Le blog de Philippe Liria

Auteur, formateur, consultant et éditeur de français langue étrangère (FLE)

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Mobilisation en FLE par temps de coronavirus : réinventer la classe et se réinventer

Posted by Philippe Liria sur 16/03/2020

Fête de la Francophonie 2020 reportée à Lisbonne pour cause de coronavirus.

C’est la Fête de la Francophonie mais, avouons-le, le coeur n’y est pas vraiment. Nous traversons toutes et tous de drôles de temps, inconnus pour la plupart et incertains pour tous. La mondialisation physique, celle qui devrait nous permettre d’aller librement d’un lieu à un autre sur cette planète est soudainement remise en cause par un virus qui n’en a rien à faire de ces frontières que nous nous sommes inventées. Un virus contre lequel nous ne savons pas vraiment lutter. Il est plus simple en Europe de freiner à coups de gaz lacrymogène voire à coups de feu réel les réfugiés syriens, pakistanais, sénégalais et d’ailleurs qui fuient la guerre et la misère que de se mettre d’accord pour mobiliser tous les moyens nécessaires permettant d’en finir avec COVID-19

Ce coup de frein à la circulation des personnes dans le monde entier est en train de favoriser l’autre mondialisation, celle que nous permet internet. Fortement critiqué pourtant, il n’y encore pas si longtemps par tout un pan de la population qui reprochait le manque de contact social de l’outil. Voilà qu’en ces moments de confinement obligatoire, internet permet de ne pas nous retrouver dans l’isolement le plus complet. Non seulement pour recevoir des nouvelles de l’extérieur, des nouvelles du monde entier, que nous devons, certes, filtrer pour ne pas tomber dans le piège des fake news mais qui sont toujours mieux que les infos censurées du temps où seul les canaux officiels – souvent ceux de l’Etat – prétendaient nous dire les choses.

L’apprentissage en quarantaine mondiale

Comme des dominos tombant l’un après l’autre, les pays ont baissé le rideau dans l’espoir d’en finir avec le coronavirus. C’est dans ce contexte de crise sanitaire mondiale que les lieux d’enseignement en présentiel d’un peu partout sur cette planète se sont soudain retrouvés fermés, comme à peu près tous les autres espaces naturels de rencontre et de partage – car l’école dans son sens général en est bel et bien un -. Tout à coup, on voit des milliers et milliers de professionnels de l’enseignement se retourner, parfois malgré eux, vers internet et les possibilités – et même les nouvelles opportunités – que leur offre la grande Toile, souvent si décriée par beaucoup d’enseignants. Le monde du FLE ne réchappe pas à cette dure réalité. 

Le monde du FLE touché mais mobilisé

C’est même le branle-bas de combat en FLE ! Du jour au lendemain, de Hong Kong à Cusco en passant par Milan, Barcelone, Riyad, Washington et un très long etc. professeurs, responsables pédagogiques, directeurs ont renforcé leur offre de cours en ligne ou, et c’est souvent le cas, ont dû commencer à mettre en place des stratégies pour compenser au maximum, à défaut de les remplacer complètement, leurs cours en présentiel qui avaient les jours comptés. L’enseignement du français langue étrangère n’allait tout de même pas laisser abattre par un virus. Il s’agissait, et s’agit toujours de garantir la continuité pédagogique – et, j’ajouterai, économique -. En quelques jours donc, on a assisté à une mobilisation générale et sur tous les fronts : celui de la création de nouvelles ressources adaptées à la situation de crise. On voyait ainsi les profs de l’Alliance française de Hong Kong se lancer dans l’élaboration de capsules vidéos. Son directeur, David Cordina soulignait dès le 5 février sur son compte Twiter que “la seule chose positive de cette crise majeure et très inquiétante pour l’avenir, c’est le travail d’équipe des professeurs” qui se préparait à une vraie “transition numérique”. Pas le choix quand il n’existe aucune alternative pour ne pas disparaître et c’est en quatre jours qu’ils ont monté HKids in French, un réseau social (accompagné de session avec Zoom, outil gratuit pour visioconférence) qui s’adresse aux apprenants d’entre 8 et 16 ans. Il a fallu se mettre à produire des capsules vidéos quand on en n’avait jamais faites pour certains, sans oublier d’être créatifs. Le réseau comptait au début du mois de mars plus de 50 capsules sur la chaîne Youtube de cette Alliance française précurseuse malgré elle. Mais depuis, et de façon exponentielle au rythme de l’extension du virus et de ses mises en quarantaine, d’autres s’y sont mis comme à l’Institut français de Milan où Jérôme Rambert, le coordinateur TICE de qui a accompagné le passage 100% en ligne des cours de cette institution. En fait, c’est l’ensemble de la planète FLE qui est touché par ce fléau complètement inédit. Du prof en cours particulier aux grands réseaux d’Alliance françaises en passant par les très nombreux formateurs/-trices indépendants qui voient leurs missions annulées les une après les autres, les sites dédiés et les éditeurs FLE, il s’agit de trouver des réponses pour que l’apprentissage de la langue ne s’arrête pas.

Annick Hatterer, professeure FLE et déléguée pédagogique CLE International en webinaire comme alternative pendant la crise du Coronavirus.

Le numérique comme réponse

On le voit bien, le numérique, si décrié parfois dans le monde enseignant, peut être une réponse satisfaisante parce qu’il est ce “levier de transformation” pour reprendre le terme que Jacques Pécheur emploie dans un article du dernier numéro du Français dans le Monde (nº428, mars-avril 2020) consacré aux mots qui “ont changé la didactiques”. Car avec le numérique, écrit-il, “les relations qui se créent sont certes dématérialisées mais aussi bien réelles”.  Cela veut dire de se mettre à travailler à l’aide de plateformes, de généraliser la pratique des webinaires, de mettre en avant les espaces digitaux contenant des ressources, activités en ligne mais aussi des espaces profs/élèves d’échange et d’interaction, des outils d’apprentissage comme les manuels numériques… Bref, il s’agit de mobiliser tous les outils que nous fournit internet ! Enseignants et apprenants qui sont familiarisés avec les techniques de la classe inversée connaissent déjà bien ces supports et dispositifs, mais aussi et c’est très important l’usage pédagogique à donner. Je suis sûr que certains collègues enseignants qui ne voulaient pas entendre parler de tablettes ou de portables, qu’ils diabolisaient, vont se rendre compte à leur tour du potentiel qu’ils représentent en ces moments de crise. 

On dit que c’est alors qu’il était confiné chez lui en raison de la peste bubonique qui faisait des ravages dans l’Angleterre de la deuxième moitié du XVIIe siècle qu’Isaac Newton a développé sa théorie de la gravité. Souhaitons que ce mauvais moment que nous traversons, où que nous soyons sur cette planète, soit l’occasion à toutes et tous qui sommes dans le monde du FLE de réinventer une façon de faire les cours et de se réinventer. Souhaitons-le pour que la Francophonie, dont c’est la fête en ce mois de mars, retrouve toutes ses couleurs l’année prochaine.

 

Pour en savoir plus

A lire ou relire, l’ouvrage Pratiques et Projets numériques en classe de FLE dont David cordina et Jérôme Rambert sont co-auteurs avec Marc Oddou.

« 2000-2020 : Des mots qui ont changé la didactique », Jacques Pécheur dans Le Français dans le monde, nº428, p.34-35 (mars-avril 2020)

Pour créer vos propres capsules, suivez les conseils de Marc Oddou (cf. La classe inversée)

Un exemple de ressources en ligne : les activités autocorrectives de Tendances (accès gratuit, illimité, du A1 au B2)

 

 

 

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Innovation et créativité sont au rendez-vous le 28 novembre prochain

Posted by Philippe Liria sur 23/11/2019

Un grand jour dans votre agenda… enfin peut-être

Le 28 novembre sera un grand jour pour beaucoup d’entre vous, lectrices et lecteurs : c’est le Jour du prof de français ! Le premier de l’histoire ! Pas question d’aigrir la fête mais j’aurais quand même une pensée pour toutes et tous qui n’aurez peut-être pas le temps de célébrer quoi que ce soit (car ce n’est pas férié) en raison d’un emploi du temps compliqué, entre 7 heures du mat et 23 heures, pris entre votre cours en entreprise, l’école de langues qui vous donne quelques heures par-ci par-là – si elles ne sont pas annulées au dernier moment -, les cours particuliers en présentiel et peut-être, parce que vous êtes de plus en plus à en avoir, votre cours en ligne à pas d’heure avec un apprenant à l’autre bout du monde… D’ailleurs, si vous êtes parmi celles et ceux qui donnez justement un cours en ligne et si vous avez deux minutes de battement, entre un cours, des copies à corriger et un sandwich avalé à la va-vite, contribuez à cette journée en témoignant de votre expérience sur ces cours en ligne. C’est l’occasion car cette Journée internationale des professeurs de français est justement consacrée à l’innovation et la créativité. Les cours de FLE en ligne, avant de devenir des produits des écoles de langues, ont d’abord été un moyen pour plusieurs d’entre vous d’arrondir les fins de mois en proposant de faire classe grâce aux possibilités que nous donnent les visioconférences, même très élémentaires parfois mais de plus en plus sophistiquées aujourd’hui.

J’ai dit que je ne voulais pas aigrir la journée en ne parlant que de la grande précarité qui règne dans le monde du FLE. J’ai entendu récemment qu’il n’était pas question que les profs de français ne tombent dans l’ubérisation. Ils ne risquent pas, ils l’ont précédée ! On peut même se demander s’ils n’ont pas inspiré les Glovo et autres coursiers précarisés de la nouvelle économie. Bref, pensons en positif, sans être bisonours pour autant ! Célébrons donc que tout à coup, on se soit souvenu que les profs de FLE existent ainsi que toutes celles et tous ceux qui enseignent dans les filières bilingues un peu partout dans le monde – et vous êtes de plus en plus nombreux/-euses -. Et qui aussi devez faire souvent preuve d’une grande créativité pour pallier le manque de ressources quand il s’agit d’enseigner en français de l’histoire, des maths, des SVT… même si depuis quelques temps, il semblerait que les choses s’améliorent.

Une journée pour partager expériences et pratiques

L’objectif de cette journée n’est d’ailleurs pas de parler de toutes ces choses qui fâchent. Le 28 novembre, c’est un peu comme un repas de famille où on demande aux grincheux de ne parler ni politique ni religion. L’objectif est bel et bien de « valoriser le métier d’enseignant de français » mais sans aborder les conditions dans lesquelles il ou elle exerce sa profession. Non, il s’agira tout simplement de « créer du lien » mais aussi, – c’est gentil – « de la solidarité ». On ne parle pas des problèmes mais on compatit. Ça doit être un des points en lien avec cette empathie dont on parle tant aujourd’hui et dont il faut faire preuve dans les cours. L’idée de cette journée est de « partager (…) expériences et (…) pratiques » nous rappelle la brochure éditée pour l’occasion. Une idée qui remonte à un souhait du Président Emmanuel Macron de valoriser le métier de professeurs de français dans le monde, « ces héros bien particuliers qu’on appelle les professeurs de français« , déclarait-il le 20 mars 2018 à l’occasion de la Journée de la Francophonie. C’était clairement exprimé dans le point 6 du chapitre Apprendre du dossier de presse du même jour : Une ambition pour la langue française et le plurilinguisme et publié directement par les services de l’Elysée. Ce n’est peut-être pour le moment qu’une petite goutte dans le désert budgétaire du FLE mais à défaut de moyens, il y a l’ambition. Avant, chez ses prédécesseurs, le prof de français à l’étranger n’existait même pas ! Ce dossier étant d’ailleurs public, il faudrait peut-être s’appuyer un peu plus dessus, et pas simplement depuis les services de coopération des ambassades, pour faire remonter des initiatives permettant d’améliorer le statut du prof de FLE qui n’a guère évolué ces derniers années (en tout cas pas en mieux). Car c’est en améliorant les conditions dans lesquelles ils / elles réalisent leur profession que nous pourront aussi relever le défi de « redonner à la langue française sa place et son rôle dans le monde« . Car à travers cette amélioration absolument nécessaire dépend aussi la qualité des cours donnés… parce qu’il faut bien avoir le temps de les préparer (eh oui !) et pour les préparer, il faut avoir du temps pour mener une veille pédagogique (et même pédago-numérique), se pencher sur les ressources existantes (ou en créer de nouvelles), en prendre pour expérimenter du matériel et des techniques de classe. On n’innove pas d’un coup de baguette magique (eh non !). L’innovation demande du temps. Et on ne peut qu’applaudir tout le talent dont vous faites preuve parce que, malgré justement le manque de temps, vous arrivez déjà à être innovants et créatifs. Imaginez donc si en plus, vous aviez le temps et les moyens !

Des initiatives un peu partout sur la planète

L’idée de cette grande fête du 28 novembre semble avoir pris et depuis quelques jours, on voit apparaître sur les profils des profs de français un peu partout dans le monde un cadre aux couleurs de cette journée. Et c’est une bonne chose (même si je grogne un peu). C’est peut-être un premier pas vers une prise de conscience que les acteurs du FLE formons une grande famille, au-delà même des associations locales ou nationales ou de la FIPF qui participe bien sûr à cette journée et propose la #jipf en vidéo. Le mouvement autour de ce 28 novembre n’est pas que symbolique autour de ce ruban qui enveloppe nos profils : on a vu qu’autour de cette journée, ce sont montées des activités multiples et variées aux quatre coins de la planète. Parfois ce sont des conférences, parfois des ateliers, parfois encore des jeux ou des concerts… Pas question ici de reprendre tout ce qui va se passer mais allez jeter un oeil sur le site dédié et vous verrez qu’il y a vraiment beaucoup de choses qui se passent. D’ailleurs le site a mis en ligne un programme interactif qui permet de retrouver facilement pays par pays, ville par ville et même catégorie par catégorie tout ce qui se fera ce jour-là. On remarquera la nombre impressionnant d’événements programmés en Europe mais aussi en au Mexique et en Amérique centrale. On peut certainement faire mieux mais c’est déjà bien pour une première, surtout quand on sait que le temps, encore lui, a terriblement manqué pour organiser ce grand moment pour les professeurs de français du monde entier.

Dans le cadre justement de cette grande journée internationale des professeurs de français, je vous propose de retrouver le miniMooc que nous proposons depuis CLE International au sujet de la classe inversée. Ce sera à partir de 16 heures (heure de Paris) mais vous pourrez ensuite visionner à tout moment les capsules sur la chaîne Youtube de CLE International. Et si vous êtes au Mexique, vous pouvez aussi vous assister à la conférence que prononcera Sébastien Langevin, rédacteur en chef du Français dans le Monde (revue dont c’est aussi un peu la fête en quelque sorte) à la Casa de Francia (Ciudad de México). Une façon pour les partenaires que nous sommes dans votre quotidien d’enseignant de FLE d’être aussi avec vous pendant cette journée.

Pour en savoir plus

Le site officiel du Jour du prof de français : https://lejourduprof.com

Le jour du prof de français, mode d’emploi. Brochure en ligne : https://www.auf.org/wp-content/uploads/2019/07/K3990_Brochure_JPF_web.pdf

Une ambition pour la langue française et le plurilinguisme, Services de presse de la Présidence de la République : https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/une_ambition_pour_la_langue_francaise_et_le_plurilinguisme_cle816221.pdf

MiniMooc CLE Formation « La classe inversée », 28 novembre 2019 (à partir de 16h) : https://www.cleformation.org/agenda-cle-formation/minimooc-la-classe-inversée/

La #jipf en vidéo. Pour y participer : http://fipf.org/actualite/participez-la-jipf-en-video

 

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La classe inversée : méthodologie, mise en oeuvre et témoignages

Posted by Philippe Liria sur 18/09/2019

La classe inversée, l’ouvrage est maintenant disponible !

La classe inversée – ou devrais-je écrire les classes inversées ? – occupe déjà une certaine place dans la classe en général et même dans celle de langue, donc en FLE malgré les difficultés qu’on aurait bien tort de nier ou de minimiser. Plusieurs ouvrages sont parus et de nombreux articles ont été publiés pour l’expliquer, y compris dans ce blog. Mais, comme le souligne Marcel Lebrun qui signe la préface de cet ouvrage – et que je remercie ici très chaleureusement pour sa contribution -, “l’originalité (de ce livre) vient d’une part de ses trois parties, l’une davantage conceptuelle, l’autre contextuelle et la dernière plus réflexive et d’autre part de son ancrage disciplinaire dans l’enseignement du français, langue étrangère et langue seconde.” Et c’est exact : même si nous sommes bien conscients qu’il s’agit avant tout d’un “état d’esprit” (quelle que soit la matière enseignée), comme je ne me lasse jamais de le répéter dans les formations que j’anime sur la classe inversée, l’une des particularités de ce livre est qu’il a été conçu par trois professionnels du FLE/S. Les témoignages en fin d’ouvrage que nous apportent trois enseignantes, spécialistes du FLE, renforcent encore un peu plus la perspective que nous avons voulu lui donner. Ils montrent aussi que la pratique de la classe inversée n’a pas de limite territoriale et qu’on peut la trouver dans la classe de français au Canada, en France ou au Liban ; comme on la trouve aussi au Mexique, au Brésil ou dans bien d’autres pays comme nous l’ont régulièrement rapporté les enseignants que nous rencontrons à l’occasion des formations que nous proposons aux quatre coins de la planète. 

Vous trouverez dans la Première partie de l’ouvrage un ensemble de huit chapitres qui vont tout d’abord s’interroger sur le lien entre le FLE/S et les pédagogies actives, puis vous proposer une définition (en 4 temps sans oublier la perspective historique) de la classe inversée voire des classes inversées. Cynthia Eid en a relevé trois types.

Autre point abordé, c’est la répartition des moments. Que se passe-t-il avant le cours puis pendant ? Comment organiser la classe ? Beaucoup de questions auxquelles répond l’ouvrage. On verra dans le chapitre 4 que les scénarios de la classe inversée dépendent du contexte d’enseignement alors que le chapitre 5 non seulement reprendra les avantages de cette démarche mais en pointera aussi les limites, car il est bon de savoir modérer certains “enthousiasmes débridés sous couvert de modernité”. On s’intéressera aussi à ce que nous dit le chapitre 5 sur les outils qui aident à inverser la classe mais aussi, sur des façons de la faire sans y avoir recours. Finalement, pour conclure cette première partie, il sera question de l’évaluation, sommative mais surtout “formative/formatrice dans une pédagogie de l’accompagnement, de l’encouragement et de la bienveillance”.

La Deuxième partie de l’ouvrage se veut plus “pratique”. Le lecteur y découvrira une mise en oeuvre de la classe inversée. On y parlera notamment des fameuses capsules vidéo pédagogique et de leur feuille de route, deux éléments-clé associés au type 1 de cette pratique et qui, comme le rappelle Marc Oddou, “constitue l’un des fondements de l’existence de ce courant pédagogique”. La démarche y est décrite dans le détail et est suivie de 8 fiches pour passer immédiatement à la pratique.

La Troisième (et dernière) partie propose le témoignage de trois enseignantes : Nancy Abi Khalil-Dib, chef du Département de français à l’Université des Arts, des Sciences et de Technologie (Liban), Géraldine Larguier, enseignante à l’Université de Pau et du Pays de l’Adour (France) et Rodine Eid, chargée de cours à la Faculté de l’éducation permanente à l’Université de Montréal (Québec). Toutes trois ont répondu à un questionnaire sur leur pratique de la classe inversée, les réactions de leurs étudiants, les difficultés rencontrées pour la mettre en oeuvre et elles donnent quelques conseils à celles et ceux qui voudraient s’y essayer. 

Ce livre n’a pas la prétention de convertir qui que ce soit à une pratique qui s’inscrit pleinement dans ce que nous appelons les pédagogies actives mais qui n’est pas sans présenter des réticences voire des résistances. Nous savons que la classe inversée, tout comme sa variante, la classe renversée, “ne sont un modèle ou une panacée” mais nous sommes cependant convaincus, tout comme l’écrit Marcel Lebrun, qu’il s’agit “à la fois d’une petite révolution par rapport à l’enseignement traditionnel (…) et une piste d’évolution acceptable et progressive pour les enseignants qui souhaitent se diriger vers une formation centrée sur l’apprenant, ses connaissances et ses compétences”.

Nous espérons que ce livre vous aidera à mieux comprendre ce qu’est la classe inversée et répondra à vos questions sans perdre de vue la nécessité de l’interroger. Bonne lecture !

Pour en savoir plus :

Eid, C., Oddou, M., Liria, P. : La classe inversée. Coll. Techniques et Pratiques de classe. CLE INTERNATIONAL, Paris : 2019. Préface de Marcel Lebrun (148 pages) – ISBN 9782090382297

Vous pouvez en feuilleter un extrait : https://issuu.com/marketingcle/docs/09038229_classe_inversee?fr=sNTFjOTI3ODc1Ng

Commandez-le dès maintenant : https://www.cle-international.com/formation/la-classe-inversee-techniques-et-pratiques-de-classe-livre-9782090382297.html

Le français dans le monde nº422 : Et si on tentait la classe inversée ? 

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Une francophonie en « mutation »

Posted by Philippe Liria sur 11/07/2019

Décidément, depuis quelques mois, j’ai souvent fait référence au français d’ailleurs dans ce blog. Je vous avais parlé en avril du Tendances C1 dont les contenus font une large place au monde francophone et puis voilà qu’en mai, je vous parlais du français vu depuis les Amériques. Récemment aussi j’annonçais sur ma page Facebook la parution de différents ouvrages où, encore une fois, c’était le français d’outre-atlantique qui était mis en avant avec la sortie d’un ouvrage pour préparer au TEFAQ et deux autres sur l’expression orale dans la collection Compétences.

Cette fois-ci, l’actualité me porte à évoquer de nouveau ces français d’ailleurs (entendez bien ces variantes plus ou moins prononcées du français au-delà de l’Hexagone) et surtout les cultures qu’ils véhiculent. Je le fais à l’occasion d’une « mutation« , celle de la revue Francophonie du Sud qui devient, à partir de ce mois de juillet, Francophonie du Monde. Ce mot, « mutation » est celui qu’emploie Baytir Kâ, président de l’Association des Professeurs de français de l’Afrique et de l’Océan Indien (APFA-OI), dans l’édito du nº 1 de cette toute nouvelle formule du supplément bien connu du Français dans le Monde. La date de parution n’est évidemment pas due au hasard. Elle coïncide justement avec le congrès de l’APFA-OI qui s’est tenu à la fin du mois dernier dans la capitale sénégalaise.

Même si Francophonies du Monde va continuer à faire une large place à l’Afrique, ce qui peut se comprendre si l’on considère les chiffres de l’ODSEF qu’on nous ressasse régulièrement depuis quelque temps. Ceux-ci situent en effet ce continent clairement en tête des zones francophones du monde : 70% de la population parlant français vivra sur le continent africain d’ici une trentaine d’années, nous dit-on. Ce changement donc ou plutôt cette « mutation » du titre de la revue va permettre d’élargir le spectre et de la faire rayonner sur l’ensemble de la Francophonie. Ainsi ce premier numéro propose-t-il des articles en provenance bien entendu d’Afrique (Maghreb et Afrique Sub-saharienne) mais aussi du Sud-Est asiatique. Et on peut imaginer que dans les numéros à venir, il y aura aussi des accents des francophonies des Amériques, dans toute leur pluralité. On sait que l’envie ne manque pas du côté du Canada de mieux faire entendre leur voix francophone bien au-delà de leur frontière, comme s’y emploie déjà le Centre de la Francophonie des Amériques (cf. mon article de mai dernier) ou encore l’Université de Montréal avec son centre de ressources en ligne, Francium.

Une « mutation » qui doit aussi aider les enseignants de français du monde entier à prendre encore plus conscience que la Francophonie est naturellement plurielle et que celle-ci doit donc être naturellement présente dans l’environnement d’apprentissage. Pour les enseignants, cela passe bien évidemment par la nécessité d’avoir une meilleure connaissance de cet espace « dans ses multiples facettes et ses mutations diverses« . Il faut aussi que ces enseignants aient accès à des ressources pour mieux maitriser cette connaissance et disposer d’outils pour créer des cours qui reflètent cette réalité, pendant trop longtemps invisible ou réduite à l’anecdote culturelle (une recette, un accent « bizarre« , etc.). C’est bien dommage mais si vrai hélas ! Récemment, j’ai encore entendu, horrifié, qu’on ne pouvait pas mettre un apprenant débutant en contact avec certains accents français sous prétexte qu’ils seraient trop difficiles à comprendre ! (je renvoie mes lecteurs à cet article que j’avais publié il y a presque deux ans sur la question). Beaucoup de clichés existent encore et il est urgent de les faire faire tomber.

Francophonies du Monde est donc bien une revue qui s’adresse à toutes et tous qui enseignent le français car c’est justement à travers quatre grandes rubriques (actualité, dossier, passerelles et pédagogie) que les lecteurs/enseignants pourront trouver tout ce dont ils ont besoin pour entrer dans ces « francophonies plus que jamais plurielles« . Autant de pistes donc pour ouvrir la salle de classe sur d’autres horizons.

La revue Francophonies du Monde, qu’édite la maison d’édition FLE, CLE International, est disponible par abonnement avec le Français dans le monde (FDLM). J’en profite d’ailleurs pour signaler que le dossier de son dernier numéro (nº424) est consacré aux professeurs de français « dans leur diversité géographique, leur singularité pédagogique et leur engagement associatif » à l’occasion du 50e anniversaire de la Fédération internationale des Professeurs de français (FIPF) dont le FDLM est, rappelons-le, la revue, papier mais aussi, ne pas l’oublier, en ligne, ce qui permet aujourd’hui de surmonter les aléas du service des postes locales et d’accéder à un véritable trésor que constituent les milliers d’articles et de documents audio, et d’y accéder où qu’on habite et enseigne dans ce monde en mutation.

 

 

 

Pour en savoir plus

Francophonies du Monde : http://www.fdlm.org/supplements/francophonies-du-sud/

Français dans le Monde : extrait à feuilleter du nº424 (juillet-août 2019) https://issuu.com/fdlm/docs/fdlm_424

ODSEF : Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone : https://www.odsef.fss.ulaval.ca

Université de Montréal : Francium, centre de ressources en ligne https://francais.umontreal.ca/ressources-et-formations/materiel-pedagogique-francium/

EDMOND, S. (2019) : ABC TEFAQ Test d’évaluation du français – Québec. Paris : CLE International +info

BARFÉTY, M. & altri (2019) : Expression oral B1 Amérique du Nord. Paris : CLE International, Coll. Compétences +info

BARFÉTY, M. & altri (2019) : Expression oral B2 Amérique du Nord. Paris : CLE International, Coll. Compétences +info

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Féminisation des noms de métiers : l’Académie française se met à la page, enfin !

Posted by Philippe Liria sur 01/03/2019

« S’agissant des noms de métiers, l’Académie considère que toutes les évolutions visant à faire reconnaître dans la langue la place aujourd’hui reconnue aux femmes dans la société peuvent être envisagées« . Ces quelques mots marquent certainement la fin d’un long combat pour la féminisation des noms de métiers en français, pardon, de France du moins car cela fait belle lurette que nos amis québécois l’ont introduit sans que leur société ne vivent dans l’autoritarisme d’une féminisation abusive, comme le craignaient Georges Dumézil et Claude Lévi-Strauss en 1984 pour la France parce qu’une commission allait « étudier la féminisation des titres et des fonctions et, d’une manière générale, le vocabulaire concernant les activités des femmes« . Quel scandale !

La fin d’un combat ?

Espérons-le mais ce qui est certain, c’est que cette fois-ci l’Académie française semble avoir enfin compris qu’elle ne pouvait rester figée dans le passé – et peut-être a-telle compris que le français, ce n’est pas la France – et elle donc adopté dans une séance du 28 février 2019, et à une large majorité (il y a encore des réfractaires puisqu’il n’y a pas eu unanimité), le Rapport sur la féminisation des noms de métiers et de fonctions. Un rapport qui vise à « étudier quelles évolutions pratiques il serait souhaitable de recommander, mais aussi à quelles difficultés linguistiques la démarche peut se heurter, la commission s’est conformée aux méthodes éprouvées à l’Académie, qui a toujours fondé ses recommandations sur le « bon usage » dont elle est la gardienne, ce qui implique, non pas d’avalisertous les usages, ni de les retarder ou de les devancer, ni de chercher à les imposer, mais de dégager ceux qui attestent une formation correcte et sont durablement établis. » Car pas question de révolution chez les académiciens et académiciennes. Féminisation, oui mais pas n’importe comment pour ne pas « bouleverser le système de la langue » nous dit ce rapport. On donc « légitimement recourir (aux formes féminines) » si elles sont « conformes aux modes ordinaires d’expression et de formation propres au français, dans la mesure où ces règles fondamentales ordonnent et guident toutes ses évolutions. Il n’est pas loisible de s’en affranchir« .

Auteure ou autrice ?

Ce rapport ne se veut pas prescripteur mais il aborde des cas très concrets comme par exemple la féminisation des formes en -eur et en -teur (deux pages leur sont consacrées) dont tout un paragraphe pour savoir comment féminiser « auteur » et d’arriver à la conclusion que « autrice » semble avoir « la faveur d’usage » nous disent les académiciens.

Je disais que ce rapport indique bien qu’il ne s’agit pas de bouleverser la langue. Il n’est surtout pas révolutionnaire mais, à sa manière, il aborde la critique sociale puisqu’il souligne la difficulté à féminiser les noms de métiers au fur à mesure que l’on grimpe l’échelle hiérarchique à partir de l’analyse du féminin de « chef ». Au fait, quel est-il ? (voir ce qui dit le rapport p.11).

L’académie se veut aussi respectueuse de la liberté de choix, rappelant que certaines femmes ne veulent pas voir féminiser à outrance tous les noms de métier, préférant « conserver les appellations masculines pour désigner la profession qu’elles exercent« . Elle ne veut pas forcer non plus la féminisation des fonctions, titres ou grades ou encore dansle domaine de la justice : « aucune contrainte imposée au langage ne suffirait à changer les pratiques sociales : forcer une évolution linguistique ne permet pas d’accélérer une mutation sociale. » Le texte s’intéresse plus particulièrement au mot « ambassadrice » et du débat autour de ses connotations qui font écrire que les « fonctions d’ambassadeur revêtent un caractère d’autorité et de prestige tel que l’usage ne s’oriente pas de façon unanime vers le recours à une forme féminine, qui renvoie à une autre réalité. » (p.16) On remarquera que l’armée, si conservatrice par ailleurs, semble avoir facilement introduit la féminisation des grades.

La France, 40 ans après le Québec

Les plus conservateurs de la langue française en auront justement pris pour leur grade. Plus questions de railler les Québécois, comme l’avait fait l’académicien Maurice Druont en 1997. C’est Bernard Cerquiglini qui nous le rappelait dans son livre Le ministre est enceinte : « libre à nos amies québécoises, qui n’en sont pas à une naïveté près en ce domaine, de vouloir se dire ‘une auteure’, ‘une professeure’ ou ‘une écrivaine’; on ne voit pas que ces vocables aient une grande chance d’acclimatation en France et dans le monde francophone« . Un ouvrage d’ailleurs fort recommandable si la question de la féminisation vous intéresse.

Il était temps de tourner la page, 40 ans après les Québécois et 20 ans après le Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions que le CNRS et l’Institut national de la langue française avait publié sous la direction de Bernard Cerquiglini, encore lui, et qui fait tant pour notre langue et que les professeurs de français connaissent bien grâce à la rubrique qu’il tient dans le Français dans le monde.

Cette décision de l’Académie mettra-t-elle vraiment un terme à ces querelles autour de la langue, comme nous les aimons bien ? Sera-t-elle traiter de félonne ? De s’être livrée aux destructeurs de la langue française ? Recevra-t-elle tous les noms d’oiseaux, masculins et féminins d’ailleurs ? Ou au contraire, sera-t-elle applaudie pour avoir enfin compris que la société évoluait et que la féminisation des noms de métiers et des fonctions n’en est finalement que le reflet au niveau du langage ? On est bien conscient que souvent les réticences ne viennent pas tant des risques de voir la langue se corrompre mais, comme l’écrivait Lionel Jospin en 1999 alors qu’il était premier ministre – on remarquera que  dans l’introduction du Guide d’aide à la féminisation… que « cette affaire (…) concerne la société tout entière. Elle véhicule nombre de résistances, pour une large part idéologiques. » Un sujet qu’aborde Jean-Marie Klinkenberg en s’intéressant au rapport qu’il y a entre langue et des éléments aussi importants que l’identité ou le pouvoir. Il n’hésite d’ailleurs pas à faire le rapport avec l’écriture inclusive et d’autres questions encore : Qu’est-ce que le genre des mots ? Est-il vrai que le masculin est neutre ? Que signifient les résistances à l’innovation langagière ? À le qui appartient la langue ?

Et en classe de français ?

Cette décision de l’Académie est aussi une occasion d’aborder la question avec les étudiants de français dans les classes. Je vous invite à trouver un certain nombre de documents que je mets à disposition ci-dessous parmi tout ce qui est disponible sur internet. C’est évidemment une occasion de réfléchir sur l’évolution de la langue et certainement faire le rapport avec les places des noms féminins dans leur propre langue… mais bien sûr d’aller bien au-delà et aborder les questions autour du rôle des femmes dans la société. Dans des niveaux débutants, des petits questionnaires de type QCM pourraient faire travailler le lexique et l’orthographe en profitant que la question est d’actualité, peu importe si on a déjà traité ce point de langue en classe. C’est un bon moment pour revoir le féminin des noms de métiers.

Et puis aussi une réflexion chez les enseignants, les auteurs et les éditeurs quand ils aborderont le célèbre tableau des féminins des noms de métiers de nos bons manuels de A1 (voilà comment on dit, il y en a qui disent que mais c’est mal dit, ce n’est pas dans le dictionnaire, ce n’est pas joli à entendre…).

 

Pour aller plus loin

La féminisation des noms de métiers et de fonctions http://www.academie-francaise.fr/sites/academie-francaise.fr/files/rapport_feminisation_noms_de_metier_et_de_fonction.pdf (texte du rapport approuvé par l’Académie française le 28 février 2019).

Le ministre est enceinte ou la grande querelle de la féminisation des noms, par Bernard Cerquiglini. Ed. Seuil (0ct. 2018)

Guide d’aide à la féminisation des noms de métiers, titres, grades et fonctions (1999) http://www.culture.gouv.fr/Espace-documentation/Documentation-administrative/Le-guide-d-aide-a-la-feminisation-des-noms-de-metiers-titres-grades-et-fonctions-1999

Extrait de La grande Librairie (25/10/2018) : https://youtu.be/IyMCAOWWO4g

L’Académie française se prononce pour la féminisation des noms de métiers (28/02/2019) : https://www.franceculture.fr/emissions/journal-de-22h/journal-de-22h-du-jeudi-28-fevrier-2019

La féminisation des titres et fonctions dans la Francophonie : De la morphologie à l’idéologie (Language and Culture / Langue et culture Volume 25, numéro 2, 2003), par Elizabeth Dawes

Banque de dépannage linguistique : Questions fréquentes sur la féminisation : http://bdl.oqlf.gouv.qc.ca/bdl/gabarit_bdl.asp?id=4015

Le Québec, pionnier de la féminisation des noms de métiers (AFP, 28/02/2019) : https://www.tvanouvelles.ca/2019/02/28/le-quebec-pionnier-de-la-feminisation-des-noms-de-metiers

Conférence : De la féminisation des noms de métiers à l’écriture inclusive. Quelle langue pour quelle justice ? par Jean-Marie Klinkenberg le 19 mars 2019 au Palais Provincial Saint-Aubain à Namur

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Bilinguisme, plurilinguisme… Un vaste chantier pour construire l’avenir

Posted by Philippe Liria sur 07/10/2018

De Dakar à Los Angeles, en passant par Buenos Aires, Madrid, New York ou Salt Lake City, le bilinguisme est « à la mode« , comme l’affirme dans une interview sur TV5Monde, Fabrice Jaumont, l’auteur de la Révolution bilingue. Et c’est vrai que depuis quelque temps, on n’entend parler que de ça dans le monde du français. Je l’évoquais déjà dans mon précédent post sur ce blog. Fin septembre, il en a été question lors de l’Univernage de Dakar où Christophe Chaillot de l’Institut français rappelait lors de l’ouverture de cette université régionale les politiques mises en place pour développer le bilinguisme et plus encore le plurilinguisme. Une nécessité dans l’espace africain où se côtoient des dizaines de langues, toutes avec des statuts différents, comme l’évoque le linguiste Louis-Jean Calvet dans le numéro de septembre du Français dans le Monde (nº419).

A l’Assemblée nationale aussi on en parle : le député des Français d’Amérique du Nord, Roland Lescure y a organisé ce 6 octobre le colloque Plurilinguisme, vecteur d’influence, d’attractivité et d’émancipation. Cet événement a permis d’aborder la question autour de deux tables rondes, l’une sur « Le bilinguisme, vecteur d’attractivité et d’émancipation » et l’autre sur comment « Développer l’enseignement français à l’étranger : vecteur d’influence pour la francophonie dans le monde ». Ce dernier thème faisant l’objet d’une commande de rapport de la part du premier ministre Edouard Philippe à la députée Samantha Cazebonne et qu’elle devra remettre en fin d’année.

Ce colloque s’inscrit donc dans la même ligne que la Conférence internationale pour la langue française et le plurilinguisme (Dossier de presse en ligne) qui s’était tenue à Paris l’hiver dernier et qui avait pour but de formuler des propositions innovantes moderniser l’image de la langue française. Il ne s’agit pas seulement de discours mais d’une réalité qui prend forme sur le terrain. On a vu en Espagne comment en quelques années, cet enseignement prend de l’ampleur et on est passé d’une dizaine d’établissements en Andalousie il y a à peine quelques années à environ 300 aujourd’hui, répartis sur l’ensemble du territoire, « ce qui représente près de 30 000 élèves. Les matières peuvent être très variées : de l’histoire-géographie à l’éducation physique en passant par les arts plastiques et les sciences naturelle », nous rappelle le site de l’Institut français d’Espagne. La semaine dernière, c’était un colloque sur l’immersion en français qui se tenait à l’USC et qui, sous la houlette des Services de la Coopération française, représentés par Karl Cogard, le Conseiller de Coopération Educative et Olivier Ngo, l’Attaché de Coopération pour le français (ACPF) sur le sud de la Californie, a réuni une cinquantaine d’enseignants des établissements bilingues de la région. Ces enseignantes (et quelques enseignants) d’établissements étaient venus pour échanger sur leurs pratiques et pour écouter des expériences d’autres Etats. C’était le cas de l’exemple de l’Utah qu’a présenté Anne Lair, la coordinatrice du programme d’immersion en français dans cet Etat de l’Ouest où les écoles bilingues sont de plus en plus nombreuses. Alors qu’il n’y en avait que 10 en 2012, on en dénombre actuellement 30 répartis sur sept districts, ce qui représentait plus de 4500 élèves pendant l’année scolaire 2017-18 (les chiffres de cette rentrée ne sont pas encore disponibles), soit plus qu’en Louisiane. De quoi satisfaire Jean Charconnet, l’ACPF en poste à San Francisco et  qui accompagne ce programme.

Cette volonté de développer l’enseignement bilingue est aussi une affaire canadienne comme nous l’a rapporté Lesley Doell, ancienne présidente de l’ACPI et toujours très active, à l’occasion des SEDIFRALE 2018 en juin dernier à Bogota. Elle y exposait les avantages du programme d’immersion, quelque 50 ans après son lancement. Elle a souligné les bénéfices qu’en dégagent les apprenants dont les résultats sont excellents mais elle a aussi abordé les défis rencontrés, notamment celui de trouver des enseignants bien formés pour garantir la qualité de la mise en oeuvre du programme. Et cette question que soulevait Lesley Doell, elle n’est pas propre au Canada. En effet, cet essor de l’enseignement bilingue, et on ne peut qu’espérer que ça continue, demande bien évidemment la mise en place d’une formation renforcée de ce nouveau profil de professeur que nous décrivait déjà Jean Duverger en 2011 dans un article publié dans le nº349 du Français dans le Monde et que j’invite vivement à (re)lire. Plusieurs formations sont déjà régulièrement proposées mais elles sont insuffisantes. De même, on sait qu’il y a un fort besoin de ressources pour animer les cours et faciliter l’apprentissage.

On le voit bien (et ce ne sont que quelques exemples) le chantier est vaste mais plein d’espoir à la fois pour que le bilinguisme (et pas seulement le français d’ailleurs, comme le fait remarque Fabrice Jaumont) et le plurilinguisme gagnent du terrain dans les établissements scolaires. Cela ne peut être que bon pour que les élèves soient mieux préparés, certes, mais surtout pour qu’ils connaissent mieux l’autre, qu’ils se connaissent mieux pour collaborer dans la construction d’un avenir sans mur.

 

Pour en savoir plus :

Enseignement bilingue – L’enseignement d’une discipline scientifique en section bilingue (référence biblio-/sitographiques proposées en fév. 2011 par Bernadette Plumelle)

Une ambition pour la langue française et le plurilinguisme, dossier de presse (20 mars 2018) suite à la Conférence internationale pour la langue française et le plurilinguisme https://www.diplomatie.gouv.fr/IMG/pdf/une_ambition_pour_la_langue_francaise_et_le_plurilinguisme_cle816221.pdf 

Cliquer pour accéder à dlp_brochure_2017-lr.pdf

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Du foot dans ma classe de FLE

Posted by Philippe Liria sur 30/06/2018

Alors que j’écris ces lignes, les Bleus viennent de se qualifier pour les quarts de finale du Russia 2018. Je sais, le sport et en particulier le foot n’est pas la tasse de thé de nombreux.ses d’entre vous. Pour beaucoup, l’idée de “pouvoir regarder des millionnaires courir après un ballon” n’est pas une question polémique, contrairement à ce qu’on a récemment vu en France à cause d’un commentaire jugé déplacé d’Anne-Sophie Lapix, la présentatrice du JT de 20h, à l’occasion de l’inauguration de la Coupe du Monde 2018 en Russie. « Lamentable » le commentaire de la journaliste française ? Après tout le foot brasse effectivement beaucoup d’argent – de pognon comme dirait Macron – qui ne profite vraiment qu’à une petite minorité, c’est qui faisait écrire à Ignacio Ramonet en 2006 que le foot « constitue une métaphore de la condition humaine. » Qu’il peut être, écrivait toujours l’ancien directeur du Monde diplomatique « peste émotionnelle » ou « passion exultante » car « le football est le sport international numéro un. Mais c’est indiscutablement plus qu’un sport. Sinon il ne susciterait pas un tel ouragan de sentiments contrastés. » Un article que je vous invite à lire ou à relire, et surtout à partager avec vos élèves (à partir d’un niveau B1+/B2).   

Impossible de passer à côté

Pourtant, qu’on soit un fou de foot ou qu’on abhorre ce sport, difficile de passer à côté. Et avouons-le, alors qu’on se demande comment motiver les apprenant.e.s, nous avons ici un sujet qui délie les langues. C’est ce que j’ai d’ailleurs très vite compris quand, tout jeune prof de FLE, on m’a envoyé faire des cours à des cadres d’une grande banque catalane de la banlieue de Barcelone. La seule façon de motiver cette équipe de cadres le lundi matin, c’était bien sûr de parler des matchs de la Liga et plus généralement de l’actualité du foot. Cette motivation n’était pas complètement désintéressée ! En effet, ils voulaient savoir parler foot parce que, venant de Barcelone, le premier sujet de conversation de leurs interlocuteurs français n’était pas l’état de la bourse ou les taux d’intérêt à la hausse ou à la baisse mais bel et bien les résultats du dernier match du Barça ou les mouvements de joueurs au mercato du moment. Moi qui n’étais pas très footeux – même si mon coeur a toujours eu un penchant pour le FC Barcelona – il a bien fallu que je m’y intéresse de plus près de façon à joindre dans mes cours l’utile à l’agréable en glissant du contenu didactique à ces échanges footballistiques. Depuis, j’ai bien compris que le foot est le vrai passeport, la clé d’entrée dans de nombreuses villes ; la meilleure façon de gagner la confiance avec les chauffeurs de taxi ou les serveurs locaux, même si nous supportons des équipes différentes. Le football est une véritable activité brise-glace, dès le niveau A1 ! Et essayez donc en B2 de lancer un débat autour du vidéo-arbitrage (ou VAR si vous voulez ajouter un nouvel acronyme à votre vocabulaire) : vous verrez comme tous les éléments de l’argumentation seront naturellement mobilisés par vos étudiant.e.s ! Cet article de Thibaut Geffrotin dans Le  Point (29/06/2018) pourra même vous servir de déclencheur : Coupe du monde 2018 : arbitrage vidéo, le grand bazar !

Des pieds et de l’esprit

Malgré l’intérêt évident de passer par le foot pour motiver les élèves, il a du mal – encore aujourd’hui – à faire son entrée dans la classe de français. S’agirait-il du reflet finalement d’un rapport complexe que l’esprit cartésien, celui de la raison, semble maintenir avec l’exercice physique ? Comme si les efforts de l’esprit étaient incompatibles avec ceux du corps ! Pour mieux aborder cette question, vous pouvez (ré-)écouter l’entretien du journaliste sportif Bernard Heimermann en 2010 au sujet de Plumes et crampons, un livre co-écrit avec l’écrivain Patrick Delbourg et qui se proposait à la veille de la Coupe du monde d’Afrique du Sud d’analyser les liens entre les écrivains et le football (Un document intéressant pour la classe – niveaux B2/C1 – et qui aidera à faire réfléchir les étudiants sur cette question). On sait combien des écrivains, et pas des moindre étaient de fervents amateurs de foot. Me viennent à l’esprit Camus bien sûr ou le Catalan Vázquez Montalbán… mais ils sont bien plus nombreux comme le rappelle cet article de L’orient littéraire. Au sujet de Camus, qui avait été gardien de but (ou « goal » comme on disait à l’époque), il y a d’ailleurs eu cette superbe initiative de l’Institut français de Madrid qui, à travers l’opération Le football, une école de la vie ! a permis de rapprocher les élèves des écrits du prix Nobel de littérature.  

Du foot dans le FLE

Plus directement en lien avec le FLE, en 2016, à la veille de la Coupe d’Europe, le site FLE Les Zexperts n’avait pas voulu passer à côté de l’événement : il contribuait ainsi à faire une place au foot dans la classe en proposant une fiche pour parler de foot en FLE à partir de niveau A2. Il y a aussi les mémos de Parlons français, c’est facile qui reprend de façon imaginée le lexique du foot. 

J’imagine parfaitement une classe d’ados – et pas que – présentant à l’oral et/ou à l’écrit leurs équipes, les joueurs… Une bonne occasion pour pratiquer différentes notions d’un programme de A1/A2 en les combinant avec un sujet motivant. D’ailleurs c’était la proposition, très intéressante, qui avait été faite en 2010 à l’occasion de la Coupe du Monde en Afrique du Sud : toute une progression à partir du foot ! Oui, je parle foot !, c’est le nom du site – toujours disponible – qu’Amandine Béranger et Jérôme Cosnard avaient alors créé et qui constitue une somme de documents A1 (téléchargeables en word et en PDF), certains à prendre tel quel et d’autres qu’il faut bien sûr mettre à jour ou qui peuvent servir comme point de départ pour créer des activités similaires mises au goût du Mondial de Russie. Toujours autour de ce monde sudafricain, le Français dans le monde de mai-juin 2010 (nº369) avait consacré des pages spéciales au foot. Vous pouvez bien sûr les consulter sur le site de la revue si vous y êtes abonné.e ou retrouver un extrait sur www.issuu.com

Le point du FLE qui a consacré une page de son site au sport propose quelques liens dédiés au football. On peut simplement regretter que cette Russia 2018 n’ait pas été l’occasion d’actualiser un peu les documents pour la classe*. 

Enfin, si vous voulez commenter au fil de la Coupe ce qui s’y passe, vous pouvez vous rendre avec vos étudiants sur les sites des chaînes sportives francophones ou sur ceux de la presse écrit ou radio.

Bref, le foot, on peut aimer ou pas, mais il nous laisse rarement indifférents en raison de ses implications, sportives certes mais aussi sociales, économiques, politiques… On a même vu au Mexique , comme le rapportait récemment Anthony Bellanger dans ses Histoires du monde, que le foot peut entraîner une polémique politico-orthographique en raison des maillots de la sélection nationale : les accents des noms des joueurs avaient disparu parce que les maillots ne provenaient ni plus ni moins que des USA ! Une décision pas vraiment bien accueillie à un moment où ces deux Etats nord-américains ne traversent pas vraiment une lune de miel !  Comme quoi, au cas où certains en doutaient encore, même la langue a sa place dans le foot !

*Ami.e.s lecteur/-trices, n’hésitez pas à me partager vos liens et de m’en signaler si vous avez du matériel sur ce Mondial, je me ferai un plaisir de l’intégrer à cet article.

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Le FLE se donne rendez-vous sur les planches

Posted by Philippe Liria sur 01/09/2017

Le rideau tombe. De juillet et d’août il ne reste que les décors de l’animation estivale des stages d’été qui se tiennent un peu partout en France. Les acteurs, profs-stagiaires et profs-formateurs sont repartis. Pour la plupart d’entre eux, c’est la rentrée scolaire avec toutes les « surprises » qu’elle réserve. Mais on est prêts à l’attaquer après le plein d’énergie que nous apporte le repos des vacances mais aussi ces formations données ou suivies ici ou là. L’été est en effet un excellent moment pour se ressourcer. On retrouve de vieilles amitiés et on en tisse de nouvelles. Et c’est certainement l’une des plus belles choses que nous offre ce monde du FLE, cette rencontre avec l’autre, venu(e) des quatre coins du monde pour se former ou partager son expérience de formateur/-trice avec le reste de la planète FLE. Elles et ils arrivent du cercle arctique, de Maurice, de Séoul, de Jordanie ou tout simplement de Pologne ou de Suisse. Peu importe ! Ils ont en commun la volonté de chercher à partager des instants de leur réalité en français, malgré toutes les difficultés que rencontre le prof de FLE dans son quotidien. Mais laissons l’envers du décor pour un autre moment. Je ne veux pas parler de choses qui fâchent aujourd’hui, préférant partager avec mes lecteurs deux projets FLE qui lient l’apprentissage de la langue au plaisir du théâtre. Ancien théâtreux moi-même, convaincu des bienfaits de cet art, comment en pouvait-il être autrement ? Nice, là où se tiennent les Universités du monde qu’organise Francophonia, a donc été le théâtre cet été d’une nouvelle rencontre et de vieilles retrouvailles.

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Jan Nowak et les stagiaires de la semaine 4 (Crédit photo: Lucas Bolea – Universités du Monde)

La nouvelle rencontre arrive de Pologne même si c’est d’abord une Biélorusse qui me l’a si bien présenté, merci Katia Shahoika ! Il s’agit du programme 10 SUR 10 que dirigent Iris Munos et Jan Nowak, fondateurs de Drameducation dont les missions phares de sont la promotion de l’apprentissage de la langue française par le théâtre et du théâtre contemporain francophone en Pologne et plus largement dans le monde. Cette année, Dramaeducation a tourné dans une quinzaine de villes en Europe.

10 SUR 10 ? De quoi s’agit-il ? Je me permets de reprendre la présentation de leur site : « Depuis 3 ans, 10 SUR 10 propose aux amoureux du théâtre contemporain francophone, aux jeunes et professeurs du monde entier de nouvelles et nombreuses pièces de théâtre de qualité. Ecrites chaque année en résidence d’écriture par des auteurs dramatiques francophones reconnus, les pièces 10 SUR 10 sont uniques, originales et actuelles. Elles se distinguent toutes par leur forme et leur originalité: elles sont courtes, rythmées et universelles. 10 SUR 10 est aussi un programme qui aide les professeurs de français dans le monde à réaliser des projets francophones autour du théâtre. Il lie avec cohérence plusieurs actions autour de l’apprentissage du français par le théâtre. Avec la diffusion des pièces dans le monde, des formations de théâtre et de FLE, des festivals, des accompagnements professionnels et personnalisés, vous aurez en main des outils et techniques de qualité d’enseignement-apprentissage du français par le théâtre. 10 SUR 10 – pièces francophones à jouer et à lire promeut à travers son programme les valeurs de la francophonie telles que le respect de la diversité culturelle, l’ouverture au monde et la paix. » Un beau programme qui ne se limite pas à la Pologne, où est né 10 SUR 10, ni même à l’Europe mais prétend atteindre l’ensemble de la planète ! La nouvelle rubrique du Français dans le monde, Étonnants francophones (en partenariat avec Destination Francophonie de TV5Monde) reprend justement dans son numéro 413 (septembre-octobre 2017) le témoignage de Jan Nowak sur cette belle initiative qui combine enseignement et théâtre.

Quant aux vieilles retrouvailles, ce sont celles avec mon ami Adrien Payet qui avait trouvé le temps de passer deux semaines à Nice alors qu’il est en pleine répétition : son école de français, Habla francés, à Ronda (Andalousie) était alors dans les derniers essais avant le levé de rideaux, prévu fin septembre.

Depuis longtemps, Adrien Payet est devenu pour beaucoup d’enseignants une véritable référence de l’art théâtral au service de l’apprentissage du français. Ses conseils et ses fiches pédagogiques que l’on retrouve dans son ouvrage consacré au sujet justement, Activités théâtrales en classe de langues sont toujours très appréciés.

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Photo extraite du spectacle Il était une fois le français (source: https://www.fle-adrienpayet.com/spectacles/)

Ses ateliers d’animation théâtrale font le plein et je connais même des stagiaires qui ne se déplacent que pour participer à l’une de ces classes ! Sa troupe Sur le bout de la langue propose des spectacles multidisciplinaires spécialisés en FLE.

On le sait, le théâtre est une excellente façon de perdre la peur à s’exprimer dans une langue étrangère, quel que soit le niveau et le public. Il permet de développer l’oralité ou le travail du corps pour s’exprimer avec plus d’aisance. Préparer une pièce de théâtre ou même que des extraits en classe de FLE est une bonne façon de favoriser l’interaction et la collaboration des apprenants tout en les incitant à avoir un esprit critique sur les prestations pendant les répétitions… Et tant d’autres choses encore que nous apporte le théâtre en classe. Il peut devenir un véritable projet pour la classe sur un trimestre ou sur toute l’année où toutes les compétences vont pouvoir s’y retrouver. Alors ? Rendez-vous sur les planches ?

(Mis à jour : 06/09/2017)

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Où en est le français dans le monde ?

Posted by Philippe Liria sur 29/08/2016

En été, le prof de FLE se forme
L’été touche à sa fin. Les « grandes vacances » aussi, du moins pour la plupart des profs de l’hémisphère nord mais, on le sait, le professeur de FLE est un être bizarre : il passe une très grande partie de l’année à faire bien plus que les trois huit pour joindre les deux bouts. Comment ? En donnant des cours FOS à sept heures du matin, des cours pour enfants ou ados en journée et des cours adultes en soirée… Et de plus en plus, entre cours et cours, que fait-il ? Outre préparer comme il peut le cours suivant et corriger les copies du précédent, il fait de l’hybride depuis son smartphone puis il enchaîne à pas d’heure depuis son PC portable avec un cours en ligne pour un étudiant à l’autre bout de la planète ! Jackpot penseront certains ? Eh bien, non ! Tout ça, pour des clopinettes !!! Et si certains lecteurs croient que j’exagère et que toute ressemblance avec la réalité ne serait que purement fortuite, qu’ils s’inquiètent : ils ont peut-être perdu contact avec la réalité ! Le FLE fait certes rêver. Je le sais: combien d’étudiants en parlent en imaginant leurs futures missions en terres lointaines et exotiques ?! Mais, quand on connaît la réalité du terrain, on sait ô combien le quotidien est très dur. Malgré cette vie de fous qui ne laisse guère de temps pour faire des folies – mais heureusement est pleine de petits plaisirs-, que fait le prof de FLE pendant ses vacances ? Je vous le donne en mille : il se forme ! Et l’été européen est souvent le moment choisi pour suivre l’une des nombreuses formations proposées ici et là.

Conférence Jacques Pécheur sur les scénarios actionnels- Liège 2016 (Photo: P. Liria)

Conférence Jacques Pécheur sur les scénarios actionnels- Liège 2016 (Photo: P. Liria)

Stages d’été, congrès… du FLE pour tous les goûts
Cette année n’a pas dérogé à la règle, et malgré le climat ambiant pas vraiment à la fête : les profs se sont donné rendez-vous à Nantes, Nice, Besançon ou ailleurs pour suivre l’une de ces nombreuses formations estivales avant de rentrer dans leur pays de provenance. A leur retour, ils pourront mettre en oeuvre et relayer ce qu’ils ont pu y apprendre. Cet été, en plus de ces stages, comme tous les quatre ans, les professeurs de FLE se sont retrouvés en juillet pour le grand messe qu’est le Congrès mondial des professeurs de français. Et pour cette quatorzième édition qui s’est tenue à Liège du 14 au 21 juillet, les quelque 1500 professionnels présents se sont demandés justement où en est le français. Venus de 104 pays, ils ont assisté et souvent proposé des conférences, des communications ou encore animé des présentations ou des ateliers pour mettre à jour et partager leurs connaissances, échanger sur leur pratique mais aussi sur la situation de l’enseignement du français dans leur pays. Du moins quand on leur a permis de traverser les barrages administratifs que dresse l’Europe d’aujourd’hui. Pas facile de demander de défendre les valeurs contenues, paraît-il, dans notre langue si l’on ferme la porte au nez de ceux qui justement la prennent pour étendard de leur liberté ! C’est sans doute cette triste réalité qui se rappelle à nous, même lors d’un congrès dont l’objet principal est l’enseignement. Mais il est clair qu’apprendre le français dans les deux sens du verbe n’est pas ni ne peut être un acte innocent, comme l’a réaffirmé le président du Comité organisateur, l’académicien Jean-Marie Klinkenberg dans son discours de clôture.

Conférence de clôture de J.-M. Klinkenberg - Liège 2016 (photo : P. Liria)

Conférence de clôture de J.-M. Klinkenberg – Liège 2016 (photo : P. Liria)

C’est aussi le ton de l’appel que lancent les professeurs de français dans le document final de résolutions en revendiquant clairement leur rôle dans cette lutte pour « un monde plus juste, mis à l’abri de la barbarie, respectueux des identités et des diversités« . Parce que, nous le savons tous, « la langue est un objet politique » qui véhicule des idées profondément attachées au développement et à l’émancipation des citoyens contre tout type d’oppression sociale, culturelle ou politique. Mais le prof de français, ambassadeur de ces précieuses idées, n’est souvent qu’un simple soldat de plomb, d’une armée certes nombreuse mais aux effectifs qui ne cessent de baisser comme nous l’a rappelé aussi ce congrès, et qui souvent se demande ce que font les décideurs pour éviter la fermeture des cours de français ou la précarisation permanente de la profession. Situation ardente, pour reprendre l’adjectif qui définissait le congrès, et à laquelle devra faire face la nouvelle équipe de la Fédération internationale des professeurs de français (FIPF) avec à sa tête Jean-Marc Defays qui prend donc le relais de Jean-Pierre Cuq après deux mandats. Ce spécialiste du FLE qui nous vient de l’Université de Liège sera entouré, entre autres, d’une Canadienne, Cynthia EID et d’une Roumaine, Doina SPITA pour relever les nombreux défis de la Fédération (manque d’enseignants, absence de politiques en faveur du français, nouveaux besoins des associations…) et qu’on peut retrouver, du moins en partie, dans le Livre blanc présenté lors du congrès de Liège et qui prétend dresser, comme il l’annonce, « un panorama unique de l’enseignement de la langue française dans le monde« .

Des programmes pour repenser le FLE
On l’a vu aussi, le programme bien chargé du congrès – peut-être un peu trop – ou encore ceux des stages d’été sont révélateurs de ce renouvellement nécessaire. Ce qui rend encore plus indispensable la formation initiale mais surtout continue des professionnels du FLE. C’est d’ailleurs le premier point mis en avant dans les résolutions du Congrès. Si la langue française est, et prétend rester, ardente, donc bel et bien vivante, il faut qu’elle s’adapte aux réalités du monde d’aujourd’hui et puisse être fin prête à celles de demain. Aucune nostalgie donc, mais au contraire, un regard pointé vers l’avenir avec des solutions séduisantes pour une langue qui hélas n’a plus vraiment l’air de séduire. Vous ne pouvez pas vous imaginer combien sont celles et ceux qui me demandent, au Pérou, en Colombien, au Chili, etc. à quoi ça peut bien servir d’apprendre le français. Ils/Elles n’en perçoivent pas ou pas vraiment l’utilité et ont même souvent l’impression d’une langue éloignée et difficile (bienvenue l’intercompréhension qui a l’air de gagner du terrain dans les cours, mais pas assez malheureusement). Tout le monde se souvient de cette campagne qui présentait les 10 bonnes raisons d’apprendre le français mais pas sûr que ce soit la meilleure manière de convaincre les sceptiques. Il ne fait aucun doute que l’enseignement du français a besoin d’un grand Entrümpelung au cours duquel on se débarrasserait des vieilles croyances sur comment on doit enseigner et surtout comment nos élèves apprennent. C’est pour cela que la formation est importante et qu’il est grand temps de mettre fin à la dégradation de la situation des professeurs de français. On le voit bien, ces formations proposent des programmes riches et novateurs qui ne peuvent que contribuer à ce renouveau de la classe de français. On y parle bien sûr de ce tsunami numérique mais il ne faudrait pas réduire l’innovation pédagogique nécessaire à la technologie, au web 2.0 ou aux plateformes qui ne cessent de se développer que ce soit depuis les institutions ou depuis le monde éditorial FLE*. Une évolution qui nous oblige à repenser l’ensemble des professions de notre secteur.

Module sur la classe inversée aux Universités du Monde (Nice, juillet 2016 - Photo: P. Liria)

Module sur la classe inversée aux Universités du Monde (Nice, juillet 2016 – Photo: P. Liria)

L’innovation pédagogique passe aussi, et surtout je dirais, par savoir changer nos dynamiques de classe et s’approprier des nouveaux outils, bien sûr, ou se réapproprier d’éléments trop souvent tenus à l’écart comme le rappelle Ken Robinson dans L’élément que je vous invite à lire si ce n’est déjà fait. Il est grand temps par exemple que le jeu (sérieux ou tout simplement de société) ou l’art y tiennent un plus grand rôle : petit clin d’oeil au passage à Ghislaine Bellocq qui ménage si bien art et FLE ou à Adrien Payet qui lie si bien apprentissage du français et théâtre. Bref, que la créativité des apprenants dans un sens large du terme soit vraiment au centre de la classe ; qu’on sache (qu’on ose) revoir les programmes de façon à ce que la mise en place du projet soit une réalité (il ne suffit pas de se remplir la bouche d’actionnel ou de le coucher sur les brochures ou le site qui décrivent la pédagogie prônée par telle ou telle institution). Cela demande de changer nos habitudes de classe, de réfléchir à de nouvelles pratiques. Ce n’est pas en vain que la classe inversée, qui semblait ne pas avoir sa place en FLE, comme je l’ai souvent regretté dans ce blog, commence enfin à être prise en compte pour accompagner ce changement. C’est en tout cas ce qu’on a pu constater dans les propositions de modules de plusieurs stages d’été ; reste qu’il faudra maintenant que l’enthousiasme des stagiaires ne retombent pas face au mur de leurs institutions. Parce que changer la classe n’est pas ni peut être le fait d’un prof mais bien le résultat d’un travail d’une équipe (le collaboratif commence dans la salle des profs) soutenue et accompagnée par sa direction.

Une nécessité de changement pour redonner envie d’apprendre
Introduire une nouvelle façon d’aborder l’enseignement est donc bien une nécessité parce que les étudiants d’aujourd’hui ont de nouvelles attentes (savoir échanger lors d’une visioconférence, répondre à des messages personnels mais aussi professionnels sur Whatsapp, mener des projets avec des partenaires à des milliers de kilomètres…) et de nouvelles façons d’apprendre (la technologie ne doit pas remplacer l’humain mais on ne peut non plus ignorer l’existence des supports tels que la tablette ou le smartphone ou des nouvelles manières d’interagir grâce notamment aux réseaux)*. C’est aussi ce qui contribuera à redonner envie d’apprendre notre langue. Les profs sont géniaux mais ne sont pas des Houdins : ce n’est pas d’un coup de baguette magique que ce changement se produira, n’en déplaise à certains. Par conséquent, la formation n’est pas un luxe. Elle est indispensable pour accompagner le discours ambiant qui réclame à cors et à cris qu’il faut se renouveler et innover pour motiver l’apprentissage de notre langue. Et même si l’été en France est une belle occasion pour joindre l’utile à l’agréable, je suis certain qu’ils/elles sont nombreux/-ses à souhaiter avoir accès pendant l’année scolaire à de vrais plans de formation.

* Voir le numéro 406 (juillet-août 2016) du Français dans le monde qui consacre un dossier aux « Cours en ligne, pratiques d’enseignants, parcours d’apprenants »
**A ce sujet, écoutez Mon enseignant va-t-il devenir un écran ? en podcast sur France Inter (27/08/2016)

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Mime-moi une expression française, un concours photo et video pour profs de FLE

Posted by Philippe Liria sur 01/02/2016

Affiche concours Mime-moi une expression française C’est toujours un plaisir de pouvoir relayer une information concernant les initiatives dans le monde du FLE. En voici une originale et qui fait appel à la créativité, pas celle de vos élèves cette fois mais la VÔTRE !! Il s’agit du concours « Mime-moi une expression française » que lance Adrien Payet. Pourquoi le mime ? Parce que « Tout enseignant de langue a l’habitude de mimer ! Êtes-vous bon comédien face à vos apprenants ? Tentez votre chance avec ce concours. Vous pourrez gagner une place à un stage Mercantour, un abonnement numérique d’un an à la revue Le français dans le monde ou encore un atelier à distance animé par Adrien Payet et une compilation des fiches pédagogiques de « T’enseignes-tu ? » ! S’ils le souhaitent, les trois gagnants seront interviewés pour participer à un podcast spécial des Agités du FLE. Nous sélectionnerons également les 10 meilleurs mimes pour une vidéo à destination des apprenants de français diffusée sur Youtube et utilisable par tous. »

Pour en savoir plus sur ce concours et y participer, rendez-vous sur le site d’Adrien Payet.

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