Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

La classe inversée : méthodologie, mise en oeuvre et témoignages

Posted by Philippe Liria sur 18/09/2019

La classe inversée, l’ouvrage est maintenant disponible !

La classe inversée – ou devrais-je écrire les classes inversées ? – occupe déjà une certaine place dans la classe en général et même dans celle de langue, donc en FLE malgré les difficultés qu’on aurait bien tort de nier ou de minimiser. Plusieurs ouvrages sont parus et de nombreux articles ont été publiés pour l’expliquer, y compris dans ce blog. Mais, comme le souligne Marcel Lebrun qui signe la préface de cet ouvrage – et que je remercie ici très chaleureusement pour sa contribution -, “l’originalité (de ce livre) vient d’une part de ses trois parties, l’une davantage conceptuelle, l’autre contextuelle et la dernière plus réflexive et d’autre part de son ancrage disciplinaire dans l’enseignement du français, langue étrangère et langue seconde.” Et c’est exact : même si nous sommes bien conscients qu’il s’agit avant tout d’un “état d’esprit” (quelle que soit la matière enseignée), comme je ne me lasse jamais de le répéter dans les formations que j’anime sur la classe inversée, l’une des particularités de ce livre est qu’il a été conçu par trois professionnels du FLE/S. Les témoignages en fin d’ouvrage que nous apportent trois enseignantes, spécialistes du FLE, renforcent encore un peu plus la perspective que nous avons voulu lui donner. Ils montrent aussi que la pratique de la classe inversée n’a pas de limite territoriale et qu’on peut la trouver dans la classe de français au Canada, en France ou au Liban ; comme on la trouve aussi au Mexique, au Brésil ou dans bien d’autres pays comme nous l’ont régulièrement rapporté les enseignants que nous rencontrons à l’occasion des formations que nous proposons aux quatre coins de la planète. 

Vous trouverez dans la Première partie de l’ouvrage un ensemble de huit chapitres qui vont tout d’abord s’interroger sur le lien entre le FLE/S et les pédagogies actives, puis vous proposer une définition (en 4 temps sans oublier la perspective historique) de la classe inversée voire des classes inversées. Cynthia Eid en a relevé trois types.

Autre point abordé, c’est la répartition des moments. Que se passe-t-il avant le cours puis pendant ? Comment organiser la classe ? Beaucoup de questions auxquelles répond l’ouvrage. On verra dans le chapitre 4 que les scénarios de la classe inversée dépendent du contexte d’enseignement alors que le chapitre 5 non seulement reprendra les avantages de cette démarche mais en pointera aussi les limites, car il est bon de savoir modérer certains “enthousiasmes débridés sous couvert de modernité”. On s’intéressera aussi à ce que nous dit le chapitre 5 sur les outils qui aident à inverser la classe mais aussi, sur des façons de la faire sans y avoir recours. Finalement, pour conclure cette première partie, il sera question de l’évaluation, sommative mais surtout “formative/formatrice dans une pédagogie de l’accompagnement, de l’encouragement et de la bienveillance”.

La Deuxième partie de l’ouvrage se veut plus “pratique”. Le lecteur y découvrira une mise en oeuvre de la classe inversée. On y parlera notamment des fameuses capsules vidéo pédagogique et de leur feuille de route, deux éléments-clé associés au type 1 de cette pratique et qui, comme le rappelle Marc Oddou, “constitue l’un des fondements de l’existence de ce courant pédagogique”. La démarche y est décrite dans le détail et est suivie de 8 fiches pour passer immédiatement à la pratique.

La Troisième (et dernière) partie propose le témoignage de trois enseignantes : Nancy Abi Khalil-Dib, chef du Département de français à l’Université des Arts, des Sciences et de Technologie (Liban), Géraldine Larguier, enseignante à l’Université de Pau et du Pays de l’Adour (France) et Rodine Eid, chargée de cours à la Faculté de l’éducation permanente à l’Université de Montréal (Québec). Toutes trois ont répondu à un questionnaire sur leur pratique de la classe inversée, les réactions de leurs étudiants, les difficultés rencontrées pour la mettre en oeuvre et elles donnent quelques conseils à celles et ceux qui voudraient s’y essayer. 

Ce livre n’a pas la prétention de convertir qui que ce soit à une pratique qui s’inscrit pleinement dans ce que nous appelons les pédagogies actives mais qui n’est pas sans présenter des réticences voire des résistances. Nous savons que la classe inversée, tout comme sa variante, la classe renversée, “ne sont un modèle ou une panacée” mais nous sommes cependant convaincus, tout comme l’écrit Marcel Lebrun, qu’il s’agit “à la fois d’une petite révolution par rapport à l’enseignement traditionnel (…) et une piste d’évolution acceptable et progressive pour les enseignants qui souhaitent se diriger vers une formation centrée sur l’apprenant, ses connaissances et ses compétences”.

Nous espérons que ce livre vous aidera à mieux comprendre ce qu’est la classe inversée et répondra à vos questions sans perdre de vue la nécessité de l’interroger. Bonne lecture !

Pour en savoir plus :

Eid, C., Oddou, M., Liria, P. : La classe inversée. Coll. Techniques et Pratiques de classe. CLE INTERNATIONAL, Paris : 2019. Préface de Marcel Lebrun (148 pages) – ISBN 9782090382297

Vous pouvez en feuilleter un extrait : https://issuu.com/marketingcle/docs/09038229_classe_inversee?fr=sNTFjOTI3ODc1Ng

Commandez-le dès maintenant : https://www.cle-international.com/formation/la-classe-inversee-techniques-et-pratiques-de-classe-livre-9782090382297.html

Le français dans le monde nº422 : Et si on tentait la classe inversée ? 

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La médiation, au coeur des débats

Posted by Philippe Liria sur 01/09/2019

Ce n’est peut-être qu’une fausse impression, mais je trouve qu’on parle peu du Volume complémentaire avec de nouveaux descripteurs du CECR. Passerait-il alors inaperçu ? En tout cas, presque rien (en français) sur les moteurs de recherches d’internet au-delà de la version en ligne de ce complément et quelques très rares articles qui y font référence. Peut-être m’aiderez-vous à en trouver d’autres. Ils sont les bienvenus ! Je m’étonne pourtant de cette absence car, même s’il ne s’agit pas d’applaudir aveuglément ce document, il a le mérite d’exister. Certes, il ne remplace pas le texte de 2001 mais il en précise des parties, en complète et parfois même, en corrige. En donner une plus large diffusion inciterait l’ensemble des professionnels travaillant dans le domaine de l’enseignement des langues à réfléchir sur ce que signifie enseigner/apprendre une langue 20 ans après la sortie du texte original d’autant que l’environnement même de l’apprentissage n’est clairement plus le même. Des apports qui doivent aussi nous faire réfléchir bien évidemment au type de ressources ou aux modèles d’activités habituellement proposées dans le matériel pour la classe, qu’il soit sur papier ou en ligne. Faut-il, par exemple, remettre à plat les programmes, les progressions, les tableaux de contenus… ? Nous devons au moins nous poser la question sans précipitation et avec discernement.

Il y a dans ce document de quelque 254 pages un point qui, comme je l’écrivais déjà en février 2018, n’est pas exempt de polémique, et qui semble en même temps être l’objet d’une attention toute particulière, c’est la médiation. comme le font remarquer les auteurs de ce Volume complémentaire – Brian North, Tim Goodier (Fondation Eurocentres) et Enrica Piccardo (Université de Toronto/Université de Grenoble-Alpes) – qui soulignent qu’il s’agit d’un « concept important, présent dans le CECR, et qui a pris une dimension encore plus grande, à la hauteur de la diversité linguistique et culturelle croissante de nos sociétés. L’élaboration de descripteurs pour la médiation était donc la partie la plus longue et la plus complexe du projet aboutissant à la production du volume complémentaire du CECR. » (p.22)

La médiation, c’est aussi le thème retenu par l’Institut français d’Espagne pour ses Journées pédagogiques annuelles qui se tiendront à Madrid les 13 et 14 septembre prochains : La médiation – apprendre le français, rencontrer l’autre. Ce sera certainement l’occasion de parler de ce Volume complémentaire qui réserve tout un chapitre à la question. 

Vous avez dit “médiation” ?

Avant toute chose, qu’entend-on par “médiation”. Allons donc à la source et voyons ce que nous en disent les auteurs du Volume complémentaire :

l’utilisateur/apprenant agit comme un acteur social créant des passerelles et des outils pour construire et transmettre du sens soit dans la même langue, soit d’une langue à une autre (médiation interlangues). L’accent est mis sur le rôle de la langue dans des processus tels que créer l’espace et les conditions pour communiquer et/ou apprendre, collaborer pour construire un nouveau sens, encourager les autres à construire et à comprendre un nouveau sens et faire passer les informations nouvelles de façon adéquate. Le contexte peut être social, pédagogique, linguistique ou professionnel.” (p.106)

A priori rien de nouveau : “la mise en oeuvre de la compétence de la médiation dans la classe de langue n’est pas une idée neuve” comme le rappellait à juste titre Jacques Pécheur dans sa conférence « Médiation et activités en classe de langue” qu’il avait prononcé à Malaga en mars dernier dans le cadre du XI Congrès des Escuelas oficiales de Idiomas (EOI). Elle est aussi vieille que l’apprentissage des langues et nous l’avons toutes et tous pratiquée en classe, sans nécessairement en être conscient, un peu comme Monsieur Jourdain qui faisait des vers sans en avoir l’air.

 

 

 

 

 

 

 

Les échelles de descripteurs du CECR – Volume complémentaire (p.107)

 

Concernant la médiation, ce que nous apporte ce Volume complémentaire, ce sont donc les échelles de descripteurs (et elles sont nombreuses)… comme si la médiation, intrinsèquement liée à l’interculturel, pouvait se retrouver enfermée “dans des grilles, sauf à vouloir les contrôler en les technicisant pour en assécher toute la diversité et l’hétérogénéité”, critiquait déjà en 2017 une tribune signée par plusieurs associations de professionnels qui s’inquiétaient des risques que comporterait une « utilisation coercitive, normative et, in fine, autoritaire, du CECR”. Car qui dit grilles dit qu’on apporte des critères pour dire si on est ou pas compétent et à quel niveau pour réaliser telle activité de médiation. Et pour mesurer cette compétence, il faudrait l’intégrer dans l’évaluation.

Médiation : quelle évaluation ?

J’ai écrit… « évaluation« . On le sait : rien que d’en parler rappelle à plus d’un le célèbre Dîner de famille de Caran d’Ache évoquant l’affaire Dreyffus. L’évaluation était d’ailleurs le sujet central de II Jornada GIELE (automne 2018). En effet, c’est un débat qui est vif en Espagne où les EOI ont été contraintes, par un décret royal, de faire une place, séance tenante,  à la médiation dans leur programme et donc dans leurs examens. Une décision précipitée ? Est-on allé trop vite ? Certes, cette médiation était parfois déjà présente dans certaines parties de l’évaluation comme le rappellent Núria Bastons et Montse Cañada du Departament d’Ensenyament de la Generalitat de Catalunya. Cette intégration est-elle une réponse possible à la place de la médiation dans l’évaluation ? Ou, au contraire, faudrait-il la rendre plus visible ? En l’isolant par exemple et en la considérant comme une compétence à part entière ?  Pour sa part, Pilar Calatayud de l’EOI d’Elda, l’une des intervenantes à cette journée, a conclu sa présentation en affirmant que l’évaluer en tant que telle renforçait la prise de conscience interculturelle et critique des apprenants et augmentait leur tolérance et leur empathie vis à vis d’autres cultures. Elle admet toutefois que la partie concernant l’interculturel pose encore beaucoup de questions. En effet, les interrogations sont nombreuses autour de la possibilité d’objectiviser, donc d’évaluer certains aspects contenus dans les descripteurs de médiation comme l’empathie, la capacité à mener à débat ou le degré de “conscience interculturelle”. S’agit-il de compétence ou de stratégie que doit mesurer un professeur de langue ? Est-ce son rôle ? S’interrogent plusieurs enseignants. Et si c’est le rôle de l’enseignant, comment l’introduit-il dans sa classe ? Quelles activités ? Comment prépare-t-il ses élèves ? Des questions que se posaient aussi depuis la Suisse, Sandrine Onillon du Hep-Bejune. Cette spécialiste en approche actionnelle et en interculturalité s’interroge dans un article publié en juillet dernier sur la possibilité réelle de mettre en place dans la classe certains des descripteurs proposés par le Volume complémentaire.

Renforcer la médiation, c’est aussi renforcer des aspects que nous avions déjà mis en avant lors de la réflexion sur l’évaluation des projets dans une démarche actionnelle : Les apprenants ne sont plus (uniquement) des apprenants de langue mais de plus en plus des apprenants à vivre, travailler, collaborer dans des environnements culturels différents et multiples.  Le projet doit les y préparer. Les grilles d’évaluation de projets contiennent déjà – dans la section “compétences pragmatiques” des critères proches – voire identiques – à ceux que proposent les descripteurs de la médiation. 

Quelle place pour les autres langues dans la classe ?

Etre critique vis à vis de la médiation ne doit pas non plus nous faire perdre de vue des réflexions intéressantes sur la place des autres de langues de la classe et non pas seulement celle enseignée dans le processus d’apprentissage. Les descripteurs de médiation mentionnent clairement la présence d’au moins deux langues et pas uniquement dans ceux portant sur la traduction. Ainsi dans “transmettre des informations spécifiques à l’oral”, on trouve en A1 : “Peut transmettre (en langue B), des instructions simples et prévisibles concernant des horaires et des lieux. sous forme d’énoncés courts et simples (en langue A).” Et dans “transmettre des informations spécifiques à l’écrit” toujours en A1 : “Peut énumérer (en langue B) des noms, des nombres, des prix et des informations très simples d’un intérêt immédiat (données en langue A), si la personne les énonce très lentement et clairement avec des répétitions. 

C’est d’ailleurs une des questions centrales de l’intervention de Núria Bastons et Montse Cañada. Pour le moment, il semblerait que les EOI de Catalogne, à la différence de celles du Pays valencien, ont décidé de ne faire des activités et de n’en évaluer que dans la langue cible. Ce qui limiterait la médiation culturelle mais contournerait ainsi les questions sur la langue de départ. D’autres envisagent que les apprenants, surtout dans des contextes multilingues, apportent leurs propres textes dans la langue de leur choix… Le débat est ouvert et aucune réponse définitive n’a été apportée mais il est clair que cet aspect de la médiation s’ouvre sur le plurilinguisme.    

A la lecture de ces questions que se posent les professeurs de langue en Espagne – de français, mais aussi d’anglais, d’allemand, d’espagnol ou de catalan pour étrangers, etc. -, je pense bien que certain.e.s sont déjà en train de crier au scandale et jurent déjà par Toutatis que nenni ! Pas question de laisser entrer une autre langue que le français dans leur classe. Certaines institutions qui se vantent même d’interdire tout autre langue que le français dans la salle de classe tout en se targuant de suivre à la lettre le Cadre devront-elles dès lors faire comme si ces nouveaux descripteurs n’existaient pas ? Se résigneront-elles plutôt à manger leur chapeau et à accepter que le plurilinguisme est une voie à (enfin) explorer un peu plus profondément dans l’apprentissage d’une langue ? Toutes celles et tous ceux qui vivons, souvent depuis notre plus jeune âge mais pas seulement, dans des milieux plurilingues le savons, c’est ce contact entre nos langues (de famille, d’environnement social, de travail…) qui a largement contribué à ce que nous en maîtrisions non pas deux mais généralement plusieurs, à des degrés de compétences variables bien sûr selon la langue et au sein même de chacune de ces langues (ce qui parfois surprend). 

 

 

Ce Volume complémentaire est loin d’être parfait. Ces auteurs en sont conscients. Nous l’avons vu : certains descripteurs, comme ceux de médiation mais aussi sur la compétence plurilingue et pluriculturelle, ne manquent pas d’être polémiques. Mais en existant, il nous pousse à la réflexion sur le sens que nous voulons donner à l’enseignement-apprentissage d’une langue. Devons-nous nous arrêter aux questions linguistiques ? Ce que défendent certains professionnels considérant que nous outre-passons les compétences pour lesquelles nous sommes formés. Devons-nous, au contraire, envisager la définition du professeur de langue, en l’occurrence de français dans une toute autre perspective qui dépasse justement le cadre de la langue pour mieux préparer nos apprenants aux nouveaux défis de la société d’aujourd’hui ?

 

Pour en savoir plus

CADRE EUROPÉEN COMMUN DE RÉFÉRENCE POUR LES LANGUES : APPRENDRE, ENSEIGNER, ÉVALUER – VOLUME COMPLÉMENTAIRE AVEC DE NOUVEAUX DESCRIPTEURS : https://rm.coe.int/cecr-volume-complementaire-avec-de-nouveaux-descripteurs/16807875d5 

(et dans sa version originale en anglais : https://rm.coe.int/cefr-companion-volume-with-new-descriptors-2018/1680787989) 

II jornada del Grupo de Interés en Evaluación de Lenguas en España (GIELE) : »Evaluación de lenguas en España: Calidad e innovación” – Centro de Lenguas. Universitat Politècnica de València (26-27/10/2018) : http://giele.webs.upv.es/ii-jornada-giele-3/

Vous trouverez les interventions citées dans l’article à partir de ce lien avec notamment les propositions de grilles d’évaluation. 

Sandrine Onillon : “Développer le répertoire pluriculturel des élèves en classe de langue étrangère : les descripteurs du CECR (vol complémentaire, 2018) sont-ils réalisables dans les classes de langues étrangères?” https://www.2cr2d.ch/developper-le-repertoire-pluriculturel-des-eleves-en-classe-de-langue-etrangere-les-descripteurs-du-cecr-vol-complementaire-2018-sont-ils-realisables-dans-les-classes-de-langues-etran/

La médiation dans la méthode Tendances (J. Girardet, J. Pécheur et al., CLE International)

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Entretien sur la classe inversée

Posted by Philippe Liria sur 02/08/2019

Voici quelques semaines déjà Marianne Viader de Culture FLE m’a interviewé au sujet de la classe inversée. Je n’avais pas encore eu le temps de relayer cet entretien : La classe inversée avec Philippe Liria https://youtu.be/88W6kZIyh5Q via @YouTube‬

J’en profite pour vous recommander de suivre sa chaîne Youtube Culture et confiture où vous trouverez de nombreux entretiens en podcast sur différents sujets en lien avec le monde du FLE : l’interculturel avec Lionel Favier, la phonétique avec Michel Billières, etc.

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Une francophonie en « mutation »

Posted by Philippe Liria sur 11/07/2019

Décidément, depuis quelques mois, j’ai souvent fait référence au français d’ailleurs dans ce blog. Je vous avais parlé en avril du Tendances C1 dont les contenus font une large place au monde francophone et puis voilà qu’en mai, je vous parlais du français vu depuis les Amériques. Récemment aussi j’annonçais sur ma page Facebook la parution de différents ouvrages où, encore une fois, c’était le français d’outre-atlantique qui était mis en avant avec la sortie d’un ouvrage pour préparer au TEFAQ et deux autres sur l’expression orale dans la collection Compétences.

Cette fois-ci, l’actualité me porte à évoquer de nouveau ces français d’ailleurs (entendez bien ces variantes plus ou moins prononcées du français au-delà de l’Hexagone) et surtout les cultures qu’ils véhiculent. Je le fais à l’occasion d’une « mutation« , celle de la revue Francophonie du Sud qui devient, à partir de ce mois de juillet, Francophonie du Monde. Ce mot, « mutation » est celui qu’emploie Baytir Kâ, président de l’Association des Professeurs de français de l’Afrique et de l’Océan Indien (APFA-OI), dans l’édito du nº 1 de cette toute nouvelle formule du supplément bien connu du Français dans le Monde. La date de parution n’est évidemment pas due au hasard. Elle coïncide justement avec le congrès de l’APFA-OI qui s’est tenu à la fin du mois dernier dans la capitale sénégalaise.

Même si Francophonies du Monde va continuer à faire une large place à l’Afrique, ce qui peut se comprendre si l’on considère les chiffres de l’ODSEF qu’on nous ressasse régulièrement depuis quelque temps. Ceux-ci situent en effet ce continent clairement en tête des zones francophones du monde : 70% de la population parlant français vivra sur le continent africain d’ici une trentaine d’années, nous dit-on. Ce changement donc ou plutôt cette « mutation » du titre de la revue va permettre d’élargir le spectre et de la faire rayonner sur l’ensemble de la Francophonie. Ainsi ce premier numéro propose-t-il des articles en provenance bien entendu d’Afrique (Maghreb et Afrique Sub-saharienne) mais aussi du Sud-Est asiatique. Et on peut imaginer que dans les numéros à venir, il y aura aussi des accents des francophonies des Amériques, dans toute leur pluralité. On sait que l’envie ne manque pas du côté du Canada de mieux faire entendre leur voix francophone bien au-delà de leur frontière, comme s’y emploie déjà le Centre de la Francophonie des Amériques (cf. mon article de mai dernier) ou encore l’Université de Montréal avec son centre de ressources en ligne, Francium.

Une « mutation » qui doit aussi aider les enseignants de français du monde entier à prendre encore plus conscience que la Francophonie est naturellement plurielle et que celle-ci doit donc être naturellement présente dans l’environnement d’apprentissage. Pour les enseignants, cela passe bien évidemment par la nécessité d’avoir une meilleure connaissance de cet espace « dans ses multiples facettes et ses mutations diverses« . Il faut aussi que ces enseignants aient accès à des ressources pour mieux maitriser cette connaissance et disposer d’outils pour créer des cours qui reflètent cette réalité, pendant trop longtemps invisible ou réduite à l’anecdote culturelle (une recette, un accent « bizarre« , etc.). C’est bien dommage mais si vrai hélas ! Récemment, j’ai encore entendu, horrifié, qu’on ne pouvait pas mettre un apprenant débutant en contact avec certains accents français sous prétexte qu’ils seraient trop difficiles à comprendre ! (je renvoie mes lecteurs à cet article que j’avais publié il y a presque deux ans sur la question). Beaucoup de clichés existent encore et il est urgent de les faire faire tomber.

Francophonies du Monde est donc bien une revue qui s’adresse à toutes et tous qui enseignent le français car c’est justement à travers quatre grandes rubriques (actualité, dossier, passerelles et pédagogie) que les lecteurs/enseignants pourront trouver tout ce dont ils ont besoin pour entrer dans ces « francophonies plus que jamais plurielles« . Autant de pistes donc pour ouvrir la salle de classe sur d’autres horizons.

La revue Francophonies du Monde, qu’édite la maison d’édition FLE, CLE International, est disponible par abonnement avec le Français dans le monde (FDLM). J’en profite d’ailleurs pour signaler que le dossier de son dernier numéro (nº424) est consacré aux professeurs de français « dans leur diversité géographique, leur singularité pédagogique et leur engagement associatif » à l’occasion du 50e anniversaire de la Fédération internationale des Professeurs de français (FIPF) dont le FDLM est, rappelons-le, la revue, papier mais aussi, ne pas l’oublier, en ligne, ce qui permet aujourd’hui de surmonter les aléas du service des postes locales et d’accéder à un véritable trésor que constituent les milliers d’articles et de documents audio, et d’y accéder où qu’on habite et enseigne dans ce monde en mutation.

 

 

 

Pour en savoir plus

Francophonies du Monde : http://www.fdlm.org/supplements/francophonies-du-sud/

Français dans le Monde : extrait à feuilleter du nº424 (juillet-août 2019) https://issuu.com/fdlm/docs/fdlm_424

ODSEF : Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone : https://www.odsef.fss.ulaval.ca

Université de Montréal : Francium, centre de ressources en ligne https://francais.umontreal.ca/ressources-et-formations/materiel-pedagogique-francium/

EDMOND, S. (2019) : ABC TEFAQ Test d’évaluation du français – Québec. Paris : CLE International +info

BARFÉTY, M. & altri (2019) : Expression oral B1 Amérique du Nord. Paris : CLE International, Coll. Compétences +info

BARFÉTY, M. & altri (2019) : Expression oral B2 Amérique du Nord. Paris : CLE International, Coll. Compétences +info

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Le français depuis les Amériques

Posted by Philippe Liria sur 29/05/2019

Vu d’Europe, on a peut-être trop souvent tendance à réduire la présence du français en Amérique à un simple point, tout au plus un cercle sur le carte, celui du Québec.

Danilo Braz de l’IFAC à l’occasion du 1er Colloque des Professeurs de Français du Salvador (Mai 2019, photo : P. Liria)

Et pourtant ! La langue française est bien plus présente dans les Amériques que ce qu’on penserait. Dans le reste du Canada tout d’abord où la demande d’enseignement du français n’a cesse de croitre au point qu’il y a une véritable pénurie de professeurs pour couvrir l’ensemble des places. Sans parler des communautés francophones de différentes provinces qui se battent pour défendre leurs droits linguistiques comme on est train de le voir en ce moment en Ontario où le gouvernement de Doug Ford est en train de compresser les services en français ou a mis fin au projet de financement de l’université de l’Ontario français. Pas toujours facile bien évidemment dans un contexte où il semblerait que le français soit en déclin dans certains coins du pays comme le rapportait en mars dernier Radio-Canada au sujet des provinces maritimes. Et pas exempt non plus de polémique comme on peut le voir à la lecture de cet article du quotidien Le devoir de novembre dernier. Pour ceux qui veulent en savoir plus sur la situation du français côté et côté législation, vous pouvez vous rendre sur le site de cliquezjustice.ca

Aux USA, plusieurs Etats – sur les côtes mais aussi dans des Etats comme l’Utha – connaissent une certaine effervescence de l’enseignement bilingue qui fait justement une belle part au français comme j’avais eu l’occasion de l’évoquer dans ce blog en juillet dernier. Les Amériques Centrale et du Sud ou la Caraïbe (je ne parle pas ici  des îles françaises où, bien entendu le français est obligatoire) ne sont pas en reste non plus, même si nous sommes encore bien loin des chiffres d’apprenants de français d’autrefois et qui allaient de paire avec une véritable francophilie. Espérons que les initiatives menées ces dernières années et visant à la réintroduction du français finissent par porter leurs fruits. L’enthousiasme y est, comme on l’a encore vu à la mi-mai lors du 1er Colloque des professeurs de français du Salvador qui a réuni pas loin d’une centaine d’enseignants et futurs enseignants. Il faudra bien sûr que la volonté politique : locale, qui doit comprendre que l’anglais seul n’est pas la bonne réponse ; et française aussi, qui devra faire que les moyens accompagnent. C’est en tout cas un beau projet mené Danilo Braz, l’actuel directeur de l’IFAC qui quitte ses fonctions d’ici quelques mois mais on ne peut qu’espérer que la lettre de mission de son successeur contiendra tous les éléments pour qu’il se poursuive.   

Cette présence du français du Nord au Sud de l’Amérique est souvent méconnue. Les propres acteurs de ces mondes francophones souvent ne se connaissent pas. C’est bien dommage ! C’est dans ce cadre que les actions menées par le Centre de la Francophonie des Amériques (CFA) sont la preuve à la fois de ce dynamisme mais aussi de cette nécessité de coordination à l’échelle continentale. Cet organisme public né en 2006 et que soutient le Secrétariat du Québec aux relations canadiennes, je l’ai découvert il y a quelques années au Costa Rica – pour rappel, le seul pays d’Amérique latine a être doté d’un programme d’enseignement obligatoire du français au collège – lors d’un congrès d’ACOPROF où Denis Desgagné, alors président-directeur du CFA, présentait les actions du Centre. A l’époque déjà, j’avais été interpellé par l’énergie et la motivation que transmettait le CFA dont le but est de promouvoir une francophonie plurielle et le “renforcement et l’enrichissement des relations ainsi que (pour) la complémentarité d’action entre les francophones et francophiles du Québec, du Canada et des Amériques”. Toutes les Amériques et c’est ce qui est merveilleux !

Slame tes accents !

Au programme, parmi ces actions, il y a Slame tes accents. La 2e édition de ce concours s’est tenue en avril dernier et a été très suivie avec plus 66000 participants à voter pour les meilleurs slams. Après le succès de la 1re édition, les organisateurs ont pu vérifier le dynamisme du français dans toutes ses variantes et sous toutes les latitudes américaines puisqu’il y a eu des participants d’Amérique du Nord, d’Amérique du Sud comme le Brésil ou d’Amérique centrale avec la présence du Costa Rica pour la 2e année. Ce concours s’adresse aux adolescents divisés en deux catégories, les 11-14 ans et les 15-17 ans et il se fixe les objectifs socioculturels et pédagogiques.

Au-delà des prix, non négligeables, ce concours incite à la créativité en français et on a pu constater la motivation des ados à écrire et interpréter leurs textes présentés sous forme de petits clips d’entre 60 et 90 secondes. Ces sont quelque 90 vidéos que le jury international a visionné afin de désigner les heureux vainqueurs dont les slams sont disponibles en ligne. L’évènement est relayé au Canada par les médias comme ce reportage de Radio-Canada Vancouver qui a interviewé les enseignantes de deux établissements gagnants.

L’ensemble des clips est en ligne. Personnellement, j’ai eu un petit coup de coeur pour cette proposition venue d’un lycée ontarien.

Il suffit d’observer l’agenda du CFA pour s’apercevoir de son dynamisme comme le rendez-vous d’août pour le développement du Réseau des villes francophones et francophiles des Amériques ou le programme Mobilisation jeunesse qui propose une formation intensive en français autour de deux axes : Tourisme et Communication et médias.

Le CFA propose aussi le programme Mobilité dans les Amériques qui consiste “à favoriser un transfert des savoirs et outiller davantage les communautés et les organisations francophones des Amériques tout en contribuant à la diffusion de savoirs en français dans les secteurs d’intervention du Centre tels que la culture, l’éducation, l’identité, l’engagement des jeunes et le tourisme culturel”. Ce programme permet aussi d’ ”appuyer le développement et le rayonnement d’espaces francophones dans les Amériques et de favoriser la création de liens durables dans un contexte de collaboration entre le milieu universitaire, les communautés locales et les organismes de la société civile.

Une place pour la lecture 

Une belle initiative du CFA, ce sont Les Rendez-vous littéraires qui favorisent, grâce au numérique, les échanges en français entre auteurs francophones et apprenants de français des Amériques. L’événement en est à sa 5e édition et a permis à des enseignants du Canada, des Etats-unis, du Mexique et du Pérou de faire lire une oeuvre à leurs élèves avant de pouvoir en interroger l’auteur. Ce programme est directement relié à l’un des plus beaux outils du CFA, c’est sa bibliothèque de la Francophonie dont Dany Laferrière est le parrain. Virtuelle, elle met à disposition des lecteurs quelque 8705 titres en version numérique.

 

Le Centre de la Francophonie des Amériques, comme vous le voyez, proposent plusieurs programmes et de nombreux outils qui contribuent à renforcer les liens entre les Francophones des différents territoires américains. Il contribue aussi, comme d’autres initiatives non européennes, à donner une autre dimension à la Francophonie. C’est important et nécessaire à la fois car cela renforce l’idée de pluralité culturelles et linguistiques, indissociable d’une Francophonie ouverte sur le monde. Et aujourd’hui, plus indispensable que jamais dans un monde qui donne trop de signes de replis à commencer par ceux qui se manifestent en Europe.

 

Pour en savoir plus :

Slame tes accents

Les RDV 2019 du CFA

Mobilité dans les Amériques

Bibliothèque des Amériques

 

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Tendances C1 / C2… Tant attendu, le manuel des hauts niveaux est arrivé !

Posted by Philippe Liria sur 30/04/2019

Résultats de recherche d'images pour « Tendances c1 / c2 »Il était temps ! Oui, il était temps d’avoir enfin un manuel actuel pour les niveaux les plus avancés en classe de français langue étrangère. Un manuel qui, à ce niveau, réponde aux attentes et besoins des apprenants et des enseignants. Il y avait vide qu’il fallait combler, c’est désormais chose faite depuis ce début d’année avec l’arrivée de Tendances C1 / C2 (CLE International).

Ce manuel qui complète la collection du même nom était attendu avec impatience par les professeurs du monde entier pour  répondre à la demande croissante de cours FLE à ce niveau du CECR. Sous la coordination de Jacques Pécheur et Jacky Girardet, auteurs des niveaux précédents de la collection Tendances, Denis Liakin, Natallia Liakina, Gabriel Michaud et Fabien Olivry nous proposent un manuel qui va permettre aux apprenants de français d’acquérir les compétences pour faire une synthèse, rédiger une lettre de motivation, mener une enquête sur un enjeu de société, organiser un débat, présenter une oeuvre d’art, lancer une pétition en ligne, etc. Voilà en effet quelques exemples des 18 projets qui composent un ouvrage unique par sa richesse en documents authentiques particulièrement variés (vidéos, extraits d’émission de radio, articles de presse, reproductions artistiques, infographies…)et qu’on saura apprécier à un tel niveau.

Francophonie et pluralité des sujets abordés

L’équipe d’auteurs de Tendances C1 / C2 n’a pas eu besoin de mettre un pense-bête pour que la Francophonie soit présente dans le manuel. Professeurs dans les universités de McGill et de la Concordia, au Québec, c’est tout naturellement qu’ils ont puisé dans des sources francophones plurielles, françaises certes mais aussi québécoises, suisses, camerounaises, etc. Il ne s’agit pas de regarder le monde depuis la France mais bien de s’interroger en français sur les questions qui secouent la société d’aujourd’hui. Et qu’on puisse être outillé pour pouvoir le faire en français quelque soit le coin du monde où l’on se trouve.

Les questions abordées sont nombreuses, actuelles mais avec le regard posé sur l’avenir. On va s’intéresser à l’infox, aux influencers, à notre identité virtuelle, au rôle des réseaux sociaux dans nos sociétés ; aux nouvelles de populisme croissant au sein de nos sociétés ; mais aussi à la recherche scientifique dans les domaines de la technologie (intelligence artificielle) et les conséquences sur nos modes de vie ou dans des domaines comme celui de l’apprentissage des langues…

La réflexion sur la langue n’est pas absente non plus de ce Tendances C1 / C2 : langue et pensée ou encore langue et identités, ce qui va amener à s’interroger sur l’écriture inclusive ou sur notre vision du monde. On va aussi parler des questions environnementales ou de ces mouvements citoyens qui veulent repenser le monde. On abordera bien entendu le monde du travail dans un environnement en pleine évolution, ce qui n’est pas sans provoquer des inquiétudes clairement palpables ici et là sur la planète mais qui invite aussi à réfléchir à de nouveaux rapports à entretenir avec la sphère professionnelle. La culture est aussi présente. Souvent délaissée ou traitée en arrière-plan, elle est ici très présente de façon transversale tout au long du manuel et une unité entière lui est même consacrée (Unité 6) ce qui va dans le sens des trois nouvelles échelles du Volume complémentaire du CECR qui traitent justement du texte créatif et de la littérature, en particulier celle qui aborde la capacité à « analyser et formuler des critiques littéraires (plus i

Tendances C1 / C2 – U4L1 p.90-91

ntellectuel, niveaux supérieurs) » (p.53). On va d’ailleurs demander aux apprenants de réécrire un texte littéraire en français populaire contemporain (Tendances C1 / C2, p.143 U6, leçon 1 activité 9) ou de faire une fiche sur un personnage (Tendances C1 / C2, p.143 U6 activité 10). On ne s’en tiendra cependant pas à la littérature et on appréciera la présence du cinéma ou de la peinture avec des activités qui vont enseigner à présenter un tableau (Tendances C1 / C2, p.153 U6, leçon 2 Savoir-faire)ou plus généralement une oeuvre d’art Tendances C1 / C2, p.155 U6, leçon 2 Projet). Parler de culture ne doit pas nous faire perdre vue qu’elle ne peut être déconnectée de cette société dans laquelle nous vivons et on ouvrira le débat sur les enjeux culturels qui accompagnent l’apparition de nouveaux acteurs sur la scène de la création (cf. Cannes contre Netflix, combat d’arrière-garde ?, Tendances C1 / C2, p.160 U6, leçon 3 activité 4).

 

La médiation dans Tendances C1 / C2

Au-delà des thèmes abordés, ce niveau C1 / C2 de Tendances ne perd pas de vue la nécessité de continuer à travailler des aspects de l’apprentissage qui prennent de plus en plus de place dans la classe, comme c’est le cas de la médiation dont on parle tant aujourd’hui, même si on la pratique depuis tout le temps, souvent comme M. Jourdain quand il faisait des vers sans en avoir l’air. C’est d’ailleurs ce que rappelait Jacques Pécheur, auteur et directeur de la collection Tendances lors du conférence prononcée à Malaga en mars dernier dans le cadre de journées de Escuelas oficiales de idiomas en Andalousie (Espagne) :

« Qui n’a pas demandé à un de ses étudiants d’indiquer à un autre étudiant de lui indiquer l’itinéraire à suivre pour aller là où se trouve le lieu de rendez-vous ? Eh bien chacun qui a fait cette activité a mis en œuvre la compétence de médiation ! C’est dire si la mise en oeuvre de la compétence de  la médiation dans la classe de langue n’est pas une idée neuve, même si elle fait l’objet d’un développement d’une trentaine de pages (sur 250) dans le Volume complémentaire du Cadre paru en 2018. »

Dans Tendances C1 / C2, on trouvera donc différentes activités où la médiation sera présente sous l’une des trois formes décrites dans ce Volume complémentaire :

  • Médiation de textes
  • Médiation de concepts
  • Médiation de la communication

    Extrait Tendances C1 / C2 p.67

Des formes qui ne sont pas compartimentées mais qui au contraire peuvent être combinées comme dans le projet de café citoyen (Tendances C1 / C2, p.67) et, il n’y a pas que la médiation interlinguistique – sur laquelle on insiste peut-être parfois trop, mais aussi et surtout, comme le rappelle encore Jacques Pécheur, « il faut aussi prendre en compte la médiation liée à la communication et à l’apprentissage ainsi que la médiation sociale et culturelle.« 

 

Un complément indispensable : le Cahier d’activitésRésultats de recherche d'images pour « tendances c1 c2 Emilie bucher »

Des activités qui sont renforcées dans le Cahier d’activités avec notamment une partie intitulée “Outils méthodologiques” présente dans chaque leçon et complétée à la fin de chaque unité par un travail sur les “Outils culturels”. Les deux autrices du Cahier, Amélie Brito et Émilie Bucher, proposent aussi tout un travail autour du vocabulaire de la leçon en plus des activités portant sur la grammaire et les quatre compétences habituels (CE, CO, PE, PO), sans oublier bien entendu six pages par unité pour se préparer au DALF.

Tendances C1 / C2 va sans aucun doute devenir la nouvelle référence des cours avancés et de perfectionnement en proposant, au-delà des documents authentiques, qui ne manquent pas, un véritable fil conducteur pour animer un groupe-classe à un tel niveau.

Pour en savoir plus

Feuilletez un extrait de Tendances C1 / C2 : https://tendances.cle-international.com/9782090385373

 

 

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Contre ces phobies qui se dressent, la Francophonie comme lieu de rencontre

Posted by Philippe Liria sur 23/03/2019

Affiche de la Semaine de la langue française et de la Francophonie 2019

La Semaine de la Francophonie touche à sa fin. Du 16 au 24 mars, les Francophones du monde entier ont célébré la langue qui les unit et les réunit. Dommage d’ailleurs que cette semaine passe un peu trop inaperçue dans l’Hexagone, peut-être parce que ses habitants sentent moins le besoin de s’associer à cette célébration.

Une fête célébrée sur tous les continents

Peu importe ! De toute façon, ils ne sont que quelques millions au milieu de centaines de millions qui ont la Francophonie dans leur tête et dans leur coeur. Il suffisait de voir les centaines et certainement les milliers de messages sur les réseaux sociaux pour souhaiter une bonne fête et annoncer ou présenter les événements qui sont organisés à l’occasion ça et là, aux quatre coins de la planète. Et pas uniquement dans les pays francophones, mais bien au-delà grâce aux actions d’institutions officielles, françaises bien sûr mais aussi québécoises, suisses, haïtiennes, roumaines, marocaines, etc. qui se sont souvent coordonnées pour mettre en place un programme d’expositions, de spectacles, de concours dans les établissements scolaires. Et puis aussi grâce à toutes les associations de professeurs de français, qui organisent une soirée amicale autour de la langue ou de véritables événements aux dimensions parfois impressionnantes là où ne s’y attendrait pas forcément. N’est-ce pas pas merveilleux ?

Francophonie et pluralité

Et puis la Francophonie, c’est aussi ce plaisir de pouvoir échanger en français avec des personnes venus de pays et d’horizons complètement différents… comme François, un Camourenais, chauffeur de taxi à Washington ou Jean-Marie, un Haïtien installé avec sa famille à Boston et qui travaille dans une cafétéria pas très loin de l’opéra. Ou encore ces professeures de français venues du Congo, du Mali… et qui partagent leur passion pour la langue française dans les Alliances françaises de New York, Saint-Louis ou d’ailleurs aux Etats-Unis. Cette diversité de provenance de ces Francophones reflète bien cette idée que le français permet d’unir les personnes quelle que soit leur origine ou leur statut, et  sans perdre de vue pour autant la pluralité des langues et cultures qu’elles ou ils représentent. C’est de cette pluralité dont nous parlait encore il y a quelques jours Leïla Slimani sur France Culture. La représentante du chef de l’État français pour la Francophonie mettait ainsi en avant l’importance de combiner la promotion du français avec celle des langues présentes sur les territoires francophones. A ce sujet, je me demande parfois si la France est d’ailleurs vraiment prête à faire véritablement cet effort avec ses propres langues car j’ai trop souvent l’impression que l’Etat français est près à défendre le plurilinguisme partout dans le monde… sauf en France – au-delà bien entendu de la simple reconnaissance patrimoniale associée au breton, au corse, au basque… -.

Leila Slimani

Le plurilinguisme et le français… y compris dans la classe de langue

Ce plurilinguisme dont nous parle Slimani, c’est aussi celui que nous retrouvons dans le volume complémentaire du CECR. Un point qui doit nous inciter à la réflexion sur la place des autres langues présentes dans la classe de français. On sent bien qu’encore aujourd’hui, la pluralité linguistique dans l’espace-classe fait grincer les dents de nombreux enseignants ou coordinateurs. Pour beaucoup, ce serait ouvrir la boîte de Pandore, le risque que les apprenants ne fassent plus d’efforts pour ne parler qu’en français en salle de cours. Pourtant, nous devons dépasser cette vision que l’apprentissage d’une langue ne doit passer que par le non-contact avec d’autres, qu’il s’agisse des langues de l’environnement naturel de ces apprenants ou celles qu’ils apprennent. Si nous voulons que le français soit vraiment la langue de demain en Afrique, il faut apprendre à s’ouvrir encore plus aux autres langues du monde. Si nous n’apprenons pas à le faire, le français perdra véritablement « son pouvoir de séduction« , comme ce serait déjà le cas au Sénégal à en croire les propos de l’écrivain sénégalais en wolof, Boubacar Boris Diop, dans un entretien qu’il a donné le numéro 46 de la revue Apela et repris dans Le Monde le 17 mars dernier.

C’est cette diversité qui en fait une langue bien vivante

D’ailleurs, comprendre que la Francophonie, en matière de langue, c’est forcément comprendre la pluralité et la diversité, il suffit de prendre un dictionnaire français et de savourer la créativité de ses locuteurs qui en font véritablement une langue vivante grâce à ces mots qu’ils empruntent aux autres langues du monde et il ne faut pas s’en inquiéter outre-mesure, même si on peut comprendre certaines réactions quand un pseudo-anglais est préféré au français, comme on l’a vu au Salon « Livre Paris » – ancien Salon du Livre – (voir la tribune « Halte au Globish ! » publiée dans Le Monde du 29 janvier dernier. Bien sûr que plusieurs de ces nouveaux mots proviennent de l’anglais mais pas uniquement comme le montre un excellent article de William Audureau, publié le 22 mars dernier dans Le Monde. Intitulé « D’où viennent les nouveaux mots de la langue française« , l’article analyse les nouvelles entrées depuis 2017 des deux principaux dictionnaires que sont le Larousse et le Robert et il en ressort clairement que, même si l’anglais – essentiellement celui de Californie – est à la tête des langues d’emprunt, plusieurs autres langues (japonais, arabe, espagnol, portugais du Brésil, créoles, alsacien…) ou variantes du français (des régions, d’outre-mer et de la Francophonie). Rien d’étonnant, et heureusement… La langue, c’est comme un arc-en-ciel, on l’aime parce qu’elle est polychrome et reflète la pluralité de ses locuteurs. Cette polychromie est nécessaire pour qu’elle ne cesse d’être vivante et actuelle. Elle est nécessaire aussi pour nous éloigner des discours alarmistes et surtout des sombres discours identitaires qui tentent de dresser des murs ou des barrières grillagées entre les personnes parce qu’elles seraient différentes, parce qu’elles auraient un drôle d’accent…

La Francophonie, c’est aussi ça ou peut-être surtout ça, un lieu de rencontre plurilingue contre ces phobies qui veulent de nouveau nous dresser les uns contre les autres.

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Féminisation des noms de métiers : l’Académie française se met à la page, enfin !

Posted by Philippe Liria sur 01/03/2019

« S’agissant des noms de métiers, l’Académie considère que toutes les évolutions visant à faire reconnaître dans la langue la place aujourd’hui reconnue aux femmes dans la société peuvent être envisagées« . Ces quelques mots marquent certainement la fin d’un long combat pour la féminisation des noms de métiers en français, pardon, de France du moins car cela fait belle lurette que nos amis québécois l’ont introduit sans que leur société ne vivent dans l’autoritarisme d’une féminisation abusive, comme le craignaient Georges Dumézil et Claude Lévi-Strauss en 1984 pour la France parce qu’une commission allait « étudier la féminisation des titres et des fonctions et, d’une manière générale, le vocabulaire concernant les activités des femmes« . Quel scandale !

La fin d’un combat ?

Espérons-le mais ce qui est certain, c’est que cette fois-ci l’Académie française semble avoir enfin compris qu’elle ne pouvait rester figée dans le passé – et peut-être a-telle compris que le français, ce n’est pas la France – et elle donc adopté dans une séance du 28 février 2019, et à une large majorité (il y a encore des réfractaires puisqu’il n’y a pas eu unanimité), le Rapport sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions. Un rapport qui vise à « étudier quelles évolutions pratiques il serait souhaitable de recommander, mais aussi à quelles difficultés linguistiques la démarche peut se heurter, la commission s’est conformée aux méthodes éprouvées à l’Académie, qui a toujours fondé ses recommandations sur le « bon usage » dont elle est la gardienne, ce qui implique, non pas d’avalisertous les usages, ni de les retarder ou de les devancer, ni de chercher à les imposer, mais de dégager ceux qui attestent une formation correcte et sont durablement établis. » Car pas question de révolution chez les académiciens et académiciennes. Féminisation, oui mais pas n’importe comment pour ne pas « bouleverser le système de la langue » nous dit ce rapport. On donc « légitimement recourir (aux formes féminines) » si elles sont « conformes aux modes ordinaires d’expression et de formation propres au français, dans la mesure où ces règles fondamentales ordonnent et guident toutes ses évolutions. Il n’est pas loisible de s’en affranchir« .

Auteure ou autrice ?

Ce rapport ne se veut pas prescripteur mais il aborde des cas très concrets comme par exemple la féminisation des formes en -eur et en -teur (deux pages leur sont consacrées) dont tout un paragraphe pour savoir comment féminiser « auteur » et d’arriver à la conclusion que « autrice » semble avoir « la faveur d’usage » nous disent les académiciens.

Je disais que ce rapport indique bien qu’il ne s’agit pas de bouleverser la langue. Il n’est surtout pas révolutionnaire mais, à sa manière, il aborde la critique sociale puisqu’il souligne la difficulté à féminiser les noms de métiers au fur à mesure que l’on grimpe l’échelle hiérarchique à partir de l’analyse du féminin de « chef ». Au fait, quel est-il ? (voir ce qui dit le rapport p.11).

L’académie se veut aussi respectueuse de la liberté de choix, rappelant que certaines femmes ne veulent pas voir féminiser à outrance tous les noms de métier, préférant « conserver les appellations masculines pour désigner la profession qu’elles exercent« . Elle ne veut pas forcer non plus la féminisation des fonctions, titres ou grades ou encore dansle domaine de la justice : « aucune contrainte imposée au langage ne suffirait à changer les pratiques sociales : forcer une évolution linguistique ne permet pas d’accélérer une mutation sociale. » Le texte s’intéresse plus particulièrement au mot « ambassadrice » et du débat autour de ses connotations qui font écrire que les « fonctions d’ambassadeur revêtent un caractère d’autorité et de prestige tel que l’usage ne s’oriente pas de façon unanime vers le recours à une forme féminine, qui renvoie à une autre réalité. » (p.16) On remarquera que l’armée, si conservatrice par ailleurs, semble avoir facilement introduit la féminisation des grades.

La France, 40 ans après le Québec

Les plus conservateurs de la langue française en auront justement pris pour leur grade. Plus questions de railler les Québécois, comme l’avait fait l’académicien Maurice Druont en 1997. C’est Bernard Cerquiglini qui nous le rappelait dans son livre Le ministre est enceinte : « libre à nos amies québécoises, qui n’en sont pas à une naïveté près en ce domaine, de vouloir se dire ‘une auteure’, ‘une professeure’ ou ‘une écrivaine’; on ne voit pas que ces vocables aient une grande chance d’acclimatation en France et dans le monde francophone« . Un ouvrage d’ailleurs fort recommandable si la question de la féminisation vous intéresse.

Il était temps de tourner la page, 40 ans après les Québécois et 20 ans après le Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions que le CNRS et l’Institut national de la langue française avait publié sous la direction de Bernard Cerquiglini, encore lui, et qui fait tant pour notre langue et que les professeurs de français connaissent bien grâce à la rubrique qu’il tient dans le Français dans le monde.

Cette décision de l’Académie mettra-t-elle vraiment un terme à ces querelles autour de la langue, comme nous les aimons bien ? Sera-t-elle traiter de félonne ? De s’être livrée aux destructeurs de la langue française ? Recevra-t-elle tous les noms d’oiseaux, masculins et féminins d’ailleurs ? Ou au contraire, sera-t-elle applaudie pour avoir enfin compris que la société évoluait et que la féminisation des noms de métiers et des fonctions n’en est finalement que le reflet au niveau du langage ? On est bien conscient que souvent les réticences ne viennent pas tant des risques de voir la langue se corrompre mais, comme l’écrivait Lionel Jospin en 1999 alors qu’il était premier ministre – on remarquera que  dans l’introduction du Guide d’aide à la féminisation… que « cette affaire (…) concerne la société tout entière. Elle véhicule nombre de résistances, pour une large part idéologiques. » Un sujet qu’aborde Jean-Marie Klinkenberg en s’intéressant au rapport qu’il y a entre langue et des éléments aussi importants que l’identité ou le pouvoir. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire le rapport avec l’écriture inclusive et d’autres questions encore : Qu’est-ce que le genre des mots ? Est-il vrai que le masculin est neutre ? Que signifient les résistances à l’innovation langagière ? À le qui appartient la langue ?

Et en classe de français ?

Cette décision de l’Académie est aussi une occasion d’aborder la question avec les étudiants de français dans les classes. Je vous invite à trouver un certain nombre de documents que je mets à disposition ci-dessous parmi tout ce qui est disponible sur internet. C’est évidemment une occasion de réfléchir sur l’évolution de la langue et certainement faire le rapport avec les places des noms féminins dans leur propre langue… mais bien sûr d’aller bien au-delà et aborder les questions autour du rôle des femmes dans la société. Dans des niveaux débutants, des petits questionnaires de type QCM pourraient faire travailler le lexique et l’orthographe en profitant que la question est d’actualité, peu importe si on a déjà traité ce point de langue en classe. C’est un bon moment pour revoir le féminin des noms de métiers.

Et puis aussi une réflexion chez les enseignants, les auteurs et les éditeurs quand ils aborderont le célèbre tableau des féminins des noms de métiers de nos bons manuels de A1 (voilà comment on dit, il y en a qui disent que mais c’est mal dit, ce n’est pas dans le dictionnaire, ce n’est pas joli à entendre…).

 

Pour aller plus loin

La féminisation des noms de métiers et de fonctions http://www.academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/rapport_feminisation_noms_de_metier_et_de_fonction.pdf (texte du rapport approuvé par l’Académie française le 28 février 2019).

Le ministre est enceinte ou la grande querelle de la féminisation des noms, par Bernard Cerquiglini. Ed. Seuil (0ct. 2018)

Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions (1999) http://www.culture.gouv.fr/Espace-documentation/Documentation-administrative/Le-guide-d-aide-a-la-feminisation-des-noms-de-metiers-titres-grades-et-fonctions-1999

Extrait de La grande Librairie (25/10/2018) : https://youtu.be/IyMCAOWWO4g

L’Académie française se prononce pour la féminisation des noms de métiers (28/02/2019) : https://www.franceculture.fr/emissions/journal-de-22h/journal-de-22h-du-jeudi-28-fevrier-2019

La féminisation des titres et fonctions dans la Francophonie : De la morphologie à l’idéologie (Language and Culture / Langue et culture Volume 25, numéro 2, 2003), par Elizabeth Dawes

Banque de dépannage linguistique : Questions fréquentes sur la féminisation : http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=4015

Le Québec, pionnier de la féminisation des noms de métiers (AFP, 28/02/2019) : https://www.tvanouvelles.ca/2019/02/28/le-quebec-pionnier-de-la-feminisation-des-noms-de-metiers

Conférence : De la féminisation des noms de métiers à l’écriture inclusive. Quelle langue pour quelle justice ? par Jean-Marie Klinkenberg le 19 mars 2019 au Palais Provincial Saint-Aubain à Namur

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A Sabadell, le français met les clés sous la porte

Posted by Philippe Liria sur 28/01/2019

Antoni Taule : pati amb llum matinal (Source : https://www.antonitaule.com/series/fragment-thalia/). La série Fragment Thalia a été la première exposition réalisée à la Casa Taulé.

Tout début janvier, alors que les Rois n’étaient pas encore passés, j’ai fait un crochet par Sabadell, profitant de quelques jours de relâche avant de reprendre la route. Accompagné de ma nièce, je me suis dit que j’allais lui montrer l’Alliance française. Un établissement où j’ai travaillé pendant un peu plus de 10 années de ma vie. Ça marque !

Je m’attendais à la trouver fermée mais non, un panneau à l’extérieur indiquait que le bar-restaurant était ouvert. Alors nous sommes entrés, par la porte de derrière, celle qui mène au patio de style moderniste comme l’ensemble du bâtiment, déjà centenaire. C’est dire si la Casa Taulé – c’est le nom de cette belle demeure jadis familiale – en a vu des événements. Le dernier en date, hélas, est plutôt un non-événement ; un fait qu’on aurait aimé ne pas voir inscrit sur l’agenda : la fermeture définitive de l’Alliance française de Sabadell. Ce n’est pas vraiment une surprise et, à vrai dire, je pensais même qu’elle avait déjà mis les clés sous la porte. Elle n’avait déjà pas pu faire la rentrée d’octobre et c’est en effet une Alliance presque fantôme qui nous accueillit. Malgré tout, fidèle au poste, Oriol, le gérant du restaurant était là. Plus pour très longtemps, m’avoua-t-il, dépité pour ne pas dire dégoûté. On sentait bien dans le ton de sa voix, une profonde tristesse et un certain désespoir. Pour Oriol, qui avait été serveur quand l’Alliance venait à peine de s’installer dans les murs de la Casa Taulé, il y a un peu plus de vingt ans, cette fermeture est vécue comme un drame. Plus rien à faire, hélas ! Fini ce brouhaha du midi, avec ces repas de vendredi qui n’en finissaient jamais, ces moments de pause-café avant de monter en cours avec les collègues ou les petits déjeuners du samedi partagés avec les élèves. Finies aussi ces matinées où y lisait des poèmes ou ces soirées de spectacle, souvenir d’une viole, celle de Jordi Savall ou celles de voix féminines merveilleuses qui animaient les nuits estivales de juillet lors du festival Elles… et combien d’autres souvenirs que ce patio gardera à jamais une fois la porte fermée.

En ce petit matin d’hiver, alors que le soleil brille et que la température est agréable, le silence du patio est glaçant. Je colle mon nez contre la porte vitrée qui donne sur les escaliers et la salle d’exposition. Vide bien sûr ! Je me souviens encore de la toute première exposition, celle d’Antoni Taulé, le petit-fils de cette famille d’entrepreneurs textiles de la ville. Peintre installé à Paris, il avait prêté sa collection Fragment Thalia à l’occasion de l’inauguration de l’Alliance française dans ces nouveaux locaux. Un moment qui annonçait de belles années pour ce qui allait devenir bien plus qu’une école de français mais tout un projet culturel qui allait faire de ce lieu une passerelle entre les cultures locales, catalanes ou espagnoles, et celles de la Francophonie à commencer par celles de toutes les rives de la Méditerranée. C’était avant tout le projet de Robert Ferrer i Chaler, fondateur et directeur de l’Alliance, en Robert pour tout le monde, qui comprit très vite, bien plus que nous, l’importance de disposer d’un véritable espace qui regrouperait l’histoire de la ville, le monde des arts et de la culture et bien entendu des langues. Il fallait faire des travaux d’aménagement, et donc trouver des fonds mais Robert y mit toute son énergie pour réunir autour de lui les institutions et les personnes qui allaient l’accompagner dans cet ambitieux projet. La rentrée 95 se fit dans le nouveau bâtiment. Plus question de parler simplement d’une école de français. En s’installant au Sant Joan 35, l’AF avait bel et bien l’intention de s’imposer comme une référence culturelle et éducative de la ville et très vite elle le devint. Tout en devenant aussi une référence pédagogique dans l’enseignement du français bien au-delà de Sabadell. Vide aujourd’hui cette salle d’exposition qui était celle aussi de la plupart des conférences et débats, des présentations de livres, en français, en catalan ou en espagnol.

FAÇANA DE LA CASA TAULÉ, SEU DE L’ALIANÇA / LLUÍS FRANCO

Le nez toujours collé à la vitre de cette porte définitivement fermée, j’essaie d’apercevoir ce qu’il reste de l’accueil ou du bureau de l’administration, ou encore de l’escalier qui mène aux étages et aux salles de classe. Combien de fois on les a montés et descendus, ces escaliers ! J’ai même le souvenir d’un vieux téléviseur dévalant les marches depuis le premier étage… Il m’avait échappé alors que je le changeais de salle à une époque où on baladait appareils TV, magnétoscopes et lecteurs k7-CD sur des chariots. J’en ris encore même si ce jour-là je n’étais pas fier de moi. Ce sont des heures et des heures de préparation de cours, de réunions pédagogiques et de classes que nous avons passées entre ces murs. Des heures à s’interroger sur la meilleure façon de faire, à revoir toutes les progressions et sous la direction de Valérie dont les gueulantes doivent encore hantées les murs de cette Alliance, à didactiser des documents, à en créer tout autant… dans une salle des profs qui n’était jamais assez alimentée à notre goût, même si, des années plus tard, je me rendrais compte que nous étions vraiment des privilégiés. Je me souviens des premiers ordinateurs, de la première connexion à Internet et nos envies d’en profiter pour moderniser encore plus nos cours et en faire profiter nos élèves. J’ai même l’impression d’entendre la voix de Montse chanter Piaf ou les rires des gamins de l’Esplai (sorte de colonie) que Lucile animait chaque été. Cette Alliance a certainement été une des premières à introduire à la fin des années 90 des critères qui annonçaient ceux du CECR car elle avait toujours eu le souci d’avoir une longueur d’avance. Je ne monterai pas à l’étage. Mon nez restera collé contre cette porte vitrée.

Aujourd’hui, l’Alliance ferme cette porte, ferme ses portes. Accablée de dettes, des profs et du personnel administratif abandonnés à leur sort (et avec des mois de salaire impayé) parce que plus personne ne répond… Pas par manque d’élèves pourtant – même s’ils ont fini par se lasser de l’impressionnant turn-over de ces derniers temps -, pas par manque de projets non plus… Mais voilà, il y a, parait-il, un gros trou dans la caisse… Les trous dans les caisses ne se font pas tout seuls… Et en ces temps de vaches maigres, aucune institution d’ici ou de France n’a pu ou voulu sauver cette Alliance historique, née en 1974 de l’envie d’un petit groupe de profs locaux de faire bien plus que des cours de français. Cette page qui se tourne laisse un grand vide, et pas seulement émotionnel. C’est aussi un grand vide pour la présence du français et des cultures francophones dans cette grande et riche région de la banlieue barcelonaise. Quelle tristesse ! Quel dommage ! Et surtout, quel gâchis !


Pour en savoir plus

Un article que l’on retrouve sur l’hémérothèque de La Vanguardia (16 mai 1998): http://hemeroteca.lavanguardia.com/preview/1988/02/04/pagina-5/33835731/pdf.html

 

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L’état de la langue française en 2018 en quelques chiffres

Posted by Philippe Liria sur 28/12/2018

En octobre dernier, s’est tenu le XVIIe sommet de la Francophonie. C’était à Erevan, en Arménie. La déclaration finale est une longue série de points reprenant pour la plupart des lieux-communs de toutes ces déclarations bien intentionnées sur la démocratie ou les droits humains qui n’empêchent en rien hélas les conflits armés ou les regards détournés quand il s’agit d’accueillir des bateaux d’immigrés. Quant aux langues, il faut attendre le 57è point (Chapitre III) pour qu’il en soit question : on fait allusion à la langue française comme « ciment » de l’union des pays membres qui rappellent aussi leur attachement à la diversité linguistique, en dehors du territoire français bien entendu. Parce qu’en France, la diversité linguistique se limite à une reconnaissance patrimoniale et on pousse le cri au ciel quand on veut faire entrer l’arabe, pourtant très certainement deuxième langue – voire première langue – de nombreux Français, sans compter qu’elle est la langue d’importants partenaires économiques internationaux. Hélas, Jean-Michel Blanquer a préféré faire marche arrière. Mais revenons à notre sommet de la Francophonie où il a été finalement peu question de langues (à en croire en tout cas la liste des résolutions). On retiendra, avec un sourire aux lèvres, la proposition arménienne d’organiser un grand concours de la chanson francophone : la Francovision – c’est dans le texte – ! Si celui-ci voit le jour, espérons qu’il saura être pluriel et de qualité et pas la simple copie de cette médiocrité qu’est l’Eurovision. Mais c’est une autre histoire !

Et parmi toutes ces déclarations, toutes pleines de bonnes intentions, aucune portant vraiment sur la situation de l’enseignement-apprentissage de la langue française, à commencer par celle dans les pays qui en sont membres : plusieurs ne réservent au français qu’une faible place dans leur système éducatif (et encore !). Même si l’enseignement-apprentissage du français n’a pas l’air d’intéresser les dirigeants des pays membres de l’OIF, l’Observatoire de la langue française a toutefois trouvé utile de publier une synthèse de l’état de notre langue dans le monde en 2018. C’est un document qui résume des données bien plus complètes qui, elles, feront l’objet d’un rapport dont la publication est prévue en mars prochain. Pour reprendre les termes de ses auteurs, ce document « présente la réalité des usages de la langue française et les chiffres précis sur l’enseignement du français, sa présence dans l’économie, la culture, les médias et l’Internet« . Divisée en 4 parties, cette synthèse en propose donc une plus particulièrement consacrée à l’apprentissage et à l’enseignement du français (partie 2, p.9-16). On y apprend qu’il y a quelques 51 millions d’apprenants FLE mais aussi près de 81 millions qui suivent des cours EN français. Le document souligne d’ailleurs le développement voire l’engouement du bilinguisme comme c’est le cas au Canada – où il manque d’ailleurs des enseignants pour faire face à la demande – ou aux Etats-Unis – où des Etats comme l’Utah mène une véritable politique pour l’ouverture d’écoles bilingues, pas uniquement en français mais où ce dernier occupe une place de plus en plus importante. On constate aussi l’importance relative du réseau Alliance française – Institut français (à peine 2% des apprenants) ou encore des établissements labélisés dans le monde – 209 répartis dans 44 selon les derniers chiffres (cf. site de l’AEFE) – pour enseigner en français (0,5%) même si on sait que le gouvernement français actuel a décidé de miser sur leur développement. Le français connaît globalement une augmentation de +8% depuis le dernier rapport (2014) mais avec une répartition assez inégale selon les territoires : en progrès en Afrique – on a encore vu récemment comment le Ghana cherche à augmenter les compétences en français de ses citoyens (Regardez ces vidéos sur le site de l’ambassade de France dans ce pays anglophone entourés de pays francophones – ou au Moyen-Orient (les chiffres du DELF montrent l’intérêt par exemple des Saoudiens pour la langue française) mais en recul dans les Amériques (même s’il faut saluer les efforts menés pour que le français revienne dans les systèmes éducatifs, comme en Uruguay ou dans certains pays centro-américains) ou stable en Europe (mais tant que des pays comme l’Espagne miseront sur le tout-anglais plutôt que sur la pluralité linguistique européenne, nous n’avancerons pas beaucoup)*. Cette synthèse rappelle aussi les outils existants pour contribuer à l’enseignement et l’apprentissage de la langue ainsi que les organismes qui accompagnent les institutions et les enseignants dans la mise en place de programmes ou de formations initiales ou continues. Elle n’oublie pas de citer aussi les médias (TV5 Monde ou le Français dans le monde) ou encore le réseau associatif qui, fédéré autour de la FIPF, joue un rôle important. Même si personne ne nie aujourd’hui la place du numérique dans l’apprentissage d’une langue (plateformes et applications se multiplient comme des petits pains dans l’univers numérique), on peut toutefois s’étonner que la synthèse – et le rapport ira-t-il dans le même sens ? – ne prenne en compte que ces outils et ne mentionne pas ceux qui sont essentiellement sur papier (manuels, livres d’exercices, lectures faciles) mais continuent, encore aujourd’hui, à être des outils essentiels – souvent incontournables – pour les enseignants et pour les apprenants. Les maisons d’édition, qui sont pourtant des partenaires économiquement bien utiles à l’organisation de nombreux événements autour de la langue française de son apprentissage – n’auraient donc qu’un rôle secondaire ?

Voilà en tout cas quelques chiffres à se mettre sous la dent en attendant le rapport définitif d’ici quelques mois. Et comme nous sommes dans les chiffres, il faut signaler aussi la mise en ligne par la Fondation Alliance française de plusieurs données concernant son réseau et qui permettent de compléter ou préciser certaines informations que nous livre la synthèse de l’OIF sur la situation du français dans le monde. Il s’agit des livrets DATA 2017. Chacun de ces livrets représente une aire géographique avec des renseignements sur les performances des Alliances (nombre d’apprenants, d’heures vendues, de chiffres d’affaires) mais aussi des niveaux du CECR qui y sont enseignés, des certifications qu’on y passe (lesquelles, nombre de candidats…) ou encore la présence sur les réseaux (ont-elles des cours en ligne ? combien de followers sur Facebook ou sur Instagram ?), sans oublier la fonction culturelle du réseau avec le nombre d’événements que les AF proposent. Un document fort intéressant pour mieux connaître l’état des Alliances françaises dans le monde.

 

*Pas question de nier les efforts pour que le français retrouve une place dans le très pluriel système éducatif espagnol et on ne peut qu’applaudir l’ouverture de nouvelles sections bilingues ou l’augmentation exponentielle des candidats au DELF mais la société semble, en général, avoir du mal à percevoir ce réel besoin d’aller vers le plurilinguisme. On assimile encore le savoir une langue étrangère à la connaissance de l’anglais. Un récent article de La Vanguardia sur le bilinguisme (en espagnol) ne faisait d’ailleurs aucune référence au français ou une autre langue et ne s’intéressait qu’au cas de l’anglais, ce qui, à mon sens, reflète bien une certaine vision fermée de l’apprentissage des langues.

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Pas d’économies de bouts de chandelle dans le bilinguisme !

Posted by Philippe Liria sur 11/11/2018

Source : le fil du bilingue

DNL, immersion, enseignement bilingue… Comme j’ai eu l’occasion d’en parler dans les deux derniers articles de ce blog, le sujet de l’enseignement non pas simplement des langues étrangères mais plutôt celui de l’enseignement de matières dans des langues étrangères est en plein essor.

Le fil du bilingue qui, comme son nom l’indique, est le site de référence du CIEP sur ces questions propose sur Sccop.it une très intéressante et très complète revue de presse de tout ce qui se passe dans le monde autour de l’enseignement des langues. Dans ce zoom, on peut voir combien la question du bilinguisme est présente ces dernières semaines aux quatre coins de la planète, avec tous les avantages que cela apporte chez l’enfant bien au-delà de la connaissance d’une ou plusieurs langues étrangères. Et comme j’ai aussi eu l’occasion de le souligner, je trouve peu d’information sur les moyens déployés pour garantir une véritable formation des enseignants, absolument indispensable pour garantir un véritable enseignement bilingue de qualité. Nous ne pouvons accepter que les mathématiques ou l’Histoire soient enseignées dans une autre langue que celles des apprenants si les propres enseignants n’ont pas une parfaite maîtrise de la langue « étrangère » dans laquelle ils enseignent et qu’ils maîtrisent la matière enseignée, une évidence qui ne l’est pas comme il est aisé de le constater lors de la visite de certains établissements ou lors de rencontres sur des salons avec des enseignants en contexte bilingue. On s’aperçoit, hélas, qu’ils sont nombreux à éprouver d’évidentes difficultés à s’exprimer dans la langue dans laquelle ils enseignent.

Il y a quelque chose qui grince dans cette machine qui pourtant apparaît comme merveilleuse sur le papier. La formation pêche alors qu’elle devrait être centrale au risque sinon de mettre la charrue devant les boeufs dans cet ambitieux et merveilleux projet ! Mais pour cela, il faut s’en donner vraiment les moyens. On n’avancera pas dans ce projet en faisant des économies de bouts de chandelle ! Le défi vaut vraiment la peine d’être relevé !

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Bilinguisme, plurilinguisme… Un vaste chantier pour construire l’avenir

Posted by Philippe Liria sur 07/10/2018

De Dakar à Los Angeles, en passant par Buenos Aires, Madrid, New York ou Salt Lake City, le bilinguisme est « à la mode« , comme l’affirme dans une interview sur TV5Monde, Fabrice Jaumont, l’auteur de la Révolution bilingue. Et c’est vrai que depuis quelque temps, on n’entend parler que de ça dans le monde du français. Je l’évoquais déjà dans mon précédent post sur ce blog. Fin septembre, il en a été question lors de l’Univernage de Dakar où Christophe Chaillot de l’Institut français rappelait lors de l’ouverture de cette université régionale les politiques mises en place pour développer le bilinguisme et plus encore le plurilinguisme. Une nécessité dans l’espace africain où se côtoient des dizaines de langues, toutes avec des statuts différents, comme l’évoque le linguiste Louis-Jean Calvet dans le numéro de septembre du Français dans le Monde (nº419).

A l’Assemblée nationale aussi on en parle : le député des Français d’Amérique du Nord, Roland Lescure y a organisé ce 6 octobre le colloque Plurilinguisme, vecteur d’influence, d’attractivité et d’émancipation. Cet événement a permis d’aborder la question autour de deux tables rondes, l’une sur « Le bilinguisme, vecteur d’attractivité et d’émancipation » et l’autre sur comment « Développer l’enseignement français à l’étranger : vecteur d’influence pour la francophonie dans le monde ». Ce dernier thème faisant l’objet d’une commande de rapport de la part du premier ministre Edouard Philippe à la députée Samantha Cazebonne et qu’elle devra remettre en fin d’année.

Ce colloque s’inscrit donc dans la même ligne que la Conférence internationale pour la langue française et le plurilinguisme (Dossier de presse en ligne) qui s’était tenue à Paris l’hiver dernier et qui avait pour but de formuler des propositions innovantes moderniser l’image de la langue française. Il ne s’agit pas seulement de discours mais d’une réalité qui prend forme sur le terrain. On a vu en Espagne comment en quelques années, cet enseignement prend de l’ampleur et on est passé d’une dizaine d’établissements en Andalousie il y a à peine quelques années à environ 300 aujourd’hui, répartis sur l’ensemble du territoire, « ce qui représente près de 30 000 élèves. Les matières peuvent être très variées : de l’histoire-géographie à l’éducation physique en passant par les arts plastiques et les sciences naturelle », nous rappelle le site de l’Institut français d’Espagne. La semaine dernière, c’était un colloque sur l’immersion en français qui se tenait à l’USC et qui, sous la houlette des Services de la Coopération française, représentés par Karl Cogard, le Conseiller de Coopération Educative et Olivier Ngo, l’Attaché de Coopération pour le français (ACPF) sur le sud de la Californie, a réuni une cinquantaine d’enseignants des établissements bilingues de la région. Ces enseignantes (et quelques enseignants) d’établissements étaient venus pour échanger sur leurs pratiques et pour écouter des expériences d’autres Etats. C’était le cas de l’exemple de l’Utah qu’a présenté Anne Lair, la coordinatrice du programme d’immersion en français dans cet Etat de l’Ouest où les écoles bilingues sont de plus en plus nombreuses. Alors qu’il n’y en avait que 10 en 2012, on en dénombre actuellement 30 répartis sur sept districts, ce qui représentait plus de 4500 élèves pendant l’année scolaire 2017-18 (les chiffres de cette rentrée ne sont pas encore disponibles), soit plus qu’en Louisiane. De quoi satisfaire Jean Charconnet, l’ACPF en poste à San Francisco et  qui accompagne ce programme.

Cette volonté de développer l’enseignement bilingue est aussi une affaire canadienne comme nous l’a rapporté Lesley Doell, ancienne présidente de l’ACPI et toujours très active, à l’occasion des SEDIFRALE 2018 en juin dernier à Bogota. Elle y exposait les avantages du programme d’immersion, quelque 50 ans après son lancement. Elle a souligné les bénéfices qu’en dégagent les apprenants dont les résultats sont excellents mais elle a aussi abordé les défis rencontrés, notamment celui de trouver des enseignants bien formés pour garantir la qualité de la mise en oeuvre du programme. Et cette question que soulevait Lesley Doell, elle n’est pas propre au Canada. En effet, cet essor de l’enseignement bilingue, et on ne peut qu’espérer que ça continue, demande bien évidemment la mise en place d’une formation renforcée de ce nouveau profil de professeur que nous décrivait déjà Jean Duverger en 2011 dans un article publié dans le nº349 du Français dans le Monde et que j’invite vivement à (re)lire. Plusieurs formations sont déjà régulièrement proposées mais elles sont insuffisantes. De même, on sait qu’il y a un fort besoin de ressources pour animer les cours et faciliter l’apprentissage.

On le voit bien (et ce ne sont que quelques exemples) le chantier est vaste mais plein d’espoir à la fois pour que le bilinguisme (et pas seulement le français d’ailleurs, comme le fait remarque Fabrice Jaumont) et le plurilinguisme gagnent du terrain dans les établissements scolaires. Cela ne peut être que bon pour que les élèves soient mieux préparés, certes, mais surtout pour qu’ils connaissent mieux l’autre, qu’ils se connaissent mieux pour collaborer dans la construction d’un avenir sans mur.

 

Pour en savoir plus :

Enseignement bilingue – L’enseignement d’une discipline scientifique en section bilingue (référence biblio-/sitographiques proposées en fév. 2011 par Bernadette Plumelle)

Une ambition pour la langue française et le plurilinguisme, dossier de presse (20 mars 2018) suite à la Conférence internationale pour la langue française et le plurilinguisme https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/une_ambition_pour_la_langue_francaise_et_le_plurilinguisme_cle816221.pdf 

http://frenchlanguage.frenchculture.org/sites/default/files/dlp_brochure_2017-lr.pdf

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Bilinguisme (et même plurilinguisme) contre ces murs qui se dressent

Posted by Philippe Liria sur 23/09/2018

Table ronde sur l’enseignement bilingue francophone (Universités de Francophonia, Nice juillet 2018)

L’automne vient d’arriver dans l’hémisphère nord. Mais en Europe, c’est une impression d’hiver en avance qui semble s’installer, un hiver aux relents des années 30 qui refont surface depuis le fin-fond des égouts pestiférés de l’Histoire. Celles/ceux qui vivons au quotidien l’Europe dans sa diversité à tout point de vue avons bien du mal à comprendre ce qui se passe en ce moment. Comme si cette mosaïque plurilingue et pluriculturelle était sur le point d’éclater en morceaux alors que nous croyions que plus rien ne pourrait la briser.

Dans ce contexte fort sombre, il est des initiatives qui, à mon avis, ne peuvent que contribuer à renforcer le rêve de construire une véritable Europe citoyenne -il existe encore-. C’est certainement le cas de l’enseignement bilingue. Qui peut douter de la nécessité universelle du bilinguisme dans ce monde global ? Il est bel et bien révolu le temps où le bilingue était perçu comme une personne perfide ou hypocrite – c’est ainsi que le dictionnaire illustré latin-français de Gaffiot parlait du bilinguis -. Dans ce monde qui semble assis sur une poudrière, le bilinguisme, et mieux encore le plurilinguisme sont une nécessité. Voilà certainement comment nous contribuerons à dépasser les préjudices et la méfiance voire le rejet de l’autre.

L’enseignement bilingue, en l’occurrence francophone, recouvre bien entendu plusieurs réalité. Nous ne parlons pas nécessairement de la même chose, pour ne citer que quelques exemples, au Canada, où est question de l’immersion en français ; en Espagne, où il y a presque 300 collèges bilingues dans le secteur public ; ou au Ghana, où le français devient, en ce mois de septembre, langue d’enseignement de certaines matières dès le primaire. Les enjeux d’apprentissage mais aussi politiques ou culturels ont bien évidemment une influence sur la réalité qu’il y a derrière cet enseignement bilingue. Et c’est ce dont il a été d’ailleurs question lors d’une fort intéressante table ronde qui s’est tenue à Nice en cette fin juillet. Proposée par les Universités de Francophonia et animée par Ivan Kabakoff, elle a permis la présentation de la situation canadienne grâce à l’intervention de Marc-Albert Paquette, président de l’ACPI. Nous avons pu voir que le bilinguisme, qui prend le nom de français en immersion, se decline en trois formes : précoce, (à partir des 4/5 ans), moyenne (dès l’âge de 9/10 ans) et tardive (à partir de 12/13 ans). Quant à Fabrice Jaumont, auteur de La révolution bilingue. Le futur de l’éducation s’écrit en deux langues (TBR Books, 2017), il a parlé de la situation aux USA et plus particulièrement à New York. Partant de sa propre expérience dans la création d’une filière bilingue à Brooklyn, il a mis en avant le rôle que jouent les parents dans cette démarche. Ce n’est pas le seul cas de bilinguisme aux Etats-Unis et on peut aussi applaudir l’initiative de l’Utah qui a favorisé l’ouverture de classes bilingues. Cet Etat américain compte aujourd’hui plus de 4500 écoliers et collégiens et 92 professeurs concernés dans plus de 30 écoles. C’est même plus qu’en Louisiane ! me rappelaient encore récemment les responsables des programmes de français en Utah. L’éducation bilingue a même son salon aux Etats-Unis : la Bilingual Fair dont l’édition 2018 se tiendra à New York le 3 novembre et à San Francisco le 17 novembre. L’évènement contera d’ailleurs sur la présence de Fabrice Jaumont qui y présentera son ouvrage.

Plus globalement, l’enseignement bilingue francophone est en pleine croissante dans le monde. Dans une enquête réalisée par le CIEP en 2016, on signalait qu’il y avait environ 1,7 million élèves dans des sections bilingues de plus de 48 pays. Le CIEP anime d’ailleurs un site, Le fil du bilingue, entièrement consacré à la question.

On sait bien sûr que la polémique existe autour de soi-disants risques pour les enfants en situation de bilinguisme. M.-A. Paquette a rappelé à ce sujet que la recherche a montré que les enfants connaissent des taux de réussite au moins similaires voire supérieurs à ceux qui ne suivent pas de cursus bilingue. Un argument de poids pour convaincre les sceptiques ! 

Cet optimisme ne doit pas cacher les obstacles que rencontre l’implantation d’un enseignement bilingue sur le plan des moyens à mettre en oeuvre pour en garantir l’efficacité. Il faut y mettre de l’argent pour que l’offre soit ouverte à toutes et tous (l’enseignement bilingue ne doit pas être la panacée des établissements ayant les moyens ou se trouvant plutôt en zone urbaine), que les professeurs reçoivent la formation adéquate pour être compétents dans l’enseignement des disciplines non linguistiques (DNL) et que l’on puisse investir dans le développement multi-support de ressources pédagogiques qui vont accompagner apprenants et enseignants dans cette tâche.

Alors que le Brexit est sur le point de devenir une réalité et que l’Europe des populismes semblent vouloir faire son retour avec son lot d’intolérance envers l’autre, il est encore plus indispensable de renforcer la formation de citoyens plurilingues dans l’espoir que cela évitera la construction de nouveaux murs, que ce soit au sein de l’UE ou à ses portes.

 

Pour en savoir plus

Universités de Francophonia : https://www.universitesdefrancophonia.com

Le site de Fabrice Jaumont : https://fabricejaumont.net

Le fil du bilingue (le site de référence du CIEP pour cette question) : http://www.lefildubilingue.org

Bilinguisme et enseignement bilingue (CIEP, 2010) : http://www.ciep.fr/sites/default/files/migration/bibliographie/Enseignement_bilingue_0.pdf (un document qui date un peu mais qui fournit d’intéressantes références sur la question)

L’avantage bilingue : http://thebilingualadvantage.com/a-propos/ Site de Jessica Blin, enseignante bilingue, sur le bilinguisme avec notamment des informations sur les établissements bilingues en Australie.

L’enseignement bilingue francophone dans le monde (Institut français, 2016) : http://www.institutfrancais.com/sites/default/files/enquete-enseignement-bilingue-web.pdf

Les collèges bilingues publics espagnols (proposant le français) : http://www.tuscolegiosbilingues.es/colegios/frances/centro-publico/pag1

Résultats des statistiques des évaluations en Catalogne : http://csda.gencat.cat/web/.content/home/consell_superior_d_avalua/pdf_i_altres/static_file/Indicadors-2n-trimestre-2017.pdf

Formation à Accra pour les enseignants des futures écoles publiques bilingues (12/06/18) : http://lefildubilingue.org/formations/formation-à-accra-pour-les-enseignants-des-futures-écoles-publiques-bilingues

Association Canadienne des Professionnels de l’Immersion (ACPI) : www.acpi.ca

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Smartphone à l’index ? La fausse bonne réponse !

Posted by Philippe Liria sur 30/07/2018

©Makc76 | Dreamstime.com

Interdire les smartphones dans les écoles et collèges est-ce vraiment la solution ? En France, la question est tranchée : c’est oui ! Grâce à cette mesure qu’ont votée nos chers législateurs, dès septembre, finie l’utilisation abusive de cet objet de tous les démons : ça ne passera jamais par les têtes des élèves de l’utiliser en cachette, on le sait, et les fraudeurs seront systématiquement attrapés (comme les fumeurs en cachette ou ceux qui se font la belle à l’heure des repas). Finie aussi cette sonnerie intempestive qui dérange le cours – parce que ça sonne encore un smartphone ? Les ados l’utilisent encore pour s’appeler ? Ailleurs, on en fait d’autres usages mais il s’agit certainement de l’exception française (comme ces SMS dont on est si friands en France, semble-t-il). Et puis, fini le cyber-harcèlement ! Alors là, si c’est vrai, si c’est vraiment vrai que cette mesure permettra d’éradiquer ce terrible fléau, eh bien bravo ! Rien que pour ça, je suis près à l’applaudir !

Et pourtant, j’ai mes doutes… Des doutes très sérieux… Certes, on me parle aussi qu’il faut éliminer la fracture sociale que favoriserait la présence des smartphones… C’est ce point qui devrait me faire adhérer car c’est celui qui est vraiment de gauche, paraît-il !! Quand je vois comment le smartphone est la porte d’entrée des savoirs et la porte sur le monde dans des lieux aussi reculés que l’Amazonie où j’etais encore récemment, désolé, mais je ne comprends pas trop l’argument. Et puis, question fracture sociale, pardon mais il y a plus grave que ça, en France. Donc oui, j’ai des doutes… Pourquoi ? Tout d’abord parce que je ne suis absolument pas convaincu que cela empêche réellement l’utilisation des smartphones, surtout pour les usages les plus incontrôlés (les pires, ceux de ces abus qu’on prétend combattre). Alors il paraît que cette loi est celle qui marque notre « entrée dans la révolution numérique du XXIè« … C’est Jean-Michel Blanquer qui le dit. C’est « un progrès pour l’école » twittait-il le 30 juillet. Pour le coup, M. le ministre, je pense que cette mesure est aussi juste que le jour où en France, on a décidé de freiner l’entrée d’internet parce que nous avions le Minitel. Et j’ouvre la parenthèse au cas où… du moins pour mes chers lecteurs qui ne se rappelleraient pas – ne connaîtraient pas – ce merveilleux objet : dans la rubrique des objets oubliés de l’Histoire, cherchez sur votre moteur de recherche préféré ce que fut que le Minitel, qui n’avait d’ailleurs pas échappé, malgré ses mérites, à la création de ses propres pages roses (Lisez ce reportage de 2016 sur le Mintel rose) que les ados que nous étions, cherchions à voir en cachette malgré toutes les interdictions du monde (et les vertus réelles à l’époque de cette invention française) ! Mais pour en revenir à ces propos ministériels, je ne vois pas en quoi c’est numériquement révolutionnaire de mettre à l’index un véritable outil de travail qu’on devrait plutôt apprendre à utiliser intelligemment très tôt, certainement dès le primaire. Je sens que les tenants de l’interdiction même au lycée vont me jeter corps et smartphone dans les flammes de l’enfer numérique, or d’après l’expert canadien Thierry Karsenti,  « Ce serait un magnifique projet d’avoir des écoles où on sensibilise les jeunes dès le primaire aux usages éducatifs des technologies, des cellulaires, des réseaux sociaux avant même qu’ils en possèdent un. » (Déclaration dans Téléphone cellulaire à l’école : ici et ailleurs (23/01/2018, consulté 31/07/2018). Cet expert canadien a d’ailleurs exprimé son scepticisme par rapport la nouvelle loi française qui vient d’être approuvée.

Je le conçois, l’interdiction n’est pas complète mais la loi est d’emblée restrictive. Croit-on vraiment que c’est la meilleure façon d’aborder la question ? Au Canada, que la France ne regarde pas assez pédagogiquement parlant, c’est justement parce qu’on a compris que ça ne sert à rien de mettre la tête sous l’aile qu’on a mis en place de vraies politiques d’intégration de cet outil (et on n’a pas attendu l’université !), même si régulièrement la polémique refait surface (lire Téléphone à l’école : le débat est relancé, 20/01/2018 consulté le 31/07/2018). Dans le domaine des langues, qui est le nôtre, le smartphone  est certainement un merveilleux outil de réception et de production authentiques, de recherches, de mise en contact avec la communauté francophone. Nous avons d’ailleurs vu comment le complément du CECRL a ajouté un volet sur les compétences numériques. N’aurait-ce pas été mieux de mettre en place une vraie mesure associant les outils numériques à la politique de compétence numérique ? Comme compte-t-on rendre les élèves compétents et responsables à la fois si les outils qui véhiculent le numérique sont interdits ? En leur faisant faire sur un cahier des pratiques numériques pour qu’un jour ils sachent les utiliser ? La bonne blague ! J’aurais envie d’en rire si ce n’est que nous risquons de freiner le développement numérique des plus jeunes en leur enlevant (officiellement seulement) des mains et de yeux l’outil qui y contribuerait. Certes, je ne nie pas les difficultés de discipline, les risques d’exposition aux écrans, etc. Je ne défends d’ailleurs pas un usage anarchique du smartphone. Au contraire ! Il faut que celui-ci fasse l’objet d’un véritable apprentissage. Et que cet apprentissage se fasse avec les propres outils des élèves sur le principe du BYOD (Bring Your Own Device) pour qu’ensuite, de façon autonome, ils puissent mieux les utiliser. Attention, je ne suis pas naïf : les écarts ne disparaitraient pas mais pensez-vous vraiment que la loi les fassent disparaître ? Cela peut donner bonne conscience, mais pas plus ! Dans le cas du prof de langue, combien de fois j’entends dans les formations se plaindre du mauvais usage des dictionnaires en ligne. Certes…mais la réponse ne peut pas être : que les élèves utilisent de préférence le dictionnaire papier… Même si c’est encore celle que j’entends régulièrement. Souvent parce que les dictionnaires en ligne sont peu voire pas connus de nombreux enseignants. La vraie réponse, selon moi, consiste bien évidemment en une analyse des dictionnaires en ligne disponibles, en les comparant aussi avec ceux en format papier : les élèves dans une démarche critique (compétence qu’il faut absolument développer et qui contribuera à un meilleur usage du numérique) évalueront et feront leur choix sur cette base.

Bref, en interdisant le smartphone (ou en limitant énormément l’usage), c’est le chemin de la facilité qui a été choisi. Dommage ! On détourne le regard alors que nous devrions investir dans une meilleure formation des enseignants à l’usage – et à la transmission des savoir-faire pour un bon usage – des outils numériques. Cette loi est, je crois, la fausse bonne réponse à une vraie question sur l’acquisition d’une compétence numérique efficace et bien entendu responsable du smartphone. Pour paraphraser le titre d’un récent article de Joel Chevrier, professeur de physique à l’Université de Grenoble, je dirais que nous devrions apprendre à mettre de l’école dans le smartphone, plutôt que de les mettre dos à dos.

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Du foot dans ma classe de FLE

Posted by Philippe Liria sur 30/06/2018

Alors que j’écris ces lignes, les Bleus viennent de se qualifier pour les quarts de finale du Russia 2018. Je sais, le sport et en particulier le foot n’est pas la tasse de thé de nombreux.ses d’entre vous. Pour beaucoup, l’idée de “pouvoir regarder des millionnaires courir après un ballon” n’est pas une question polémique, contrairement à ce qu’on a récemment vu en France à cause d’un commentaire jugé déplacé d’Anne-Sophie Lapix, la présentatrice du JT de 20h, à l’occasion de l’inauguration de la Coupe du Monde 2018 en Russie. « Lamentable » le commentaire de la journaliste française ? Après tout le foot brasse effectivement beaucoup d’argent – de pognon comme dirait Macron – qui ne profite vraiment qu’à une petite minorité, c’est qui faisait écrire à Ignacio Ramonet en 2006 que le foot « constitue une métaphore de la condition humaine. » Qu’il peut être, écrivait toujours l’ancien directeur du Monde diplomatique « peste émotionnelle » ou « passion exultante » car « le football est le sport international numéro un. Mais c’est indiscutablement plus qu’un sport. Sinon il ne susciterait pas un tel ouragan de sentiments contrastés. » Un article que je vous invite à lire ou à relire, et surtout à partager avec vos élèves (à partir d’un niveau B1+/B2).   

Impossible de passer à côté

Pourtant, qu’on soit un fou de foot ou qu’on abhorre ce sport, difficile de passer à côté. Et avouons-le, alors qu’on se demande comment motiver les apprenant.e.s, nous avons ici un sujet qui délie les langues. C’est ce que j’ai d’ailleurs très vite compris quand, tout jeune prof de FLE, on m’a envoyé faire des cours à des cadres d’une grande banque catalane de la banlieue de Barcelone. La seule façon de motiver cette équipe de cadres le lundi matin, c’était bien sûr de parler des matchs de la Liga et plus généralement de l’actualité du foot. Cette motivation n’était pas complètement désintéressée ! En effet, ils voulaient savoir parler foot parce que, venant de Barcelone, le premier sujet de conversation de leurs interlocuteurs français n’était pas l’état de la bourse ou les taux d’intérêt à la hausse ou à la baisse mais bel et bien les résultats du dernier match du Barça ou les mouvements de joueurs au mercato du moment. Moi qui n’étais pas très footeux – même si mon coeur a toujours eu un penchant pour le FC Barcelona – il a bien fallu que je m’y intéresse de plus près de façon à joindre dans mes cours l’utile à l’agréable en glissant du contenu didactique à ces échanges footballistiques. Depuis, j’ai bien compris que le foot est le vrai passeport, la clé d’entrée dans de nombreuses villes ; la meilleure façon de gagner la confiance avec les chauffeurs de taxi ou les serveurs locaux, même si nous supportons des équipes différentes. Le football est une véritable activité brise-glace, dès le niveau A1 ! Et essayez donc en B2 de lancer un débat autour du vidéo-arbitrage (ou VAR si vous voulez ajouter un nouvel acronyme à votre vocabulaire) : vous verrez comme tous les éléments de l’argumentation seront naturellement mobilisés par vos étudiant.e.s ! Cet article de Thibaut Geffrotin dans Le  Point (29/06/2018) pourra même vous servir de déclencheur : Coupe du monde 2018 : arbitrage vidéo, le grand bazar !

Des pieds et de l’esprit

Malgré l’intérêt évident de passer par le foot pour motiver les élèves, il a du mal – encore aujourd’hui – à faire son entrée dans la classe de français. S’agirait-il du reflet finalement d’un rapport complexe que l’esprit cartésien, celui de la raison, semble maintenir avec l’exercice physique ? Comme si les efforts de l’esprit étaient incompatibles avec ceux du corps ! Pour mieux aborder cette question, vous pouvez (ré-)écouter l’entretien du journaliste sportif Bernard Heimermann en 2010 au sujet de Plumes et crampons, un livre co-écrit avec l’écrivain Patrick Delbourg et qui se proposait à la veille de la Coupe du monde d’Afrique du Sud d’analyser les liens entre les écrivains et le football (Un document intéressant pour la classe – niveaux B2/C1 – et qui aidera à faire réfléchir les étudiants sur cette question). On sait combien des écrivains, et pas des moindre étaient de fervents amateurs de foot. Me viennent à l’esprit Camus bien sûr ou le Catalan Vázquez Montalbán… mais ils sont bien plus nombreux comme le rappelle cet article de L’orient littéraire. Au sujet de Camus, qui avait été gardien de but (ou « goal » comme on disait à l’époque), il y a d’ailleurs eu cette superbe initiative de l’Institut français de Madrid qui, à travers l’opération Le football, une école de la vie ! a permis de rapprocher les élèves des écrits du prix Nobel de littérature.  

Du foot dans le FLE

Plus directement en lien avec le FLE, en 2016, à la veille de la Coupe d’Europe, le site FLE Les Zexperts n’avait pas voulu passer à côté de l’événement : il contribuait ainsi à faire une place au foot dans la classe en proposant une fiche pour parler de foot en FLE à partir de niveau A2. Il y a aussi les mémos de Parlons français, c’est facile qui reprend de façon imaginée le lexique du foot. 

J’imagine parfaitement une classe d’ados – et pas que – présentant à l’oral et/ou à l’écrit leurs équipes, les joueurs… Une bonne occasion pour pratiquer différentes notions d’un programme de A1/A2 en les combinant avec un sujet motivant. D’ailleurs c’était la proposition, très intéressante, qui avait été faite en 2010 à l’occasion de la Coupe du Monde en Afrique du Sud : toute une progression à partir du foot ! Oui, je parle foot !, c’est le nom du site – toujours disponible – qu’Amandine Béranger et Jérôme Cosnard avaient alors créé et qui constitue une somme de documents A1 (téléchargeables en word et en PDF), certains à prendre tel quel et d’autres qu’il faut bien sûr mettre à jour ou qui peuvent servir comme point de départ pour créer des activités similaires mises au goût du Mondial de Russie. Toujours autour de ce monde sudafricain, le Français dans le monde de mai-juin 2010 (nº369) avait consacré des pages spéciales au foot. Vous pouvez bien sûr les consulter sur le site de la revue si vous y êtes abonné.e ou retrouver un extrait sur www.issuu.com

Le point du FLE qui a consacré une page de son site au sport propose quelques liens dédiés au football. On peut simplement regretter que cette Russia 2018 n’ait pas été l’occasion d’actualiser un peu les documents pour la classe*. 

Enfin, si vous voulez commenter au fil de la Coupe ce qui s’y passe, vous pouvez vous rendre avec vos étudiants sur les sites des chaînes sportives francophones ou sur ceux de la presse écrit ou radio.

Bref, le foot, on peut aimer ou pas, mais il nous laisse rarement indifférents en raison de ses implications, sportives certes mais aussi sociales, économiques, politiques… On a même vu au Mexique , comme le rapportait récemment Anthony Bellanger dans ses Histoires du monde, que le foot peut entraîner une polémique politico-orthographique en raison des maillots de la sélection nationale : les accents des noms des joueurs avaient disparu parce que les maillots ne provenaient ni plus ni moins que des USA ! Une décision pas vraiment bien accueillie à un moment où ces deux Etats nord-américains ne traversent pas vraiment une lune de miel !  Comme quoi, au cas où certains en doutaient encore, même la langue a sa place dans le foot !

*Ami.e.s lecteur/-trices, n’hésitez pas à me partager vos liens et de m’en signaler si vous avez du matériel sur ce Mondial, je me ferai un plaisir de l’intégrer à cet article.

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De la communication authentique pour les hauts niveaux

Posted by Philippe Liria sur 17/05/2018

Faire un récit de voyage, communiquer dans l’espace francophone, faire la critique d’un jeu en réalité virtuelle, publier un manifeste contre la censure, rédiger un compte rendu, ironiser sur un futur déshumanisé ou débattre sur une réforme… Je vais m’arrêter là dans cette énumération mais la liste est encore bien plus longue. Il s’agit en fait d’une simple poignée d’exemples choisis au hasard parmi les quelque 120 situations de communication que nous proposent Romain Racine et Jean-Charles Schenker dans leur toute dernière publication, Communication progressive du français C1 C2. Sorti aux éditions CLE International il y a tout juste deux mois, ce niveau Perfectionnement d’une collection dont la réputation n’est plus à faire, est un petit bijou pour celles et ceux qui sont à la recherche d’un manuel pour leurs cours avancés. C’est un plaisir d’entendre les auteurs parler de cet ouvrage qui permettra aux professeurs et étudiants “de découvrir des thèmes, des styles, des registres et des supports rarement abordés en apprentissage du FLE” grâce à une banque de documents authentiques particulièrement variée qu’ils ont regroupés dans huit grands blocs thématiques : Le tour du monde en français, Mille et une connexions, Les cinq travaux d’Hercule, La scientifique nature de l’homme, Citoyens : un pour tous, tous pour un !, La culture sous toutes ses coutures, Qui m’aime me suive ! Il n’y a qu’un devoir, c’est d’être heureux

 

A l’intérieur de ces blocs, on appréciera donc la variété des textes, dont 54 accompagnés d’un support audio : on y trouve des articles de presse, des extraits de roman, de pièce de théâtre, des interviews radiophoniques, des discours politiques, des critiques ou encore des sketchs qu’on appréciera d’autant plus que l’humour si difficile à aborder en classe est souvent contourné ailleurs. Ce n’est pas le cas ici où justement les auteurs ont délibérément pris le parti de travailler le style et notamment en cherchant à “sensibiliser l’étudiant à l’humour” (sous toutes ses coutures), un objectif marqué par le CECRL mais, nous le savons, si difficile à intégrer en classe. Un travail sur le style à partir des textes humoristiques, c’est aussi pour nos auteurs l’occasion d’aborder, grâce au débat d’idées, des sujets qui n’échappent pas à la polémique comme un entretien – dont l’audio est dans le CD accompagnant le manuel – avec Philippe Geluck sur les caricatures et la question qui malheureusement a refait surface ces derniers temps : peut-on rire de tout ? Une question étroitement liée à la liberté d’expression, si difficile à gagner et qu’on voit de plus en plus remise en cause là où on la croyait acquise. Les questions sociétales qui ont récemment ébranlé la société française ne manquent pas comme celle du repli identitaire et du communautarisme que critique Elisabeth Badinter dans un entretien à Mediapart ou le superbe discours de Christiane Taubira devant les députés en 2014 pour défendre le texte de loi permettant d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe (dans les deux cas, les audio sont disponibles dans le CD). 

Tous ces documents constituent à la fois des modèles et des points de départ pour entrainer les étudiants à ces savoir-faire à l’écrit et à l’oral qu’ils doivent apprendre à maîtriser à ce niveau de langue. Ils sont autant d’outils pour exposer, rendre compte, débattre, argumenter, répliquer, attaquer ou défendre, polémiquer… 

A la fin de chaque bloc est proposé un bilan pour faire le point sur le lexique, la grammaire mais aussi sur les thèmes abordés en les reprenant autour de nouveaux sujets de discussion et tous les deux blocs, une récréation culturelle pour reprendre les spécificités culturelles mais cette fois de façon plus ludique.

Vous l’aurez compris, ce Communication progressive C1 C2 que Romain Racine et Jean-Charles Schenker nous présentent avec un enthousiasme et un humour contagieux est destiné à devenir un incontournable des hauts niveaux, comme on les appelle souvent dans notre jargon. Il s’agit d’un manuel qui peut être tout simplement ce complément qui va aider à compléter un cours ou, mieux encore, en devenir la colonne vertébrale. Celle à partir de laquelle vous allez construire une solide progression pour vos classes de niveaux avancés, pour les préparations au DALF ou à des concours d’entrée de certaines écoles, ou tout simplement pour acquérir une maîtrise langagière et socio-culturelle “proche de celui des natifs” nous rappellent les auteurs. 

Pour en savoir plus :

Communication progressive du français C1 C2 niveau perfectionnement, par R. RACINE et J.-C SCHENKER. Col. Progressive, CLE International. Paris : 2018. 272 pages

Consultez-en un extrait sur : https://issuu.com/marketingcle/docs/extrait_e7549ab154a505

Corrigé de Communication progressive du français C1 C2 niveau perfectionnement, par R. RACINE et J.-C SCHENKER. Col. Progressive, CLE International. Paris : 2018.

Vous pouvez les trouver auprès de votre libraire ou directement sur le site de CLE International : http://www.cle-international.com/adolescents/communication-progressive-du-francais-niveau-perfectionnement-livre-cd-nouveaute-9782090380705.html   

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Au rythme du FOS et du FOU dans le Nord-Est du Brésil

Posted by Philippe Liria sur 22/04/2018

Sorti fin 2017, voici le très intéressant livre Le FOS et le FOU au Nord-Est du Brésil : quel avenir ? ou O FOS e o FOU no Nordeste do Brasil: Quais expectativas? (Ed. UFPE 2017) qui propose un état des lieux de ces deux spécialités du français comme l’écrivent les coordinatrices de l’ouvrage, Joice Armani Galli et Nadège Bouchonneau dans leur préface en portugais. C’est aussi à partir de cet ouvrage l’occasion « d’envisager de nouvelles perspectives dans la mise en place de dispositifs de préparations des étudiants brésiliens aux études supérieurs en français » comme le souligne Jean-Marc Mangiante, dans l’autre préface du livre, celle-ci en français. Car c’est aussi son originalité : ce sont deux livres en un, d’un côté en portugais et de l’autre en français ce qui a permis, au-delà du contenu de mettre en pratique tout un travail de traduction en dialogue avec les auteurs internationaux qui ont collaboré à cet ouvrage, ce qui a permis aussi de mettre en avant la Francophonie dans toue sa dimension.

On pourrait trouver curieux à prime abord de proposer un ouvrage aussi spécifique mais finalement, n’est-il pas justement le reflet de qui est peut-être l’avenir de l’enseignement du français ? Ne faut-il pas s’interroger sur les besoins concrets des apprenants pour leur proposer un enseignement adapté ? C’est pourquoi l’ouvrage réuni en premier lieu sept articles d’auteurs brésiliens, sans oublier pour autant la dimension international et c’est la raison pour laquelle, en plus de Jean-Marc Mangiante, les coordinatrices de l’ouvrage ont invité deux autres auteurs de la Francophonie, l’un de Suisse (Darius Vanhonnaeker,) et l’autre du Maroc (El Mostafa Ftouh, U. Sultan Moulay Slimane).

Le FOS et le Fou au Nord-Est du Brésil… montre la nécessité de poursuivre dans la mise en place de programmes préparant les étudiants à la mobilité internationale car on ne pourrait se contenter de contenus linguistiques pour que « les étudiants s’intègrent à la vie académique du pays d’accueil. C’est la raison pour laquelle, au moment de parler de FOU, on doit suivre les mêmes étapes de construction d’un programme FOS et savoir que, en plus de l’apprentissage de la langue, on doit penser à la méthodologie universitaires des pays francophones, au contexte culturel et à la vie administrative de l’institution étrangère, culturellement différente de la réalité brésilienne« , nous rappelle Katia Ferreira Fraga de l’Université Fédérale du Paraíba dans son article présentant justement la situation d’enseignement du FOS/FOU à l’UFPB. Elle ne manque pas non plus de signaler les difficultés rencontrées pour maintenir l’offre alors que c’est justement en passant par ces spécificités que le français pourrait, selon elle, survivre face à une politique du tout-anglais à tous les niveaux de la scolarité de cet État, comme partout ailleurs au Brésil malheureusement.

Sans perdre de vue le thème central de ce livre, Dario Pagel revient très largement d’ailleurs sur la situation du français au Brésil mais aussi et surtout sur la formation des professeurs de français. Il pointe du doigt les carences actuelles que cause l’absence de vision plurilingue des politiques linguistiques brésiliennes mais aussi, le manque d’engagement de la France pour accompagner plus largement les besoins qu’ont les professeurs et futurs professeurs de se former.

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Dire d’apprendre à apprendre, c’est bien joli mais…

Posted by Philippe Liria sur 30/03/2018

Apprendre à apprendre avec Franck Ramus (EduSpot, mars 2018)

Dire d’apprendre à apprendre, c’est bien joli mais comment ? La question ne date pas d’hier. Depuis quelque temps déjà, nous insistons sur l’importance de rendre l’apprenant autonome et en particulier qu’il devienne autonome dans son apprentissage. Le CECR a certainement contribué à approfondir la réflexion sur cette question. Les outils d’apprentissage, comme les manuels, ont introduit bien souvent des encadrés apportant ainsi des conseils d’apprentissage. Mais abordons-nous véritablement avec les élèves la question de l’apprentissage ? Ne nous arrêtons-nous pas trop souvent à énoncer cette nécessité sans vraiment la développer ? Or, il est important de s’intéresser à comment on apprend ? Quelle méthode ou quelle stratégie mettre en oeuvre pour apprendre ? Il faut que nous sachions montrer aux apprenants comment faire cet effort de récupérer en mémoire ce qu’ils ont lu ou ce qu’ils ont entendu. C’est ce qui leur permettra de s’assurer qu’ils ont appris ou de pouvoir les situer quelque part sur l’échelle de l’apprentissage.

L’autre jour, je suis tombé complètement par hasard sur une conférence de Franck Ramus qui aborde justement la question de l’apprentissage. Prononcée dans le cadre d’Eduspot 2018, elle nous apporte le regard de la recherche sur l’apprentissage aussi bien sur les résultats et sur leurs répercussions dans la façon de vérifier si un élève apprend ou pas et surtout qu’il sache lui-même quelles sont les meilleures façons d’apprendre. Franck Ramus passe en revue dans sa conférence différentes expériences menées pour mieux comprendre comment on apprend. Il apporte des éléments de réponse aux questions sur l’apprentissage et suggère des outils efficaces pour tester les apprenants afin d’avoir un retour d’information sur ce qu’ils ont acquis ou pas encore. On voit d’ailleurs de plus en plus ces outils faire leur entrée en classe comme plickers ou  quizlet par exemple qui permettent d’obtenir de vérifier l’état des connaissance de façon immédiate. Certes, on pourrait reprocher à Franck Ramus de trop insister sur les tests et les QCM (plutôt utilisés en évaluation formative que sommative) après avoir écouté sa conférence ; cependant, nous voyons bien qu’il est nécessaire de trouver un juste milieu entre la place que prend aujourd’hui la pédagogie du projet et donc l’évaluation de ce dernier d’une part et, le besoin de s’assurer que les élèves savent (leurs verbes, leur vocabulaire, les prépositions, etc.).

En connaissant mieux la façon qu’on a d’apprendre, on gagne en autonomie et si on devient plus autonome sur l’acquisition des connaissances, on peut certainement consacrer plus de temps en classe à faire, ce qui l’objectif des tâches ou des projets qui continuent, encore trop souvent – hélas ! – à passer à la trappe.

Des outils pour tester les connaissances

Pour en savoir plus

Apprendre à apprendre, conférence de Franck Ramus (15 mars 2018)

Les diapositives de la conférences

Pourquoi les enfants n’aiment pas l’école, Daniel T. Willingham, Marie Antilogus

Mets-toi ça dans la tête ! Les stratégies d’apprentissage à la lumière des sciences cognitives, Peter C. Brown, Henry L. Roediger & Mark A. McDaniel

L’ apprentissage visible pour les enseignants, John Hattie

Le blog de Franck Ramus

Les difficultés d’apprentissage de l’enfant et leurs origines, une intervention filmée de Franck Ramus au collège de France

 

 

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CECR : de nouveaux descripteurs non exempts de polémique

Posted by Philippe Liria sur 11/02/2018

CECR – volume complémentaire

Cela faisait déjà quelques mois que le companion était disponible dans sa version anglaise, voici que la version française l’est enfin depuis ce mois de février grâce au travail de traduction de Gilles Breton et Christine Tagliante. Je me réfère bien entendu au fameux volume complémentaire de notre très cher, parfois trop peut-être au point de le vénérer – ce qui nous fait oublier que ce n’est qu’un outil de plus-, Cadre européen commun de référence pour les langues : apprendre, enseigner, évaluer… bref le CECR ou mieux encore, pour les intimes, le Cadre. Publié dans le cadre, accrochez-vous, du Programme des Politiques linguistiques de la Division des Politiques éducatives du Service de l’Education du Conseil de l’Europe (www.coe.int/lang-CECR), ce volume complémentaire de quelque 254 pages nous fournit donc de nouveaux descripteurs, fruits d’un long projet d’actualisation initialisé en 2014 et qui s’est déroulé en différentes étapes dans le souci de « combler les lacunes existant dans les échelles initiales de descripteurs« . C’est ce qui a permis d’élaborer de nouvelles échelles qu’on ne trouvait pas dans la version originale, comme celles sur la médiation, largement présentes dans ce nouveau compagnon de route des professionnels de l’enseignement des langues. D’autres, existantes, ont été revues : ainsi le contrôle phonologique fait-il l’objet d’une nouvelle échelle. On y trouvera également des descripteurs pour les langues des signes ou concernant les jeunes apprenants, ainsi que ceux portant sur l’interaction en ligne, les compétences plurilingues / pluriculturelles ou les réactions à la littérature.  Ce vaste projet, mené par Brian North et Günther Schneider, s’est fait avec la collaboration de nombreuses instituts du monde entier qui ont validé ces nouveaux descripteurs. Ce volume complémentaire est donc le résultat d’un travail de longue haleine qui ne perd pas de vue les objectifs du CECR original que les auteurs de l’avant-propos rappellent : (a) fournir un métalangage pour discuter de la complexité de la compétence langagière, réfléchir, communiquer des décisions sur des objectifs et les résultats d’apprentissage qui soient cohérents et transparents (b) proposer des idées pour l’élaboration de programmes et la formation des enseignants.

Ce rappel n’est pas inutile certainement quand on sait que le CECR est souvent détourné de sa finalité originale pour devenir à son insu un outil de standartisation. Mais attention, ces descripteurs, fraichement publiés en français, ont déjà provoqué des réactions critiques au moment de leur sortie dans leur version originale, en anglais. En octobre dernier, l’Asdifle, par exemple, a co-signé avec d’autres associations de professionnels de la didactiques des langues une tribune dans laquelle ses membres exprimaient leurs réserves sur cette révision du Cadre, la considérant inadéquate « au regard des évolutions de nos sociétés en Europe, de nos terrains, de nos travaux depuis le lancement officiel du CECR en 2000. » Pour les auteurs de cette tribune, et contrairement aux mises en garde pour éviter de tomber dans la standardisation que font les auteurs de ce volume complémentaire, on retrouverait une pérennisation « d’une certaine conception, standardisante et dogmatique, de la didactique des langues (…) ce qui témoigne à la fois d’une cécité certaine, qui conduit à la destruction de toute réflexion dynamique et située, et d’une amnésie coupable vis-à-vis de l’histoire même du CECR et des projets d’une partie des personnes qui ont œuvré à sa réalisation. » Cette tribune est particulièrement sévère sur les nouveaux descripteurs comme ceux de médiation, de plurilinguisme, d’interculturel ; des concepts qui ne sauraient être enfermés « dans des grilles, sauf à vouloir les contrôler en les technicisant pour en assécher toute la diversité et l’hétérogénéité. » Ils ont certainement raison de rappeler que les risques d’une « utilisation coercitive, normative et, in fine, autoritaire, du CECR » est hélas possible dans cette Europe actuelle qui semble parfois plus proche des années 30 du siècle dernier que des idéaux encore bien présents dans l’esprits des auteurs du Cadre original.

Même si la demande des signataires de cette tribune de sursoir la parution de ce volume complémentaire du CECR n’a pas été entendue, il ne faut pas perdre de vue la nécessité d’avoir un regard critique sur cet outil qu’est le Cadre et être vigilants, à tous les niveaux,  des éventuels abus qui pourraient en découler sous l’excuse de la validation de certains niveaux de compétence à partir de descripteurs et d’échelles qui peuvent, pour reprendre les propos de cette tribune, déshumaniser l’appropriation et la transmission des langues et stériliser la réflexion en encourageant des orientations uniformisantes, alors que nous avons justement besoin, dans ce monde pluriel, de mieux prendre en compte la diversité, notamment celle d’apprentissage. Il faut certainement trouver un juste milieu pour profiter au mieux d’un outil qui doit nous faciliter la tâche d’enseignement des langues sans pour autant tomber dans les travers auxquels nous mène toute sacralisation. Or, on le voit bien dans notre quotidien, le Cadre est parfois brandi et cité, souvent faussement d’ailleurs, par des ayatollahs des grilles d’évaluation. Celles-ci sont utiles, et nous ne le nierons pas, mais il faut aussi savoir les interpréter et même en sortir.

A voir :

A lire :

Le CECRL : quelle puissance du modèle ? de Dominique Macaire (juillet 2018)

Le CECRL : quelle puissance du modèle ? Questionnements dans la recherche en didactique des langues-cultures

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Le numérique en classe de FLE ? Oui mais comment ? Trois spécialistes nous aident à y voir plus clair.

Posted by Philippe Liria sur 21/01/2018

Peut-on raisonnablement envisager d’enseigner sans penser à la place du numérique en classe ? Accro ou pas aux écrans, la question mérite d’être posée. On sait que l’invasion des écrans dans le quotidien de nos vies peut être un facteur de distraction. On sait aussi que tout le monde n’a pas la même possibilité de connexion et que le risque de fracture socio-numérique est une réalité qu’on ne peut donc ignorer. Certains pays ont pris des mesures d’ailleurs pour interdire l’usage à l’école de certains appareils comme les smartphones ; d’autres sont sur le point de le faire comme c’est le cas de la France. C’était une des promesses du candidat Macron lors de sa campagne présidentielle. Aujourd’hui au pouvoir, il semble bien décider à la tenir. En France, l’interdiction des téléphones intelligents est pour la prochaine rentrée scolaire, nous annonce-t-on. Personnellement, je ne crois pas que ce soit une bonne idée si nous voulons donner une vraie éducation numérique, indispensable et dès un très jeune âge. Le numérique est omniprésent dans notre environnement et rien ne laisse présager que cette présence diminuera, au contraire. Mieux vaut donc dans ce cas en maîtriser l’usage. Dès lors, n’est-ce pas à l’école d’y contribuer ?

L’omniprésence du numérique nous oblige à nous interroger sur sa place dans l’enseignement/apprentissage des langues

Dans notre milieu, celui du français langue étrangère (FLE), il ne peut en être autrement. Comme partout ailleurs dans la société, nos élèves, jeunes et moins jeunes sont connectés. Y compris, voire peut-être plus qu’ailleurs, dans les pays en voie de développement. Le smartphone, tant décrié en France par exemple, est souvent la seule source d’information pour beaucoup de nos apprenants. C’est souvent leur façon de se connecter avec la langue qu’ils apprennent, ce qui participe évidemment de leur motivation. Ce simple constat nous oblige, du côté enseignant, à connaître les outils numériques qui peuvent être au service de l’apprentissage. Ceux-ci n’ont pas besoin d’être complexe ; au contraire, il peut tout simplement s’agir d’applications utilisées dans la vie de tous les jours mais auxquelles sera donné un usage didactique. C’est en tout cas ce que nous montrent David Cordina, Jérôme Rambert et Marc Oddou dans leur ouvrage Pratiques et projets numériques en classe de FLE qui vient de sortir dans la collection Techniques et pratiques de classe aux éditions CLE International. Tous trois experts en TICE – vous pouvez d’ailleurs les suivres sur leur Twitter ou sur leur blog respectif (voir plus bas) -, ils se sont réunis pour proposer aux enseignants de langues vivantes en général et plus particulièrement de FLE une série de “50 fiches concrètes (…) pour un usage immédiat de l’enseignant dans son contexte professionnel”. Ce livre part d’un constat, indéniable comme je l’écrivais plus haut, c’est que la “place grandissante prise par le numérique dans nos quotidiens aura de plus en plus de conséquences sur nos différents contextes d’enseignement” tout simplement parce qu’ »enseigner une langue au XXIe siècle n’est plus tout à fait la même chose qu’au XXe siècle.” Il ne s’agit pas de voir le numérique comme un ennemi de l’enseignant, voué à disparaître au profit de cette diabolique invention, mais bien de s’interroger sur les nouveaux rapports qui doivent se créer entre les éléments de cette trinité que constituent professeur, élève et numérique avec un centre l’enseignement-apprentissage. Un numérique qui passe de moins en moins par l’ordinateur ; ce qui veut dire aussi qu’en classe, il n’y plus lieu d’associer le numérique avec ces salles informatiques avec ces appareils figés qui, surtout pour le cours de langue, nous renvoient à des temps révolus.

Vers une littératie numérique
Comme le rappellent les auteurs, sans ignorer les différences pouvant exister entre un point et un autre de la planète, le rapport annuel We are socialinsiste bien sur la tendance forte de l’augmentation des personnes connectées à Internet sur les téléphones portables et les réseaux sociaux.” Et pour quoi faire ? “Principalement pour converser avec ses proches”. Un professeur de langue ne peut ignorer cette tendance qui va justement dans le sens de l’un des principaux objectifs de son enseignement. D’où la nécessité d’acquérir (et faire acquérir) une “véritable culture numérique visant à donner à chacun une pratique sûre et critique des technologies de l’information et de la communication” qui va d’ailleurs au-delà du simple usage pour devenir compétent dans la création de contenus. C’est ce qui fait du numérique à la fois le “moyen” et l’ »objectif dans une tâche complexe”, ce qui contribue à lui donner du sens.
Les auteurs montrent comment nous sommes passés de l’observation à l’utilisation de ces outils de communication entre les apprenants d’une même classe. Un constat que je partage avec eux : presque tous les enseignants rencontrés à l’occasion d’ateliers et de journées pédagogiques nous rapportent que leurs élèves ont créé spontanément un groupe sur Facebook ou sur Whatsapp pour échanger sur la classe de français. Et si le professeur intègre le groupe, les échanges se font de plus en plus en français. Inimaginable il y a à peine quelques années !
C’est pour cela d’ailleurs qu’il est préférable que les enseignants aient une place dans cet usage du numérique plutôt que de simplement le constater. Pendant la classe mais aussi, nous rappellent les auteurs, avant et après celle-ci.

Le numérique au service de la didactique

Ce que nous expliquent Cordina, Rambert et Oddou, c’est que cette intégration du numérique qu’ils défendent n’est pas de la simple technophilie mais qu’elle s’appuie sur les possibilités qu’il nous offre à suivre avec plus d’efficacité les principes du constructivisme et du du socio-constructivisme et bien sûr, ceux du connectivisme. Bref, le numérique, loin de provoquer le divorce entre ce qui se faisait avant et ce qui est aujourd’hui préconisé, doit inciter à mettre en place “une démarche qui nécessite d’être conscient des nouvelles possibilités” qu’il offre. Il “devient alors une partie qui transforme le tout”. Il va nous aider à rendre possible cette reformulation de la classe et l’enseignement-apprentissage dont il est tant question. Pour que cela soit vraiment efficace, il faut poser les bases de l’ingénierie numérique pour les langues, c’est que font nos auteurs dans le troisième chapitre de leur ouvrage à partir de quatre questions (pourquoi intégrer le numérique ?, avec quoi ?, comment ? quand ?) auxquelles ils essaient d’apporter des réponses précises en s’appuyant notamment sur le modèle SAMR qui propose “une méthode permettant de mieux saisir comment la technologie peut avoir un impact sur l’enseignement et l’apprentissage”.

Dans un contexte FLE, où un peu partout est préconisée l’approche actionnelle, les auteurs montrent en quoi le numérique va aider à en concrétiser la mise en place ; tout comme il va présenter d’autres avantages contribuant à la motivation des élèves, plus autonomes et ayant un plus grand accès au monde francophone.

50 fiches pratiques pour aider à mieux intégrer le numérique dans la classe de FLE
Après ces quatre chapitres plus théoriques mais absolument indispensables qui constituent la première partie de l’ouvrage, s’ensuivent 35 fiches de “Savoir-faire numériques” pour orienter les enseignants dans l’usage d’outils numériques facilitant la production, l’évaluation et la collaboration ; puis 15 fiches de “Projets numériques pour les apprenants” divisées en quatre catégories : les scénarios d’interactions brèves, les scénarios d’écriture multimédia, les scénarios de géolocalisation et les scénarios d’argumentation. Tous ces scénarios sont essentiellement destinés à favoriser l’interaction et la production écrite sans pour autant négliger les autres compétences.
Finalement, et on l’apprécie, un index reprend l’ensemble des fiches leur catégorie, le savoir-faire numérique qu’elle met en oeuvre et les outils numériques pour y parvenir.
Pratiques et projets numériques en classe de FLE est certainement un ouvrage indispensable pour tous les enseignants de FLE qui ont intégré le numérique dans leur classe et plus encore pour celles et ceux qui se posent des questions, ont envie mais n’osent voire s’y opposent. Avec le numérique, nous sommes bel et bien face à une révolution dans l’enseignement/apprentissage des langues et voici un livre qui nous nous apportent des éléments pour mieux l’affronter et des fiches qui vont nous aider à surtout mieux l’intégrer. Non pas aveuglément parce que c’est la mode, mais intelligemment en en tirant le meilleur profit sans y être soumis pour autant.

Pour en savoir plus :
Cordina, D., Rambert, J., Oddou, M. : Pratiques et projets numériques en classe de FLE, Coll. Techniques et pratiques de classe. CLE International, Paris, 2018. ISBN : 978-2-09-038230-3 Lien vers le site : https://www.cle-international.com/formation/pratiques-et-projets-numeriques-en-classe-de-fle-techniques-et-pratiques-de-classe-livre-9782090382303.html
Toutes les citations de cet article sont tirées de cet ouvrage.

Pour suivre David Cordina :
– sur Twitter : @w2ydavid
– sur son blog : http://davidcordina.net

Pour suivre Jérôme Rambert :
sur Twitter : @JeromeRambert
sur son blog : http://chezjerome.over-blog.com

Pour suivre Marc Oddou :
sur Twitter : @MOddou
sur son blog : http://moddou.com

Rapport sur l’usage du numérique dans le monde : https://wearesocial.com
A propos du SAMR : Le blog de Rubén Puentedura http://hippasus.com/blog/

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De bonnes résolutions pour le français en 2018 ?

Posted by Philippe Liria sur 31/12/2017

Plus que quelques heures avant d’entrer en 2018 (du moins pour celles et ceux qui comme moi sont en Europe en ce moment). Une occasion pour se retourner une dernière fois sur les douze derniers mois qui se sont écoulés. Que reste-t-il de 2017 ? Pas envie de dresser un bilan politique, qui n’est toutefois pas très glorieux. Mais après tout, il est à la hauteur de nos bilans personnels : combien d’heures au club de sport cette année ? combien de temps de plus avons-nous vraiment consacré aux êtres qui nous sont chers ? Bref, les bonnes résolutions personnelles ou les promesses politiques, c’est un peu du pareil au même. Elles durent le temps d’un verre de champagne ou d’une campagne électorale.
Puisque ce blog porte plutôt sur la langue française et son enseignement / apprentissage, que dire de ce que nous a apporté 2017 ? En France, le grand sujet a été certainement le débat autour de l’écriture inclusive. Comme je l’ai écrit en octobre dernier, quitte à déplaire, je ne suis pas vraiment convaincu que ce soit le vrai terrain sur lequel nous devons combattre les inégalités, absolument inconcevables, qui demeurent entre les sexes. Parmi les lecteurs de ce blog, vous avez d’ailleurs plutôt partagé avec moi ce scepticisme (vous êtes 54,85% à être contre ou plutôt contre et 46,15% à y être plutôt favorables ou favorables). S’il y un combat à mener pour une véritable inclusion, c’est sur celui des salaires. Comment peut-il y avoir une différence salariale entre des personnes exerçant une même profession ? En France, l’écart ou plutôt le fossé est de 25% ! Une honte ! C’est aussi un combat contre ce droit de cuissage que s’octroient encore trop d’hommes ! Comme si c’était est une chose normale pour qu’une femme puisse obtenir un poste, un rôle, une ascension quelconque ! Et si 2017 a contribué à libérer la parole aux USA, en Europe et ailleurs dans le monde pour que cessent ces abus, eh bien bravo ! Sans vouloir être pessimiste, on en reparlera en 2018…
Toujours du côté de la langue française, le nouveau président français a lancé une promesse, une de plus – Terminera-t-elle comme nos bonnes résolutions du nouvel an ? -. Vous vous en souvenez ? Celle de faire un dictionnaire de la Francophonie. C’était dans la dernière ligne droite de 2017, lors d’un voyage officiel en Afrique. C’est l’auteure franco-marocaine Leïla Slimani, nommée par Emmanuel Macron comme sa représentante personnelle pour la Francophonie, qui en a la charge. Dans sa lettre de mission, il y a justement cette idée de prendre en compte l’ensemble des variantes de la langue française. Une idée qui a dû faire sauter Jean-Michel Blanquer, le ministre français de l’Education, qui, depuis le haut de l’ignorance sur la réalité de ce que sont les langues (et le français n’est pas une exception, ne lui en déplaise), a twitté en novembre qu’“il n’y a qu’une seule langue française, une seule grammaire, une seule République”.

Leila Slimani, représentante de la Francophonie / AFP PHOTO / POOL / ludovic MARIN


Les variantes du français, un sujet que j’ai évoqué en novembre dernier : celles qu’on trouve en Europe (à commencer par la diversité au sein de cette “seule République” de Blanquer), dans les Caraïbes, en Océanie ou au Canada et bien sûr en Afrique. Sachant que c’est le continent le plus francophone du monde. Il était donc temps qu’on s’en soucie et je crains que ce soit encore compliqué en Hexagone oú on a du mal à concevoir un autre français – il suffit de voir ce qu’en pense le titulaire de l’Education. C’est grave, docteur ! -. Pourtant si les Français retiraient leurs oeillères (les citoyens des autres aires de la Francophonie n’en portent pas ; il est vrai qu’ils sont souvent plurilingues, ce qui en France est encore regardé comme une rareté), ils verraient que la réussite de l’anglais et de l’espagnol à l’échelle planétaire est due justement à la perception complètement différente qu’ont les locuteurs de leur langue. En espagnol, par exemple, personne ne méprise une façon de parler que ce soit en raison d’un lexique ou d’un accent. C’est ce qui en fait sa richesse. Pour le français, il y a encore du chemin à faire. Leïla Slimani a du pain sur la planche et certainement beaucoup de murs à faire tomber pour “déringardiser” la langue française, comme elle dit. Bonne chance, Madame Slimani !
Et comme pour bien préparer l’avenir, il faut connaître son histoire et savoir où on en est, il y a eu cet ouvrage sorti juste au début de l’été : Et le monde parlera français ! Un titre audacieux, qui anticipait presque l’affirmation d’Emmanuel Macron, mais surtout un contenu qui nous éclaire sur l’état de la politique du français dans le monde. Un ouvrage sans complaisance aussi qui fait aussi la lumière sur les zones d’ombre existantes, et elles sont nombreuses. Nous le savons, nous qui parcourons le monde pour promouvoir les ouvrages de nos catalogues bien sûr, mais aussi la langue et son apprentissage : les coupures budgétaires toujours plus grandes dans le Réseau, avec les conséquences que l’on sait sur les conditions de travail, à commencer par celles de ces ambassadeurs du français au quotidien que sont les profs de FLE. Pour celles et ceux qui se lèvent souvent très tôt et se couchent très tard pour aller donner leurs cours de français toujours avec passion alors qu’elles / ils le font pour des clopinettes et des contrats précaires (quand contrat il y a), 2018 apportera-t-il des améliorations ? En tout cas, les SEDIFRALE de juin prochain sont bien décidées à aborder la question pour ce qui concerne l’Amérique latine et les Caraïbes mais qui vaut pour l’ensemble des profs de FLE. Espérons que les conclusions de ce congrès permettront de déboucher non pas sur de simples bonnes résolutions qu’on couche sur un papier qu’on oublie très vite, mais bel et bien sur des améliorations réelles de la condition de prof de FLE. On peut essayer d’y croire en ces moments de voeux pour l’année 2018.

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La pluralité de la langue française contre la glottophobie (encore trop) ambiante !

Posted by Philippe Liria sur 30/11/2017

Le président Emmanuel Macron lors de son discours à l’université de Ouagadougou, 28 novembre 2017. Source: AFP / LUDOVIC MARIN

Il a un drôle d’accent, ce gars-là !” interprétait Pierre Vassiliu dans les années 70. Ah les accents ! Pas ceux qui coiffent nos lettres, non ! Mais ceux qui donnent un ton à nos voix. Ceux-là que certains veulent encore chasser mais qui reviennent au galop dès qu’on se retrouve en contact avec quelqu’un qui a justement le même… Et qu’en est-il de ces accents dans nos classes ? L’autre jour, à l’occasion d’un atelier, une collègue enseignante a insisté sur l’importance que les apprenants apprennent à parler un bon français, “sans accent” disait-elle. Un autre se plaignait de l’influence qu’avait laissé un enseignant sénégalais sur les élèves qu’il avait récupérés : “Ils ne savaient pas prononcer correctement le français !”, se plaignait-il.
Pourtant si nous voulons prendre aux mots le président de la République française qui revendique une langue française qui n’appartient plus à la France, il faudra bien que nous nous ouvrions réellement à la pluralité de notre langue, y compris dans ses prononciations. Je ne fais pas référence seulement aux variétés hexagonales de celle-ci mais bien à cet éventail d’accents, largement déployé de Nord à Sud et d’Est en Ouest de la planète. Le temps est révolu – n’est-ce pas ? – où les accents du sud (de la France) devaient disparaître sous le poids écrasant de cet accent pointu des gens de la télé ou de la politique… à moins bien sûr de présenter la météo ou d’être une grande gueule de l’hémicycle parlementaire. De même, le français d’Haïti ou de Tunisie, celui de Côte d’Ivoire ou du Liban ou encore de Maurice ou de Nouvelle Calédonie ont droit à la même place que l’accent bobo des médias parisiens. Pourquoi le français serait-il différent de l’anglais ou de l’espagnol ? Ces deux langues ne chassent pas les accents, ni dans la vie ni dans les salles de cours… A part peut-être quelques coincés à l’accent pincé des hauts quartiers londoniens ou madrilènes, aucun professeur d’anglais ou d’espagnol ne cherche à faire prononcer les mots ou reproduire les rythmes de la phrase selon un modèle unique qui serait basé sur une soi-disant “bonne langue” par rapport à toutes les variétés de celle-ci. Et heureusement ! Je préfère en effet ne même pas imaginer un professeur argentin d’espagnol essayant de faire parler un castillan de Palencia à son élève apprenant la langue de Borges au coeur de Buenos Aires. Ce serait tout aussi ridicule que de vouloir s’obstiner à faire employer un subjonctif de l’imparfait en français.
Un professeur haïtien de français (qui n’était pas un professeur de français haïtien) que j’ai récemment rencontré a pourtant voulu me convaincre du contraire et il insistait dans son français (celui d’Haïti) qu’il faisait tout pour que ses élèves parlent un français… de France. Est-ce vraiment raisonnable ? En quoi son français serait-il moins légitime que le mien ? Et pourtant… Si on observe la place des autres façons de parler notre langue par rapport à la variante française dominante dans l’enseignement du FLE, force est de constater que nous leur réservons un espace infime. Sans le vouloir certainement, nous – ceux qui parlons ce français de France, plutôt du Nord – posons un regard beaucoup trop condescendant sur ces autres français. L’espace FLE n’en réchappe guère. Nous pratiquons la glottophobie, cette discrimination exercée envers une personne pour sa façon de parler selon la définition que donne le sociolinguiste Philippe Blanchet. Il suffit d’ouvrir la plupart des ouvrages FLE pour se rendre compte que souvent la différence d’accents n’est présente que dans des rubriques presque réservées à cet usage. En général, elle l’est quand nous abordons la Francophonie dans ces fameuses pages civilisationnelles. C’est alors l’occasion d’introduire quelques mots ou expressions typiques de Belgique ou du Canada, de préférence du Québec. Puis nous tournons la page et passons à autre chose. Des exceptions existent en FLE mais elles ne sont que trop rares (je pense à Echo Amérique du Nord par exemple chez CLE International). Il semblerait aussi que pour des épreuves officielles comme celle du DELF, il vaut mieux que les locuteurs choisis dans les documents s’expriment dans un français standard. Ce serait plus facile. Pour qui ? Et ceux qui s’expriment dans un autre français que cette version dite “standard” ? Seconde zone ? A la trappe ? J’ai personnellement dû effacer de mon lexique les “pochons” (sacs plastiques), les “crayons gris” (crayons à papier), les “tantôts” (après-midi) et bien d’autres mots et locutions pour passer inaperçu. Mais il paraît que je ne pouvais pas enseigner un tel lexique à mes étudiants. On sait qu’il y a des discriminations à l’emploi sur certains postes, toujours pour les mêmes raisons. La glottophobie n’est pas qu’une affaire d’accent, elle a des conséquences sociales graves. Regrettable !
Il serait toutefois temps de commencer à changer cette perspective. Peut-il en être autrement ? Il suffit d’observer les chiffres de la Francophonie pour s’apercevoir que ce n’est pas en France qu’on trouve le plus de locuteurs francophones. Le président Macron ne défend-il pas un espace francophone avec l’Afrique à sa tête. Le continent africain est depuis longtemps déjà une priorité pour les responsables du français et il semblerait logique par conséquent que l’enseignement de la langue prenne véritablement en compte cette réalité. Difficile pour les professeurs de FLE venus de France ? C’est vrai. Ils devront / Nous devrons se / nous mettre à connaître d’autres prononciations de la langue, d’autres mots et d’autres expressions. Mais n’est-il pas temps ? Pourquoi un professeur de l’Ontario ou d’Abidjan devrait-il connaître la variante française et pas l’inverse ? L’enseignement du FLE ne pourra ignorer les variantes de la langue car celle-ci, comme l’a déclaré Emmanuel Macron, « (…) a son point d’équilibre quelque part entre Kinshasa et Brazzaville, bien plus qu’entre Paris et Montauban. Cette langue française a dépassé l’Hexagone, elle a parcouru le monde entier et elle est ce qui nous unit. » Mais elle ne doit pas unir dans le mépris de l’autre, de celui qui parle différemment. Une langue est justement vivante parce qu’elle évolue dans le temps – Molière en perdrait sa perruque à nous entendre, tous d’où qu’on vienne – et dans l’espace comme me l’ont fait si bien voir mes amis du Canada, d’Haïti, d’Afrique ou du Liban. Au monde du FLE aussi de savoir faire vivre cette richesse dans son enseignement et ses outils.

Pour en savoir plus sur la glottophobie:
Philippe Blanchet, Discriminations : combattre la glottophobie
Paris, Éd. Textuel, coll. Petite Encyclopédie critique, 2016, 192 pages (lire la fiche de lecture: Question de communication)

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Ecriture inclusive en FLE ? Vous en pensez quoi ?

Posted by Philippe Liria sur 29/10/2017

EXPLIQUEZ-MOI L’ÉCRITURE NON-SEXISTE
Écrit par Aleeshay | Illustré par Luna

« Le masculin l’emporte sur le féminin« , c’est avec cette phrase que nos instits nous faisaient apprendre la règle de l’accord des adjectifs et si le mot « boulangère » existait, ce n’était que pour désigner la femme du boulanger, bien évidemment. Il faut dire que mon école primaire remonte à un temps, pas si lointain mais quand même, où nous n’avions pas encore vraiment abordé la question de la parité de la langue. Une question qui refait surface aujourd’hui avec le débat – parfois très vif – sur l’écriture inclusive. Tout d’abord, de quoi parlons-nous ? On entend par écriture inclusive cette forme d’orthographe qui consiste à placer un point médian au milieu d’un mot : « les apprenant·e·s de français ont été reçu·e·s aux épreuves du DELF« . Du moins c’est le point (littéralement) qui est actuellement au centre de la polémique mais ce sont aussi les formes féminines de certaines professions (une auteure) ou certains titres (la ministre) qui posent maintenant moins de problème même si elles ne sont pas encore complètement acceptées. Que faire de cette forme d’orthographe qui place des points au milieu (des points-milieu) des mots ? Véritable rétablissement de la parité ? Ou « aberration » comme l’entend l’Académie française dans une déclaration officielle du 26 octobre dernier ?
A en croire la vieille institution, il en va de l’avenir de la langue française et de son rapport avec les « générations à venir » qui pourraient ne pas pouvoir « grandir en intimité avec notre patrimoine écrit« . L’Académie envisage un scénario catastrophiste en évoquant le « péril mortel » et l’anéantissement des « promesses de la francophonie » si jamais venait à s’imposer cette nouvelle norme orthographique. J’essaie d’imaginer un instant les apprenants de français en train de passer leur temps à pratiquer cette écriture comme s’il s’agissait d’un exercice tiré de l’unité où l’on parle des adjectifs…
De l’autre côté, on parle plutôt de redonner à la langue française la visibilité à ces féminins disparus et qui ont pourtant bel et bien existé jusqu’au XVIIè siècle. On parlait ainsi de peintresse pour une femme qui peignait mais qui s’en souvient ? Cette forme en -esse n’a rien d’inusuel, au contraire il était courant dans l’ancienne langue. Ecouter à ce sujet une intervention de Bernard Cerquiglini en 2001 dans Tire ta langue et dont le sujet était l’histoire des féminins dans la langue française et qu’a repris France culture à l’occasion de ce débat sur l’écriture inclusive. Un manuel de l’écriture inclusive existe (publié par l’agence Mots-clés) et il est téléchargeable à partir du site qui est justement consacré à cette écriture et qui propose d’agir sur le langage pour que les mentalités changent.
Il semblerait cependant que le débat ne porte pas sur l’ensemble de l’écriture inclusive mais plutôt sur ce point qui se place entre les lettres finales du mot pour y placer le e du féminin. Pour l’académicienne Dominique Bona, cette réforme est un « massacre de la langue française » qui ne va en rien contribuer à la parité homme/femme. Elle pense que cela ne sert qu’à compliquer la langue, à la rendre moins accessible aux étrangers qui apprennent le français.
Avant de se précipiter à prendre position, il me paraît intéressant d’écouter les arguments des uns et des autres. Un sujet qui va au-delà bien entendu de la simple question orthographique et qui se place au niveau de la réflexion sur la place de la femme dans une société où les inégalités homme/femme sont encore importantes même si elles ne sont peut-être plus aussi flagrantes.
Cette question est à mon avis une excellente occasion pour aborder en classe de FLE un sujet de société sous forme de débat ou d’exposé (pourquoi dans une petite capsule vidéo) dans des niveaux avancés. Pour cela, vous pouvez vous aider du dossier de France culture ou du débat Pour ou contre l’écriture inclusive ? sur TV5 Monde. Vous y trouverez aussi les résultats d’un sondage Harris interactive pour Mots-clés où il apparait que 75% des Français sont plutôt pour parmi ceux qui en ont entendu parler (40%).
Personnellement, je ne suis pas convaincu que ce soit un e pris en étau entre deux points qui vont contribuer à rétablir la parité. Mais cela n’engage que moi…

Et vous, vous en pensez quoi ? Vous pouvez répondre à ce petit sondage sur la place de l’écriture inclusive en classe de FLE :

Pour aller plus loin :

Ecriture inclusive et le manuel téléchargeable ici

Déclaration de l’Académie française sur l’ECRITURE dite « INCLUSIVE » (26/10/2017)

Doctrice ou doctoresse ? Histoire de la langue française au féminin (22/01/2017)

Dominique Bona, de l’Académie française : « L’écriture inclusive porte atteinte à la langue elle-même »
(27/10/2017)

Ecriture inclusive : le féminin pour que les femmes cessent d’être invisibles (28/09/2017)

Expliquez-moi l’écriture non-sexiste (05/09/2016)

Pour ou contre l’écriture inclusive ? (17/10/2017)

Une nouvelle façon d’écrire pour en finir avec les inégalités femmes-hommes ? (20/01/2017)

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Etats des lieux et enjeux, un livre sans complaisance sur le français

Posted by Philippe Liria sur 25/09/2017

Matinée de formation FLE au Centre Danielle Mitterrand (Macapa, Brésil)

Derrière moi, Macapa et quelques bons souvenirs de cette ville du milieu du monde sur les rives de l’Amazone. Et des profs de français enthousiastes que j’ai récemment eu l’occasion de rencontrer lors d’une formation que CLE International avait organisé en collaboration avec l’APROFAP Brésil au Centro Estadual de Lingua e Cultura Francesa Danielle Mitterrand. Des professeurs que je salue car leurs conditions de travail ne sont certainement pas des meilleures. Le Danielle Mitterrand comme on connaît à Macapa le bâtiment qu’inaugura la femme de l’ancien président de la République aurait besoin d’une embellie qui certainement contribuerait à motiver les jeunes de cette région amazonienne à étudier le français. Des conditions pas toujours faciles quand il s’agit de prendre une embarcation pour aller de village en village enseigner le français dans l’Etat d’Amapa, frontalier avec la Guyane avec laquelle l’APROFAP est en train mettre en place un projet d’Escola de Fronteira. Ces professeurs, ils représentent justement cette infanterie qui constitue la véritable avant-garde de l’enseignement du français dans le monde, ces « ambassadeurs anonymes et fervents soutiens de la langue française, partout dans le monde » comme l’écrivent dans leur dédicace Roger Pilhion et Marie-Laure Poletti, les auteurs de … Et le monde parlera français (2017), un ouvrage indispensable pour toutes celles et tous ceux qui s’intéressent à la situation du français dans le monde. Roger Pilhion et Marie-Laure Poletti connaissent bien les réalités des politiques linguistiques du MAE et les actions menées par les différents opérateurs comme le CIEP. Ces fins connaisseurs du « Réseau » comme nous le connaissons dans notre jargon dressent un portrait sans concession de la situation de la langue française. Critiques face à ce qui pourrait paraître un renoncement de la part des autorités françaises, ils revendiquent ouvertement la Francophonie pour redynamiser le dispositif de coopération linguistique et politique qui passe justement par l’aide au développement, en Afrique bien entendu mais aussi ailleurs dans le monde comme c’est le cas au Nord du Brésil par exemple, même si, à mon grand regret, les auteurs semblent avoir délaissé l’Amérique latine (cf. Chapitre 7 consacré aux priorités géographiques).

Présentation du livre par Roger Pilhion (Universités du Monde, Nice 2017)


Il s’agit sans aucun doute de l’ouvrage le plus complet sur le français et la Francophonie de ces dernières années. Divisé en huit chapitres qui abordent, non sans un regard critique, des questions statistiques (Chap. 1), la situation en demi-teinte de l’enseignement du français dans le monde (Chap.2), l’avenir de la langue (Chap.3) et sa promotion (Chap.4) ou encore les atouts de parler français dans la mondialisation (Chap.5). Les auteurs ne sont pas que critiques avec ce qui se fait ou se dit : ils relèvent les bonnes pratiques en matière de promotion du français (Chap. 6) mais sans se mordre la langue pour demander de revoir certaines politiques pour repenser la Francophonie et l’enseignement non seulement du français mais plus généralement des langues étrangères.
A ces chapitres, il faut ajouter plusieurs annexes qui reprennent et décrivent les organismes, les acteurs français ou des autres pays de la Francophonie, les associations… Voici donc un livre qui se veut « un tableau sans complaisance (…) de la situation du français dans le monde (…) » qui « s’accompagne d’une analyse rigoureuse des enjeux que constitue (…) la place du français dans le monde« , écrit Jean-Marie Levitte dans la préface. Roger Pilhion et Marie-Laure Poletti ne s’arrêtent pas là, ils proposent aussi des actions très concrètes et des stratégies pour fuir des menaces de replis et au contraire donner au français et à toutes les langues les espaces d’expression non pas contre l’anglais mais à ses côtés. Et bien entendu, au centre de cette analyse, les professeurs et la formation, deux éléments qui sont les piliers de tous les enjeux dont nous parle ce livre. Alors à quand une vraie (re)valorisation de leur statut ?

Pour en savoir plus :
Amapá e Guiana iniciam processo de implantação de escolas na fronteira (7/12/2016): http://www.seed.ap.gov.br/det2.php?id=11648
Poletti, A.-L. et Pilhion, R. : … et le monde parlera français, 2017 https://etlemondeparlerafrancais.iggybook.com/fr/et-le-monde-parlera-francais/
[Livre] «Et le monde parlera français», plaidoyer décomplexé pour la Francophonie : http://www.rfi.fr/hebdo/20170721-livre-francais-francophonie-pilhion-poletti-anglais-francophone
Dans l’émission La danse des mots du 7/09/2017 : http://www.rfi.fr/emission/20170907-le-monde-parlera-francais-marie-laure-poletti-roger-pilhion

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Le FLE se donne rendez-vous sur les planches

Posted by Philippe Liria sur 01/09/2017

Le rideau tombe. De juillet et d’août il ne reste que les décors de l’animation estivale des stages d’été qui se tiennent un peu partout en France. Les acteurs, profs-stagiaires et profs-formateurs sont repartis. Pour la plupart d’entre eux, c’est la rentrée scolaire avec toutes les « surprises » qu’elle réserve. Mais on est prêts à l’attaquer après le plein d’énergie que nous apporte le repos des vacances mais aussi ces formations données ou suivies ici ou là. L’été est en effet un excellent moment pour se ressourcer. On retrouve de vieilles amitiés et on en tisse de nouvelles. Et c’est certainement l’une des plus belles choses que nous offre ce monde du FLE, cette rencontre avec l’autre, venu(e) des quatre coins du monde pour se former ou partager son expérience de formateur/-trice avec le reste de la planète FLE. Elles et ils arrivent du cercle arctique, de Maurice, de Séoul, de Jordanie ou tout simplement de Pologne ou de Suisse. Peu importe ! Ils ont en commun la volonté de chercher à partager des instants de leur réalité en français, malgré toutes les difficultés que rencontre le prof de FLE dans son quotidien. Mais laissons l’envers du décor pour un autre moment. Je ne veux pas parler de choses qui fâchent aujourd’hui, préférant partager avec mes lecteurs deux projets FLE qui lient l’apprentissage de la langue au plaisir du théâtre. Ancien théâtreux moi-même, convaincu des bienfaits de cet art, comment en pouvait-il être autrement ? Nice, là où se tiennent les Universités du monde qu’organise Francophonia, a donc été le théâtre cet été d’une nouvelle rencontre et de vieilles retrouvailles.

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Jan Nowak et les stagiaires de la semaine 4 (Crédit photo: Lucas Bolea – Universités du Monde)

La nouvelle rencontre arrive de Pologne même si c’est d’abord une Biélorusse qui me l’a si bien présenté, merci Katia Shahoika ! Il s’agit du programme 10 SUR 10 que dirigent Iris Munos et Jan Nowak, fondateurs de Drameducation dont les missions phares de sont la promotion de l’apprentissage de la langue française par le théâtre et du théâtre contemporain francophone en Pologne et plus largement dans le monde. Cette année, Dramaeducation a tourné dans une quinzaine de villes en Europe.

10 SUR 10 ? De quoi s’agit-il ? Je me permets de reprendre la présentation de leur site : « Depuis 3 ans, 10 SUR 10 propose aux amoureux du théâtre contemporain francophone, aux jeunes et professeurs du monde entier de nouvelles et nombreuses pièces de théâtre de qualité. Ecrites chaque année en résidence d’écriture par des auteurs dramatiques francophones reconnus, les pièces 10 SUR 10 sont uniques, originales et actuelles. Elles se distinguent toutes par leur forme et leur originalité: elles sont courtes, rythmées et universelles. 10 SUR 10 est aussi un programme qui aide les professeurs de français dans le monde à réaliser des projets francophones autour du théâtre. Il lie avec cohérence plusieurs actions autour de l’apprentissage du français par le théâtre. Avec la diffusion des pièces dans le monde, des formations de théâtre et de FLE, des festivals, des accompagnements professionnels et personnalisés, vous aurez en main des outils et techniques de qualité d’enseignement-apprentissage du français par le théâtre. 10 SUR 10 – pièces francophones à jouer et à lire promeut à travers son programme les valeurs de la francophonie telles que le respect de la diversité culturelle, l’ouverture au monde et la paix. » Un beau programme qui ne se limite pas à la Pologne, où est né 10 SUR 10, ni même à l’Europe mais prétend atteindre l’ensemble de la planète ! La nouvelle rubrique du Français dans le monde, Étonnants francophones (en partenariat avec Destination Francophonie de TV5Monde) reprend justement dans son numéro 413 (septembre-octobre 2017) le témoignage de Jan Nowak sur cette belle initiative qui combine enseignement et théâtre.

Quant aux vieilles retrouvailles, ce sont celles avec mon ami Adrien Payet qui avait trouvé le temps de passer deux semaines à Nice alors qu’il est en pleine répétition : son école de français, Habla francés, à Ronda (Andalousie) était alors dans les derniers essais avant le levé de rideaux, prévu fin septembre.

Depuis longtemps, Adrien Payet est devenu pour beaucoup d’enseignants une véritable référence de l’art théâtral au service de l’apprentissage du français. Ses conseils et ses fiches pédagogiques que l’on retrouve dans son ouvrage consacré au sujet justement, Activités théâtrales en classe de langues sont toujours très appréciés.

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Photo extraite du spectacle Il était une fois le français (source: https://www.fle-adrienpayet.com/spectacles/)

Ses ateliers d’animation théâtrale font le plein et je connais même des stagiaires qui ne se déplacent que pour participer à l’une de ces classes ! Sa troupe Sur le bout de la langue propose des spectacles multidisciplinaires spécialisés en FLE.

On le sait, le théâtre est une excellente façon de perdre la peur à s’exprimer dans une langue étrangère, quel que soit le niveau et le public. Il permet de développer l’oralité ou le travail du corps pour s’exprimer avec plus d’aisance. Préparer une pièce de théâtre ou même que des extraits en classe de FLE est une bonne façon de favoriser l’interaction et la collaboration des apprenants tout en les incitant à avoir un esprit critique sur les prestations pendant les répétitions… Et tant d’autres choses encore que nous apporte le théâtre en classe. Il peut devenir un véritable projet pour la classe sur un trimestre ou sur toute l’année où toutes les compétences vont pouvoir s’y retrouver. Alors ? Rendez-vous sur les planches ?

(Mis à jour : 06/09/2017)

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Un ouvrage de référence pour le professeur de FLE

Posted by Philippe Liria sur 30/07/2017

Pendant la période estivale, les stages de formation pour professeurs de FLE sont nombreux aux quatre coins de l’Hexagone. A cette occasion, la plupart des organismes proposant ces formules aux enseignants de français venus du monde entier accueillent les éditeurs FLE. Un moment attendu par les enseignants car c’est souvent le moment de l’année pour découvrir les derniers manuels à être sortis mais aussi pour voir les nouveautés en didactique. Cette année, parmi ces nouveautés, on y trouve le Manuel de formation pratique pour le professeur de FLE. Cet ouvrage de Paola Bertocchini et d’Edvige Costanzo vient de sortir dans sa deuxième édition et c’est un petit bijou. Référence pour beaucoup, systématiquement compris dans les bibliographies de masters FLE, ce manuel initialement paru en 2008 a fait peau neuve presque 10 ans après et on ne peut qu’en remercier ses auteures qui ont eu le souci d’intégrer les importants changements qu’a enregistrés la didactique des langues ces dernières années. Des changements dont il faut “rendre compte pour réfléchir aux modifications qu’ils apportent aux pratiques de classe”, écrivent-elles. L’ouvrage introduira ainsi les:

problématiques liées :
– aux nouveaux instruments numériques qui conditionnent de plus en plus le processus
d’enseignement/apprentissage, dont celui des langues ;
– aux nouvelles pratiques de classe qui font la une aujourd’hui en didactique des langues comme la
classe inversée ;
– à la reconsidération de certains domaines de la didactique des langues négligés dans les pratiques
de classe des derniers temps, par exemple la phonétique.

Il ne s’agit pas d’un ouvrage théorique à lire de façon linéaire, mais bien d’un manuel qui invite à la réflexion à partir de documents variés et d’activités que pourront utiliser les enseignants en formation ou les formateurs de formateurs dans leurs cours. On va donc plutôt naviguer de module en module – au nombre de 10 – sans qu’il y ait à suivre une progression quelconque mais plutôt au gré des besoins de chacun, sans avoir peur des va-et-vient entre les modules ou à l’intérieur de ceux-ci. Mais attention ! Suivre son libre cours ne signifie pas aller n’importe où et sans cap mais au contraire en incitant les enseignants à réfléchir sur leurs pratiques ou à s’interroger sur la façon dont ils pourraient introduire telle ou telle démarche en classe voire sa pertinence par rapport à un contexte d’enseignement donné.

Comme le font remarquer à juste titre ses auteures, ce livre n’a pas la prétention d’apporter des recettes toutes faites et moins encore de chercher à soumettre le lecteur à un certain dogme : “l’absolu n’est pas du domaine de la didactique” mais bien de permettre “à chacun, nous dit Jacques Pécheur dans la préface, de répondre dans son enseignement aux défis d’une demande d’apprentissage de plus en plus difficile à appréhender.

A la fin de l’ouvrage, juste avant les corrigés, le lecteur trouvera une riche bliblio-/-sitographie de lectures conseillées ou essentielles qu’apprécieront aussi bien les professeurs dans le cadre de la formation continue que toutes celles et tous ceux qui se lancent dans la belle aventure (eh oui, malgré tout) du FLE.

Pour aller plus loin:
Bertocchini, P. et Constanzo, E : Manuel de formation pratique pour le professeur de FLE. CLE International, Paris 2017 (2è édition)
Préface, introduction, sommaire et module 1 sont feuilletables sur http://issuu.com/marketingcle/docs/manuel_de_formation_pratique_prof_d?e=1396808/51025831

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Un outil pour le sous-titrage

Posted by Philippe Liria sur 22/07/2017

Les capsules vidéos occupent de plus en plus de place dans notre quotidien. Elles sont aussi de plus en plus présentes pour accompagner nos cours et les enrichir. Les sous-titrer (dans la langue de départ ou dans la langue cible) peut aider les apprenants à mieux suivre un tutoriel. On peut aussi envisager le sous-titrage comme une excellente activité pour travailler la réception orale d’un document en demandant à nos apprenants d’en créer les sous-titres. Pour cela, il existe un outil très intéressant que nous présente Fatiha Chahi : il s’agit Amara, un site collaboratif pour sous-titrer les vidéos. Retrouvez-en la présentation complète sur son blog Un, des clics.

QU’EST-CE QUE C’EST ? Amara est un outil collaboratif permettant de sous-titrer des vidéos en ligne. Comment ça marche ?

a través de Amara, sous-titrer des vidéos en ligne — Un, des clics

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La classe inversée en FLE… ça bouge (enfin) !

Posted by Philippe Liria sur 26/06/2017

On aurait dit il n’y a pas encore si longtemps que la classe inversée n’avait pas sa place en FLE. Comme si cette démarche pédagogique était incompatible avec l’apprentissage du français. Pourtant un certain consensus semblait exister autour de la nécessité de revoir l’organisation de la classe de français pour faire plus de place à la pratique réelle et effective de la langue. Après tout, n’est-ce pas l’un des objectifs de l’approche actionnelle ? Ne trouve-t-on pas dans les programmes de plus en plus de référence au CECRL, à l’actionnel et au projet ? Il suffit de faire un tour sur la plupart des sites des centres de langue pour en faire le constat. L’application de ces programmes dans les faits s’avère peut-être moins vraie pour plusieurs raisons : le manque de temps, le fossé entre les (bonnes) intentions pédagogiques de l’institution et les moyens (ridicules) qu’elle donne à ses équipes, la contradiction flagrante entre le projet pédago et les attentes des apprenants, à frustrer plus d’un didacticien du FLE !

Innover en pédagogie implique une prise de risque
Bref, malgré de nombreuses contradictions, que ce soit de la part des institutions, des enseignants ou des apprenants, force est de constater que des changements dans la classe de FLE sont en cours parce qu’apprendre une langue aujourd’hui ne peut plus signifier la même chose qu’il y a à peine quelques années. Et l’apprentissage du français n’en réchappe pas. Nous devons nous tourner vers l’innovation pédagogique, ce qui signifie aussi accepter que celle-ci nous fera emprunter des chemins erronés. Après tout, innover en pédagogie comme dans n’importe quel autre domaine implique aussi une prise de risque. La classe inversée en FLE comprend des risques (certains demandent justement à ce qu’on l’aborde avec prudence), même celui peut-être d’être victime d’un effet de mode alors qu’elle devrait plutôt assurer une continuité dans l’apprentissage entre ce qui se passe en classe et ce qui se passe en dehors, comme le signalait Patrick Rayou lors du CLIC 2016.
Dans le cas du FLE, inverser la classe devrait permettre aussi d’envisager l’apprentissage différemment et en particulier en faisant plus de place à une pratique actionnelle dans le temps et l’espace de la classe. J’ai souvent eu l’occasion d’en parler.

Un intérêt croissant
On peut d’ailleurs constater que cette volonté de changer les pratiques de classe en introduisant cette modalité suscite un vif intérêt des enseignants, friands de formation sur la classe inversée. Les demandes sont croissantes déjà. Personnellement j’anime régulièrement des dizaines de formation sur le sujet en Amérique latine (Mexique, Colombie, Brésil…) et je sais que c’est la même chose pour mes confrères un peu partout aux quatre coin de la planète. Il suffit d’ailleurs de prendre les catalogues des stages d’été pour enseignants pour s’apercevoir qu’on y trouve maintenant des modules sur le sujet (cf. infra).

La classe inversé vue d’Estonie
C’est justement en cherchant ce lien entre la classe inversée et le FLE que je suis (enfin) tombé sur un travail qui fait le lien entre les deux avec des exemples bien pratiques. Il s’agit du mémoire de master d’une étudiante estonienne, Merit Kuldkepp. Elle nous propose d’analyser L’APPLICATION DE LA MÉTHODE DE LA CLASSE INVERSÉE DANS L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS LANGUE ÉTRANGÈRE (17/05/2017, disponible et téléchargeable en PDF). Dans ce mémoire présenté en mai dernier au Département des langues romanes du Collège des langues et des cultures étrangères (Université de Tardu, dans le sud du pays), on peut y lire les avantages que présente la classe inversée en cours. Ce mémoire nous en cite quelques-un auxquels je souscris pleinement :
– Personnalisation de l’apprentissage (une certaine façon de pouvoir enfin mettre en place cet apprentissage différencié) ;
– Changement dans les rapports apprenant(s) / Enseignant mais aussi entre apprenants et, j’ajouterais, entre enseignants (ce qui ne serait pas du luxe). Un changement de paradigme qui nous renvoie à ce que nous explique Ken Robinson. Un changement dans les rapports qui rapprochent les différents acteurs de l’enseignement/apprentissage ;
– Usage plus réfléchi des technologies numériques (lutte contre l’illétrisme numérique) ;
– Développement des compétences sociales, en classe et en ligne, qui s’inscrit pleinement dans l’esprit du travail collaboratif.

Certes, tout n’est pas parfait nous dit Merit Kuldkepp et la classe inversée présente aussi ses inconvénients, certains qui rappellent les pièges que j’avais évoqués en mars dernier. Parmi ceux-ci, il y a :
– les devoirs que les apprenants ne font pas : ne pas faire le travail donné hors classe n’est pas un problème récent mais il prend encore plus d’importance dans le cadre de la classe inversée (mais est-ce que cet éternel problème doit empêcher d’essayer de nouvelles pratiques d’apprentissage ?) ;
– une planification peu appropriée aux besoins des apprenants ou des contenus inadéquats. Comme l’écrit Merit Kuldkepp en citant Ash, « il ne sert à rien de remplacer un cours magistral de salle de cours par un cours magistral à visionner à la maison » ;
– la surcharge de travail. Je préciserai que c’est souvent le premier point qui est mis en avant par de nombreux enseignants qui s’intéressent à la classe inversée mais n’osent pas encore faire le pas en avant. Certes au début, il y aura besoin d’y consacrer plus de temps comme pour toute nouvelle pratique mais il faut aussi penser à partager les outils, à mutualiser les activités que chacun crée plutôt que de les garder pour soi ; s’appuyer aussi sur du matériel didactique que peuvent créer les propres apprenants de niveau avancé et qui pourra être mis à la disposition des apprenants de niveaux élémentaires. Les plateformes internes ou Padlet permettent notamment de partager les productions ;
– l’accès et la formation au numérique. Merit Kuldkepp a raison d’en parler parce qu’il y a encore beaucoup d’établissements qui ne permettent pas l’utilisation du numérique, soit pour des questions purement technologiques soit parce que l’établissement en limite l’usage. Un problème qui pourrait créer des inégalités entre les apprenants (cf. un article à ce sujet sur le blog de Christian Puren).

Le travail de Merit Kuldkepp ne s’arrête pas à une reprise des avantages et inconvénients de la classe inversée. Il détaille la démarche pédagogique suivie et la création de la séquence pédagogique avec la fiche qui reprend les aspects techniques, le déroulement et l’analyse des activités. Trois fiches sont proposées. Pour que tout cela soit possible, le mémoire passe aussi en revue plusieurs outils qui ont été testés pour préparer le contenu des cours ou pour vérifier le travail des apprenants hors classe.

La réticence des enseignants à se lancer dans la classe inversée, ce sont souvent leurs craintes par rapport à la réaction des apprenants. Ce mémoire aborde aussi ce point et on peut lire que les étudiants sont globalement satisfaits même s’ils admettent qu’elle demande plus de discipline.

Voilà un mémoire qui au-delà des rappels théoriques sur la classe inversée, témoigne des possibilités de la classe inversée, même à un niveau débutant et même si les apprenants partent d’une langue éloignée. Deux points qui peuvent contribuer à dissiper des doutes sur les possibilités de la mise en place de cette pratique avec des débutants complets ou avec des apprenants qui ne seraient pas de langue romane.
Ce mémoire présente aussi l’intérêt de présenter une bibliographie actualisée comme par exemple le lien vers l’intéressant article de Le Anne Spino et de D. Trego, « Strategies for Flipping Communicative Language Class » dans la revue en ligne CLEAR News 19, p. 1-8 (Printemps 2015, consulté le 18/06/2017) et bien d’autres encore.

Bonne lecture !

Pour en savoir plus :
Retrouver le mémoire sur lequel s’appuie cet article :
L’APPLICATION DE LA MÉTHODE DE LA CLASSE INVERSÉE DANS L’ENSEIGNEMENT DU FRANÇAIS LANGUE ÉTRANGÈRE par Merit Kuldkepp (17/05/2017)

Quelques stages d’été proposant des modules sur la classe inversée :
Université d’été BELC 2017 – CIEP
Module A306 – Inverser la classe FLE avec le numérique par Flora Aubin
Université d’été Séville 2017 – Institut français d’Espagne
Module 1.3 Innover et Motiver : La pédagogie inversée par Marc Oddou
Universités du Monde 2017
Et si nous mettions la classe à l’envers ? par Philippe Liria
La classe inversée, une réorganisation gagnante de l’apprentissage actif ? par Cynthia Eid

A paraitre fin 2017, un ouvrage consacré justement à la classe inversée dans le monde du FLE :
Eid, C., Liria, P., Moddou, M. : La classe inversée, Coll. Techniques et Pratiques de classe. CLE International, Paris 2017.

Quelques outils pour votre classe inversée (d’après les suggestions de Merit Kuldkepp)*
Powtoon
Wizer
Quizlet
Socrative
Mentimeter
LearningApps
Canva

*Il y a bien entendu d’autres outils qui peuvent aider à la création de matériel mais je n’ai voulu reprendre ici que ceux cités dans le mémoire.

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Bogota 2018, vers le renouveau du français

Posted by Philippe Liria sur 20/06/2017

(source : Wikipedia)

Enseignement du français en Amérique Latine : du repli au renouveau”, c’est sous ce titre que Javier Reyes, le président récemment reconduit d’ACOLPROF, a annoncé depuis Cali à l’occasion du congrès de l’association colombienne des professeurs de français le lancement de la XVIIè édition des SEDIFRALE. Si la situation du français du côté de l’Amérique Latine vous intéresse, bloquez d’ores et déjà les dates du grand Rendez-vous (avec un R majuscule) des professionnels de notre langue en 2018. Et pas n’importe où… à Bogota ! Organisées par ACOLPROF et la COPALC sous l’égide de la FIPF, cet événement se tiendra donc dans la capitale colombienne, ce qui n’est pas le fait du hasard mais bien parce que le français jouit en Colombie d’une bonne santé (ou devrais-je dire d’un regain de santé ?). En bon râleur, je devrais aussi ajouter qu’il pourrait aller mieux ! Mais il traverse une situation encourageante dans un panorama régional plutôt désolant où on y respire plus le repli que le renouveau.

Bogota avait été désignée en 2014 lors de la dernière édition des SEDIFRALE, c’était à Heredia au Costa Rica. Maintenant c’est parti pour de bon : le site est officiellement ouvert pour y découvrir le nom de quelques intervenants de prestige (Louis-Jean Calvet, Jean-Marie Klinkenberg…) et avec déjà une partie des informations pratiques pour commencer à envoyer les propositions de communication ou tout simplement à mettre quelques économies de côté pour participer à cette grande rencontre des professeurs de français depuis Rio Bravo jusqu’à Ushuaia et de Recife à Lima. Il serait bien dommage de passer à côté !

Javier Reyes, président d’ACOLPROF lors du congrès de Cali – Juin 2017 (Photo: P. LIRIA)

Accueillie par l’Universidad javeriana (qui vient d’accueillir les Assises du français), cette XIIè édition ne sera pas de tout repos au regard des ambitieux mais nécessaires objectifs qu’elle s’est fixés si on en croit la présentation qui en est faite sur le site officiel : “réunir les principaux acteurs de l’enseignement/apprentissage du français afin de proposer une réflexion sur des sujets concernant l’enseignement de la langue française, de fixer une feuille de route et de continuer à développer des stratégies pour enseigner la langue dans l’avenir.” Il y a du pain sur la planche ! A commencer par la Colombie : parce que même si le français est présent dans les universités (croisons les doigts pour que les réformes ne changent cette tendance), sa présence dans les collèges privés ne tient que de la bonne volonté des directions de ces établissements ; quant à la présence de notre langue dans le public, elle est tellement anecdotique qu’il est plus facile de trouver une aiguille dans une botte de foin qu’un petit Colombien (du public) étudiant le français. A noter cependant les efforts faits (je devrais dire le combat de Marcela Echevarri, la directrice de l’AF de Manizales) du côté de l’Eje cafetero (la région cafetière : Manizales, Pereira, Armenia) pour qu’il en soit autrement. Mais si on regarde ce qui se passe dans les pays voisins, ça ne va guère mieux – et je suis gentil – : en Equateur, on promet une éternelle réintroduction du français dans les programmes mais on a surtout l’impression qu’on tourne en rond au rythme des responsables du ministère de l’Education qui valsent en permanence ; au Pérou, retirez l’Alliance française avec son réseau d’Excellence et c’est le français qui disparaît ! Les amitiés politiques franco-péruviennes si souvent mises en avant dans les e-albums photos institutionnels n’ont pas l’air d’avoir de répercutions face au tout-anglais du système péruvien. Certes, j’exagère un peu quoique… pas tant que ça ! Et puis, il y a des pays comme le Costa Rica (avec la dynamique équipe d’ACOPROF) ou la République dominicaine qui sont là pour rappeler que le français peut avoir sa place dans les programmes scolaires (+ de 1000 enseignants de français dans le pays centroaméricain, ce qui permet aux petits Costariciens des zones les plus reculées d’apprendre notre langue). Bref, pas question de faire la liste ici, laissons les participants dresser l’état des lieux de l’enseignement de notre langue en Amérique latine. C’est bien sûr une affaire de politiques linguistiques où ne manquent pas les conflits d’intérêt.
Un autre point qui sera présent dans ces SEDIFRALE, c’est l’amélioration des processus d’enseignement/apprentissage de la langue. L’amour de la langue ne suffit pas, même s’il est fondamental, pour garantir un apprentissage efficace selon les critères établis par le CECR certes, mais adaptés aux besoins régionaux. Et en prenant compte des réalités diverses. A ce sujet, des ateliers autour de l’enseignement dans les grands groupes seraient certainement les bienvenus. Ou encore les questions de la place du numérique justement dans des pays où il est souvent plus facile de jouer sur un clavier de smartphone que de tourner les pages d’un manuel. L’admirable travail mené depuis les universités colombiennes pour former les futurs enseignants va clairement dans ce sens et peut être un exemple à suivre pour de nombreux pays de la région.
Cette question ne saurait être détachée d’une autre intrinsèquement liée, c’est celle du statut des enseignants et de leurs conditions de travail. Eternel sujet que j’avais eu l’occasion d’aborder il y a déjà plus de 5 ans (cf. article sur le statut du professeur FLE) et qui hélas n’a guère évolué. Il est absolument nécessaire de chercher à donner un vrai statut à des professionnels hyperdiplomés mais trop souvent victimes de contrats précaires et par conséquent payés au lance-pierres. Une situation souvent dénoncée d’ailleurs par ACOLPROF qui ne manque pas de le rappeler aux institutions qui derrière le prestige de leur jolie façade oublient que pour leur bon fonctionnement, elles ont besoin de ces professionnels qu’elles négligent trop souvent.

Faites confiance aux organisateurs, il y a aura forcément de superbes à-côtés faits de spectacles et de fêtes, nécessaires après des journées de travail qui s’annoncent donc chargées et espérons-le, productives.

Le français en Amérique latine peut avoir un bel avenir. Si nous voulons que cette sensation de renouveau qu’on respire en Colombie ne soit pas un épiphénomène – c’est tellement plus facile d’opter pour le repli -, il va falloir travailler avec énergie. Les associations de professeurs ont un rôle à jouer dans ce renouveau sans attendre que la France ne bouge mais par contre, grâce à leurs actions, la forcer à se bouger.

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Le weekend prochain, le FLE se donne RDV à Barcelone

Posted by Philippe Liria sur 21/05/2017

Après les Canaries et l’Andalousie, c’est au tour de la Catalogne de recevoir une Journée CLE Formation (JCF). Coorganisée par l’Association des Professeurs de Français de Catalogne, cette journée proposée par les éditions CLE International et qui se tient à l’Institut français de Barcelone le samedi 27 mai, porte sur les nouveaux défis du français en Catalogne. Un thème qui veut mettre en avant les défis à relever pour le français dans ce coin d’Europe où à peine 6% des élèves apprennent la langue du voisin outre-Pyrénées et premier partenaire économique étranger ! 6% !! Dérisoire !! Et triste reflet d’une politique erratique qui pendant trop longtemps a confondu importance de l’anglais avec un certain mépris du français -une confusion encore bien ancrée dans les esprits, même chez les plus éclairés comme le montre un article de Carles Casajuana dans La Vanguardia du 20 mai dernier). Mais un thème qui n’est pas anodin non plus puisqu’il semblerait en effet que les vents tournent du côté de la Generalitat (Siège du gouvernement autonome catalan) depuis quelques années et que le français retrouve, lentement mais espérons-le sûrement, la place qu’il n’aurait jamais dû perdre en Catalogne. Les autorités françaises et le gouvernement catalan ne sont plus dos à dos et c’est une bonne nouvelle. C’est ce qui a permis en janvier 2014 la signature d’un accord entre l’Institut français et le Departament d’Ensenyament (ministère de l’Education catalan) pour la mise en place du DELF scolaire dont nous parlera Adrien Payet dans son atelier Astuces et stratégies pour préparer les apprenants au DELF. Ce rapprochement permet d’assister aussi un développement du Batxibac. En effet, même si son existence n’est pas nouvelle (accord franco-espagnol de 2008), c’est seulement depuis quelques années qu’il connait un certain essor en Catalogne avec dorénavant 54 établissements qui y préparent (un chiffre fort respectable quand on sait qu’en Espagne il y a en 93 au total selon le site du ministère espagnol), répartis sur l’ensemble du territoire. Certes, trop peu de lycéens encore suivent ce double cursus en Catalogne (750 en 2016, selon l’APFC) mais l’intérêt croissant des établissements laissent présager que les responsables sauront organiser des campagnes pour motiver les jeunes Catalans à s’y inscrire.

(source : http://w3.recursostic.edu.es/bachillerato/bachibac/web/es/ Dernière consultation :21/05/17)

On sait aussi que beaucoup de questions demeurent chez les enseignants et c’est en partie à celles-ci que répondra Guilhem Naro, co-président de l’APFC, lors de la conférence plénière de cette JCF de Barcelone puis dans son atelier qui portera sur la prise de notes, la synthèse et le commentaire de texte.
Qu’il s’agisse du DELF scolaire ou du Batxibac ou tout simplement d’un apprentissage du français dans un cadre plus général comme c’est le cas dans les Ecoles Officielles de Langues, les Centres de langues des universités, des Alliances françaises, de l’Institut français ou des nombreuses autres écoles de langues, il y a le souci de l’aborder depuis une approche actuelle qui respecte les recommandations du CECRL en intégrant notamment la tâche finale ou le projet dans une démarche actionnelle ; ainsi que les outils numériques comme la plateforme d’apprentissage. C’est ce dont il sera question dans l’atelier que j’animerai, toujours dans le cadre de cette JCF.

Et pour celles et ceux qui voudraient prolonger ce samedi FLE ou qui n’auraient pas la possibilité de venir à cette demi-journée de formation, il y a un autre RDV FLE ce week end à Barcelone, c’est l’atelier théâtre que propose Adrien Payet. Un atelier de 2h30 que propose l’auteur des Activités théâtrales en classe de langue (CLE International, ISBN 9782090375695) et dont le programme complet est disponible sur son site ou en lui écrivant.

Le temps d’un weekend, Barcelone prend donc les couleurs du FLE du côté de l’Eixample en espérant que l’avenir confirmera ces impressions de renouveau du français dans la capitale catalane et l’ensemble de la Catalogne. Un renouveau encore trop timide si on considère que moins de 20% de la population (selon étude publiée dans La Vanguardia du 20/04/2015) affirme être capable de parler français. Et encore, au fur et à mesure que passent les années, je doute que ce chiffre soit exact !

Pour en savoir plus
Programme et inscription au JCF de Barcelone du 27 mai 2017
Programme de l’atelier théâtre d’Adrien Payet à Barcelone le 28 mai 2017

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Temps de réflexion : laissons les eaux s’enlacer

Posted by Philippe Liria sur 21/04/2017

Rincón (Mayaguez, Porto Rico), là où les eaux s’enlacent. (Photo: Ph. Liria)

Ma dernière mission m’a mené du côté de Rincón, un superbe coin de l’extrême Ouest de Porto Rico. Les plages y sont merveilleuses et, pas très loin, on y déguste d’excellentes empanadillas aux fruits de mer que je recommande vivement ! Rincón, c’est aussi un merveilleux endroit pour la réflexion, à condition de s’avancer un petit peu sur la corniche, histoire de s’écarter des circuits touristiques. Pourquoi une invitation à la réflexion ? Parce qu’on se retrouve juste à la confluence de l’océan Atlantique et de la mer des Caraïbes. Certains pourraient y voir la limite, le point où commence l’un et s’achève l’autre et ne retenir que l’image de l’océan sauvage et démonté qui essaierait de se frayer un chemin dans cette mer calme, plate, presque trop d’ailleurs… Mais à côté de cette interprétation possible, j’en préfère une autre, celle plutôt qui veut y voir un lieu de rencontres avec ces moments certainement houleux mais où finalement les tourbillons finissent par enlacer les deux eaux au point de ne plus vraiment savoir distinguer le début et la fin de chacune d’elles. Le regard du promeneur, perché sur un rocher de la corniche peut scruter l’horizon à la recherche d’une quelconque ligne de division entre Atlantique et Caraïbes ; mais il a beau chercher, il ne la trouve pas. Certainement parce qu’en fait, elle n’existe que dans l’esprit humain qui veut absolument tout délimiter. La nature dans son expression la plus pure n’a cependant que faire de savoir qui est qui… Les poissons doivent certainement lutter contre quelques courants mais ils finissent bien entendu par passer ; il n’y a que les hommes à vouloir mettre des filets pour empêcher de nager librement d’un côté ou de l’autre.
Quand on appartient à ce monde du FLE, qu’on colporte la langue française dans tous ces états aux quatre coins du monde, on ne peut s’empêcher dans ces moments de pause au milieu de la course folle du quotidien de se dire que ce n’est pas possible qu’en France s’installe un pouvoir excluant aux odeurs fétides de ces égouts qui déversent leurs saletés dans ces eaux cristallines. Si on défend la présence de la langue française dans le monde, c’est justement parce que nous voulons qu’elle permette que, comme ces eaux qui se rencontrent et se confondent à Rincón, les femmes et les hommes puissent dépasser les limites des frontières qui se dressent sur leur route pour voyager, pour partir à la rencontre de l’autre, pour s’aimer, pour rêver à des avenirs meilleurs sans craindre qu’on leur ferme la porte au nez. S’il y en a qui croient que c’est en éliminant Schengen que la France sera plus sure et plus prospère, c’est qu’ils ont une sacrée poutre dans l’œil qui les a rendus aussi borgnes que le père de celle qui prétend aujourd’hui diriger la France. Le pire, c’est qu’une grande partie des propositions de l’extrême-droite française s’est installée dans le discours d’une partie de l’éventail politique français, telle une lame de fond qu’on ne voit pas venir.
Quand on colporte la langue française aux quatre coins du monde, on ne peut rester indifférent à ces sinistres discours de candidats aux sourires plastiques mais inquiétants. Il ne s’agit pas de nier les problèmes, ni de fermer les yeux face à la précarité, d’ailleurs fort présente dans notre milieu et à laquelle aucun ministère n’a vraiment cherché à mettre un terme. Mais je ne peux croire, moi qui suis issu de l’immigration comme une très grande majorité de Français ; qui ai grandi avec Touche pas à mon pote et les combats d’Amnesty international ou pour la démocratie au Chili et tant d’autres combats, je ne peux croire que cette menace de lepénisation des idées dont on nous parlait déjà il y a plus de 20 ans et qui nous faisait innocemment hausser les épaules (trop, naïfs que nous étions) soit devenue aujourd’hui une triste réalité.
Sincèrement je ne sais pas vraiment qui j’ai envie de voir au deuxième tour et encore moins qui à l’Elysée mais je sais qui je ne veux surtout pas y voir. Ce n’est pas une question de vote utile, mais de vote intelligent. Dans ma Bretagne natale, les légendes rapportent qu’il y avait toujours un plat pour l’étranger de passage. J’ai entendu des récits similaires un peu partout où j’ai posé mon sac parce qu’on ne m’a jamais fermé la porte au nez, au contraire ! Je ne veux pas dans mes voyages qu’on me parle à partir de demain d’une France qui fermerait (encore plus) la porte aux autres. Laissons les eaux s’enlacer…

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Un café avec Fatiha….

Posted by Philippe Liria sur 21/04/2017

Depuis quelques mois, Fatiha Chahi propose sur son blog  de partager avec elle un café avec « des acteurs du monde de l’éducation et de la formation, des pédagogues, tous passionnés de leur métier. »  Ce mois-ci, c’est avec Mariame Camara qu’elle a pris son café, une professeure de FLE devenue directrice pédagogique chez Thot, cette école diplômante à destination des réfugiés et demandeurs d’asile. A lire absolument à l’heure où certains veulent dresser des murs pour se dire qu’heureusement,  d’autres comme Mariame se battent dans leur quotidien pour aider à une meilleure intégration et favoriser le « vivre ensemble » dont ont tant besoin les réfugiés et les demandeurs d’asile. Un « vivre ensemble« , ça ferait un beau slogan pour contrer ces vagues enragées  et haineuses aux couleurs bleu marine (et dont les lames de fond ont déteint sur presque tous les autres discours politiques) qui déferlent sur la France avec la prétension de détruire les valeurs sur lesquelles nous nous sommes construits, celles de l’ouverture sur l’autre pour faire un bout de chemin ensemble.  A lire : Un café avec Mariame — Un, des clics

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Quelle intégration du numérique dans la classe de langue ?

Posted by Philippe Liria sur 10/04/2017


Des carences dans la formation
Il n’est pas rare d’entrer dans des salles de classe où l’usage des smartphones est (encore) interdit. Parfois, ce sont mêmes les législateurs qui ont pondu un texte pour garantir que cet objet de tous les démons ne pénètre pas dans le temple du savoir qu’est l’école ! Mais avant même de tomber dans ces extrêmes, il suffit de voir combien d’enseignants encore aujourd’hui sont réticents à faire entrer le numérique dans leur salle de classe. Souvent parce que la formation qui les aiderait à en faire un meilleur usage, ainsi que de ses outils pour accompagner l’apprentissage n’est pas à la hauteur des besoins, voire est complètement absente. Soit parce que l’institution n’y a pas pensé (il ne suffit pas d’exiger de moderniser les pratiques et les outils, il faut en donner les moyens) bien qu’ayant mis en place un plan d’offre de cours comprenant une formation à distance ou hybride ; soit tout simplement parce que l’institution ne prend pas en compte le numérique dans son offre, cas de plus en plus rare même si ce n’est que pour une question de marketing éducatif.

Des contradictions entre discours et pratique
Ce qui est certain, c’est que malgré les discours prônant l’intégration du numérique dans la classe de langue pour favoriser, notamment l’interaction authentique avec l’extérieur, les obstacles sont nombreux qui montrent combien la brèche est importante entre le discours théorique et la réalité de la classe. Plusieurs raisons expliquent cet écart. C’est pour cela qu’il était utile de faire le point sur la situation actuelle pour explorer de nouvelles pistes et surmonter des croyances (idéalistes ou sceptiques) sur la question du numérique dans l’enseignement/apprentissage des langues. Voilà donc le propos d’un superbe ouvrage collectif qu’a coordonnée l’équipe du département FLE de l’Université de La Réunion (Christian Ollivier, Thierry Gaillat et Laurent Puren) : Numérique et formation des enseignants de langue, pistes et imaginaires (2016), aux Éditions des Archives Contemporaines.

Cinq articles pour réfléchir aux implications du numérique dans l’enseignement/apprentissage
On comprendra la présence du mot du CIEP puisque son antenne réunionnaise a rendu en partie possible l’ouvrage mais on s’attardera beaucoup plus sur l’introduction de Christian Ollivier qui nous parle d’emblée du fossé existant entre “nos façons d’être au monde, de percevoir celui-ci et de le vivre” grâce aux innovations technologiques et un monde de l’enseignement, notamment des langues, qui semble tarder à vraiment les intégrer.
Pour mieux comprendre pourquoi ces deux mondes peinent à se rencontrer, il faut bien sûr s’intéresser à la formation des enseignants mais aussi aux formats de formation, hybride ou à distance. Il ne faut pas perdre de vue non plus nos représentations ou nos croyances, en tant qu’enseignants ou qu’apprenants, par rapport au numérique, que nous en soyons des inconditionnels ou que nous les regardions avec distance, celles-ci ont une influence sur notre rapport en classe avec ces innovations technologiques.
A un moment où toutes les institutions, publiques ou privées, semblent vouloir intégrer à n’importe quel prix des cours de langues en ligne, ces cinq articles arrivent à point nommé pour inviter à marquer une pause dans cette course effrénée et prendre le temps de réfléchir à la meilleure façon de réduire le fossé, à défaut de l’éliminer, en prenant compte les différentes implications abordées dans chacune de ces contributions.
Ollivier conclut son introduction en souhaitant une bonne lecture aux chercheurs et aux étudiants, mais je crois qu’il s’agit d’un ouvrage qui mérite une bien plus large audience. Je pense aux directeurs d’établissements et à leurs directeurs ou coordinateurs pédagogiques ou encore aux éditeurs. Tous ont, tous avons besoin de nous poser des questions sur ce numérique omniprésent et son rôle dans nos environnements, qu’il s’agisse des fournisseurs de cours ou des fournisseurs de contenus.

Le smartphone en vedette
Finalement, je voudrais retenir, peut-être comme une anecdote dans cette enrichissante lecture, les deux cas qui mettent en avant l’usage des smartphones. Celui de ces deux enseignantes d’anglais en Azerbaïdjan et celui du projet English in Action, très justement surnommé “The trainer in the pocket” (l’entraîneur dans la poche) par deux enseignants bangalais qui suivent cette formation professionnalisante de la britannique Open university depuis leur pays. Deux exemples qui montrent qu’il est temps tout d’abord de cesser de considérer ces téléphones intelligents des parasites ; puis de cesser de penser que ce sont des instruments du premier monde (ah ces croyances qui ont la peau dure !) mais bel et bien les outils de toute une jeunesse, d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique latine, en soif d’apprentissage et donc très « numérique » mais pas depuis un ordinateur ou une tablette. Toute une nouvelle culture de l’apprentissage que nous ne pouvons ignorer si nous ne voulons pas être dépassés. Et les choses vont vite…

Pour en savoir plus :
Ollivier, C, Gaillat, T et Puren, L.(Coord.), 2016, Numérique et formation des enseignants de langue. Pistes et imaginaires, Paris, Éditions des archives contemporaines, 94 pages. ISBN : 9782813002297 – 22€
Sur le site de Christian Ollivier : https://eurofle.wordpress.com/

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Les pièges de la classe inversée

Posted by Philippe Liria sur 17/03/2017

Presque inconnue il y a à peine trois ou quatre ans, la classe inversée vit un véritable engouement. Pas un stage sans qu’il n’y ait un module sur le sujet (j’en animerai un cet été) ; les responsables pédagogiques sont à la chasse aux experts en inversion de classe pour la formation annuelle de leurs profs ;  sur les réseaux, on y trouve des infos à foison sur les congrès, séminaires et autres rencontres dont l’objet est cette fameuse classe inversée. Quel succès ! Et dire que c’est d’un regard méfiant qu’on nous accueillait quand nous abordions le sujet dans nos ateliers ! S’agit-il d’un simple phénomène de mode ? Ou au contraire, d’une tendance qui s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus généralisé qui cherche à trouver de nouvelles pistes pour la classe ? Ce qui est sûr, c’est qu’il y a une véritable envie d’essayer de nouvelles pratiques qui motiveraient les apprenants. Cependant, il ne suffit pas de se lancer dans la classe inversée pour en faire. Même si celle-ci présente de nombreux avantages, elle n’est pas exempte de pièges qu’il faut savoir éviter. C’est justement le thème de cet article particulièrement intéressant sur la classe inversée publié en janvier 2017 dans la revue Technologie (n° 206 : p.52-59) et repris sur le blog d’Annick Arsenault Carter. Il nous propose un résumé de la mini-conférence qu’elle-même et deux autres trois experts de la classe inversée, Luc Chevalier (retrouvez-le sur IDEA où il partage son expérience de la classe inversée dans le monde universitaire) et Jean-Marie Le Jeune (Lisez son entretien dans le Café pédagogique du 6/07/2015), ont animé pendant le CLIC 2016, le congrès désormais annuel de la classe inversée qu’organise l’association Inversons la classe ! Vous y trouverez les 10 pièges à éviter si vous souhaitez mettre en place la classe inversée avec vos apprenants. Ils abordent les questions de la perception de la classe inversée auprès des collègues ou des élèves, des réticences rencontrées, des craintes de la surcharge de travail, la technophobie de certains, les difficultés à changer la dynamique de classe, la perte de contrôle des rythmes d’apprentissage ou encore les omniprésentes questions autour de l’évaluation.

Un article indispensable pour toutes celles et tous ceux d’entre vous qui avez envie de changer votre mode d’enseignement et vous posez encore des questions sur la classe inversée.

 

Clic2016 représente un grand moment de ma carrière! C’est à l’Université Diderot à Paris, où j’ai animé la conférence 10 Pièges à éviter en classe inversée avec mes collègues Jean-Marie Le Jeune et Luc Chevalier. Nous avons précisé les détails de notre présentation dans un article à l’intention de la revue Technologie numéro 206 ici: https://drive.google.com/file/d/0B-cqyta5IWozUHBaeENpSHc0bG8/view Merci […]

A lire : 10 Pièges à éviter en classe inversée — Annick Arsenault Carter

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Apprendre en jouant

Posted by Philippe Liria sur 16/02/2017

Jeux d'enfants (Pieter Bruegel l'Ancien, 1560, )

Jeux d’enfants (Pieter Bruegel l’Ancien, 1560, )

Entre le café et le croissant du petit matin, avec la radio en bruit de fond qui nous rappelle que le monde est vraiment malade, ça fait du bien de tomber sur une lecture qui met un peu de gaieté dans cette grisaille matinale. Il s’agit d’un dossier très intéressant sur le site Franc-parler. En collaboration avec T’enseignes-tu ?, le site de ressources pédagogiques pour professeurs de FLE propose un dossier sur le jeu en classe de langue avec de nombreux liens qui vous renvoient vers des fiches pratiques et aussi vers des aspects plus théoriques avec Haydée Silva, certainement l’une des meilleures expertes en la matière et auteure de l’ouvrage de référence sur le sujet, Le jeu en classe de langue (CLE International, 2008). J’en profite pour rappeler l’excellent dossier qu’avaient élaboré Les agités du FLE sur le même sujet et que vous pouvez retrouver en ligne. Et, pure coïncidence, ma consoeur et amie, Fatiha Chahi du Bla-Lab nous relayait ce matin-même depuis son sccop.it un article du quotidien canadien Le soleil sur la place de plus en plus importante qu’occupe le jeu vidéo dans les cours à distance qui « se sont aujourd’hui transformés en véritables expériences d’apprentissage en ligne, plus ludiques et interactives, qui deviennent une option prisée des apprenants, peu importe leur âge« , comme l’illustre bien ce tableau de Pieter Bruegel l’Ancien qui, bien que s’intitulant Jeux d’enfants (1560), nous montre bien que tout le monde joue. Cette importance du jeu dans la classe de langue nous avions aussi eu l’occasion de l’évoquer en vous présentant le numéro de janvier 2016 de Recherches et Applications (n°59) qui faisait le « lien entre jeu et enseignement/apprentissage des langues à l’heure de la perspective actionnelle. ».

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Prononcer le français… oui, mais comment ?

Posted by Philippe Liria sur 06/02/2017

prononciationJ’ai entre les mains une petite merveille qui va vous plaire, profs de FLE du monde entier. Il s’agit de La prononciation du français dans le monde, du natif à l’apprenant. Cet ouvrage qui vient de sortir (2017) chez CLE International, est dirigé par une équipe d’experts en phonétique et en phonologie (Sylvain Detey, Isabelle Racine, Yuji Kawaguchi et Julien Eychenne) et a bénéficié du soutien de la Délégation Générale à la Langue Française et aux Langues de France (DGLFLF). Il propose une véritable étude de la prononciation non pas du mais des français parlés dans le monde ainsi que des mécanismes mis en place par les apprenants pour prononcer notre langue.

L’ouvrage s’intéresse dans un premier temps, au travers de différents chapitres, à la prononciation du français natif (français de référence, norme, accents), ainsi qu’à ses différentes variations géographiques (français méridional, de Belgique, de Suisse, du Canada, de Louisiane, du Maghreb…). Il va ensuite passer à l’analyse des difficultés de prononciation que rencontrent (ou peuvent rencontrer en tout cas) les locuteurs d’une langue donnée après en avoir exposé les principales caractéristiques. Une partie fort utile pour le prof de FLE qui pourra s’appuyer sur ces indications pour mieux préparer la correction phonétique. Dix-neuf profils de locuteurs sont ainsi analysés (anglophones, arabophones, russophones, turcophones, lusophones, hispanophones…). Je salue au passage les remarques sur les particularités de l’espagnol selon les aires dialectales, même si on peut regretter les raccourcis (le manque de place certainement)… Une partie que le lecteur ne manquera pas de compléter par les chapitres consacrés à la formation et à l’enseignement de la phonétique et de la phonologie.
Dans une dernière partie, l’ouvrage va porter son attention sur le domaine suprasegmental de la langue. On y trouvera des articles sur la phonétique expérimentale, la phonologie développementale, la prosodie ou la multimodalité expressive.
Finalement, un CR-Rom divisé en trois parties accompagne cet ouvrage. Il contient des exemples de français natif, non natif ainsi que de nombreuses références complémentaires et des fichiers complémentaires (PDF) qui enrichissent la déjà très complète bibliographie fournie à la fin de chaque chapitre.

La prononciation du français dans le monde, du natif à l’apprenant s’adresse à l’ensemble des professionnels du FLE, enseignants mais aussi formateurs de formateurs. Vous y trouverez les réponses aux nombreuses questions que nous nous posons toutes et tous quand il s’agit d’aborder la phonétique et la phonologie en cours de FLE. Un ouvrage nécessaire sur les étagères des médiathèques et des bibliothèques des centres de ressources pédagogiques et qu’il ne faudra pas oublier de mentionner aux étudiants FLE dans les inconturnables de leur formation.

Pour en savoir plus
Référence complète :
La prononciation du français dans le monde, du natif à l’apprenant. S. Detey, I. Racine, Y. Kawaguchi, J. Eychenne (sous la direction de), janvier 2017 : CLE International. ISBN 9782090382419 – 264 pages
Disponible depuis le site de CLE International.
Retrouvez un extrait de l’ouvrage sur ISSU : https://issuu.com/marketingcle/docs/feuilletage_la_prononciation_du_fra

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De l’air venu d’ailleurs

Posted by Philippe Liria sur 23/01/2017

Stromae a reçu la Grande médaille de la francophonie.

Le chanteur Stromae

Dans son édito du n°409 du Français dans le monde, Sébastien Langevin, rédacteur en chef de la revue des professeurs de français du monde entier, nous rappelle qu’en décembre dernier, Stromae a reçu la Grande médaille de la Francophonie des mains de Xavier Darcos, ancien président de l’Institut français et membre de l’Académie française. Et d’ajouter que ce « n’est pas anodin que la vénérable institution honore ainsi un jeune chanteur belge d’origine rwandaise. Avec cette distinction, les Immortels ont souhaité mettre à l’honneur la langue française telle que nous la considérons, telle que nous l’aimons et telle que nous l’enseignons. »

En effet, les propos tenus dans cet édito sont absolument nécessaires en ce début d’année qui va être marquée par le calendrier électoral. Nous ne pouvons oublier qu’enseigner le français, c’est transmettre aussi et surtout les valeurs intrinsèquement liées à notre langue. Parmi celles-ci, il y a bien entendu la liberté, en particulier celle de circulation des personnes ; celle qui fait que les êtres humains doivent pouvoir choisir librement le territoire où ils vivent. Hélas, beaucoup n’ont d’autre choix que de fuir leur terre en raison de la guerre, de la misère et de plus en plus aussi, des changements climatiques. Quitter sa terre n’est jamais simple et c’est rarement le résultat d’un acte volontaire, sauf si on habite le premier monde. Pourtant des murs se lèvent en même temps que la peur de l’autre croît. Depuis l’Europe nombreuses sont les voix qui s’élèvent contre le mur que veut dresser Trump pour séparer le Mexique (et toute l’Amérique latine) des Etats-Unis. Mais n’oublions pas, non plus, qu’il n’y a pas que les menaces fascisantes en 140 caractères de ce pitre d’outre-Atlantique maintenant président : l’Europe aussi dresse ses murs. Elle le fait à ses frontières, qu’ils aient la forme d’horribles grillages comme dans les colonies de Ceuta ou Melilla ou que ce soient ces camps en Italie ou en Grèce où sévissent la pénurie, l’insalubrité et le terrible froid de l’hiver ; sans parler de la Méditerranée occidentale, autrefois carrefour de civilisations et aujourd’hui témoin involontaire et impuissante du drame dont les eaux, transformées en cimetière humain, sont le terrible scénario !

Dessin de Capdevilla publié dans El Watan (17/09/14)

Dessin de Capdevilla publié dans El Watan (17/09/14)


En fermant nos portes aux réfugiés d’aujourd’hui, nous ne rendons-nous donc pas compte que nos esprits sentent de plus en plus le renfermé ? On voit un peu partout en Europe ces extrémistes bomber le torse, grandis par le succès populiste de Trump. Il est grand temps qu’une bouffée d’air chasse les discours alarmistes qui cherchent à nous faire croire que nous allons perdre notre identité. Notre identité ? Mais n’est-elle pas la somme de tous ces icis et de tous ces ailleurs ? C’est ce qui la rend vivante ! Quand nous transmettons la langue française à travers nos manuels et dans nos cours, nous ne le faisons pas pour glorifier des temps passés qui sentent le souffre. Les Gaulois – qui au passage ne parlaient pas français – et autres Jeanne d’Arc appartiennent à ce roman national franchouillard empreint d’un nationalisme nauséabond d’une IIIè République revancharde. Ce n’est pas notre rôle de nous faire les porte-paroles de ces idées ringardes qui, hélas, refont surface. Le français que nous enseignons est celui qui sent bon la lavande de Provence, peut-être, mais c’est aussi celui du couscous, des shawarmas et de tant d’autres saveurs venues des quatre coins du monde et qui enrichissent nos papilles et nos esprits. C’est peut-être le français de Molière – que nous aurions pourtant certainement du mal à comprendre si nous l’écoutions dans sa version originale -, mais c’est aussi et surtout celui qu’on entend dans le métro parisien, dans les rues de Bamako, de Montréal, de Pointe-à-Pitre ; celui qui s’est brassé depuis ses premiers balbutiements avec le breton, l’occitan, l’arabe, etc. et continue de l’être grâce à toutes celles et tous ceux qui l’emploient que ce soit dans leur vie privée, leur milieu professionnel ou leur expression artistique.
Et le français de demain, avec ses je ne sais combien de centaines de millions de locuteurs annoncés en 2050 surtout sur le continent africain, ne sera une réalité que si ce brassage se poursuit. C’est la seule voie possible pour que la langue française survive dans ce concert multilingue de la planète, n’en déplaise aux tenants de ces discours aux relents xénophobes qui envahissent la scène politique française depuis quelque temps -trop de temps ! Cette langue que nous enseignons doit contribuer, ne fût-ce que très modestement, à empêcher de dresser des murs populistes qui seraient, à écouter ces politiques, le remède de nos maux. J’aimerais en rire et me dire qu’il ne s’agit que d’un cauchemar que j’oublierai en ouvrant les yeux mais les sondages ne sont guère optimistes – croisons les doigts pour qu’une fois de plus ils se trompent mais dans le bon sens -. Et de notre côté, continuons à enseigner le français dans cette optique d’ouverture. Car enseigner / apprendre une langue, c’est avant tout tendre la main vers l’autre et montrer que nos diversités sont nos richesses pour construire ensemble l’avenir humain de cette planète.

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Comment créer des citations et messages illustrés ? Un, des clics vous présente Recite.

Posted by Philippe Liria sur 22/12/2016

Retrouvez une présentation de Recite sur le blog de Fatiha Chahi. Un outil intéressant pour illustrer vos messages ou des citations.

 

 

Recite, créer des citations et messages illustrés — Un, des clics

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Un, des clics… où la pédagogie et le numérique se donnent RDV

Posted by Philippe Liria sur 06/12/2016

un_des_clicsC’est toujours avec plaisir qu’on accueille de nouveaux sites dans la blogosphère et plus encore si c’est le blog d’une amie. Fatiha Chahi, formatrice et enseignante de FLE, auteure et éditrice, s’intéresse à tout ce qui touche à la pédagogie et au numérique éducatif depuis déjà quelques années, a décidé de nous faire partager sa passion à la fois pour tout ce qui touche à la pédagogie mais aussi à la technologie à travers son tout nouveau blog, Un, des clics. Lecteurs de ce blog, vous la connaissez peut-être déjà à l’occasion d’un article qu’elle avait bien écrit sur la ludification. Depuis deux ans maintenant, elle co-dirige Le Bla Lab dont elle est co-fondatrice, aux côtés de Ginebra Caballero. Responsable Pédagogie & Numérique de cette société spécialisée en packaging éditoriale, elle nous invite à découvrir son « blog qui s’adresse avant tout aux curieux, mais aussi aux enseignants de FLE, aux acteurs du monde de l’éducation, aux formateurs, aux passeurs de savoirs et de savoir-faire de tout domaine, aux technophiles« .
Vous pourrez notamment trouver des ressources et y apprécier aussi une rubrique très sympa, Un café avec… qui propose des entretiens avec « des acteurs du monde de l’éducation et de la formation, des pédagogues, tous passionnés de leur métier.« . Merci Fatiha pour cette belle initiative !

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De la réalité virtuelle pour apprendre les langues ?

Posted by Philippe Liria sur 20/11/2016

(Extrait de la vidéo de présentation de la RV par D'capsules pour l'école)

(Extrait de la vidéo de présentation de la RV par D’capsules pour l’école)

Et si le réalité virtuelle (RV, d’après l’acronyme anglais VR pour Virtual Reality) était un des nouveaux outils les plus prometteurs de la classe de langue ? En effet, pourquoi ce progrès technologique ne finirait-il pas dans nos cours de langue ?

Vers un vrai apprentissage immersif

On le sait, les écoles d’ingénieurs travaillent un peu partout dans le monde pour développer des technologies qui vont transformer notre façon de communiquer et d’interagir. La RV en est une. Imaginez par exemple des apprenants qui rencontreraient dans des espaces virtuels des locuteurs de la langue qu’ils étudient. Cela va encore plus loin que les cours en visioconférence qui se sont développés ces dernières années. On associe souvent les applications de cette réalité virtuelle aux jeux vidéos ou aux domaines des sciences pures ou de la médecine ; on le fait beaucoup moins dans notre monde des langues. Pourtant on voit bien l’évolution que l’apprentissage des langues est en train de vivre à partir des nouveaux supports qui permettent de développer des logiciels et des applications, plus ou ou moins efficaces ou plus ou moins sérieux mais qui montrent bien que nous ne pouvons continuer à concevoir l’enseignement/apprentissage de la même manière qu’il y a à peine quelques années. D’ailleurs, ne voyons-nous pas déjà circuler des applications en RV ? Je pense par exemple à House of Languages, développée par un Russe de Saint-Petersbourg, Maxim Miheyenko. Il s’agit d’une maison dans laquelle, le casque sur la tête, l’apprenant peut virtuellement déambuler pour aider Mr Woo à trouver les objets qu’une voix en off lui demande de chercher. Les yeux de l’apprenant pointent l’objet en question et c’est gagné ! Il peut même le toucher virtuellement ! Une façon ludique d’apprendre du vocabulaire qui permet en plus de travailler la compétence de réception orale. Une vraie immersion dans la langue qui ne peut nous laisser indifférents. Est-ce que ce type de produit est représentatif de ce que pourrait être la classe de langue demain ? On imagine les élèves partir virtuellement à la découverte des rues d’une ville française dans un voyage en RV ? On continuera à travailler l’orientation mais en plus l’apprenant le fera dans un environnement culturel adapté à ses objectifs d’apprentissage (les magasins, l’organisation de la rue, le passant ou l’agent à qui poser une question, décider d’entrer dans un restaurant ou dans l’épicerie du coin de la rue…). On sourit, d’un air sceptique mais après tout, ces outils ne vont-ils pas permettre d’atteindre les objectifs qu’a tout apprenant d’une langue : être plongé dans ladite langue. La RV permet une approche immersive à prendre très au sérieux dans notre domaine. Les murs qui séparent encore fortement la classe de la réalité sont abattus par l’arrivée de cette RV. On voit bien quels effets cela peut avoir pour le FOS par exemple. On imagine comment plonger des professionnels dans un espace virtuel reproduisant le lieu où ils exercent leur activité mais où ils devraient le faire dans la langue cible. Reproduire l’environnement permettra de reproduire les gestes, les attitudes, les réactions de la situation réelle à laquelle ils doivent se préparer et cela les aidera à acquérir les automatismes de la langue, à mieux mémoriser le vocabulaire et à plus généralement à agir. Je vois dans la RV un véritable stimulus pour l’apprenant.

Le FLE saura-t-il être au rendez-vous de la RV ?

Cette RV n’appartient plus au monde de la fiction, c’est une réalité mais qui va certainement encore tarder à faire son entrée dans les pratiques d’apprentissage des langues car il va falloir développer du matériel. Cela demande de la créativité, de la technologie, de l’expertise en ingénierie de la didactique des langues (il ne suffit pas que ce soit joli, même si l’esthétique est primordial) et des fonds, beaucoup de fonds ! Et c’est là que le bât blesse ! La RV reste onéreuse. Et dans le domaine du FLE, on risque de devoir attendre longtemps d’ici à ce qu’il y ait des contenus basés sur une progression. Alors qu’en anglais nous voyons apparaître déjà des produits comme House of Languages qui prétend sur son site promotionnel s’adresser à des millions d’apprenants, qu’en sera-t-il du développement d’un tel produit en français ? Peut-on imaginer qu’une start-up issue d’une école d’ingénieurs et en collaboration avec des experts FLE développe ce type de produit ? La frilosité des investisseurs ou des responsables financiers hexagonaux freinera-t-elle la création d’un tel produit ? Ou devrons-nous entendre les critiques de ceux qui se plaindront que ce sont des Américains qui proposent une version française de leur produit ? Espérons que le FLE ratera pas le coche de cet important rendez-vous que nous donne la RV pour entrer dans une nouvelle dimension de l’apprentissage de la langue.

Inciter à développer des projets éducatifs en RV
Alors qu’en France, les débats autour du numérique semblent tourner en rond, ailleurs les choses bougent. En tout cas, à Washington on prend cette RV très au sérieux au point de créer un nouveau prix pour récompenser la création d’outils éducatifs de réalité virtuelle ou augmentée, convaincu de l’importance de développer un apprentissage basé sur la simulation pour enrichir l’expérience des apprenants. On remarquera en plus la volonté d’impliquer directement les acteurs en le incitant à développer des produits éducatifs en RV. Je me trompe peut-être et je serai ravi de recevoir des rectifications au sujet de l’investissement de la France dans le domaine du développement de produits éducatifs en RV ou en réalité augmentée.

Les entreprises privées, surtout des start-up du monde anglo-saxon, travaillent d’arrache-pied dans le développement d’outil éducatif RV en collaboration avec des établissements scolaires. C’est le cas d’un réseau d’écoles irlandais qui, en 2014, s’est lancé, avec le soutien d’une entreprise privée, elle-même soutenue par Google, dans une expérimentation particulièrement intéressante autour de la 3D et la RV comme le montre cette vidéo :
Cette vidéo a été publiée sur le site d’une publication en ligne directement liée à Google News et qui énumérait les 5 avantages de la RV. La présence du géant Google n’est pas innocent et on comprendra bien que, même si cette l’expérimentation n’est pas dénuée d’intérêt, elle est certainement biaisée du fait de cette connexion avec l’un des fabricants de ces casques RV. Des choses se passent en France. On peut citer l’exemple de D’capsules pour l’école. Il s’agit d’une école française qui propose une présentation de la RV et de son intérêt en classe. Le site contient une somme impressionnante de vidéos qui peuvent être vues en 3D (point 6) :

Les pieds sur terre

S’agissant de l’éducation, il est évident qu’il faut un débat. Nous devons avoir les pieds sur terre. Il va bien sûr falloir se poser des questions sur le modèle d’apprentissage que nous voulons mettre en place dans le monde des langues. Voulons-nous vraiment voir tous les apprenants avec des casques RV sur la tête en train d’échanger virtuellement avec quelqu’un d’autre qui se trouve à l’autre bout du monde ? Et puis il faut aussi éviter de tomber dans le piège de la marchandisation de l’éducation. La RV est pressenti par les experts comme un marché très juteux et qui devrait connaître une croissance exponentielle dans les années à venir. Le monde de l’éducation fera partie des grosses parts de marché de cette RV – lire à ce sujet cet article du Washington Post du 18/11/2016.

C’est la raison pour laquelle il est important que ces développements technologiques et les objets qui les servent (smartphones, casques RV) et qu’il serait dommage de ne pas utiliser dans l’apprentissage, dont celui des langues, soient accompagnés d’une véritable réflexion sur les vertus mais aussi les défauts qu’il peut y avoir à tout vouloir numériser. C’est d’ailleurs un sujet qui a été au centre des échanges lors de la Semaine de l’Education vient de prendre fin et donton aura l’occasion de reparler.

Pour en savoir plus :
Sur le site de U.S News, Virtual Reality Changes Global Engineering Schools, 26/10/2016 (dernière consultation le 19/11/2016), par Ilana Kowarski.

Sur le site la Maison blanche, A New Prize Challenge for Virtual and Augmented Reality Learning Tools, 15/11/2016 (dernière consultation le 19/11/2016) par Erik Martin et Albert Palacios

House of languages https://vrjam.devpost.com/submissions/36280-house-of-languages

Semaine de l’éducation http://semainedeleducation.laligue.org/

Sur le site du Washington Post : Exploring a new frontier this holiday shopping season: Virtual reality, 18/11/2016 par Hayley Tsukayama

Sur le site de Hypergrid Business : 5 ways virtual reality will change education, 7/11/2014 par Kate Abrosimova

D’capsules pour l’école http://dcapsulespourlecole.weebly.com/

Sur Thot Cursus, La réalité virtuelle, prochain vecteur de changement en éducation? http://cursus.edu/article/25505/realite-virtuelle-prochain-vecteur-changement-education/#.WDGzUPnhDIU, publié le 17/05/2015 (dernière consultation le 20/11/2016) par Alexandre Roberge

Sur le site du magazine de la réalité virtuelle et de la réalité augmentée : Réalité virtuelle – Une possible révolution de l’enseignement http://www.realite-virtuelle.com/realite-virtuelle-enseignement publié le 12/04/2016 (dernière consultation le 20/11/2016) par Tarik H

Sur le site de Ludovia : L’éducation virtuelle : Est-ce possible ? http://www.ludovia.com/2016/06/leducation-virtuelle-est-ce-possible/ publié le 18/06/2016

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Les outils numériques rendent-ils plus difficile l’apprentissage ?

Posted by Philippe Liria sur 22/10/2016

Les outils numériques rendent-ils plus difficile l’apprentissage ? Pour savoir d’où vient cette question, lisez La Contra de La Vanguardia du 22/10/2016 (disponible en espagnol ou en catalan sur le site du journal catalan). Suggérer la lecture d’une interview de Manfred Spitzer (lien en allemand vers sa biographie sur Wikipédia) dans ce blog pourra certainement en surprendre plus d’un. Habitué à y trouver des articles et des liens qui sont plutôt favorables à l’intégration du numérique dans l’éducation, on peut s’étonner que je contribue à diffuser le message de ce neurologue allemand qui préconise ni plus ni moins que de retirer les smartphones et les tablettes de la classe car ces outils, qu’il perçoit plus comme des gadgets, « rendent difficiles l’apprentissage ». J’ai toutefois décidé de le faire parce que je crois que nous ne devons pas non plus nous laisser emporter par le « tsunami numérique » sans réfléchir sur les avantages et les inconvénients. Souvenez d’ailleurs du rapport de Thierry Karsenti il y a deux ans environ et dont je m’étais fait l’écho dans ce blog. L’expert canadien s’interrogeait sur les bienfaits de la tablette en classe. Spitzer va plus loin et prétend éliminer des classes tous ces appareils qui empêcheraient les élèves de se concentrer dans leur apprentissage. Il n’est pas technophobe mais pense que, comme une voiture dont on ne laisse pas le volant entre les mains d’un enfant, il faudrait interdire ces outils mais aussi Internet aux moins de 18 ans. Hérésie ! Comment ose-t-on affirmer de telles choses à l’ère du numérique qu’est la nôtre ? Un peu comme ceux qui critiquent l’innovation pédagogique et préfèrent la bonne vieille classe, telle qu’on la toujours faite (cf. Haro sur l’innovation pédagogique – Mars 2016). Inutile de préciser que je ne partage pas les suggestions de Spitzer (et des voix bien plus qualifiées que la mienne aussi remettent en cause ses analyses), mais nous ne pouvons pas nier non plus que cette révolution technologique provoque de véritables changements sociétaux et qu’il est fondamental de s’interroger sur ceux qu’ils nous apportent. Des sonnettes d’alarme comme celle que tire ce chercheur allemand doivent nous obliger à bien réfléchir à l’usage que nous faisons de la technologie numérique. Pas question de tomber dans cette « démence numérique » dont nous parle Spitzer (pour reprendre le titre d’un de ses ouvrages, Digital Demenz, 2012) mais analysons clairement ce qu’apporte tel ou tel outil numérique dans l’apprentissage. A ce propos, je vous conseille de regarder ce petit reportage diffusé sur Arte en 2015 :

Alors ne nous laissons pas entraîner par les dogmes ni d’un côté ni de l’autre. C’est ce qui fait l’intérêt de cette interview même si elle choque certaines convictions qu’on peut avoir sur le numérique. Je rejoins sur ce point Marcel Lebrun qui, dans un article publié en 2015 sur revue-projet.com, a bien raison de nous rappeler que ce n’est pas parce qu’il y a révolution technologique que nous allons vivre une révolution pédagogique. Les miracles n’existent pas ! Ce rappel, il le fait dans le cadre d’un débat sur le numérique à l’école où différents spécialistes interviennent pour essayer d’apporter des éléments de réflexion sur la question. nous devons tous avoir une réflexion globale sur la signification que doit avoir l’irruption du numérique dans l’enseignement/apprentissage, et notamment celui des langues étrangères, dont le FLE bien entendu.

Pour en savoir plus :
Interview de Manfred Spitzer (en français, 01/11/2013)

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Les professeurs de français se donnent bientôt rendez-vous à Chiclayo (Pérou)

Posted by Philippe Liria sur 29/09/2016

congres_chiclayoPlus que quelques jours avant que ne commence la 13e Rencontre nationale des professeurs de français du Pérou. Celle-ci se tiendra à Chiclayo, dans le nord du pays, du 7 au 9 octobre. Cet événement est organisé par l’Unión Peruana de Profesores e Investigadores de Francés (Unipprofif), l’Ambassade de France et le réseau des Alliances françaises au Pérou, avec l’appui du Lycée Franco péruvien. Ce sera le grand rendez-vous des professeurs et traducteurs de français. Les organisateurs espèrent qu’ils seront nombreux à participer à cette rencontre dont l’axe principal sera « l’enseignement du français dans le contexte latino-américain à l’ère numérique ». Mais parler d’ère numérique ne doit pas être synonyme d’un tout-numérique aveugle, au contraire ! Il s’agit bien de réfléchir à nos pratiques de classe dans ce contexte, des pratiques qui doivent être revisitées mais où l’humain doit et devra toujours être bel et bien présent comme nous le rappellera certainement Adrien Payet, auteur d’ouvrages FLE et spécialiste du théâtre dans la classe. Il le fera à l’occasion d’une plénière sur le théâtre en classe de FLE qui sera suivie d’un atelier pédagogique.

Pour ma part, j’aurai le plaisir d’y animer deux ateliers qui s’intéresseront à l’actionnel et qui nous permettront de voir comment projets et scénarios font bon ménage avec la classe inversée.

Pour connaître le programme de cette rencontre, le descriptif des interventions et la liste des intervenants, rendez-vous sur la liste de l’Ambassade de France au Pérou.

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Faire l’école autrement : pas une mince tâche ! — L’espace à Zecool

Posted by Philippe Liria sur 31/08/2016

Voici un article très intéressant publié par Jacques Cool sur son blog et qui contient des liens d’intérêt pour notre réflexion sur les changements de la société et donc de la classe.

Un peu partout dans le monde, les gens se mobilisent autour de la nécessité de voir, mais surtout de faire l’école autrement. Souvent annexée du suffixe « …du 21e siècle », l’école et ses finalités sont de plus en plus sous la loupe face à un monde en transformations profondes ; ces nouveaux regards interpellent […]

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Où en est le français dans le monde ?

Posted by Philippe Liria sur 29/08/2016

En été, le prof de FLE se forme
L’été touche à sa fin. Les « grandes vacances » aussi, du moins pour la plupart des profs de l’hémisphère nord mais, on le sait, le professeur de FLE est un être bizarre : il passe une très grande partie de l’année à faire bien plus que les trois huit pour joindre les deux bouts. Comment ? En donnant des cours FOS à sept heures du matin, des cours pour enfants ou ados en journée et des cours adultes en soirée… Et de plus en plus, entre cours et cours, que fait-il ? Outre préparer comme il peut le cours suivant et corriger les copies du précédent, il fait de l’hybride depuis son smartphone puis il enchaîne à pas d’heure depuis son PC portable avec un cours en ligne pour un étudiant à l’autre bout de la planète ! Jackpot penseront certains ? Eh bien, non ! Tout ça, pour des clopinettes !!! Et si certains lecteurs croient que j’exagère et que toute ressemblance avec la réalité ne serait que purement fortuite, qu’ils s’inquiètent : ils ont peut-être perdu contact avec la réalité ! Le FLE fait certes rêver. Je le sais: combien d’étudiants en parlent en imaginant leurs futures missions en terres lointaines et exotiques ?! Mais, quand on connaît la réalité du terrain, on sait ô combien le quotidien est très dur. Malgré cette vie de fous qui ne laisse guère de temps pour faire des folies – mais heureusement est pleine de petits plaisirs-, que fait le prof de FLE pendant ses vacances ? Je vous le donne en mille : il se forme ! Et l’été européen est souvent le moment choisi pour suivre l’une des nombreuses formations proposées ici et là.

Conférence Jacques Pécheur sur les scénarios actionnels- Liège 2016 (Photo: P. Liria)

Conférence Jacques Pécheur sur les scénarios actionnels- Liège 2016 (Photo: P. Liria)

Stages d’été, congrès… du FLE pour tous les goûts
Cette année n’a pas dérogé à la règle, et malgré le climat ambiant pas vraiment à la fête : les profs se sont donné rendez-vous à Nantes, Nice, Besançon ou ailleurs pour suivre l’une de ces nombreuses formations estivales avant de rentrer dans leur pays de provenance. A leur retour, ils pourront mettre en oeuvre et relayer ce qu’ils ont pu y apprendre. Cet été, en plus de ces stages, comme tous les quatre ans, les professeurs de FLE se sont retrouvés en juillet pour le grand messe qu’est le Congrès mondial des professeurs de français. Et pour cette quatorzième édition qui s’est tenue à Liège du 14 au 21 juillet, les quelque 1500 professionnels présents se sont demandés justement où en est le français. Venus de 104 pays, ils ont assisté et souvent proposé des conférences, des communications ou encore animé des présentations ou des ateliers pour mettre à jour et partager leurs connaissances, échanger sur leur pratique mais aussi sur la situation de l’enseignement du français dans leur pays. Du moins quand on leur a permis de traverser les barrages administratifs que dresse l’Europe d’aujourd’hui. Pas facile de demander de défendre les valeurs contenues, paraît-il, dans notre langue si l’on ferme la porte au nez de ceux qui justement la prennent pour étendard de leur liberté ! C’est sans doute cette triste réalité qui se rappelle à nous, même lors d’un congrès dont l’objet principal est l’enseignement. Mais il est clair qu’apprendre le français dans les deux sens du verbe n’est pas ni ne peut être un acte innocent, comme l’a réaffirmé le président du Comité organisateur, l’académicien Jean-Marie Klinkenberg dans son discours de clôture.

Conférence de clôture de J.-M. Klinkenberg - Liège 2016 (photo : P. Liria)

Conférence de clôture de J.-M. Klinkenberg – Liège 2016 (photo : P. Liria)

C’est aussi le ton de l’appel que lancent les professeurs de français dans le document final de résolutions en revendiquant clairement leur rôle dans cette lutte pour « un monde plus juste, mis à l’abri de la barbarie, respectueux des identités et des diversités« . Parce que, nous le savons tous, « la langue est un objet politique » qui véhicule des idées profondément attachées au développement et à l’émancipation des citoyens contre tout type d’oppression sociale, culturelle ou politique. Mais le prof de français, ambassadeur de ces précieuses idées, n’est souvent qu’un simple soldat de plomb, d’une armée certes nombreuse mais aux effectifs qui ne cessent de baisser comme nous l’a rappelé aussi ce congrès, et qui souvent se demande ce que font les décideurs pour éviter la fermeture des cours de français ou la précarisation permanente de la profession. Situation ardente, pour reprendre l’adjectif qui définissait le congrès, et à laquelle devra faire face la nouvelle équipe de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF) avec à sa tête Jean-Marc Defays qui prend donc le relais de Jean-Pierre Cuq après deux mandats. Ce spécialiste du FLE qui nous vient de l’Université de Liège sera entouré, entre autres, d’une Canadienne, Cynthia EID et d’une Roumaine, Doina SPITA pour relever les nombreux défis de la Fédération (manque d’enseignants, absence de politiques en faveur du français, nouveaux besoins des associations…) et qu’on peut retrouver, du moins en partie, dans le Livre blanc présenté lors du congrès de Liège et qui prétend dresser, comme il l’annonce, « un panorama unique de l’enseignement de la langue française dans le monde« .

Des programmes pour repenser le FLE
On l’a vu aussi, le programme bien chargé du congrès – peut-être un peu trop – ou encore ceux des stages d’été sont révélateurs de ce renouvellement nécessaire. Ce qui rend encore plus indispensable la formation initiale mais surtout continue des professionnels du FLE. C’est d’ailleurs le premier point mis en avant dans les résolutions du Congrès. Si la langue française est, et prétend rester, ardente, donc bel et bien vivante, il faut qu’elle s’adapte aux réalités du monde d’aujourd’hui et puisse être fin prête à celles de demain. Aucune nostalgie donc, mais au contraire, un regard pointé vers l’avenir avec des solutions séduisantes pour une langue qui hélas n’a plus vraiment l’air de séduire. Vous ne pouvez pas vous imaginer combien sont celles et ceux qui me demandent, au Pérou, en Colombien, au Chili, etc. à quoi ça peut bien servir d’apprendre le français. Ils/Elles n’en perçoivent pas ou pas vraiment l’utilité et ont même souvent l’impression d’une langue éloignée et difficile (bienvenue l’intercompréhension qui a l’air de gagner du terrain dans les cours, mais pas assez malheureusement). Tout le monde se souvient de cette campagne qui présentait les 10 bonnes raisons d’apprendre le français mais pas sûr que ce soit la meilleure manière de convaincre les sceptiques. Il ne fait aucun doute que l’enseignement du français a besoin d’un grand Entrümpelung au cours duquel on se débarrasserait des vieilles croyances sur comment on doit enseigner et surtout comment nos élèves apprennent. C’est pour cela que la formation est importante et qu’il est grand temps de mettre fin à la dégradation de la situation des professeurs de français. On le voit bien, ces formations proposent des programmes riches et novateurs qui ne peuvent que contribuer à ce renouveau de la classe de français. On y parle bien sûr de ce tsunami numérique mais il ne faudrait pas réduire l’innovation pédagogique nécessaire à la technologie, au web 2.0 ou aux plateformes qui ne cessent de se développer que ce soit depuis les institutions ou depuis le monde éditorial FLE*. Une évolution qui nous oblige à repenser l’ensemble des professions de notre secteur.

Module sur la classe inversée aux Universités du Monde (Nice, juillet 2016 - Photo: P. Liria)

Module sur la classe inversée aux Universités du Monde (Nice, juillet 2016 – Photo: P. Liria)

L’innovation pédagogique passe aussi, et surtout je dirais, par savoir changer nos dynamiques de classe et s’approprier des nouveaux outils, bien sûr, ou se réapproprier d’éléments trop souvent tenus à l’écart comme le rappelle Ken Robinson dans L’élément que je vous invite à lire si ce n’est déjà fait. Il est grand temps par exemple que le jeu (sérieux ou tout simplement de société) ou l’art y tiennent un plus grand rôle : petit clin d’oeil au passage à Ghislaine Bellocq qui ménage si bien art et FLE ou à Adrien Payet qui lie si bien apprentissage du français et théâtre. Bref, que la créativité des apprenants dans un sens large du terme soit vraiment au centre de la classe ; qu’on sache (qu’on ose) revoir les programmes de façon à ce que la mise en place du projet soit une réalité (il ne suffit pas de se remplir la bouche d’actionnel ou de le coucher sur les brochures ou le site qui décrivent la pédagogie prônée par telle ou telle institution). Cela demande de changer nos habitudes de classe, de réfléchir à de nouvelles pratiques. Ce n’est pas en vain que la classe inversée, qui semblait ne pas avoir sa place en FLE, comme je l’ai souvent regretté dans ce blog, commence enfin à être prise en compte pour accompagner ce changement. C’est en tout cas ce qu’on a pu constater dans les propositions de modules de plusieurs stages d’été ; reste qu’il faudra maintenant que l’enthousiasme des stagiaires ne retombent pas face au mur de leurs institutions. Parce que changer la classe n’est pas ni peut être le fait d’un prof mais bien le résultat d’un travail d’une équipe (le collaboratif commence dans la salle des profs) soutenue et accompagnée par sa direction.

Une nécessité de changement pour redonner envie d’apprendre
Introduire une nouvelle façon d’aborder l’enseignement est donc bien une nécessité parce que les étudiants d’aujourd’hui ont de nouvelles attentes (savoir échanger lors d’une visioconférence, répondre à des messages personnels mais aussi professionnels sur Whatsapp, mener des projets avec des partenaires à des milliers de kilomètres…) et de nouvelles façons d’apprendre (la technologie ne doit pas remplacer l’humain mais on ne peut non plus ignorer l’existence des supports tels que la tablette ou le smartphone ou des nouvelles manières d’interagir grâce notamment aux réseaux)*. C’est aussi ce qui contribuera à redonner envie d’apprendre notre langue. Les profs sont géniaux mais ne sont pas des Houdins : ce n’est pas d’un coup de baguette magique que ce changement se produira, n’en déplaise à certains. Par conséquent, la formation n’est pas un luxe. Elle est indispensable pour accompagner le discours ambiant qui réclame à cors et à cris qu’il faut se renouveler et innover pour motiver l’apprentissage de notre langue. Et même si l’été en France est une belle occasion pour joindre l’utile à l’agréable, je suis certain qu’ils/elles sont nombreux/-ses à souhaiter avoir accès pendant l’année scolaire à de vrais plans de formation.

* Voir le numéro 406 (juillet-août 2016) du Français dans le monde qui consacre un dossier aux « Cours en ligne, pratiques d’enseignants, parcours d’apprenants »
**A ce sujet, écoutez Mon enseignant va-t-il devenir un écran ? en podcast sur France Inter (27/08/2016)

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Ne jamais s’adresser à la classe entière : mon idée pour changer l’école

Posted by Philippe Liria sur 23/08/2016

Une idée intéressante… A creuser dans la classe de langue. Certains vont penser : « Si je fais ça dans ma classe, mes élèves passeront leur temps à parler mais dans leur langue ! » Parce que – c’est bien connu – les élèves parlent plus dans la langue cible quand le prof occupe le temps de parole et ne le cède que s’il a le plein contrôle sur ce qui va être dit (quoique…) et surtout le comment (bonne phonétique, bonne grammaire et un long etc. d’objectifs linguistiques qui étouffent l’expression). Bref, voici une idée intéressante dans l’esprit de la nécessité de changer la dynamique de classe.

Carnet de François Jourde

1Le Forum Educatank 2016 demande à ses intervenants : “Quelle est votre idée pour changer l’école ?”. Pour répondre avec audace à cette question audacieuse, je propose : ne jamais s’adresser à la classe entière (je tiens cette idée d’Alice Keeler : “Never address the whole class” ; une balise lui est consacrée sur Twitter : #nottalkWC).

Voir l’article original 785 mots de plus

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La scolarisation des publics allophones en Martinique

Posted by Philippe Liria sur 20/06/2016

icefi_afficheFin mai, j’ai eu le plaisir d’être invité en tant que représentant de la maison d’édition CLE International par l’équipe de l’ICEFI de l’Université des Antilles à participer à un séminaire consacré à la scolarisation des publics allophones sur l’île. Ce séjour a été vraiment intéressant pour prendre connaissance des réalités de l’île, un contexte particulier et complexe d’un monde qui – je l’avoue – m’était complètement inconnu. Cette complexité, c’est dès l’arrivée à l’aéroport de Fort-de-France qu’on la perçoit : l’on entend parler français bien sûr, mais aussi créole et surtout on se rend compte d’un réel croisement entre les deux langues se croisent et s’enlacent comme c’est souvent le cas dans les contextes bilingues – asymétriques ici, un peu comme à Barcelone – et auxquels on est hélas pas assez habitués dans ce là-bas qui, souvent accompagné d’un mouvement de tête en direction de l’Orient, indique notre Hexagone. Je crois qu’il est important d’être conscient de cette réalité si on veut comprendre ce que signifie la scolarisation des primo-arrivants comme a permis de le faire ce séminaire proposé par l’ICEFI.
Derrière ces sigles -rarement présent dans des journées universitaires en France, je me suis rendu compte que j’en avais oublié l’abondance en français (et je vous assure qu’on peut vivre sans)-, se cache l’Institut Caribéen d’Etudes Francophones et Interculturelles qui « est un département pluridisciplinaire au sein de la Faculté des Lettres et Sciences Humaines qui permet de préparer des diplômes de Licence – Master – Doctorat dans cinq disciplines (Français Langue Etrangère – FLE; Langues et Cultures Régionales – Créoles; Arts Caribéens, Traductologie, Education comparée). L’ICEFI a la particularité de promouvoir, au cœur de la Caraïbe et dans les Amériques, la langue française, les études et les recherches francophones, dans une perspective d’ouverture au pluralisme linguistique et culturel qui caractérise ces régions. » Nombreux sont les professeurs et futurs professeurs de FLE en Amérique latine qui le connaissent car c’est justement l’ICEFI qui propose dans la région un master FLE entièrement en ligne.
Pendant ce séminaire, les participants ont pu écouter différents témoignages d’études de cas sur la place du plurilinguisme et la valorisation des langues premières, l’enseignement de l’orthographe ou de disciplines non linguistique comme les mathématiques par exemple. On a pu aussi voir quelle est la représentation des élèves allophones auprès des enseignants ou s’interroger sur l’accueil des élèves nouvellement arrivés dans l’académie de Martinique et d’aborder ainsi le principe de bienveillance.

Intervention de Melissa Marcin sur la place de la didactique du plurilinguisme (cas d'étude en Martinique)

Intervention de Melissa Marcin sur la place de la didactique du plurilinguisme (cas d’étude en Martinique)

Tout cela sans laisser de côté les aspects plus institutionnels en parlant de la fonction des CASNAV et du DELF en milieu scolaire avec une intervention du CIEP ou encore les questions juridiques avec notamment la participation de la chef du Bureau de la langue et de la citoyenneté, Isabelle Kaelbel, du ministère de l’Intérieur. Lors de son intervention, elle a exposé la réforme en cours de la législation concernant la formation linguistique des étrangers des primo-arrivants. Elle a ainsi confirmé la disparition du niveau A1.1 et donc du DILF et nous a appris qu’il faudra dorénavant parler du Contrat d’Intégration Républicaine ou CIR dans ce langage des sigles qui ne nous lâche pas ! Les primo-arrivants devront suivre une formation selon les contenus prescrits par le ministère et qui porteront sur le français pratique, le français public et le français professionnel mais aussi sur d’autres aspects comme les valeurs de la société démocratique et de la République. On ne manquera certainement pas d’en reparler…
Personnellement, je suis intervenu sur le travail d’un éditeur FLE et le rôle à tenir pour accompagner enseignants et élèves primo-arrivants dans un apprentissage réussi du français, ce qui m’a permis de faire un peu le tour de différentes publications sur la question.
Intervention de P. Liria sur l'édition pour le public migrant

Intervention de P. Liria sur l’édition pour le public migrant


Ce séminaire a permis de faire le point sur la situation d’un public allophone peut-être moindre que dans d’autres parties du territoire français mais en augmentation, en particulier dans le système scolaire ce qui demande une meilleure préparation des enseignants souvent « démunis » en les formant notamment à la didactique du FLSco. Garantir au mieux l’accueil de cette population, c’est aussi appliquer un critère de bienveillance, comme le rappellent Jean-David Bellonie et Patrick Riba dans leur conclusion des travaux, pour mettre fin aux représentations qui tendent à associer le public allophone à des mots comme « handicap » ou « illétrisme ». A l’issue de cette journée, ce sont différentes pistes d’action qui ont été proposées pour justement permettre une intégration réussie des publics allophones.
Conclusions et pistes d'action du séminaire par J.-D. Bellonie et P. Riba

Conclusions et pistes d’action du séminaire par J.-D. Bellonie et P. Riba


L’ensemble des interventions a été filmé et vous pouvez les écouter à partir de Manioc, une « bibliothèque numérique spécialisée sur la Caraïbe, l’Amazonie, le Plateau des Guyanes et les régions ou centres d’intérêt liés à ces territoires. Vous y trouverez des documents textuels, sonores, iconographiques et des références concernant l’histoire culturelle, sociale, économique ou politique de ces pays. » Bref, un superbe portail à partir duquel je vous invite à vous perdre, vous y découvrirez un véritable trésor sur les cultures des Caraïbes.
Le séjour a été trop court pour comprendre toute la réalité de la Martinique, ce serait bien prétentieux de ma part que d’affirmer le contraire mais déjà je sais que je ne lirai plus Patrick Chamoiseau tout à fait de la même façon -et en plus j’ai découvert Raphael Confiant-. C’est une nouvelle porte qui s’est ouverte ; tout comme elle s’ouvre à ces nouveaux arrivants venus des îles voisines ou de l’autre bout du monde en quête d’un nouveau rêve. Garantir la scolarisation des plus jeunes et la formation de leurs aînés, c’est contribuer à ce qu’il devienne réalité.

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Quand l’actionnel et la classe inversée font bon ménage !

Posted by Philippe Liria sur 30/05/2016

classeinverseenantesTâches finales et projets actionnels s’imposent
Voilà près de 15 ans que nous parlons de l’approche ou de la perspective actionnelle. Entrée discrètement par l’arrière-porte du FLE, elle est aujourd’hui présente dans les cours à la fac et dans les recommandations officielles et autres feuilles de route de la plupart des institutions où le FLE a son mot à dire. Les principaux outils qui accompagnent profs et élèves dans la classe, comme le sont les manuels, ont tous, à des degrés différents et avec plus ou moins de réussite, intégré l’actionnel (devenu d’ailleurs substantif au grand dam des correcteurs de nos ordinateurs !) : des tâches finales aux projets en passant par les unités scénarisées pour garantir que processus et produit soient un succès. Enfin presque… Pourquoi ? Parce que sur le papier, tout ça, c’est très bien, mais dans la réalité de la classe, à en croire les nombreux témoignages que les professeurs nous transmettent – et ils sont nombreux -, la mise en oeuvre de cette fameuse approche actionnelle ne va pas de soi. Plusieurs raisons peuvent expliquer la difficulté à travailler dans une démarche actionnelle et surtout rendre possible la réalisation du projet mais je dirais que la principale est en lien direct avec l’organisation de la classe en soi. En effet, nous avons souvent cherché à coller le projet dans le programme sans remettre en cause ce qui se passe en classe. Bref, tout ce qui se faisait en classe avant l’actionnel est toujours présent avec peu voire pas de changement. Pis encore : à ce projet s’ajoutent aussi les maintes évaluations qui complètent les examens finaux. Le temps de classe est le même or nous devons y mettre plus de contenus. Un défi impossible à relever pour beaucoup d’enseignants, et on les comprend !!

Quand le projet passe à la trappe
Résultat des courses ? C’est le projet qui en pâtit ! Combien d’enseignants reconnaissent, parfois en secret pour ne pas se faire taper sur les doigts, qu’ils sont bien obligés de faire passer le projet à la trappe !! Ils sont légions. Or, comme je le dis souvent dans les ateliers de formation, ne pas faire réaliser la tâche finale ou le projet, c’est comme dire aux footballeurs qu’ils ne joueront pas le match – vous avez le droit de remplacer le foot par le basket si vous n’aimez pas le ballon mais prenez un sport collectif dans tous les cas -. Car travailler dans une pédagogie du projet ou jouer à un sport collectif, c’est très similaire : un entraînement qui met en place une pédagogie différenciée, le développement de l’autonomie de l’apprenant, la mise en oeuvre d’un travail collaboratif, des phases théoriques au service du projet ou de la tâche, la mise en place de stratégies… Le rôle de l’entraîneur (coach) par rapport aux joueurs et la place de chacun sur le terrain (side by side) nous rappelle bien les recommandations que nous faisons pour la classe pour nous éloigner du cours magistral (face to face).

La classe inversée au secours du projet ?
Si nous sommes convaincus des bienfaits du projet, nous devons donc trouver des solutions pour éviter que la réalité de la classe ne le fasse disparaître ou le transforme en une activité extra qu’on ne ferait que s’il y a le temps. En foot, on ne joue pas le match s’il y a le temps mais on organise le temps de façon à ce que tout le monde soit prêt pour le jouer avec la plus grande efficacité possible. Et c’est là que la classe inversée a certainement un rôle à jouer. Je ne reviendrai pas sur la définition de cette démarche (pédagogie ?) dont on parle beaucoup depuis déjà quelques années mais qui a l’air de tarder un peu à faire son entrée dans la classe de FLE alors qu’elle est de plus en plus présente dans d’autres matières. Elle l’est bien sûr dans les sciences pures. D’ailleurs ce sont des professeurs de sciences physiques et de mathématiques qui ont été les premiers à lancer dans sa version moderne la classe inversée. Mais depuis, le monde des lettres et celui des langues ont aussi introduit la classe inversée dans leur démarche. J’entends dire parfois dans les formations FLE que ce n’est pas possible en français. Pourquoi ? Si ça l’est en anglais comme nous pouvons le voir dans ce témoignage de Rafika Selmi, « une jeune professeure d’anglais au collège Les rives du Léman à Evian [qui] se propose de « Transformer la salle de classe, rendre les élèves plus actifs et plus confiants (…) avec la classe inversée. » (lisez ici son entretien dans Le café pédagogique du 28/01/2016). Dans le document où elle décrit la séquence, elle conclut que « La classe inversée bouleverse non seulement nos pratiques mais aussi les habitudes de travail de nos élèves. Inverser pour simplement libérer du temps peut être extrêmement bénéfique de prime abord, mais sans repenser les supports proposés (qui doivent être différenciés), le retour en classe, ainsi que la cohérence des contenus, la pédagogie inversée finit par s’essouffler et par lasser nos élèves. C’est ainsi que la classe « start-up » – qui se caractérise tout d’abord par son caractère extrêmement bruyant parfois déroutant où les idées foisonnent – n’est pas vide de sens. Elle s’inscrit foncièrement dans notre conception de la classe inversée car elle concrétise dans ses moindres effets ce que les élèves ont appris en amont et permet à ces derniers de donner la pleine mesure de leur potentiel et de leurs atouts divers mais parfois peu ou pas exprimés.« . A l’occasion de la journée académique sur le numérique, deux témoignages d’enseignants d’anglais – à lire sur le site de l’Académie de Nantes – nous montrent combien la classe inversée a contribué à améliorer la motivation et les résultats de leurs collégiens.

Un accompagnement nécessaire
Nous le voyons, si cela est possible en classe d’anglais, c’est bien évidemment possible en classe de FLE. Reste que ce n’est pas simple à mettre en place. La classe inversée doit intégrer un projet d’établissement qui implique l’équipe pédagogique, la direction et les apprenants – ainsi que les parents dans le cas des élèves mineurs -. La démarche doit être expliquée et sa mise en place devra être progressive. L’implication de l’équipe facilitera notamment l’élaboration du matériel nécessaire pour une classe inversée réussie. Je pense ici aux fameuses capsules pédagogiques dont on parle tant. Souvent ce sont ces capsules qui font peur. Elles peuvent s’avérer chronophage et on imagine les réactions technophobes alors que si l’on connaît un peu la technique – Marc Oddou vient de commettre une petite capsule tutorielle pour créer… une capsule pédagogique – et les outils (gratuits et ils sont nombreux), elles ne sont pas difficiles à créer. Par contre, le travail d’équipe est indispensable car il serait absurde que chaque professeur crée dans son coin une capsule sur le passé composé. Et puis, si c’est difficile, nous pouvons demander aux apprenants de niveau supérieur de créer des capsules pour des niveaux plus bas. Un projet au service de l’apprentissage et collaboratif entre apprenants de niveaux différents.
Une critique qui revient souvent, c’est celle du travail non fait : « Et si les élèves ne regardent pas la capsule ? ». Certes, c’est une probabilité ; comme d’autres ne font pas leurs devoirs – ce qui n’empêche pas de donner des rédactions à faire à la maison – mais je crois que nous ne pouvons pas réfléchir à de nouvelles pratiques sans prendre des risques. Les résultats et les témoignages tendent à montrer que globalement les élèves sont plus motivés et qu’ils progressent comme nous pouvons l’écouter dans cette vidéo d’une classe de Terminale au lycée La Colinière à Nantes. D’autres témoignages ainsi que des conseils sont disponibles en ligne sur la mise en place de la classe inversée sur le site dédié du même nom.

Comme vous pouvez le constater, actionnel et classe inversée font plutôt bon ménage car celle-ci contribue à nous faire gagner du temps tout en rendant l’apprenant plus autonome. Ces deux points sont justement ceux dont a besoin la classe pour que nous puissions plus aisément mettre en place les tâches finales ou les projets. Alors pourquoi ne pas essayer ?

Je serai présent à Azurlingua (Nice) la semaine du 25 juillet pour un module de formation sur la classe inversée. Pour en savoir plus, consultez le programme de la formation « Et si nous mettions la classe à l’envers« .

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Publics allophones en Martinique : besoins et enjeux pour une école inclusive

Posted by Philippe Liria sur 23/04/2016

Faculté des Lettres et Sciences HumainesQuand on pense à l’enseignement du français pour migrants, viennent à l’esprit des lieux que nous associons à la France hexagonale. On oublie souvent que la pression migratoire existe aussi dans les territoires français d’outre-mer, que ce soit à Mayotte, à la Réunion ou encore en Martinique. Or celle-ci, même si elle est moindre qu’en Europe, est en constante augmentation. Il s’agit essentiellement de la population allophone en provenance des régions voisines (Haïti, Sainte-Lucie). C’est le constat que fait l’Institut caribéen d’études francophones et interculturelles (ICEFI) sur l’aire géographique dont il est en charge. Les migrants hispanophones bien sûr, mais aussi anglophones ou créolophones arrivent nombreux en Martinique, cette autre porte d’entrée en Europe pour beaucoup d’entre eux. Plus récemment, ce sont aussi les réfugiés des zones en conflit aux frontières de l’Europe qui arrivent par d’autres voies dans l’espoir de trouver l’accueil et la possibilité de se construire un avenir que les bombes des fous de la guerre leur nient.
Parmi ces migrants, de nombreux enfants et adolescents qui doivent pouvoir intégrer au plus vite l’école. La scolarisation est en effet une priorité et c’est la mission du ministère de l’Education nationale français de la garantir. Dans ce contexte, il est important de s’assurer de la prise en charge de ces EAA, encore un acronyme barbare comme on les aime en français et qui désigne les Enfants Allophones Arrivants. Une prise en charge qui ne peut seulement être administrative mais qui doit comprendre différents volets qui vont garantir la meilleure intégration possible de ces enfants que les crises ont déracinés. Parmi ces volets, il y a bien sûr l’apprentissage de la langue française mais celui-ci ne peut se faire n’importe comment ni ne peut se contenter des réponses qu’apportent le FLE. D’autres pistes sont à explorer comme le FLI ou le FLSco. Mais qu’en est-il sur le terrain ? Les programmes d’accueil répondent-ils vraiment aux besoins ? Les enseignants ont-ils les outils adéquats pour garantir une scolarisation réussie ? Et ces outils, quels sont-ils ?
Ces questions et d’autres – comme celle de la formation des formateurs – encore en lien avec cette situation émergente rencontrée en Martinique feront partie des sujets abordés lors du séminaire La scolarisation des publics allophones en Martinique : enjeux et démarches pour une école inclusive qu’organise l’ICEFI à l’initiative de J.-D. Bellonie et P. Riba, en collaboration avec le département FLE de la Faculté des Lettres et Sciences humaines de l’Université des Antilles et le CASNAV de Martinique. Ce séminaire qui se tiendra le 25 mai prochain sur le Campus de Schoelcher mais aussi en streaming réunira en présentiel et en visioconférence un large éventail d’experts qui présenteront leurs communications qui porteront aussi bien sur une analyse de la situation dans la réalité martiniquaise que sur des propositions de travail ou encore sur les matériels de support que le monde éditorial crée pour ce public.

Retrouvez l’ensemble du programme sur le site de l’ICEFI.

Pour en savoir plus sur le sujet
Scolarisation des élèves : Organisation de la scolarité des élèves allophones nouvellement arrivés (consulté le 23/04/2016)
Conference-AADPAS-les enjeux de l’immigration en Martinique
ADAMI, H., 2009, La formation linguistique des migrants, Paris, CLE International
ESCOUFIER, D., MARHIC, Ph., TALBOT, E., 2013, Ensemble cours de français pour migrants A1.1, Paris, CLE International
IGLESIS, T., VERDIER, C., MOTRON, A.-C., CHARLIAC, L., 2012, Trait d’union (2è édition), Paris, CLE International

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Haro sur l’innovation pédagogique !

Posted by Philippe Liria sur 02/03/2016

(mise à jour : 06/03/2016)

Un courant inquisitorial serait-il en train de vouloir mettre à l’index l’innovation numérique ? Ce ne sont plus les ténèbres de l’Enfer à la veille de l’an mil qui font peur mais la galaxie d’Internet et ce monde digitalisé. Dans le domaine pédagogique, certains invoquent la tradition d’enseignement, tels des prédicateurs médiévaux, pour mettre en garde contre ces chevaliers de l’Apocalypse, du moins celle de l’éducation si nous nous laissons envoûter par le Mal qu’incarnerait le numérique à l’école. Certes, les questions sont nombreuses et nous ne devons pas suivre aveuglément les nouveaux courants didactiques. Nous ne pouvons ignorer les risques voire les menaces. Devons-vous cependant, saisis par la peur face à l’inconnu, nous replier et refuser un enseignement/apprentissage prenant justement en compte les nouvelles possibilités que nous propose cette société connectée ?

Une remise en cause de l’innovation pédagogique
Début février, j’ai retweeté un article de Michel Guillou qui s’interrogeait sur l’intérêt réel de la classe inversée. Il y critiquait une sorte d’engouement aveugle pour cette démarche pédagogique qui, selon lui, ne serait ni novatrice ni si efficace contrairement à ce que certains prétendent. En partageant l’article en question, je ne prétendais pas donner raison à son auteur mais plutôt contribuer à une réflexion sur ce que doit et ne doit pas être la classe, et pas seulement si nous l’inversons. A lire Michel Guillou, on pourrait croire que rien n’est à faire en classe car tout s’y fait déjà. Comme si la pédagogie différenciée, par exemple, était pratique courante ou les pédagogies actives une habitude quotidienne de la classe. Je ne peux pas donner mon avis sur l’ensemble des pratiques de classe, mais ce que je connais de la classe de langue, en particulier dans le domaine du FLE, me permet d’affirmer que malheureusement nous en sommes bien loin. Cette remise en cause de l’innovation pédagogique est aussi au centre d’un ouvrage dont s’est récemment fait écho le quotidien catalan La Vanguardia (28/02/16), Contra la nueva educación d’Alberto Royo (Ed. Plataforma, 2016). Son auteur, répondant aux questions du journaliste dans une interview de ce même journal, critique « les pratiques novatrices actuelles » qui, selon lui, mépriseraient « la tradition rien que parce qu’elle n’implique pas la modernité, ce qui altère les objectifs naturels de l’instruction publique et du professeur« . Toujours d’après ce professeur de collège et lycée, les émotions, l’apprentissage des langues ou la technologie « ne doivent pas faire partie des objectifs de la classe (…)« . Même si cette réflexion est faite depuis la situation du contexte espagnol, son approche interroge les initiatives menées pour que l’apprentissage sorte de son carcan. Vous comprendrez bien que je suis choqué de lire ici ou là que tout existerait déjà en matière d’enseignement/apprentissage. Cela ne veut pas dire que tout ce qui est nouveau est forcément bon. Il est aussi bon d’écouter ces « grognons« , comme les désigne Michel Serres, pour justement ne pas tomber dans le dogme, ce qui serait forcément négatif. Les écouter, c’est une façon de ne pas accepter tout et n’importe quoi au nom de la modernité didactique.
C’est par exemple, ne pas applaudir bêtement des initiatives politiques en faveur du bi- ou tri-linguisme dans les collèges ou lycées si les moyens (formation des enseignants, infrastructures, supports) ne sont pas mis afin de garantir la transmission de la matière. Qu’un collégien reçoive un cours de SVT en anglais ou en français dans une langue approximative parce qu’elle n’est pas vraiment maîtrisée par l’enseignant, c’est tout simplement un leurre pour ne pas parler de charlatanisme éducatif ! Nous n’avons pas le droit de le permettre. Ce n’est pas pour autant que l’enseignement d’une matière dans une langue étrangère soit mauvais. Le problème n’est évidemment pas là, et c’est là l’erreur d’interprétation de ces grognons.

Non au bricolage !
De même, quand Michel Guillou critique la classe inversée et en particulier le manque de qualité d’une grande partie des capsules vidéos dont on parle tant actuellement, je suis d’accord avec lui. Mais pointons le vrai problème. Que préconise-t-on au sujet de la classe inversée ? Marcel Lebrun, l’un des meilleurs spécialistes de la question en Europe, dit bien qu’il faut élaborer des capsules vidéos ayant fait l’objet d’une scénarisation (je vous conseille d’ailleurs de visionner <a href="http:// » target= »_blank »>la causerie entre Christophe Batier et Marcel Lebrun du 17/02/16). Or, il suffit de faire un tour sur Internet pour se rendre que ces capsules sont souvent d’une qualité qui laisse à désirer. Bref, alors qu’elles devraient être l’un des outils de base de cette inversion de la classe, elles pourraient être la cause de son échec. Les changements viendront de la base mais il est important que les acteurs éducatifs s’impliquent de façon à fournir des contenus de qualité en adéquation avec les nouveaux besoins. De même, il faut donner aux enseignants les moyens de se former pour qu’ils puissent sinon créer au moins pouvoir adapter du matériel à la réalité de leurs classes. Cette absence de formation, c’est souvent elle qui est à l’origine du manque d’utilisation ou de l’infra-utilisation de nouveaux outils de la classe, comme je le soulignais déjà dans un article de ce blog il y a tout juste deux ans et qu’aujourd’hui un très intéressant rapport de Thierry Karsenti (Le tableau blanc interactif (TBI) : usages, avantages et défis) vient confirmer. J’en conseille très vivement la lecture : loin de condamner l’usage de cet outil, l’auteur du rapport souligne les contradictions de son utilisation en classe, souvent comme simple projecteur et très rarement interactif, dans le sens où les élèves n’y ont presque jamais accès. A la fin (p.33), Karsenti donne quelques recommandations pour un meilleur usage de cet outil. Son étude porte sur le cas canadien mais je pense qu’il est représentatif de ce qui passe habituellement dans de nombreux coins de la planète.

Pour en revenir à nos capsules, que des enseignants en fassent, souvent en dehors de leur emploi du temps, c’est bien. On ne va pas reprocher la prise d’initiative ! Mais l’innovation pédagogique ne doit pas être sujette à la simple initiative d’un enseignant ; et qui plus est, l’accès à cette innovation ne doit pas frustrer d’excellents enseignants parce qu’ils ne seraient pas nécessairement techniciens. Une évidence et pourtant… A ce sujet, je signale un webinaire qu’organise Jürgen Wagner le 21 avril prochain sur la création de capsules vidéos. Il y sera question des différents type de vidéos et de leur intérêt pédagogique. On verra qu’il n’est pas nécessaire d’être hyper-équipé et qu’un simple smartphone nous permet déjà de réaliser des capsules à condition de suivre certaines règles. De même qu’on pourra voir qu’il faut aussi en suivre pour qu’elles soient attractives, un élément important si nous voulons motiver les apprenants.

Cessons de crier haro sur l’innovation pédagogique !
Ne confondons pas les choses. Cessons de crier haro sur l’innovation pédagogique sous prétexte qu’elle nous rendrait plus bête, comme l’affirment certains ! Non, tout n’est pas fait ! Et si le monde change, pourquoi la classe ne changerait-elle pas ? Si l’accès à l’information change, pourquoi l’enseignement/apprentissage devrait-il rester figé dans des pratiques du XIX ? Pour ceux qui en douteraient, retrouvez la célèbre animation de Ken Robinson sur Youtube (vous la connaissez certainement mais au cas où, <a href="http:// » target= »_blank »>la voici). Elle illustre parfaitement la situation dans laquelle nous sommes et vers où nous devrions aller. Mais ne perdons pas non plus notre sens critique face aux nouvelles propositions issues en partie de l’évolution même de la société. Mettons fin à cette espèce de croisade contre l’innovation pédagogique que certains semblent vouloir lancer depuis le fond de la caverne éducative ! Ce n’est pas en interdisant les smartphones – par exemple – en classe (comme on le fait encore trop souvent) que nous allons améliorer l’enseignement/apprentissage mais plutôt en réfléchissant en quoi ces nouveaux outils peuvent être à son service. Plutôt que de mettre au ban l’innovation pédagogique, posons les bonnes questions comme le suggèrent William D. Eggers et Paul Macmillan dans leur livre The Solution Revolution (Harvard Business Review Press, 1973 -non traduit en français, à ma connaissance) qui se demandent comment améliorer l’école et qui affirment que pour trouver la réponse, il faut que nous nous interrogions sur son objectif réel (mieux éduquer et mieux préparer les jeunes à l’avenir)*. Bref, ce n’est pas en faisant ce que nous avons toujours fait que nous trouverons des réponses aux questions pédagogiques d’aujourd’hui mais au contraire en essayant ce qui n’existe peut-être pas encore, en allant au-delà des solutions existantes. Nous nous tromperons peut-être mais sbagliando s’impara. N’ayons pas peur de l’échec ! Pour avancer, il faut sortir de sa grotte…

*Je reprends ici l’idée qu’expose le célèbre journaliste et analyste argentin Andrés Oppenheimer dans son ouvrage Crear o Morir, la esperanza de Latinoamérica y las cinco claves de la innovación (Ed. Vintage Español, 2014 – non traduit en français) sur la nécessité, entre autres, de changer le prisme dès l’enfance (p.295-296)

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Vers la fin du « tout-anglais » ?

Posted by Philippe Liria sur 08/02/2016

Ces jours-ci, c’est avec le soleil méditerranéen que j’accompagne le petit déjeuner, un café au lait et une ensaimada, sans oublier le quotidien du matin dans sa version papier… Un de ces plaisirs minuscules à la Delerm et qui prend une dimension toute particulière le dimanche, même si le journal plie sous le poids des suppléments – un peu moins qu’avant, la crise a eu du bon -. Ce matin, au milieu des nouvelles internationales, entre drame syrien et super bowl, et chaos informatif sur la situation politique en Espagne – pas moins chaotique – La Vanguardia consacrait une page à ces « langues qui ont de l’avenir » (Els idiomes amb futur, rubrique Tendències, p42 – lien en catalan / lien en espagnol). L’article en soi n’apporte pas grand-chose de nouveau sur le sujet mais il a le mérite de l’aborder et c’est ce qui le rend intéressant dans un pays où, comme tant d’autres, l’on a voulu faire croire que l’anglais serait suffisant pour évoluer dans un milieu international. Depuis des années, l’Espagne mène une politique du « tout-anglais » qui a relégué le français à une simple option, et encore ! Quant aux autres langues, je n’en parle même pas : elles sont (presque) inexistantes dans les programmes. A moins d’avoir la chance de pouvoir faire son collège et son lycée dans des établissements privés qui n’ont pas oublié que le monde n’est pas monolingue en anglais, les élèves espagnols n’ont que trop rarement accès à une LV2 et quand bien même cette possibilité existe, le discours ambiant ne motive guère les parents à ce que leurs enfants suivent une matière aussi inutile que le français ! IMG_0261
On oublie souvent de leur rappeler que le premier partenaire économique de l’Espagne se trouve juste au-delà des Pyrénées et que depuis déjà quelques années, un grand potentiel économique – et source d’emplois – existe au Sud. Parler français serait sans aucun doute un atout pour un grand nombre qui souhaiterait travailler avec la France bien sûr mais aussi avec l’Afrique. C’est justement le marché africain qui devrait éveiller l’intérêt pour l’apprentissage du français en Espagne mais aussi dans les pays d’Amérique latine que je connais si bien et qui, eux aussi, mènent encore trop souvent des politiques d’enseignement des langues qui se résument à proposer l’anglais. Le français restant la langue d’une certaine élite. Quelle erreur ! Je ne sais pas si l’OIF gonfle les chiffres quand elle annonce quelque 750 millions de francophones en 2050 et la majorité sur le continent africain mais ce qui est sûr, c’est que le français y est une langue incontournable. Dans ce monde où les relations internationales entre pays du Sud sont en pleine évolution, le français peut être cette plus-value professionnelle pour beaucoup de futurs experts formés dans les universités latino-américaines mais où le français règne par son absence ou sa trop faible présence. Ceux-ci pourraient intégrer ou développer plus facilement des projets avec l’Afrique. Cela peut paraître ridicule mais il y des universités qui ne proposent même pas la possibilité d’étudier une deuxième langue à leurs étudiants ! Et beaucoup prétendent d’entre elles se vantent d’avoir une dimension internationale.

Dramatiquement absent !
Le journaliste a donc raison de rappeler que la deuxième langue la plus parlée sur les marchés internationaux est le français et, reprenant une étude très intéressante de l’Universitat Oberta de Catalunya, que c’est la langue de 55% des PME en Catalogne. Cette étude (Elan.cat) est disponible en ligne, en catalan, espagnol et anglais… dommage qu’elle ne le soit pas en français d’ailleurs. Mais nous ne sommes pas à un détail prêt dans le pays : bien que 30% des entreprises catalanes travaillent avec la France et que les visiteurs français soient les plus nombreux (source :idescat), le français est dramatiquement absent. On peut éventuellement vous parler en russe ou en chinois dans les boutiques de Barcelone – surtout si elles ont pignon sur le Passeig de Gràcia – mais pas en français ! Ou si peu que cela relève de l’anecdote. Lamentable ! On se demande presque où se trouvent les 10000 élèves de français des Ecoles officielles de Langues (EOI dans les sigles en catalan) qu’il y a en Catalogne – quelque 60000 dans toute l’Espagne -. Et encore, dans ces EOI, ce sont essentiellement des adultes surtout à partir de 30 ans, toujours selon le même article. Un peu comme si une fois plongé dans le monde du travail, on se rendait compte que ça peut être utile de ne pas se contenter de l’anglais.

Tout n’est pas perdu
Il semblerait cependant que depuis quelque temps, on ait pris conscience que l’anglais n’est plus un facteur clé pour trouver un emploi (j’ai vraiment l’impression d’écrire une vérité de La Palice). Comme tout le monde l’a – enfin sur le CV, je ne veux pas entrer dans des jugements de valeur sur la réelle compétence de chacun -, ce n’est plus un élément de différentiation au moment de se présenter à un emploi. La crise a certainement contribué à faire comprendre qu’il peut être bon de parler au moins une autre langue étrangère mais cette prise de conscience ne suffit pas. Or, qu’a-t-on fait pour renforcer la présence d’une LV2 dans l’enseignement ? Je ris quand je lis les déclarations de la directrice adjointe générale de Llengua i Plurilingüisme qui affirme que « les nouveaux programmes feront que les élèves qui commenceront à étudier une deuxième langue étrangère au collège (ESO) devront obligatoirement conserver cette langue en option jusqu’à ce qu’ils terminent le secondaire« . Bref, de belles paroles peut-être mais rien qui ressemble à une mesure efficace pour que la LV2 fasse son entrée obligatoire en collège. On est loin, bien loin des modèles du nord de l’Europe. Et je ne parle même pas des DNL ! On en est à des années-lumière !
Un signe d’espoir toutefois, ce sont les accords que la Generalitat, comme d’autres gouvernements autonomes, a signé avec les autorités françaises pour que le DELF entre dans les établissements publics. Depuis 2014, on observe une augmentation exponentielle du nombre de candidats (+18% en 2015 selon les chiffres fournis par www.delf-dalf.es). Tout n’est donc pas perdu grâce au travail de terrain, indispensable, des responsables de la diffusion du français – qui ont multiplié les actions de sensibilisation et de formation auprès des autorités locales et des professeurs de français, qui se sentent certainement un peu moins seuls. Dans le même temps, on observe des initiatives ça et là sur le continent américain pour que le français retrouve les bancs de l’école, au-delà du réseau de l’Alliance française.

La route sera encore longue cependant d’ici à ce que l’on comprenne véritablement, que ce soit en Espagne ou dans beaucoup d’autres coins du monde, que l’étude d’une LV2 et même d’une LV3 n’est pas un luxe mais une nécessité pour ne pas rester à l’écart de l’évolution du monde et que le français fait partie de ces LV qu’il est bon d’avoir dans ses bagages.

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