Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

Archive for janvier 2010

Quel avenir pour le livre scolaire dans un monde numérique ?

Posted by Philippe Liria sur 02/01/2010

En août dernier, le New York Times publiait un article sur l’avenir des manuels scolaires et il faut bien reconnaître que celui-ci n’était guère optimiste vue l’évolution des technologies… Il est vrai que les apprenants d’aujourd’hui sont familiers des nouvelles technologies, parfois plus que les enseignants et que les supports numériques sont sans aucun doute plus attrayants que le support papier.

Manuel scolaire numérique

La question de l’avenir des manuels scolaires dans un monde numérique est certainement légitime et on constate d’ailleurs que de plus en plus de pays commencent à proposer des manuels interactifs avec des prolongements sur des plateformes numériques. La pratique est encore limitée et on sait que les établissements manquent souvent de moyens et les enseignants de formation. Pourtant, nous avançons inexorablement vers une classe où le virtuel, notamment dans l’enseignement des langues, permettra de faire de cet espace-classe un lieu d’interactions véritables avec une vraie présence de la langue-cible. De plus, l’accès généralisé à Internet – et donc sa socialisation – rend possible le prolongement de la classe dans la maison et ainsi la réalisation et le suivi d’activités en ligne, notamment les plus systématiques. Ce qui permet, par conséquent, de rentabiliser le facteur temps dans la classe.

Évidemment, il va falloir pour cela que les différents acteurs qui participent à la création des manuels scolaires de langue intègrent, et rapidement, ces nouveaux éléments pour que le livre, contrairement à la prédiction du NYT et de celle d’autres prophètes de la fin du manuel scolaire, continue à être fondamental dans l’apprentissage mais dans un nouveau rôle qu’il faudrait peut-être comprendre plutôt comme portail vers d’autres lieux de connaissances et non plus seulement que la source de celles-ci.

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Sortons la langue de son carcan grammatical !*

Posted by Philippe Liria sur 02/01/2010

Une langue éloignée de la réalité et des besoins

Si on demande aux enseignants de français ce que signifie pour eux l’apprentissage de cette langue, on constate dans leurs réponses, dominent celles qui l’associe à la culture, à la littérature et dans une moindre mesure à la possibilité de voyager en France ou dans un pays francophone. Moins encore de s’y installer, d’y travailler ou, à défaut, de l’apprendre pour en faire une langue de travail dans un monde d’échanges internationaux où l’anglais, indispensable, est loin de suffire pour être compétent non seulement sur le plan linguistique mais aussi socioculturel. Si on pose cette même question à des apprenants, la perception varie bien entendu avant tout selon leur projet personnel d’études. Pour les collégiens et lycéens qui ont encore accès à des cours de français dans leur établissement, cet apprentissage est souvent subi, s’agissant pour la plupart du temps, d’une matière obligatoire et surtout en déconnexion complète avec le monde qui les attend.

En fait, la langue enseignée en classe reste trop souvent éloignée des centres d’intérêt actuels ou à venir des apprenants et trop souvent ancrée dans un idéal peu réaliste des enseignants ou des programmes qu’eux-mêmes subissent. Dans la classe de français, et malgré l’introduction de projets ou des nouvelles technologies, la centration sur la langue reste prédominante. Les autres moments de la classe sont secondaires et, dans certains cas, ne sont même pas évalués. Ce qui importe encore trop souvent est la connaissance grammaticale. C’est d’ailleurs l’impression qu’ont les apprenants qui associent souvent le français à des règles de grammaire et à leur bonne application.

Une langue qui n’est que grammaire, est-elle encore une langue vivante ?

Nécessaire, la grammaire doit bien entendu être présente dans la classe et contrairement à une idée reçue, les nouvelles tendances didactiques liées à la mise en place du Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL) et en particulier de l’approche (ou perspective) actionnelle ne la mettent pas de côté, au contraire. Par contre, il est légitime de s’interroger sur la place qu’occupe la grammaire dans notre enseignement. En effet, une langue sans grammaire n’est certainement pas une langue mais une langue qui n’est que grammaire, est-elle encore une langue vivante ?

Or, on sent bien que pour certains (encore très nombreux), le français se résume en une série d’activités grammaticales qu’on fait plus ou moins bien et dont le résultat permet de situer le niveau de langue. Ces activités sont souvent peu motivantes et on les réalise sans vraiment s’interroger sur leur sens, mais on s’en contente. Inutile de dire que les déceptions de l’apprenant sont à la hauteur de ses résultats quand celui-ci entre en contact avec des francophones de langue maternelle.

Passer des plots

Comment faire alors pour que la grammaire soit présente dans nos cours sans perdre de vue les véritables objectifs de l’apprentissage d’une langue ?

À ce stade, ouvrons une parenthèse et parlons de sport, de football plus précisément. Imaginons un seul instant des footballeurs arrivant sur le stade un samedi soir en ayant reçu pour seule et unique préparation, celle de passer des plots en zigzag pendant leurs journées d’entraînement. Indépendamment du résultat final du match – certainement peu favorable à cette équipe -,  il est évident que ces joueurs ne seraient jamais prêts ou compétents pour affronter la réalité du match. Préparer un match demande bien plus que des séances d’exercices de plots. Il faut créer un esprit d’équipe, mettre en place des stratégies, reproduire des situations réelles de match, etc. dans un but : celui d’être véritablement efficaces le jour J. C’est la motivation des joueurs. Et c’est cette motivation qui va aussi permettre à l’entraîneur de justifier des moments d’exercices tel que passer des plots en zigzag. Une activité guère amusante mais qui, en s’inscrivant dans un cadre plus vaste – celui de gagner un match – se verra justifiée et nécessaire.

Sens et contexte

Si nous revenons à notre grammaire, nous voyons bien que, dans l’apprentissage d’une langue, elle a sa place, celle des plots, mais que l’apprenant ne comprendra sa fonction que s’il sait pourquoi il le fait et surtout où il doit aller, quelle est sa mission ou sa tâche.

Les activités grammaticales ne peuvent être une simple pratique de structures sans interaction ni défi. En résumé, nous pourrions dire que les activités grammaticales doivent :

–       permettre de fixer des structures en contexte ;

–       se centrer sur la forme certes, mais sans perdre de vue le sens ;

–       créer un lien de communication ;

–       établir une certaine interaction lors de la mise en commun

Une grammaire qui suivrait ces points serait certainement plus motivante pour les apprenants.

Une grammaire-outil versus une grammaire-carcan

Évidemment, se pose un autre problème : l’incompatibilité des programmes dominants encore marqués par la tradition et les croyances d’apprentissage et les objectifs du CECRL. Dans l’absolu, l’apprentissage d’une langue ne devrait pas passer par une progression grammaticale mais tout d’abord par les objectifs de compétences de communication fixés. Or ces objectifs peuvent faire apparaître des points de grammaire qu’on considère traditionnellement peu adaptés au niveau. Mais s’agit-il d’une réalité ou d’une simple croyance liée à une pratique ancrée dans la tradition ? La grammaire, en tant qu’outil langagier pour aider à être compétent, devrait donc répondre aux besoins de l’apprenant. Actuellement, c’est trop souvent l’inverse qui se passe : on demande à l’apprenant de se plier à la progression grammaticale soi-disant nécessaire pour atteindre un niveau. On peut regretter, à ce sujet, le risque de détournement du CECRL contenu dans les référentiels de français puisque ceux-ci marquent des points de grammaire à connaître selon le niveau alors que ceux-ci devraient varier selon le profil de l’apprenant.

Quoiqu’il en soit, nous ne devrions jamais perdre de vue que, dans ce monde où les échanges internationaux dominent, où d’un simple clic nous pouvons lire, écouter ou voir des documents dans n’importe quelle langue, il nous appartient de savoir faire du français une véritable langue vivante dans laquelle on vit, on travaille, on s’amuse et on rit. Rien ne sert de pleurer sur son sort si nous ne nous fixons pas cet objectif. C’est ce qui la rendra motivante et c’est qui motivera nos apprenants. N’en déplaise aux tenants des « ne », l’enfermer dans un carcan grammatical, c’est la vouer à une mort certaine.

Philippe Liria 02/01/2010

*Cet article sera prochainement publié dans le bulletin de l’Association Portugaise des Professeurs de Français. Il reprend les principales lignes abordées lors de l’atelier que son auteur a animé pendant le congrès annuel de l’APPF en novembre 2009.

Tous droits réservés

Notes : Vous pouvez trouver des exemples d’activités grammaticales où forme et sens sont un tout dans le Cahier d’exercices de Version Originale ou dans les Cahiers de grammaire A1 ou Cahiers de grammaire A2.

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