout, sortis dont ne sait trop où – apparemment personne ne le sait vraiment – mais qui en font sourire plus d’un. Peu importe, ceux-ci nous promettent un monde idéal, tout plein de citoyens du monde qui dans une trentaine d’années parleront français. 750 millions ! Quelle merveille ! Je veux y croire. Si si, sérieusement ! Voyant les procédés auxquels on a recours pour faire grossir les chiffres (sans doute sous une bonne exposition au rayonnement solaire) en rendant francophones dans les statistiques des populations qui, à l’exception de leurs élites, n’ont parfois jamais entendu un mot de français. Mais il est vrai que sous certaines latitudes se sont nos hommes d’affaires qui sont éblouis par toutes ces richesses qui émanent de la terre…
Éblouissement encore quand vous parlez de ces étudiants étrangers… Certes la France continue a distribuer des bourses mais n’oubliez pas que que depuis quelques temps ce n’est plus vers la France que la plupart regarde, mais de plus en plus vers le Québec. Pas grave, et même si le soleil y brille moins fort que sur la Côte d’Azur (ça rayonne moins diriez-vous), les portes y sont un peu moins fermées que dans l’Hexagone où il faut montrer « pattes blanches »… Au pluriel vue toute la paperasse à fournir… Quant au blanc, espérons qu’un certain bleu d’une triste et inquiétante marée montante ne le transforme en condition d’entrée ! D’aileurs, connaissez-vous la galère de ces jeunes étudiants? Avez-vous vu l’espoir d’un avenir meilleur briller dans leurs yeux, espoir qui ne faiblit pas malgré les heures et les heures de queue pour accéder à un bureau de Campus France. Parfois après des centaines ou des milliers de kilomètres en bus ! Éblouis eux aussi par une France rêvée, un peu trop sans doute, ils attendent, diplômes et DELF B1 ou B2 en poche, que les portes de cette grande France s’ouvrent. Entre-temps ces courageux futurs étudiants étrangers en France, s’ils n’abandonnent pas le combat en chemin, auront peut-être cessé de croire en notre pays dont vous vantez si bien les valeurs. Images ternies. La réalité brille un peu moins que ne rayonnent vos mots.
Avant d’atteindre la question sur les profs de FLE, et donc votre réponse, je me suis quand même arrêté aussi sur celle concernant l’Institut français. Et j’ai cherché la réponse dans vos propos… Je la cherche encore, mais je ne doute pas que la lumière se fera et que j’y verrai plus clair. Ce doit être l’effet d’éblouissement qui m’empêche de la trouver ou de la trouver un peu floue. La lueur semble être dans la formation… Ah la formation !! En attendant, heureusement que celle-ci vient d’ailleurs dans bien des cas parce que depuis certaines institutions, on la fait miroiter à beaucoup mais peu la voient. L’Institut… Éblouissement ? À en croire les différents articles parus dans la presse, il semblerait que depuis cette interview, vous avez été plus clair sur l’avenir de cette institution. L’heure du glas aurait-elle sonné pour elle, deux après sa création ? (cf. Le Monde, 23/10/2013).
Arrive la fin de l’interview et nous en venons (enfin) aux professeurs de français. La chaleur de vos remerciements sera appréciée. Sincèrement, je ne rigole pas. Votre prédécesseur ne semblait même pas se souvenir de l’existence de ces petits soldats de plomb que j’ai évoqués dans un modeste billet sur leur situation ou plutôt leurs conditions professionnelles. Cela fait toujours plaisir. Ça n’aide pas les établissements ni les directeurs d’établissements locaux ou du réseau à disposer de plus de crédits, ni les coordinateurs pédagogiques ou les professeurs… mais ça nous met du baume au coeur. Même si ça fait un peu discours de salon, vous en conviendrez. Ah cette diplomatie française ! Ce n’est pas pour rien que vous en êtes le plus haut représentant.
Alors éblouissement ? Il faudra peut-être poser la question à ces professeurs, indissociables de cet « enjeu de la politique du français » pour reprendre vos propos. Ils apprécieront de vous lire, entre 6h du matin et 22h, dans les nombreux transports qui les mènent de cours en cours pour faire leur 30, 32, … 37 heures de cours hebdomadaires (les préparations sont à part, vous pensez bien) pour des salaires qui peuvent atteindre, accrochez-vous bien au siège de votre jet qui vous ramène à Paris, les 1500 euros, et pour le coup, comme on dit, c’est vraiment bien payé ! Et je sais, car comme vous, je consulte fle.fr, qu’il y a des postes à 3000 euros si j’ai deux masters et j’accepte de m’enfermer dans une zone sécurisée d’Afghanistan pendant six mois.
Rassurez-vous, malgré ces conditions pas vraiment brillantes pour ces représentants de la France et de sa langue que sont les professeurs de FLE, ceux-ci continuent dans leurs cours à parler de ces valeurs, des droits de l’Homme, de la société d’accueil… Bref ils sont les vrais ambassadeurs de ce rayonnement, sans bla-bla ni bling-bling. Sans vains mots, ni discours de salon ni éblouissement, mais du vrai, de l’authentique et une motivation incroyable par-dessus tout pour que partout dans le monde on continue à apprendre notre langue.

Posted in Actualité du français, Billet d'humeur | Tagué: , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :